148 – AJ Holbecq: Plusieurs alternatives au remboursement de la dette publique

Imaginons qu’en 2012, le nouveau Président décide de rembourser, autant que faire se peut, la dette publique.

Bien évidement il se rendra compte que les administrations publiques, ne pouvant déjà pas payer plus de 50 milliards d’intérêt par an sur une dette qui sera à fin 2011 de plus de 1700 Md€, ne peuvent non plus absolument pas rembourser un centime du capital formant la dette, même en diminuant d’une façon considérable le nombre de leurs fonctionnaires et  en réduisant de toute part les dépenses (car la réduction des revenus de tous, c’est en même temps la réduction de leurs dépenses, donc une baisse du PIB, donc une baisse des recettes fiscales), même en augmentant les impôts des classes moyennes déjà exsangues (avec également la conséquence sur l’activité), et que donc il ne reste qu’une seule solution : la monétisation directe par la Banque de France.

Las, c’est interdit… doublement interdit.

D’abord par une loi française, l’article L141-3 du code monétaire et financier. Mais ça, c’est facile à changer

Ensuite, et là, problème ! l’article 123 du traité de Lisbonne interdit dans des termes très clairs toute avance directe, sous quelque forme que ce soit, des Banques Centrales Nationales (cas de la Banque de France) à l’État et aux autres administrations publiques ; les Administrations publiques doivent trouver l’argent auprès des banques, des fonds de pension, des assurances vies et autres épargnants.

[Ici il faut que le lecteur comprenne bien que le système de création de monnaie par une banque centrale est exactement le même que celui utilisé par les banques commerciales privées ou non.

L’emprunteur qui demande « un crédit » dépose une « obligation » (reconnaissance de dette) que la banque va porter à l’actif de son bilan. Puisque c’est « son droit » (et les banques sont les seules à en disposer), elle va porter au passif de son bilan, au compte de l’emprunteur, le montant de la valeur de l’obligation, en monnaie qu’elle crée par cet acte ; c’est ce qu’on appelle la « monétisation ».

L’emprunteur immédiatement pourra se servir de cette monnaie créée.

Dans le cas de la Banque Centrale, l’emprunteur est le Trésor Public qui recevra donc sur son compte tenu par la Banque de France, l’équivalent de l’obligation déposée.]

Donc notre Président n’aura d’autre solution que de dénoncer cet article 123 qui est le fondement du fonctionnement de la BCE, et soit les 16 autres acceptent ensemble de modifier cet article (cette éventualité est peu probable ; l’Allemagne et le Luxembourg mettront leur véto), soit il n’a d’autre alternative que de décider de quitter l’euro.

Voilà qui est fait, nous sommes donc revenus dans un système où la monnaie nationale est le Franc que nous prendrons, pour la facilité de compréhension de la suite, égal à un euro.

Notre dette est donc de 1700 MdF.

Mais nous aurions pu choisir de prendre l’ancienne parité : tous les chiffres auraient été multipliés par 6,559 …

Comment rembourser cette dette ? Nous prendrons pour hypothèse que les soldes des budgets primaires (sans intérêts) sont équilibrés en moyenne au fil des années et nous oublierons la solution la plus simple pour la réduire, celle de vendre nos actifs financiers (pour 873 MdF fin 2009) simplement parce que ces actifs rapportent plus de revenus que ce que nos dettes nous coûtent d’intérêts.

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147 – J.Sapir: l’euro peut-il encore être sauvé ?

Jacques SAPIR

Directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales

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Peut-on encore sauver l’Euro ? La question hante désormais les responsables, en dépit des déclarations fracassantes et des rodomontades des uns et des autres. Le sommet européen, que l’on a officiellement salué pour la mise en place d’un dispositif de solidarité après 2013, a été incapable de prévoir des mécanismes permettant de lutter contre la spéculation et la crise de l’Euro en 2011 et 2012. Les gouvernements vont partout répétant que les mesures déjà prises suffiront. Il est évident que c’est faux.

Après la Grèce et l’Irlande, ce sera bientôt au tour de l’Espagne (à qui l’on demande un nouveau tour de vis fiscal et économique) et du Portugal de venir chercher de l’aide. La dégradation des notes de ces pays par les agences de notation ne peut que raviver la spéculation. L’Italie elle-même est attaquée via ses banques, car la communauté financière s’attend à ce que l’État soit obligé de leur venir en aide.

Ensuite, fin janvier, ou en mars au plus tard, nous apprendrons que c’est au tour de la France et de la Belgique de voir leurs notes baissées[1].

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146 – detention des dettes publiques par les banques

Banking book

Portefeuille de titres qui ne sont pas activement négociés mais qui sont destinés à être conservés jusqu’à leur échéance.

Trading book

Portefeuille de titres qui sont négociés sur le marché et appréciés par les performances du marché.

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http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=55914 : 23/12/2010

Est-il mieux que les Banques Centrales monétisent directement les dettes publiques, ou qu’elles favorisent une monétisation indirecte par les banques ?

Aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale a décidé de monétiser une partie importante de la dette publique directement (en mettant les Treasuries sur son bilan) ; dans la zone euro, au Royaume- Uni et au Japon, la monétisation se fait indirectement, puisque ce sont essentiellement les banques qui achètent des titres publics ; il s’agit bien de monétisation puisque les banques peuvent utiliser ces portefeuilles de dette publique pour se refinancer auprès de la Banque Centrale.
Quelle monétisation est préférable, celle directe par la Banque Centrale ou celle indirecte par les banques ?
– en cas de remontée des taux d’intérêt, s’il s’agit à la fois des taux courts et des taux longs, les comptes d’exploitation des banques et de la Banque Centrale se dégradent (détention de portefeuilles d’obligations à coupon faible ; il n’y a pas de perte en capital pour les banques si les obligations sont logées dans le « banking book ») ; ceci peut inciter les banques à accroître les marges de taux d’intérêt sur les crédits ;
– en cas de hausse des primes de risque de défaut souverain sans défaut, les banques ne perdent que l’opportunité d’avoir des coupons plus élevés (si les obligations sont dans le banking book),
– en cas de défaut partiel (haircut), il y a perte en capital pour les banques et pour la Banque Centrale ; les Banques Centrales s’appliquent, les règles de la comptabilité privée, mais elles pourraient compenser cette perte par une simple provision sans conséquence dans leur bilan. Les banques perdent des fonds propres, ce qui est grave, on le sait ;
– si les portefeuilles de dette publique des banques sont de grande taille, la Banque Centrale peut hésiter à remonter les taux d’intérêt, afin d’éviter de provoquer des pertes insupportables pour les banques. Il y a donc mise ne place d’une irréversibilité des politiques monétaires expansionnistes ;
– l’effet incitatif (d’aléa de moralité) sur les gouvernements (sur les politiques budgétaires) est le même dans les deux cas (monétisation par les banques centrales ou par les banques).
Au total, la monétisation indirecte par les banques nous parait beaucoup plus dangereuse que la monétisation directe par les Banques Centrales, ce qui est évidemment l’opposé de l’opinion de la BCE.

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Détention des dettes publiques par les banques

(grande image)

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Lien court : http://wp.me/pzMIs-iB

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145 – Janpier Dutrieux: la relance Allemande de 1933

En Allemagne, les retombées internationales du Krach vinrent s’ajouter au considérable endettement commercial du pays. En janvier 1934, les réserves d’or et de devises de la Reichsbank n’étaient plus que de 388 millions de reichsmarks contre 2.881 millions en janvier 1929. En outre, la crise industrielle qui sévissait engendra un chômage massif  touchant près de six millions de travailleurs.

Depuis 1931, le protectionnisme était apparu un peu partout. Schacht, nommé en mars 1933 président de la Reichsbank, fit suspendre le paiement des dettes  extérieures, et par une loi en date du 9 juin 1933, institua une “ caisse de conversion ”.  Les débiteurs allemands y portaient au crédit de leurs créanciers étrangers les sommes exprimées en marks que l’on appela des “ scrips ”. Les créanciers étrangers pouvaient utiliser ces scrips mais ne pouvaient les changer contre leur monnaie nationale qu’à la moitié de leur valeur théorique. En fait, ils pouvaient utiliser ces scrips  pour acheter des biens allemands jusqu’à concurrence de leur valeur mark ou les échanger à moitié prix de leur valeur mark. Ces scrips servirent à augmenter les exportations. Différentes sortes de scrips adaptés au mode de conversion retenu par les créanciers furent ainsi créés comme  les marks tourisme, les marks bloqués, les Aski marks (comptes spéciaux en marks pour les étrangers) [1].  Mais ce rééquilibrage de sa balance des paiements fut également favorisé par la baisse plus conséquente des prix mondiaux des matières premières qu’elle importait que des prix des produits industriels qu’elle exportait, ce qui lui permit d’améliorer les termes de l’échange.

 

Importations et  exportations allemandes de 1933 à 1934
Prix courant Prix constant 1928
Importations Exportations Importations Exportations
1933 4200 4870 9300 7600
1934 4450 4170 9800 6800

(Source : C.W. Guillebaud, The Economic Recovery of Germany)

La résorption du chômage et la relance de l’activité économique étaient pour Hitler, soucieux d’accroître son influence,  un impératif majeur. Comme les Allemands  n’avaient plus confiance en la solvabilité de l’Etat, il ne pouvait être question de lancer un emprunt, ni d’accroître à l’excès la circulation monétaire en recourant, comme en 1923, à une inflation pure et simple pour se procurer des moyens de financement. Schacht  pensait  “ que s’il y avait des ateliers inutilisés, des machines inutilisées, des stocks inutilisés, ce qui était le cas, il devait y avoir aussi, dans les caisses des entreprises, des capitaux inutilisés [2]. En d’autres termes, il convenait de faire sortir l’argent des caisses où il était thésaurisé, sans pour autant accroître la circulation monétaire, c’est-à-dire sans prétendre obtenir cet argent pour longtemps, ni lui faire subir un risque de dépréciation.

Son idée fut de faire émettre des reconnaissances de dettes à brève échéance, sous forme de traites essentiellement tirées sur la Metall-Forschungs A.G. ou “ Mefo ”, garanties par l’Etat, que la Banque centrale s’engageait à escompter. La Mefo était une petite société anonyme de recherche sur les métaux, au capital d’un million de marks, fondée sur l’initiative du gouvernement du Reich par quatre grandes firmes : Siemens, Krupp, Gutehoffnungshûtte et Rheinstahl.

Le Reich se porta garant de dettes de cette société et les fournisseurs qui travaillaient pour son compte purent ainsi tirer pour le montant de leur créance, des traites sur la Mefo.

En principe, ces traites ou “ effets Mefo ” avaient toujours échéance à 3 mois, mais ils étaient prolongeables pour cinq ans au maximum. La Banque du Reich s’engagea à les escompter en tout temps si ceux-ci étaient présentés trois mois après leur date d’émission, mais si le tireur avait besoin d’argent liquide avant cette échéance, il pouvait les vendre moyennant un escompte de 4 % à une banque ou à un tiers.  C’est ainsi que ces effets remplacèrent bien souvent les encaisses liquides thésaurisées dans les caisses des entreprises. Ils permirent de mobiliser pour un programme de grands travaux et de création d’emplois des capitaux qui sans cela seraient restés inutilisés. C’est en cela que résidait l’assurance d’éviter un accroissement préjudiciable de la circulation monétaire fiduciaire.

L’émission devait se tenir dans le cadre des crédits à court terme disponibles sur le marché. Effectivement, jusqu’en 1938, date à laquelle le montant des effets Mefo atteignit son maximum avec 12 milliards de Reichsmarks, il n’y eut pour ainsi dire jamais plus de la moitié de ces effets Mefo en contrepartie des réserves de la Banque centrale du Reich où ils venaient remplacer les effets de commerce d’autrefois. Il s’agissait là d’une opération de changement des contreparties monétaires de la Banque centrale nécessitée par le fait que la dépression économique avait fortement réduit les demandes de crédits effectués auprès de la Banque du Reich par la voie classique du réescompte des effets de commerce. Il s’en suivit ainsi que l’autre moitié des effets Mefo put, jusqu’au milieu de 1938, être constamment placée sur le marché de l’argent à court terme. C’est seulement à ce moment là, selon Schacht, qu’apparurent les premières difficultés imputables à la politique hitlérienne de dépenses inconsidérées, notamment militaires.

Les effets Mefo furent analysés comme une ingénieuse technique de préfinancement qui ne put être possible que parce que l’Allemagne disposait de grandes marges d’expansion, d’ateliers, d’usines, de commerces inutilisés. En ordonnant tout un programme de travaux publics financé par les effets Mefo, traites à échéance de trois mois, l’Etat put stimuler et entraîner l’activité économique comme la théorie keynésienne du multiplicateur de crédit a pu l’exposer par ailleurs.

Les entrepreneurs de travaux publics qui amenaient leurs factures à l ’Etat, se voyaient délivrer des effets Méfo qu’ils ne pouvaient pas convertir en liquide avant l’échéance de trois mois. Durant ce laps de temps, ils finançaient leurs charges, rémunéraient leurs employés et s’approvisionnaient en matières premières avec leur fonds de caisse, c’est-à-dire avec la trésorerie qu’ils laissaient auparavant dormir. Il leur était demandé, en quelque sorte, d’échanger une monnaie liquide constituant un pouvoir d’achat immédiat, mais qui se dépréciait, contre un court placement de trois mois qui leur rapportait 4 %, coût de l’escompte de ces effets. Les entrepreneurs avaient donc tout intérêt à acquérir ces effets Mefo et à se débarrasser de leurs marks. Ainsi, ces marks réintégrèrent le circuit des échanges, de la production à la consommation, et terminèrent leur course sous forme de dépôts bancaires. Il s’agissait là d’une adaptation sophistiquée de la théorie de la monnaie franche de Silvio Gesell. Si dans le circuit  gesellien (cf. Chapitre II), la monnaie qui ne circule pas est périodiquement amputée d’une partie de son pouvoir d’achat, dans le circuit de Schacht, les émissions d’effets Mefo incitent les agents à faire circuler les marks jusqu’alors thésaurisés.

Et ce que Schacht attendait se produisit : la monnaie qui dormait dans les caisses des entreprises, et que celles-ci ne désiraient pas – on ne voulaient pas – investir dans des placement à long terme, sortit aussitôt de sa cachette et fut placée à court terme. Comme les effets Méfo non escomptés rapportaient un intérêt de 4 % et que la Reichsbank les changeait à tout moment contre des marks, ils remplaçaient les fonds thésaurisés qui, sans cela, seraient restés, dans les caisses des entreprises.

Par ailleurs, comme ces effets Méfo étaient renouvelables, qu’ils permettaient à la circulation monétaire de retrouver son dynamisme, ils furent le plus souvent échangés auprès des banques qui trouvaient là un placement à court terme garanti par l’Etat. Ainsi, la circulation monétaire qui était de 3,5 milliards de Reichsmarks, en 1933, s’accrut d’abord assez timidement : 3,8 Mds. en 1934  et 4,1 Mds. en 1935, pour finir par doubler : 4,7 Mds. en 1936, puis 5,2 Mds. en 1937 et 7,8 Mds. en 1938. Dans le même temps, le nombre des chômeurs inscrits aux Offices du travail décrut considérablement dès 1934 pour n’être plus que de 200.000 en 1938, alors que le Revenu  National passa de 45,2 Milliards de Reichsmarks à un peu moins de 80 Mds. de Reichsmarks en 1939, ce qu’expose le tableau ci -dessous.

 

Le redressement de l’Allemagne de 1932 à 1939
Années Chômeurs inscrits aux Offices du Travail 

(en millions)

Revenu National 

(en milliards de Reichmarks)

1932 5,6 45,2
1933 4,8 46,5
1934 2,7 52,7
1935 2,2 58,7
1936 1,6 64,9
1937 0,9 72,6
1938 0,4 79,7
1939 0,2

(source : Ernst Wagemann, D’où vient d’où cet argent ?)

Dans ces mémoires, Schacht soulignait qu’il avait “ prévu ce plan de redressement pour cinq ans de sorte que les effets Méfo pouvaient être prolongés cinq ans. De cette manière l’importance du réarmement se trouvait limitée par une barrière intervenant automatiquement. Après cinq ans, le remboursement des effets Méfo devait commencer, et les sommes nécessaires seraient désormais perdues pour le budget et devraient donc être prises sur d’autres postes de dépense, le réarmement était justement de ceux-ci. Toutes ces considérations revêtirent leur pleine signification quelques années plus tard, quand j’eus l’impression que le réarmement allait dépasser le niveau normal de temps de paix. Ceci aurait été empêché par mon plan, si Hitler n’avait pas fait dévier la politique de la Banque du Reich ”. Schacht démissionna de son poste de ministre de l’économie du IIIe Reich, en fin 1937, et fut destitué de la présidence de la Reichsbank le 20 janvier 1939, ce qui permit à Hitler d’obliger la Banque du Reich a lui consentir n’importe quel crédit.

Cette destitution illustre bien ici le danger consistant à remettre le pouvoir d’émission de la monnaie à l’Etat. Comme je l’ai souligné précédemment (cf. Chapitre II), puisque la monnaie n’est que l’instrument d’échange des richesses, elle ne peut appartenir qu’à ceux qui les créent. Il s’en suit que l’Etat, comme autorité publique, doit avoir pour mission d’en garantir la valeur afin d’autoriser les transactions, mais n’a pas à la gérer puisqu’il n’en est pas propriétaire.

Le fait que des propriétaires privés fassent commerce de cet instrument d’échange ne peut donc justifier que l’autorité publique, au fil des siècles, ait substitué à son obligation de garantir la monnaie, un pouvoir de gestion monétaire onéreux qui aujourd’hui encore déprime l’activité économique et accentue les inégalités artificielles.

Janpier Dutrieux 1999

Extrait de http://prosperite-et-partage.org/spip.php?article102


[1] : Soulignons toutefois  que les éditeurs français des “ Mémoires d’un magicien” de Schacht notèrent que “ cet art de tirer un avantage supplémentaire de la position de mauvais débiteur en obtenant des créanciers de l’Allemagne qu’ils se servent en priorité en Allemagne, en imposant d’ailleurs aux dits créanciers des taux de change arbitraire, n’a plus que des rapports lointains avec l’économie politique ”.

[2] :  H. Schacht, Mémoires d’un Magicien, Amiot Dumont.1954.

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144 – Jean Jégu: des réserves fractionnaires au 100 % monnaie

Extrait d’un article plus complet du site de Jean Jégu, article intitulé « Pour une régulation monétaire mondiale. » (chargement pdf de l’article complet)

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1. Les « réserves fractionnaires ».

Pour comprendre les questions monétaires il ne faut pas, en premier lieu, s’appesantir sur les gains des traders, les « stock options » ou autres sujets qui font la une de nos journaux. Ce ne sont là que des conséquences, des prolongements d’un état d’esprit qui s’est répandu partout : le profit, toujours plus de profit.

La profession bancaire n’est certes pas la seule à se soumettre à la loi du profit maximum mais elle est probablement celle qui a commencé et de la manière la plus efficace. Sans refaire l’histoire de la banque – ce qui ne manquerait pas d’être instructif – nous expliquerons le plus clairement possible ce que d’aucuns appellent parfois « le privilège bancaire ». Nous préférons parler de manière plus neutre de « principe bancaire ».

Il ne faut pas rechercher la culpabilité de tel ou tel. Notre conviction est que l’affaire dépasse le niveau des choix individuels. Il s’agit d’abord d’un fait de société. Les évolutions relèveront d’autres faits de société et notamment d’une prise de conscience générale à laquelle nous nous efforçons de contribuer

Comprendre le « principe bancaire » est essentiel pour entrevoir une solution à nos problèmes financiers actuels. L’expliquer se heurte à de sérieuses difficultés. Ce fait social existe depuis quelques siècles. Il reste discret, peu enseigné si ce n’est à la sauvette, plutôt inavoué – peut-être parce qu’inavouable – parfois même contesté par les banquiers eux-mêmes, en tout cas ignoré du public qui ne peut le voir. Le vocabulaire financier échappe à la plupart d’entre nous comme tout vocabulaire spécialisé. Mais, si vous écartez ce vocabulaire, vous voici taxé d’ignorance. C’est pourtant ce que nous n’hésiterons pas à faire préférant être compris.

Prenons, par exemple, un individu habitant un appartement estimé à 300 000 € dont il est propriétaire. Il détient par ailleurs un épargne de 30 000 €, un compte courant de 3000 € et 300 € en espèces dans son portefeuille. Son patrimoine atteint donc 333 300 € dont 33 300 € disponibles pour ses affaires, en particulier 3 300 € en monnaie liquide. Voilà pour le langage courant. Un spécialiste vous demandera de préciser de quelle nature est l’épargne de 30000 €. Un livret A n’est pas de même nature que la détention de SICAV, ni celle-ci que des avoirs en actions. On vous expliquera que les 300 € en espèces sont de la monnaie de base, que les 3000 € sont de la monnaie bancaire ( généralement connue sous l’appellation de M1 ) tandis qu’un compte d’épargne n’en est pas ; ce n’est que de la quasi-monnaie comptabilisée dans un ensemble gigogne englobant le premier et appelé M2 ou M3 selon le cas. En bref avec la monnaie de base sur laquelle nous aurons à revenir, il y a d’autres avoirs financiers classables selon leur nature dans une collection d’ « agrégats financiers » emboités comme des poupées russes et comme si on voulait un peu cacher ce qu’il y a à l’intérieur.

La vérité est pourtant simple et peut être dite en langage ordinaire : à la base il y a les billets ( et, pour mémoire, les pièces bien sûr). Plus exactement il y a les comptes tenus par la BCE, comptes avec lesquels leurs titulaires peuvent acheter des billets. Notez bien que seules les banques et le Trésor Public ont des comptes ouverts à la BCE ( ou à la BdF qui en est aujourd’hui une annexe). Nous dirons donc qu’à la base, il y a les « €-base ». Notre homme détient donc, en billets, 300 «€-base». Les 3000 € sur son compte bancaire ne sont pas des « €-base » mais l’ engagement de la banque de lui fournir sur demande jusqu’à 3000 « €-base ». Cet engagement est sérieux et crédible tant que la banque qui l’a pris est elle-même sérieuse et crédible. On peut donc dire que notre homme possède 3000 « €-promesses d’€-base » qui valent, normalement, exactement 3000 « €-base » sans toutefois être 3000 « €-base ». C’est ici l’élément clé pour comprendre le « principe bancaire ».

Chacun utilise son compte comme si c’était des billets, c’est à dire des « €-base ». Les banques exécutent les ordres qu’elles reçoivent (chèques, virements, retraits, …) exactement comme si elles détenaient des billets. Les banques détiennent bien en effet des billets et des « comptes de billets », c’est à dire des « €-base ». Mais le « principe bancaire » exprime le fait que chacune ne détient en « €-base » qu’une faible fraction du total promis en « €-promesse d’€-base » et comptabilisé sur les comptes bancaires qu’elle gère.

L’explication est simple : la banque ne conserve que le minimum d’argent nécessaire pour honorer tous les ordres reçus de sa clientèle. Elle joue pour cela sur le fait que tous les clients ne sont pas demandeurs simultanément. C’est le phénomène souvent rapporté sous le terme de « multiplicateur » de crédits. Quand elle a 100 « €-base », elle peut gérer par exemple 400 « €-promesses d’€-base ». Ceci revient à dire que quand une banque possède 100 « €-base », elle peut naturellement les prêter en inscrivant 100 « €-promesses d’€-base » sur le compte d’un client, mais en plus elle peut prêter 300 « €-base » supplémentaires bien qu’elle ne les possède pas.

Quand tout va bien, c’est à dire quand les affaires marchent et que la confiance règne, la banque empoche des intérêts sur le total des € prêtés. Si les conditions économiques se dégradent et que la suspicion gagne, il peut y avoir banqueroute : si la clientèle multiplie les mouvements d’argent simultanés et/ou les retraits en billets, la banque ne possède pas assez d’ « €-base » pour exécuter les ordres et/ou faire face aux retraits. Elle finit par se trouver en état de cessation de paiements.

Ce système dit de « réserves fractionnaires », issu de l’histoire, a ses avantages et ses inconvénients. Quand la monnaie de base était constituée de métaux précieux et rares ( or ou argent ) le multiplicateur de crédits, utile pour gonfler les revenus des banques, l’était aussi pour augmenter la masse monétaire disponible pour les clients. Mais que de fois certains de ceux-ci ne se sont-ils pas retrouvés grugés pour avoir fait confiance à un banquier imprudent, c’est à dire trop enclin à prêter au delà du gérable. Aujourd’hui la situation est tout autre puisqu’aucune monnaie n’est désormais arrimée aux métaux précieux et donc n’est soumise à une rareté de fait. La production de monnaie n’est plus une question d’extraction de minerai aurifère mais relève de la décision politique. Ceci permet de réexaminer sans crainte les mécanismes de la création monétaire et autorise la remise en cause du système des « réserves fractionnaires »

2. Le « 100 % monnaie ».

Nous avons pris connaissance du « multiplicateur de crédit », c’est à dire du fait que les banques comptabilisent bien plus d’argent sur les comptes de leurs clients que ce qu’elles en ont en réalité. Interrogeons-nous maintenant sur la nature et l’origine de cet argent de base qui se trouve ainsi multiplié. D’où viennent les billets et – ce qui est équivalent – les « comptes d’€-base » qui permettent aux banques d’en obtenir ? L’or existe, est extrait de mines, mis en pièces ou en lingots ; on en a ou on n’en a pas. Mais les billets ne sont que du papier imprimé. Qu’est-ce qui en fait de la monnaie ? Qui plus est, qu’est-ce qui en fait la base de la monnaie, base sur laquelle repose tous les comptes bancaires ? Après les « réserves fractionnaires » il faut ici expliquer la « monétisation ».

La monétisation est l’introduction de moyens de paiements supplémentaires dans les circuits économiques. La monétisation la plus courante est celle liée à l’attribution d’un crédit bancaire. Quand un client d’une banque s’engage à lui rembourser dans un délai fixé un certain capital et des intérêts calculés sur ce capital, la banque porte sur son compte le capital correspondant ( en « €-promesse d’€-base ») et lui en attribue l’usage. Ceci se fait – nous l’avons déjà vu – sans que la banque ait besoin de disposer au préalable de la totalité des « €-base » promis. Il lui suffit d’en disposer d’une partie statistiquement suffisante pour faire face aux demandes de sa clientèle. Lorsque le crédit attribué est effectivement mobilisé il peut s’en aller vers le compte d’un client d’une autre banque. Cette autre banque, cliente de la Banque Centrale, voit ainsi son « compte d’ €-base» ( en €-base) augmenter du capital correspondant conformément à la promesse de la banque ayant accordé le crédit initial ( en €-promesse de €-base ). Que ce « compte d’ €-base » soit lui-même partiellement ou en totalité reprêté à tel ou tel autre client de cette banque et cela à un taux générant un certain revenu n’a rien de choquant. Qu’il le soit une deuxième ou troisième fois – la banque en faisant son affaire – l’est davantage. Non seulement il y a multiplication discutable des intérêts perçus, mais surtout, il en résulte une fragilisation du système monétaire, les banques étant incapables de tenir leurs promesses autrement qu’en jonglant avec le comportement statistique de leurs clientèles.

L’introduction de monnaie de base ( €-base) est réservée aux Banques Centrales. Il y a une Banque Centrale pour chaque devise et par zone économique. Les « €-base » naissent d’un crédit accordé par la Banque Centrale à l’un ou l’autre de ses clients (banques, Trésor Public) ou encore du paiement de titres financiers achetés par la Banque Centrale. Seuls les « €-base » sont garantis par la Banque Centrale, c’est à dire la collectivité qu’elle représente, mais il y en a beaucoup moins que les « €-promesses de €-base » qui circulent de comptes en comptes dans les banques commerciales pour les besoins de l’économie. Aujourd’hui, avec des monnaies entièrement libérées de la rareté des métaux précieux, rien ne justifie que cette pratique contestable se perpétue.

Ce point de vue n’est pas une nouveauté. Il existe toute une école de pensée économique qui le dit depuis longtemps (notamment Irving Fisher (100 % money, 1935) et Maurice Allais (depuis 1943) ). Cette position, connue sous l’appellation de « 100 % monnaie », consiste à ne reconnaître comme monnaie que le « €-base », c’est à dire à interdire les « €-promesse d’€-base ». L’économie réelle qui n’utilise aujourd’hui, pour l’essentiel, que les « €-promesses d’€-bases » serait ainsi éloignée des manipulations permises par ce jeu de promesses Les méfaits des produits dérivés, de la spéculation sur les titres et les devises résisteraient peut-être à la mise en œuvre du « 100 % monnaie » mais en seraient probablement réduits car ils reposent en bonne partie sur la capacité des banques à produire la monnaie bancaire ( les « €-promesse d’€-base » ). Notre monnaie – bien public s’il en est – ne serait plus mise en péril par des opérations spéculatives privées. Les moyens de financement liés à l’épargne préalable resteraient utilisables mais limiter la monnaie aux « €-base » serait une mesure de salubrité publique qui, bien que connue et techniquement possible, est curieusement et systématiquement passée sous silence jusqu’à ce jour par le monde financier.

Jean Jégu
30 novembre 2010

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143 – A-J Holbecq: comment financer les besoins ?

Cet article est paru en première sur le blog de Jean Gadrey (Alternatives économiques) le 28 novembre 2010. Vous pouvez vous y rendre pour lire les commentaires.

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Comment ne pas être d’accord avec Jean Gadrey [1], comment ne pas vouloir mettre plus de justice fiscale et faire payer des impôts équitables à ceux qui, à ce jour, bénéficient d’avantages fiscaux considérables, impôts dont la perception permettrait effectivement une « relance durable ».

Car nous avons deux problèmes à résoudre simultanément.

Le premier problème est donc de trouver les financements de la relance durable et de la transition énergétique sans simultanément augmenter la dette ni les prélèvements sur les classes moyennes déjà exsangues. Et là je pense qu’une partie de ces plus ou moins 100 milliards d’euros annuels à récupérer, estimation tout à fait cohérente de Jean, trouvent ici leur place.

Le second problème c’est celui du remboursement de la dette publique à chaque échéance des titres de dette. Les prêteurs (banques, fonds de pension, assurances-vie pour les plus importants), voyant notre dette augmenter, deviendront plus gourmands. Si nous voulons faire honneur à notre signature [2] en plus d’éviter de devoir emprunter les intérêts que nous ne pouvons de toute façon pas prélever d’un budget primaire équilibré, il va bien falloir trouver une autre solution.

Quelques données.

Rapportée en euros 2009 la dette publique (dette « au sens de Maastricht » des administrations publiques – APU – qui comprennent l’État, les administrations publiques locales et les administrations de sécurité sociale) était à fin 1979 de 239 milliards d’euros, soit 21% du PIB

A fin 2009, elle atteignait 1489 milliards et 78% du PIB et sera en fin d’année à plus de 1600 milliards.

Sa croissance est due à l’accumulation, année après année, des déficits des budgets de ces APU, ce qui correspond sensiblement aux besoins de financements.

Il est malheureusement impossible d’obtenir de l’INSEE le montant exact des intérêts payés chaque année au titre de cette dette « au sens de Maastricht » [3] : nous sommes donc obligés de les calculer, et de ce fait si on peut toujours ergoter de quelques pourcents sur les chiffres, nous estimons que la précision du calcul (issu du graphique de la page 7 du « Rapport sur la situation des finances publiques » de Paul Champsaur [4] ) est pertinente.

Nous obtenons donc d’une part le cumul des intérêts « payés » (courbe en tirets mauves) pour un total d’environ 1340 milliards d’euros depuis 1980, et d’autre part, en les déduisant chaque année de la dette constatée (courbe noire), l’estimation de l’évolution de la dette calculée sans intérêts (courbe rouge), dette qui, s’il n’y avait pas eu ces intérêts à financer par de nouveaux emprunts, serait sans doute inférieure à celle de 1979, de l’ordre de 9% du PIB actuel [5]

(graph1)

Chaque jour, c’est 130 millions d’euros [6] que nous devons emprunter rien que pour “payer” les intérêts ; chaque jour la dette ne peut augmenter que de 130 millions, sauf à augmenter les impôts pour payer les plus riches, ceux qui détiennent cette dette.

La spirale est infernale et sauf inflation forte il est évident que nous ne pourrons jamais ni rembourser la dette, ni même payer les intérêts dans le système actuel.

L’origine de cette dette tient donc principalement dans l’impossibilité pour l’État et les Administrations publiques d’emprunter auprès de notre propre Banque de France comme ils pouvaient le faire avant 1973 [7] et surtout dans l’article 104 de Maastricht (ou 123 de Lisbonne) [8]

Hypothèses d’évolutions

Afin que chacun puisse se rendre compte, voici quelques hypothèses d’évolution de la dette publique à partir de 2011 (dette estimée de 1600 milliards d’euros). Nous avons considéré ici non pas un remboursement de la dette mais un investissement de 50 milliard annuel, en euros constants, qui viendrait s’ajouter aux intérêts dus. Il est tout à fait clair que nous n’avons pas voulu faire peur au lecteur en considérant que les taux d’intérêts pourraient exploser…

(graph2)

Quelles solutions ?

La seule solution est donc permettre à notre Banque de France (qui est nationalisée ce qui nous permet in fine de ne pas payer d’intérêts), de monétiser chaque année en contrepartie d’Obligations à Terme Indéterminé au moins une centaine de milliards d’euros dont une première partie servirait à payer les intérêts de la dette pour éviter que celle-ci n’augmente et une seconde partie (le solde) afin de racheter des titres arrivant à échéance. Nous nous plaçons évidemment dans l’hypothèse où les soldes primaires (c’est-à-dire sans intérêts) des APU sont équilibrés.

Ce montant semble important, mais il ne représente la première année que sensiblement 5% de la masse monétaire « française » – M3 – qui est d’environ 1900 milliards d’euros.

L’objection habituelle à cette proposition tient en général dans ces trois syllabes : in-fla-tion

A ceci on peut répondre que même si l’on fait semblant de croire aux thèses monétaristes, l’émission centrale d’une centaine de milliards d’euros par an ne devrait pas poser de problème si dans le même temps les banques commerciales sont « bloquées » dans leur capacité d’émettre plus de monnaie que les crédits aux particuliers et aux entreprises arrivant à échéances, en régulant (par exemple) par une augmentation des taux des réserves obligatoires.

Comme le montre ce petit tableau qui suit, et en considérant des taux d’intérêts stables de 3% et une petite inflation de 2%, en 17 ans la dette que nous avons accepté de laisser grossir depuis plus de 30 ans aura disparue.

(graph3)

Ces pistes [9] permettent d’envisager les moyens de s’en sortir, et, comme conclue Jean Gadrey dans l’article précédent, « […] sans imposer aux peuples une cure d’austérité punitive qui risque fort de les plonger dans des difficultés plus graves encore. »


[2] Un défaut partiel ou total sur la dette serait évidemment une solution beaucoup plus expéditive : oublions-là pour le moment.

[3] Réponse de l’INSEE en août 2010 « L’information recherchée (charge de la dette) ne correspond pas à un agrégat de la comptabilité nationale et ne figure donc pas dans les résultats publiés »

[5] Le lecteur intéressé par les calculs pourra trouver le développement de ceux-ci sur la page http://monnaie.wikispaces.com/Arnaque

[6] C’est par exemple, par jour, 13000 voitures moyennes, 3 Airbus A320 dont 2 sont « cadeau » à l’étranger, ou la moitié de ce que reçoivent annuellement les « restaurants du cœur » en dons et legs

[7] La loi du 3 janvier 1973 avait interdit au Trésor Public de présenter ses propres effets à l’escompte de la Banque de France

[8] Dont l’intitulé est le suivant « Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou tout autre type de crédits aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la BCE ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »

[9] Il en existe une autre qui plairait beaucoup moins aux banquiers ; c’est le « 100% monnaie » que je ne peux pas développer ici sans abuser de la gentillesse de mon hôte. Le lecteur intéressé pourra lire un excellent article de Christian Gomez, téléchargeable sur l’adresse suivante http://osonsallais.files.wordpress.com/2010/02/gomez-100.pdf dans lequel l’auteur affirme « Tous calculs faits , les gains résultant de la réforme monétaire pour la zone Euro se solderaient en régime de croisière, tous les ajustements réalisés, par:
(1) un effacement au 2/3 de la dette publique (sur la base des chiffres 2007),
(2) des ressources budgétaires supplémentaires de l’ordre de € 400 mds soit environ 4.5 % du PIB de la zone euro
En première approximation, l’impôt sur le revenu pourrait être réduit de 50% à l’échelle européenne en régime de croisière, toutes choses égales par ailleurs. »

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(Lien court : http://wp.me/pzMIs-ic )

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142 – De l’intérêt des dévaluations

Du blog de Laurent Pinsolle 07 décembre 2010

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C’est une des dernières lignes de défense des partisans de la monnaie unique européenne, peut être pas la dernière mais sans doute une des dernières : l’euro nous protègerait des dévaluations au sein de l’Europe. Une nouvelle ligne Maginot à enfoncer.

Fantasmes contre réalité

A écouter les défenseurs de l’euro, le retour aux monnaies nationales provoquerait une vague de dévaluations apocalyptiques, une sorte de retour à l’âge de pierre économique. C’est à peine s’ils n’évoquent pas les famines ou les guerres qui s’en suivraient. En fait, le procédé est assez habile car en affirmant que les dévaluations sont dangereuses, ils parent de facto la monnaie unique de l’avantage de les éviter, par définition. Il faut donc compléter le bilan de l’euro.

Le problème est que le rétroviseur historique révèle une autre réalité. Dans les années 70 et 80, quand les pays européens procédaient régulièrement à des ajustements monétaires (réévaluations ou dévaluations), la croissance était beaucoup plus forte que dans le système de parité fixe de l’euro. C’est ainsi que selon les chiffres de l’OCDE la croissance de la France est passée de 2.3% par an à 1.5% des années 80 aux années 2000 (2 à 0.8% en Allemagne et de 2.6 à 0.5% en Italie).

Bref, les dévaluations n’ont jamais handicapé la croissance du continent européen. C’est bien la rigidité de l’euro qui créé les problèmes actuels. En outre, l’histoire économique montre bien que les dévaluations sont au contraire un procédé pour relancer la croissance. C’est comme cela que la Grande-Bretagne ou la Suède sont sortis de la récente crise économique. La baisse de la monnaie permet de relancer les exportations et pénalise les importations, favorisant la production locale et l’emploi.

Les dévaluations au service de la hausse des salaires

Mieux, en constatant que l’euro comme monnaie unique pousse à la compression des salaires en Allemagne (et bientôt partout ailleurs), on en arrive à la conclusion que les dévaluations rendent davantage possibles les hausses de salaires par rapport aux autres pays. En effet, dans un régime de changes ajustables, si un pays voit ses salaires progresser davantage que les voisins, à gain de productivité équivalent, il perd en compétitivité prix sur les coûts de production.

Néanmoins, il peut à tout moment effacer cette perte par une dévaluation, comme le faisaient les pays du Sud de l’Europe par rapport à l’Allemagne dans les années 70 ou 80. Au contraire, dans un système de change fixe comme l’est l’euro aujourd’hui, il n’y a plus la possibilité de dévaluer pour compenser des hausses de salaires supérieurs à celles des voisins. Résultat, le pays dont l’évolution des salaires est la plus faible gagne en compétitivité par rapport à ses voisins.

C’est le « modèle Allemand », où les salaires stagnent depuis près de 15 ans et la croissance depuis 10 ans. L’Allemagne l’a compris avant car elle avait les coûts les plus élevés de l’Europe à l’origine. Le problème est que si le modèle se généralise, les salaires seront poussés à la baisse, tout comme la croissance. Et il faut noter qu’alors, les gains de productivité ne peuvent plus être redistribués en partie aux salariés, pris dans une course au moins-disant salarial.

Le péril des dévaluations est un fantasme bien utile pour essayer de protéger l’euro. Mais dans la réalité, les dévaluations, si elles ne sont pas dénuées de conséquences négatives (renchérissement des importations…) ont également des vertus, et notamment celle de faciliter les hausses de salaires.

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141 – Vidéo : création monétaire

http://www.dailymotion.com/video/xfuw5w_crise-2008-1-la-creation-monetaire_news

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140 – Lettre à mon banquier

Du site Choix-Réalité

Mais il semble que le rédacteur initial soit Morphéus, par Agoravox

Dont acte.

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Cher banquier,

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous informer que, longtemps resté dans l’ignorance des mécanismes financiers, j’ai résolu de combler cette lacune. Je ne saurais dire avec certitude quel fut le déclic qui motiva cette soudaine résolution. Fort probablement le crash de 2008, on en a beaucoup parlé aux infos, vous vous souvenez ? Pourtant, je ne sais pas pourquoi, tout ce que j’ai entendu dans les diverses émissions ou débats, tout ce que j’ai lu dans les colonnes des quotidiens, ne parvenait pas à satisfaire ma quête de compréhension de ce phénomène. Au contraire, il y avait dans ces « explications » un je ne sais quoi qui ne collait pas. Il restait un doute. Comme une écharde dans mon esprit, vous voyez ? Le doute est une incitation à la recherche, et la recherche n’est-elle pas le chemin de la vraie connaissance ?

Alors je me suis décidé à faire quelques recherches sur internet. Assez rapidement, je trouvai une piste intéressante : un film documentaire sous forme d’animation du canadien Paul Grignon et dont le titre est « L’argent dette« . André Gunthert, chercheur en histoire visuelle à l’école des hautes études en sciences sociales indique que cette vidéo est une « remarquable et très pédagogique description du système financier ». En somme, la vulgarisation qui était nécessaire à éclairer ma lanterne sur les questions que je me posais. J’ai ainsi appris que ce que je croyais jusqu’alors concernant les banques, leur rôle, leur mode de fonctionnement ainsi que la création et l’origine de la monnaie était largement faux et relevait en réalité d’un mythe trompeur.

« Un mythe est une idée qui, même si elle est communément admise, est fausse. Dans un sens plus subtil – dans un sens religieux – un mythe est une histoire qui sert à orienter et à mobiliser le peuple. L’accent n’est pas mis sur le rapport entre l’histoire et la réalité, mais sur la fonction qu’est censé exercer le mythe. Une histoire ne peut fonctionner à moins d’être supposée vraie par la communauté ou la nation. Il n’y a pas de débat possible. Si certaines personnes ont le mauvais goût de mettre en doute l’authenticité de l’histoire sacrée, les gardiens de la foi et de l’orthodoxie refuseront de discuter avec elles. Ils les accuseront de blasphème ou, au mieux, les ignoreront. » David Ray Griffin – professeur de théologie et de philosophie des religions.

La réalité, elle, était monstrueusement plus sinistre. Je croyais par exemple que la création monétaire était une prérogative des états (droit régalien), servant ainsi les citoyens pour leurs échanges. Pas du tout. Cela fait un moment déjà que ce n’est plus le cas. Les euros sont créé et géré par la BCE, qui est une banque centrale dirigée et contrôlée, non par les banques centrales des états membres de la zone euro, mais par une corporation d’organismes bancaires privés (au premier rang desquels on trouve certainement la séculaire dynastie Rothschild).

« Donnez moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une Nation, et alors peu m’importe qui fait ses lois. » Mayer A. Rothschild – fondateur des banques Rothschild.

J’ai donc découvert, à ma grande stupéfaction, que nos dirigeants nous avaient trahis ! Et je pèse mes mots : car lorsque l’on permet à un organisme privé de créer et gérer la monnaie, ensuite que l’on emprunte à cet organisme privé l’argent dont l’état a besoin avec intérêts – alors même que ces intérêts seraient nuls si l’état avait conservé sa légitime prérogative -, j’affirme haut et fort que nous avons été trahis. Jamais je n’ai donné mon autorisation à qui que ce soit pour payer des intérêts faramineux pour rien à des consortium bancaires privés. Jamais je n’ai été consulté ni même informé de cela. Il est à parier que si les citoyens en avaient été informés, ils se seraient virulemment opposé à ce putsch. Moi, en tout cas, je m’y serais opposé.

« Tant que le contrôle de l’émission des devises et des crédits ne sera pas rendu au gouvernement et reconnu comme sa responsabilité la plus évidente, toutes les paroles au sujet de la souveraineté du Parlement et de la démocratie resteront vaines et futiles. Une fois qu’une nation perd le contrôle de son crédit, peu importe qui fait les lois. L’usure en situation de contrôle détruira n’importe quelle nations. » William Lyon Mackenzie King – ancien Premier Ministre du Canada.

J’ai ensuite également découvert que les monnaies du monde entier étaient tributaires du dollar américain – celui-ci faisant office d’étalon en lieu et place de l’or -, et que ce même dollar était lui aussi entre les mains d’un organisme privé, la FED, depuis 1913. Et de plus, le dollar qui a longtemps été calibré sur la valeur de l’or (billets échangeables en or ou argent), ne l’est plus depuis les années ’70. Et donc, nos euros sont en réalité une monnaie de singe ! Plus grave encore, j’ai appris que la monnaie « réelle » (déjà devenue monnaie de singe, mais ayant encore un aspect palpable) ne représente pas même 5 % de la masse des transactions internationales, le reste étant constitué de … reconnaissances de dettes. Je commence à mieux comprendre les mécanismes ayant mené à cette crise – et à toutes les autres.

« Le gouvernement devrait créer, émettre et faire circuler toutes les devises et tous les crédits nécessaires pour couvrir les dépenses du gouvernement et des citoyens. En admettant ces principes, des sommes immenses d’intérêts seraient épargnées aux contribuables. Le privilège de créer et d’émettre de l’argent est non seulement la prérogative suprême du gouvernement, mais c’est aussi sa plus grande opportunité créative. » Abraham Lincoln – seizième Président des USA.

Puis viens la découverte de ce  » merveilleux  » – ou terrifiant (tout dépend de quel point de vue l’on observe les choses) système de réserve fractionnelle. Qu’est-ce que je vois ? Les banques ont le droit de prêter de l’argent dont elles ne disposent pas ? Et dans quelles proportions : 9 pour 1, 20 pour 1 et quelques fois jusqu’à 33 pour 1, selon le type de compte ! On en reste pantois… Comment une telle forfanterie est-elle possible ? Comment peut-elle être considérée comme légitime ? Ainsi, lorsque moi, simple particulier, je fais une demande de crédit, je dois montrer patte blanche, donner des garanties solides et mettre en gage des biens réels en ma possession (généralement immobiliers), alors que la somme qui m’est prêtée n’existe même pas, n’est pas en possession de la banque ? Mais quels pigeons nous sommes ! Que penseriez-vous, cher banquier, si la prochaine fois que je vous demandais un crédit, je vous fournissais la garantie pour le dixième du capital ? Cela ne vous semblerait-il pas plus équitable ?

« Le procédé par lequel les banques créent l’argent est tellement simple que l’esprit en est dégoûté. » John Kenneth Galbraith – conseillé économique de trois Président des USA.

Ainsi, nous mettons nos biens en hypothèque et prenons des risques considérables pouvant nous mener à la rue, et la banque, non seulement ne prend aucun risque, mais fait des bénéfices faramineux sur ce qu’elle prête sans le posséder. Incroyable escroquerie ! Franchement, fallait l’oser. Là, je dois avouer que je sens la colère monter… Et je ne suis pas au bout de mes déconvenues ! Parce que je découvre également que par le fait même de ce système, la masse d’argent pouvant être créée dépend de la masse de dettes dont les banques sont créditrices. En fait, la quantité totale de monnaie pouvant être créée n’a qu’une limite : le niveau total de la dette. Une dette sans cesse croissante, qui ne peut forcément, à terme, qu’exploser et provoquer, de façon ponctuelle et régulière, des effondrements du système.

Effondrements qui ne sont, par ailleurs, nullement dû à de quelconques « dysfonctionnements » ou « excès » du système, comme on cherche à nous le faire croire pour nous tromper : ils sont un mécanisme du système. Mécanisme qui est à chaque fois (comme c’est étrange) très profitables à quelques-uns, souvent les mêmes d’ailleurs : Rothschild, Rockefeller, J.P. Morgan, etc. Une douzaine de dynasties bancaires et quelques autres multinationales échappent systématiquement à toutes les crises, et en profitent à chaque fois pour acquérir à vil prix de nouvelles sociétés, possessions, actions et rachat d’autres banques ou industries diverses, concentrant chaque fois un peu plus de pouvoir et de fortune entre leurs seules mains. A ce stade, ce n’est plus de la colère que j’éprouve, c’est de la rage. On va sûrement me traiter de conspirationniste (très à la mode, ces derniers temps), mais n’y aurait-il pas là à tout le moins un faisceau de présomptions menant à penser que tout cela n’est pas que le fruit du hasard ? Le « hasard » n’est qu’une commodité de langage que même le physicien considère comme source d’ambiguïté (cf. Trinh Xuan Thuan in L’infini dans la paume de la main).

« Il y a deux manières de conquérir une nation ; l’une par l’épée, l’autre par la dette. » John Adams – second Président des USA.

Un étudiant a un jour formulé un concept d’économie perfectionné en matière de mathématiques. En 1979, il a fourni la preuve mathématique que toute économie alimentée par une monnaie soumise à des intérêts finit inévitablement avec une dette impossible à résorber. Un papier, un stylo et 30 secondes suffisent à le démontrer ; P/(P+I) honoreront leur contrat ; I/(P+I) seront saisis. Lorsqu’on lui a demandé quelle est la chose la plus fantastique qu’il ait rencontré au cours de ses travaux, Einstein a répondu « les intérêts composés ». Soumis à une dette perpétuelle, l’argent des intérêts n’existe tout simplement pas. On peut donc parler sans conteste de création ex-nihilo de la monnaie.

« Quiconque croit encore que la croissance exponentielle peut se poursuivre sans fin est soit un fou, soit un économiste » Kenneth Boulding – économiste.

En septembre 2008, nous assistions à un crash boursier et économique sans précédent. Dans une (feinte ?) confusion et un apparent vent de panique, les gouvernements des grandes « puissances » (USA, UE, GB, JAPON, …) en appelèrent unilatéralement, et dans un grand élan, à la collectivité pour sauver le système, l’économie et les banques. Après des décennies de profits privés, il fallait que les pertes soient collectivisées. Bien entendu, on ne demanda pas aux peuples ce qu’ils en pensaient. La perfidie ultime est que ceux qui possèdent ne fut-ce qu’un petit pécule (les petits épargnants), ont à craindre de tout perdre (et beaucoup ont en effet tout perdu en 2008). Pourquoi ? Simple : ils n’ont jamais rien possédé : leur « argent » n’était constitué que de quelques lignes comptables informatisées, et celles-ci étaient passées au rouge en même temps que celles de leur organisme bancaire. Quand un simple citoyen perd son emploi et ses revenus, et qu’en conséquence il ne peut plus honorer ses dettes, il reste responsable et débiteur à vie ; lorsque les banques jouent en bourse et perdent, elles se tournent vers les particuliers (les états – donc, en démocratie, le peuple) pour combler leurs pertes – et faire au passage de nouveaux profits juteux (cf. Eric Laurent – La face cachée des banques). Cherchez l’erreur…

« Une des plus grandes faiblesses de l’espèce humaine, c’est son incompréhension de la fonction exponentielle. » Albert A. Barlett – physicien.

 

Lorsque le Président Bill Clinton a signé en 1999 l’acte d’abrogation du Glass Steagall Act voté en 1933 en réponse au crash de 1929, il a en même temps signé l’acte fondateur de la crise de 2008. La stricte séparation entre banques de dépôts et banques d’investissement était une garantie pour éviter que ne se reproduise la tragédie de la Grande Dépression. Cependant, on sait maintenant que Clinton ne faisait qu’entériner ce qui se faisait déjà dans la plus parfaite illégalité depuis les années ’70. Qui a dit « bankster » ?

Dites-moi, cher banquier, est-ce que ma banque mélange elle aussi activités de dépôts et activités de spéculation ? Parce que si c’est le cas, alors je serais fou de continuer à vous confier le peu d’argent dont je dispose. Qui sait, au train où vont les choses aujourd’hui, ce qui nous tombera dessus demain ? Je crains fort que le premier semestre 2011 ne nous soit guère favorable – surtout pour vous, les banques : vous allez encore morfler. Vous n’êtes pas sans savoir que l’économie américaine est agonisante – en train de crever à crédit. Le dollar va se casser la gueule, c’est inéluctable, et rien ni personne ne pourra l’empêcher.

Maintenant que je sais cela, le seul choix que je puisse faire est celui de faire soit partie du problème soit partie de la solution. Lorsque l’on dispose d’informations et que l’on décide de les ignorer pour ne pas s’impliquer, notre choix ne peut avoir aucune influence car ce sont les informations elles-mêmes qui nous impliquent. Il n’est pas possible de rester neutre dans la vie : ne pas agir, tout en étant informé d’une forfaiture, c’est se rendre complice de cette forfaiture. Nous ne pouvons pas être conscients de ce qu’il se passe et rester à ne rien faire. L’ignorant peut toujours justifier son inaction en prétextant qu’il ne disposait pas des informations, mais dès que l’information lui parvient, il n’y a plus de justification, excepté le déni. Ou alors, il peut changer d’avis à la suite de ce qu’il vient d’apprendre. Mais il n’est pas possible de revenir en arrière.

Comme l’expérience de Milgram le démontre, pris dans l’engrenage d’un mécanisme systémique où les responsabilités et les connaissances sont fractionnées, il est difficile de comprendre la portée réelle de nos actes quotidiens. Mais dès que l’on a une vue d’ensemble, alors nous n’avons plus que très peu de choix : la soumission au mécanisme (état dit « agentique« ) ou la rébellion, lorsque l’autorité ne nous parait plus légitime.

« Je n’ai encore jamais vu personne qui puisse justifier par la raison et la logique que le gouvernement emprunte son propre argent. Je crois que le temps viendra où les gens demanderont que cela change. Je crois que le temps viendra dans ce pays où nous seront blâmés, vous et moi et tous les autres membres du congrès pour n’avoir rien fait et pour avoir laissé se poursuivre ce système idiot. » Wright Patman – membre du Congrès des USA.

Cette autorité bancaire n’ayant objectivement aucune légitimité démocratique, vous comprendrez dès lors que je ferai tout ce qui est possible pour sortir de l’aliénation de ce système inique dont vous n’êtes, j’en ai conscience, qu’un simple rouage, sans grand pouvoir individuel. Vous aussi êtes aliéné. Nécessairement. Vous aussi avez sans doute des dettes et emprunts à rembourser. Vous aussi avez une famille à nourrir et des projets qui vous tiennent à cœur. Néanmoins, vous aussi êtes tenus en laisse par ce système. Nous le sommes tous.

« L’argent est une nouvelle forme d’esclavage, et elle ne se distingue de l’ancienne que par son caractère impersonnel – il n’y a pas de relation humaine entre le maître et l’esclave. » Léon Tolstoï – écrivain majeur de la littérature Russe.

J’ignore, puisque nous ne nous connaissons pas, si vous êtes ou non au fait de tout ceci. Je ne sais pas si vous aviez conscience de l’ampleur de cette forfaiture. Je serais curieux de le savoir. Peut-être devrions-nous nous rencontrer un de ces jours, devant un bon verre – ou même une bonne table, pourquoi pas ? Je suis sûr que nous gagnerions mutuellement à nous connaître. Ne trouvez-vous pas étrange que nous ne nous soyons jamais rencontrés, alors que vous êtes responsable de la succursale qui gère mon compte et mon argent ? Quand les chiffres, les numéros, les bilans et les traites envahissent nos vies, nous oublions l’essentiel : les rapports humains. Derrière chaque numéro de compte, il y a des hommes et des femmes. Pas des vaches à lait. Voici une bonne occasion de faire une pause et de revenir un moment à l’essentiel.

Veuillez recevoir, cher banquier, mes salutations les plus cordiales.

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139 – B.Lemaire : Face a une dette publique abyssale

Article original

Face a une dette publique abyssale, la rigueur n’est pas la solution

Le scandale des dettes et des intérêts publics, cause principale d’une catastrophe annoncée…

Comme l’écrit fort justement A.J. Holbecq, on ne peut contester le fait que l’état français – et la plupart des états fortement endettés de la zone euro – doit aux intérêts payés depuis 1973 sa dette publique abyssale (1500 milliards, fin 2009 soit plus des ¾ du PIB, et à peine moins de 1600 milliards fin 2010).
Rappelons que ce point est directement issu de la fameuse réforme ‘Giscard d’Estaing’, article 25 de la loi de 1973 interdisant à l’État de présenter ses propres effets à l’escompte de la Banque de France – ‘innovation’ avalisée ensuite dans le traité de Maastricht comme directive européenne.

Notons que ce principe « pas de financement direct des états » allait dans le sens de l’histoire de la « dérégulation financière » dite ‘libérale’ – alors même qu’un économiste prétendument libéral, le regretté M. Allais, s’est toujours élevé contre cette directive, au contraire d’un autre économiste français considéré, lui, comme de gauche, D.Strauss-Kahn, directeur actuel du FMI.

Les intérêts accumulés en trente cinq ans sont tels que la dette publique actuelle aurait même été négative, voire négative s’il n’y avait pas eu ces intérêts (d’un montant moyen annuel de plus de 45 milliards) à payer aux créanciers, le plus souvent privés.

De nombreuses voix se sont élevées depuis des années – trop souvent en essayant de se raccrocher à des querelles byzantines portant sur les bienfaits ou avantages supposés du ‘banking principle’ ou du ‘currency principle’, dont une des meilleures synthèses figure chez C. Gomez, disciple et ami de M. Allais – pour réclamer une réforme du système monétaire.

Inversant l’adage, trop souvent à l’œuvre chez les princes qui nous gouvernent « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » – je ne pousserai pas la malice jusqu’à penser que cette complication n’est qu’un rideau de fumée pour faire avaler au petit peuple des couleuvres de plus en plus forte – pourquoi ne pas s’interroger sur une autre façon de procéder, et tenter de faire simple ?

Pour une suppression des intérêts de la dette publique :
Puisque le mécanisme des intérêts est la principale cause de l’augmentation de ces dettes, tant publiques que privés, pourquoi ne pas supprimer ces intérêts – au moins celles qui concernent les dettes des ‘APU'(État, Administrations diverses, et Administrations de Sécurité Sociale)

Cela ne demanderait qu’un « petit » ajustement technique (réformer l’article concerné dans le traité de Lisbonne).

Il est vrai que c’est aussi un acte politique, puisque nos partenaires de la zone euro, et au-delà de l’Union Européenne pourraient s’y opposer. Il m’étonnerait fort cependant qu’après l’exemple inquiétant de la Grèce et de l’Irlande face à des déficits publics et des dettes dépassant toute possibilité raisonnable de les résorber à court moyen terme – même avec des mesures de rigueur extrêmes et insupportables socialement (et stupides économiquement) – on puisse rejeter cette proposition d’un revers de main.

D’autant plus qu’il est fort possible que le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, voire même la France se retrouvent bientôt dans une situation analogue : on pourrait donc espérer une certaine compréhension de la part de nombreux gouvernements – même si leurs « partenaires » ou conseillers financiers ne l’entendront sans doute pas de la même oreille.

Mais même s’il faut rejeter ce traité, voire menacer de sortir de l’U.E. pour cela, pourquoi pas? Si Paris a bien valu une messe pour Henri de Navarre, sortir de l’euro, voire de l’U.E. pour sortir de la crise financière et de ses milliers ou millions ou milliards de dommages collatéraux et d’une spirale mortifère peut valoir le coup – et le coût.

Dit plus précisément, redonnons à l’état le pouvoir d’auto-financer ses propres dépenses, plutôt que d’emprunter à 3% auprès de banques ou autres ‘partenaires’ financiers à qui la banque centrale européenne – censée être l’émanation d’états souverains – prête à moins de 1%, quand ce n’est pas par l’intermédiaire de recapitalisations implicites ou occultes.

Pour une suspension des dettes :
Si cette première mesure de bons sens ne suffit pas (même si cela ferait gagner 45 à 50 milliards par an à l’état, c’est-à-dire à nous tous, soit deux fois et demi le déficit de la sécurité sociale – et largement le trou des ‘retraites’) on peut aller beaucoup plus loin.
Là aussi très simplement, il ‘suffirait’ de décréter un moratoire soit sur l’ensemble des dettes publiques, soit sur les dettes détenues par nos concitoyens (si on ne veut pas fâcher l’étranger, même si l’éventualité de blindés chinois ou russes venant se payer sur leurs débiteurs semble assez peu probable).

Je suis convaincu que l’Irlande, comme le Portugal, et de nombreux autres pays ne verraient pas d’un mauvais œil ce moratoire sur les dettes publiques, en lieu et place de la cure d’austérité sans précédent qui leur est, ou qui va leur être, imposée.

Proposition naïve pourra t-on rétorquer. La France ne trouvera plus, ou ne trouverait plus, de prêteurs à l’extérieur de ses propres frontières, voire même à l’intérieur ? Et même chose pour la Grèce, l’Irlande, le Portugal…

La belle affaire… Même si l’on peut penser que l’argent mène le monde, ce n’est pas l’argent que l’on mange, que l’on consomme, qui produit de véritables richesses.

Supprimer les dettes ne change strictement rien aux capacités de production de la France, de l’Irlande, du Portugal, ni ses éventuelles capacité d’exportation.

La France, comme tout pays moderne, a évidemment besoin d’utiliser une monnaie interne comme moyen de paiement interne. Mais, d’un point de vue extérieur, on en est toujours au système du troc, tant d’Airbus contre quelques millions de tonnes de textiles et quelques centaines de milliers de jouets venus d’Asie, ou d’ailleurs, et ce ne sont pas les variations intempestives du Yuan, du dollar ou de l’euro qui changent quoi que ce soit à ce problème de commerce international.

S’il n’y a plus de prêteurs étrangers, raison de plus pour que la France, et tout autre pays souverain, de recommencer à « battre » sa propre monnaie, plutôt que de confier ce soin à des banques, nationales ou internationales.

Peut-on sortir de la crise autrement ?
L’autre branche de l’alternative est simple, et terrifiante : continuer à discuter sur les vertus d’un système monétaire international composé d’un « panier » de monnaies régionales dont on ignore encore tout – et que ni les USA ni la Chine ne sont prêts d’accepter – et voir la vieille – ou la jeune – Europe s’enfoncer de plus en plus profondément dans la crise, en faisant d’un défaut de moyen de paiement un défaut de production de richesses.

Ne tombons pas dans le piège du roi Midas, mort de faim devant un tas d’or. Nous devons refuser que le système banco-financier – qui ne devrait être qu’un simple système de comptabilité facilitant les échanges – enfonce dans la misère de plus en plus de personnes. Il est vrai que, comme aurait dit Devos, depuis quand nos élites pensent-elles qu’une personne, c’est quelqu’un dont il faut s’occuper?

Le sceptre de la misère reviendrait-il hanter l’Europe, parce que l’on veut continuer à confondre sphère financière – ou bancaire – et sphère économique, banquiers et entrepreneurs, rentiers et producteurs. Continuera t-on à accepter que l’argent du monde financier mène le monde, et à penser que la connivence entre politiques, banquiers, promoteurs immobiliers ou d’autres « paradis fiscaux ou financiers » – dénoncée par un certain nombre de médias – est une réalité indépassable?

Entrepreneurs, producteurs, salariés de tous les pays, unissez-vous contre le diktat de la finance.

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138 – Bankrun 2010

Je fais suivre un courriel…

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Le 7 décembre 2010 retirons notre argent des banques !

http://www.bankrun2010.com/
http://www.mediapart.fr/club/blog/jean-rex/141110/bankrun-2010-faites-sauter-la-banque-appel-au-boycott-des-banksters

Je ne peux qu’applaudir pour ma part à cette initiative Bankrun2010, déjà parce qu’elle montre que la prise de conscience de l’ampleur du problème et du caractère central de la question monétaire et bancaire progresse, cela avance et confirme que le travail gigantesque d’analyse/compréhension/diffusion du savoir , rassemblant des citoyens de bonne volonté, aux opinions politiques diverses voire opposées, et ce depuis des années, n’est pas sans fondement ou vain.

D’autre part, il est évident, que le système bancaire oppose (et opposera encore plus à l’avenir) des freins considérables au retrait en liquide (et non « scriptural »!) qui est effectivement le SEUL RETRAIT VALABLE POUR UN TEL BANKRUN * (je rappelle que certaines banques irlandaises je crois envisagent même de ne plus distribuer de liquide à leur clients en leur consentant des frais réduits, je me demande encore comme ceci peut-être légal, mais comme le pouvoir de la loi semble être du côté des banquiers, je ne m’étonne qu’à moitié…). Ma compagne et moi avons quitté l’Écureuil Transgénique il y a un an car son agence lui imposait 48h de délai pour retirer 200 euros en liquide au guichet manuel (et j’ai eu de nombreux autres échos du même genre, sans doute des initiatives de chefs d’agences plus zélés que les autres pour réduire les fuites et atteindre les ratios de performance !). Ceci est inacceptable.

 

MAIS, ce genre d’initiative est à relayer pour deux raisons:

1) d’une part parce qu’il permet de sensibiliser une quantité croissante de citoyens au  problème de fond du système bancaire actuel, problème central car il débouche sur les questions de dettes, de dézingage des services publics, de chômage, et quantité d’autres maux de notre société qui n’existent qu’au nom du « on n’a pas les moyens! », sous entendu en argent**. Or il est bien possible que cette initiative, si elle est reprise par quelques % de la population, émerge dans les médias (et si ce n’est cette année, alors ce sera dans 6 mois lors d’un second appel par exemple, il faut du temps pour faire émerger cette conscience!), compte tenu du risque qu’elle fait peser si la pompe s’amorce…

2) d’autre part, elle contribue à montrer que le pouvoir bancaire n’est assis que sur le pouvoir qu’on lui DONNE (sans le savoir souvent!), et qu’en fait une MINORITÉ de citoyens est en mesure de contester ce pouvoir, ce qui n’est pas rien! Car il s’agit en réalité avec ce Bankrun2010  d’une mesure de boycott des banques (par le retrait volontaire de liquide) et malgré tout ce que certains en pensent souvent, le boycott est une arme TRÈS EFFICACE. Une arme qui touche déjà à l’image (et quand on voit le MATRAQUAGE PUBLICITAIRE PHÉNOMÉNAL DES BANQUES, Y COMPRIS DÉSORMAIS LA BANQUE POSTALE, qui saturent nos sens de messages plus niais et roucoulants les uns que les autres -avec NOTRE argent en plus!-, on peut se dire que manifestement elles savent que l’image est essentielle à leur existence, et pour cause!).

Mais en plus, dans le cas précis du système bancaire, cette arme du boycott touche DIRECTEMENT AU FONCTIONNEMENT ET A LA PÉRENNITÉ MÊME DE CE SYSTÈME, et c’est cela qui est unique! Car encore une fois, un petit pourcentage de personnes peuvent montrer que le géant supposé est supporté par des pieds d’argiles! Plus encore que l’action, c’est la MENACE de l’action CONCERTÉE et MÉDIATISÉE qui est une forme de dissuasion nucléaire contre les banques mais aussi contre les autorités monétaires qui cautionnent ce système et le fondent juridiquement.

Il n’est pas courant que quelques % de CITOYENS ET CLIENTS soient en mesure de rééquilibrer le déséquilibre phénoménal qui s’est créé entre ce système bancaire et monétaire et la société toute entière, car la contrepartie de leur pouvoir et de leur profits considérables est justement le risque pris en jouant sur cette faiblesse, sur ce talon d’Achille comme tu le dis. Ceci est bien plus vrai pour un boycott des banques que pour n’importe quel autre boycott, et nous savons tous ici pourquoi… Certes l’État peut très bien, si la menace devenait sérieuse, édicter en catastrophe un décret et prendre une mesure exceptionnelle pour interdire le retrait en liquide pendant une certaine période pour motif « d’intérêt supérieur de la Nation » (cf l’Argentine et ailleurs) mais on imagine bien que ce type de réaction serait de l’essence jetée sur le feu car TOUS les citoyens alors comprendraient qu’il y a vraiment « requin sous roche ».

Ce genre d’initiative montre aussi combien gronde dans la population un malaise et une colère sourde.

– Puisque les autorités et nos représentants semblent bien plus soutenir le système bancaire que le contrôler dans l’intérêt d’une majorité de citoyens (il n’est qu’à voir le zèle déployé par Mme LAGARDE -mais je pourrais en citer plein d’autres, y compris à « gauche »- ancienne avocate d’affaires aux USA ayant travaillé pour le secteur de la finance, dès qu’il s’agit de voler au secours des banquiers ou de faire semblant de les menacer d’un (tout petit) doigt menaçant), puisque les urnes semblent incapables de faire changer nos politiques carriéristes,

– puisque les élus -payés par nos impôts- ne daignent souvent même plus assurer un minimum de SAV (Service Après Vote) lorsque l’on sollicite de les rencontrer pour aborder certains sujets qui les ennuient -il faut dire que certains cumulent trois emplois/rémunérations non pour survivre mais pour bien vivre, comment alors accorder du temps à des manants citoyens qui les questionnent sur des sujets de société, exemple vécu il y a quelques mois avec le député de ma circonscription, message personnel en passant à Mr DURR que je mets en copie de ce mail)

– puisque la rue n’est plus écoutée et est méprisée avec condescendance

quelles solutions reste t-il, si l’on exclut la violence qui je crains ne finisse par tenter des citoyens excédés?

La force de ce Bankrun Citoyen c’est qu’il n’est pas une panique bancaire comme les autres où les citoyens paniquent, mais bien une action concertée pour FAIRE PANIQUER les banques, et à ma connaissance ceci n’a pas été courant dans l’histoire monétaire et bancaire.

On sait d’ailleurs que parfois/souvent, la panique bancaire a sans doute été une arme puissante tenue par l’autre bout, par la main de certains banquiers, entre autres JP Morgan il y a longtemps mais sans doute aussi il y peu, pour aller dans le sens de la concentration du pouvoir bancaire ou faire plier les représentants de l’Etat avec le chantage: « après moi le déluge », voir par exemple http://coirault-neuburger.blog.lemonde.fr/2008/10/22/jp-morgan-et-paulson-des-naufrageurs-du-monde/

Je pense donc que nous devrions relayer cette action sur les sites auquel nous avons accès.

Il est pour finir, et par ailleurs, amusant de voir que cette initiative commence à être connue aussi parce que c’est Eric Cantona, une ancienne vedette du « Star system » sportif (oh combien utilisé par les politiques pour divertir les citoyens, c’est à dire « faire diversion »!) qui la relaie. Une certaine morale à la « Frankenstein » en quelque sorte: la créature se retourne contre son géniteur, comme on en a déjà eu un avant goût cet été avec des joueurs surpayés de l’Equipe de France en grève en direct devant les caméras: quelle horreur pour un pouvoir qui comptait tant dessus pour nous « divertir »!

J-L

* Il va de soi, nous le savons tous ici, que c’est bien la conversion de monnaie bancaire privée, c’est à dire de promesses bancaires -intenables- de monnaie centrale, en monnaie centrale (billets) qui est le talon d’Achille dy système. La conversion de monnaie bancaire en autre monnaie bancaire (retrait scritptural, virements) ne serait que, pour le dire vite, pisser dans un violon!

** un autre exemple récent: un ami, cadre licencié par son entreprise précédente, qui venait de bosser 8 mois durant pour monter un projet de reprise d’une PME de 30 personnes en redressement judiciaire, dans le domaine du textile avec production locale (dans l’Aisne), a vu la banque de l’entreprise -qui pourtant lui avait donné son accord depuis des mois pour un prêt  permettant la continuation de l’activité, avec des projets nouveaux et innovants- retirer son soutien 4 JOURS, oui 4 JOURS AVANT LE JUGEMENT AU TRIBUNAL DE COMMERCE, qui n’a pu que liquider l’entreprise!

LE MONTANT DE CE PRÊT (qui conditionnait d’autres soutiens) ÉTAIT DE… 45 000 EUROS, soit des queues de cerises! Cette banque, la Banque Populaire (« On n’est pas (im)populaire sans raison ») a donc directement contribué à mettre au chômage 30 personnes pour 1500 euros par salarié -mais quel coût pour la collectivité et la société?

Combien d’exemples de ce genre en France et ailleurs dans les dernières années?

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137 – Tout se tient par la barbichette (F. Leclerc)

Un très bon « billet invité » de François Leclerc sur le blog de Jorion: que ferait-il sans lui ?

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Les soubresauts de la crise européenne permettent-ils d’envisager un décryptage, à l’abri de l’assourdissante cacophonie qui ne fait que s’accentuer ? Si les cartes sont sur la table, elles sont loin d’être retournées. Les déclarations fusent, les contacts se multiplient et les réunions successives des ministres des finances de l’ecofin et de l’eurogroup s’engagent aujourd’hui, sans qu’en réalité on ne comprenne bien qui est le malade et encore moins le remède.

Certes la dette souveraine tient le haut de l’affiche, avec en tête inscrits les noms de l’Irlande et de la Grèce, tandis que ceux du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie s’y hissent. Nettement plus modestement, mais avec régularité, le taux des obligations à dix ans de la France continue de monter et délivre aussi un signal pour plus tard.

Toute l’attention est donc concentrée sur l’éventualité d’un sauvetage irlandais et du rééchelonnement de la dette grecque. Les jours qui viennent vont bruisser d’hypothèses à ce sujet. Un scénario un peu déroutant est feuilleté, puisque le gouvernement irlandais refuse de faire sa demande, alors que tout le monde l’y presse, et que l’étalement des remboursements grecs n’a pas d’autre sens – tout en affirmant avec force le contraire – que de préparer une future restructuration de la dette, c’est à dire une décote de celle-ci aux frais des créanciers. Son éventuel mécanisme faisant pour le moins débat.

La déclaration du vice-président de la BCE, Vitor Constancio, aurait pu pourtant mettre la puce à l’oreille. Incitant en y mettant les formes minimales les Irlandais à accepter le plan de sauvetage qui leur est proposé, spécifiant que les fonds pourraient être utilisés pour soutenir les banques, elle était assortie de considérations sur la nécessité pour la BCE de cesser de les tenir à bout de bras. Revenant à en transmettre la charge au gouvernement et aux contribuables irlandais, via le fonds de stabilité européen, qui financerait provisoirement mais contre remboursement.

La BCE est en effet prisonnière de sa propre politique, qui veut qu’elle doit retirer du marché des liquidités selon un montant équivalent à ses injections résultant de ses achats d’obligations souveraines, afin d’endiguer la hausse de leurs cours et de contribuer au bouclage des émissions des Etats de la zone des tempêtes. Le tout afin de ne pas prendre le risque – affirme-t-elle pour des raisons en réalité politiques – de déclencher un processus inflationniste.

Après avoir interrompu ses achats, elle vient pour la seconde semaine consécutive de les reprendre, y consacrant la semaine dernière un milliard d’euros (700 millions d’euros la semaine précédente). Considérant que sa tâche est prioritairement de soutenir les banques – elle ne se fait pas faute de rappeler que les Etats doivent se prendre en charge eux-mêmes – elle presse donc l’Irlande d’accepter l’aide des Etats européens, afin de pouvoir stopper ou réduire ses aides tant à l’Etat qu’aux banques. D’autres urgences attendent la BCE et elle voudrait bien limiter ses programmes, comme vient de le rappeler Jean-Claude Trichet, son président.

On peut comprendre que – nonobstant toutes les considérations qui n’ont pas manqué de foisonner sur l’orgueil national irlandais froissé par l’abandon d’une partie de sa souveraineté qui en résulterait – le refus catégorique d’accepter ce transfert a donc une autre raison. Le gouvernement a quelques mois devant lui avant de devoir retourner sur les marchés et ne veut pas se précipiter en adoptant une solution qui arrange tout le monde, sauf les Irlandais. Alors que des dispositifs plus favorables pourraient voir le jour. Celui qu’ils sont sommés d’accepter revient à faire supporter par les Irlandais, à eux seuls, la charge du spectre de la contagion à d’autres pays de la crise obligataire souveraine, puisque c’est de cela qu’il s’agit dans les capitales européennes.

Il ne nuit pas davantage à la compréhension de la situation que d’admettre que l’insistance des Allemands vis à vis des Irlandais n’est pas sans rapport avec l’exposition de leurs banques à la dette des banques irlandaises, dont le renflouement serait bien vu. Alors que l’utilisation de l’EFSF – ils viennent de le réaffirmer avec leurs collègues depuis Séoul – n’implique aucun risque de restructuration des dettes. Un mécanisme – a-t-il été réaffirmé avec force – qui n’entrera en vigueur qu’après 2013, précisément la date laquelle les opérations de l’EFSF doivent cesser, le mécanisme de crise en discussion et appelé à lui succéder prévoyant de tels sacrifices. L’EFSF est un abri pour les banques plus que pour l’Etat, voilà ce qu’il faut sans aucun doute enregistrer.

Il est donc possible d’ouvrir avec d’autres clés que celles qui sont proposées les petits tiroirs secrets des négociations en cours. On a déjà pu remarquer que pas mal d’eau avait été mis dans le vin à propos de la douloureuse implication future des créanciers – les banques européennes – à la participation envisagée des restructurations des dettes d’un Etat en faillite.

La brusque montée en puissance de la crise actuelle a d’évidentes raisons : il s’agit de transférer aux frais des Etats, via l’EFSF, le coût du sauvetage des banques nationales en péril, avant la date couperet de 2013, après laquelle les banques européennes risquent de devoir en prendre une part à leur charge. Ce qui n’empêche pas les mégabanques de mener, parallèlement, une sourde campagne pour faire abandonner, ou au moins réduire le plus possible la portée, de dispositions de cette nature.

Comme les choses vont vite ! Le sauvetage des Etats hier impensable est en passe de devenir une routine. La restructuration de leurs dettes hier impensable est aujourd’hui étudiée comme nécessaire ! Mais une chose est de devoir s’incliner devant l’évidence, autre chose est de déterminer qui va payer l’addition finale, un long jeu de l’oie auquel s’adonnent nos élites politico-financières.

La situation du monde bancaire européen est en train de réapparaître sous son triste jour. D’un côté, un secteur sinistré de banques nationales continue de lutter pour sa survie; de l’autre celui des mégabanques cherche une fois de plus à se défausser de ses responsabilités en faisant prendre en charge ses pertes par les Etats, via le renflouement des banques nationales qu’elles ont financé.

Dans le premier camp, on trouve non seulement les banques grecques, irlandaises et portugaises, mais également les caisse d’épargne espagnoles et les Landesbanken allemandes. Ces deux derniers réseaux viennent d’ailleurs d’enregistrer des rappels à l’ordre des banques centrales espagnole et allemandes, car ils traînent des pieds pour opérer des restructurations conçues pour les tirer d’affaire, une solution dont on peut douter : l’accouplement des zombies produit généralement des zombies encore plus redoutables. C’est pourquoi Alex Weber, président de la Bundesbank, vient de sommer les Landesbanken d’utiliser les facilités financières mises à leur disposition, leur restructuration apparaissant dans l’impasse.

Une autre inquiétude pèse lourdement sur le climat bancaire. Si les mégabanques affectent de pouvoir passer haut la main le test que représente le respect des nouvelles normes de fonds propres de Bâle III, elles ont du reconnaître que cela se fera en partie au détriment des actionnaires, dont les dividendes en feront les frais.

Mais l’avenir immédiat est encore moins rose. 2011 est une année très chargée en terme de refinancement de leurs activités courantes. Les estimations des montants varient entre 700 et 800 milliards d’euros, une somme équivalente à celle que les Etats vont devoir chercher sur le même marché obligataire. Tout cela fait beaucoup et alimente les inquiétudes à propos de l’inévitable hausse des taux obligataires qui devrait en résulter. Avec un double effet : le renchérissement du service de la dette publique et la diminution du retour sur fonds propres des banques.

Dans ce contexte, les mégabanques artillent de tous leurs feux afin de couper court à de nouvelles obligations, au titre de leur statut d’établissement systémique. Elles tentent aussi d’éviter une taxation européenne – à laquelle les Allemands tiennent beaucoup – qui réduira encore leurs marges opérationnelles et donc les réserves qu’elles pourraient constituer pour améliorer leurs ratios. Tout se tient !

Mais elles sont prises à revers par de nouvelles propositions, qui voudraient substituer au processus allemand de restructuration des dettes souveraines l’utilisation d’un fonds abondé par le projet de taxe européenne des établissements bancaires. L’idée en émane des Grecs, qui voudraient que l’on arrête d’agiter le chiffon rouge de l’implication des créanciers dans leur sauvetage, appuyés par les Espagnols notamment, car ils en subissent les retombées sur le marché obligataire. Une prime de risque supplémentaire est en effet exigée, dans ces conditions plus hasardeuses. Le problème est que cette taxe toucherait également le camp des banques en détresse, ne faisant qu’aggraver leur cas et renvoyant à leur sauvetage par les Etats ! Et que les montants récoltés ne seraient pas à la hauteur des enjeux financiers réels. Décidément, tout se tient serré !

La réapparition dans les médias des propositions du FMI des années 2000, qui avait à l’époque étudié le mécanisme des SDRM (Sovereign Debt Restructuring Mechanism – mécanisme de restructuration de la dette souveraine) n’est pas fortuite. Des formules miracle sont en effet recherchées pour tenter de décontracter un problème qui devient de plus en plus aigu, et pour lequel les solutions actuellement envisagées montrent déjà leurs extrêmes limites. L’EFSF est un moindre mal sous-dimensionné qui n’est qui n’est que transitoire, tandis que le futur mécanisme de crise suscite déjà des vives réactions – la crise irlandaise actuelle – qui ne sont qu’un avant-goût de ce qui pourrait suivre.

Il n’est donc pas étonnant qu’après un premier papier publié sous les auspices du centre Bruegel, Daniel Roubini s’empare à son tour du sujet dans les colonnes du Financial Times pour défendre cette même approche, en faisant valoir qu’elle ne nécessiterait pas de révision du Traité de Lisbonne et pourrait être utilisée sans attendre pour l’Irlande et la Grèce. A noter qu’elle repose sur des swaps d’actifs, une trouvaille de l’ingénierie financière apparaissant comme une solution miracle mais reposant sur une vielle recette : l’étalement des dettes assortie de leur décote. Faites sortir cette dernière par la porte de derrière, elle revient par celle de devant.

Parmi d’autres commentaires qui commencent à émerger, y compris en Allemagne, l’éditorial du Financial Times est à retenir. En substance, il y est admis qu’il n’y a pas de solution à la crise de la dette publique qui ne prenne en compte également la dette privée. Rapportée au cas Irlandais, cela se traduit par l’idée que tant que le gouvernement fera passer le renflouement des banques irlandaises au dessus de toutes considérations, les soutiens financiers dont il pourra bénéficier ne régleront pas le problème de l’insolvabilité à terme de l’Etat. Une même constatation est en train d’être faite à propos de la Grèce…

A partir de là, le jeu est ouvert ! Mais il est à craindre qu’il soit refermé. Les diplomates n’ignorent pas qu’il y a deux solutions pour résoudre un problème insoluble – outre le remettre à plus tard – c’est le saucissonner ou au contraire le globaliser. Les ministres des finances vont-ils être de bons diplomates ces jours à venir ?

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136 – Attali découvre – et modifie – l’apologue de « la Dame de Condé »

J’ai retrouvé ce vieux brouillon d’un billet que je ne crois pas avoir publié déjà…

L’apologue de « La dame de Condé » est déjà ancien: il semble qu’il ait été « inventé » et écrit  par l’économiste Jacques Dartan.

Ce qui est le plus étonnant c’est que Jacques Attali ne cite pas cet apologue très connu en modifiant cette histoire.

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Dans une économie saine, l’emprunt sert à investir pas à consommer.

Jacques Attali [1]
Monday, 22 June 2009

Parmi les innombrables messages qui circulent sur le Net, il en est un, ces jours-ci,  qui m’a beaucoup intrigué. Le voici: «Dans un village qui vit du tourisme, il n’y a plus de touristes, à cause de la crise. Pour survivre, tout le monde emprunte à tout le monde. Plusieurs mois passent, misérables.  Arrive enfin un touriste qui prend une chambre dans l’hôtel, qu’il paie avec un billet de 100 euros. Le touriste n’est pas plutôt monté à sa chambre que l’hôtelier court porter le billet chez le boucher à qui il doit justement cent euros. Le boucher va lui-même  aussitôt porter le même billet au paysan qui l’approvisionne en viande; le paysan, à son tour se dépêche d’aller payer sa dette à la prostituée à laquelle il doit quelques «services». La prostituée va à l’hôtel pour rembourser à  l’hôtelier les chambres qu’elle louait à l’heure. Comme elle dépose le billet de 100 € sur le comptoir, le touriste, qui  venait dire à l’hôtelier qu’il  devait repartir tout de suite,  ramasse le  billet et disparaît. Au total, chacun a payé sa dette;  rien n’a été dépensé, ni gagné, ni perdu, par personne. Et plus personne dans le village n’a de dettes. N’est-ce pas ainsi qu’on est en train de résoudre la crise mondiale?»

Ce texte étonnant appelle bien des commentaires :

-1.  Quel est le tour de passe-passe? Comment est-il possible de faire disparaitre l’ensemble des dettes de tout un village sans que personne ne dépense un sou (sauf  peut-être  l’hôtelier, qui a perdu la disposition de sa chambre pendant le temps,  même court, pendant lequel le client l’avait louée)? Tout simplement parce que, chaque villageois a une dette à l’égard d’un autre; de façon circulaire. Il  suffit donc, pour l’annuler  pour tous, de l’annuler pour chacun.

-2. La situation globale de l’économie réelle ressemble à la situation de ce village, car chacun, dans le monde, est à la fois créancier de l’un (au moins sa banque) et débiteur d’un autre (au moins une banque), et même de plusieurs autres. Et le total des dettes, par définition, est égal à celui des créances.

-3. Cette histoire donne une belle leçon d’économie: personne, dans  les institutions financières au moins, ne pense à rembourser sa dette; au contraire, beaucoup s’emploient, avec l’argent nouveau qu’ils peuvent recevoir, à en créer de nouvelles, pour eux-mêmes et pour d’autres.

-4. Si l’argent que distribue en ce moment de façon presque illimitée, dans chaque pays, la Banque Centrale (ici, le touriste) servait à rembourser les dettes de tous , et d’abord celles de l’Etat (ici, l’hôtelier),  plutôt qu’à en accumuler de nouvelles, en le dépensant, la crise pourrait etre résolue beaucoup plus vite et plus sainement qu’aujourd’hui, où le recul de la crise s’annonce comme la préparation d’une autre, bien plus terrible, par accumulation de dettes insurmontables.

-5. Peut être faudrait-il enseigner ainsi l’économie. Sans doute comprendrait-on mieux quelques idées simples. Et d’abord, que la priorité d’une économie saine, c’est d’utiliser l’emprunt pour investir, et pas pour consommer. Mais de cela, le système financier ne veut pas entendre parler. Même aujourd’hui, alors que la crise est encore intense, il n’a qu’une seule préoccupation: retourner au plus vite à son métier principal, endetter les autres, pour faire  le maximum de profits.

Jacques Attali

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135 – Espace(s) libre(s)

A la demande de …

Mais une règle en trois commandements …

– 20 lignes pour exposer un “objet”.
– UNE SEULE réponse/commentaire/réaction par intervenant de 8 lignes maximum .
– Donc PAS de dialogue , mais juste Action/RéactionsUniques

Voilà qui obligera chacun à une économie de sa Vérité !

A vous …

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134 – Extrait Allais

Du site « Osons Allais »

Le retour à l’État du privilège exclusif de la création monétaire

Extraits de « l’impôt sur le capital et la réforme monétaire » Maurice Allais – Ed Hermann  – Nouvelle édition octobre 1988 – pages 200 à 209

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Il résulte de l’analyse qui précède que le système du crédit est entaché de défauts essentiels et la question se pose de savoir si ces défauts ne sont pas inhérents à toute économie décentralisée et de propriété privée. En fait il n’en est rien, et une réforme relativement facile à mettre en œuvre pourrait affranchir le système actuel du crédit de ses inconvénients majeurs.

DÉFAUTS MAJEURS DU SYSTEME ACTUEL DE CRÉDIT

Pour six raisons au moins, la création (ou la destruction) irresponsable de monnaie par les décisions des banques et des particuliers, la très grande sensibilité du mécanisme du crédit à la situation conjoncturelle, l’instabilité foncière qu’il engendre, l’altération des conditions d’une efficacité maximale et l’altération de la distribution des revenus qui en sont les conséquences, et enfin l’impossibilité de tout contrôle efficace du système du crédit par l’opinion publique et le parlement en raison de son extraordinaire complexité, l’organisation actuelle du crédit, dont l’origine historique a été tout à fait contingente, apparaît comme tout à fait irrationnelle.

En tout état de cause, il serait souhaitable que la masse monétaire globale augmente à une allure régulière, ce qui, de toute évidence, paraît impossible au regard de la structure actuelle du système du crédit.

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