102 – Déjouer le piège de la rigueur et le verrou de l’Euro

Article de Jacques Sapir, paru sur le blog Horizons
(blog de Malakine) , le 08 juin 2010

Sommes-nous donc en 1931 ? Alors que les annonces de plans dits « de rigueur » ou « d’austérité » se multiplient à travers l’Europe, il est aujourd’hui évident que l’ordre du jour des divers gouvernements est dominé par la réduction des déficits publics. Se répètent ainsi les erreurs commises lors de la « Grande Dépression » [1]. Ceci n’est pas – seulement – dû à un oubli de l’histoire. La crise que connaît la zone euro, et qui n’en est qu’à son commencement, a joué dans ce tournant un rôle à la fois décisif et pernicieux. C’est elle qui a lourdement pesé dans la conversion actuelle des principaux gouvernements à la « rigueur ».

Ils sacrifient ainsi la substance – à savoir la dynamique économique qui fonde en réalité la possibilité réelle de la zone euro à se maintenir – à l’apparence : les conditions immédiates de son maintien face à la spéculation des marchés. Il est donc à craindre que l’Europe et la France n’entrent dans une période prolongée de récession sous l’impact cumulé de ces politiques restrictives. Des mesures radicales s’imposent, mais, pour les évaluer, il faut d’abord procéder à un bilan de la situation.

Le piège de la rigueur ne se comprend pas hors du verrou de l’euro. Pour autant, l’adhésion à ce dernier n’a pas reposé que sur des considérants idéologiques. Il y a bien eu des facteurs réels qui ont convaincu les gouvernements d’accepter cette solution de la monnaie unique dont les inconvénients étaient pourtant connus dès l’origine. Le délitement de ces facteurs pose la question de la possibilité de la survie de la zone euro et, au-delà, des solutions alternatives qui s’offrent à nous.

Vers la récession

Les politiques de rigueur constituent une grave erreur pour des raisons qui devraient être évidentes : elles vont déprimer la demande intérieure de la zone euro et rendre ainsi encore plus difficile le retour progressif à un relatif équilibre des dépenses publiques, ce qui est pourtant le but officiellement recherché. Tel fut d’ailleurs le résultat de politiques analogues conduites en Europe et ailleurs au début des années 1930. Ces politiques ne font que commencer, et il ne faut nourrir aucune illusion à leur sujet car nous sommes entrés dans une logique de déflation compétitive. Aux plans grec, espagnol, portugais, italien et bientôt britannique viendront s’ajouter d’autres. Ces plans seront très probablement renforcés dès cet automne, en particulier dans le cas de la France [2].

Ces politiques trouvent, bien entendu, leur origine immédiate dans la crise que la zone euro est en train de subir, et il est en quelque sorte logique de voir Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), en appeler à davantage de « surveillance mutuelle » [3]. L’accumulation des dettes souveraines des États a provoqué une inquiétude légitime. Mais, en réalité, elle résulte du fonctionnement même de la zone euro qui oblige les pays à financer la totalité de leurs dettes par des appels aux marchés financiers. L’interdiction faite à la BCE, par les traités européens, d’assumer une partie du financement de cette dette (alors même qu’elle a repris une partie des dettes des banques et qu’elle est autorisée, depuis le 10 mai, a racheter, en cas d’urgence, des titres publics détenus par ces mêmes banques), ne semble laisser d’autres alternative que cette « rigueur ».

La conjonction de telles politiques sur un grand nombre de pays aura des résultats cumulatifs. Ainsi, l’effort particulier demandé aux Grecs, mais aussi aux Espagnols, au Portugais et aux Italiens, verra une partie de ses effets annulés par la récession européenne qui viendra affaiblir les recettes fiscales de ces pays. Les péripéties des derniers jours de mai montrent d’ailleurs les limites de ces politiques.

Voté à une voix de majorité par le Congrès des députés espagnol, le plan de rigueur n’a pas évité à ce pays de voir sa note dégradée le 28 mai. De fait, le gouvernement de Zapatero sort affaibli de ce vote et s’effondre dans les sondages [4]. Notons ici que l’agence Fitch, souvent critiquée avec ses consoeurs, a fait preuve en l’occurrence de beaucoup de sagesse puisqu’elle pointe dans ses attendus l’ampleur de la dette privée et la baisse de la croissance qui ne sauraient que résulter de cette politique. L’Espagne croyait acheter l’adhésion des marchés par sa « rigueur », mais c’est l’inverse qui se produit.

Il faudra donc immanquablement, si l’on veut que cette politique soit cohérente, en rajouter sur ces plans. Nous sommes donc bien entrés dans une logique de contraction budgétaire, qui va faire sentir ses effets les plus pernicieux dans les mois à venir. L’effet psychologique de ces politiques, venant après la crise de 2008-2009, sera désastreux sur la demande des ménages qui, il ne faut pas l’oublier, conditionne la demande des entreprises et l’investissement. À l‘effet direct de ces politiques, il faudra ajouter les effets indirects qui vont se manifester sur la dépense des ménages, mais aussi sur celle des entreprises.

Lire la suite

Publié dans Croissance, Débat monétaire, Dette publique, euro, Propositions, Sapir | Tagué , , , | Un commentaire

101 – Pétition

Appel « Stop paradis fiscaux »

Les paradis fiscaux font des ravages. Ils ont amplifié la crise qui a jeté des millions de personnes dans le chômage et la précarité à travers le monde. Comment aujourd’hui accorder la moindre confiance aux banques si on ne connaît pas le montant de leurs capitaux dissimulés dans ces trous noirs de la finance mondiale ?

Les paradis fiscaux plombent le budget des États. Des grandes entreprises et des individus fortunés échappent aux impôts en y cachant leur argent, tandis que les autres paient à leur place. En France, la fraude fiscale coûterait 3 fois le déficit de la Sécurité sociale. Les paradis fiscaux y prennent une large part. Les pays du Sud, eux, voient s’envoler dans les paradis fiscaux près de 800 milliards d’euros par an !

Les paradis fiscaux servent également de base-arrière pour blanchir l’argent des trafiquants, des dictateurs et autres caisses noires de certaines entreprises. En protégeant les hors-la-loi et leurs secrets, ils menacent en permanence la paix et la démocratie dans le monde.

Les dirigeants du G20 ont appelé, en avril 2009, à une action mondiale contre les paradis fiscaux. C’est une bonne nouvelle. Mais ce premier pas n’est pas à la hauteur du scandale. À quoi bon dresser, par exemple, une liste des paradis fiscaux si c’est pour la vider, aussitôt, de son contenu ? Sans la présence des banques et des multinationales des pays du G20, les paradis fiscaux n’existeraient plus : 100% des entreprises et des banques françaises du CAC 40 y ont des filiales. C’est sur celles-ci que la France et la communauté internationale doivent agir !

Qui que l’on soit – citoyen, consommateur, militant syndical, élu local ou dirigeant d’entreprise, demandons davantage de transparence aux utilisateurs des paradis fiscaux. Ensemble, exigeons leur disparition !

Je signe l’appel « Stop paradis fiscaux », je consulte les dix propositions et je m’engage dans la mobilisation citoyenne pour faire cesser cet état de non-droit.

Une campagne à l’initiative des organisations syndicales CFDT, CGT, Snui, Solidaires et des associations Attac, CCFD-Terre Solidaire, Oxfam France-Agir Ici et de la Plate forme paradis fiscaux et judiciaires.

Publié dans Uncategorized | 37 commentaires

100 – Données économiques européennes

Je tiens à vous signaler cette intéressante étude de la Banque de France, intitulée « Zone euro – indicateurs économiques et financiers – 4 juin 2010″dans laquelle vous trouverez tout un tas de données économiques et financières concernant la France, la zone euro, l’U.E., et le reste du monde.
A télécharger en pdf

Publié dans Uncategorized | Un commentaire

99 – Notes sur le bancor

Le Bancor nous intéresse car il présente certaines similitudes avec des propositions d’un nouvel « E.C.U. ». Merci Monsieur Jorion pour cette étude.

________________________________________

Publié par Paul Jorion le 24 mai 2010
Ce texte est un « article presslib’ » (*)

__________________________________________

Keynes s’était déjà penché plusieurs fois sur la question monétaire. Son premier livre en 1913 est consacré à la devise indienne : Indian Currency and Finance. En 1930, il publie le Treatise on Money. Il se cantonne cependant jusque-là dans l’analyse, sans s’aventurer dans le domaine de l’application des conclusions auxquelles il aboutit.

Quand la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne en 1939, Keynes participe dans son pays à la réflexion sur la transition vers une économie de guerre. Lorsque les hostilités débutent en 1940, les Américains restent prudemment en retrait : ils n’interviennent pas lorsque le Danemark et la Norvège sont attaqués en avril, ni ne s’engagent aux côtés de la Grande-Bretagne et de la France lorsque le Benelux et la France sont envahis en mai 1940. La raison en est simple : l’opinion publique américaine ne suivrait pas Franklin D. Roosevelt. Les rangs du parti républicain comptent une minorité importante de membres d’origine allemande, demeurant favorables à leur mère-patrie, tandis que les rangs du parti démocrate comptent eux des gens de gauche aux yeux de qui la politique impériale de la Grande-Bretagne ne vaut guère mieux que le national-socialisme allemand. La vente par l’Amérique d’armements en grande quantité à la Grande-Bretagne, dont un tiers ne parviendra jamais à l’acheteur, les navires étant coulés par les U-boots, permettra à Roosevelt de préparer l’opinion. Lorsqu’intervient l’attaque sur Pearl Harbor en décembre 1941, le peuple américain tout entier est désormais prêt à l’entrée en guerre et le président américain a derrière lui pour le soutenir, une opinion publique quasi-unanime.

Lire la suite

Publié dans Débat monétaire, ECU, Keynes, Zone Monétaire Optimale | Tagué , , , , | 7 commentaires

98 – Article invité : A-J Holbecq « monétiser la dette publique »

Par notre participation aux recettes directes ou indirectes de l’État, nous devons collectivement payer un intérêt à ceux qui ont la possibilité de prêter aux administrations publiques, lorsque celles ci ont des besoins de trésorerie (investissement ou fonctionnement) supérieurs à leurs recettes. Ces créanciers détiennent ainsi des « titres de dette », tels que Bons du Trésor (BTF ou BTAN) et les Obligations (OAT). Au fil des années, cet argent distribué aux plus riches s’accumule et les intérêts qu’il faut payer plombent les finances publiques. Qui plus est, leur montant est tel, qu’ils nécessitent l’émission permanente de nouveaux titres de dette souvent proches d’ailleurs montant des intérêts des emprunts antérieurs,  et impose de couvrir, par de nouveaux emprunts, le besoin de trésorerie des  administrations publiques.

Les intérêts payés entre 1980 et 2008 représentent 1306 milliards d’euros, et la dette brute sur la même période est passée de 239 à 1327 milliards d’euros, soit une multiplication par 5,5 (37 000 € par foyer fiscal). Elle atteint, en 2010 les 1500 milliards d’euros.

Si nous n’avions pas eu d’intérêts à payer, si l’État avait pu émettre notre monnaie, ce qui lui est interdit depuis la réforme des statuts de la Banque de France de 1973 et l’inclusion de cette règle au niveau européen depuis le Traité de Maastricht,  la dette initiale de 239 milliards d’euros à fin 1979 aurait totalement disparu entre 2005 et 2007 (l’année 2008 correspondant à un endettement atypique comme l’est  également 2009,  et le seront 2010 et sans doute 2011). Tout au long de ces années, les soldes auraient été positifs pour un total de 217,8 milliards d’euros qui auraient pu être utilement utilisé pour le bien être collectif de la population ou le financement à long terme d’équipements « écologiques ».

(La justification de ces chiffres se trouve sur le document téléchargeable sur :
http://monnaie.wikispaces.com/file/detail/dette-publique.pdf )

Voici d’ailleurs, sous forme graphique, cette évolution depuis fin 1979, l’accumulation de dette antérieure procédant d’ailleurs des mêmes causes.

(graphique de A-J Holbecq)

Nous payons chaque semaine 1 milliard d’euros d’intérêts, plus de 50  milliards d’euro par an, à des investisseurs privés, soit 2600 € par foyer fiscal imposable (sans pour autant parvenir à rembourser le moindre centime du capital  emprunté !). C’est maintenant plus que  l’impôt sur le revenu perçu en France et c’est autant de financement qui disparaît des capacités d’action de l’État et des autres administrations publiques.

Puisque les traités en cours nous empêchent de procéder comme nous le souhaiterions, peut être faudrait-il procéder ainsi :

1 – Le gouvernement français « menace » de quitter la zone euro si dans un délai court les statuts de la BCE et l’article 123 du Traité de Lisbonne ne sont pas revus dans le sens de permettre à chaque État de bénéficier de la possibilité de se financer auprès de la BCE et d’y transférer progressivement les obligations publiques arrivant à échéance.

2 – Proposition que les financements à long terme nécessaires au développement durable et écologique (croissance verte) pourraient l’être par la simple adjonction d’un paragraphe supplémentaire à l’article 123/1 du Traité de Lisbonne et une très légère modification des Statuts de la BCE.

En effet : c’est actuellement l’article 123 du Traité de Lisbonne (TFU) qui nous gouverne (ancien article 104 du traité de Maastricht):

1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.

Que l’on peut traduire par : « Les États ne peuvent plus créer la monnaie, maintenant ils doivent l’emprunter auprès des acteurs privés en leur payant un intérêt ruineux qui rend tous les investissements publics hors de prix mais qui fait aussi le grand bonheur des banques privées et des rentiers» …

Les propositions d’adjonctions pourraient être sensiblement celles ci :

1 – suppression progressive de la dette

«  Dans le but de supprimer les obligations de paiement d’intérêts sur les dettes publiques de chaque pays de la zone euro, les dettes de ceux-ci seront remboursées aux échéances aux détenteurs actuels par monétisation de nouveaux titres achetés par la Banque Centrale Européenne dans la limite annuelle de X % de la dette initiale. »

Progressivement car monétiser d’un seul coup l’ensemble de la dette serait évidemment suicidaire.

Voyons une possibilité au niveau de la France pour laquelle la dette à fin 2009 atteint sensiblement 1500 milliards d’euros, générant par des intérêts à payer à 4% une dette supplémentaire de 60 milliards par an.

Pour la simplification de l’explication, admettons ici que la banque centrale décide de monétiser tous les ans 100 milliard d’obligations arrivant à échéance, plus les intérêts dus sur le solde au taux moyen de 4%, et que le budget des Administrations publiques est équilibré hors intérêts à payer.

L’année 1, la banque centrale devrait donc monétiser 100 + (1500 x 4%) =160 Md€ qu’elle transfèrerait au Trésor Public pour paiement des titres de dette arrivant à échéance.

La seconde année la dette serait ainsi réduite à 1400 milliards. La banque Centrale monétiserait 100 + (1400 x 4%) = 156 Md€

Les années suivantes verraient les besoins de monétisation suivants : 152, 148, 144, 140, 136, 132, 128, 124, 120, 116, 112, 108, 104, 100,   et le solde de dette (hors banque centrale) baisserait chaque année de 100 Md€

Et donc la 16° année le capital de la dette de 1500 Md€ plus les intérêts payés de 480 Md€, soit un total d’environ 2000 Md€, seraient donc « gelés » sous forme de nouvelles obligations du Trésor (OATI : Obligations du Trésor à Terme Indéfini), sans intérêts à payer, par un transfert total à la Banque de France qui rappelons-le, est propriété à 100% de la Nation.

Cette monnaie s’intégrerait effectivement en plus dans le circuit économique, mais sur une longue période, sans risque d’inflation!

2 –  Nouveaux besoins d’investissements nécessaires (transition énergétique)

« Dans le but de soutenir l’économie des pays membres, et par exception au paragraphe 1, soit le Trésor Public, soit un établissement de crédit nommément désigné pour chaque État, peut obtenir de la part de la Banque Centrale Européenne les fonds correspondants aux obligations d’État déposées en contrepartie, pour une utilisation exclusive d’investissements reconnus d’utilité publique, collective ou écologique, dans des domaines d’application dont la liste aura été préalablement définie et votée par le Parlement de chaque État. Le taux d’intérêt appliqué à cette émission monétaire sera celui dit « de refinancement » appliqué aux établissements de crédit privés. »

Évidemment, ce faible intérêt payé par un pays (actuellement le taux de refinancement est de 1% annuel) reviendrait dans un « pot commun » dans les comptes de la BCE (zone euro) et serait donc repartagé au prorata des parts de chaque État de la zone euro. Un État qui emprunterait proportionnellement plus que les autres en rapport de sa participation dans la BCE serait donc redevable d’une partie des intérêts qu’il ne récupérerait pas mais qui deviendrait donc une recette supplémentaire pour les autres pays.,

Lorsque les États en auront assez de se faire plumer, ils décideront de faire monétiser progressivement les titres arrivant à échéance par leur banque centrale

Les monétaristes ne sont pas choqués que le taux de croissance (annualisé sur 6 mois) de M3 dans la zone euro a atteint près de 13% en 2007, et que sa moyenne entre 2002 et 2007 ait été proche de 10

S’il n’est pas possible de s’entendre, il faudra quitter l’euro, considérer que la dette due est transformée en « francs » au taux d’entrée dans la zone euro, ce qui amènerait a une dette totale de 9840 milliards de francs (1500 milliards d’euros x 6,56) et décider de rembourser la dette aux échéances des obligations, en procédant de la même manière à une émission d’obligations nouvelles monétisées par la Banque de France.

En conclusion

Si une collectivité a:

1 – un besoin (collectivement souhaitable),
2 – la volonté de le satisfaire,
3 – les moyens techniques et énergétiques,
4 – un excès de main d’œuvre et le savoir-faire,

… l’impossibilité souvent alléguée du manque de financement est une mauvaise excuse car une vraie richesse résultera d’une création monétaire éventuellement nécessaire pour la réaliser. Il faut évidemment par la suite « détruire » cette monnaie;  l’impôt y pourvoira par remboursement progressif d’une dette sans intérêts (et donc la destruction des obligations correspondantes) au fur et à mesure de l’usure, c’est-à-dire de l’amortissement, des richesses dont la production aura été permise par l’émission monétaire, ce qui, évidemment, n’empêche pas l’émission de nouvelle monnaie pour de nouveaux projets.

Publié dans Article invité, Croissance, Dette publique | 11 commentaires

97 – Deux nouvelles vidéos de Paul Grignon

Voici les deux dernières vidéos/productions de Paul Grignon entièrement en Français:

L’essence de l’Argent : Un conte médiéval

Sur Dailymotion : http://www.dailymotion.com/video/xdhg4i_l-essence-de-l-argent-un-conte-medi_news

Sur Vimeo : http://www.vimeo.com/12133759

Digital Coin : L’introduction
(à voir après l’essence de l’Argent de préférence)

Sur Dailymotion : http://www.dailymotion.com/video/xdhiwo_introduction-a-digital-coin-piece-n_news

Sur Vimeo : http://www.vimeo.com/12137539

Publié dans Banques, Débat monétaire, Grignon, Propositions, Uncategorized | 11 commentaires

96 – Irving Fisher, Sam, Jorion, Alexandre et consorts

Extraits ( p. 147 et suivantes) de « Les fondements de la théorie bancaire » de Sylvie Diatkine (chez Dunod)

__________________________________

LE PLAN DE RÉFORME DE I. FISHER

L’idée essentielle consiste à supprimer le lien entre crédit et monnaie. Les banques devront observer un coefficient de réserves de 100%. Tous les comptes de chèques ne pourront faire circuler que de la monnaie déjà « en caisse ». Le but est d’aligner toutes les formes de monnaie bancaire sur les billets ; aller au-delà des principes de l’Act de 1844 en imposant la même règle aux dépôts qu’aux billets. Fisher pense même que le problème des billets n’est plus important puisque la monnaie est principalement composée de comptes de chèques.

La monnaie sera émise par une commission spéciale et gouvernementale ; elle sera remise aux banques contre la partie de leurs actifs qui correspond à leurs prêts. Elle servira donc de réserves aux banques et ne pourra pas, par elle-même, faire varier la circulation monétaire du pays. Il y aura donc substitution de cette monnaie aux titres des banques et à l’avenir, une fois ce processus terminé, un coefficient de réserves de 100 % sera observé à tout moment. Les dépôts étant entièrement reliés aux réserves, tous les instruments de paiement se comporteraient comme les réserves, comme s’il s’agissait d’une circulation de monnaie manuelle uniquement. On retrouve les propositions de l’Ecole de la circulation : une circulation de papier qui se comporte comme s’il s’agissait d’une circulation métallique (des certificats de métal), comme si les réserves métalliques circulaient. Dans le système proposé par Fisher (« 100 % money » à distinguer du système actuel de « 10 % money »), il n’y a plus de différence entre ce qui est monnaie manuelle (monnaie effective) et instruments de crédit qui circulent.

Lire la suite

Publié dans Banques, Débat monétaire, Fischer | Tagué , , , , | 2 commentaires

95 – E.C.U.

Extraits de http://fr.wikipedia.org/wiki/E.C.U.

L’European Currency Unit, en français Unité de compte européenne (acronyme usuel : ECU ) a été l’unité de compte de la Communauté européenne avant l’adoption du nom de l’euro, lors du Conseil européen de Madrid en décembre 1995.

Cette devise internationale a été créée en 1979 en même temps que le Système monétaire européen (SME) dans le but de donner aux pays membres de la CEE une zone de stabilité monétaire en limitant les fluctuations des taux de change entre les pays membres. Ce n’était pas une vraie monnaie mais un panier de valeurs, et la valeur de l’écu était mécaniquement plus stable que celle des monnaies qui le composent. La faiblesse éventuelle d’une monnaie du panier étant compensée par la force des autres monnaies. L’ECU a été utilisé comme unité de compte pour les institutions européennes et les banques centrales des pays membres, ainsi que comme monnaie de placement et d’endettement sur les marchés financiers.

Changement de nom

Bien que le nom ECU ait été explicitement indiqué dans le traité de Maastricht comme nom de la future monnaie unique européenne (art. 109 notamment), ce nom a été abandonné. Plusieurs raisons ont été invoquées, certaines d’ordre « psycho-politique », d’autres d’ordre technique :

  • ressemblait trop à l’écu, une ancienne monnaie française (ce qui était volontaire) ;
  • la prononciation en allemand de « ein ECU » faisait trop penser à « eine Kuh » qui désigne une vache;
  • dans la mesure où tous les pays membres du SME ne rejoignaient pas la zone de monnaie unique, il pouvait être opportun de conserver une distinction entre cette dernière et l’ECU.

L’ECU, ancêtre de l’euro

Lors du basculement vers l’euro, le 1er janvier 1999, la valeur de cette nouvelle monnaie a été conventionnellement fixée à un ECU, mais l’euro n’est pas simplement le nouveau nom de l’ECU puisque l’euro est une monnaie réelle, ayant cours et étant matérialisée par des pièces et des billets alors que l’ECU n’était qu’un panier de monnaies (on pouvait cependant acheter des livres édités par l’Union avec une valeur fixée en ECU). De plus, l’euro est, depuis cette date, la monnaie officielle unique des états européens de la zone euro. Enfin, l’ECU, panier de monnaies, était constitué de toutes les monnaies européennes, dont la livre sterling par exemple, ce qui n’est pas le cas de l’euro.

Pour la première fois la stabilité monétaire en Europe était définie par rapport à une référence interne, l’ECU, et non plus externe comme auparavant avec l’or ou le dollar.

========

The European Currency Unit was a basket of the currencies of the European Community member states, used as the unit of account of the European Community before being replaced by the euro on January 1, 1999, at parity. The ECU itself replaced the European Unit of Account, also at parity, on March 13, 1979. The European Exchange Rate Mechanism attempted to minimize fluctuations between member state currencies and the ECU. The ECU was also used in some international financial transactions, where its advantage was that securities denominated in ECUs provided investors with the opportunity for foreign diversification without reliance on the currency of a single country.

Approximate national currency weights to the ECU value
Currency 13.03.1979-
16.09.1984
17.09.1984-
21.09.1989
21.09.1989-
31.12.1998
BEF 9.64% 8.57% 8.183%
DEM 32.98% 32.08% 31.955%
DKK 3.06% 2.69% 2.653%
ESP 4.138%
FRF 19.83% 19.06% 20.316%
GBP 13.34% 14.98% 12.452%
GRD 1.31% 0.437%
IEP 1.15% 1.20% 1.086%
ITL 9.49% 9.98% 7.840%
LUF 0.322%
NLG 10.51% 10.13% 9.98%
PTE 0.695%

———————-

Dénomination ISO Valeur Pays d’émission (*) ou d’utilisation
European Currency Unit XEU 00001,0000000 Union européenne (*)
Mark allemand DEM 00001,9550830 Allemagne
Schilling autrichien ATS 00013,7600300 Autriche
Franc belge BEF 00040,3390900 Belgique
Peseta espagnole ESP 00166,3860000 Espagne (1)
Mark finlandais FIM 00005,9450730 Finlande (2)
Franc français FRF 00006,5590570 France (3)
Livre irlandaise IEP 00000,7870564 Irlande
Lire italienne ITL 10936,2700000 Italie
Franc luxembourgeois LUF 00040,3390900 Luxembourg
Florin néerlandais NLG 00002,2030710 Pays-Bas (4)
Escudo portugais PTE 00200,4820000 Portugal (5)
Franc andorran ADF 00006,5590570± Andorre
Peseta andorrane ADP 00166,3860000± Andorre
Franc monégasque MCF 00006,5590570 Monaco
Lire de Saint-Marin SML 10936,270000 Saint-Marin
Lire vaticane VAL 10936,270000 Vatican
Drachme moderne grecque GRD 00340,7500000 Grèce
Tolar slovène SIT 00239,6400000 Slovénie
Livre chypriote CYP 00000,5850274 Chypre (6)
Lire maltaise MTL 00000,4290300 Malte
Couronne slovaque SKK 00030,1260000 Slovaquie
Publié dans Débat monétaire, ECU, euro | Tagué , , | Commentaires fermés sur 95 – E.C.U.

94 – Zone Monétaire Optimale

Extraits/copie  de « wikipedia ».

______________________________________

En économie, une zone monétaire optimale est une région géographique dans laquelle il serait bénéfique d’établir une monnaie unique. La théorie de la zone monétaire optimale a été développée dans les années 1960, principalement par Robert Mundell, ce qui lui valut le « prix Nobel » d’économie.

Une zone monétaire optimale peut regrouper plusieurs pays ; elle peut aussi ne concerner que quelques régions d’un grand pays. Par exemple, il pourrait être bénéfique de séparer les États-Unis en deux zones monétaires distinctes, la côte ouest et la côte est.

Le principal désavantage de lier deux ou plus monnaies irrévocablement à un taux de change fixe c’est de perdre la variable d’ajustement macroéconomique qu’est le taux de change. D’un autre côté, l’unité monétaire facilite les échanges entre pays, surtout par l’éviction du risque de change et la réduction du coût de transaction mais aussi en allégeant la gestion de trésorerie des grandes entreprises, plus grande transparence des prix, réduisant les primes de risques incorporé dans les taux d’intérêt des pays à monnaie faible, etc.

Critères à respecter

La littérature a développé 3 critères majeurs, dit traditionnels:

  • de Mundell (1961) : la mobilités des facteurs, notamment le travail.
  • de McKinnon (1963) : le degré d’ouverture économique, avec flexibilité des prix et des salaires
  • de Kenen (1969) : le degré de diversification du tissu productif. (Transferts fiscaux : une politique de stabilisation assure par des transferts de revenus la résorption des déséquilibres)

Des critères secondaires plus récents font ressortir une limite aux critères traditionnels : ces derniers peuvent en effet évoluer dans le temps (ils sont endogènes au fonctionnement d’une zone monétaire) ; l’importance c’est de les apprécier ex post. Des critères secondaires peuvent être définis comme :

  • l’homogénéité des préférences
  • la diversification des productions
  • le sentiment d’appartenance à un ensemble commun
  • la distance et la taille économique
  • une langue commune
  • etc.

La théorie

L’avantage de l’union monétaire serait une fonction croissante de l’intégration économique

La théorie de la zone monétaire optimale, développée par Robert Mundell dans les années 60, tente d’évaluer l’opportunité de l’union monétaire entre pays. Pour Robert Mundell, l’union monétaire a ses avantages et des désavantages. Les avantages sont ceux qui permettent un essor plus rapide du commerce au sein de la zone concernée, les désavantages sont liés à la perte de la possibilité d’une politique monétaire propre à chaque pays.

Pour Mundell, un groupe de pays a intérêt à participer à un système de change fixe si la mobilité des facteurs à l’intérieur de la zone qu’ils constituent est plus forte qu’à l’extérieur.

L’union monétaire entre deux pays peut alors se dérouler dans les cadres où:

  • le taux de change est fixe, les prix et salaires sont parfaitement flexible ;
  • le taux de change est flexible, les prix et salaires sont rigides ;
  • le taux de change est fixe, les prix et salaires sont rigides, mais le facteur travail est mobile.

McKinnon considère que plus les pays sont ouverts sur l’extérieur, moins ils ont à perdre à adopter un système de change fixe. Le degré d’ouverture d’une économie étant mesuré par la proportion des biens dits échangeables (biens exportés + biens importés) dans la production totale de cette économie.

Kennen (1969) propose un troisième critère et met l’accent sur le degré de diversification du tissu productif des pays qui envisagent de créer une zone de change fixe. Selon lui, des économies diversifiées peuvent se passer de l’instrument du taux de change et former une zone monétaire optimale. Plus le tissu est diversifié, moindre est le risque d’être affecté par un choc spécifique.

Dès lors, l’union monétaire conduit à une intégration économique des partenaires. On observera alors un recul du commerce inter-branche au profit du commerce intra-branche (échange de produits similaires appartenant à une même branche. Ex: Volvo contre BMW).

Cooper (1977) e Kindleberger (1986) ont développé le critère des préferences homogènes. Pour ces deux auteurs, une union monétaire est avant tout un bien collectif qui suppose pour fonctionner que les objectifs de politique économique des différents gouvernements convergent, notamment en matière d’inflation.

Publié dans Croissance, euro, Zone Monétaire Optimale | 2 commentaires

93 – Irving Fischer : les rouages vicieux…

Extrait du site « Révolution monétaire« 

Les rouages vicieux de la création monétaire

Dans 100% Money, en 1935, l’économiste Irving Fisher décrit simplement comment l’argent peut être créé et détruit par le système bancaire dans notre système monétaire et comment cela fragilise le système financier et l’économie dans son ensemble. Bien que le temps ait passé, notre système monétaire est aujourd’hui fondamentalement identique à celui du temps de Fisher.


La Banque d’Amsterdam et l’ancien système 100%

Lire la suite

Publié dans Banques, Débat monétaire, Fischer | Tagué , , , , | 6 commentaires

92 – Lordon: retour à la monnaie nationale!

Lordon, dans un article remarquable, plaide pour un retour au franc (ou à « l’eurofranc »)

Plusieurs personnes, dont Jacques Sapir, avaient plaidé à l’époque pour une monnaie commune, seule convertible contre les devises extra-européennes, par rapport à laquelle les monnaies européennes auraient reçu chacune une parité de départ, mais révisable selon, non pas des mécanismes de marché (systématiquement désordonnés et incapables de produire à chaud le moindre ajustement smooth) mais des processus de négociations politiques (à l’unanimité ou à la majorité très qualifiée, avec contreparties à l’autorisation de dévaluation d’un des membres, etc.). Les monnaies nationales auraient fonctionné en gros comme des dénominations de la monnaie commune européenne, mais – et c’est une différence immense – des dénominations aux taux politiquement ajustables. C’est ce mécanisme qui fait cruellement défaut, et si les événements, aujourd’hui ou dans quelques mois, tournent à la décomposition complète du traité de Lisbonne avec obligation de tout refaire à neuf, c’est une telle idée qu’il faudra vigoureusement pousser.

… mais également pour la monétisation des dettes publiques…

Que peut-il se produire au moment où les gouvernements européens prendront conscience de leur stratégie des Danaïdes et jetteront l’éponge ? À supposer qu’il s’obstine à rester dans l’euro en continuant de payer la dette, alors que le marché des capitaux lui sera fermé pour de bon, et privé d’une banque centrale nationale qui pourrait lui prêter directement, le gouvernement grec pourrait tout à fait en venir aux assignats : il émettra lui-même du papier pour payer ses dépenses en excès sur ses recettes. C’est bien ce que les provinces argentines ont fait au début des années 2000 (patacones)… et ce que fait la Californie depuis 2009 ! L’État de Californie, en effet, paye en partie ses fonctionnaires avec des bons à terme, appelés IOU, portant intérêt et convertibles en cash à des échéances qui dépendent d’ailleurs de l’état de la trésorerie…

À n’en pas douter, comme un signe de grande santé, cette mesure fera très bonne impression sur l’opinion des marchés… Comme, entre temps, la situation du Portugal et de l’Espagne – mais il serait utile également de se souvenir qu’existent des pays-modèles comme l’Irlande, le Royaume-Uni… et les États-Unis dont les situations de finances publiques ne sont pas beaucoup moins pourries que celle de la Grèce – la contagion, à l’inverse de la guerre de Troie, aura bien lieu ! Que peut-il se passer à ce moment là ? Il n’y a pas trente six solutions : seul le prêteur en dernier ressort a la capacité de sauver le système : la banque centrale. C’est bien elle qui est intervenue pour régler le problème des dettes bancaires privées. C’est elle qui devrait intervenir pour régler le problème des dettes publiques consécutif au problème des dettes privées. À ceci près que le divin traité l’interdit ! Sauver la finance privée, c’est autorisé. Sauver les finances publiques, non.

En 2005, grande année constitutionnelle, il ne fallait pas dire tout ça, c’était archaïque et égoïste. On ne sait pas si les ravis européistes d’alors trouvent le spectacle d’aujourd’hui moderne et altruiste, mais il va falloir qu’ils se fassent à l’idée un peu douloureuse que ce qu’ils ont défendu sous la promesse de donner leur sang était défectueux dès le départ, et que tout va partir en morceaux, avec l’éventualité d’être refait mais sur des bases absolument contraires à celles qu’ils avaient déclarées sans alternative. En particulier celle-ci : la BCE doit pouvoir prêter directement aux États.

Publié dans Banques, Débat monétaire, Dette publique, euro, Lordon | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

91 – Les trois plaies de l’euro (Laurent Pinsolle)

(article du 9 mars 2010 sur le blog de Laurent Pinsolle )

Les trois plaies de l’euro

Un ami m’a récemment interpelé au sujet de l’euro. Pour lui, la crise démontrerait la pertinence de la monnaie unique européenne. Ce n’est absolument pas mon opinion et cela me donne l’occasion de faire un bilan de cette expérience monétaire bien hasardeuse.

Le mythe de la protection

Pour être honnête, il faut bien reconnaître que la monnaie unique a eu quelques effets bénéfiques. Tout d’abord, elle facilite les échanges (frontaliers, touristiques, commerciaux) au sein de la zone, même si elle n’a pas fondamentalement accéléré un mouvement qui lui préexistait largement. Ensuite, dans un premier temps, la convergence des taux longs a permis aux pays qui souffraient d’une forte prime de risque de réduire considérablement le coût de leur dette.

Mais cette convergence s’est interrompue en 2008 et nous sommes revenus à la situation d’avant l’euro. Et contrairement à un mythe persistant, l’euro ne nous a pas protégés pendant cette crise, bien au contraire. Il faut être bien naïf pour gober ce poncif euro-béat. En effet, la crise a été plus forte de ce côté-ci de l’Atlantique, ce qui devrait largement suffire pour démontrer que la monnaie unique n’a absolument pas amorti la crise (sinon, la récession aurait été moins forte en Europe).

La plaie de la surévaluation

En fait, et c’est malheureusement ce que je soutiens depuis toujours, l’euro est un boulet accroché aux économies européennes, qui pénalise la croissance économique des pays membres. La raison est assez simple : hormis à sa naissance et pendant quelques temps, l’euro est une monnaie structurellement surévaluée. Les économistes estiment son cours à 1,05-1,1 dollar à parité de pouvoir d’achat, soit une surévaluation de 25% aujourd’hui (qui a atteint 50% mi-2008).

Cette surévaluation a une raison simple : la politique monétaire exagérément restrictive de la BCE par rapport à la Fed, qui pousse l’euro à la hausse. En juin 2008, Jean-Claude Trichet avait trouvé le moyen de monter les taux alors que les Etats-Unis les avaient déjà baissés de 3 points ! Cette surévaluation est une calamité pour l’Union Européenne : elle provoque des délocalisations massives en dehors de la zone euro, et un déficit commercial croissant malgré une demande intérieure atone.

La plaie de la désinflation compétitive

Il faut dire qu’outre le niveau trop élevé de l’euro, les pays de la zone souffrent de la politique de désinflation compétitive, conséquence logique de l’unification monétaire. En effet, dans un système de parité complètement fixe, chaque point de hausse de salaire de moins que le voisin est un point de compétitivité coût de mieux qui permet de gagner la bataille commerciale. C’est ce que l’Allemagne a compris depuis le milieu des années 1990 et applique avec toute sa rigueur.

Ce blocage des salaires a permis à notre voisin d’outre-Rhin de grandement gagner en compétitivité et d’accumuler des excédents commerciaux grandissants vis-à-vis de l’ensemble de ses « partenaires » monétaires. Le problème est que cette politique a un effet dépressif important (la croissance Allemande a été la plus faible de la zone dans les années 2000 après l’Italie), ce qui, de la part de sa première puissance économique, se transmet à l’ensemble de la zone.

Pire, ce comportement bien peu collectif a toutes les chances de pousser les autres pays à adopter la même politique de rigueur salariale absolue pour ne pas perdre en compétitivité. Mais déjà que cette politique avait un impact extrêmement négatif quand elle était uniquement poursuivie par l’Allemagne, elle pourrait se révéler désastreuse si davantage de pays y cédaient, car cela réduirait encore le potentiel de croissance d’une zone qui n’a déjà pas brillé dans ce domaine depuis 10 ans…

La plaie de la bulle et de la rigueur

Mais ce n’est pas tout. L’autre problème majeur de l’euro est d’imposer une même politique monétaire à un ensemble de pays aux réalités trop disparates. Autant les taux sont généralement trop élevés pour des pays comme la France et l’Allemagne, autant ils ont longtemps été trop faibles pour des pays à croissance et inflation plus fortes. 4% était beaucoup trop peu pour une Irlande dont la croissance nominale du PIB flirtait avec les 8% ou même pour l’Espagne ou la Grèce.

Loin de freiner une croissance un peu excessive, la politique monétaire a nourri cette croissance, accentuant les disparités au lieu de les réduire. Mais le retour à la réalité a été brutal. Cette croissance exubérante, provoquée par l’euro, a entraîné des bulles et une inflation trop importante qui ne peuvent être soldées aujourd’hui que par des programmes de rigueur absolument impitoyables, alors que la responsabilité même de la bulle vient d’une politique monétaire inadaptée !

Une Zone Monétaire Non Optimale

En fait, les défauts de l’euro sont insurmontables car la zone euro n’est absolument pas une Zone Monétaire Optimale, comme le définissent les économistes, à savoir une zone géographique apte à partager une même monnaie. Aucun des trois critères nécessaires n’est rempli, à savoir la convergence macro-économique, la mobilité des travailleurs et l’existence d’un budget central. L’euro n’était qu’une aventure politique destinée à contraindre les Etats à construire l’Europe sur un modèle fédéral.

Même une avancée fédéraliste (totalement impossible quand on constate l’état de l’opinion Allemande qui propose aujourd’hui à la Grèce de vendre certaines de ses îles) ne serait pas une solution car les deux premiers critères ne seraient toujours pas vérifiés, ce qui laisserait trop de mécanismes pervers en œuvre, notamment la prime à une désinflation compétitive maladive. Mais surtout, l’Europe n’est absolument pas un espace adapté à une construction de type fédéral.

L’alternative de la monnaie commune

Mais alors, que fait-on après la monnaie unique ? Il y a une solution qui permettrait de conserver l’euro tout en en corrigeant les faiblesses, à savoir en faire la monnaie commune de l’Union Européenne et réintroduire des monnaies nationales qui permettront à chacun de mener des politiques adaptées aux différentes réalités nationales. Par exemple, un tel mécanisme aurait permis aux Banques Centrales Espagnole et Irlandaise de monter leurs taux pour éviter la formation d’une bulle immobilière.

En outre, une telle construction (basée sur un Système Monétaire Européen permettant des dévaluations et des réévaluations) rendrait caduque les politiques excessives de désinflation compétitive, ce qui pousserait l’Allemagne à adopter une politique plus tournée vers la croissance que vers le contrôle des salaires. Mieux, un tel euro, qui deviendrait une monnaie d’échange, pourrait déborder du cadre de l’Union Européenne pour devenir un véritable rival du dollar, ce qu’il n’a pas fait aujourd’hui.

Aujourd’hui, les maigres avantages qui subsistent de l’euro apparaissent dérisoires par rapport aux plaies qu’il provoque. Finalement, ce seront peut-être les marchés qui viendront à bout de la monnaie unique, même si les pesanteurs politiques imposeront sans doute un délai important…

Publié dans Article invité, Banques, Débat monétaire, Dette publique, euro, Propositions | Tagué , , , , , | Commentaires fermés sur 91 – Les trois plaies de l’euro (Laurent Pinsolle)

90 – 100% money d’Irving Fischer

Cet article est copié du site « Révolution monétaire« 

__________________________________________

100% Money d’Irving Fisher : Une courte présentation

2 ans après avoir écrit « The Debt Deflation Theory » où il expliqua comment le processus de désendettement a pu mener les Etats-Unis dans la pire déflation et dépression économique de son histoire, Irving Fisher publia « 100% Money » en 1935. Réforme monétaire, projet politique de très grand ampleur, monument pour la théorie économique, ouvrage convaincant de vulgarisation, ce livre d’un des plus grands économistes de l’ère moderne est resté pour des raisons mystérieuses presque inconnu de la très grande majorité des spécialistes. L’importance de ce livre ayant grandement influencé la pensée des prix Nobels Maurice Allais et Miton Friedman est pourtant cruciale. Fisher y expose très simplement comment assainir l’incroyable château de carte monétaire reposant sur une pyramide de dette pour mettre fin aux immuables cycles destructeurs de boom et dépression.

L’actualité de cet ouvrage est frappante. Confrontés à une crise de la dette privée sans précédent, nous ne trouvons pas d’autres solutions que d’asperger le marché de liquidités et d’endetter lourdement nos Etats, ne faisant que repousser l’inévitable processus de désendettement. Or dans notre système monétaire comme dans celui des Etats-Unis des années 30 le corolaire du désendettement, c’est la déflation. Le plan d’Irving Fisher « 100% money » ou plan de réserve intégrale nous présente ce qui pourrait bien être LA solution pour sortir de cette impasse. Ce qui suit est la première traduction française à ma connaissance d’une courte présentation du plan 100% Money en introduction de cet ouvrage.

Ce texte est également disponible en version originale : http://irving-fisher.blogspot.com/

Une courte présentation du plan

Aux Etats-Unis, ainsi que dans quelques autres pays, la plupart de nos factures sont payées par chèque et non pas avec de l’argent passant de main en main.

Quand une personne signe un chèque, elle paie avec ce qu’elle appelle « l’argent que j’ai a à la banque » comme indiqué par son solde bancaire sur le talon de son chéquier. La somme de tous les soldes sur tous les talons de la nation, c’est-à-dire tous les dépôts sur compte chèque, ou ce que nous pensons habituellement être « l’argent » reposant en banque pouvant servir à payer par chèque constitue le principal moyen de paiement aux Etats-Unis. Je propose d’appeler cela « l’argent sur compte chèque » à distinguer des espèces ou « argent dans les poches ». L’argent dans les poches est le plus classique de ces deux types. Il est visible et tangible tandis que l’argent sur compte chèque ne l’est pas. Sa prétention à être de l’argent et de s’échanger comme si c’était de l’argent réel vient du fait qu’il « représente » de l’argent réel et peut être converti à la demande en de l’argent réel en « encaissant » un chèque.

Cependant, la principale différence entre l’argent sur compte chèque et l’argent dans les poches est que ce dernier est un argent au porteur, accepté par toutes les mains, alors que l’argent sur compte chèque nécessite la permission spéciale du bénéficiaire pour être transféré.

Lire la suite

Publié dans Banques, Débat monétaire, Dette publique, Propositions | Tagué , , , , , | 2 commentaires

89 – Allais: réformes…

Voici un texte essentiel d’un homme important, Maurice Allais , résumé par Étienne Chouard qui présente ainsi ce résumé : « ce fut d’abord un article clairvoyant et décapant publié dans Le Figaro des 12, 19 et 26 octobre 1998, dans la rubrique Opinions ; puis il fut repris et annoté dans un livre passionnant publié aux courageuses éditions Clément Juglar : de nombreuses notes et annexes supplémentaires que vous trouverez dans le livre (pas ici) permettent à l’auteur de répondre aux objections qu’on lui a présentées. L’ensemble est remarquable, vivant, utile : c’est de l’économie politique, à usage citoyen. « 

Lien sur une version plus soignée et plus complète de cette page

ou

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/messages_recus/La_crise_mondiale_d_aujourd_hui_Maurice_Allais_1998.pdf

PLAN

1. La grande dépression de 1929-1934 et ses enseignements essentiels
1.1. La hausse des cours et leur effondrement
1.2. Une hausse des cours de bourse démesurée au regard de l’économie réelle.
1.3. La dépression.
1.4. Un endettement excessif
1.5. Des mouvements massifs de capitaux et des dévaluations compétitives.
1.6. Facteurs psychologiques et facteurs monétaires.
1.7. La grande dépression de 1929-1934 et le mécanisme du crédit
1.8. Rien de fondamentalement nouveau dans la crise de 1929.

2. La crise mondiale d’aujourd’hui
2.1. La propagation de la crise.
2.2. La crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression. De profondes similitudes.
2.3. La création et la destruction de moyens de paiement par le mécanisme du crédit
2.4. Le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme.
2.5. Le développement d’un endettement gigantesque.
2.6. Une spéculation massive.
2.7. Un système financier et monétaire fondamentalement instable.
2.8. L’effondrement de la doctrine laissez-fairiste mondialiste.

3. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires.
3.1 Des facteurs majeurs.
3.2. Le système du crédit
3.3. La réforme de l’indexation. La stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte.
3.4. La réforme des marchés boursiers.
3.5. La réforme du système monétaire international
3.6. Les vérités établies [les dogmes] contre la raison.

OOOOO

La crise mondiale d’aujourd’hui

Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires

Lire la suite

Publié dans Allais, Débat monétaire, Propositions | Tagué , , , , , , | 2 commentaires

88 – Catherine et Sentier198: étalonnage

# sentier198 dit :
28 avril 2010 à 09:54

@ Tous

pour donner un exemple de ce que j’essaye de dire , il pourrait être intéressant de supprimer toute référence à une monnaie en disant , un baguette , ca vaut 1,20 , une twingo 9800 , et un t4 à tel endroit 200000..

je vous dis pas la révolution qu’il faut faire sur toute la planète et les conséquences politiques..
franchement , je ne vois pas d’autre solution..

désolé pour mes délires

Yves

* Catherine dit :
28 avril 2010 à 21:18

Mais ça vaudrait 1,20 quoi, Yves?

Ce serait toujours par rapport à un étalon, donc ça renvoie toujours à une valorisation du monde, à du symbolique forcément, non?

Le troc n’est-ce pas déjà cela d’ailleurs, mais à petite échelle, peut-être que ça va revenir et ce serait une bien bonne idée à mon avis.

Cet été j’ai rencontré une dame prof de yoga qui m’expliquait qu’elle monnayait ses cours sur le mode du troc, il y a entente préalable avec la personne qui vient la voir et elle échange une heure de yoga contre une heure de repassage ou une séance d’épilation, ou une heure de cours de soutien pour un enfant, ou encore j’sais pas quoi, on peut tout imaginer et au moins ça oblige les gens à se parler et à s’entendre a minima sur quelque chose, c’est amusant, mais bon, faut pouvoir payer le loyer me direz vous, il faut donc des piécettes sonnantes et trébuchantes dans l’escarcelle, enfin, je veux dire de la fausse monnaie crée ex-nihilo en attendant de pouvoir échanger un procès verbal contre une séance de relaxation, ou d’hypnose, c’est peut-être ça le progrès, allez savoir?

Ou alors payer en temps, une heure d’enseignement contre une heure de jardinage, une heure de maçonnerie contre une heure de cuisine, du coup, on ferait vraiment ce qu’on aime et on ne le ferait pas pour la gloriole, il faut rêver, apprenons à rêver, Messieurs, nous dit Kékulé, et peut-être alors verrons-nous la vérité? Je rêve tout haut!

* sentier198 dit :
28 avril 2010 à 22:46

@ Catherine

vous touchez là le point sensible :
convenez que dire une baguette à 1,2 et une twingo à 9800 , cela représente déjà quelque chose .

avez-vous besoin de plus pour rendre cette proposition significative?

introduire un autre qualificatif après ce chiffre (par ex: euros,dollars,francs,mercis….) vient y poser une dimension territoriale , historique , politique (symbole d’un rapport de force) qui induit de suite le deuxième terme de valeur , dont je parle plus haut…(monnaie = symbole de la valeur d’une véritable valeur) avec sa ritournelle de récursion (les machines élémentaires de ponzi).

je pense qu’il faut sortir de cette logique (ce logos) si l’on veut comprendre ce qui se passe dans notre histoire , avec ces violentes ratées..et “imaginer” d’autres solutions.

votre appel au rêve est bien sur le mien….mais mon rêve n’est pas de revenir en arrière vers un monde connu.

alors mon propos me rappelle une histoire alsacienne :

“quelle est la différence entre une cigogne ? “

buona sera

yves

o Catherine dit :
29 avril 2010 à 07:39 |

Bonjour Yves,

Bon, vite, vite, avant de partir, peu importe à la limite ce qui vient après le 1,2, c’est le fait de poser le 1,2 le hic, je crois, non?

Ceux qui décident de “l’étalonnage ” décident du SENS de la dynamique, de la composition des rapports, de tous les rapports, de la vie quoi en somme, en tant que nature et structure relationnelle.

Ceux qui disposent du pouvoir “d’étalonnage “sont les “dieux” de l’énergie potentielle, énergie potentielle qui fera tourner l’énergie cinétique, la dynamique sociale.

L’”absolue”immobilité de l’étalon vue comme centre de la roue pour faire “image” et l’”absolu” mouvement de la dynamique sociale qui s’y rapporte, et voilà une chimie sociale particulière.

C’est donc le point central de la roue “l’étalonnage plus ou moins immobile” cad le rapport 1,2 et la baguette qui sera source du mouvement, de la vie sociale, etc, etc…

Belle journée à tous et tutti quanti!

+ Catherine dit :
29 avril 2010 à 13:27

…Donc, si l’on veut changer l’ordre qui est pourri vous l’admettrez sans conteste qu’il est pourri,
c’est l’étalon qu’il faut interroger.

Ordre social, c’est à dire composition de rapports orientés dans un sens précis, une cible ” particulièrement ciblée” pour favoriser certains, au détriment de tous les autres, source de la déliquescence de l’humanité par absolutisation de l’argent-roi, je m’adresse ICI à tous, sans exception, toutes les chapelles ex-nihilo et pas ex-nihilo, pro-compta, ou pas pro-compta, pas seulement à vous Yves, mais à tous ceux qui viennent sur ce blog, bien qu’il n’y ait guère d’écho ( pourquoi cela d’ailleurs, alors que c’est là que ça se joue,sur l’étalonnage, bien davantage encore que de savoir le pourquoi du comment de la monnaie, bizarre quand même que personne ne s’occupe de cet étalonnage, de cette norme qui va venir “normer” nos rapports vitaux???????????????????) qu’en pensez-vous, vous, de cet étalonnage, n’est-ce-pas lui qu’il faut interroger prioritairement , lui qui référence nos rapports au monde et fait découler tout ce qui vient de la dynamique sociale en-deçà de lui????

Question.

merci à ceux qui voudront bien me répondre.

Et bien, je crois, que c’est là, essentiellement là, qu’il faut aller y voir, centrer son attention sur cette valorisation du monde bien particulière mais si bien intégrée qui de façon autoritaire établie un modèle de mesure qui servira de référence à la mesure des relations, de toutes les relations, de la VIE quoi, rien de moins que cela, c’ est le point de référence ultime qui pourrait faire se retrouver tout le monde sous la même bannière, et là, j’ai comme l’impression qu’il y aurait plus de visibilté, de lisibilité sur les “motivations” réelles des uns et des autres.

On verrait mieux ceux qui consentent à lâcher et ceux qui s’y refusent…

Publié dans Uncategorized | 392 commentaires