178 – Etienne Chouard: tirage au sort (2)

OBJECTIONS et RÉFUTATION DES OBJECTIONS :

Je propose dans cette deuxième partie de récapituler les objections souvent formulées à l’encontre de la procédure du tirage au sort en politique, ainsi que les réfutations possibles de ces objections. À ce jour, je ne connais pas d’objection rédhibitoire.


1. AVEC LE TIRAGE AU SORT, ON METTRAIT DES AFFREUX AUX MANETTES…

Alors, bien sûr, la première objection au tirage au sort tient souvent à la crainte de tirer au sort des personnages indésirables ou même dangereux.

D’abord, il ne s’agit pas de mettre quelqu’un « aux manettes » : en démocratie, ce ne sont pas les représentants qui décident, c’est le peuple lui-même réuni en assemblée.

Mais aussi et surtout, les Athéniens, exactement comme nous, avaient très peur de tirer au sort des incapables, des malhonnêtes, des abrutis, des salauds… Et pourtant, j’attire votre attention sur le fait que, malgré cette peur, ils ont pratiqué le tirage au sort pendant 200 ans avec succès… On peut donc penser qu’ils avaient trouvé des institutions complémentaires capables d’apaiser ces craintes.

Effectivement, on trouve dans les institutions athéniennes toute une série d’institutions protectrices qui servaient à « border le système » et empêcher les abus de pouvoir (voir en bas à droite du schéma (K) :


Les 6 institutions complémentaires qui protègent des faiblesses du hasard

1 –  VOLONTARIAT: Avant le mandat, le volontariat (L), d’abord, permettait une forme d’autocensure puisque ceux qui ne se considéraient pas eux-mêmes comme capables s’excluaient d’eux-mêmes. Ce point est aujourd’hui discutable, à mon avis : il serait bon d’inciter tout le monde à participer (y compris et surtout les personnes justes qui ne se soucient pas de gouverner, dixit Alain) ; avec possibilité de refuser, bien sûr.

2 – APTITUDE : Par ailleurs, la docimasie (M), sorte d’examen d’aptitude (mais pas de compétence puisque l’égalité politique était de principe), examen qui permettait d’éliminer les bandits et les fous, était un autre barrage contre les indésirables avant tout mandat.

3 – MISE AU BAN : Enfin, l’ostracisme (N) (importante institution qui n’avait pas, à l’époque, de connotation péjorative, au contraire) permettait de mettre au ban (temporairement) un citoyen considéré comme effrayant (sans le tuer, sans le ruiner, et sans même le déshonorer) : chaque citoyen pouvait graver le nom d’un personnage jugé dangereux sur un ostracon, fragment de poterie, et celui qui était le plus souvent cité était éloigné de la vie politique pour dix ans.

4 – RÉVOCABILITÉ : Pendant le mandat, les tirés au sort étaient révocables (O) à tout moment, par un vote de l’assemblée.

5 – REDDITION DES COMPTES : En fin de mandat , les tirés au sort devaient rendre des comptes (P) et cette reddition des comptes était suivie de récompenses (honorifiques) ou de punitions éventuellement sévères. Montesquieu soulignait à ce propos que la combinaison entre le risque de punitions et le volontariat permettait de filtrer efficacement les citoyens désignés et rendait le tirage au sort intéressant pour le bien commun : grâce au risque de punitions, il y avait moins de volontaires fantaisistes ou dangereux.

6 – RESPONSABILITÉ POST MANDAT : Après le mandat, deux procédures d’accusation publique ex post (Q) permettaient de mettre en cause après-coup des acteurs éventuellement fautifs : le Graphe para nomon et l’Eisangelia : l’une pour réexaminer une décision de l’Assemblée (et éventuellement punir un citoyen qui aurait induit l’assemblée en erreur en défendant un projet finalement nuisible), l’autre pour mettre en accusation un magistrat.

Tout cela est infiniment plus protecteur qu’un système d’institutions reposant sur l’élection qui, elle, fait comme si on pouvait compter sur la vertu de certains acteurs, meilleurs que les autres.

Le tirage au sort, lui, est au centre d’institutions qui assument les conflits et les imperfections individuelles en se fondant sur la défiance et en prévoyant des contrôles à tous les étages.

Ne pas oublier que le tirage au sort ne désigne pas des chefs, mais des serviteurs.


2. LE TIRAGE AU SORT ÉTAIT ADAPTÉ AUX PETITES CITÉS,
MAIS NE SERAIT PAS ADAPTÉ À NOS GRANDES SOCIÉTÉS MODERNES…

Vous entendrez souvent dénoncer la sottise qui consisterait à projeter les règles d’une petite Cité de 30 000 citoyens sur un État de 40 millions d’électeurs.

De ce point de vue, contrairement aux idées reçues, un système basé sur l’élection ne peut fonctionner qu’à petite échelle puisqu’il suppose que les gouvernés CONNAISSENT à la fois les gouvernements et leurs actions (ce qui est littéralement impossible à grande échelle : qui donc peut savoir ce que font tous les jours nos élus au niveau européen ?) ; alors qu’au contraire, un système basé sur le tirage au sort est beaucoup mieux adapté à des États de grande échelle puisqu’il emporte avec lui DES CONTRÔLES PERMANENTS À TOUS LES ÉTAGES POLITIQUES.

Ce qui est essentiel en démocratie, c’est que chaque citoyen garde l’initiative. Le mot initiative est fondamental et corrélé à l’isègoria. C’est un outil puissant contre toute dérive oligarchique.

Ainsi, sur le modèle de la fédération — magnifiquement défendu par Proudhon, que nous devrions tous relire et actualiser —, la démocratie locale pourrait se coordonner avec les autres en désignant des représentants à des Assemblées régionales qui elles-mêmes délègueraient des mandataires à l’Assemblée nationale, tous ces mandataires rendant des comptes et restant sous le contrôle permanent des assemblées locales, puisque l’idée maîtresse des institutions fondées sur le tirage au sort, réaliste plutôt qu’idéaliste, c’est que la vertu n’est pas naturelle et que seuls des contrôles permanents —par de bonnes institutions— poussent les acteurs à la vertu et garantissent ainsi tous les citoyens contre les abus de pouvoir.


3. AVEC LE TIRAGE AU SORT, ON DÉSIGNERAIT DES INCOMPÉTENTS…

Autre objection courante : le monde devient complexe et les tirés au sort ne seraient pas aussi COMPÉTENTS que les élus…

Parce que vous trouvez que, de par le monde et à travers l’histoire des faits, les élus sont « compétents » ?!

C’est une blague ?

Savez-vous combien de bombes atomiques les élus soi-disant compétents ont fait exploser dans l’atmosphère, en plein air ou sous l’eau !, depuis 1945 ? Plus de 2 000 ! En fait de compétence, c’est de la folie furieuse, oui. Et combien de guerres ?! Et combien de millions de milliards de dollars gaspillés avec des armées suréquipées —qui se neutralisent mutuellement !!!—pendant que des milliards d’hommes crèvent de faim ? Et combien de scandales de corruption avérée ? Et combien de cas de collusion abjecte avec les riches qui ont permis d’élire les élus ? Et combien de trahisons du bien commun ?

Un avocat, un homme d’affaires ou un professeur qui vient d’être élu est tout à fait incompétent dans le domaine nucléaire ou climatique ou médical ou autre, et c’est son travail sur les dossiers qui va le rendre compétent. On peut en dire tout autant de n’importe quel tiré au sort volontaire qui va devenir compétent en travaillant sur ses dossiers. Les très nombreuses expériences d’assemblées tirées au sort sur des sujets techniques complexes montrent une extraordinaire compétence collective et un formidable désintéressement par rapport aux lobbys. L’honnêteté et l’absence de conflit d’intérêts sont des caractéristiques bien plus importantes pour le bien commun que la (prétendue) compétence, puisqu’un réalisme élémentaire conduit à constater qu’aucun être humain ne peut prétendre maîtriser un savoir encyclopédique a priori.


4. AVEC LE TIRAGE AU SORT, ON CHANGERAIT D’AVIS TOUT LE TEMPS…

Autre objection courante contre le tirage au sort, la rotation des charges empêcherait de maintenir une ligne politique cohérente sur la durée ; des magistrats aux mandats courts et non renouvelables seraient incapables de poursuivre des stratégies cohérentes à long terme… Mais là encore, c’est faire comme si les tirés au sort avaient le même pouvoir que les élus modernes, ce qui n’est pas du tout le cas : dans un système organisé autour du tirage au sort, c’est l’assemblée qui a le pouvoir, et cette assemblée, elle, est tout à fait stable. Les Athéniens n’avaient aucun problème de ce point de vue, au moins rien de plus grave que les incohérences liées aux élections contradictoires, évidemment elles aussi possibles.


5. LE RÉGIME ATHÉNIEN SERAIT ESCLAVAGISTE, PHALLOCRATE ET XÉNOPHOBE…

Autre objection fréquente : on nous rappelle aimablement, comme si nous l’ignorions, que les Athéniens étaient esclavagistes, phallocrates, et xénophobes.

Effectivement, à l’époque, les femmes ne faisaient pas partie du peuple, les esclaves non plus, et les étrangers non plus. Mais juger ces faits antiques avec les valeurs d’aujourd’hui est un anachronisme, une injustice, une absurdité ; c’est aussi idiot que de reprocher aux Athéniens de ne pas voler en avion… (L’image est de Jacqueline de Romilly).

Quand on s’intéresse aux institutions athéniennes, on ne défend pas l’esclavagisme, ni la misogynie, ni la xénophobie, évidemment… Simplement, on a le sens du discernement, on sépare le bon grain de l’ivraie, on n’est pas bêtement manichéen : la démocratie ne fonctionnait PAS grâce à l’esclavagisme, NI grâce à la phallocratie, NI grâce à la xénophobie.

Autrement dit, débarrassées de ces caractères infamants, les institutions athéniennes auraient produit les mêmes résultats bénéfiques en termes d’égalité politique et de protection contre les oligarques.

Autrement dit, cette objection malhonnête consiste à monter en épingle (exagérer l’importance) de caractères sans aucun rapport avec le sujet central de la démocratie : comment organiser la Cité pour qu’aucun corps n’opprime les autres ? Il ne faut pas se laisser distraire et détourner de l’essentiel, et voir comment le peuple de l’époque, défini comme il pouvait l’être à l’époque, AVEC SES RICHES ET SES PAUVRES (CECI EST ESSENTIEL), voir comment ce peuple s’est protégé contre les oligarques, contre la tendance des riches à tout prendre pour eux, toujours plus. Comme dit Castoriadis, Athènes n’est pas un modèle mais un germe.

Certes, on pourrait dire, d’une certaine façon, que l’esclavagisme et le travail des femmes à la maison libéraient du temps pour les hommes, et leur permettaient de la sorte d’aller à l’Assemblée, ce qui est vrai ; mais la situation actuelle du monde moderne, avec des machines mues par le pétrole qui font à notre place beaucoup plus de travail que les esclaves antiques, cette présence d’esclaves de fer à la place d’esclaves de chair permet d’imaginer que nous pourrions très bien, aujourd’hui, libérer du temps pour que tous les humains puissent exercer une activité politique.

C’est donc un mauvais procès, le plus souvent mené par des gens (élus et/ou riches) qui ont un intérêt personnel à discréditer la démocratie (puisque le tirage au sort mettrait au chômage les élus et ôterait aux riches leurs précieuses courroies de transmission politiques).

Par un amalgame calomnieux, les élus (et leurs parrains) essayent de nous conduire à jeter un beau bébé démocratique avec l’eau sale de son bain esclavagiste d’une époque révolue.


6. MAIS LES ATHÉNIENS UTILISAIENT AUSSI L’ÉLECTION, NON ?

On entend parfois objecter que les Athéniens utilisaient aussi l’élection. C’est vrai, mais marginalement : l’élection était préférée seulement dans les cas où une compétence était nécessaire, c’est-à-dire essentiellement en matières militaires et financières. Ainsi, les chefs d’armée et les comptables publics étaient élus, mais c’est tout. À Athènes, le tirage au sort des représentants politiques a bel et bien été la règle générale pendant 200 ans.

Nous pourrions très bien, à notre tour, combiner les deux, en fonction de nos objectifs. Cependant, ce n’est pas aux élus de faire ces choix-là, car ils vont évidemment tricher et préférer l’élection partout, dans leur intérêt personnel, contre l’intérêt général.


7. SI LA DÉMOCRATIE A PRIS FIN UN JOUR, ET N’EST JAMAIS RÉAPPARUE, C’EST BIEN LA PREUVE QUE LE SYSTÈME ÉTAIT MAUVAIS…

Autre objection rencontrée contre le tirage au sort et la démocratie : si la démocratie a pris fin et n’est jamais réapparue, c’est bien la preuve que le système était mauvais…

Pas du tout : la démocratie a pris fin à cause d’une guerre perdue. C’est-à-dire une cause contingente, non nécessaire, accidentelle, et pas à cause de vices propres.

Et les voleurs de pouvoir qui ont suivi ont bien retenu la leçon : le tirage au sort des représentants donne mécaniquement le pouvoir au plus grand nombre, au lieu de laisser les riches gouverner. Cette procédure aléatoire —équitable et incorruptible— a donc ensuite été méthodiquement discréditée par tous les notables et privilégiés à travers les âges, mais pour des raisons qui n’ont évidemment rien à voir avec l’intérêt général, et sans aucun débat public sur le choix sociétal stratégique « élections ou tirage au sort ».


8. ET SI, MOI, J’AI ENVIE DE CHOISIR MES REPRÉSENTANTS ?!!

Certains objectent avec véhémence qu’ils tiennent absolument à choisir leurs représentants, que c’est leur précieuse part de souveraineté qu’on leur dérobe avec le tirage au sort, et que personne ne leur retirera sans qu’ils se battent bec et ongles.

Ce que j’observe, c’est que ces cris viennent souvent de personnes plutôt favorisées qui n’ont rien à craindre de l’élection puisqu’ils sont précisément de ceux que les élus ne martyrisent jamais.

Je ne suis pas sûr qu’il soit utile de tenter de les convaincre car il est possible qu’un intérêt personnel contraire à l’intérêt général les anime, auquel cas la discussion est un simulacre, et sans doute une impasse.

Par contre, de la part de personnes défavorisées, cet argument est vraiment étonnant : après 200 ans de trahisons répétées, après 200 ans de promesses non tenues, continuer à s’accrocher à ce qui est — de fait — un pur mensonge, relève de la pensée magique, un peu comme certaines croyances conduisent à protéger une vache sacrée.

Peut-on argumenter contre une croyance ? Peut-être. Je pense par exemple à une voie médiane (transitoire ?) : une Assemblée qui combinerait les deux modes : une partie élue (pour ceux qui veulent choisir) et une partie tirée au sort (pour ceux qui ont compris que l’élection est une menteuse). Le résultat serait déjà bien meilleur pour l’intérêt général qu’une élection à 100%.

On peut aussi proposer de choisir la procédure par référendum. Par exemple, après un honnête débat public ouvert à toutes les opinions dissidentes, on poserait la question au peuple : souhaitez-vous que la prochaine Assemblée constituante soit 1) intégralement tirée au sort, 2) intégralement élue, 3) tirée au sort pour moitié et élue pour moitié, 4) constituée de tous les citoyens volontaires ?

Mais aujourd’hui, à l’évidence,
EN NOUS PRIVANT DE L’INITIATIVE (tantôt des candidats, tantôt des questions),
LE SUFFRAGE UNIVERSEL NE NOUS PRÉSENTE QUE DE FAUX CHOIX.


9. LES TIRÉS AU SORT SONT ÉGALEMENT MANIPULABLES ET CORRUPTIBLES, PLUS FACILEMENT MÊME, PUISQU’ILS SONT DÉBUTANTS POLITIQUES ET DONC PLUTÔT NAÏFS

On objecte aussi parfois que rien ne protège les tirés au sort contre les manipulations ni contre la corruption ; on souligne même que des éternels débutants seront particulièrement exposés aux influences des fonctionnaires, eux inamovibles.

D’abord, encore une fois, c’est faire comme si les tirés au sort avaient le pouvoir alors que ce n’est pas le cas. Pour corrompre ou manipuler la volonté commune, c’est toute l’Assemblée populaire qu’il faut corrompre et manipuler puisque c’est elle qui conserve le pouvoir en démocratie. Et les procédures de mise en cause après-coup comme le Graphe para nomon permettent précisément de punir un orateur adroit qui aurait réussi à circonvenir l’Assemblée et la conduire à voter de mauvaise décisions.

Par ailleurs, pour ce qui concerne les tirés au sort, il n’est pas vrai qu’il est aussi simple de corrompre un amateur qu’un professionnel : la corruption et la manipulation prennent du temps. Et en attendant, il suffit d’un incorruptible dans une assemblée pour sonner le tocsin et alerter tous les citoyens des intrigues éventuelles.

Enfin, même imparfait, le tirage au sort reste meilleur pour l’intérêt général que l’élection sur bien des aspects. Le fait que le tirage au sort soit (évidemment) imparfait n’est pas suffisant pour y renoncer.


10. LA DÉMOCRATIE ATHÉNIENNE NE RESPECTAIT PAS LES DROITS FONDAMENTAUX ET PRATIQUAIT, PAR EXEMPLE, LA PEINE DE MORT

On entend dire parfois qu’un régime capable de condamner Socrate à mourir ne peut pas être un bon régime…

On a du mal à croire à la bonne foi de cet argument : la mort de Socrate fut une erreur, sans doute un drame, mais c’est un microscopique détail pour juger un régime sur des siècles ; un simple fait divers, à l’évidence malhonnêtement monté en épingle.

Si ceux qui mettent en avant la mort de Socrate sont de bonne foi, vont-ils penser à disposer aussi dans la balance les centaines de millions de morts et de torturés par la faute d’élus depuis 200 ans ?

Plus sérieusement, on entend dire la démocratie ne respectait pas les droits de l’Homme.

C’est tout à fait exact, mais le leur reprocher est d’abord un véritable anachronisme : il est profondément injuste de reprocher à un peuple d’il y a 2 500 ans de ne pas avoir respecté nos valeurs actuelles.

Ensuite, en faire une pierre d’achoppement non négociable est très exagéré car rien ne nous empêcherait, aujourd’hui, d’améliorer le système dans le sens de ce respect des droits fondamentaux, et puis c’est tout.

Pas du tout de quoi jeter le projet tout entier aux orties, évidemment.


11. DÉMOCRATIE, DÉMOCRATIE… ARRÊTEZ DE NOUS CASSER LES PIEDS AVEC LES RÉFÉRENCES GRECQUES : IL N’Y A PAS QUE L’OCCIDENT SUR TERRE…

Certains interlocuteurs objectent que la référence lancinante à la démocratie dans les pays développés relève de l’obsession religieuse et néglige de nombreuses autres expériences politiques riches et anciennes, en Égypte et en Chine, notamment.

C’est vrai que, pour ceux qui se contentent des apparences et acceptent d’appeler démocratie son strict contraire, la comparaison avec la religion est intéressante.

Mais au contraire, parler de religion ne convient pas pour ceux qui cherchent à comprendre — et n’ont pas peur d’améliorer — une vraie démocratie. Ceux-là mènent une enquête pour protéger tout le monde efficacement contre les abus de pouvoir, au-delà des mythes, précisément. Cette enquête reste ouverte sur toutes les suggestions utiles, naturellement.

Quant aux autres histoires mobilisables pour penser la Cité aujourd’hui, je retiens de l’expérience chinoise, pour le moment, l’intérêt porté aux CONCOURS pour l’accès aux charges publiques : cette procédure permet (théoriquement) d’accéder à une méritocratie authentique (où les aristocrates font constamment la preuve qu’ils sont bien les meilleurs, sans aucun privilège, de naissance ou autre). Il y a sans doute d’autres idées utiles dans l’histoire chinoise : eh bien parlons-en, si vous voulez.

D’autre part, on évoque parfois les attraits de l’expérience égyptienne, bien plus ancienne que l’expérience grecque. Mais pour l’instant, je dois dire que les apports égyptiens à la science politique qui permettraient de résister aujourd’hui aux abus de pouvoir me sont inconnus. Je suis évidemment ouvert à toute suggestion crédible.

Pour l’instant, j’observe (et je signale) le germe politique testé (et approuvé) à Athènes parce qu’il me paraît logique, robuste, et parfaitement adapté pour sortir enfin de la plupart de nos impasses sociales, À CONDITION DE CESSER DE CONFIER AUX PARTIS L’ÉCRITURE DE NOS CONSTITUTIONS (puisqu’ils choisiront toujours l’élection, naturellement, conduits par leur intérêt personnel).

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177 – Aunac : il n’y a de monnaie que dans M1

Extrait du livre de Pierre Aunac : Une économie au service de l’homme (ed l’Harmattan)

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Chapitre 7 – L’imbroglio monétaire

Je n’ai jamais vu de problème, si compliqué soit-il. qui. lorsqu’on l’aborde correctement, ne devienne encore plus compliqué.

Paul Anderson

Aborder les problèmes monétaires sans avoir auparavant posé une définition claire de la monnaie, voilà qui pourrait être considéré par des lecteurs sourcilleux comme une incongruité, ou, tout au moins, connue une négligence coupable. Tout ouvrage sérieux, pen-sera-t-on peut-être, aurait dû « commencer par le commencement » A vrai dire, il ne s’agit pas, ici, de présenter une thèse universitaire, et le lecteur – nous en sommes sûr – sait bien ce qu’est l’argent et nous pardonnerait cet oubli si c’en était un. Au reste, est-il besoin de don­ner une définition précise, rigoureuse et circonstanciée d’un marteau, par exemple, pour savoir ce que c’est et s’en servir à bon escient ? D’ailleurs, des économistes, et non des moindres, ne s’embarrassent pas de telles précautions :

« Le lecteur devrait s’attaquer aux pages qui vont suivre en sa­chant bien que l’argent n’est rien de plus ou de moins que ce qu ‘il a toujours cru – ce que l’on offre ou reçoit pour l’achat ou la vente de biens, services et autres. »’

Voilà ce que nous en dit le prix Nobel d’économie J. K. Galbraith sans autre forme de procès.

Aussi, nous aurions pu nous passer de nous poser la question rituelle, attribuée au maréchal Foch : de quoi s’agit-il ? Pourtant, nous allons voir que ce n’est pas inutile, loin de là. II faut donc commencer par feuilleter les manuels d’enseignement et les écrits des experts. Comme toujours s’agissant de monnaie, nous nous tournerons vers André Chaineau qui nous donne une définition claire, précise et apparemment dénuée d’ambiguïté :

« La monnaie est constituée par l’ensemble des moyens de paiement c’est-à-dire par l’ensemble des actifs qu’acceptent tous les vendeurs partout et en fous temps pour le règlement de leurs créances nées de l’échange… »

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176 – Sapir: Zone euro, déni des réalités

Zone Euro: Le déni des réalités se paye au prix fort

 Jacques SAPIR, Directeur d’études à l’EHESS
12 mai 2011

(Publié avec l’aimable autorisation de Jacques Sapir)

Lien court: http://wp.me/pzMIs-ng

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La crise terminale de la zone Euro, que j’avais annoncée pour la période courant de la fin de l’année 2010 à l’hiver 2011-2012, prend forme sous nos yeux avec l’inéluctabilité implacable des grands désastres trop longtemps niés. Les partis dominants du système politique français doivent aujourd’hui affronter une réalité qu’ils ont constamment et systématiquement refusée de prendre en compte et même de reconnaître.

Les faits.

Il est clair en ce début de mai 2011 qu’un certain nombre de pays sont d’ores et déjà dans l’incapacité de respecter les contraintes imposées[1]. Il en est ainsi de la Grèce, du Portugal et probablement de l’Irlande. Tout le monde comprend aujourd’hui que la Grèce devra faire défaut sur au moins une partie de sa dette. Même compte tenu des taux que le Fonds Européen de Stabilité Financière peut lui offrir (un taux moyen de 3,5%), avec un montant global de 142,5% du PIB en dette souveraine, cela implique plus de 5% du PIB en intérêt. Autrement dit, il faudrait que la Grèce réalise un excédent budgétaire primaire de 5% alors qu’elle fait actuellement un déficit de 10%. Un défaut, total ou partiel, est donc inévitable. Cela cependant ne suffira pas. Il faudra, pour que ce pays retrouve un minimum de dynamisme lui permettant de ne pas voir cette dette se reconstituer, qu’il sorte de l’Euro et dévalue massivement.

Le Portugal, quoi que dans un état moins immédiatement désespéré, devra lui aussi se résoudre au couple défaut et dévaluation, et pour cela sortir de la zone Euro. Le plan d’austérité qui se met en place va en effet provoquer une récession, estimée de manière optimiste à –2% du PIB et plus raisonnablement à –4%/-5%. Celle-ci va engendrer une contraction  des ressources fiscales qui va reproduire le déficit budgétaire. C’est en réalité le scénario de toutes les tentatives brutales de retour à un équilibre des dépenses publiques par une austérité massive. Souvenons-nous du cas de la Russie de 1993 à 1998 où l’austérité draconienne imposée par le gouvernement et le FMI a plongé le pays dans une spirale de la dépression et du déficit. Il a fallu que revienne la croissance, suite au défaut et à une dévaluation d’environ 50% pour que le cours des choses s’inverse.

Les effets de contagion de ce scénario sur un pays comme l’Irlande peuvent être facilement imaginés. Par ailleurs, ce dernier connaît dès aujourd’hui les effets pervers de l’ajustement budgétaire. La production recule massivement et l’Irlande a renoué avec son histoire de terre d’émigration qui puise ses racines dans un passé tragique.

Mais, plus grave se prépare. L’Espagne sera contrainte par une succession de crises bancaires à recapitaliser ces banques et verra sa dette exploser d’ici à la fin de 2011 ou au plus tard au début de 2012. Le taux de défaut sur les crédits octroyés atteint déjà plus de 6%. Avec l’épuisement des mécanismes d’assurance-chômage, et compte tenu du nombre des chômeurs en Espagne, ce taux atteindra probablement 10%. Une nouvelle restructuration des banques espagnoles se révèlera nécessaire et l’État, en dépit de ses dénégations actuelles, devra massivement recapitaliser le système bancaire. Le déficit budgétaire, qui était avant la crise (en 2007) de 35% du PIB atteindra les 85% et continuera de monter. L’Espagne devra alors faire face à la réticence des marchés qui exigeront pour lui prêter de nouvelles sommes des taux toujours plus élevés. Ces derniers viendront s’ajouter au poids de la dette existante. Pour faire face, ce pays n’aura pas le choix, en dépit des dénégations répétées et illusoires de son gouvernement, que de demander à bénéficier du Fonds Européen de Stabilité Financière. Or, les moyens du FESF sont déjà lourdement mis à contribution par la Grèce, le Portugal et  l’Irlande.

La demande de l’Espagne fera éclater le cadre de ce fond et nous confrontera immanquable au constat d’impuissance devant l’approfondissement de la crise.

La spéculation financière connaîtra de nouveaux sommets, et des pays comme l’Italie et la Belgique, dont la dette publique excède largement les 100% du PIB, seront immanquablement attaqués. Ensuite, rapidement et immanquablement, viendra le tour de la France.

Il ne faut pas se bercer d’illusions. Une fois la crise bien installée dans les pays dits périphériques il est inévitable que la contagion se produise sur les pays du cœur de la zone Euro et nous n’y échapperons pas. Toutes les dénégations des femmes et hommes politiques, de la majorité comme de l’opposition, n’y changeront rien.

Les options aujourd’hui possibles.

Trois solutions s’offrent alors à nous.

(1)   Face à la crise, nous pouvons, de concert avec l’Allemagne, prétendre trouver une issue par un surcroît d’austérité. C’est le chemin que nous avons pris par le « pacte de compétitivité » que le gouvernement veut imposer au pays.

Il faut cependant mesurer ce que l’accumulation des plans d’austérité à l’échelle européenne provoquera comme dépression dans les différents pays. L’ajustement budgétaire qui, en effet, serait nécessaire pour stabiliser la situation va de 15% à 17% du PIB pour la Grèce à 7%-8% pour la France. De tels ajustements sont impossibles à court terme en raison des conséquences économiques et sociales qu’ils impliqueraient. La stabilité politique sera directement ou indirectement mise en cause par une montée du chômage sans précédent.

Le « Pacte de Compétitivité » tant dans sa forme que dans son essence ne correspond ni aux besoins ni aux réalités de l’économie française. Ce « copié-collé » de mesures prises en Allemagne ne tient nullement compte des différences structurelles entre nos deux pays. Mais il témoigne de la fascination malsaine et morbide de certaines de nos élites pour le « modèle allemand » qui tire ses racines dans le désastre de 1940 t dans l’idéologie de Vichy. Ce « pacte » aggravera le phénomène de désindustrialisation que nous connaissons depuis de nombreuses années. À la fin des fins les déficits, que nous aurons cru maîtriser par un effort au coût si lourd et au résultat socialement si désastreux, referont leur apparition mais cette fois non par « excès » des dépenses mais par la chute des recettes engendrée par celle de la production.

(2)   Nous pouvons tenter de convaincre nos partenaires que la solution réside dans une monétisation brutale par la Banque Centrale Européenne d’une bonne partie des dettes souveraines. En procédant par étapes, dans les six mois, la BCE devrait racheter au taux d’intervention (soit 1,25% par an, voire plus bas), les deux tiers de la dette grecque, la moitié de la dette portugaise et irlandaise, le tiers de la dette de l’Espagne, de la Belgique, de l’Italie et sans doute le quart de celle de la France. Ces rachats massifs auraient pour résultats de faire baisser la valeur de l’Euro face au Dollar, et ils redonneraient du tonus aux économies européennes que l’Euro fort étrangle.

Bien sûr, nous n’aurions ainsi fait que gagner du temps. Mais, nous pourrions mettre à profit le deux ou trois années de tranquillité ainsi gagnées pour faire évoluer la zone Euro d’une monnaie unique vers une monnaie commune tenant compte des disparités structurelles entre les pays membres, et pour établir en commun des mesures de contrôle sur les mouvements de capitaux à court terme et sur les opérations financières spéculatives.

(3)   Cependant, pour satisfaisante qu’elle soit, il faut reconnaître que cette solution est aujourd’hui très peu probable. Elle se heurtera à l’opposition ferme de l’Allemagne qui, si elle peut craindre le retour aux dévaluations compétitives de la part de ses partenaires, craint encore plus de devoir contribuer massivement (à hauteur de 3,5%/4% de son PIB annuel) à la survie de la zone Euro. Aussi, plutôt que d’envenimer un antagonisme franco-allemand par des récriminations croissantes, sans doute justifiées mais peu audibles outre-rhin, il nous faut reconnaître que la possibilité qu’une solution coopérative spontanée n’est plus aujourd’hui possible.

Dès lors, nous n’aurions plus d’autres ressources que de mettre nos partenaires au pied du mur par une réquisition de la Banque de France et une monétisation directe d’une partie de notre dette (par rachat des créances détenues par des non-résidents) et une utilisation d’une partie de cet argent à des mesures renforçant notre compétitivité. Le but d’une telle politique est de montrer le chemin à l’ensemble des pays de la zone Euro. Si une telle politique ne faisait pas bouger nos partenaires, alors il nous faudrait prendre la décision délibérée de sortir de la zone Euro. Retrouvant notre souveraineté monétaire nous pourrions nous atteler à la reconstruction du pays.

Où sont les plus grands risques politiques ?

Une telle décision est donc à l’ordre du jour. Elle est techniquement possible quoi que l’on en dise ou que l’on prétende, et les risques qu’elle entraîne peuvent être maîtrisés, mais à la condition de suivre un projet cohérent[2].

Politiquement, cependant, elle peut néanmoins apparaître comme la porte ouverte sur l’aventure. Pourtant, cette perception des risques politiques potentiels ne tient nullement compte d’une l’accumulation des risques qui sont autrement plus graves du fait de notre inaction ou de la cécité d’une partie de la classe politique.

La décision de changer de politique face à la faillite avérée de la précédente est aujourd’hui une évidence pour un nombre croissant de Français. Ces derniers aujourd’hui hésitent entre la rage et la désespérance devant la démission de la classe politique. Ceci contribue à créer un climat plus que malsain dans le pays.

Seules nos élites, à part une petite fraction, continuent de nier la réalité et persistent à poursuivre sur une voie qui ne peut que conduire au désastre, tant économiquement que socialement ou politiquement.

Par cette rupture décisive et non de pure forme, il devient possible de remobiliser les Français autour d’un projet porteur d’espoir et faire de la réindustrialisation de notre pays non pas un simple slogan mais une réalité tangible.

Il devient aussi possible de renouer avec le plein emploi dans un cadre où le contenu des nouveaux emplois créés sera bien plus intéressant que ce qui est offert aujourd’hui des emplois de services pour l’essentiel) et offrir un avenir aux quelque cent mille jeunes supplémentaires qui chaque année arriveront sur le marché du travail et ce jusqu’en 2025. Sinon, il faut s’attendre à une montée rapide de la conflictualité sociale et à la répétition, mais en bien pire, des émeutes urbaines que nous avons déjà connues. C’est l’ensemble du tissu social qui est aujourd’hui atteint et qui le sera toujours plus dans les mois à venir.

Ce constat à lui seul, implique des mesures radicales.

La crainte de l’avenir sera utilisée pour justifier l’immobilisme du présent. On va mobiliser la crainte d’un monde sans Euro voire sans Europe. On va agiter le spectre de la guerre. Mais la réalité est bien différente.

Tout d’abord, il y a une « vie » après la sortie de l’Euro et la dévaluation, tout comme, pour la Grèce et le Portugal, il y aura une « vie » après le défaut. Bien sûr, les systèmes bancaires de ces différents pays vont souffrir. Mais la partie saine de ces derniers, celle qui fait des crédits à la population et aux entreprises, peut être facilement sécurisée par l’État. Elle le peut d’autant mieux que les mesures proposées auront pour effet de dé-financiariser les économies et d’orienter en priorité l’épargne nationale sur les priorités de développement économique.

L’exemple de la Russie après la crise dramatique d’août 1998 montre que des ruptures radicales sont payantes. Les affirmations selon lesquelles le succès de la Russie fut entièrement dû aux prix des matières premières est une contrevérité. En fait, ces prix n’augmentèrent qu’à partir de 2002. Rappelons aussi que, pour 1999, le FMI avait prédit une récession de –7% quand en réalité la Russie a connu une croissance de 4,5%. Ceci montre quel crédit il convient d’attacher à l’opinion des « experts » en tout genre qui fleurissent dans les organisations internationales comme dans les gouvernements.

Ensuite, il faut cesser de confondre l’Europe avec l’Euro (seuls 17 des 27 pays de l’Union Européenne font partie de la Zone Euro), tout comme il faut cesser de confondre l’Europe avec l’Union Européenne.

De même, il faut cesser de croire que la coopération soit antinomique du conflit. Tous ceux qui ont sérieusement étudié la stratégie savent qu’il y a du conflit dans la coopération tout comme il y a de la coopération dans le conflit. Loin de constituer des oppositions radicales, ces notions constituent en fait un couple dialectique qu’il faut savoir penser dans sa globalité.

Enfin, il faut cesser de présenter la libre circulation des capitaux et des marchandises comme un acquis, voire un bien public. La circulation des capitaux ne se justifie que pour les investissements directs étrangers, et ces derniers représentent moins de 5% du volume des capitaux circulants actuellement.

Des contrôles de capitaux sont aujourd’hui nécessaires et les mesures radicales qui sont ici préconisées peuvent être l’occasion de les mettre en place. Ils permettront de retrouver une stabilité du marché des changes et une capacité à fixer le taux d’intérêt pour l’économie de chaque pays sans subir en permanence la pression des marchés des capitaux.

Quant au protectionnisme, qui n’est nullement l’autarcie, il permet de rééquilibrer les coûts salariaux et écologiques entre les pays, et doit d’urgence faire partie de la panoplie des mesures à prendre.

Des solutions radicales s’imposent

Dans l’idéal, un gouvernement d’Union Nationale s’imposerait. Celle-ci risque d’être difficile à réaliser pour un président en fin de mandat. Donc, et devant la faillite ou l’aveuglement de la plupart des partis, il devra rechercher des personnalités indiscutables dans leur volonté de changement comme dans leur probité et leur sens de l’État.

Ce gouvernement, doublement nouveau car composé de femmes et d’hommes qui, jusque-là, étaient périphériques aux alliances politiques, pourrait provoquer le sursaut nécessaire et en tout état de cause constituer une équipe unie pour affronter la crise qui vient.

D’un côté, donc, se précise aujourd’hui la certitude d’une crise ouverte de la zone Euro avec ses conséquences politiques dramatiques. Des élections présidentielles qui se feront dans un climat de parfaite confusion et une classe politique déboussolée, prise entre des promesses contradictoires et son attachement forcené pour l’Euro. De reniement en reniement, tout ceci rendra inévitable le succès de l’extrême droite et une rupture brutale du couple franco-allemand.

De l’autre, un risque somme toute modéré si l’on suit un programme cohérent, avec une possibilité de rebond tant politique qu’économique, et des relations franco-allemandes qui, une fois débarrassées de l’hypothèque que représente aujourd’hui l’Euro, pourront repartir de l’avant.

Plus que jamais, il convient d’être radical.

Non par principe ni par posture ; mais par réalisme.


[1] Voire ma note, « Zone Euro : les défauts sont inévitables »

[2] Voir le document de travail « S’il faut sortir de l’Euro… ».

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175 – Etienne Chouard: tirage au sort (1)

CENTRALITÉ DU TIRAGE AU SORT  EN DÉMOCRATIE

La catastrophe financière et monétaire actuelle PROUVE tous les jours que les pires crapules, pourvu qu’elles soient RICHES, n’ont rien à craindre des élus. Je répète : la preuve est apportée tous les jours, partout dans le monde, que les canailles RICHES n’ont RIEN à craindre des ÉLUS.

Ce sont des FAITS. Et il faut avoir beaucoup de poussière sur les lunettes pour ne pas les voir.

Je signale d’abord que les riches et autres aristocrates, eux, le savent depuis longtemps : dès le début du XIXe siècle, Alexis de Tocqueville avouait déjà : « Je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira. » Étonnant, non ? Ils le savent depuis longtemps, eux. Bien.

Pourtant, le candide que je suis, novice en politique (puisque je ne résiste aux abus de pouvoir que depuis six ans seulement) est sidéré de l’attachement viscéral des mes meilleurs amis — de gauche ; à toutes fins utiles, je précise que je ne suis pas fasciste… — attachement quasiment religieux au suffrage universel, en dépit de toutes les déceptions, en déni de toutes les trahisons.

Le suffrage universel ressemble à un MYTHE, un peu comme une vache sacrée qui serait devenue absolument intouchable, en vertu d’un dogme qui ne se discute plus, alors que, DE FAIT, elle rend possible —et même scelle durablement— l’impuissance politique du plus grand nombre, toujours et partout.

Je vous propose de donner une heure de lecture à une idée alternative méconnue, d’une puissance considérable, le tirage au sort des serviteurs politiques de la Cité. Ne lâchez pas prise avant la fin : plus on lit à ce sujet, plus on y pense librement, plus on comprend qu’on n’avait pas assez réfléchi en faisant confiance à l’élection. Nous serions tous bien mieux protégés par des institutions (démocratiques) organisées autour du tirage au sort que par des institutions (oligarchiques) fondées sur l’élection.

La principale racine de nos problèmes politiques modernes est que
nous appelons démocratie son strict contraire
:

Et pourtant les fondateurs de nos régimes —dont le vrai nom est en fait « gouvernement représentatif »— n’avaient nullement l’intention d’instituer une démocratie, au contraire ! Sieyès en France et Madison aux États-Unis, pour des raisons différentes, tenaient à écarter le peuple des décisions politiques, et ne s’en cachaient nullement (il faut lire à ce propos le petit livre formidable de Bernard Manin, « Principes du gouvernement représentatif »).

C’est par un curieux retournement de vocabulaire (assez bien décrit par Pierre Rosanvallon en 1993) que le mot démocratie s’est mis, dès le début du XIXe siècle, à qualifier un régime qui la méprisait pourtant explicitement dès l’origine.

Aujourd’hui, le fait d’appeler démocratie son strict contraire nous emprisonne dans une glu intellectuelle qui nous empêche de formuler une alternative sérieuse : nous n’arrivons pas à désigner l’ennemi car l’ennemi a pris le nom de l’ami, LE NOM de ce qui le détruirait. Tenant cette place stratégique, l’ennemi nous empêche de l’occuper.


Alors, qu’est-ce qu’une véritable démocratie ?

L’exemple d’Athènes, il y a 2500 ans, est tout à fait passionnant. Pour comprendre la logique des institutions athéniennes, et pour percevoir l’essentiel de ce qui fait leur cohérence, je vous propose un schéma (cliquer pour agrandir, puis Ctrl+roulette pour ajuster) :

Garder ce schéma sous les yeux en lisant ce qui suit.

Pour comprendre ce qui fait la cohérence de la démocratie athénienne, il faut se souvenir que les Athéniens avaient comme principal objectif (au centre (A), à ne jamais oublier) de mettre un terme à plusieurs siècles de tyrannie. Ils étaient armés et ils ont décidé, pour se protéger des tyrans, d’imposer une véritable égalité politique, tout en sachant bien qu’il était impossible (et inutile) d’imposer une égalité générale (physique, économique, sociale, mentale, etc.) ; on parle bien d’égalité POLITIQUE.


Le droit de parole publique et l’initiative populaire

Un premier pilier, dans les institutions de la démocratie, était l’isègoria (B), droit de parole pour tous à tout moment et à tout propos : les Athéniens considéraient ce droit de parole comme une hygiène de base qui permettait à la démocratie de se protéger elle-même en faisant DE CHAQUE CITOYEN UNE SENTINELLE apte à dénoncer d’éventuelles dérives oligarchiques et à protéger la démocratie, un peu comme si des milliers de paires d’yeux surveillaient en permanence que tout se passe bien, un peu comme des globules blancs. Cette égalité de droit de parole est à la fois une conséquence et une condition de l’égalité politique. Cette égalité est indissociable de la démocratie ; les Athéniens y tenaient plus qu’à toute autre institution. Aujourd’hui, en pleine oligarchie, d’une certaine façon, l’Internet nous rend (un peu) l’isègoria que les élus nous ont volée depuis 200 ans.

C’est l’isègoria qui rendait possible des citoyens actifs (C) et à l’inverse ce sont les citoyens actifs qui donnaient vie à l’isègoria. Les deux se tiennent, vont ensemble.


Des citoyens armés

Je rappelle, pour mémoire, que les citoyens athéniens étaient armés (D) ; je crois que c’est tout sauf un détail : au moment d’écrire des institutions protectrices contre les abus de pouvoir, en 1791, au moment de bâtir des remparts solides contre la tyrannie, Robespierre a écrit un important Discours sur les Gardes Nationales, expliquant que c’était folie de désarmer le peuple en laissant subsister en son sein un corps armé : pour lui, c’était le chemin garanti vers la tyrannie. Apparemment, effectivement, nous y sommes. On peut noter que les Suisses sont tous armés et que leur service militaire dure toute leur vie.


Amateurisme politique et rotation des charges, DONC tirage au sort

Pour atteindre cet objectif central d’égalité politique, constatant que le pouvoir corrompt et en déduisant logiquement qu’il faut éviter de laisser au pouvoir le temps de corrompre les acteurs, les Athéniens ont établi qu’il fallait absolument garantir, DE FAÇON TOUT À FAIT PRIORITAIRE, L’AMATEURISME POLITIQUE (E), et donc LA ROTATION DES CHARGES (F), grâce aux MANDATS COURTS ET NON RENOUVELABLES (H).

NOTA : tout ça est très logique, on ne peut pas retirer une institution sans courir le risque de créer une incohérence. LE SEUL MOYEN pour désigner les représentants en faisant tourner rapidement les charges (mandats courts et non renouvelables) ÉTAIT LE TIRAGE AU SORT (G), égalitaire et incorruptible : en effet, ce qui conduit à une élection conduit mécaniquement, tôt ou tard, à une réélection (et donc une stabilisation du personnel politique) ; l’élection conduit donc progressivement et immanquablement à la formation d’une corporation de politiciens professionnels radicalement contradictoire avec l’objectif central de l’égalité politique réelle.

DONC, si on remplace le tirage au sort par l’élection dans ce schéma, on met tout par terre, on perd la démocratie. Il faut comprendre la cohérence de l’ensemble et l’aspect décisif de la procédure du tirage au sort par rapport aux objectifs fondamentaux de la Cité et par rapport aux autres institutions (qui visent toutes les mêmes objectifs).

On n’a pas le choix : PAS DE DÉMOCRATIE SANS TIRAGE AU SORT.

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La suite bientôt, et en particulier  » Objections et réfutations des objections » , mais vous pouvez  lire l’ensemble directement sur le blog d’Étienne Chouard

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174 – Une monnaie nationale complémentaire



Imaginez :
Une idée simple, transposable aux autres pays du monde, qui permettrait de répondre de façon satisfaisante à l’immense défi humain et écologique de notre siècle, en proposant de nouvelles activités épanouissantes et socialement utiles, sans impôts supplémentaires, sans endettement et sans s’opposer aux intérêts en place…
Impossible ?
Si vous vous demandez comment nous dépêtrer de la contradiction qui prône d’un côté la croissance pour guérir l’économie et de l’autre la décroissance pour l’écologie?
Si vous vous inquiétez de l’avenir de la planète et de celui de vos enfants, si vous souhaitez que tous les peuples atteignent un niveau de suffisance digne, si vous nourrissez au fond de votre cœur(même sans y croire vraiment) le rêve d’un monde où il ferait bon vivre pour tous en lien avec une Terre respectée, lisez ce livre : ce rêve est à portée de main, car « Rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue » (Victor HUGO)

Les thèmes abordés sont : Richesse réelle et richesse symbolique – La prison mentale – La création monétaire – La croissance – La répartition de la richesse – Le risque inflationniste – Le risque de dissidence et sortie de l’Europe – Le développement des monnaies complémentaires dans le monde – Les droits de l’homme – La charte de La Havane

(12€)

Pour commander ce livre, cliquez ici

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Sur son blog,  Laurent Pinsolle nous donne son avis…

Vers une économie plus citoyenne et sociale

Vous connaissez déjà largement André-Jacques Holbecq, économiste citoyen, ancien pilote du Concorde, qui contribue régulièrement comme commentateur du blog. Je viens de lire son livre « Une monnaie nationale complémentaire », une réflexion stimulante sur l’organisation de nos sociétés.

Créer une économie plus sociale

Il devient chaque jour plus criant de refonder le système capitaliste. S’il existe déjà le service public et les coopératives qui permettent à beaucoup de citoyens de travailler pour des organisations moins mercantiles, une réflexion se fait jour pour créer un secteur « social » plus important. C’est exactement la démarche de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix pour son invention du microcrédit au Bangladesh, dont j’avais chroniqué le livre « Vers un nouveau capitalisme ».

C’est exactement ce que nous proposent ici André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder. Ils partent du constat évident que certaines activités à haute valeur citoyenne et sociale ne trouveront jamais de financement du fait de leur absence de rentabilité, ce qui est préjudiciable à l’ensemble de la collectivité. Ils notent aussi très justement que beaucoup de citoyens préfèreraient sans doute travailler pour des entreprises dont l’objectif n’est pas le profit, sans être pour autant fonctionnaires.

Ils ont donc élaboré un système élégant mais un peu complexe, un Espace économique Complémentaire à vocation Sociétale, l’ECS, qui reposerait sur des Entreprises à Mandat Sociétal (EMS) et qui bénéficierait d’une Unité Monétaire Sociétale (UMS), une monnaie spécifique. Ce nouveau pan du secteur économique fonctionnerait de manière autonome au secteur économique privé traditionnel.

Agitateurs d’idées citoyennes

Les auteurs commencent par plusieurs paraboles, suivies d’analyse qui soulignent les travers de notre monde, son matérialisme, la privatisation de la création de la monnaie au profit des banques, l’explosion des inégalités, la persistance d’un chômage de masse, qui créé un rapport difficile au travail, et un manque d’ouverture d’esprit pour envisager de nouvelles solutions.

Le duo pense que les enjeux immenses qui guettent notre planète (augmentation de la population, difficulté à nourrir cette population, épuisement des ressources naturelles de la planète, explosion des inégalités et maintien d’un niveau de pauvreté contradictoire avec le niveau de croissance) ne pourront pas être assumés par les structures existantes de notre économie.

Ils veulent donc « compléter le dispositif économique actuel dans le but de résoudre, indifféremment de leur coût financier ou comptable, les problèmes humains et écologiques que la seule logique capitaliste et comptable est incapable par nature de traiter ». L’objectif est notamment de réduire toutes les formes de pollution et remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables non polluantes.

L’économie au service de l’homme et de la planète

C’est pour financer ce nouvel espace sociétal que les auteurs proposent la création d’une UMS. Ils reviennent sur les exemples de création de monnaies complémentaires dans l’histoire, en Allemagne en 1919, en Suisse dans les années 1930 ou au Canada dans les années 1980. Naturellement, cette monnaie serait placée sous contrôle purement public.

Ils proposent que dans cet espace les différences de revenus soient strictement limitées. Ils reprennent aussi de nombreux extraits de la Charte de la Havane, qui faisait de l’équilibre de la balance des paiements un principe de base des rapports internationaux, un contrôle des mouvements de capitaux, une interdiction du dumping et un encadrement du libre-échange.

Il est vrai que le système actuel a démontré son incapacité actuelle à traiter des problèmes pourtant urgents. J’ai tendance à penser qu’un changement de dirigeants permettrait de prendre une direction plus durable et juste. Mais dans ce livre, les auteurs ont le mérite de proposer un plan B détaillé.

Un résumé de la proposition (ce qui ne remplace évidemment pas la lecture du livre), se trouve ici : http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=EMS

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Lien court sur cet article  : http://wp.me/pzMIs-n0

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173 – J-C Martinez: Les droits de douane déductibles

Vous trouverez ci dessous un extrait du livre de Jean-Claude Martinez  » LES DROITS DE DOUANE DÉDUCTIBLES CONTRE LE RETOUR DU PROTECTIONNISME  » ed l’Harmattan, extrait imageant sa proposition de « droits de douane déductibles« .

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=27041

Cumul des avantages du protectionnisme et du libre échange sans les inconvénients ni de l’un ni de l’autre?  Cette formule rends t-elle caduque l’idée de la TVAS ?

Je précise que je n’ai pas encore lu la totalité de ce livre

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Les droits de douane déductibles

Cette technologie douanière a un régime juridique reposant sur la déductibilité du droit perçu , avec un bilan pratique positif .

Puisque la déductibilité de la TVA résout le problème des asymétries entre les circuits de production intégrés, qui ne supportent l’impôt qu’à un seul stade, et les circuits de production longs et disperses, qui risquent de cumuler l’impôt à chaque stade de la production, il suffit de greffer ce genre de la déductibilité sur le droit de douane classique pour obtenir la solution aux asymétries de la mondialisation.

Concrètement, ce droit de douane déductible, produit les mêmes effets que la TVA déductible.

Il fonctionne de la façon imagée suivante :

Un porte-conteneurs chargé de vêtements chinois arrive dans le port du Havre pour livrer ces textiles importés.

Premièrement, il entre dans l’écluse douanière classique qui, avec la perception d’un droit de douane modulable, en fonction des asymétries sociales et fiscales, fait monter le prix des textiles importés au niveau du prix français. Jusqu’ici, c’est le droit de douane banal du protectionnisme classique.

Mais, deuxièmement, ce droit de douane est remboursable a l’exportateur chinois sous forme d’un crédit douanier égal au montant du droit supporte et utilisable par déduction sur tout achat effectue dans le pays d’importation, la France dans l’hypothèse retenue.

Fonctionnant comme un macro bon d’achat sur l’économie de l’importateur, ce crédit douanier rend le droit de douane remboursable.

La compensation des échanges compensés classiques, s’effectue ici par la technique simple, fluide et élégante de la déduction. Sans avoir besoin de la lourdeur bureaucratique d’une caisse de remboursement ou de clearing. Finis les contingents, les quotas, les pics, les mesures de sauvegarde et| autres instruments moyenâgeux d’anti-dumping des droits de douane archaïques. Le droit de douane protecteur peut  s’appliquer sans pharisianisme à la frontière puisque, devenu remboursable, il n’occasionne plus le dommage irrémédiable du protectionnisme tarifaire brutal.

Troisièmement, si l’exportateur chinois n’a pas d’utilité pour le crédit douanier reçu, parce qu’il n’a rien à acheter sur l’économie de la France importatrice, il cède son crédit sur le marché financier, éventuellement à une bourse des crédits douaniers qui pourrait se créer, comme il y a une bourse des quotas de pollution.

Toutes les formes de mobilisation de ce crédit financier sont imaginables sur les marches d’aujourd’hui ou tout se titrise, se swape ou se vend.

Une fois sur le marché, le crédit douanier, fonctionnant comme une créance sur l’économie française, peut être racheté en retour par tout agent économique désirant importer des produits français.

Le droit de douane modulable en « 1 »; remboursable en « 2» est ici négociable en « 3 ». Sous réserve d’un régime juridique qui fixerait, par exemple, un délai pour la négociation du crédit et  sa  déduction sur  l’économie française.

Quatrièmement, si le porte-conteneurs de l’exemple choisi livre en France des textiles du Bengladesh ou d’un Pays Moins Avancé, au lieu de textiles chinois, il supportera toujours, lors du dédouanement au Havre, un classique droit de douane modulable pour compenser l’asymétrie économique et sociale entre la France et le Bengladesh, en ouvrant en retour le crédit douanier remboursable par déduction de la nouvelle technologie mise en place.

Mais, et c’est la une deuxième nouveauté, au lieu d’être simplement égal au montant du droit de douane supporté, en un mécanisme de compensation intégral, ce crédit douanier sera d’un montant supérieur pour aider le PMA considéré.

Remboursable et négociable, le crédit douanier devient ici bonifiable. En langage courant, on parlerait de discrimination positive. En langage CNUCED, on dirait qu’entre le droit de douane supporte et le crédit douanier obtenu, il y a une inégalité compensatrice. Et en langage fiscal, on dit que ce crédit douanier bonifié fonctionne comme un matching credit ou tax sparing du droit fiscal international.

C’est dire que le régime juridique du droit de douane déductible utilise des outils techniques connus des fiscalistes. A commencer par l’instrument central de ce régime, à savoir le crédit d’impôt, devenu ici crédit douanier.

Lorsqu’on fait un premier bilan de cette nouvelle technologie douanière appliquée à l’exemple proposé, on voit que tous les acteurs concernés, directement et même indirectement, sont gagnants. De l’exportateur a l’importateur, en passant par le marché financier, l’OMC elle-même ou le commerce international.

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172 – Plusieurs videos d’Etienne Chouard

Bravo à Culture Libre qui a réalisé ces vidéos

– Conférence sur la monnaie (Marseille)

– 10 raisons de sortir de l’Union Européenne (1/3)

– 10 raisons de sortir de l’Union Européenne (2/3)

– 10 raisons de sortir de l’Union Européenne (3/3)

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171 – Balances des transactions en 2010

Les graphiques sont ceux de l’excellent site: http://eco-france.over-blog.com/

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La balance des transactions courantes représente les flux d’argents qui rentrent et sortent du pays. On la subdivise en quatre « sous balances » :
1 – balance des échanges de biens (commerce extérieur),
2 – balance des échanges de services
3 – balance des revenus
4 – balance des transferts courants

1 – La balance du commerce extérieur est à -55 milliards d’euros sur un an, avec un secteur industriel sinistré :

Wikipedia

La balance commerciale d’un pays est l’élément de comptabilité nationale qui répertorie et résume ses exportations et importations de biens, et de services marchands (on parle de la balance des biens et services). Toutefois, dans certaines nomenclatures, dont la comptabilité nationale française, le terme de balance commerciale est limité aux échanges de biens, hors services.

Les biens et services marchands peuvent comprendre : biens manufacturés, matières premières, produits agricoles (tous inclus dans la balance commerciale), voyages et transport, tourisme, prestations de sociétés de service et de conseil , (parfois exclus),…

Le solde de la balance commerciale est la différence entre les valeurs des exportations et des importations de biens et de services. Une balance commerciale positive signifie que le pays exporte plus de biens et services qu’il n’en importe : on parle alors d’« excédent commercial » ou de « balance excédentaire ». Quand elle est négative, on parle de « déficit commercial ».

2 – La balance des échanges de services (dite aussi balance des invisibles) la différence entre la somme des services exportés et la somme des services importés. On retrouve par exemple dans cet agrégat les revenus issus du tourisme (logement, transport, etc.), les revenus issus de la vente des licences.

La balance des échanges de service est étroitement liée au secteur tertiaire et ne montre plus qu’un un excédent en baisse à +11,5 milliards d’euros sur un an :

3 – La balance des revenus  permet de mesurer les échanges de revenu (salaires versés ou reçus de l’étranger, revenus tirés des investissements à l’étranger ou versés aux étrangers ayant investi dans le pays).  Elle se redresse (+29,3 milliards d’euros) car certains pays renouent avec la croissance et les investisseurs en profitent :

4 – La balance des transferts courants: l’argent continue de sortir du pays, avec -26 milliards d’euros sur un an pour la balance des transferts courants :

Au global, une balance des transactions courantes déficitaire

La balance des transactions courantes retrouve presque son plus bas de 2008, à -40 milliards d’euros sur un an :

Sur le long terme n’est pas une bonne chose. Cela signifie qu’on doit toujours plus d’argent à l’étranger, et qu’on en devient donc de plus en plus dépendant. C’est toute la différence entre l’Espagne et le Japon. Avec un taux d’endettement incroyablement haut, l’état japonais n’a aucun mal à se financer, car les devises rentrent en masse dans le pays. Au contraire, avec un faible niveau d’endettement (relatif), l’Espagne doit emprunter à l’exterieur à des taux prohibitifs car sa balance des transactions courantes est catastrophique

Balance des transactions courantes en dollars et % de PIB (2008):


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170 – Pierre Sarton du Jonchay – monnaie, DTS et dollar

Pierre Sarton du Jonchay – réactualisé par Assurancetourix (ce qui rends cet article un peu plus facilement lisible 😉 )

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Le 23 mars 2009, dans un texte intitulé : « Réformer le système monétaire international » (http://www.bis.org/review/r090402c.pdf ), Zhou Xiaochuan, le Gouverneur de la banque centrale de Chine, établissait un bilan précis et étayé de la crise mondiale dans sa dimension monétaire. Il expliquait que l’actuel système international, fondé sur l’utilisation d’une monnaie nationale, le dollar américain, est inédit dans l’histoire monétaire mondiale.

Jusqu’en 1971, le dollar a été admis par les accords de Bretton Woods comme unité de compte et de réserve internationale équivalente à un poids constant d’or à raison de 35 dollars pour une once. En aout 1971, le Président Nixon décidait unilatéralement de suspendre la convertibilité du dollar en or à un prix fixe. À partir de cette date, la monnaie a changé de nature, en rupture avec la conception multi-séculaire qui avait prévalu jusque là. La Réserve Fédérale des États-Unis ne garantit plus la conversion de ses crédits contre une quantité certaine de métal. Le dollar n’est plus alors que la représentation comptable d’un crédit auprès de la Fed, échangeable contre n’importe quel bien ou service réel mais à un prix flottant au gré du marché.

Dans sa déclaration, le Gouverneur de la banque centrale de Chine constate qu’une expérience multi-séculaire de la monnaie a enseigné la nécessité d’aligner la circulation de signes monétaires sur l’offre de biens et services disponibles à la vente. La monnaie doit être émise selon des règles qui ajustent la comptabilité des revenus de toute nature à l’équilibre de l’offre et de la demande. Sans entrer dans le détail du mécanisme de la création monétaire par le crédit, Zhou Xiaochuan pose que l’adossement de la monnaie au crédit n’est pas intelligible sans des règles explicites préalables. Si donc une banque centrale peut piloter l’émission monétaire par sa politique d’allocation de crédit, cette capacité n’existe pas hors de son périmètre de souveraineté. Sans nommer le dollar, Zhou Xiaochuan dénonce la contradiction dans laquelle se retrouve un banquier central qui prétend gérer avec un seul instrument deux équilibres différents, celui de son économie nationale et celui de l’économie mondiale.

Une monnaie sert à exprimer des prix d’équilibre instantané d’offre et de demande pour un bien. Elle sert également à comptabiliser à partir de ces mêmes prix les dettes qui résultent des délais de règlement accordés aux acheteurs par les vendeurs. Quand les prix internationaux sont fixés avec une monnaie nationale, la même banque centrale se retrouve responsable de la liquidité des prix internationaux, de la liquidité des prix domestiques et de la liquidité des crédits entre le marché domestique et le marché international. Elle accorde des crédits selon les besoins anticipés de transaction sur son marché domestique. Elle intègre les transactions des opérateurs domestiques avec l’étranger. Mais elle ignore toutes les transactions des opérateurs étrangers réglées avec sa monnaie hors de son propre champ de régulation. Le banquier central d’une monnaie « de référence », c’est-à-dire utilisée hors de son marché domestique, n’a pas de vision fiable ni du besoin de liquidité des étrangers entre eux ni du crédit réel de son économie nationale face au reste du monde.

Zhou Xiaochuan dénonçait donc il y a deux ans l’absurdité objective du système monétaire international en vigueur. Il conclut logiquement à la nécessité de dissocier l’unité de compte, de règlement et de dette internationale de toute unité de compte nationale. La banque centrale responsable de la liquidité internationale des prix et des dettes ne peut en aucun cas être une banque centrale nationale. La stabilité de la valeur de l’unité de compte internationale doit dépendre d’un système bancaire spécifique dont la gouvernance doit nécessairement être multinationale. Les institutions fondées par les accords de Bretton Woods, le FMI et la Banque Mondiale, répondent en fait à cette exigence et Zhou Xiaochuan note qu’elles ont été dotées à partir de 1969 d’une nouvelle unité monétaire, le Droit de Tirage Spécial (DTS), définie comme un panier de plusieurs monnaies. La valeur du DTS est la moyenne pondérée des taux de change des monnaies nationales qui la composent. Elle est déterminée par les politiques monétaires de plusieurs pays. Mais le FMI n’a aucun pouvoir d’émission autonome lui permettant de gérer la liquidité mondiale.

« Zhou Xiaochuan voit dans le FMI les prémices d’une banque centrale mondiale capable de gérer la liquidité mondiale avec un objectif de stabilité globale des prix en DTS. Mais cela implique l’autonomie d’émission de crédits en DTS et une cotation minimale d’actifs en DTS pour fournir au FMI un référentiel de prix qui mesure la valeur du DTS. Le Gouverneur de la PBC réclame le retour au schéma proposé par Keynes (le Bancor) d’une monnaie internationale distincte dans sa définition des monnaies nationales et il propose en conséquence une redéfinition du DTS par des actifs réels négociables en DTS. La définition rigide par un panier fixe de monnaies est abandonnée. Les contreparties de l’émission du DTS ne sont plus des droits fixes alloués aux États qui engagent leur monnaie dans la composition du DTS mais les réserves de change déposées en fonction de l’activité économique réelle. Zhou Xiaochuan pose donc la règle d’un jeu financier international gagnant-gagnant ajusté au poids et au rôle réels des économie nationales dans le monde.« 

Constatons que deux ans après la prise de position du Gouverneur de la banque centrale de Chine, aucune analyse économique étayée et argumentée n’est venue contredire la demande chinoise. Bien au contraire, la politique de relance budgétaire et monétaire menée avec une certaine concertation au sein du G20 a fait long feu. La croissance s’est maintenue dans les pays émergents – dont la Chine – mais s’est éteinte dans les pays développés après un faible redémarrage. Les dysfonctionnements du crédit à l’origine de la crise des subprimes sont toujours à l’œuvre. La dette publique s’est substituée à la dette privée pour nourrir l’allocation du crédit. Les actifs sous-jacents aux titres subprimes ne sont plus des emprunts ou du capital privé mais des passifs d’État et de banque centrale. Les règles de liquidité du crédit restent opaques pour dissimuler qu’aucune richesse ne s’est créée entretemps en contrepartie de la monnaie créée. Le moteur monétaire de la croissance mondiale est l’endettement des États et il est plus difficile de définir et démontrer la solvabilité des emprunteurs en 2011 que ce n’était le cas en 2008. La Chine et les autres pays émergents ont accumulé des créances internationales en dollar, euro, yen et franc suisse, alors que l’incertitude accrue sur la valeur réelle de ces monnaies nationales.

L’instabilité des monnaies, latente au printemps 2009, est explicite à l’heure qu’il est. L’inondation de dollars ne peut plus être déclarée temporaire puisque la croissance ne redémarre pas aux Etats-Unis et que l’on fait face à une nouvelle inondation. Les déposants internationaux en dollar cherchent à détenir leurs réserves de change dans d’autres monnaies. Ils poussent le dollar à la dévaluation et les monnaies-refuge à la réévaluation. Mais une réévaluation dégrade la compétitivité extérieure et menace la croissance domestique à proportion de l’intégration nationale dans les échanges mondiaux. Les banques centrales nationales, submergées par des afflux de capitaux en quête de protection, ont le choix entre laisser leur change se réévaluer, à l’instar de la Banque Centrale Européenne, et accroître leur émission monétaire, comme la Fed, et noyer leur économie domestique dans l’inflation et les bulles spéculatives sur les actifs domestiques. La liquidité mondiale est de moins en moins contrôlable. Les masses de capitaux circulantes génèrent des plus-values fictives et des capacités d’endettement hors de toute appréciation réaliste de la rentabilité. Des bulles de plus en plus grosses peuvent se créer n’importe où et provoquer la mise en faillite au choix d’un État ou d’une méga-banque.

L’économie réelle est à la recherche de repères fiables pour diriger et mesurer ses investissements. Le calcul économique est entaché d’une telle incertitude que les investisseurs réels limitent leur risque à des perspectives de rentabilité très élevées ou s’abritent sous la garantie publique. Ils accroissent la dette publique latente et la charge fiscale potentielle. Le recul des services publics et des protections sociales, le désendettement public, sont anticipé dans l’épargne de précaution. Le diagnostic esquissé par Zhou Xiaochuan est amplement confirmé par les faits. Les gouvernements et opérateurs financiers connaissent ces faits, les intègrent dans leur anticipations et par là en amplifient les conséquences. Aucune logique collective de substitution ne se forme d’une rationalité monétaire internationale. L’instabilité monétaire engendre la volatilité des prix. Cette volatilité oblige l’économie réelle à mobiliser plus de capital pour ses investissements ou bien à acheter plus cher les instruments financiers de couverture du risque. Dans l’un et l’autre cas l’industrie financière accroît ou maintient sa captation de valeur sur l’économie réelle et se donne l’illusion de sa solidité et de sa rentabilité. Mais la richesse réelle se dérobe derrière l’apparente résistance des prix nominaux. L’épaisseur du plancher sur lequel gouvernements et banques occidentales spéculent et discutent n’a jamais été si mince.

Faut-il attendre une catastrophe pour que les propositions du Gouverneur de la banque centrale de Chine soient sérieusement étudiées ? La puissance militaire des États-Unis permettra peut être de continuer à imposer un prix forcé du dollar au monde entier mais ne parviendra pas à lui restaurer une valeur qu’il n’a pas. Aucune argumentation politique ou financière ne pourra forcer les banques à prêter au consommateur américain dont le déclin des revenus est irréversible. La croissance est morte dans tous les pays développés émetteurs de monnaie de réserve ou de monnaie refuge contre le dollar. La mutualisation des contreparties mesurées réellement à la masse monétaire internationale est indispensable. L’exportateur de valeur réelle réduit ses investissements dans une production future s’il constate que les clients étrangers qui le financent le règlent avec une monnaie dont la valeur est intrinsèquement imprévisible. L’unité de compte des échanges commerciaux et financiers n’a plus de stabilité visible sans la concertation explicite intelligible des États nationaux. La transformation du DTS en monnaie et du FMI en banque centrale mondiale serait bien l’un des moyens de créer le bancor. Mais il implique de lever l’hypothèque du veto de fait dont disposent les États-Unis dans son fonctionnement, conséquence de la logique censitaire de son mécanisme décisionnel, où le nombre de voix est proportionnel à la contribution à son financement. Ce serait là un des moyens de rationaliser la monnaie et la croissance dans une économie mondialisée. Le moyen d’affirmer aussi que les règles du crédit stable ne peuvent pas rester entre les mains des acteurs publics et financiers intéressés en eux-mêmes au crédit dont ils ont besoin.

Zhou Xiaochuan introduit sa démonstration de mars 2009 par l’affirmation capitale de la possibilité de monétiser le crédit pour autant qu’existent des règles explicites et transparentes de calibrage du crédit. Calibrage macro-économique à l’échelle du monde et micro-économique à l’échelle de chaque débiteur. Il pose implicitement que les règles du crédit monétisable doivent pouvoir être soustraites aux juridictions nationales soumises à leurs propres besoins de financement par le crédit. Pour que des dettes soient monétisables, il ne faut pas que l’emprunteur puisse d’une quelconque manière modifier les règles qui mesurent sa propre dette. C’est probablement le verrou logique qui bloque les gouvernements occidentaux dans l’adoption d’une réforme monétaire internationale. Ils espèrent préserver leur solvabilité au moins nominale en gardant la maîtrise des lois qui définissent la nature de leurs engagements. Adhérer à un étalon monétaire international consiste en réalité à tomber d’accord sur des critères fondamentaux universels de solvabilité. Un étalon monétaire international est un étalon de régulation universelle de la stabilité du prix et du crédit.

Pour être étalon de stabilité financière et monétaire, le DTS peut et doit se définir par des actifs réels. Ces actifs réels doivent pouvoir varier en volume et en prix dans la composition du DTS. Un poids invariable des monnaies nationales dans la définition de l’unité de compte international présuppose une contribution figée des économies nationales dans la croissance mondiale. Cette hypothèse est visiblement contredite par l’évolution actuelle des échanges internationaux. De même, une identification figée des actifs entrant dans la valeur d’une monnaie mondiale présuppose une explication immuable des origines de la croissance. L’enjeu d’un étalon monétaire international est le renouvellement permanent des hypothèses d’anticipation des prix et des volumes de la production future. La valeur propre d’une unité de compte internationale est d’engager une mesure du prix de n’importe quelle cause de valeur dans la durée. Cela impose un marché organisé transparent à l’intérieur duquel toutes les anticipations sont possibles à la condition que leur réalisation soit lisible et vérifiable à une échéance engagée.

Le marché spécifiquement international sans privilège de nationalité ni de droit fournit l’équilibre en DTS comptant et à terme de l’offre et de la demande des biens qui s’y négocient. La responsabilité du banquier central de la liquidité mondiale est d’anticiper les prix et les volumes négociés sur le marché en DTS. Si par rapport à son objectif de composition cible de l’étalon monétaire, il achète à terme les actifs qu’il juge correctement évalués ou sous-évalués et vend les actifs sur-évalués, il offre au marché une hypothèse de stabilité qui fait référence commune. La production effective de signes monétaires est alors directement indexée sur la vérification par le marché de l’hypothèse centrale de stabilité monétaire. Le marché génère de la liquidité par lui-même sur la valeur effectivement échangée. Le banquier central produit cette même liquidité par le règlement de ses achats à terme et la restitution au marché des plus-values sur effectivement réalisées sur les anticipations en volume et en prix. Le banquier central absorbe de la liquidité par ses ventes à terme et par la livraison effective des actifs achetés à terme.

Par un marché organisé à cette fin, l’émission de la liquidité internationale est effectivement alignée sur la production réelle de valeur négociée hors des systèmes monétaires nationaux. La solvabilité publique des États nationaux est l’un des actifs négociables sur le marché en DTS comme contrepartie de la liquidité mondiale. Il en résulte la possibilité de caler les parités de change nationales à la fois sur le prix international des dettes publiques et privées et le prix des biens et services échangés dans les flux commerciaux. Offrir par le DTS un outil de garantie des dettes publiques internationales est un argument d’adoption d’un système monétaire régulé que les États-Unis et l’Europe ne peuvent pas récuser devant leurs opinions publiques. Le programme des prochains G20 est là : poser les conditions de réalisation d’un étalonnage mondialisé de la valeur économique qui réponde à la demande chinoise.

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169 – Retraites: interview de Bernard Friot

Bernard Friot (économiste) : « La retraite ? un salaire continué »
(Paru sur Alternative libertaire  le 3 mai 2010)
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Bernard Friot est économiste, sociologue et professeur émérite à l’Université Paris-Ouest Nanterre. Il est membre de l’Institut européen du salariat (IES), réseau de chercheurs travaillant sur le salaire comme outil d’émancipation. Après Puissances du salariat et Et la cotisation sociale créera l’emploi, il publie aujourd’hui L’Enjeu des retraites.

AL : Vous faites un premier chapitre sur l’historique des retraites, en revenant sur la façon dont les promoteurs de la réforme affirment défendre la répartition, tout en vidant le système de son sens.

Bernard Friot : Il faut en effet se garder d’une opposition à la réforme qui serait menée « en défense de la répartition » sans préciser laquelle ! Répartir, c’est une technique : on transforme immédiatement des contributions en prestations, sans passer par l’épargne. C’est une technique qui peut d’ailleurs être anticapitaliste, mais à deux conditions. La première est qu’on en tire les conséquences en matière de financement de l’investissement. S’il est possible de financer des engagements de pensions aussi massifs (13% du PIB) et d’aussi long terme (des dizaines d’années de nos vies entre le début de nos cotisations et la fin de nos pensions) sans accumulation financière, alors il est possible de financer l’investissement, à peine plus important (18% du PIB) et de moins long terme sans accumulation financière. De même que nous finançons les pensions par un partage immédiat de la valeur ajoutée (une faction de celle-ci, à hauteur de 25% du salaire brut, va à une cotisation sociale immédiatement transformée en pensions), de même nous pourrons financer l’investissement en affectant une part de la valeur ajoutée (à hauteur de 30 à 35% du salarie brut) à une cotisation économique qui ira à des caisses d’investissement qui financeront l’investissement sans accumulation privée et donc sans taux d’intérêt. Nous nous serons débarrassés des marchés financiers et des banquiers, dont la nocivité est maintenant largement perçue : si nous ne menons pas aujourd’hui la bataille des retraites sur ce thème, quand le ferons-nous ?

La seconde condition, pour que la répartition soit anticapitaliste, porte sur son contenu : que répartit-on ? Sont en conflit aujourd’hui le salaire et le revenu. Répartir du salaire, c’est financer des pensions qui sont la continuation du salaire ; répartir du revenu, c’est financer des pensions qui sont tirée d’un patrimoine constitué de la somme des cotisations passées du retraité. Le critère du salaire continué, c’est le taux de remplacement du denier salaire par la première pension. Le critère du revenu différé, c’est le taux de rendement des cotisations. Dans le premier cas, la pension est, comme tout salaire, la reconnaissance de la qualification actuelle du retraité. Dans le second cas, le retraité est un inactif qui récupère sa prévoyance passée. L’enjeu actuel des réformateurs est de passer du salaire continué, qui est la réalité de la plupart des systèmes de pensions en Europe, au revenu différé, qui caractérise les réformes italienne et suédoise des dernières années. On est toujours en répartition, mais elle a complètement changé de sens.

Vous insistez donc sur l’opposition entre salaire continué et revenu différé. En quoi la promotion du salaire continué représente-t-elle un moyen de contester des fondements essentiels du capitalisme, à savoir le marché du travail et la propriété lucrative ?

Bernard Friot : Le retraité qui continue à toucher son salaire (et la justice serait que tous les retraités touchent 100% de leur meilleur salaire) le touche de façon irrévocable : il est payé à la qualification à vie ! Enfin il peut travailler sans passer par le marché du travail. C’est ce que disent la forte minorité des retraités qui ont une pension proche de leur meilleur salaire, des capacités reconnues et un réseau de pairs actif : jamais ils n’ont autant travaillé, jamais ils n’ont été aussi heureux de travailler ! Ce bonheur au travail des retraités débarrassés de l’emploi, de l’employeur et de la dictature du temps de travail contraste avec le malheur au travail de ceux qui sont encore sous le joug de l’emploi et doit nous conduire à mener la bataille des retraites sur ce thème : ce qui est bon après 60 ans est bon aussi avant. Toutes les personnes doivent être titulaires d’une qualification et du salaire irréversible qui va avec, et ainsi faire entreprise sans passer par le marché du travail et son arbitraire dévastateur de tant de vies. Faire entreprise suppose bien sûr l’organisation de collectifs de travail avec toutes les contraintes que cela comporte, mais a tout à gagner à être le fait de personnes posées comme titulaires d’une capacité de créer des biens et services utiles et non pas niées comme productrices et réduites à l’état de forces de travail demandeuses d’emploi.

Quant à la propriété lucrative, celle qui permet de tirer un revenu d’un portefeuille financier, le salaire continué la conteste radicalement : le nombre de retraités étant heureusement croissant rapporté au nombre de ceux qui sont encore sous le joug de l’emploi, le financement de pensions qui continuent le salaire suppose une hausse croissante du taux de cotisation patronale et, le taux de remplacement étant maintenu élevé, la répartition suffit. Tandis que les réformateurs ont fait du gel (voire du recul avec les exonérations sur les bas salaires) du taux de cotisation au régime en répartition un dogme qui entraîne évidemment à terme un taux de remplacement de plus en plus faible et fait place nette pour les fonds de pensions et donc la relance de la propriété lucrative.

Concernant le problème démographique qui devrait nécessiter une « réforme », vous posez que ce constat est fallacieux, comment le dépasser ?

Bernard Friot : En posant les retraités pour ce qu’ils sont : des salariés payés à vie, en mesure de travailler débarrassés du marché du travail et enfin reconnus pour leur qualification. Et donc plus utiles dans la création de biens et services que des forces de travail soumises aux injonctions mortifères du capital : quel bien utile produisent des « actifs » comme on dit, puisqu’ils ont un emploi, qui enseignent les mathématiques financières, produisent des semences non reproductibles, font la communication de la SNCF contre les grévistes ? Les retraités déplacent dans un sens plus humain les produits du travail parce qu’ils sont libérés du capital. Plus il y aura de retraités payés à vie par du salaire continué, plus nous libèrerons la production. Il n’y a de « problème démographique » que pour les capitalistes, qui s’inquiètent de voir des forces de travail demandeuses d’emploi leur échapper. Pour les autres, il n’y a qu’un bonheur démographique : la longue vie avec une seconde carrière de retraité.

On nous parle très souvent de solidarité intergénérationnelle, qui serait mise à mal par le poids des retraites. Comment reliez-vous ce problème à la question plus générale du salaire ?

Bernard Friot : Ce sont les retraités qui produisent les biens et services correspondant à la valeur attribuée à leur travail à travers leur salaire continué : leur pension n’est pas prise sur la valeur attribuée au travail des actifs et en ce sens il n’y a aucune solidarité intergénérationnelle. L’impression contraire vient de ce que la monnaie n’est créée dans nos sociétés capitalistes que sur la base des anticipations par les banques du prix des marchandises, lorsqu’elles prêtent aux entreprises. De ce fait, tout le travail non marchand, lorsqu’il est reconnu par du salaire (celui des parents avec les allocations familiales, celui des hospitaliers avec la cotisation maladie, celui des retraités avec la cotisation retraite, celui des fonctionnaires avec l’impôt), est inclus dans le prix des marchandises. Nous confondons alors le flux de monnaie (la cotisation et l’impôt transitent des entreprises vers fonctionnaires et les retraités) avec le flux de valeur, alors que les pensions correspondent à la valeur attribuée au travail non marchand des retraités, tout comme les impôts correspondent à la valeur attribuée au travail non marchand des fonctionnaires. Là encore, le spectacle scandaleux de la création monétaire inouïe pour sauver les banquiers et les actionnaires doit nous faire mener la bataille des retraites sur la nécessité d’une nouvelle création monétaire libérée de la marchandise et fondée sur l’attribution à chacun d’une qualification.

Sur la supposée inactivité des retraité-e-s, peut-on se contenter d’une vision selon laquelle seul le travail subordonné au capital serait producteur de richesses ? Qu’en est-il alors du travail des fonctionnaires, dont le traitement est payé par l’impôt ? Et des jeunes ?

Bernard Friot : Vous avez raison d’insister sur la nécessité de mettre notre représentation du travail en phase avec la réalité. Le travail dans l’emploi, c’est-à-dire le travail soumis au capital, est source de plus en plus de souffrance et de productions nuisibles. La réflexion est d’ailleurs courante chez les salariés soumis au joug de l’emploi : « ce que je fais, ça n’est plus du travail ». Et chez les rejetés de l’emploi par les fermetures et les délocalisations, on entend la réflexion : « nous sommes interdits de travail ». L’emploi n’est plus la matrice possible et désirable du travail. C’est la qualification personnelle qui est à l’ordre du jour pour fonder le travail : la qualification personnelle des fonctionnaires (payés pour leur grade et non pas pour leur poste), celle des retraités, celle qu’il s’agit d’attribuer non seulement aux étudiants (dont le travail est évidemment plus utile que celui d’un « actif » spécialiste de l’évasion fiscale) mais à toute personne de 18 ans à sa mort. La question à poser à l’occasion de la bataille des retraites est la suivante : travailler, est-ce avoir un emploi au service d’actionnaires ou est-ce avoir un salaire irréversible permettant la mise en œuvre d’une qualification personnelle ?

Propos recueillis par Violaine et Franz B. (AL 93)

  • L’Enjeu des retraites, 2010, éditions La dispute, coll. Travail et salariat, 175 p., 20 euros

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Etienne Chouard a commis un excellent article sur son blog, avec 4 vidéos de Bernard Friot

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168 – Sapir: s’il faut sortir de l’euro

Lien court: http://wp.me/pzMIs-lE

Jacques Sapir vient de diffuser via son réseau de contacts, une note qui décrit de manière technique et exhaustive la stratégie que la France devrait suivre pour sortir de l’Euro.
Vous pouvez télécharger ce texte ici en pdf 
Vous pourrez comparer ce point de vue avec celui de Jacques Nikonoff

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S’il faut sortir de l’Euro…

Document de travail

Jacques SAPIR

CEMI-EHESS

6 avril 2011

La question d’une possible sortie de la zone Euro se pose aujourd’hui avec acuité. Réclamée par les uns (de droite ou de gauche), elle commence à être envisagée par d’autres. Elle reste, cependant, assez largement refusée par une partie du spectre politique français, qui s’appuie sur l’ampleur de la dette, la stabilité financière et la crainte d’une forte remontée de l’inflation pour en écarter l’idée. Ces problèmes sont réels, mais ne sont pas forcément insolubles. Dans le même temps, on reconnaît de plus en plus les défauts de l’Euro (absence de fédéralisme réel au niveau budgétaire, impossibilité d’harmoniser des taux d’inflations très différents d’un pays à l’autre, voire accroissement de l’hétérogénéité des pays de la zone), voire ses conséquences très négatives pour l’économie française comme pour d’autres économies. Il semble donc que le refus d’envisager l’hypothèse de la sortie de l’euro ne soit fondé sur aucun argument réellement sérieux qui rendrait cette sortie impossible. Le refus étant ici de principe, ou justifié par la crainte de voir l’ensemble de la construction européenne se défaire à la suite d’une telle sortie. Notons ici que cet argument est quelque peu controuvé. D’une part, l’Euro est une institution qui – juridiquement – est périphérique à la construction européenne. D’ailleurs un certain nombre de pays de l’UE ne font pas partie de la zone Euro. Son éclatement ne saurait donc menacer la construction européenne. D’autre part, si la sortie d’un ou de plusieurs pays de la zone Euro devait entraîner l’effondrement de l’Union Européenne, il faudrait alors sérieusement s’inquiéter sur la solidité de cette dernière et reconnaître qu’elle était minée par une crise dépassant de loin la simple question de l’Euro. Pour l’heure, la question de la sortie de l’Euro n’a pas fait l’objet d’études sérieuses, même si, indirectement, un certain nombre de travaux dessinent les contours de ce que serait une telle sortie1. Le débat pourrait connaître une nouvelle importance dans l’hiver 2011-2012 quand il est probable que se produiront des défauts (ou restructurations de la dette) de un ou plusieurs pays de la zone Euro.

Pour être « réussie », soit pour produire le maximum d’effets positifs et le minimum d’effets négatifs, il convient de préparer cette sortie comme une opération militaire, à la fois en termes de planification séquentielle que de recherche d’effets tactiques, opérationnels et stratégiques. Ce point est souvent ignoré par les partisans d’une sortie de l’Euro.

Une sortie de l’Euro n’a de sens qu’accompagnée d’une dévaluation importante. Si elle se traduirait par une compétitivité retrouvée (tant face à la zone Euro que face au reste du monde), elle se traduirait aussi par une poussée inflationniste et présenterait le risque de voir la nouvelle monnaie prise dans le tourbillon de la spéculation. Se poserait aussi le problème des dettes libellées en Euro et détenue par des non-résidents.

La spéculation financière présente le plus grand danger à très court terme. Elle fait courir le risque de voir la souveraineté monétaire retrouvée être immédiatement capturée par les marchés, avec les conséquences que l’on imagine sur le taux de change et le taux d’intérêt. Le risque d’inflation proviendrait pour partie d’une inflation importée mais aussi d’une inflation interne. Prévoir une sortie de l’Euro implique de prévoir quelles mesures prendre pour que ni la spéculation financière ni l’inflation ne viennent rapidement effacer les effets de la sortie de l’Euro. La question des dettes doit aussi être abordée, mais en séparant soigneusement ce qui relève des dettes privées et de la dette publique, et au sein des dettes privées, les dettes des sociétés financières et des sociétés non-financières.

Il faut ici ajouter que cette solution n’est pas la meilleure possible. On maintient ici qu’il serait plus avantageux de procéder soit à une évolution de la zone Euro vers le principe d’une monnaie commune mais non unique2 (solution qui serait compatible avec des taux d’inflation structurelle3 différents parmi les pays en l’absence d’un réel fédéralisme budgétaire), soit à sa fragmentation en deux zones (hypothèse d’un Euro-Nord et d’un Euro-Sud). Cette solution reste cependant soumise à l’étude de l’impact d’une dévaluation sur les économies italiennes et espagnoles. Cependant, il faut aussi admettre que ces solutions « optimales » n’ont que peu de chance de voir le jour de manière générale, et n’en ont aucune si la menace crédible d’une sortie de l’Euro n’est pas mise en place. Il est alors possible, au vue de la perte de crédibilité de la France en Europe, qu’il soit nécessaire de mettre cette menace à exécution. Il est donc probable que l’on soit obligé d’en passer par une sortie unilatérale qui, sans être une solution « optimale », s’avère cependant très supérieure au statu quo actuel.

Il faut aussi comprendre qu’une sortie de l’Euro, si elle est nécessaire à la mise en place d’une politique de croissance et de développement économique et social, à elle seule ne réglerait rien. Il s’agit ici d’une mesure nécessaire mais non suffisante. Ceci vient du statut de l’instrument monétaire, institution certes centrale mais ne prenant sens que dans un ensemble d’autres institutions. L’Euro est effectivement cohérent avec les institutions du néo-libéralisme. De ce point de vue les changements apportés à la gestion du Franc (avant la monnaie unique) puis les institutions de la monnaie unique (en particulier l’indépendance de la Banque Centrale et le statut léonin de la Banque Centrale Européenne) ont été des pas importants dans la mise en place du carcan néo-libéral dans lequel aujourd’hui nous étouffons et où il n’y a pas de perspectives pour le progrès social.

Changer de monnaie ne suffira pas, même si à l’évidence ceci constitue une étape nécessaire. Se pose alors la question de penser les institutions alternatives qui donneraient sens à une nouvelle monnaie (le Franc ?)4.

Cette nouvelle monnaie devrait alors être insérée dans des changements de politique macroéconomique et institutionnels (mesures protectionnistes, politique de réindustrialisation, dé-financiarisation partielle de l’économie française, mise en place d’un contrôle sur les revenus et les prix visant à orienter l’évolution du partage de la valeur ajoutée) si l’on veut qu’elle donne tous les effets attendus. Cette notion d’insertion est très souvent omise quand on pense à une « sortie » de l’Euro, alors que c’est elle qui donne sa possibilité et donc sa crédibilité à une telle option.

Ce document de travail, qui doit être compris comme une première ébauche, incomplète et perfectible, décrit certaines des mesures qu’il faudrait en tout état de cause prendre. Le plan de ce document de travail est alors le suivant :

0. Sortir de l’Euro pour quoi faire ? Ou, pour en finir avec la double illusion que la sortie de l’Euro règlerait tous les problèmes mais aussi qu’il serait réellement possible de mettre en place une politique alternative dans le cadre de l’Euro. On présente alors les effets directs de l’Euro sur l’économie française ainsi que les effets probables des plans d’ajustements qui vont être mis en place si nous restons dans l’Euro tel qu’il est aujourd’hui.

1. Sortir ou Rester ? Ou comment s’articule la question du point de non-retour sur la route d’une menace crédible visant à faire bouger les choses dans le cadre de la zone Euro.

2. La phase préparatoire, qui décrit comme son nom l’indique les préparatifs qu’il conviendrait de faire pour se garder la plus grande liberté de manœuvre.

3. La phase décisionnelle, qui décrit alors le passage à la décision de quitter la zone Euro.

4. Les mesures immédiates d’accompagnement, partie qui décrit les mesures à prendre pour éviter le risque d’inflation et permettre une réaction de l’offre aussi forte que possible. Dans cette partie on présente un échéancier possible sur une période de 9 à 10 mois.

5. Les mesures structurelles qui analyse les mesures à prendre pour que la sortie de l’Euro donne tous ses effets et pour enraciner dans la durée la croissance résultant de la dévaluation.

6.Les réactions potentielles et les risque de conflit, qui analyse les possibles réactions de nos partenaires et des organisations internationales ainsi que les mesures à prendre pour en minimiser l’effet.

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167 – J.Sapir: Zone euro : les défauts sont inévitables

1.- Le montant total des dettes des pays en danger du « sud » de la zone euro est bien plus élevé qu’on ne le croit
Jusqu’à présent, la discussion s’est focalisée sur la seule dette publique des pays du « sud » de la zone euro. Cette approche ignore le fait qu’il y a un mécanisme de vases communicants entre la dette publique (souveraine) et les dettes privées. Le total de l’endettement apparaît comme extrêmement élevé, en particulier en Espagne.
Tableau 1
État total de l’endettement de l’Espagne, de la Grèce et du Portugal à la fin 2009 (en milliards d’euros)

Source : C. Lapavitsas et alii, «  The Eurozone between austerity and default »,
RMF Occasional Report, SOAS, Londres, septembre 2010.

Si l’on exclut l’endettement des institutions financières, on arrive toujours à des chiffres impressionnants. Il est donc clair que l’État devra reprendre à son compte une partie de ces dettes privées qui ne sont pas soutenables.

Tableau 2
Structure de la dette privée (en milliards d’euros)

Source : la même que pour le tableau 1

De plus ces tableaux ont été calculés à la fin de 2009. Depuis, l’endettement public a continué de progresser et ne cessera de la faire.

2.- La part de cette dette détenue par l’étranger est aussi très importante
La part de cette dette détenue par les non-résidents varie du tiers (soit 168,6% du PIB) pour l’Espagne à un peu plus de la moitié (soit 151% du PIB) pour la Grèce. La majeure partie de cette dette est détenue dans la zone euro, dont 66% par 5 pays (Allemagne, France, Pays-Bas, Irlande, Belgique) pour l’Espagne ; 66% pour le Portugal et 58% pour la Grèce.

Tableau 3
Dette détenue par les non-résidents (en milliards d’euros)
La part détenue par la France et L’Allemagne varie de 48% à 41%

3.- Un ajustement impossible
Ces pays ont entamé, avec l’Irlande, des plans d’ajustement budgétaire excessivement ambitieux. La montée des désordres sociaux (Grèce) et politiques (Portugal, mais aussi Irlande) en témoigne. On peut constater, sur le tableau suivant, l’ampleur de cet ajustement nécessaire uniquement pour que la dette exprimée en pourcentage du PIB cesse d’augmenter.

Tableau 4
Montant de l’ajustement budgétaire nécessaire à une stabilisation de la part des dettes publiques en pourcentage du PIB

Source : BNP-Paribas et CEMI-EHESS

Le choc budgétaire exigé pour que la dette se stabilise à son niveau de 2010 est compris entre 17 et 14 points de PIB pour la Grèce, 10 et 12 points pour le Portugal et l’Espagne. Il atteint de 20 à 22 points de PIB pour l’Irlande.
L’Irlande et la Grèce sont ici typiquement des cas extrêmes, dont on ne voit pas de solution cohérente avec le maintien dans la zone euro. Le défaut, assorti de la sortie de la zone et d’une forte dévaluation, apparaît aujourd’hui comme l’issue inévitable à la crise.

Dans le cas de l’Espagne, dont le PIB et le montant de la dette sont largement supérieurs aux trois pays (Grèce, Irlande et Portugal) cumulés, il faut savoir :
- Que le taux des défauts sur l’immobilier atteint 11% pour les dettes des promoteurs et 7% pour celles des crédits immobiliers commerciaux. Le stock de logements invendus est passé de 394 700 au 31 décembre 2006 à 1 202 848 au 31 décembre 2010.
- Qu’en dépit de provisions plus importantes que dans bien des pays, les banques espagnoles devront être recapitalisées pour une somme oscillant entre 80 et 100 milliards d’euros en 2011, et ceci sans préjudice de recapitalisations ultérieures.
- Que les projections de croissance faites par le gouvernement, et sur lesquelles il a fondé sa politique de réduction des déficits, sont beaucoup trop optimistes.
- Que les projections de dépenses faites dans le cadre de la politique de réduction des déficits sont, elles aussi, bien trop optimistes. Face au problème de la recapitalisation nécessaire des banques, elles sont en fait irréalistes.

Dans ces conditions, ce plan de stabilisation du déficit public est condamné à l’échec et il est probable que l’Espagne soit obligée de demander à bénéficier du Fonds européen de stabilité financière (FESF) ce qui, en l’état, et devant les réticences fortes de certains pays d’en accroître le volume, conduirait à l’explosion de ce dispositif.
Il faut noter que, même pour la France et l’Italie, le choc d’ajustement est élevé et rend improbable une stabilisation de la dette à son niveau de 2010. En admettant que de tels chocs soient socialement supportables, leur impact cumulés sur une partie de la zone euro plongerait cette dernière dans une profonde dépression. Or, si la croissance s’effondre à la fin de 2011 et en 2012, les objectifs de stabilisation du poids de la dette ne pourront pas être tenus en dépit des efforts consentis.

4.- Un défaut inévitable ?

Le défaut semble donc la seule option possible pour au moins 4 pays : la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne. La question désormais n’est plus de savoir si ce défaut aura lieu, mais quand il aura lieu.
De ce point de vue, les deux pays les plus fragiles sont la Grèce et l’Irlande. Les spreads sur la dette publique pour ces deux pays convergent, et ils se situent à des niveaux particulièrement élevés. Mais il faut savoir que l’Espagne constitue aussi un risque fort en raison de l’immense endettement de ses agents privés et de la nécessité de transférer une partie de leurs dettes à la puissance publique (en particulier celle des établissements bancaires dont 30 ont vu leur note dégradée le 24 mars dernier).

Graphique 1

Source : Agence France-Trésor

Le scénario le plus probable est la combinaison de problèmes économiques et sociaux insolubles pour la Grèce et l’Irlande, et d’une dégradation des conditions d’emprunt de l’Espagne forçant ce dernier pays à demander à bénéficier du FESF, avec les conséquences probables que ceci entraînerait. La possibilité d’un défaut de un ou deux pays pour l’hiver 2011-2012 apparaît donc comme forte.
Les taux d’intérêt auxquels sont soumis actuellement ces pays rendent la dette naturellement explosive : la dette engendre la dette. Seul l’effacement d’une partie de la dette publique (accrue d’une partie de la dette privée dans le cas de l’Espagne) leur permettrait de retrouver une solvabilité. Le défaut ou la restructuration (défaut partiel) est donc pour eux l’unique solution à terme.
Mais si le défaut à lieu dans la zone euro, cela obligerait les autres membres de cette zone à financer directement ces quatre pays pour le déficit budgétaire nouveau, dans la mesure où ils se verraient, pour un temps, exclus des marchés financiers.

5.- Défaut et sortie de l’euro
Techniquement, le défaut n’implique pas la sortie de l’euro. S’il pose de redoutables problèmes aux banques (en Allemagne, France, Pays-bas et Belgique en particulier), il reste envisageable. Notons cependant que le choc sur les banques serait tel qu’il poserait le problème du financement conjoint tant de la nouvelle dette que des mesures destinées à retrouver la compétitivité dans un pays comme la France. On ne voit guère de solution sans une monétisation importante de cette dette et sans un contrôle public sur ces établissements (banques et assurances) afin d’éviter toute panique.

Tableau 5
Montant des créances détenues par certains pays sur les 4 pays en difficulté

Source : NATIXIS, Flash Economie, n°212, 22 mars 2011

Mais, en ce cas, il faudrait pérenniser une structure de transferts budgétaires des pays « excédentaires » de la zone (Allemagne, Finlande, Pays-Bas) au profit de ces 4 pays. Or on voit bien, avec les récentes évolutions politiques outre-Rhin, que cela n’est pas possible. L’Allemagne n’est pas prête à assumer le transfert de l’équivalent de 2 points de PIB par an vers les pays du « sud » de la zone euro. Or, sans de tels transferts, il est impossible de compenser les écarts de productivité, et il est inévitable que l’endettement – public ou privé – reprenne dans ces pays une fois que le défaut sur la dette sera accompli. Seule une importante dévaluation est à même de leur permettre de retrouver la compétitivité perdue face à l’Allemagne.
Par ailleurs, cette dévaluation leur permettrait aussi de retrouver leur compétitivité face au reste du monde où l’euro, à son cours actuel, les pénalise très durablement.

Graphique 2

Source : OCDE
Tableau 6
Part du commerce extérieur libellé en euros (données de 2009)

Source : Base statistique de l’OCDE

Il faut ici signaler que la somme des élasticités sur les importations et les exportations montre que si l’Espagne n’a guère d’intérêt à une sortie de l’euro (ni à un euro faible), il n’en va pas de même pour la Grèce, la France, l’Irlande et le Portugal qui sont largement bénéficiaires dans une telle situation [1]. Ceci traduit tant la structure des appareils productifs de ces pays que leur exposition aux coûts de l’énergie importée, très faible dans le cas de la France.
Ceci accrédite l’idée qu’une sortie de l’euro (cumulée à un défaut) est une solution qui s’impose pour la Grèce et l’Irlande. Elle pourrait l’être pour le Portugal. Mais, dans ce cas, l’intérêt de la France serait aussi de faire défection de la zone euro.
Il convient donc de regarder la réalité en face. Un ou deux défauts sur la dette souveraine se produiront d’ici un an dans la zone euro, accompagnés de la sortie en catastrophe de ces pays de la monnaie unique. D’autres pays (le Portugal et surtout l’Espagne) demanderont à bénéficier du FESF, rendant intenable ce dispositif. Les conséquences politiques et psychologiques seront énormes.
Plutôt que de subir, il faut choisir. La France doit se poser la question de savoir si le maintien en l’état de la zone euro a pour elle encore un sens, compte tenu de ces défauts et de leurs conséquences. Une catastrophe pleinement anticipée peut être réduite, mais une catastrophe subie est toujours mortelle.

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166 – video « la crise de 2008 » 2° volet

Lien court : http://wp.me/pzMIs-lw

Après le premier volet concernant la création monétaire voici la deuxième partie : l’explication de la financiarisation de l’économie.

Les troisième et quatrième partie sont à venir…
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165 – Le bon docteur Keynes

Extrait d’un article de Frédéric Lordon sur « Le Monde Diplomatique  » d’avril 2011 intitulé  « L’extension du domaine de la régression. » et repris en intégralité par « Tout sur la Chine« 

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La médecine du bon docteur Keynes

Quant à la compétitivité, il faut vraiment une logique à œillères pour ne l’envisager que du côté du coût salarial et jamais de celui du taux de change. Les Allemands doivent pourtant en avoir une vague idée, sachant bien qu’une éventuelle sortie de l’euro verrait leur nouveau mark sensiblement réévalué… et l’avantage compétitif de leur belle décennie de déflation salariale aussitôt partir en fumée. Or un schéma raisonné de gestion des soldes commerciaux et des taux de change a été donné de longue date par John Maynard Keynes avec son projet de  » chambre de compensation internationale  » (International Clearing Union, ICU). La prémisse fondamentale en est que les marchés financiers sont constitutivement incapables de procéder à des ajustements ordonnés – pas de chance évidemment pour une époque qui a choisi de tout leur confier. C’est pourquoi, aux emballements systématiquement déstabilisateurs des marchés, il faut préférer des procédures institutionnelles et politiques de correction des déséquilibres.

L’ICU keynésienne proposait un volet de financement des soldes déficitaires des balances des paiements. Mais elle offrait également des mécanismes institutionnels d’ajustement des taux de change. Chaque pays s’y voyait allouer un quota de déficit ou de surplus commercial. Passé le quart de ce quota, un pays déficitaire était autorisé à dévaluer de 5 %, davantage encore au-delà. Mais la grande innovation de l’ICU consistait à mettre à contribution directement les pays excédentaires. Seul le matraquage à la compétitivité, mêlé de reliquats mercantilistes, a pu faire passer l’excédent commercial pour une incontestable vertu. Or l’excédent est le plus souvent le fruit d’une stratégie non coopérative d’avantage compétitif unilatéral exercée sur le dos des autres – à l’image de l’Allemagne qui fait payer sa déflation salariale à ses partenaires européens en manque à croître. L’ICU applique aux pays excédentaires un système de taxation progressive, en fonction de seuils d’excédents prédéfinis, afin de décourager leur stratégie unilatérale et de les inciter à une relance qui rééquilibre leur solde et améliore par là même les déficits (et la croissance) de leurs partenaires.

Monnaie commune à deux niveaux

On objectera que ce sont désormais les marchés qui déterminent les taux de change et non les ajustements ciblés décidés dans des bureaux gouvernementaux, et que tout projet de dévaluation finit régulièrement en tempête monétaire. C’est la raison même pour laquelle il faut soustraire ces ajustements aux marchés ! Si une ICU n’a aucune chance de se substituer au marché mondial des changes, elle peut en revanche offrir son modèle à une eurozone qui fonctionnerait sur le schéma d’une monnaie commune à deux niveaux (12) : monnaie unique pour les relations monétaires extérieures, mais admettant à l’intérieur des dénominations nationales à des parités non plus irrévocablement fixes, mais ajustables selon des mécanismes entièrement politiques et institutionnels du type ICU. Disons clairement qu’une telle monnaie commune ne pourrait engendrer à elle seule des miracles de croissance par les exportations : il n’y a jamais que 120 milliards de dollars d’excédent allemand (13) à redistribuer pour toute l’eurozone… Mais elle aurait au moins offert quelques appréciables degrés de liberté dans la période présente, notamment en donnant la possibilité aux pays d’où la crise européenne est partie – Grèce, Portugal et Irlande, tous trois déficitaires commercialement (14) – de dévaluer et de trouver des relais de croissance capables de rendre plus soutenables leurs ratios de dette publique (15). Enfin, par-dessus tout, en changeant profondément la façon de penser et de régler les compétitivités relatives à l’intérieur de l’Union, elle nous libérerait de facto du fléau régressif des  » pactes pour l’euro « .

On dira que toutes ces pistes tiennent du rêve éveillé et n’ont pas la moindre chance de voir le jour dans les conditions présentes. Et c’est vrai ! Mais il se pourrait précisément que les conditions changent. Il faudra douze ou dix-huit mois pour que l’absurdité de la rigueur générale soit avérée et que, les ratios dette/PIB continuant leur irrésistible ascension, les marchés en prennent une conscience claire. Ce jour-là, ce n’est pas la pauvre EFSF, même aux moyens gonflés, qui pourra rattraper les défauts simultanés auxquels mèneront tous les taux d’intérêt emballés. Un scénario de fracture de la zone euro n’est pas moins probable qu’en décembre dernier. Pour le bloc qui se sera débarrassé des obsessions allemandes, la page sera à nouveau blanche, et l’occasion donnée de reconstruire autrement.

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(12) Selon une proposition qui a aussi été émise par Aurélien Bernier, Désobéissons à l’Union européenne !, Mille et une nuits, Paris, 2011, et Jacques Sapir, La Démondialisation, Seuil, Paris, 2011.
(13) Données Eurostat 2009.
(14) Avec des balances courantes respectivement de 11 %, 10,31 % et 2,94 % du PIB en 2009.
(15) Comme l’attestent a contrario les dégradations successives de la note portugaise pour cause de  » croissance insuffisante « .

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164 – Petit rappel du multiplicateur et diviseur de crédit

1 – Une banque est limitée dans ses crédits par les règles de Bâle (Bâle 2 et Bâle 3) qui lui imposent de détenir en fonds propres 8% des crédits accordés.

2- Imaginons qu’il n’y ait qu’un seul réseau bancaire dans toute la zone monétaire considérée. Tous les crédits (sous forme scripturale) émis par cette banque unique, crédits versés sur le compte de l’emprunteur (au passif de la banque), c’est bien une dette de la banque en même temps que la garantie qu’a signé l’emprunter et qui est comptabilisé à l’actif de la banque), reviendront sur les comptes des clients de la banque; le bilan restera équilibré.

(Pourquoi est ce aussi « une dette de la banque  » ? Simplement parce que celle ci s’engage à échanger le montant du compte contre des billets de banque centrale qu’elle ne peut produire. Nous rappelons que « la monnaie est une dette de banque qui circule , un élément du passif bancaire accepté comme moyen de paiement » )

Ce réseau bancaire sera quand même tenu par « 1 », et par deux autres obligations:

a) fournir à ses clients qui en font la demande des « billets de banque » qu’il ne peut fabriquer et doit donc se fournir à la Banque Centrale en échange de dépôts d’obligations éligibles (des obligations notées AAA par exemple). C’est pour ce réseau bancaire, quel qu’il soit, une « fuite » de monnaie centrale. La moyenne en France est de 13% des nouveaux crédits  Si ces établissements bancaires sont multiples, une banque peut aussi les acheter sur le marché monétaire auprès de ses concurrentes qui en ont trop.

b) porter « en garantie » à la Banque Centrale, en monnaie centrale toujours, un montant équivalent à 2% des dépôts de ses clients (qui pour le moment correspondent exactement, dans notre hypothèse), aux crédits que ce réseau  a émis. C’est les « réserves obligatoires » ,  une autre « fuite »…  mais Grignon, dans son explication, sous entends que ces réserves obligatoires sont « prises » sur les dépôts des clients: c’est faux, ce n’est pas « la même monnaie »

Dans cette hypothèse considérant ce total de 15% (et sauf à tricher ou à « manipuler » ses comptes comme par exemple avec des données « hors bilan » ou des « subprimes »)  le réseau bancaire en question – pourrait offrir à ses client 6,7 fois le montant de monnaie centrale dont il peut disposer ; c’est le « multiplicateur de crédit ».

A propos de ce multiplicateur, il est tout théorique: on préfère dans l »état actuel parler du « diviseur ».. sachant que les banques font tous les crédits qu’elles veulent (dont elles ont la demande) , dans la limite (théorique) des règles de Bâle2 ou  Bâle 3, et se tournent ensuite vers la banque centrale en disant « on a besoin de monnaie centrale sinon le système explose… »

3 – Mais il y a, dans la réalité, plusieurs réseaux bancaires et donc un type de « fuite » supplémentaire si on analyse chaque banque séparément: c’est que, comme les banques n’ont pas très confiance en elles, elles ne veulent se faire payer les chèques ou virements d’une autre banque, qu’en monnaie centrale.

Un réseau bancaire A qui émets un crédit à son client Monsieur Dupont, sait bien que tous les fournisseurs ou commerçants que payera Monsieur Dupont ne sont pas tous dans son réseau bancaire… il lui faudra donc payer les réseaux bancaire B, C, E, etc des payements qui s’échappent de son réseau.

Mais il en est de même pour les autres réseaux dont une partie des clients payent des fournisseurs ayant leur compte dans le réseau A.

Chaque jour donc, une « compensation » est faite entre les différentes banques, qui ne payeront à leur concurrentes que le solde.

Ce solde est de zéro si toutes les banques « marchent au même pas » (Keynes), c’est à dire si – statistiquement – la part de marché des crédits émis est égale à la part de marché des dépôts de leurs clients (nous parlons bien de crédits et de dépôts scripturaux. Des dépôts de monnaie fiduciaire -billets et pièces – sont une augmentation du stock de « monnaie de base » détenue par le réseau qui en bénéficie)

Enfin, il faut bien comprendre que le banquier directeur d’agence (trésorier d’agence), ne s’inquiète pas de savoir s’il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques »), par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c’est le système qui va la rappeler à l’ordre, car il faudra soit qu’il s’endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu’il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus, son bilan n’est pas inépuisable….). L’explication détaillée se trouve ici : « les banquiers vous diront qu’ils ne créent pas de monnaie…« 

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Notes:

La directive européenne « fonds propres réglementaires » (en anglais Capital Requirements Directive, ou CRD) transpose dans le droit européen les recommandations du second accord de Bâle. Elle vise donc à mieux adapter les fonds propres exigés des établissements financiers aux risques encourus par ceux-ci dans l’exercice de leur activité.

Cette directive comprend les directives 2006/48/CE et 2006/49/CE, a été publiée au Journal Officiel le vendredi 30 juin 2006.

Le ratio Cooke est un ratio de solvabilité bancaire qui est recommandé par le Comité de Bâle dans le cadre de ses premières recommandations. Il fixe la limite de l’encours pondéré des prêts accordés par un établissement financier en fonction des capitaux propres de la banque. Les banques sont tenues de garder un volant de liquidité, de ne pas prêter à long terme, l’équivalent de 8 % de leurs fonds propres afin de faire face aux impondérables : retournement de la conjoncture et augmentation des impayés de la part de ménages moins solvables, retraits soudains aux guichets de la banque.

Pour le calcul de ce ratio, on retient les fonds propres répartis selon trois grandes masses (le noyau dur ou TIER 1, les fonds propres complémentaires ou TIER 2, les fonds propres surcomplémentaires ou TIER 3) et les encours de crédit, les engagements bilantiels et hors bilan pondérés selon leur nature. Le rapport des fonds propres sur les encours pondérés doit être égal ou supérieur à 8 % avec un minimum de 4 % sur le TIER 1.

Il est moins élaboré que le ratio McDonough qui lui a succédé dans le cadre de la réforme dite des accords de Bâle II, car il ne prend que très grossièrement en compte le risque plus ou moins élevé des différents prêts accordés et a permis l’émergence de l’arbitrage prudentiel.

Pour en savoir plus, voir et écouter http://www.dailymotion.com/video/xfuw5w et lire http://tinyurl.com/24yt3aa .

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