163 – Quatre tabous à briser

Hier, un excellent article sur l’Expansion « Ces tabous que la zone euro a peur de briser » par Laura Raim, article dont nous reprenons quelques éléments ici car ils correspondent à des « suggestions » que nous ou nos « invités » font depuis longtemps sur ce blog.
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1 – La Grèce et l’Irlande ne pourront et ne doivent pas rembourser la totalité de leur dette !

Officiellement, on y croit : La Grèce et l’Irlande rembourseront leur dette astronomique. En pratique, de plus en plus d’économistes, de tous les bords, appellent à regarder la réalité en face : « Dans toute l’histoire économique, les pays avec une dette colossale l’ont apurée par la dévaluation et l’inflation », expliquait récemment l’économiste Jacques Delpa à l’Expansion.com. Or ce n’est pas possible dans la zone euro, qui tente donc de s’en sortir en empilant les mesures d’économie. Mais cette rigueur n’empêche pas les marchés d’exiger des taux d’intérêt élevés pour prêter à 10 ans. Sans doute parce qu’ils savent pertinemment que les mesures d’économie ne font qu’enfoncer les pays dans la récession et donc réduire les recettes fiscales censées permettre de rembourser la dette…

Les créanciers privés détenteurs d’obligations souveraines doivent se faire une raison : ils vont perdre de l’argent. « Après tout, selon la doctrine la plus orthodoxe du capitalisme, une des fonctions principales des détenteurs d’actifs financiers est d’assumer les risques, c’est précisément pour cela qu’ils demandent des primes de risque, explique Dominique Plihon, professeur d’économie à l’université Paris 13. La variable d’ajustement en cas de pertes est censée être eux, et non pas l’Etat et les contribuables ».

La restructuration peut prendre différentes formes : rééchelonnement, dispense de paiement des intérêts, ou réduction de la dette elle-même. Il sera donc sans doute nécessaire que les Etats interviennent de nouveau et recapitalisent sur fonds publics les banques exposées. Cette nationalisation pourrait être partiellement financée par la BCE.

2 – La BCE doit pouvoir financer les Etats et la Banque de France doit pouvoir financer la France!

C’est justement l’autre « tabou » dans la zone euro : les Etats ne doivent pas pouvoir emprunter directement auprès de la BCE. Il n’en fut pourtant pas toujours ainsi. « Historiquement, les banques centrales ont justement été créées pour financer les Etats, rappelle Dominique Plihon. En France, elle avait été créée par Napoléon Bonaparte en 1800 pour cela. Et jusque dans les années 70, le gouvernement français demandait à la Banque de France de faire des avances au Trésor public ». Aujourd’hui, les Etats sont obligés de se financer auprès des marchés financiers. C’est acté en France depuis de la décision de Giscard d’Estaing en 1973 et surtout c’est inscrit dans le traité de Maastricht.

L’interdiction de se financer auprès de la BCE se justifie notamment par l’idée que les marchés arrivent mieux à discipliner les mauvais élèves : si un Etat est trop dépensier ou trop endetté, les marchés le sanctionnent en exigeant des taux d’intérêt plus forts. Sauf que la crise a montré que les marchés s’avéraient être des forces profondément déstabilisatrices : « les banques européennes sont les premières à avoir spéculé sur les obligations publiques des Etats fragiles, rappelle Dominique Plihon. Il faut donc extraire les Etats de la tutelle des marchés et leur permettre d’emprunter à bas taux ». En réalité, le tabou a déjà été partiellement brisé en mai 2010 quand Jean Claude Trichet a annoncé qu’il rachèterait temporairement de la dette publique sur le marché secondaire, c’est-à-dire auprès des banques. Certains économistes plaident pour que la BCE puisse même emprunter sur le marché primaire.

C’est ainsi que les économistes de la Fondation Nicolas Hulot proposent que la Banque de France monétise directement à destination de l’Etat français  600 milliards d’euros sur 8 ans (en souhaitant que la BCE le fasse pour toute la zone euro … mais la question reste de savoir si l’euro va survivre, et jusque quand!)

3 – Il faut réduire la dette par l’inflation !

S’il y a tabou sur ce sujet, ou plutôt une phobie, c’est du côté allemand. Traumatisée par l’épisode d’hyperinflation des années 20, l’Allemagne n’a accepté de rejoindre la zone euro qu’à condition d’être sûre que l’inflation serait maîtrisée. C’est donc la seule et unique mission de la BCE : rester en dessous des 2% d’inflation. Forcément, quand Olivier Blanchard, chef économiste du FMI, ose écrire dans une note en février 2010 que viser 4% pourrait être bénéfique pour l’économie, ça fait désordre. Et pourtant, un peu plus d’inflation aiderait selon lui à résoudre la crise, puisque d’une part elle ferait fondre la valeur de la dette publique et d’autre part les banques centrales auraient aussi plus de marges de manoeuvre pour baisser leurs taux d’intérêts directeur et injecter des liquidités dans l’économie. Cela permet aussi de remplir les caisses de l’Etat dont la principale ressource, la TVA, grimpe avec les prix. L’inflation a par ailleurs d’autres vertus : Contrairement à l’idée reçu, les salariés ne perdent pas en pouvoir d’achat puisque leur salaire nominal a tendance à augmenter en période d’inflation tandis que la valeur de leurs dettes diminue.

Mais Keynes n’écrivait-il pas que l’inflation était l’euthanasie des rentiers ?

4 – Comme en Islande, partout il faut faire payer les créancier privés des banques !

Si le déficit irlandais atteint la part folle de 32% du PIB, c’est parce que l’Etat est venu au secours des banques ravagées par l’éclatement de la bulle immobilière. Donc si les Irlandais subissent aujourd’hui un plan d’austérité sans précédent, c’est pour éponger une dette issue d’une crise purement bancaire. L’injustice de cette situation pousse à se demander si Dublin n’aurait pas pu faire autrement. A cet égard, le cas islandais est plein d’enseignements.

Les deux pays ont de nombreux points en commun: ce sont tous deux des petits pays dont l’économie reposait sur un dumping fiscal ou réglementaire et surtout sur un secteur bancaire disproportionné qui s’était massivement endetté sur le marché interbancaire international. Quand la crise financière est arrivée, les banques ont été balayées. Et c’est là que l’Irlande et l’Islande ont suivi des voies diamétralement opposées. « L’Irlande a converti la dette privée des banques en dette publique, l’Islande a laissé la dette privée se régler en privé », résume Benjamin Coriat, professeur d’économie à l’Université Paris 13. Il faut dire que Reykjavík n’avait pas vraiment le choix : les actifs bancaires représentaient 800% du PIB. Cela aurait été hors de sa portée ». L’Islande a reconstitué de nouvelles banques à partir des trois anciennes, en y transférant tous les actifs à protéger, c’est-à-dire les dépôts. Quant aux anciennes banques, elles ont tout simplement été liquidées, la seule exception étant Icesave.

Voilà donc quelques uns des tabous qu’il faut briser. On pourrait évidemment en citer bien d’autres.

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162 – Hollande, un enarque + qui n’a rien compris

François Hollande, diplômé d’HEC, de l’Institut des Études Politiques, et de l’École Nationale d’Administration, en plus d’être licencié en droit,  se présente aux primaires socialistes avec l’espoir de devenir Président (de la France).
Mais s‘il est battu, il acceptera peut être de devenir le ministre des finances de Strauss Kahn?
Et pourtant, il n’a rien compris!
Je crains d’ailleurs que du côté UMPS il ne soit pas seul…

Sale temps pour la France!

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161 – l’emprunt à la banque centrale

Paru le 28 mars 2011 sur le blog d’Alain Grandjean, sous le titre : L’emprunt à la banque centrale : proposition détaillée

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La transition écologique et sociale de nos sociétés nécessite des investissements aujourd’hui non financés, que ce soit par le secteur privé dominé par le court terme ou par le secteur public, privé de moyens. La Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme propose de recourir à une troisième source de financement pour que les États soient en mesure d’investir dans l’avenir : l’emprunt à la banque centrale.

Le dispositif sera présenté et discuté en détail lors du séminaire du 30 mars : “Financer l’avenir sans creuser la dette”.

Notre synthèse présente le dispositif, ses dimensions techniques et légales, ainsi qu’une foire aux questions et des réponses aux objections les plus courantes.

Pour le télécharger : http://www.scribd.com/document_downloads/51704006?extension=pdf

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160 – Nikonoff : la sortie de l’euro

Paru sur le site du M’PEP sous le titre : Un spectre hante l’Europe : la sortie de l’Euro !
mercredi 23 mars 2011
Auteur :  Jacques Nikonoff  – Porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP) et ex-président d’Attac. Ancien Attaché financier à New York. Prochain ouvrage à venir : « Sortons de l’euro, vite ! », Mille-et-une-nuits.

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Une opération d’affolement de la population est en cours sur l’euro. Elle est menée par ceux qui étaient pour le « oui » aux référendums de 1992 et de 2005. Ils utilisent les mêmes arguments fallacieux qu’à l’époque. En 1992, ils disaient que ce serait la « catastrophe » de ne pas voter pour le traité de Maastricht et la monnaie unique. En 2005, ils affirmaient que ce serait l’ « explosion de l’Europe » si on ne votait pas pour le projet de constitution européenne. Aujourd’hui, ils soutiennent que ce serait le « chaos » si un ou plusieurs pays quittaient la zone euro.

Le journal Le Monde (15/12/2010) titre : « L’euro va-t-il tuer l’Europe ? ». Sous-titres : « Qui serait prêt à renoncer à la monnaie unique ? Quels sont les scénarios de sa disparition ? Quels seraient les effets d’un éclatement ? » Il cite The Economist, icône de la pensée unique ultralibérale, qui affirme que « Démanteler l’euro n’est pas impensable, seulement très coûteux ». C’est l’inverse ! C’est l’euro qui est coûteux ! Pour les classes populaires et moyennes ! Car c’est soi-disant pour le « sauver » que l’austérité a été décrétée dans toute l’Europe !

Le Monde explique que la sortie de la Grèce et de l’Irlande de l’euro et le retour à leurs monnaies nationales permettrait de les dévaluer. Ces pays pourraient ainsi développer leurs exportations, relancer leur activité économique et réduire leurs déficits publics. Le Monde ajoute cependant que « cette stratégie comporte de graves dangers ».

Le premier serait une « panique bancaire », les déposants grecs et irlandais retireraient leurs euros des banques. Mais qu’en feraient-ils ? Les mettre sous leur matelas ? Dans une lessiveuse ? Dans une banque à l’étranger ? Soyons sérieux ! Un pays qui sortira de l’euro devra rendre sa monnaie non convertible avec les autres, dont l’euro, et restaurer le contrôle des changes. Ceux qui auront retiré leurs euros devront obligatoirement les convertir en drachmes, livres irlandaises, francs français, etc., après autorisation, s’ils veulent continuer à exercer une activité dans leur pays d’origine…

Le Monde imagine un second risque : l’ « écrasement des ménages, des entreprises et des États grecs et irlandais » sous le poids de leurs crédits libellés en euros. Non ! Le retour aux monnaies nationales se fera dans les mêmes conditions que le passage de ces dernières vers l’euro, mais en sens inverse. Ceux qui avaient des crédits ou des titres (actions, obligations…) libellés en livres irlandaises, en drachmes, en francs français, etc., ont vu ces crédits et titres tout simplement convertis en euros. Par un simple jeu d’écriture et en une seule nuit !

Troisième risque que Le Monde met en avant : les banques européennes « possédant des obligations grecques ou irlandaises enregistreraient de lourdes pertes ». Oui, là c’est vrai ! Mais disons-le clairement : tant mieux si les banques qui ont spéculé sur la dette des États de la zone euro réalisent de « lourdes pertes ». Le prix de leurs actions baissera, ce sera le moment pour les États de les racheter (les nationaliser). Les actionnaires des banques, coresponsables de la crise, seront ainsi justement sanctionnés. Les banques centrales des pays concernés (pas la Banque centrale européenne !) donneront les fonds à l’État, par création monétaire, comme le fait la Banque centrale américaine.

Le Monde voit un quatrième risque : « un pays qui sort de l’euro risque de perdre énormément en crédibilité vis-à-vis des investisseurs ». Le malheureux journaliste n’a pas compris qu’il faut mettre un terme au financement des États par les marchés financiers. Comment faire ? En fermant le marché obligataire ! Les États ne se financeront plus sur le marché obligataire, mais de trois manières simultanées : en faisant appel à leur épargne nationale ; en imposant des quotas d’achat de titres d’État aux banques et compagnies d’assurance ; en vendant des titres d’État à la banque centrale de chaque pays concerné, sans intérêts à rembourser. Le marché secondaire des obligations sera lui aussi fermé : les ménages ou les banques qui voudront revendre leurs obligations avant l’échéance pourront le faire, dans certaines conditions, mais seulement à l’État. La spéculation sera ainsi totalement et définitivement éradiquée.

Fini le besoin de « rassurer » les marchés financiers en baissant les salaires, les retraites et la protection sociale en général, il n’y aura plus de marché financier obligataire en euros ! Au revoir, les agences de notation, il n’y aura plus rien à noter ! Bye-bye les traders et leurs bonus, il n’y aura plus rien à trader ! Adieu les CDS (Credit Default Swaps), ces produits financiers hyper sophistiqués qui servent à spéculer sur la faillite des États !

Le Monde citait Nicolas Sarkozy (19 et 20 décembre) : « Qui peut penser que la France, seule dans le monde d’aujourd’hui, serait plus forte ? ». Retournons-lui la question : qui peut croire que la France « serait plus forte » dans le cadre de la mondialisation néolibérale ? Qui peut croire qu’un monde nouveau, tout simplement humain, adviendra de l’action des piliers de l’ordre néolibéral mondial que sont l’OTAN, le FMI, la Banque mondiale, l’OMC, l’OCDE et l’Union européenne ? C’est en sortant de ces institutions, gardiennes du « monde d’aujourd’hui » dans lequel veut nous enfermer Sarkozy – et non en voulant illusoirement les transformer de l’intérieur – que nous pourrons aller de l’avant. Il faut agir pour la construction d’un nouvel internationalisme. La France, de par son histoire, doit y jouer un grand rôle.

Le 21 décembre, Le Figaro prenait le relais avec un énorme titre en « Une » : « Ce que coûterait à la France un abandon de l’euro ». Sous-titre : « Ce scénario qualifié d’ ‘‘irresponsable’’ par Nicolas Sarkozy serait catastrophique pour le pays ». Diable ! Pour le journal officiel de la droite, la sortie de l’euro aurait pour « résultat inéluctable un alignement par le bas des revenus et du pouvoir d’achat… » Incroyable ! Voilà que la droite défend le pouvoir d’achat ! Mais l’alignement par le bas des salaires, c’est aujourd’hui, avec l’euro ! C’est d’ailleurs notamment pour cette raison que l’euro a été inventé par les classes dirigeantes européennes.

L’un des présupposés « théorique » ayant conduit à la création de l’euro et à sa gestion par une banque centrale européenne « indépendante » se trouve à l’article 120 du traité de Lisbonne : « Les États membres et l’Union agissent dans le respect du principe d’une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, favorisant une allocation efficace des ressources… » L’expression « allocation efficace des ressources » reprend mot pour mot la pseudo théorie ultralibérale de l’ « efficience des marchés financiers ». D’après elle, il est urgent de développer les marchés financiers et de les faire fonctionner sans « entraves », avec le minimum de réglementation. La raison ? Ils seraient (contrairement à l’État) le seul mécanisme d’ « allocation » efficace du capital. Autrement dit, ils seraient capables de distinguer les « bons » projets à financer en évitant les gaspillages de ressources financières. Toutes les politiques menées par l’Union européenne reposent sur ce mythe. C’est pourquoi la « libéralisation » des marchés de capitaux a été organisée au sein de l’UE, par des directives, afin de construire un marché financier mondialement intégré. Du coup, il fallait que l’euro concurrence le dollar. La « construction » européenne a donc été subordonnée à ce but : attirer vers les marchés financiers européens les capitaux libres recherchant à l’échelle de la planète une rentabilité maximale et à très court terme. C’est cet objectif qui explique la poursuite systématique d’une politique de taux de change élevés, appuyée sur des taux d’intérêt supérieurs à ceux des États-Unis. L’euro était le vecteur permettant la libre circulation des capitaux : il n’est pas un « bouclier » anti-spéculation, il attire la spéculation !

Les oligarques européens ont donc fait des marchés obligataires (principalement celui de la dette des États) les « surveillants » des politiques publiques. Le raisonnement est simple : les marchés financiers (surtout le marché obligataire) n’aiment pas les pays trop endettés car ces dettes peuvent les conduire à ne plus pouvoir ou vouloir les rembourser. Pour continuer à acheter la dette des États, les investisseurs (spéculateurs) vont donc demander des taux d’intérêt plus élevés afin de rémunérer leur risque. Conséquence : si les États veulent emprunter à des taux d’intérêt raisonnables, ils devront réduire leur dette (en abaissant les dépenses publiques, principalement les dépenses sociales). La meilleure « discipline » pour contrôler les dépenses publiques (sociales) est donc le « marché », à condition qu’il soit totalement dérégulé, qu’aucune intervention extérieure – en particulier des États – ne vienne perturber son « équilibre spontané ». Dès lors, pour compenser le renchérissement des produits fabriqués dans la zone euro face à leurs concurrents de la zone dollar et des pays émergents (en raison de l’euro « fort »), les entreprises de la zone euro ont été volontairement poussées à exercer une pression sans cesse croissante sur les coûts salariaux et sur l’emploi. Les délocalisations ne trouvent pas d’autre explication. Un gouvernement de gauche ne pourra pas mener une politique pleinement de gauche si la politique monétaire reste de droite. Sortir de l’euro de manière unilatérale est la condition absolument nécessaire, indispensable, urgente pour pouvoir mener une vraie politique de gauche. Mais cette condition n’est pas suffisante. Il faut dans chaque pays, selon les rythmes des mobilisations populaires et des élections, définir un vrai programme de gauche et agir pour une monnaie non plus unique, mais commune.

Des sondages montrent une montée du mécontentement populaire vis-à-vis de l’euro. Entre 29% et 39% des Français interrogés, selon les sondages, veulent quitter l’euro. Entre 42% et 50% des ouvriers ; entre 38% et 48% des employés sont dans le même cas. En juin 2010, un sondage réalisé en Europe par un institut américain faisait apparaitre la réponse « non » à la question « L’euro est-il une bonne chose pour l’économie ? » : France (67%), Portugal (60%), Espagne (56%), Allemagne (55%), Italie (53%)…

Ce sont les milieux populaires – ouvriers, employés, peu ou non diplômés – qui sont les plus nombreux à contester l’euro ou même à vouloir en sortir. C’est l’électorat traditionnel de la gauche ! Attention à ce que la gauche ne décroche pas de son électorat et qu’elle offre ainsi un boulevard aux forces d’extrême droite, nationalistes et xénophobes, qui s’engouffreront dans la brèche !

Sortir de l’euro, c’est sortir de l’ordre monétaire néolibéral. C’est la suite logique des combats de 1992 contre la création de l’euro, et de 2005 contre le projet de constitution européenne. C’est un projet de gauche !

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Je me dois d’ajouter que  » C’est un projet de gauche  » me semble trop restrictif… disons plutôt que c’est un projet « souverainiste » qu’il soit gaullien, de droite ou de gauche: beaucoup d’autres sujets permettent la différence entre droite et gauche.

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159 – Natixis: restructuration dettes publiques… conséquences

Issu de Natixis 15 mars 2011 – N°. 205

Qui devra supporter le coût des défauts souverains probables dans la Zone Euro ?

En l’absence de fédéralisme et de transferts de revenus des pays de la Zone Euro ayant des excédents extérieurs vers les pays ayant des déficits extérieurs, il est très probable que les pays en difficulté qui ont des taux d’endettement publics élevés devront finalement faire défaut sur leurs dettes publiques (les restructurer), même si cette échéance est retardée par les mécanismes de soutien mis en place.

En se plaçant volontairement du point de vue de l’efficacité économique, et non de l’équité, est-il préférable que le coût de ces défauts (restructurations) soit supporté par les prêteurs privés (investisseurs institutionnels, banques) ou  de  manière  collective par l’ensemble  des  États  (ce  qui est évidemment une forme de fédéralisme).

Nous pensons que faire supporter le coût par les prêteurs privés (ce qui est clairement la position de l’Allemagne) fera   finalement   intervenir   les   Etats   pour   venir à   l’aide   des intermédiaires financiers,  fait courir le risque  d’une nouvelle  crise économique (perte  de richesse, rationnement du crédit) et ne permet pas de lisser dans le temps le coût du défaut.

Le problème est maintenant bien connu. La spécialisation productive dans les services non exportables de certains pays de la Zone Euro conduit à ce qu’ils aient un déficit extérieur chronique (graphique 1), puisque leur industrie (et leurs services exportables) est devenue de petite taille. S’ils ont un déficit extérieur chronique, il faut qu’un groupe d’agents économiques de ces pays s’endette continument pour financer ce déficit, et il s’agit aujourd’hui du secteur public (graphique 2)


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158 – Yann : la fin de la mondialisation commence par l’Argentine

Les graphiques proviennent du site http://www.gecodia.fr/.
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Une récente dépêche AFP qui est passée relativement inaperçue montre les changements qui commencent à s’opérer un peu partout sur la planète. Les effets de la crise commencée en 2008 semble être de pousser les nations à s’affranchir, chaque jour un peu plus,  du marché mondiale et cela dans le but d’éviter d’importer ses effets de plus en plus nombreux et délétères. Petit à petit certains pays redécouvrent l’intérêt d’être relativement auto-suffisant en matière de politique intérieur. Être plus auto-suffisant permet d’avoir une bonne politique de l’emploi, bien adaptée aux besoins démographiques de la population, d’indépendance économique permet aussi une plus grande liberté dans les relations internationales. En effet pas besoin de faire des génuflexions à des dictateurs lorsque votre nation peut se nourrir toute seule. Certaines nations redécouvre que le but d’une politique économique n’est pas d’avoir la croissance la plus forte ou l’inflation la plus faible, mais de garantir la pérennité du pays ainsi que la paix sociale chose que l’on a complètement oublié en Europe.  La dépêche en question nous relate en faite les décisions prises par le gouvernement argentin qui veux réduire d’au moins 45% les importations en y substituant des productions locales. Pour y parvenir ce gouvernement utilise d’une part une politique industrielle, ensuite une mise en place d’une politique de protection douanière. C’est ainsi que l’on apprend que pour l’Argentine s’en est fini des poupées Barbie, symbole de la domination américaine sur nos chères têtes blondes depuis la fin de la seconde guerre mondiale.  Le motif de l’interdiction de cette poupée, et des jouets produits par des fabricants américains, provient de leur incapacité à fournir des preuves sur la provenance  de fabrication de ces jouets. Car l’industrie des jouets est maintenant protégée en Argentine et leur but est l’autosuffisance. Grâce aux politiques protectionnistes la production locale est ainsi passée de 5% de la consommation nationale en 2003 à près de 30% aujourd’hui.

Le secteur du jouet n’est bien entendu pas le seul concerné, on peut citer le secteur textile ou la production d’électroménager. Ce protectionnisme ne plaît pas à Pékin qui montre ici son véritable visage en taxant par exemple les huiles de soja produit par l’argentine. La Chine n’aime pas que l’on mette des bâtons dans les roues de sa stratégie de commerce impériale. Il faut dire que cette nation fait largement sa prospérité sur le dos des pays importateurs. Cette affaire montre ensuite que la mondialisation du commerce n’est pas qu’un problème de pays riches, en réalité la problématique est universelle. Partout la mondialisation entraîne inégalité et impossibilité de régulation macro-économique de la part des états qui respectent le laissez-faire. L’Argentine est une nation qui  été meurtrie par les délires néolibéraux, et il est quelque part normale qu’elle soit l’un des points de départ de la fin de la domination de cette idéologie destructrice. Le protectionnisme argentin vis à vis de la Chine n’est que le début, des pays comme l’Inde seront bientôt obligé de faire pareil tant leur déficit commerciaux se creuse avec l’Empire du milieu. Pour paraphraser Malraux le 21ème siècle sera protectionniste ou ne sera pas. Nous allons assister à un éclatement du commerce planétaire puis à une régionalisation des relations économiques. Le commerce à l’échelle mondiale que nous avons pu connaître touche probablement à sa fin essentiellement à cause des déséquilibres commerciaux qu’il provoquait.

Le redressement argentin après 2001

L’économie argentine n’a fait que préfigurer ce qui allait se passer chez les PIGS une décennie plus tard, mêmes causes mêmes effets. Les causes de la crise de 2001 nous les connaissons bien, libéralisation totale des capitaux et des marchandises, monnaie indexée sur une monnaie étrangère et surévaluée pour l’industrie locale, bulle immobilière, croissance bidon nourrie par l’hypertrophie du secteur tertiaire et l’endettement public comme privé etc…  En 2001 les capitaux sont sortie en grande quantité du pays pour fuir l’inévitable, à savoir l’effondrement des expérimentations hasardeuses des économistes néolibéraux, le résultat fut l’effondrement de la monnaie du pays. Un effondrement brutal après plusieurs années d’une surévaluation totalement asphyxiantes pour les industriels du pays. L’Argentine était en quelque sorte un coup de semonce de la grave crise que nous allions connaître en occident près d’une décennie plus tard.

 

Nous voyons bien sur le graphique ci-dessus représentant l’évolution du PIB depuis 1993 que la croissance a bien rebondis après l’effondrement de 2001. Elle se situe à des niveaux supérieures à celle d’avant la crise, preuve qu’il y a bien eu un changement de modèle économique. Un changement qui peut d’ailleurs s’observer que ce soit au niveau de l’inflation ou au niveau de la balance commerciale. L’Argentine est passée d’une situation de pays importateur à celui de pays producteur. Son régime de croissance est maintenant plus soutenue mais aussi plus inflationniste.

 

 

Le graphique représentant la production industrielle est beaucoup plus parlant que l’évolution du PIB. Depuis la crise de 2001 et la dévaluation de la monnaie argentine celle-ci à vue son potentiel industriel fortement augmenter. La courbe rouge représente les variations annuelles de la production industrielle. La courbe marron, la plus importante, représente l’indice de production industrielle. On voit qu’avant 2001 la production est relativement stagnante, elle est même cyclique variant d’une année sur l’autre autour d’une moyenne stable. Après la crise on constate une croissance beaucoup plus stable et forte. Alors que l’Argentine connaissait régulièrement une croissance cyclique en stop and go, chaque cyclique durant environs trois années, la croissance argentine dura de 2002 à 2008. Et la crise de 2008 fut évidement une importation et non le fruit d’une évolution propre du pays, sans cette accident il est probable que la croissance argentine aurait continué comme si de rien n’était. Et l’on constate d’ailleurs que ce pays s’est vite repris puisque la croissance en 2010 est déjà repartie sur les rythme d’avant crise.

 

 

Si l’on regarde la balance commerciale on comprend mieux la réalité de la croissance de l’Argentine. Pour éviter une nouvelle crise, comme celle qu’elle avait connu, ce pays a décidé d’une stratégie à l’asiatique, une accumulation de devises étrangères comme coussin de secours.   C’est une stratégie de type mercantiliste qui est compréhensible, même si l’on comprendra aisément qu’elle a des limites puisque les excédents des uns sont forcement les déficits des autres. L’Argentine en ayant des excédents commerciaux pousse d’autres pays à être en déficit provoquant des crise ailleurs que chez elle. Quoiqu’il en soit la politique protectionniste du gouvernement Kichner semble bien porter ses fruits, elle est en plus  accompagnée d’une politique monétaire raisonnable. Les autorités argentines semblent vouloir tenir le peso à une valeur stable, mais non pénalisante pour les industriels locaux. En utilisant une politique monétaire et protectionniste, ils usent des deux outils les plus efficaces en matière de politique économique. La croissance de ce pays est fondée sur quelque chose de solide, pas comme celle des années 90.  L’Argentine est probablement un modèle pour les pays latins dont la mentalité est proche. Avec une politique industrielle forte, et une monnaie relativement fondante sont les mamelles de la croissance pour les pays latins à l’image de la France et de l’Italie pendant les trente glorieuses. L’inflation est en effet relativement élevé en  Argentine encore aujourd’hui comme le montre ce graphique, mais elle est nécessaire pour la dynamique locale.

 

L’Argentine est d’ailleurs un cas d’école si l’on compare l’évolution de l’inflation et du chômage en parallèle. On constate en effet que la période 1993-2001 est une période de faible inflation, c’est lié à l’accrochage du peso au dollars. Cette surévaluation va permettre d’importer des marchandises bon marché de l’étranger, et de faire grimper le chômage et les inégalités locales. Durant cette période l’Argentine est devenue en quelque sorte une société de rentiers, à l’image de la France actuelle. Un pays qui ne produit que des emplois de services et où le capital rapporte beaucoup plus que le travail, quand il y en a.

 

Il ne surprendra personne de voir que la faible inflation des années 90 a été accompagné d’un fort taux de chômage et d’une stagnation de la production industrielle comme on la vue précédemment. Et c’est normal puisque l’on préfère importer des produits plutôt que de donner du travail aux industries locales. Le prix à payer d’un tel modèle est bien sûr l’explosion des inégalités et une stagnation à long terme. Par contre les couches aisées de la population voient sûrement leurs revenues croître beaucoup plus rapidement. Lorsque le Peso a  craqué en 2001 c’est un retour brutal à la réalité, et oui, il faut produire pour consommer et un pays doit toujours à peu près équilibrer sa balance des paiements. A partir de là on assiste, comme dans le cas de l’Islande dont nous avons parlé récemment, à un transfère des revenues du capital vers le travail à travers une forte inflation. Celle-ci est d’autant plus forte que l’inflation avait été trop basse dans la période précédente, c’est une sorte de retour de balancier. Le pic inflationniste a atteint 45% en 2002-03 en Argentine, ce fut terrible, mais ensuite la sphère productive du pays a redémarré et l’inflation est maintenant aux alentours de 8%. Il faut croire que pour ce pays cette inflation est une nécessité fonctionnelle puisque par ailleurs le taux de chômage a fortement baissé. Encore une fois le fait qu’il y est une forte inflation n’est pas un drame en soit tout dépend de l’évolution globale des salaires et du chômage. Si l’on regarde l’évolution du niveau de vie il y a un plus indéniable depuis 2002 le niveau de vie ayant presque doublé en 8 six ans, seul les rentiers doivent y avoir perdu.

 

La France un futur à l’argentine?

La similitude des situations entre la France ou même les pays latins de l’Europe avec l’Argentine de 2002 est tout à fait flagrante.  Notre destin sera probablement une évolution similaire avec je l’espère moins de brutalité car l’effondrement en 2002 fut très difficile pour la population. On peut imaginer qu’une fois que la monnaie unique aura éclaté les pays latins seront traversés d’une forte dévaluation, ce qui produira dans un premier temps une forte inflation sur les produits importés et d’une contraction des importations. Par la suite la production locale prendra le relais et ces pays connaîtrons enfin une hausse plus rapide de leur production industrielle accompagné d’une forte baisse du chômage et des inégalités. Le régime de croissance de cette nouvelle économie sera forcement plus forte, mais aussi plus inflationniste au grand damne des rentiers qui ne jurent que par l’enrichissement sans efforts et sans investissement productif.  Nos pays étant latin il connaîtrons une dynamiques assez similaire à celle de nos cousins sud américains. Mais c’est une situation que nous avions déjà connu pendant les trente glorieuse la France avait souvent une inflation à 4 ou 5% sans que cela n’eut empêché la hausse du niveau de vie global, au contraire même.

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157 – Pourquoi les Etats sont nécessairement déficitaires

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(Résumé simplifié de l’article complet de Bernard Vallageas )

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Le mot déficit n’a pas le même sens en compta­bilité publique et en comptabilité privée.

En comptabilité privée le mot déficit signifie profit négatif (perte), alors que le «déficit» public n’est qu’un déficit de trésorerie (c’est le besoin de financement de la comptabilité nationale).

En comptabilité privée il est normal pour une entreprise de réaliser un profit positif et d’être endettée car, dans une économie fermée les agents non financiers ne peuvent qu’être endettés puisqu’ils ne sont pas les créateurs de monnaie

L’État, dans une économie fermée, ne peut qu’être endetté, donc en «déficit», et il a normalement, comme les entreprises, une trésorerie nette négative. Mais alors que ces dernières ont des comptes dans les banques commerciales, et qu’en conséquence leur trésorerie nette négative est en monnaie émise par ces banques (ou monnaie de second rang),  l’Etat n’a de compte qu’à la banque centrale et sa  trésorerie nette négative est en monnaie centrale, ses encaisses de monnaie centrale étant inférieures à ses emprunts bancaires en monnaie centrale.

Ainsi  les analyses montrent que les agents non financiers ont normalement des trésoreries nettes négatives

Les recettes de l’Etat sont toujours versées par l’Etat au crédit de son compte à la BdF. Ces paiements sont faits soit en billets (i.e. directement en monnaie centrale) soit par l’intermédiaire des banques commerciales (dont les clients, pour payer taxes et impôts,  émettent des versements scripturaux au bénéfice du trésor Public) , donc également en monnaie centrale. Pour pouvoir faire ces paiements en monnaie centrale, il faut que les banques commerciales disposent déjà de monnaie centrale.

Réciproquement les paiements faits par l’Etat français (le « Trésor public ») le sont à partir de son compte à la BdF, ce qui signifie que l’Etat paie toujours en monnaie centrale. Les dépenses de l’Etat ont donc pour effet d’alimenter les comptes des banques commerciales en monnaie centrale c’est-à-dire d’augmenter leur compte à la BdF

Autrement dit on est dans un système à trois agents, la BdF, l’Etat, les Bc (banques commerciales) qui agissent en leur nom propre ou comme représentants de tous les autres agents privés. Entre ces trois agents les paiements n’ont lieu qu’en monnaie centrale (tout comme d’ailleurs entre les Bc, la monnaie de second rang n’étant utilisée qu’entre les agents non financiers ou non bancaires privés). La monnaie centrale étant la monnaie émanant de la BdF (ou de l’Eurosystème, dont la BdF est un agent), on ne peut donc avoir que les situations suivantes, qui sont les deux types de circuit possibles de monnaie centrale :

Sur les deux schémas qui suivent les flèches représentent la circulation de la monnaie centrale entre les trois agents principaux (BdF, Etat, Bc). La circulation de la monnaie centrale entre les Bc (voire entre tous les agents privés pour les billets de banque) n’est pas représentée car elle n’a aucun intérêt pour notre propos.

Les flèches sont numérotées, la circulation de la monnaie centrale, ayant forcément lieu dans l’ordre des numéros.

Sur les deux schémas la monnaie centrale part de la BdF (prêts (1), qui l’a crée et revient à la BdF (remboursement (4) ou (6)) où elle est détruite.

Pour les pays de la zone euro la situation (1) suivante est impossible, puisque le Traité de Maastricht interdit aux Etats d’emprunter aux banques centrales,

La situation (2) ci-dessous permet de tourner cette interdiction car les Etats y empruntent aux banques centrales par l’intermédiaire des banques commerciales.

Dans les deux situations il est nécessaire que l’on ait  « dépenses publiques plus grand ou égal aux recettes. ».

Bien sûr il est possible de trouver des situations dans lesquels les agents privés restent continûment endettés, par l’intermédiaire de leur banque, auprès de la BdF. Dans une telle situation les agents privés resteraient continûment endettés en monnaie cen­trale afin de pouvoir payer des impôts ou souscrire à des emprunts publics. Alors l’entrée de la monnaie centrale dans l’économie se ferait par leur intermédiaire et les Etats seraient en « excé­dent ». C’est la seule situation dans laquelle les Etats peuvent l’être mis à part l’effet des devises étrangères, dont nous parlerons après,

Donc pour qu’un État soit en « excédent », il est nécessaire que les agents privés soient continûment endettées en monnaie centrale. En quoi cette situation serait préférable aux autres situations?   Il y a au moins trois raisons pour lesquelles les économistes orthodoxes condamnent le «déficit» public.

1 –  le « déficit », parce qu‘endettement, serait une charge pour les générations futures.

2 – le « déficit » provoquerait un effet d’éviction en diminuant la quantité d’épargne disponible pour l’investissement privé.

3 – le « déficit », en créant une monnaie sans contrepartie productive serait inflationniste.

Or dans la situation envi­sagée, on n’a fait que remplacer un endettement de l’Etat en monnaie centrale par un endet­tement égal des agents privés en la même monnaie, donc la prétendue charge pour les générations futures est exac­tement la même, le prétendu prélèvement sur l’épargne exac­tement le même, et la prétendue création de monnaie sans contrepartie productive serait exactement la même.

Ce n’est donc pas le fait que l’Etat soit en « excédent » ou en « déficit » qui est condamné par les tenants de l’orthodoxie libérale, mais l’existence même de toute dépense publique, et par la même de toute monnaie centrale (hors la monnaie centrale nécessaire à la compensation interbancaire et les billets de banque).

En résumé, dans une économie fermée, lorsque les agents privés ne sont pas continûment endettés en monnaie centrale, l’Etat est en « déficit » et a une trésorerie nette négative en monnaie centrale.

Cette situation est tout à fait comparable à celle des entreprises, qui, lorsque les autres agents ne sont pas continûment endettés, ont une trésorerie nette négative.

Ainsi la trésorerie nette de l’ensemble des agents non financiers (ménages, Etat, entreprises) est nulle, la situation positive des uns compensant la situation négative des autres.

Voyons maintenant ce qui se passe quand on abandonne l’hypothèse d’économie fermée.

Lorsqu’un agent économique reçoit des revenus en monnaie étrangère (quelle qu’en soit la cause, produit d’une vente, d’un travail, d’un service…), il dépose les devises reçues dans sa banque, qui elle-même les redépose à la BdF. En contrepartie la BdF émet de la monnaie centrale. Les rentrées nettes de devises constituent donc une source autonome de création de monnaie centrale.

Ainsi la monnaie centrale que les agents privés détiennent peut provenir de trois sources :

1° les dépenses publiques ;

2° les emprunts de monnaie centrale par les agents privés (emprunts réalisés par l’intermédiaire des banques commerciales) ;

3° les rentrées nettes de devises.

Vallagéas précise « Ainsi que nous l’avons déjà noté, les emprunts de monnaie centrale par les agents privés permettent, s’ils ne sont pas remboursés, à l’Etat d’avoir une trésorerie nette positive, donc d’être en « excédent ». Les rentrées nettes de devises permettent également de constituer un « excédent ». »

CONCLUSION

Si la seule source de création de monnaie centrale est l’emprunt de l’Etat auprès de la banque centrale, les Etats ne peuvent être qu’en « déficit ».

Pour que les Etats puissent se retrouver en « excédent » il faut soit que les agents privés empruntent de manière continue à la banque centrale, soit qu’il y ait des entrées nettes de devises.

On ne peut espérer des entrées nettes de devises une amélioration des situations budgétaires pour l’ensemble des Etats du monde, puisqu’au niveau mondial les entrées nettes des uns sont les sorties nettes des autres, et donc que la création de  monnaie centrale pour les uns correspond à une destruction de monnaie centrale pour les autres.

Quant à l’emprunt continu de monnaie centrale par les agents privés, bien qu’il permette la création d’ « excédents budgétaires », on peut douter de son utilité, puisqu’il ne diminue absolument pas l’endettement global, ni le prétendu effet d’éviction, ni la prétendue création de monnaie sans contrepartie productive.

Bernard Vallageas montre donc que, sauf s’il y a apport net de devises étrangères, la seule manière d’obtenir un excédent budgétaire serait que les agents privés s’endettent à la place de l’Etat en monnaie centrale. Mais ceci revient à substituer à l’endettement public un endettement privé et n’a aucun effet macroéconomique. En définitive la recherche de l’excédent budgétaire est vaine et inutile.

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Intervention complémentaire de Bernard  Vallageas sur le blog de Paul Jorion

Dans les faits la plupart des dépenses de l’État français sont faites en France (paiement des fonctionnaires et employés, paiement de subventions et prestations, achats à des entreprises françaises, remboursements d’emprunts et intérêts…), donc ces paiements sont faits en euros qui sont la monnaie légale en France, commune à la zone euro. Ces paiements sont faits à partir du compte du Trésor à la Banque de France. Quand la monnaie légale était le franc et que le Trésor avait le droit d’emprunter à la Banque de France, il suffisait que le Trésor emprunte à la Banque de France pour alimenter son compte

Aujourd’hui que cette situation  est interdite par le Traité de Maastricht, comment l’État français peut-il emprunter des euros? Il peut tout bonnement les emprunter à une banque commerciale française (p. ex. la B.N.P.) en lui vendant des OAT ou des bons du Trésor . En contrepartie des OAT ou des bons du Trésor qu’elle reçoit, la BNP doit verser des euros sur le compte du Trésor à la Banque de France . Pour ce faire il faut que le compte de la BNP à la Banque de France soit débité tandis que le compte du Trésor est crédité. Pour que le compte de la BNP puisse être débité il faut que la BNP dispose déjà d’euros à la Banque de France (c’est-à-dire d’euros en monnaie centrale). Si la BNP n’en a pas, il faut qu’elle les emprunte à l’Eurosystème (dont le représentant en France est la Banque de France). Concrètement la BNP va emprunter à l’Eurosystème en apportant en garantie les bons du Trésor ou les OAT que vient de lui vendre l’État français. La Banque de France portera alors la somme empruntée dans le compte du Trésor.

Donc en fait tout se passe comme si le Trésor français avait emprunté à l’Eurosystème, la BNP n’ayant servi que d’intermédiaire. Aujourd’hui la BNP (comme toutes les banques commerciales de la zone euro) peut emprunter à l’Eurosystème à 1%, les prêts à l’Etat français étant consentis à un taux compris entre 0,5 et 4% selon l’échéance. Ce système permet donc à la BNP, et à ses actionnaires, d’encaisser le différentiel d’intérêt. La même BNP prête à l’État grec à des taux supérieurs à 6% des fonds qui ne lui sont revenus qu’à 1%. Ces différentiels d’intérêt contribuent donc à accroître les inégalités et à alourdir la dette des États.

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Les actifs financiers nets en France à la fin de l’année 2008 (selon le T.E.E.) étaient les suivants en milliards d’euros :
*dette des  sociétés non financières : – 1 714
*créances des sociétés financières (banques, assurances, etc) : 214
*dette des administrations publiques : – 863
*créance  des ménages y compris entreprises individuelles : 2 242
*créance des institutions sans but lucratif au service des ménages : 39
*créance du reste du monde (actifs financiers détenus à l’étranger sur les précédents) : 82

 

Le  total des actifs nets est de zéro. Les plus gros débiteurs ne sont pas l’État mais les entreprises et les plus gros créditeurs sont les ménages, donc au final ce sont les ménages qui détiennent la dette des entreprises et de l’État.

Ce qui signifie que la dette (et ses intérêts) n’est pas perdue pour tout le monde. Évidemment les créances ne sont pas réparties également entre les ménages. Les riches ont intérêt à l’endettement des entreprises et de l’État puisqu’ils touchent les intérêts. Par ailleurs ils préfèrent prêter aux entreprises, qu’ils dirigent, plutôt qu’à l’État qui entretient des services publics pour tout le monde y compris les pauvres. Donc ils ont intérêt à dire que la dette de l’État est nocive.

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Dans tous les pays du monde (sauf dans la zone euro), et en tout cas en Angleterre et aux États-Unis, les banques centrales prêtent aux États, c’était le cas en France avant l’euro.

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156 – Neuf questions d’un citoyen français…

… aux candidats à la présidence de la République

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Tout ne se réduit pas à l’argent.

Mais à cause de l’argent il nous faut réduire le nombre  de policiers, réduire le nombre d’enseignants, réduire le nombre d’hôpitaux, réduire le déficit et la dette abyssalle qu’il a généré, bref pratiquer la Réduction, pardon la Révision Générale des Politiques Publiques ( RGPP). L’argent ne peut pas tout mais bloque presque tout. Nous avons, aujourd’hui,  le sentiment de subir l’esclavage de l’argent

« Esclavage de l’argent » ?  L’expression serait-elle outrancière ? En 0,27 secondes, Google  trouve 45400 occurrences, en français, pour cette expression. Nous sommes donc quelques-uns à nous percevoir comme esclaves de la finance.

C’est le fil directeur des questions qui suivent. Elles touchent au coeur de notre société.

oooOOOooo

1. Réduirez-vous les écarts de  revenus ? Si oui, comment ?

Dans ma vie d’adulte, sur un demi-siècle ( 1960-2010), j’ai vu cet écart passer, disons, de 30 à 300.  Il continue de croître et semble n’avoir aucune limite. La majorité de nos compatriotes recoivent un salaire mais vous savez que les plus hauts revenus ne sont pas faits que de salaires, que dans certains milieux la corruption rôde.

Faut-il rechercher la transparence sur tous les revenus ? Si oui, comment ?

Faut-il retenir la notion de revenu maximum ? Si oui, comment en gérer démocratiquement le niveau ?

2. Modifierez-vous le système fiscal ? Si oui, selon quels principes ?

Si les écarts de revenus sont énergiquement  réduits, il est envisageable  que chacun accepte de participer proportionnellement à son revenu jusqu’au  niveau du revenu maximal au delà duquel il y aurait reversement entier ( 100 % ). Dans le cas contraire quel serait, selon vous, le niveau    d’imposition de la tranche supérieure ?

Comment traiterez-vous du point de vue fiscal  les patrimoines et les héritages ? Suffit-il de considérer les revenus du patrimoine ? Un héritage est-il à considérer comme un revenu ?

3. Faut-il décourager la spéculation ? Si oui, comment ?

Les revenus tirés de la spéculation semblent souvent dissimulés dans des paradis fiscaux et des banques complices. Qu’est-ce que la spéculation apporte à la société ? Comment lutterez-vous contre ce fléau ?

Envisagez-vous des mesures dissuasives comme par exemple de porter la durée minimale de détention d’une action à une année entière ?

Tous les gains boursiers seront-ils soumis à la fiscalité commune ?

4. Estimez-vous utile de réglementer les taux d’intérêt  ?

La première des règles de modération n’est-elle pas la définition légale d’un taux d’usure  ? Pour les prêts à la consommation ce taux d’usure est voisin de 20 %. Pensez-vous utile de réduire notablement le taux d’usure pour les prêts à la consommation  ?

Approuveriez-vous  la mise en place d’un système de prêts directement accordés par l’Etat à des taux officiels économiquement intéressants pour les emprunteurs, taux destinés à jouer le rôle de taux directeurs pour les prêts sur le marché financier ?

Pour décourager la détention d’encaisses abusives freinant les échanges  et pour encourager au contraire l’activité économique, accepteriez-vous  de soumettre ces encaisses à une taxe communément associée à la notion de monnaie fondante ?

5. Etes-vous satisfait du système monétaire dit «  des réserves fractionnaires » ? Sinon, connaissez-vous le « 100 % monnaie » et qu’en ferez-vous ?

Notre système monétaire actuel est  structuré sur deux niveaux : au sommet la Banque Centrale ou « banque des banques » ( chez nous, la Banque de France agissant pour la Banque Centrale Européenne )  gère les comptes de ces banques et celui de l’Etat ( le Trésor Public) ; en dessous, les banques privées ou publiques  gèrent les comptes des autres agents économiques.

La monnaie de base est délivrée par la Banque Centrale qui accorde des prêts ou achète, contre monnaie de base, des titres de qualité  (« éligibles au refinancement »). Les banques ne connaissent entre elles que cette monnaie de base. Cependant les banques  ne comptabilisent pas de monnaie de base dans les comptes des agents économiques mais de la monnaie bancaire qui est un engagement de fournir, sur demande, la même quantité de monnaie de base, autrement dit « une promesse de monnaie de base ».  En conditions normales, ce système fonctionne correctement quoique le total des promesses de monnaie de base dépasse de plusieurs fois ( 5 à 7  fois selon la valeur du « multiplicateur de crédit ») le total de la monnaie de base existante. Ceci vient du fait, bien connu, que les banques comptent sur les comportements observés de leurs clientèles qui – en conditions normales –  ne réclament jamais simultanément la réalisation de toutes les  promesses qui leur ont été faites.

Ce système est basé sur une réalité soigneusement tenue dans l’ombre comme si elle était inavouable. Il permet surtout aux banques dans leur ensemble de prêter  jusqu’à 5000  à 7000 € alors qu’elles ne détiennent  (en propriété ou par  emprunt) que 1000  €. Même si on doit retenir que les euros de base, s’ils ont été empruntés à la Banque Centrale, amènent des intérêts vers cette Banque Centrale et donc vers ses actionnaires qui sont en Europe des Etats, il n’en demeure pas moins que 4000 à 6000 € prêtés par les banques leur rapportent des intérets sans leur avoir rien coûté si ce n’est quelques dépenses de gestion. Voilà la base systémique des bénéfices considérables constatés dans le secteur bancaire.

Plus encore : si les banques manquent de monnaie de base, il leur suffit de se munir, par exemple,  de titres de la dette publique ou de s’en procurer sur le marché et de les revendre à la Banque Centrale. Ainsi elles se « refinancent » c’est à dire regarnissent leurs comptes en monnaie de base et se donnent les moyens de placer des crédits supplémentaires et donc d’encaisser davantage d’intérêts.

Ce système, dit « à réserves fractionnaires »,  autorise les banques à ne tenir en réserve qu’une fraction ( moins de 20 % ) de ce qui peut leur être demandé. Il a été analysé et discuté depuis près de deux siècles, dès la  querelle du « currency principle » et du « banking principle » en Angleterre en 1810. En effet, il remet de fait aux  banques  la création de la monnaie en usage dans l’économie. On lui oppose le système dit « 100 % monnaie » qui obligerait les banques à ne prêter qu’à hauteur de la monnaie de base préalablement acquise auprès d’une Banque Centrale. Celle-ci aurait ainsi le contrôle sur la quantité et, potentiellement, sur la destination de la monnaie émise, ce qui n’est pas du tout le cas aujourd’hui.

Souhaitez-vous conserver le système « à réserves fractionnaires » ou bien envisagez-vous d’ évoluer vers le « 100 % monnaie » ?  Ce dernier système fut étudié par Irving Fisher aux USA suite à la crise de 1929, et préconisé  par Maurice Allais, éminent économiste français qui vient de décéder. Il est  aujourd’hui exposé, par exemple,  par un universitaire et banquier tel que Christian Gomez.

6. Seriez-vous prêt à dénoncer l’article 1.2.3 du traité de Lisbonne ?

Nous avons vu que, dans notre système monétaire actuel, le Trésor Public est situé au niveau des banques. Celles-ci se refinancent auprès de la Banque Centrale. Si le Trésor Public faisait  de même, il émettrait une dette dont la Banque Centrale, c’est  dire lui-même ( du moins au prorata de sa part du capital de la Banque Centrale ) percevrait les intérêts. Il s’agirait donc d’un prêt à l’Etat à taux zéro ou à taux très réduit.

Ceci fut d’ailleurs pratiqué en France entre le Trésor Public et la Banque de France jusqu’au 3 janvier 1973 date à laquelle fut votée une loi l’interdisant, sous la Présidence de Monsieur Georges Pompidou et Monsieur Giscard d’Estaing étant ministre des finances. Les traités  de Maastricht et de Lisbonne n’ont fait que la reprendre au niveau européen. Or une analyse fine  montre qu’il s’agit là du signal de la fin des Trente Glorieuses et du début de l’endettement progressif de la puissance publique. Le premier choc pétrolier, souvent invoqué, n’intervient qu’un an plus tard.

Dans ces conditions il serait  décisif soit d’abolir l’article 1.2.3 du Traité de Lisbonne au niveau de l’eurozone, article  pénalisant tous les états de cette zone, soit à défaut, de le faire seul au niveau national quitte, si nécessaire,  à  revenir à une monnaie nationale. Ecartez-vous, oui ou non,  cette éventualité ?

7. Que choisiriez-vous entre un retour à l’étalon or et une monnaie garantie par l’Etat ?

La crise financière actuelle  fait resurgir des propositions de retour à l’étalon or. Celui-ci est apprécié depuis toujours ; il ne peut être créé sur demande. Ce serait une base incontestée pour  les monnaies  et donc une source de confiance.

La rareté de l’or peut aussi être vue comme un handicap car que ne feraient pas les Etats  pour s’en procurer ? Cependant chacun sait qu’on peut mourir de faim sur un tas d’or … Ce regain d’intérêt pour l’or constitue une occasion de s’interroger sur la véritable nature de la monnaie.

Sans développer les attributs traditionnels de la monnaie ( unité de valeur, moyen d’échange et possibilité de thésaurisation ),  disons que la valeur d’une monnaie tient essentiellement à sa capacité d’échange. C’est le droit détenu par une personne physique ou morale  de transmettre ce droit à une autre personne physique ou morale contre la livraison d’un bien ou la jouissance d’un service de  valeur identifiée. Cette définition conserve les notions de définition de valeur, de moyen d’échange,  et de persistance dans le temps entre et au cours des  échanges. Mais on y trouve aussi le rattachement  à  une personne de telle sorte que la monnaie peut être gérée en tenant les comptes de monnaie des personnes. La monnaie scripturale est largement la plus utilisée aujourd’hui. Nos moyens techniques permettraient d’ailleurs de supprimer toute la monnaie fiduciaire laquelle,  rattachée à son porteur,  autorise encore trop de transactions inavouables et d’actes de corruption.

On constate que les mesures suscitées par  la crise financière l’ont été, principalement, au niveau des Etats, comme si chaque Etat était le garant de sa monnaie.

Seriez-vous pour la confirmation de cette tendance : chaque Etat est garant de sa monnaie ou bien souhaitez-vous le retour à l’or ou à tout autre matière marchande bien identifiée ?

8. La collectivité qui garantit la monnaie doit-elle en être l’émetteur ?

Si une collectivité garantit sa monnaie ceci ne signifie-t-il pas qu’elle s’engage a tout faire pour conserver son pouvoir d’achat d’abord en interne et éventuellement auprès des collectivités voisines ? Or le pouvoir d’achat d’une monnaie est lié  notamment à la quantité de monnaie qui circule. Il y a deux façons de réguler la quantité de monnaie. On peut en créer et on peut en détruire.

Accepteriez-vous qu’ une collectivité garante de sa monnaie jouisse de manière exclusive  du droit de la créer et de la détruire ?

9. Une collectivité émettrice peut-elle « monétiser » ses besoins ?

Si la nature de la monnaie est essentiellement d’être un droit accordé par l’émetteur, ici une collectivité, à quelles occasions et dans quelles conditions cette collectivité devrait-elle accorder ou  supprimer ce droit ?

La théorie monétaire retient généralement que la monnaie est issue d’un crédit. La banque « monétise » l’engagement de l’emprunteur à rembourser capital et intérêts. Mais il existe une autre façon de créer de la monnaie, en « monétisant » l’achat d’un actif par exemple ou l’acquittement d’une dette, autrement dit en « monétisant » pour les besoins propres de la banque.

La même théorie monétaire fait état de destruction monétaire lors des remboursements des prêts mais aussi lors de la vente d’actifs et lors de la perception de recettes.

Etes-vous conscient qu’un Etat, sous réserve de le faire avec l’intelligence et la mesure exigées par la préservation du pouvoir d’achat – cela s’appelle gouverner – peut « monétiser » selon ses besoins et « démonétiser » selon ses recettes, c’est à dire s’exempter de  tout endettement public ?

oooOOOooo

Ces questions ne définissent pas une politique mais le problème monétaire n’est-il pas  le préalable à régler avant de prétendre proposer de vrais choix politiques ? Actuellement la seule option possible se réduit à : produire et payer. Il nous faut donc, en premier,  nous libérer du carcan monétaire qui, à l’insu  du  plus  grand nombre,  nous retient.

J.J. / Février   2011

Bien évidemment ce document peut être diffusé et éventuellement complété selon vos propositions…

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155 – J.Sapir: « La force des faibles »

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire profiter d’un extrait du dernier article de Sapir
http://www.medelu.org/spip.php?article725

Dans le cadre institutionnel actuel, deux éléments sont déterminants :

* la règle de l’unanimité pour les décisions dans la zone euro
* l’absence de procédures formelles permettant d’exclure un pays une fois entré dans la zone.

Le premier de ces éléments rend extrêmement peu probable – et à vrai dire impossible – un accord sur une baisse du taux de change de l’euro, compte tenu des oppositions de politiques économiques qui existent entre pays membres. Le second désarme la zone euro contre une action unilatérale de l’un des pays membres.

En exploitant les défauts des dispositions du traité de Maastricht sur l’Union économique et monétaire (UEM) on peut imaginer que le gouvernement français, réquisitionnant la Banque de France (en application de l’article 16 de la Constitution) impose à cette dernière de reprendre les avances au Trésor et le principe d’un plancher minimal d’effets publics pour les banques opérant sur le territoire français. La monétisation immédiate du déficit et d’une partie de la dette (disons pour un montant de 400 milliards d’euros) s’accompagnerait de l’obligation, pour les banques françaises, de racheter les titres français restants, assurant rapidement une « re-nationalisation » de la dette du pays. Notons que l’épargne de la France suffit amplement pour assurer un flux régulier de financement au Trésor public.

Confrontées à une telle politique, les options des autres membres de la zone sont très limitées.

* La BCE peut décider d’augmenter brutalement ses taux pour « combattre » le risque inflationniste français. Mais, d’une part, une telle position se heurterait à l’opposition de très nombreux pays et, de l’autre, le gouvernement aurait toujours la possibilité de faire escompter des obligations privées par la Banque de France à un taux préférentiel. Ceci établirait un taux d’intérêt « français ».

* Une condamnation de la politique française est possible, mais ne serait d’aucun effet. L’imposition d’amendes (qui devraient être entérinées par la Cour de justice de Luxembourg) pourraient être immédiatement compensées par des retenues sur la contribution française au budget européen.

* Des mesures « protectionnistes » contre la France pourraient être envisagées. Cependant, outre qu’elles iraient à l’encontre de toute la politique de l’Union européenne et de sa philosophie même, elles attireraient immédiatement des mesures similaires du gouvernement français. N’oublions pas que la France est un point de passage obligé pour une partie du commerce intra-européen. Un effet de dissuasion empêcherait la mise en application de telles mesures.

On s’aperçoit rapidement que la zone euro est impuissante face à une telle politique (sans parler des effets d’imitation qu’elle pourrait engendrer).

En fait, ce serait une réédition de la situation de 1992-1993 lors de la dissolution de l’URSS : la Banque centrale de Russie (BCR) s’est trouvée désarmée face à la politique menée par les banques centrales des autres pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI) au sein de la zone rouble. La solution de la BCR a été de dissoudre cette zone.

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154 – Patrimoine des administrations publiques

(travail de synthèse d’A-J Holbecq que nous remercions)

Lien court http://wp.me/pzMIs-jv

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Année 2009

PIB  1 907,1

Administrations de Sécurité sociale : 203,8 Md€ et 10,7% du PIB

Administrations  locales : 984,4 Md€ et 51,6%

État : -797,1 Md€ et -41,8%

ODAC : 25,5 Md€ et 1,3%

Cumul toutes APU : 416,6 Md€ et 21,8%

Le premier graphique corresponds au patrimoine net des APU (y compris les actifs non financiers), celui ci dessus correspond au patrimoine FINANCIER net (on ne tient compte que des actifs financier et des passifs … qui sont toujours financiers, évidemment)

Le tableau ci dessous indique les éléments de tous les actifs et passifs de l’ensemble des Administrations publiques pour 2009 (il ne faut pas confondre avec le patrimoine de la France)

http://www.insee.fr/fr/indicateurs/cnat_annu/base_2000/tableaux/xls/t_4510.xls (sur lequel vous trouvez toutes les années depuis 1978… attention c’est en « euros courants »)

Éléments du patrimoine de la Sécurité sociale

http://www.insee.fr/fr/indicateurs/cnat_annu/base_2000/tableaux/xls/t_4514.xls (sur lequel vous trouvez toutes les années depuis 1978… attention c’est en « euros courants »)

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153 – E.Toussaint : face à la dette du nord.

Il faut lire en entier cet article d’Eric Toussaint sur le site du CADTM

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La première partie est intitulée « Dette des pays en développement : une dangereuse insouciance ».

Lire ici http://www.cadtm.org/1ere-partie-De…

I. Rappel historique : dans la période récente, la dette a commencé à atteindre des niveaux élevés au Nord  (càd les pays les plus industrialisés) dans les années 1980. En effet, après le premier choc pétrolier et la crise économique de 1973-1975, les gouvernements ont tenté une relance keynésienne de l’économie en recourant à l’emprunt. Ensuite, le service de la dette a explosé lorsque la Réserve fédérale américaine a augmenté brutalement les taux d’intérêt (octobre 1979) en opérant une rupture par rapport à 46 années de politique keynésienne initiée lors de la première présidence de Franklin Roosevelt en 1933.

De la fin des années 1980 jusqu’au début des années 2000, la situation des finances publiques s’est dégradée dans des proportions différentes selon les pays. En cause : la « contre-réforme fiscale » menée en faveur des entreprises et des ménages à hauts revenus, avec comme conséquence une baisse des recettes provenant de l’impôt sur les sociétés et sur les personnes physiques, compensée d’un côté par une hausse des impôts indirects (TVA), et de l’autre par un recours accru à l’endettement. La crise actuelle, qui a commencé en 2007, a aggravé de manière brutale et dramatique la situation des finances publiques, avec en particulier l’intervention des États pour sauver les banques en faillite. Dans des pays comme la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Irlande, les gouvernements ont dépensé des sommes considérables d’argent public pour sauver les banques. A moyen terme, le gouvernement espagnol devra probablement en faire autant pour sauver des caisses d’épargne régionales en faillite virtuelle suite à la crise de l’immobilier. L’Irlande croule sous les dettes provenant de plusieurs grandes banques privées que le gouvernement a nationalisées sans récupérer le coût du sauvetage sur les actionnaires. Les politiques menées depuis 2007 ont radicalement dégradé l’état des finances publiques  .

II. Les créanciers des dettes en Europe sont en majorité des banquiers européens

Par ailleurs, avec les énormes liquidités mises à leur disposition par les banques centrales en 2007-2009, les banques de l’Ouest européen (surtout les banques allemandes et françaises |3|, mais aussi les banques belges, néerlandaises, britanniques, luxembourgeois, irlandaises…) ont énormément prêté (principalement au secteur privé mais aussi aux pouvoirs publics) dans des pays de la « périphérie de l’UE » comme l’Espagne, le Portugal ou la Grèce (les banquiers considéraient qu’il n’y avait aucun danger), ainsi que dans les pays d’Europe centrale et de l’Est anciennement membres du bloc soviétique (Hongrie en particulier), avec comme conséquence une forte augmentation de la dette de ces pays, en particulier de la dette privée. Il faut aussi prendre en compte le fait que l’adhésion à l’euro de certains pays de la périphérie dans l’Union européenne leur a valu la confiance des banquiers des pays de l’Ouest européen, qui leur ont massivement prêté, pensant que les grands pays européens leur viendraient en aide en cas de problème.

Les 3 infographies ci-dessous montrent la nationalité des détenteurs étrangers des titres de la dette privée et publique de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce (qui forment une bonne partie de la dette externe des 3 pays)  :

Lire la suite sur : Face à la dette au Nord, quelques pistes alternatives

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152 – AJ Holbecq: Contreparties

Alors que M3 correspond à la fraction monétaire du passif du bilan de ces organismes, les contreparties de M3 regroupent l’ensemble des autres éléments de ce bilan, c’est-à-dire l’actif et les postes non monétaires du passif. Elles fournissent ainsi une information précieuse sur les modalités de la création monétaire.

La création monétaire se réalise de deux façons principales :
– lorsque les institutions financières mettent de la monnaie à la disposition d’un agent non financier résident en contrepartie d’acquisition de créances sur l’étranger
– lorsqu’elles consentent aux agents non financiers résidents des financements nouveaux.Les principales contreparties concernent donc respectivement la création monétaire d’origine externe, les créances nettes sur l’extérieur, et celle qui est d’origine interne, le crédit interne, subdivisé en créances nettes sur l’État et créances sur l’économie

 


Copie des  pages d’explication  74 et 75  de  » Économie Monétaire et Financière  » (ed Bréal)

Créances nettes sur l’extérieur :

Cette contrepartie mesure l’incidence sur les avoirs des résidents de la zone euro, du solde des transactions courantes (le paiement d’une importation ou les dépenses de tourisme à l’étranger réduisent les avoirs ; une recette à l’exportation ou les dépenses de touristes étrangers les améliorent) et du solde des mouvements de capitaux (l’acquisition par un non-résident d’un titre financier émis par une société résidente accroît les avoirs, inversement l’acquisition par un résident d’un titre émis par une société non résidente réduit ces mêmes avoirs).

Signification des « crédits » dans les « Concours au Secteur Privé » et « Concours aux APU »:

Il s’agit des crédits accordés par les institutions financières monétaires (les IFM) au secteur public (administrations publiques locales et de Sécurité sociale) et au secteur privé (entreprises, ménages, etc.). Ces crédits incluent les crédits à l’habitat, à la consommation, à l’investissement, de trésorerie, le crédit-bail et autres. L’accroissement de la masse monétaire peut alors procéder du cir­cuit traditionnel crédit-dépôt : le crédit accordé par une IFM se traduit par une mise à disposition de l’emprunteur d’une quantité de monnaie, elle-même enre­gistrée sous forme de dépôt à vue, le bilan global des IFM s’accroissant ainsi de manière égale à l’actif et au passif.

Signification des « Titres » dans  « Concours au secteur privé » et « Concours aux administrations publiques »

Les institutions financières monétaires peuvent également créer de la monnaie lorsqu’elles achètent des titres (actions, obligations) au secteur détenteur de monnaie (essentiellement les entreprises et les administrations publiques).

Ressources non monétaires des IFM:

Mais les ressources des IFM n’ont pas toujours une forme monétaire. En effet, elles peuvent collecter également des ressources d’épargne stable et possèdent des fonds propres. Aussi afin de faire apparaître les contreparties des seuls actifs monétaires (inclus dans les agrégats), il convient de déduire des créances des IFM les ressources stables, i.e. l’épargne contractuelle et les emprunts effectués par ces institutions sur les marchés des capitaux (par ce prélèvement de res­sources auprès des détenteurs de monnaie, les IFM opèrent ainsi une réduction des avoirs monétaires et donc une baisse de M3). Une augmentation de ce type de ressources non monétaires au passif des IFM signifie que leurs créances sont, en proportion, moins adossées à de la monnaie.

Divers :

Enfin, il faut aussi signaler, à l’actif des institutions financières monétaires, un poste d’importance moindre, la contrepartie « Divers ». Celle-ci est plus délicate à analyser, ne serait-ce que parce qu’elle est le point d’ajustement statistique. Elle peut recouvrir cependant des opérations qui, du point de vue de la création moné­taire, sont significatives. Ainsi, l’acquisition par une IFM d’un actif immobilier pour son compte propre auprès d’un agent non financier est enregistrée sur cette ligne, en contrepartie d’un accroissement de la monnaie au passif des IFM.

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151 – La monétisation, c’est quoi?

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Laurent Pinsolle a commis sur son blog, le 24 janvier, un excellent article  » La monétisation en question » , que je vous suggère de lire

Mais la monétisation, c’est quoi?

Bien sur, nous en avons déjà parlé plusieurs fois, mais il m’a semblé intéressant d’expliquer un peu ce terme à nouveau.

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A-J Holbecq explique en commentaire sur le blog de Laurent Pinsolle:

Monétiser, c’est le droit des banques de transformer « quelque chose » en monnaie et procéder ainsi à l’introduction de nouveaux moyens de paiement dans l’économie (création monétaire). Ce « quelque chose » peut être reconnaissance de dette, une hypothèque, un actif existant, etc..

Les créances sont simplement portées à l’actif du bilan de la banque qui, au passif, porte le montant équivalent sur le compte du bénéficiaire de la monétisation.

Démonétiser corresponds à une destruction de moyens de payements (lors du remboursement d’un prêt par exemple)

Les banques (commerciales) ont 5 manières de créer de la monnaie (monétiser):
– Acquisition d’un actif réel (terrain, immeuble…)
– Acquisition d’un actif financier ( action, obligation)
– Conversion des devises (suite exportation d’une entreprise cliente)
– Opération d’escompte
– Opération de crédit

Certains auteurs ajoutent les paiements pour compte propre (ex : loyers, salaires et charges diverses)

Bien évidemment chaque banque qui monétise est obligée de tenir compte des « fuites » vers ses concurrentes si sa part de marché de monétisation (de crédit) dépasse sa part de marché des dépôts, car ses concurrentes se font payer la différence (la compensation) en monnaie centrale.
Les banques doivent aussi tenir compte de la demande d’espèces (qui représente environ 13% des crédits) et des réserves obligatoires de 2% du montant des dépôts qui correspondent à de la monnaie centrale.
Elles sont de plus tenues aux obligations de « Bâle » qui pour le moment leur impose des fonds propres équivalents à 8% des crédits qu’elles émettent.

Dans le cas de monétisation par une banque centrale au bénéfice d’un État, la banque centrale porte à l’actif de son bilan l’obligation portant ou non intérêt, émise par l’État (c’est une reconnaissance de dette) et au compte de l’État (chaque État dispose d’un compte en Banque Centrale, en France ce compte se nomme « Trésor Public ») l’équivalent monétaire qui diffusera ensuite dans l’économie.

Pour la France et d’autres pays, les intérêts éventuellement payés par l’État emprunteur lui reviennent intégralement (sous forme de dividendes ou d’impôts sur les bénéfices) puisque la Banque de France est une entité dont l’État est le seul actionnaire.

Tout ceci est expliqué en détail sur le wiki monnaie

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150 – Natixis: monétisation des dettes publiques

http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=55914

Est-il mieux que les Banques Centrales monétisent directement les dettes publiques, ou qu’elles favorisent une monétisation indirecte par les banques ?

Aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale a décidé de monétiser une partie importante de la dette publique directement (en mettant les Treasuries sur son bilan) ; dans la zone euro, au Royaume- Uni et au Japon, la monétisation se fait indirectement, puisque ce sont essentiellement les banques qui achètent des titres publics ; il s’agit bien de monétisation puisque les banques peuvent utiliser ces portefeuilles de dette publique pour se refinancer auprès de la Banque Centrale.

Quelle monétisation est préférable, celle directe par la Banque Centrale ou celle indirecte par les banques ?
– en cas de remontée des taux d’intérêt, s’il s’agit à la fois des taux courts et des taux longs, les comptes d’exploitation des banques et de la Banque Centrale se dégradent (détention de portefeuilles d’obligations à coupon faible ; il n’y a pas de perte en capital pour les banques si les obligations sont logées dans le « banking book ») ; ceci peut inciter les banques à accroître les marges de taux d’intérêt sur les crédits ;
– en cas de hausse des primes de risque de défaut souverain sans défaut, les banques ne perdent que l’opportunité d’avoir des coupons plus élevés (si les obligations sont dans le banking book),
– en cas de défaut partiel (haircut), il y a perte en capital pour les banques et pour la Banque Centrale ; les Banques Centrales s’appliquent, les règles de la comptabilité privée, mais elles pourraient compenser cette perte par une simple provision sans conséquence dans leur bilan. Les banques perdent des fonds propres, ce qui est grave, on le sait ;
– si les portefeuilles de dette publique des banques sont de grande taille, la Banque Centrale peut hésiter à remonter les taux d’intérêt, afin d’éviter de provoquer des pertes insupportables pour les banques. Il y a donc mise ne place d’une irréversibilité des politiques monétaires expansionnistes ;
– l’effet incitatif (d’aléa de moralité) sur les gouvernements (sur les politiques budgétaires) est le même dans les deux cas (monétisation par les banques centrales ou par les banques).

Au total, la monétisation indirecte par les banques nous parait beaucoup plus dangereuse que la monétisation directe par les Banques Centrales, ce qui est évidemment l’opposé de l’opinion de la BCE.

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Natixis 17 janvier 2011 – N°42

Cet article est important. J’en extrait ici nombre de passages (sans les graphiques associés que vous trouverez sur le lien ci dessus) et j’y inclus quelques tout petits commentaires en bleu
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Pourra-t-on éviter une monétisation durable et complète des déficits publics dans les pays de l’OCDE ?

Les taux d’endettement public vont considérablement augmenter dans presque tous les pays de l’OCDE. La « vraie » inflation (domestique) qui réduirait les taux d’endettement publics ne sera pas présente pendant beaucoup d’années. Quelles sont alors les possibilités ouvertes ?

1 – stabiliser dans le futur les taux d’endettement public par une réduction forte des déficits publics et le passage à un important excédent primaire du budget ; ceci conduirait à une longue période de grande faiblesse des économies, d’autant plus que le secteur privé continue à se désendetter ;

2 – que ces pays fassent défaut sur leur dette publique ;

3 – que les déficits publics soient continûment et complètement monétisés par les Banques Centrales (ou le FMI opérant sur ressources monétaires), soit directement, soit indirectement au travers des banques. C’est la solution retenue au Japon et aujourd’hui aux Etats-Unis.

En raison des coûts très élevés des autres solutions, il est possible que cette solution de monétisation perpétuelle soit finalement adoptée, y compris dans la zone euro (ce qui y serait une forte rupture).

Ce constat est donc une évidence. Les États ne pourront jamais rembourser les dettes publiques comme le montre la suite. La monétisation indirecte au travers des banques consiste à financer les banques en leur payant des intérêts indus… en principe en leur faisant prendre les risques, mais chacun sait bien que les banques ne peuvent faire faillite (too big to fail) et que si elles ont besoin de « liquidités » (ou de refinancements), il leur suffit de se tourner vers la Banque Centrale sans que les dirigeants ne baissent pour autant leurs rémunérations et bonus  (n’est ce pas le principal ?)
 

Hausse forte des taux d’endettement publics

Dans la grande majorité des pays de l’OCDE, les taux d’endettement publics augmentent considérablement (graphiques 1a-1b-1c-1d).

Le taux d’endettement public atteint en 2012 sera déjà très élevé en Italie, en France, en Grèce, en Irlande, en Belgique, au Portugal, au Japon, au Royaume-Uni.

Si on examine les perspectives à long terme pour l’endettement public, on trouve en général des chiffres effrayants, selon le FMI, un ratio dette publique/PIB de 200% en 2030 et 441% en 2050. Selon le CBO, pour les Etats-Unis (graphique 2), 185% du PIB en 2035.

La BRI a publié en février 2010 des prévisions de dette publique à l’horizon 2040. On les trouvera dans le tableau 1.

Tableau 1 Prévision de dette publique en 2040 (% PIB)

Etats-Unis

300 à 460

Royaume-Uni

350 à 540

Allemagne

130 à 320

France

240 à 400

Italie

100 à 270

Espagne

180 à 310

Pays-Bas

230 à 400

Autriche

150 à 300

Grèce

280 à 430

Irlande

210 à 320

Portugal

130 à 280

Japon

420 à 600

Encore une preuve que la dette publique est intenable: qui va vouloir prêter à des États qui à l’évidence ne pourront jamais rembourser? Mais en fait, fondamentalement, la question est « Pourquoi faut-il que ce soit le privé qui prête à l’Etat alors que celui-ci peut (ou pourrait) créer une partie de la monnaie annuelle nouvelle qui, après passage par le Trésor Public et l’utilisation (la création de richesse) pour les besoins collectifs continuerait son circuit en irriguant  toute l’économie.

La hausse de l’endettement public vient :

• des déficits publics qui essaient de compenser la chute durable de production (sauf en Australie) ;

•  du vieillissement démographique et de ses effets sur les dépenses publiques de retraite et de santé

Je m’inscris en faux contre ce second motif invoqué. Patrick Artus semble oublier que les dépenses des uns font les revenus des autres (ce qui participe au PIB). Le seul point important c’est la « fuite » de la monnaie du territoire national ( voir article 114 )

Quelles politiques possibles ?

Face à cette hausse considérable prévue des taux d’endettement publics des pays de l’OCDE, les politiques économiques possibles sont au nombre de 4.

(1) Utiliser l’inflation pour réduire les taux d’endettement publics. Mais on sait qu’il doit s’agir de l’inflation domestique, sous jacente et pas de l’inflation due aux matières premières.

La hausse des prix des matières premières réduit le revenu dans les pays de l’OCDE, donc accroît au contraire les taux d’endettement.

Une hausse dans les prochaines années de l’inflation sous-jacente paraît peu probable en raison du recul des coûts salariaux unitaires , sauf au Canada et en Australie, avec le niveau élevé du chômage, la remontée forte des profits désirée par les entreprises.

(2) Stabiliser   le   taux   d’endettement   public   par   la   politique   budgétaire restrictive

Les déficits publics de 2010  devraient être considérablement réduits pour que les taux d’endettement publics se stabilisent en 2013.

Cette réduction nécessaire des déficits publics est donc énorme aux Etats-Unis, en France, en Espagne, en Grèce, en Irlande, au Portugal, au Japon, au Royaume-Uni. Dans ces pays, elle correspond au passage à un excédent budgétaire primaire (hors intérêts sur la dette), qui dépend bien sûr du niveau des taux d’intérêt, qui se situe entre 3 et 5 points du PIB, difficilement supportable en raison de la contraction induite de l’économie, d’autant plus que le secteur privé continue à se désendetter .

L’effort de stabilisation de la dette par la réduction des déficits sera donc très difficile à mettre en place.

(3) Faire défaut (restructurer les dettes) ; mais le coût du défaut risque d’être très élevé :

Extension de la crise aux banques qui détiennent des dettes publiques , perte de richesse et recul de la demande, contagion à d’autres pays, exclusion des marchés financiers des pays qui ont fait défaut. Les pays qui ont des déficits publics très élevés ont souvent en effet des déficits extérieurs très importants , une exception étant le Japon.

 

L’inflation va surement commencer à pointer le bout de son nez, et elle a commencé depuis quelques années sur les actifs (alimentaire, énergie, immobilier).
Nous subissons tous déjà des politiques budgétaires restrictives
Faire défaut sur au moins une partie de la dette est une option.

Si, pour stabiliser les taux d’endettement publics :

•  on ne peut pas utiliser l’inflation domestique ;

•  les politiques budgétaires nécessaires sont restrictives de manière inacceptable ;

•  le défaut est trop coûteux ;

alors il ne reste qu’une seule possibilité : monétiser les dettes publiques massivement et continûment.

On observe aujourd’hui que :

•  le déficit public des Etats-Unis est totalement monétisé, en partie par la Réserve Fédérale  en partie par les Banques Centrales des pays émergents et exportateurs de pétrole qui accumulent des réserves de change pour éviter l’appréciation excessive de leurs devises, ce qui explique la forte taille des achats de Treasuries par les non-résidents 

•  le Japon, depuis très longtemps, monétise ses déficits publics directement (achats par la Banque Centrale) et indirectement (achats par les banques qui peuvent se refinancer à des taux d’intérêt très bas à la Banque Centrale),

La monétisation (achat des dettes publiques par les Banques Centrales), si elle est permanente et massive, permet de financer continuellement un déficit public élevé sans hausse des taux d’intérêt, comme au Japon , puisqu’elle évite que les investisseurs privés aient à détenir les dettes publiques.

Même si un pays est insolvable (du point de vue de sa dette souveraine), rien ne se produit si les Banques Centrales achètent continuellement ses émissions de dette publique nouvelle ou les titres publics qui seraient vendus par les autres investisseurs.

Appliquée à la zone euro, la monétisation implique que les déficits publics seraient financés par la BCE (qui le fait très peu aujourd’hui) ou par les Banques Centrales des pays émergents et exportateurs de pétrole, ou par le FMI s’il acceptait de n’être jamais remboursé.

Les taux d’endettement publics sont, dans les pays de l’OCDE, sur une tendance haussière qu’il sera difficile d’arrêter.

Si :

•          l’inflation domestique ne revient pas ;

•          l’effort budgétaire nécessaire pour stabiliser le taux d’endettement public n’est pas réalisable ;

•          un défaut serait trop coûteux ;

La seule solution est une monétisation complète et durable des déficits publics qui permet aux pays en difficulté de ne pas rétablir leur solvabilité.

L’Europe devrait alors « oublier ses règles » : achats massifs et durables de dettes souveraines par la BCE par exemple.

Que se passe-t-il si la situation de monétisation massive est retenue partout (elle l’est aujourd’hui aux Etats-Unis et au Japon) ? Les conséquences d’une monétisation forte et durable des dettes publiques sont connues :

•  puisque, comme au Japon, les banques participent au financement des déficits publics (ce que nous avons appelé monétisation indirecte), il y a détournement de l’épargne vers le financement de l’État  au détriment du capital productif ;

•  il y a création monétaire massive d’où :

–  initialement,   poursuite   des   bulles (matières   premières   en particulier) ;

– à long terme, lorsqu’il y aura plein emploi mondial, forte inflation .

A propos des  inconvénients cités

– détournement de l’épargne mondiale: Il est exact qu’une bonne partie de l’épargne mondiale est « investie » en obligations souveraines. Je pense donc au contraire que l’épargne mondiale, ne pouvant plus s’investir sur ce support, devra trouver d’autres débouchés qui peuvent être effectivement de la spéculation sur des actifs, mais aussi, pourquoi pas, des investissements technologiques .

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149 – La dette, ça se fabrique, ça se vend et ça s’achète.

L’AUTEUR 

Jean-Marie Pottier est journaliste à Slate.fr. Auteur de «Brit Pulp», un essai sur Pulp et la culture pop anglaise (éd. Les Cahiers du rock), il collabore aussi au magazine « So Foot ».

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Mis sous pression par une dette et un déficit importants, le Portugal doit émettre, mercredi 11 janvier, pour 750 millions à 1,25 milliard d’euros de dette d’Etat. La semaine dernière, le quotidien espagnol El Pais révélait lui que la Chine se serait engagée à acheter pour 6 milliards d’euros de dette espagnole, alors que d’après La Tribune, elle détiendrait déjà plus de 7% des dettes publiques de la zone euro. Mais par quels circuits concrets circule cette dette? Comment l’achète-t-on, comment la vend-on, comment sait-on qui la détient? Eclairage à partir du cas hexagonal.

Qui «fabrique» la dette française pour la vendre?

Chaque année, l’Etat français crée de la dette pour couvrir le déficit budgétaire et assurer le «service de la dette», c’est-à-dire le paiement des intérêts et le remboursement du principal arrivant à échéance. La gestion de cette dette d’Etat (à laquelle vient s’ajouter celle des collectivités locales, de la Sécurité sociale et de divers organismes pour former la dette publique) est assurée par un organisme d’une quarantaine d’agents, l’Agence France Trésor, rattachée à Bercy. En 2011, elle est chargée par le gouvernement d’émettre 184 milliards d’euros de dette afin de couvrir le déficit budgétaire annoncé (un peu moins de 92 milliards d’euros) et les remboursements de dettes.

Pour cela, elle va procéder six à sept fois par mois, selon un calendrier fixé à l’avance, à des émissions de titres (de la dette «neuve») à échéances variables, allant de moins d’un an à cinquante ans. Par exemple, lors de sa dernière émission de dette, le 6 janvier, elle a placé pour 4,5 milliards de dette à dix ans, 3,4 milliards à quinze ans et 1,1 milliard à dix-huit ans.

Comment achète-t-on cette dette?

L’Agence France Trésor ne vend pas directement la dette aux clients «finaux» intéressés, qui seraient trop nombreux, mais à des «grossistes» en dette au sein des grandes banques d’investissement, les spécialistes en valeurs du Trésor (SVT). On en compte vingt, dont bien sûr les grandes banques françaises mais aussi des grandes banques européennes et, de plus en plus, internationales, afin de toucher les clients étrangers: ces deux dernières années ont été intégrées au système les banques canadiennes Scotiabank et Royal Bank of Canada et la japonaise Nomura. Le même mécanisme existe dans d’autres pays, comme en Grèce, où BNP Paribas, la Société Générale ou la célèbre Goldman Sachs font office d’intermédiaires pour «placer» la dette.

Les SVT choisis par l’Agence France Trésor sont chargés de répercuter les demandes qu’ils reçoivent ou anticipent de leurs clients (assureurs, fonds communs de placement, investisseurs étrangers…). Une fois que l’AFT a annoncé vouloir placer un certain montant de dette, chaque SVT propose d’acheter un certain nombre d’obligations à un certain prix, et l’agence «sert» en priorité les offres les plus avantageuses pour elle —elle reçoit généralement plus de demandes (1,5 à 3 fois plus) que de dette à placer. Les SVT peuvent ensuite placer cette dette auprès de leurs clients.

Comment la revend-on?

S’il est possible d’acheter de la dette «neuve» lors de son émission, il est possible aussi d’acheter de la dette «d’occasion» ou de revendre celle qu’on détient sans attendre qu’elle arrive à échéance (la fin du prêt souscrit par la France). A la fin novembre 2010, 1.343 des 1.575 milliards d’euros de la dette publique française étaient ainsi dits «négociables», c’est-à-dire pouvant se racheter ou se revendre sur les marchés financiers.

Par exemple, sur Nyse Euronext, la plateforme boursière qui englobe notamment la Bourse de Paris, il est possible —y compris pour un particulier, en passant par une banque ou une société de Bourse agréée, même si dans les faits leur détention directe d’obligations est marginale– de racheter des titres de dette française (mais aussi italienne, portugaise, néerlandaise…) comme on achèterait des actions. Leur prix fluctue au jour le jour en fonction de la situation du marché de la dette: ainsi, pour racheter une obligation émise en 1992 et arrivant à échéance en 2023, rapportant 8,5% par an (taux bien plus élevé que ceux pratiqués aujourd’hui), il faut la payer environ 50% plus cher que sa valeur réelle (si l’obligation valait 100 en 1992 et en vaudra 100 en 2023, vous la paierez aujourd’hui 150, mais elle rapportera toujours 8,5% par an).

Selon l’AFT, des dizaines de milliards d’euros de titres de dette française changent de mains tous les jours sur ce «marché secondaire». Le jeu quotidien d’offre et de demande autour de la dette négociable permet de calculer des taux «actualisés» des différentes obligations, ce qui sert à évaluer les tensions sur le marché de la dette d’Etat (notamment avec le taux des obligations à dix ans, souvent cité par les médias).

Entre achats et reventes, qui possède cette dette française au final?

Selon les chiffres les plus récents de l’AFT, à la fin 2010, la dette d’Etat française était à environ 30% aux mains d’investisseurs français et à 70% aux mains d’investisseurs étrangers (les «non-résidents»), contre moins de 20% il y a quinze ans. Une situation qui n’inquiète pas officiellement l’agence, qui estime que cela permet de diversifier les acheteurs potentiels de dette (des économistes, eux, craignent que ces investisseurs étrangers ne soient les premiers à revendre leurs titres si la note de dette de la France est dégradée).

Au sein des «non-résidents», l’organisme distingue par ailleurs entre ceux de la zone euro (qui investissent dans la même monnaie que les Français, et avec des règles proches) et les extérieurs. «En réalité, la dette française est détenue pour un tiers par des Français, pour un tiers par des investisseurs de la zone euro et pour un tiers par des investisseurs extérieurs à cette zone», estimait fin septembre lors d’une audition à l’Assemblée nationale son directeur général, Philippe Mills, selon qui, par exemple, ces dernières années, les banques centrales asiatiques «ont accru leur présence sur les titres d’État». Ces «non-résidents» hors zone euro, l’AFT tente d’ailleurs régulièrement de les séduire lors de voyages de promotion de la dette française: en 2008 et 2009, des délégations se sont rendues à Abou Dhabi, en Arabie saoudite, au Qatar, en Chine, au Japon, à Taiwan…

En revanche, on ne sait pas précisément quel montant chaque pays détient de la dette française, situation qui inquiète des parlementaires de la majorité, qui ont demandé mi-2010 à François Baroin «de bien vouloir […] indiquer, année par année depuis 2000, qui sont les créanciers de la France, pour quel montant chacun et à quels taux». Bercy a répondu en novembre que la législation ne permettait pas de connaître précisément ces montants, qui ne peuvent donc faire l’objet que d’estimations: en mars dernier, des analystes de la banque Natixis estimaient ainsi que, à la fin 2008, la dette publique française était détenue à 2,4% par des investisseurs américains, 4,1% par des japonais, 5,9% par des allemands, 4% par des britanniques…

Jean-Marie Pottier

L’explication remercie Pierre Salaun, porte-parole de l’Agence France Trésor, et Philippe Herlin, chercheur au Cnam, auteur du livre France, la faillite? Les scénarios de crise de la dette (Ed. Eyrolles) et du blog La Dette de la France.

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