L’épisode numéro 1 n’a plus de secret pour vous, vous avez compris quand et comment les orfèvres devinrent banquiers…
Et aujourd’hui, comment « pousse » la monnaie?
Nous considérerons pour commencer que les banques commerciales forment un ensemble,
une structure unique : le système bancaire commercial
En effet, si on analyse la création de monnaie par chaque banque prise individuellement, il faut immédiatement expliquer la « compensation » entre elles, ce qui est complexe dans le cadre de ce petit résumé.
Nous avons, à l’heure actuelle, un système hiérarchique qui est le suivant:
1 – La banque centrale
2 – Les banques commerciales et coopératives
La banque centrale est « la banque des banques » Elle est la dépositaire des « réserves obligatoires » que doivent détenir les banques, en « monnaie de banque centrale », chez elle.
La banque centrale dispose de l’exclusivité de l’émission de la monnaie fiduciaire (billets de banque), seule monnaie banque centrale en circulation dans le public.
Les banques commerciales et coopératives peuvent, seules, créer la monnaie de crédit: ce sont elles qui nous intéressent dans cet exposé.
Imaginons qu’aucune monnaie n’existe préalablement.
Un entrepreneur Monsieur X ouvre la porte d’une banque et demande « un crédit de 100 000 € ».
En échange (en garantie) il apporte une reconnaissance de dette, une hypothèque, un nantissement, la caution de sa belle-mère, etc…
Le banquier lui fait confiance: il ouvre un compte au nom de Monsieur X et crédite ce compte de 100 000 €.
Sur son bilan de banque, il écrit :
Actif
Dette de Monsieur X: 100 000 €
Passif
Compte de Monsieur X: 100 000 €
Cette double inscription à l’actif et au passif de la banque constitue l’acte créateur de la monnaie.
C’est ce qu’on appelle « monétiser ».
Monétiser c’est injecter de la monnaie qui n’existait pas auparavant, en contrepartie d’une créance, d’une obligation, d’un actif, ou d’une reconnaissance de dette.
Seules les banques ont évidemment le droit de procéder ainsi.
Profitons-en pour remarquer que si Monsieur X rembourse sa dette à la banque il n’y a simplement plus de monnaie qui existe (la monnaie est détruite).
Remarquons aussi que la banque n’a pas, simultanément, créé la monnaie des intérêts qu’elle réclame pour son service. Ces montants n’existent donc pas pour le moment
Reprenons…
Monsieur X va pouvoir, à partir du moment où son compte est crédité par la banque, régler ses achats à ses fournisseurs : Monsieur Y pour 30 000 €, et Monsieur Z pour 60 000 €
Puisque nous sommes dans l’hypothèse d’une banque unique, ces paiements vont se retrouver sur les comptes de Y ou Z, toujours au passif de la banque. Le bilan de la banque restera en équilibre:
Actif
Dette de Monsieur X:100 000 €
Passif
Compte de Monsieur Y :30 000 €
Compte de Monsieur Z: 60 000 €
Solde du compte de Monsieur X : 10 000 €
On voit donc qu’une banque n’a aucun besoin de disposer d’argent, de dépôts préalables d’épargnants ou de déposants, pour « faire un prêt ».
Elle va se contenter de « monétiser une créance » en créant de la monnaie.
Mais, s’il ne s’agissait pour un banquier unique que de « faire crédit » et en l’absence de toute autre obligation, il pourrait donc créer toute la monnaie qui lui est demandée par les « agents non financiers »
Trois règles importantes limitent néanmoins la possibilité de création de monnaie par les banques et le système bancaire commercial.
1 – disposer de fonds propres équivalents à 8% des crédits (règle de « Bâle II »),
2 – fournir en monnaie centrale (billets de banque) les demandes de la population. Statistiquement ces demandes représentent environ 13% des nouveaux crédits: or, seule la Banque Centrale peut fournir ces billets,
3 – disposer sur leur compte en Banque Centrale de réserves obligatoires (actuellement 2% des dépôts)
En considérant que le système bancaire dispose des fonds propres suffisants (8% des crédits), les « fuites » en monnaie centrale qui représentent donc 15% (13% de billets et 2% de réserves obligatoires) limitent sa capacité créatrice de nouvelle monnaie scripturale bancaire (monnaie secondaire).
On démontre facilement que, s’il dispose ou peut disposer de 100 de monnaie centrale, le système bancaire peut, avec les données précédentes, créer 678 de monnaie scripturale secondaire (le rapport n’est pas exactement 100/15 , donc 666, du fait que les 2% s’appliquent sur les dépôts et les 13% sur les crédits) et, bien sur, demander des intérêts sur celle-ci.
La capacité multiplicatrice de l’ensemble des banques augmente:
– si les pourcentages de réserves obligatoires diminuent,
– si les demandes de billets diminuent,

Chaque réseau bancaire pris séparément voit ses capacités d’émission de monnaie augmenter si sa part de marché de dépôts augmente.
Mais outre la « monétisation » d’une demande de prêt de la part d’un ménage ou d’une entreprise dont nous venons de voir l’exemple avec Monsieur X (créances sur l’économie qui représentent la plus grosse part de l’émission monétaire # 75%), il existe deux autres sources de création monétaire:
– lorsque le Trésor Public émets des « bons de Trésor » dans le but de financer un déficit, l’achat par les banques se fait directement par création monétaire (monétisation de la dette publique par le système bancaire): ce sont les créances sur les administrations publiques (# 20% du total)
– lorsque les banques prêtent de l’euro à l’extérieur de la zone euro, elles créent de la monnaie à cette occasion (créances sur l’extérieur, # 5% du total)
Je précise bien que nous avons parlé ici de la création de «monnaie» bancaire privée scripturale et non du second rôle des banques, celui de «circulateur d’épargne».
En effet, en tant qu’intermédiaires, les « établissements de crédit » (y compris les banques commerciales) peuvent en plus prêter l’épargne existante : c’est « l’intermédiation ».
Mais, d’où vient cette épargne préalable ? Qui l’a « fabriquée » à l’origine ? Je vous laisse y réfléchir …
En résumé:
« Avant », les orfèvres / banquiers s’engageaient à remplacer les certificats de dépôts par des valeurs (or ou argent) équivalentes.
« Maintenant » les banques s’engagent à remplacer sans délai leur monnaie de crédit par de la monnaie centrale (billets de banque) sur simple demande.
La monnaie, ce sont donc ces engagements des banques qui circulent dans l’économie et sont reconnus comme moyens de paiement.
Ces engagements sont eux mêmes représentatifs des créances des agents économiques non bancaires (entreprises, ménages, administrations).
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Pour info

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