117 – A-J Holbecq: Comment les orfevres devinrent banquiers

Jusqu’en 1640, à Londres et Amsterdam, les orfèvres qui gardent dans leurs coffres les objets de valeur, fournissent à leurs riches déposants un reçu détaillé nominatif : un certificat de dépôt « à vue »

Progressivement les certificats de dépôt deviennent anonymes (« au porteur ») et n’indiquent plus que la valeur en livres sterling au lieu des objets eux-mêmes.

Cet anonymat permet le remboursement par prélèvement sur l’ensemble des valeurs détenues dans les coffres, valeurs qui deviennent donc des « réserves » composées d’éléments interchangeables.

Puisque ces certificats de dépôts sont établis « au porteur » le détenteur peut alors remettre directement le certificat en paiement, au lieu d’être obligé de venir retirer les pièces ou les lingots pour payer son fournisseur.
Le nouveau détenteur pourra à son tour utiliser ce certificat en tant que moyen de paiement, ou se faire rembourser en or, argent ou monnaie locale.

Ces certificats circuleront jusqu’à l’étranger car les orfèvres ont alors établi un large réseau de correspondants de confiance.

Ceci contribue à retarder les demandes de remboursement en or ou argent.

Pour le moment, les certificats de dépôts compensent exactement le montant des valeurs retirées de la circulation: la couverture est intégrale.

La masse monétaire demeure strictement inchangée, seul l’aspect matériel des paiements est modifié et la circulation des certificats remplace en partie la circulation des métaux précieux.

Le bilan de l’orfèvre avec couverture intégrale ressemble à ceci:

Actif:
Métaux précieux en garde, de valeur: 10 000

Passif:
Certificats émis : 10 000

Mais bientôt les orfèvres constatent que le stock de métaux précieux ne descend jamais en dessous d’un certain seuil.
En effet :
1) les dépôts nouveaux tendent à équilibrer les retraits,
2) la probabilité pour que tous les certificats émis soient présentés à la fois pour être convertis est très faible.

Une couverture en métal précieux à 100 % des certificats devient inutile

Vient donc l’idée de faire fructifier cet or et cet argent qui «dorment»

Vers 1665 les orfèvres vont commencer à émettre des certificats en échange de simples reconnaissances de dette.

L’orfèvre remet donc à son client emprunteur des certificats de dépôts en tout point identiques à ceux qu’il remet aux déposants de valeurs.

Au lieu d’une couverture intégrale, l’orfèvre dispose donc maintenant d’une couverture partielle.

L’orfèvre, simple gardien des valeurs confiées par ses clients, est devenu banquier: il crée des instruments d’échanges, de la monnaie.

Le bilan de l’orfèvre devenu banquier créateur de monnaie (couverture de 33% dans cet exemple) ressemble maintenant à ceci:

Actif:
Métaux précieux en garde, de valeur: 10 000
Reconnaissances de dettes: 20 000

Passif:
Certificats émis : 30 000

Cette transformation de la profession d’orfèvre repose sur:
a) la quasi certitude de solvabilité future de l’emprunteur.
b) l’absence future de toute demande généralisée de conversion en métal.
c) un secret bien gardé

Progressivement la quantité de monnaie résulte de demandes de financement et non plus de la découverte d’or et d’argent.

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116 – LaRouche : remplacer la Fed par une Banque nationale

Un article de  « Solidarité et Progrès » du 27 février 2009

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Plutôt que de nationaliser aveuglément les banques et d’absorber en même temps leurs titres toxiques, Lyndon LaRouche a proposé de rétablir, en lieu et place de la Réserve fédérale américaine, une Banque nationale à l’image de ce qu’avait réalisé Alexander Hamilton :

« Dans la situation actuelle, la mise sous contrôle fédéral de toutes les dettes de la guerre d’Indépendance par notre premier secrétaire au Trésor, Alexander Hamilton, constitue un précédent : il a établi les fondations de notre système de crédit et de Banque nationale en plaçant sous autorité fédérale les obligations émises par les différents États, afin que le gouvernement fédéral soit la seule source nationale de dette et de crédit. Hier comme aujourd’hui, c’est une question fondamentale. Une fois prises en charge par Hamilton, les dettes des États ont servi de base à l’émission de crédit nouveau pour l’investissement dans les infrastructures nationales – routes, canaux et ponts – qui ont accru la productivité générale de notre république nouvelle et souveraine. C’est pour cela qu’une nouvelle Banque nationale est aujourd’hui vitale pour restructurer un système bancaire en faillite, et procéder au redressement de l’économie. »

L’autre précédent mentionné par Larouche est celui de Franklin Roosevelt : après la mise en redressement judiciaire des banques privées lors du « Banking Holiday », l’adoption du Glass-Steagall Act en juin 1933 a permis de reconstituer un système bancaire régulé. « Formellement, le Président Roosevelt n’a pas établi une Banque nationale, mais il est parvenu aux mêmes résultats grâce à sa procédure de banqueroute organisée du système bancaire et aux différents mécanismes, comme la Reconstruction Finance Corporation, qui ont permis d’injecter massivement le crédit public dans la création d’emplois et l’infrastructure. Des programmes comme la Tennessee Valley Authority ont totalement transformé les États-Unis ; Roosevelt l’a fait avec les mêmes méthodes qu’Hamilton.

« Entre le Traité de Paris de 1783 et la ratification de la Constitution fédérale quatre ans après, Hamilton a établi les principes clés de notre système de crédit et de Banque nationale. Nous pouvons tout à fait utiliser ces précédents constitutionnels pour réorganiser le système aujourd’hui.

« Comme je l’ai spécifié dans ma proposition du Homeowners and Banks Protection Act (HBPA) de l’été 2007, nous devons geler les saisies de logements pour toute la durée de la crise. Ensuite, nous devons procéder à un audit de toutes les banques de dépôts – l’ensemble du système de la Réserve fédérale – puis activer une procédure de banqueroute organisée. Les dettes illégitimes seront purement et simplement annulées et les dettes légitimes seront honorées. La banqueroute organisée permettra de remplacer le système de Réserve fédérale par une Banque nationale. A partir de là, en utilisant les prérogatives constitutionnelles du Président et du Congrès, nous autoriserons l’émission massive de crédit pour lancer des investissements massifs dans la haute technologie et les projets d’infrastructure. Ces crédits autorisés seront véhiculés par ce nouveau système bancaire régulé. La recapitalisation des banques par l’investissement dans les infrastructures, ramènera progressivement notre système bancaire à une situation saine.

« C’est ainsi qu’Hamilton et Roosevelt firent, et c’est ainsi qu’Obama, je l’espère, fera. C’est la véritable tradition du Système américain et il n’y a pas d’autre alternative possible. »

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Hélas, cela n’a pas été fait par le gouvernement Obama, au détriment des millions d’américains qui ont perdu leur logement, au détriment des américains les plus pauvres qui devront continuer à payer les « intérêts de la dette » aux américains les plus riches.

Mais en Europe, pourquoi ne pas, comme le suggérait Hamilton, imposer que la seule source de dette et de crédit soit la Banque Centrale?

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115 – la Hongrie remballe le FMI

Article original de « Solidarité et Progrès »
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Brèves – 23 juillet 2010 – 20:38

23 juillet 2010 (Nouvelle Solidarité)

Nous sommes en 18 après Maastricht ; Toute l’Europe est soumise à l’Empire financier… Toute ? Non ! Car un pays peuplé d’irréductibles hongrois résiste toujours et encore à l’envahisseur.

Gyorgy Matolcsy, ministre des Finances, a rejeté dimanche les exigences de l’UE et du FMI pour de nouvelles coupes budgétaires. Rappelons que l’institution dirigée par M. Strauss-Khan exige de nouvelles mesures d’austérité pour que la Hongrie, dont le déficit devrait atteindre 3.8 % du PIB cette année, passe aux 3% prévus par le Traité de Maastricht, et ce, alors que parmi les grands pays membres il n’y plus que l’Allemagne dont le déficit avoisine les critères du Traité. Gyorgy Matolcsy a réitéré que le nouveau gouvernement du Premier ministre Orban, avait été élu par près des deux tiers de l’électorat, justement parce qu’il avait promis de cesser la politique d’austérité du gouvernement précédent. Il n’obtempérera donc pas aux injonctions supranationales. Le lendemain, Matolcsy réaffirmait sa position dans une interview télévisée et a déclarait que le gouvernement, par une taxe sur les banques, lèverait 650 millions d’euros supplémentaires par an.

Mais au delà de cette taxe, ce qui panique les marchés financiers est la volonté affichée d’interdire les prêts immobiliers et à la consommation accordés en devises aux citoyens hongrois qui paient donc en Forint. Ce serait la fin annoncée du « carry trade » auquel se livrent notamment les banques autrichiennes et suisses, empruntant à bon marché chez eux et prêtant plus cher aux citoyens de pays aux monnaies se dévaluant. Le plan d’action annonce aussi la volonté d’interdire les évictions et les saisies de logements. Les intérêts financiers, ainsi que Paris et Berlin, qui insistent lâchement pour sanctionner plus fortement les Etats ne respectant pas les critères de Maastricht, craignent que l’exemple hongrois fasse tâche d’huile.

Face au refus de Budapest, le FMI a interrompu les négociations et a bloqué la dernière tranche de 5,5 milliards de dollars d’un crédit total de 20 milliards négocié deux ans plus tôt par le gouvernement de l’époque. Le Premier ministre Viktor Orban a réagi en déclarant que la Hongrie s’en sortirait même sans ce crédit. Et du fait que le Gouvernement contrôle deux-tiers des sièges au Parlement, il est sûr que sa mesure de taxation des banques sera approuvée.

Révélateur de l’état d’esprit qui règne dans le pays, le discours d’investiture du Premier ministre du 9 juin dernier, dans lequel il a souligné la différence entre une économie-casino et la construction d’une nation. Extraits :

« Tout d’abord, je propose que nous considérions la sinistre et même alarmante tempête qui s’abat sur l’économie mondiale. Nous recevons tous les jours des nouvelles alarmantes du monde entier. La crise, épiphénomène d’un chamboulement bien plus profond, n’est pas terminée. Mais l’heure n’est pas aux lamentations. Ce dont nous avons besoin c’est de penser à la hongroise, de faire preuve d’ingéniosité. Nous devons exploiter ces processus externes dans notre propre intérêt, c’est-à-dire pour le bien des Hongrois et de l’économie hongroise. Les possibilités pour le faire existent.

« Le processus le plus important que nous devons prendre en compte est que l’économie mondiale se dirige dans une nouvelle direction. Il semble que le capitalisme productif a un nouvel avenir et que l’époque du capitalisme spéculatif touche à sa fin. Nous savons tous que la raison principale de la crise économique qui étrangle le monde consiste en la chose suivante : une surévaluation régit le marché mondial. L’argent disponible dans le commerce mondial outrepasse de plusieurs ordres de grandeur le montant de valeurs réelles. Il s’en suit que toutes les valeurs réelles dans les livres de compte et les bilans sont surévaluées. Des bulles se forment, entraînant l’économie dans des crises successives. Hélas, ces crises ne s’arrêtent pas à la frontière hongroise.

« Mesdames et Messieurs, la Hongrie ne peut réussir dans ce monde moderne en transformation rapide, qu’à condition de nous tourner vers le capitalisme productif et d’utiliser à notre avantage le processus global. Je veux dire par là que nous devons de manière croissante, et avec grande détermination, refouler la spéculation et nous orienter vers le capitalisme productif. Pour bien me faire comprendre, je n’ai pas besoin d’aller dans les détails : le capitalisme productif est lié au travail et alors que le capitalisme spéculatif à lié à la spéculation.

« Mesdames et Messieurs, le point clé est que nous pouvons opérer une telle différentiation. Je propose que lors de la mise en place de ce nouveau système économique, nous désignions comme spéculatives toutes les activités par lesquelles quelqu’un gagne de l’argent en faisant du mal à autrui. Et lorsque quelqu’un gagne de l’argent en créant une réelle valeur qui profite aux autres et à la société toute entière, alors cela peut être défini comme du travail.

« Mesdames et Messieurs, je suis convaincu que ce n’est qu’avec ce type de capitalisme productif que nous pourrons créer dans les dix prochaines années 1 million de nouveaux emplois en Hongrie. La capitalisme spéculatif est dégradant car il nuit aux entreprises et aux emplois en Hongrie et dans le monde entier. C’est pourquoi le nouveau système économique en Hongrie doit se fonder sur la production, c’est-à-dire le travail, en lieu et place de la spéculation. Et toutes les mesures et dispositions légales que nous déciderons doivent suivre ces principes »

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114 – Balance extérieure de la France

Extraits du blog Eco-France

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La nomenclature de la Banque de France distingue quatre types d’échanges:

 

1 – Balance des échanges de biens: Tous les biens fabriqués en France et vendus à l’étranger, et vice-et-versa. C’est seulement en 2005 que la balance des échanges de biens s’est dégradée

 

 

 

2 – Balance des échanges de services: Il s’agit des prestations en informatique, en construction, en assurance, transport, frais financiers.. Toute activité intellectuelle ou manuelle, rémunérée à une société française au bénéfice d’une société à l’étranger (et vice-et-versa). Elle s’érode depuis 2001, mais reste encore largement positive.

 

 

 

3 – Balance des échanges de revenus: salaires des salariés transfrontaliers, mais surtout revenus du capital investi à l’étranger (dividendes, coupons obligataires). La tendance est à la hausse en ce qui concerne les revenus du capital, malgré une baisse en 2009.

 

 

 

4 – Balance des transferts: la monnaie transféré à l’étranger sans contrepartie évidente. Les dons, l’aide internationale, mais aussi les transferts d’argent de salariés immigrés vers leur pays d’origine. La balance des transferts se dégrade de manière continuelle depuis les années 90

Balance des transactions courantes: l’indicateur qui agrège ces quatre balances:


 


Jusqu’en 2005, la France s’enrichit au contact avec l’étranger. Au contraire depuis 2005, il y a plus d’argent qui quitte le pays qu’il n’en rentre. Les revenus du capital, et ceux des services, ne suffisent plus à compenser le déficit du commerce et le flux d’argent qui fuit le pays.

Pour donner un ordre de grandeur, les 40 milliards d’euros de déficit de la balance des transactions courantes représentent 2,2% du PIB,
Voici une comparaison internationale de 2008 (données Banque Mondiale) :
http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/BN.CAB.XOKA.CD

 

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Complément à ce billet : le 15 octobre 2010
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113 – A-J Holbecq « diminuer les dettes? »

Toute la monnaie que nous utilisons est une monnaie « de dette » qui n’a été fabriquée que par un seul type de fournisseur: les banques.

Les banques fabriquent la monnaie d’une manière très simple: elles portent une créance d’un certain montant en actif, cette créance est une « reconnaissance de dette » de l’emprunteur. Simultanément les banques portent au compte de l’emprunteur ce montant qui, à partir de cet instant, va pouvoir servir à effectuer tous les paiements, mais aussi être transféré par le détenteur, qui n’est pas nécessairement celui qui a bénéficié du crédit initial, dans diverses épargnes qui pourront à leur tour être prêtées à nouveau.

Mais, redisons le, originellement toute la monnaie « électronique » (monnaie dite scripturale) est émise par le système bancaire.

J’entends bien la première critique de certains économistes: mais la monnaie fiduciaire (dite aussi monnaie manuelle parce qu’elle passe de la main à la main, sans laisser de trace, hélas), c’est-à-dire les billets et les pièces, et bien qu’ils ne représentent qu’un faible montant dans la totalité de la masse monétaire,  ne sont pas émis par les banques commerciales, mais par la banque centrale; vous ne pouvez donc dire que toute la monnaie dont nous nous servons est issue des banques commerciales.

A ceux-ci, très rapidement, je leur répondrai de réfléchir. Comment peuvent-ils se procurer de la monnaie manuelle si eux ou ceux qui se la sont procuré pour la première fois à son émission de la banque Centrale, n’ont pas « acheté » cette monnaie, par un débit de leur compte bancaire, lequel compte, ou celui de leurs fournisseur, n’ayant pu être approvisionné que parce que « quelqu’un », « quelque part », a lui-même signé une reconnaissance de dette envers une quelconque banque.

Dans une économie fermée (et « la Terre » est une économie fermée) l’ensemble des agents non financiers (entreprises, ménages, États, administrations) ne peuvent qu’être endetté envers les agents financiers (banques commerciales, établissements de crédit ou banques centrales) simplement au motif qu’ils ne peuvent, eux-mêmes,  créer de monnaie.

La question est donc dans la répartition de ces dettes entre les agents non bancaires: les entreprises, les ménages, les États, les administrations. Si l’un d’eux rembourse ses dettes issues d’un crédit créateur de monnaie au système bancaire (c’est-à-dire diminue la quantité de monnaie par exemple de X%), pour que la masse de monnaie reste constante, il faudra que simultanément un autre agent augmente ses propres dettes. La répartition des dettes entre les agents non bancaires devient également la conséquence d’un choix de société.

Mais dans tous les cas les banques commerciales restent les bénéficiaires initiales des intérêts, de ceux qui sont dus à partir de la création de cette monnaie et pour la durée de son existence. Cette monnaie disparaitra lors de son remboursement, et la monnaie des intérêts ne pourra provenir que d’une autre émission monétaire, de « quelqu’un », « quelque part », que le débiteur aura du s’approprier.

Évidemment ces intérêts sont une partie des recettes des banques (ou des établissements financiers dans un sens plus large) et à ce titre rejoindront le circuit économique « non bancaire » sous forme de paiement à des fournisseurs, de salaire, de charges, d’impôts,  mais aussi et surtout de répartition de bénéfices ou de dividendes et d’augmentation des actifs: en fait il s’agit bien d’un transfert « illicite » ainsi que l’écrit Christian Gomez :

Toute création monétaire ex nihilo donne un droit sur la production qui n’a pas été acquis par un produit ou un service vendu. Elle est par nature un « faux droit », un revenu non gagné, comme le soutiennent Allais et Rothbard, dont la substance s’assimile aux gains qu’obtiendraient de faux monnayeurs qui achèteraient sur un marché avec la fausse monnaie fabriquée ou prêteraient celle-ci contre intérêt.

En conclusion: on entend souvent dire qu’il faut diminuer la dette privée ou la dette publique. Vouloir diminuer le montant des dettes équivaut à vouloir diminuer la quantité de  monnaie… c’est aussi simple que ça.

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112 – Et si on sanctionnait ?

Je ne puis m’empêcher de recopier ici un commentaire du Blog de Nicolas Dupont-Aignan

Le jeudi, juillet 15 2010, 15:00 par patriote

Et si nous aussi on sanctionnait ?
A l’aube d’une période d’austérité et d’un plan de rigueur pour la France, il peut être intéressant de connaître la liste (non exhaustive, tirée du « Nouvel Observateur » n°359 du 21 Janvier 2010) des personnalités qui ont fui fiscalement le pays pour s’installer en Suisse, ou dans un autre paradis fiscal.
S’ils l’ont fait en toute légalité (achat d’une résidence en Suisse, séjour inférieur à 6 mois sur le sol français), il est par contre inadmissible’ que certains d’entre eux continuent à s »immiscer dans la vie politique française, en participant activement aux campagnes électorales, pour soutenir tel ou tel candidat, ou pire, en étant officiellement investi par l’État pour représenter la France à  l’étranger, comme c’est le cas actuellement pour Alain Delon qui est le parrain officiel du pavillon français à l’exposition universelle de Shanghai.

Parmi les plus actifs dans ce domaine, il y a donc Alain Delon,( de Nationalité SUISSE , disant à Shanghai : il faut que les  » Français « se mettent au travail mais aussi Johnny Hallyday (le premier résidant à Genève depuis 1999 et le second à Gstaad depuis 2006), sans oublier Charles Aznavour (résidant à Genève), Patricia Kaas, Emmanuelle Béart, Daniel Auteuil, Marc Levy et Michel Houellebecq.
Parmi les sportifs on peut citer Alain Prost, Jean Alesi, Richard Virenque, et les tennismen Guy Forget, Richard Gasquet, Henri Leconte, Amelie Mauresmo, Gaël Monfils, Cédric Pioline, et Jo-Wilfried  Tsonga qui payent tous leurs impôts en Suisse.

Moins étonnant, mais encore plus scandaleux, des personnalités des affaires qui exercent actuellement (ou ont exercé récemment) un pouvoir politique économique ou financier en France, parmi eux : Antoine Zacharias (Vinci), Claude Berda (AB groupe, TF1), Daniel Hechter (couturier) et Jean-Louis David (salons de coiffure,cosmétiques).

Mais aussi des rentiers et des héritiers, dont les fortunes ont été créées en France, avec la participation de centaines de milliers dÅouvriers français :
– Eric Peugeot, Jean Taittinger (PDG de la société du Louvre, ancien ministre de la justice et député de la Marne), Philippe Hersant (patron de presse du Groupe Hersant), Corinne Bouyques (héritière de la fortune Bouygues), les familles Defforey (Carrefour), Mulliez (Auchan) et Halley(Promodès), tous résidant à Genève ou aux environs.

Si ces gens n¹aiment pas (fiscalement) la France, qu¹ils la quittent et qu¹ils l¹oublient, et surtout qu¹ils n¹en profitent pas quand ils en ont besoin (comme par exemple pour venir s¹y faire soigner).

A tous les français qui vont se serrer la ceinture dans un proche avenir, nous proposons de boycotter les concerts, les disques et les livres de tous ceux qui ne participeront pas à l’effort de solidarité nationale et aux médias, nous demandons de ne plus offrir de tribunes télévisées (pour la promotion de films et de disques) aux artistes concernés et de ne plus faire de sponsoring aux sportifs exilés.

Aux députés nous demandons d’instaurer une loi pour qu’il ne soit plus possible pour un évadé fiscal de venir se faire soigner en France (dans un hôpital public) ni de représenter officiellement la France à l’étranger.

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111 – La proposition de loi organique n° 157

… tendant à limiter le rôle de l’endettement dans la création de la monnaie.

Tovy Grjebine avait, dans les années 1970, mené des travaux qui devaient donner lieu au dépôt d’une Proposition de loi organique, n° 157, enregistrée le 22 juillet 1981, et déposée par  M. Vincent Ansquer et plusieurs de ses collègues

Cette étude présentait une technique de financement obtenu par le changement des contreparties monétaires. Nous reprenons ici des extraits significatifs de l’exposé des motifs précédant la proposition de loi organique n° 157.

Ce qui suit est issu de l’excellent site  » Fragments diffusions » de Janpier Dutrieux

Proposition de loi organique

Tendant à limiter le rôle de l’endettement dans la création de la monnaie et à permettre une nouvelle politique économique assurant la résorption du chômage et l’indépendance énergétique.

Exposé des motifs

« (…) Il nous a semblé logique de tester tout d’abord la politique qui était décrite dans l’exposé des motifs. Nous avons obtenu un résultat extrêmement prometteur:

– le chômage diminuerait de 500.000 en trois ans;

– l’équilibre extérieur ne se trouverait pratiquement pas affecté (baisse du franc de 1 % en trois ans);

– le taux d’inflation resterait voisin de la valeur prise comme valeur de base : la valeur actuelle plus 0,5 % par an (…) ».

« La politique de reprise qui résulte de nos propositions n’est pas faite avec une monnaie supplémentaire obtenue par la voie du crédit, comme il était d’usage de faire jusqu’à présent. La reprise est déterminée en remplaçant une monnaie par une autre dont l’origine est différente. Le remplacement de la monnaie actuelle due à l’endettement des agents économiques par une monnaie à contrepartie d’Etat, provoque un désendettement de ceux-ci sans pour autant augmenter la quantité de monnaie – d’où l’effet de reprise sans inflation que le modèle économétrique a noté. La reprise ne provoque pas de déséquilibre de la balance commerciale parce que cette reprise est dirigée entièrement vers la suppression des importations de pétrole. Cette reconversion énergétique étant notamment organisée en utilisant une énergie abondante dans le pays : l’eau chaude obtenue à la place des rejets actuels des centrales électriques, et de l’eau géothermique. (…) ».

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110 – Article invité: A-J Holbecq « une erreur d’Allais? »

1 ère partie

Vous savez tous qu’il y a création de monnaie (scripturale) ex nihilo par le système bancaire: celle qui est réalisée par une banque en émettant une dette sur elle-même, dette qui va servir de moyen de paiement et que cette création de monnaie bancaire (chaque banque émets en fait sa propre monnaie) consiste simplement à monétiser une créance, c’est-à-dire à porter en actif le montant de la reconnaissance de dette de l’emprunteur, et en passif, sur le compte courant (à vue) de l’emprunteur, le même montant. Il n’y a à ce stade aucun besoin de monnaie centrale pour ce faire.

Vous savez tous que les banques ne puisent pas dans les Dépôts à Vue (les comptes courants) pour les prêter – sans vous le dire  – à un emprunteur … non, en fonction de leurs parts de marché et des disponibilités en monnaie centrale (billets de banque ou excédent – existant ou potentiel –  en Banque Centrale)  elles peuvent ou non émettre de nouveaux crédits, c’est-à-dire procéder à une émission de monnaie nouvelle.

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109 – Jorion est-il meilleur philosophe qu’economiste?

J’en doute quand je lis la critique de Thibaut Gress à propos du livre de Jorion:  » Comment la vérité et la réalité furent inventées »

http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article227

Voici quelques extraits:

Paul Jorion, anthropologue et économiste récemment auréolé de gloire grâce à sa description précoce des risques systémiques de crise économique dès 2005, a publié en 2009 un livre ambitieux au titre séduisant, Comment la vérité et la réalité furent inventées , d’inspiration sans nul doute foucaldienne, se proposant de reproduire la généalogie de concepts centraux dont la valeur d’évidence semble prête à vaciller. C’est peu dire, donc, que l’attente fut grande en ouvrant ce livre, tant par la réputation que l’auteur avait acquise que par le titre alléchant, promettant d’ébranler une de nos certitudes les mieux fondées. De surcroît, le patronage revendiqué par Jorion était séduisant : « L’ouvrage, écrivait ce dernier, constitue un vigoureux plaidoyer en faveur d’un « retour à Aristote », et je me situe donc automatiquement dans la tradition de ceux qui m’ont précédé dans cette voie, comme G. W. Friedrich Hegel, Pierre Duhem, Emile Meyerson ou Alexandre Kojève. »

« Hélas, la déception se substitua bien vite à l’attente, et l’agacement à l’espoir : quoique parcouru çà et là d’intuitions sans doute défendables, l’ouvrage charrie de trop nombreuses approximations et asserte de manière péremptoire des énormités qui, pas une seconde, ne se trouvent démontrées, le tout d’ailleurs structuré par de bien contestables raisonnements. »

« L’idée générale que propose Jorion est pourtant féconde ; elle consiste à identifier la naissance de la vérité à l’époque platonicienne, et celle de la réalité-objective, c’est-à-dire de la modélisation mathématique comme univers plus réel que le monde sensible, à la Renaissance – Kepler et Galilée. Le problème réside alors sans doute moins dans la thèse en elle-même, qui mérite que l’on s’y arrête, que dans la manière dont elle est argumentée, tant sur le plan rationnel que sur le plan factuel. « 

« En outre, la structure du livre est extrêmement brouillonne, et souffre d’une quasi-absence de construction, similaire à un patchwork géant nuisant in fine à la bonne intelligibilité de l’ensemble. »

« Cette mécompréhension de Paul Jorion à l’égard de l’esprit philosophique du temps constitue un indice assez inquiétant de sa (mé)connaissance du champ philosophique et inaugure un nombre non négligeable d’erreurs et d’approximations philosophiques qui constitueront, elles, le véritable scandale du livre. »

« L’ouvrage souffre en outre d’une très grande lacune philosophique ; l’auteur asserte beaucoup mais justifie peu ; bien des affirmations se trouvent ainsi lancées d’un ton péremptoire, sans que l’on ne voie vraiment à quelle réalité philosophique cela correspond. »

« Bon nombre de phrases s’avèrent quasiment indécidables quant au sens à leur attribuer, tant la syntaxe se présente comme ambiguë et laborieuse, ce qui rend la lecture de l’ouvrage particulièrement pénible. »

« Le ton de l’ouvrage, ainsi que je l’avais brièvement évoqué en première partie, s’avère particulièrement pénible. Jorion traite avec mépris et condescendance un certain nombre de thèses et d’auteurs dont en réalité il ne perçoit pas tout à fait la profondeur. »

« Le problème est moins la thèse que défend Jorion que l’absence totale de démonstration d’un tel présupposé qui heurte radicalement tout ce qu’affirme la physique depuis 80 ans, et qui, faute de cette démonstration, se présente comme une pure assertion péremptoire. »

« Hélas, la subtilité de quelques analyses n’efface guère le trop grand nombre d’erreurs philosophiques majeures, d’approximations logiques, de propos confus, de paragraphes mal enchaînés, ou d’affirmations péremptoires auxquelles manque une justification véritable. « 

[Thibaut Gress, Actu Philosophia, 18 mai 2010.]

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108 – L’indispensable réforme des banques

Il s’agit d’un extrait d’un travail dirigé par Jean-Luc Gréau dans le cadre d’une commission du Cercle Condorcet de Paris. Le lecteur pourra trouver l’intégralité de ce travail dans le texte original de Jean-Luc Gréau : « Comment reconfigurer l’économie et la finance en Europe » (document word).

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Observons d’abord comment les politiques et les médias sont parvenus à réanimer le débat sur la réforme de l’Etat et la réforme des retraites, en jouant cyniquement de l’état d’accablement où la crise des banques en Occident nous a projetés, pour mieux enterrer toute interrogation majeure sur la réforme du système bancaire et financier dans son ensemble. Pourtant, l’étendue et la profondeur du séisme survenu à partir de l’été 2007 interdisent de penser que nous pourrions faire l’économie d’une réforme globale d’un appareil bancaire aujourd’hui totalement dévoyé. De surcroît, nous avons entièrement la possibilité de mettre en œuvre une telle réforme sans entrer en divergence grave avec les Etats-Unis.

La première des mesures à prendre consiste à revenir sur le développement des salles de marché au sein des banques commerciales. Sous le prétexte de faire émerger un modèle de banque universelle, les banques commerciales ont pu superposer à leurs activités de dépôt et de crédit, déjà disparates par leur nature, une troisième activité de paris sur les actifs financiers représentés par les actions cotées, les titres d’emprunt hybrides (CDO), les monnaies, les matières premières, voire les primes d’assurance des crédits (CDS), ou encore les permis d’émettre du dioxyde de carbone. En bifurquant de leurs activités traditionnelles, elles ont gonflé leurs activités et leurs profits. C’est ainsi que la part des services financiers dans les profits des sociétés cotées aux Etats-Unis a pu doubler en l’espace de quinze années, évolution facilitée par la déréglementation dont la suppression en 1999 par Lawrence Summers de la loi Glass Steagall séparant les banques de dépôt et les banques d’affaires. Or, cette activité longtemps profitable s’est révélée être à double tranchant au moment de l’implosion de 2007, entraînant de nombreux établissements dans la faillite.

Le pouvoir normatif des Etats rassemblés dans l’Union Européenne ou au sein de la zone euro pourrait s’exercer dans deux autres directions :

1 – l’encadrement de la titrisation et le plafonnement des engagements des banques les unes par rapport aux autres.

La responsabilité des prêteurs peut être considérée comme un principe central d’une organisation économique saine. Elle implique une limitation de la faculté de titriser qui pourrait prendre deux formes : premièrement, l’obligation de conserver une proportion substantielle déterminée de chaque catégorie de prêts dans les comptes du prêteur ; deuxièmement, une réduction de quelques pour cent du montant du prêt transféré, de manière à en freiner le rythme. Ces mesures simples ne soulèvent pas de difficulté particulière d’application : la banque centrale européenne pratique déjà la deuxième mesure en réduisant de 12% la valeur des titres qu’elle reprend à son compte dans le cadre de sa politique monétaire. C’est affaire là de volonté politique.

Quant au plafonnement des engagements des banques les unes par rapport aux autres, sa nécessité découle d’un enseignement de la crise. Si tant d’acteurs ont pu être projetés vers la faillite, c’est en raison des mauvaises créances qu’ils détenaient sur d’autres.

2 – Recentrer les missions des banques centrales.

Observons tout d’abord que la crise économique a rendu obsolète la controverse portant sur le point de savoir si la mission prioritaire des banques centrales consistait à assurer la stabilité interne de la monnaie, par une lutte préventive contre l’inflation, où si elle devait poursuivre des objectifs moins restrictifs, en prenant en considération l’activité et l’emploi. Il apparaît aujourd’hui qu’elles mènent, en fait, depuis près de trente ans, une politique délibérée de soutien de la valeur des actifs des marchés financiers et immobiliers et luttent contre l’inflation dans la mesure exacte où elles entendent soutenir les prix de ces actifs. S’agissant de la BCE, un enseignement particulier est à retenir. Elle s’est montrée doublement incapable de stimuler l’activité dans les pays asthéniques, comme l’Allemagne, la France ou l’Italie, et de contrarier la formation de bulles immobilières en Irlande et en Espagne. Le procès que nous faisons ici est moins celui de ses responsables que celui du système de crédit et des méthodes de la banque.

Nous proposons donc deux modifications majeures de l’organisation, de l’orientation et de l’action de la BCE et de son rôle dans la politique monétaire.

La question de l’indépendance des banques centrales vis-à-vis des gouvernements reste posée. SI elle n’a pas fait obstacle à une prise de risque disproportionnée par les grands acteurs des marchés du crédit aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans la zone euro, elle a interdit à ces banques de venir prêter au plus bas coût au secteur public, même pour des actions dont la nécessité est reconnue, ceci aboutissant au fait déconcertant et immoral que l’argent gratuit octroyé généreusement à leurs guichets permet ensuite aux banques privées de s’octroyer ipso facto une rente de situation quand, avec cet argent, elles achètent ou rachètent des titres publics ! Nous proposons donc un retour de la banque centrale européenne sous le contrôle effectif du Conseil des ministres compétents et la faculté pour les Etats d’accéder à un crédit peu cher auprès de ses guichets, dans certaines limites fixées au préalable.

La politique monétaire ferait l’objet du deuxième changement. Dès l’origine du projet de monnaie unique, il a été affirmé que la nouvelle banque centrale pratiquerait une politique uniforme dans un esprit de neutralité. Or, non seulement les économies ont divergé au lieu de converger, mais la politique monétaire unifiée a, semble-t-il, favorisé cette divergence. La question se pose : était-il possible de contrarier ces orientations dangereuses en bridant la politique de crédit des banques concernées ? Oui, à condition d’utiliser un instrument aujourd’hui inutilisé alors qu’il est activé normalement dans différents pays, à commencer par la Chine : il s’agit du coefficient de réserves obligatoires que les banques commerciales doivent conserver auprès de la banque centrale, grâce auquel on peut ralentir ou accélérer le rythme du crédit accordé, soit en jouant sur les quantités et le prix du refinancement auprès de la banque centrale, soit en accroissant ou en diminuant le montant des réserves obligatoires non rémunérées.

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107 – Les 10 plus gros mensonges sur l’économie

Puisque nous sommes à vous proposer quelques lectures pour l’été, en voici une qu’il ne faut pas non plus manquer.

ISBN: 2-7033-0695-4

Philippe Derudder nous écrit: J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie de la nouvelle édition entièrement actualisée des « 10 plus gros mensonges sur l’économie » ( éd.Dangles) mi juin.
En cette période où nos élites mondiales pensent régler la dette en s’endettant plus encore, et à relancer la croissance par l’austérité, n’est-il pas temps de se demander ce qui conduit à effacer tout bon sens au cœur de cette supposée science qu’est l’économie ?
Nous avons reçu beaucoup de courrier de lecteurs qui tenaient à nous dire combien ce livre les avait éclairé. Alors si vous vous posez des questions sur notre « folle » époque, ce livre vous aidera sans doute à trouver quelques réponses et à vous libérer du discours ambiant.

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4° de couverture

Aujourd’hui, Molière aurait sans doute pris pour cible les économistes au lieu des médecins. La « saignée », panacée de son temps, aurait fait place à la « croissance », prétendue solution à tous nos maux. Au latin a succédé un jargon incompréhensible. Seule solution : s’en remettre aux experts. Dormez bonnes gens ! Ceux « qui savent » s’occupent de votre bonheur…

À défaut, ils ont, en tout cas, réussi à dégoûter de l’économie « M. et Mme Tout Le Monde ». Ce n’est pas leur lecture de chevet.

Puisse ce livre changer la donne, car tant que le citoyen ne reprendra pas le pouvoir sur l’économie, il en restera l’esclave.

L’ambition de cet ouvrage est donc d’aider chacun à reprendre ce pouvoir en se libérant de la manipulation qu’exerce sur nous des théories assénées en vérités absolues, des idées toutes faites et de fausses croyances.

Si vous croyez en particulier que :

– L’Etat fabrique l’argent qui est garanti par l’or
– Les banques prêtent l’argent des épargnants
– On ne peut pas le faire, « ça coûte » trop cher
– La dette appauvrit la Nation, il faut la rembourser !
– Toute production ne se justifie que si elle est rentable
– Il faut soutenir la croissance pour dynamiser l’emploi
– Baisser les prix, c’est défendre le pouvoir d’achat
– Il faut lutter contre l’inflation pour sauvegarder l’emploi
– On vivrait beaucoup mieux si on payait moins d’impôts.
– La mondialisation, une promesse de prospérité pour tous les peuples

… alors, ce livre est fait pour vous : ne vous laissez pas désinformer plus longtemps !

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Extrait tiré de la conclusion de « Les 10 plus gros mensonges sur l’économie »

…/…
Alors lisons un peu l’actualité au travers du prisme des vérités déclinées et contredites dans dans ce livre.

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106 – Extraits de « Argent, dettes et banques »

Avec l’aimable autorisation d’A-J Holbecq

« Argent, dettes et banques » aux éditions Yves Michel.

p. 67 à 70

Conclusion de ce chapitre sur la monnaie moderne.

Certains, heureusement peu nombreux, considèrent qu’il existe deux thèses qui s’opposent sur la possibilité ou non pour les banques commerciales de « créer de la monnaie», tels Paul Jorion qui, le 24 juin 2009, écrivait sur son blog  « Comme je termine la rédaction de mon livre sur « L’argent », j’explore l’histoire de la pensée économique à la recherche des origines des deux thèses qui s’opposent sur la possibilité ou non pour les banques commerciales de «créer de la monnaie ex-nihilo». La question a plusieurs aspects secondaires comme on s’en souvient, l’un d’eux étant de savoir s’il vaut mieux considérer que la «monnaie bancaire», constituée de reconnaissances de dette, constitue à proprement de la « monnaie » où s’il s’agit d’un produit sui generis. Je rappelle que je défends la seconde position sur la base du fait que les reconnaissances de dette étant soumises à un risque de non-remboursement valent toujours moins que leur valeur nominale, et tout particulièrement en période de crise, comme aujourd’hui. ».

Ce débat, comme des poussées de fièvre, enflamme parfois la blogosphère ou les forums, débat qui a notre avis n’aurait pas lieu d’être tant il est évident que les banques commerciales peuvent, bien que très encadrées (encore que la crise de 2008 a bien montré les limites de cet encadrement), émettre « leur propre monnaie », la monnaie de crédit qui, pour le moment, est bien reconnue partout comme moyen de paiement.

Si l’on veut à tout prix ne considérer sous le terme « monnaie » que la monnaie dite « fiduciaire », et refuser de donner à ces reconnaissances de dettes des banques (ces « monnaies de crédit »  qui circulent en étant reconnues par tous comme « monnaie »), alors c’est vrai, « ils » ont raison, les banques commerciales ne peuvent pas créer de la monnaie.

Mais il nous semble  qu’il ne faut pas, sur la définition de la monnaie, vouloir réinventer l’eau tiède. Si toutes les publications (universitaires et bancaires, y compris celles des banques centrales) utilisent ce terme de monnaie depuis des décennies (en y précisant selon le cas fiduciaire ou scripturale, en précisant également l’aspect plus ou moins « liquide » de ces masses monétaires), pourquoi refuser à l’émission des banques commerciales ce terme de monnaie, en particulier s’il s’agit de celle présente dans les dépôts à vue [1] et qui est parfaitement « liquide ». Qui donc parmi ceux qui, des vrais spécialistes qui écrivent sur ce sujet ou l’enseignent, confonds la monnaie de banque centrale et la monnaie des banques commerciales, reconnaissances de dettes?

Outre le fait de « torturer » ce qu’écrivent Schumpeter [2] et les rédacteurs du document « Modern Money Mecanics » pour les faire coller à son discours, ce que Paul Jorion n’a également pas compris, c’est que les banques ne prêtent pas les dépôts à vue qui ne leur appartiennent pas, sauf accord formel du client (système de « cash sweep » : compte courant dont les fonds qui excèdent une somme déterminée sont automatiquement retirés pour être investis dans des placements productifs d’intérêts pendant la nuit et redéposés le lendemain matin)

La théorie de Paul Jorion est que la création monétaire par monétisation de créances serait « soutenue par l’establisment financier qui préfère voir circuler une interprétation complotiste des mécanismes de crédit [celle que nous développons dans ce livre] plutôt qu’une interprétation correcte [celle que soutiens Paul Jorion à savoir que les banques ne peuvent que prêter les épargnes existantes] mais anxiogène et susceptible de déclencher une panique bancaire »

On peut d’ailleurs se poser la question de savoir ce qui est le plus « anxiogène »  pour un déposant : que ses dépôts à vue soient prêtés sans son accord ou que les banques émettent de la monnaie scripturale sous forme de crédit « ex nihilo » ?

Cette incompréhension vient peut être du fait que le « petit » banquier, simple directeur d’agence, va toujours dire qu’il lui faut des ressources pour émettre un crédit.

Dans son activité, ce banquier, trésorier d’agence, ne s’inquiète pas de savoir s’il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques »), par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c’est le système qui va la rappeler à l’ordre, car il faudra soit qu’il s’endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu’il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus son bilan n’est pas inépuisable….)

[…]

p.73

Heureusement, il nous semble que ceux là même souhaitent justement la même chose que nous, à savoir que toute la monnaie circulante, plus ou moins « liquide », soit bien de la vraie monnaie qui ne supporte pas le risque de dépréciations d’actifs au sein d’un établissement bancaire, de la vraie monnaie garantie par la collectivité, une monnaie nationalisée comme nous le demandons en souhaitant que les banques commerciales ne puissent plus, dans le futur, émettre cette monnaie de crédit privée.


[1] Qui plus est, dans de nombreux pays, l’État garanti le solde d’un compte de dépôt bancaire jusqu’à des limites quand même importantes, en cas de difficultés du réseau bancaire : 70 000 € par personne en France.

[2] p.173 de « L’argent mode d’emploi » on lit une citation de Schumpeter pour laquelle nous noterez le « sic » de Paul Jorion entre crochets, simplement parce que si on prend ce qu’écrit Schumpeter à la lettre, et il parle bien de M1, c’est le seul appui sérieux de Paul Jorion qui s’écroule. « Schumpeter écrit donc «billets de banque [sic, il s’agit probablement d’une erreur de traduction, le contexte suggère qu’il s’agit de ‘monnaie bancaire’] et dépôts en banque font en tout point ce que fait la monnaie, partant ils sont de la monnaie »…. »

Je trouve cette manière de faire extrêmement déloyale envers le lecteur, alors qu’il suffisait de vérifier sur « google books » – ce qui lui avait d’ailleurs été proposé par un commentateur (fujisan) dès le 29 juin 2009 -, et donc Paul Jorion aurait au moins du en tenir compte dans son livre, cette édition papier des articles de son blog!

Oui, dans l’édition anglaise, Schumpeter parle bien de billets de banques : page 305 : « Bank notes and checking deposits eminently do what money does; hence they are money. »

http://tinyurl.com/yzbgoug

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105 – Inflation

(d’après wikipedia)

L’inflation est un phénomène sensible dans tous les sens du terme. En effet, chacun d’entre nous se rend compte que les prix ont une tendance naturelle à augmenter . Mais c’est un phénomène sensible pour les politiques puisque l’inflation est un signe de bon ou mauvais fonctionnement économique, avec toutes les conséquences électorales.

Et pourtant, malgré son importance, les causes de l’inflation sont encore le sujet de nombreuses controverses. En effet, la même conséquence peut résulter de fonctionnements économiques radicalement opposés. Ainsi :

  • la croissance économique peut provoquer une pénurie de capacité productive par rapport à la demande, qui stimulera l’inflation, tandis que la récession aura l’effet inverse. Ainsi, l’inflation peut être un signe de bonne santé économique et la déflation un signe de crise.
  • la récession peut réduire les besoins d’échanges monétaires (au profit du troc, par exemple), ou provoquer une défiance envers la monnaie qui symbolise l’économie touchée, les deux phénomènes stimulant aussi l’inflation; tandis que le retour de la confiance se traduira par une désinflation voire déflation associée à la reprise des investissements et dépenses. Ainsi, l’inflation peut-être un signe de mauvaise santé économique et la désinflation le signe de la reprise.

De sorte que même s’il y a accord théorique sur le fait que telle situation économique engendre telle évolution de l’inflation, il y a toujours plusieurs interprétations possibles à l’inflation mesurée, conduisant à des mesures radicalement opposées.

Voici les causes les plus souvent admises :

  • inflation monétaire : une trop grande quantité de monnaie est émise par l’État (par exemple, le mark de la République de Weimar en 1923, cas typique d’hyper-inflation) ou par les banques (phase de boom économique, par exemple les États-Unis fin des années 1990), ou à l’inverse une trop faible demande de monnaie survient (exemple de l’Europe pendant les épidémies de peste au Moyen Âge)
  • inflation par la demande : la demande d’un produit ou d’un service essentiel excède l’offre, et les producteurs augmentent leur prix car ils ne peuvent ou ne veulent augmenter la production.
  • inflation par les coûts : le coût d’un produit essentiel augmente de façon notable, ce qui a des répercussions sur les coûts des autres produits ou services (par exemple, la hausse du cours du pétrole à partir de 1973) ;
  • l’indexation : des accords ou des règles de toutes sortes lient les prix de différents biens et services, avec délais (le temps de publier l’indice correspondant, par exemple). Si le prix d’un élément essentiel augmente, tous les autres suivent mécaniquement, et les effets retard mettent en place une boucle de rétro-action, un cercle vicieux, chaque effort pour combler la différence créée n’ayant comme seul effet que de mettre en place la prochaine hausse (comme un animal qui courrait après sa queue).
  • panique monétaire : la monnaie utilisée est aujourd’hui essentiellement du papier ou du métal sans autre usage, et donc sans autre valeur que celle attachée à la confiance des utilisateurs. Si, pour une raison quelconque, ils se persuadent que la monnaie va perdre de sa valeur, on assistera parallèlement à une chute sur le marché des changes et à une forte inflation, qui validera l’anticipation inflationniste et la renforcera.
  • le principe de la spirale inflationniste (inflation liée a une hausse des salaires)
  • L’inflation est la conséquence directe (ce qui n’exclut pas les autres causes citées plus haut) de l’intérêt sur les crédits : voici un extrait d’une conférence de Margrit Kennedy « Une des conséquences de ce défaut (l’intérêt composé) dans notre système monétaire entre 1950 et 2001 est la perte de 80% de sa valeur par le Deutschmark. C’est-à-dire, qu’il est passé de la valeur 100 à 20 Pfennig en 50 ans, et c’était la monnaie la plus stable au monde. Pour la plupart des personnes, l’inflation semble faire partie intégrante de tout système monétaire, d’une façon presque ‘naturelle’ puisqu’il n’y a aucun pays dans le monde sans inflation. Puisque l’inflation est perçue en tant que inhérente au système, les économistes et la plupart des personnes croient que l’intérêt est nécessaire pour contrecarrer l’inflation, or l’intérêt en est la cause principale de l’inflation. Environ deux ans après chaque réévaluation du taux d’intérêt, nous pouvons constater une augmentation de l’inflation. Par conséquent, si nous pouvions supprimer l’intérêt, nous pourrions également supprimer l’inflation… »
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104 – B. Maris: Seul un protectionnisme sélectif …

… sauvera la zone euro!

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Pourquoi l’Allemagne aiderait-elle la Grèce, franchement ? Comme le disait ce journaliste financier allemand, « non seulement on se gèle sous la pluie, mais il faudrait les payer pour qu’ils se dorent sous leur soleil. » C’est un peu cruel, reconnaissons-le. Pourquoi les riches aideraient-ils les pauvres ? Parce que c’est le seul moyen pour eux de ne pas être ruinés. Autrement dit il est clair que la plupart des pays de la zone euro, et c’est aussi valable, probablement, pour la France, n’arriveront pas à rembourser par des plans d’ajustement. Des plans de rigueur. La rigueur provoquera la dépression et, à terme, la faillite. Les Allemands ont tout intérêt à aider les Grecs, ne serait-ce que parce que les banques allemandes sont plombées par la dette grecque.
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Pour les aider, il y a un point essentiel : accepter la restructuration de la dette. Beaucoup d’économistes commencent à pencher vers cette solution. Mais elle présente un danger : si l’on efface les dettes, les Grecs, les Espagnols, les Français, et les Allemands aussi qui ne sont pas des petits saints, vont se remettre à emprunter comme des malades. Il faut donc échanger la restructuration contre des réformes de compétitivité, et de comptabilité aussi – c’est vrai pour les Grecs, mais c’est aussi vrai pour les Japonais, pour les Américains. Ce n’est pas le cas pour les Français qui ont une comptabilité rigoureuse. Pour restructurer, l’économiste Jacques Delpla a une bonne idée. Il propose de couper la dette des grecs en deux (mais c’est vrai aussi pour les autres pays) : au-delà de 60% du PIB (Maastricht) la dette est rééchelonnée, sur au moins dix ans, et sans intérêt. En échange, on réforme. Si on ne réforme pas, la dette retrouve les intérêts.
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C’est un début, mais pour la Grèce, ça ne suffira pas. Le pays ne va pas se mettre à fabriquer tout à coup des machines outil et des voitures haut de gamme. Les Grecs ont besoin d’un euro faible, notamment parce l’euro fort éloigne fortement les touristes de chez eux. De combien l’euro est-il surévalué pour la Grèce ? sans doute de 100%. Il faudra donc trouver un mécanisme qui fasse que l’euro soit modulable en fonction du pays : fort pour les marchands de machines, faible pour les marchands de tourisme.
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Mais cela ne suffira pas pour la zone euro. Car dans les branches comme l’électronique ou la mécanique, la productivité des chinois se rapproche dangereusement de celle des européens, alors que les salaires sont dix fois plus faibles. A terme, la zone euro, Allemagne comprise – surtout lorsqu’on sait que la population active allemande est très faible – est condamnée. Donc si l’on veut préserver un minimum de niveau de vie et de protection sociale dans la zone euro, il faut se protéger de la concurrence déloyale de pays sans contraintes sociales et environnementales. Il ne s’agit pas de remettre des barrières douanières, mais d’instaurer une protection sélective – et je rappelle que la Chine est un pays très protectionniste pour tout ce qui touche ses propres marchés publics.

Paru dans « Marianne2 » le lundi 14 juin

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103 – Article invité : A-J Holbecq « évolution des soldes primaires du budget »

Voici l’évolution des soldes primaires et des soldes finaux des budgets de l’ensemble des administrations publiques, ainsi que celle des intérêts payés (le tout en euros constants valeur 2009).

Le solde du budget primaire est calculé en retranchant les paiements d’intérêt nets au titre de la dette du solde du budget final (capacité ou besoins de financement)

(précision ajoutée: dans la dernière colonne, les soldes primaires négatifs apparaissent évidemment avec le signe « moins ». Des chiffres positifs  signalent un solde primaire positif)


Ce qui nous donne ce graphique


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