30 – Quelques commentaires biens vus sur le blog de Jorion – maj 07.08

Au total 27 pages ont été retranscrites ici. Billets de Jorion plus commentaires divers et variés. A relire, il me semble que tout a été dit (et son contraire), les billets suivants ne sont que des redites, ou des arguties (vouloir faire dire à Schumpeter ce qu’il n’a jamais écrit par exemple), ou l’expression d’idées fixes répétitives comme sur la monnaie fondante ou la monnaie « anti crise » (?).

Je  vais donc me contenter maintenant de répertorier ici quelques commentaires supplémentaires qui me semblent intéressants  (ce n’est pas nécessairement pour autant que je seraid’accord avec  eux) ce qui ne vous empêche pas, chers lecteurs, d’intervenir dans les commentaires ouverts.

J’informerai le titre de la date de mise à jour de ce billet…

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  1. fujisan dit :
    16 juillet 2009 à 21:26
    fujisan poursuit:
    “Accorder un crédit, c’est accorder de l’argent et donc du pouvoir d’achat immédiat, (qu’on s’engage à rembourser à l’avenir avec intérêts). Une très grande partie de cet argent créé revient dans le système bancaire, il n’en sort pas. Il ne faut pas le “chercher” ailleurs puisqu’il y revient en majorité. (voir mon explication du 15 juillet 2009 à 12:32)”

    jf: sauf que cet “argent” n’est nullement “créé!”. Il s’agit de sommes en déplacement constant comme il se doit pour la monnaie. Il sort et il revient au système bancaire, se déplace de compte en compte, mais il est toujours, à tout moment, à un seul endroit à la fois! Soit sur le compte A, soit sur B, etc. Aucune création, réflechissez bien!

    Non justement.
    Si vous, particulier, prêtez 100 euros à votre voisin, vous renoncez explicitement à dépenser vos 100 euros.
    Mais si votre banque prête 100 euros à votre voisin, personne ne renonce explicitement à ses dépôts. Aucun compte tiers n’est débité. Vous et votre voisin pouvez simutanément dépenser vos 100 euros. Il y a bien augmentation du pouvoir d’achat immédiat et donc création monétaire selon votre propre acceptation du terme.
    Dans les 2 cas, votre voisin devra rembourser (avec intérêts). Il devra renoncer à l’avenir à 100 et quelques euros de son futur pouvoir d’achat. Mais quand c’est une banque qui prête, vous pouvez dépenser avant qu’il n’ait remboursé.

    C’est toute la particularité des banques, que permet le système de réserves fractionnaires. Revoyez le système de réserves fractionnaires, car visiblement vous refusez de le comprendre et c’est le coeur de la question.

    Sérieusement, je suis las de débattre avec des gens qui n’ont pas dépassé le niveau de l’école élémentaire et qui s’imaginent qu’il faut avoir l’argent en poche pour payer! La très grande majorité des paiements se font par voie scripturale (transfert, chèque…) Quand vous payez une facture par chèque, est-ce que vous avez besoin de l’argent dans votre poche? Et votre fournisseur va-t-il prendre son argent dans sa poche?

  2. fujisan dit :
    16 juillet 2009 à 23:49 @Nadine écrit:
    Ne dites pas que tout l’argent c’est de la dette ça ne veut rien dire du tout.Tout les masses monétaires représentent l’ensemble des dettes de tout le système bancaire envers le public. Ou si vous préferez l’ensemble des prêts du public faits au système bancaire. On peut pinailler sur les billets et pièces, mais je ne considère cela que comme une forme anachronique de monnaie à l’heure du presque tout électronique.

    L’argent c’est l’argent.

    Définition tautologique qui n’en est pas une!
    Pour une banque, c’est quoi l’argent?
    Un actif/créance/avoir/réserve… ?
    Ou une dette/dépôt/emprunt… ?
    C’est les 2 à la fois!
    Et pour les “acteurs” extérieurs au système bancaire, c’est aussi les 2 à la fois, mais inversé.

    C’est cela qu’il faut entendre quand on dit “les crédits font les dépôts”. C’est le mécanisme par lequel la monnaie scripturale est créée par le système bancaire. A savoir à la fois la créance de l’emprunteur à l’actif de sa banque (une dette au passif de l’emprenteur) et le dépôt du vendeur au passif de sa banque (une créance à l’actif du vendeur). C’est toutes ces opérations à la fois et aussi la popote interne au système bancaire et vis-à-vis de la BC…

    Une dette, c’est de l’argent qu’on doit à quelqu’un.

    En effet, les dépôts en banque sont une dette de la banque.

    L’argent, c’est la banque centrale qui le crée ex-nihilo mais là vous allez me dire que cet argent est au passif de la BCE et que c’est donc aussi une dette.
    Je vous répondrais que quand la BCE achète de l’or, cet or vient à l’actif du bilan et que la BCE crée ex-nihilo (car cette monnaie ne vient de nulle part) la monnaie qui va au passif car c’est elle qui a permis de financer l’achat de l’or. Cet argent dans les mains du bénéficiaire qui a vendu l’or mène ensuite sa propre vie autonome jusqu‘à retourner à la banque centrale et être détruit si l‘or est revendu par celle ci.
    Une banque privée ne peut pas faire ça il faut qu’elle trouve l’argent quelque part.
    Non, l’argent n’est pas une dette!

    A ma connaissance, c’est en effet interdit qu’une banque commerciale crée de la monnaie pour un achat d’or (ou autre bien) pour compte propre. A vérifier toutefois, je ne serais étonné de rien!
    Mais quand une banque accorde un crédit à un client, c’est le mécanisme par lequel le système bancaire augmente la masse monétaire: passif banque du vendeur + dépôts, actif banque de l’emprunteur + créance (pas nécessairement la même banque) 

  3. Daniel Dresse dit :
    7 août 2009 à 03:02

    1. @ Tous

      Tout au long de ces quelques 150 commentaires, je n’ai vu qu’une seule mention à la Grande Peur, cet embrasement généralisé des campagnes françaises qui intervînt dans la seconde moitié de juillet 1789. Pourtant parler de la nuit du 4 août dans parler de la Grande peur, c’est comme parler de la reddition du japon en 1945 sans évoquer Hiroshima. Il y a deux aspects à considérer dans cette affaire, et qui explique largement la distribution du pouvoir autant dans la société de 1789 que dans la nôtre, deux sociétés pourtant d’apparence si dissemblables.
      Qu’est-ce qui est en jeu en août 1789 ? Les PRIVILEGES. Mais qu’est-ce qui brûle depuis des semaines, alors que les députés de tout ordre s’abandonnent à l’émotion lyrique ? Les champs, les granges, les fermes, les châteaux, c’est-à-dire les PATRIMOINES.
      La réalité de ce moment « révolutionnaire » est que ceux qui ont encore dans presque tous les sens du terme les attributs matériels du pouvoir, y compris dans le nombre de leurs représentants légaux à ce qui n’est encore qu’une assemblée d’états généraux, vont lâcher leurs privilèges pour mieux préserver leurs patrimoines. L’affaire est de toute façon pliée de facto, puisque toute la paperasse sur laquelle reposaient les privilèges des ordres, surtout les privilèges fiscaux, est partie en fumée (pas fous les croquants). Et si les privilèges peuvent au mieux se rétablir sous leur forme originelle ou au pire sous une forme nouvelle et mieux adaptée aux circonstances, la reconstitution des patrimoines est beaucoup plus longue et aléatoire.
      Alors que les historiens se sont bousculés sur les chemins tortueux (et surtout parsemés de mirages) de la « chute des privilèges », LA grande question de la révolution française a été la question patrimoniale, cela depuis le dépeçage des biens du haut clergé et de la noblesse émigrée à cette véritable constitution civile des patrimoines et des successions qu’a été le code civil napoléonien.

      Au bout du compte, vingt ans plus tard et la restauration rétablie, les anciens ordres rentreront dans leurs immeubles, ceux-là bien préservés sur les cendres des privilèges, puisque le code napoléon avait eu la sagesse ou la malice de préserver l’ancien ordre des valeurs : « res mobilius, res nulius » (en latin des villages les valeurs mobilières c’est de la crotte, et rien ne vaut la terre et la pierre pour faire son beurre). Certes les anciens privilégiés devaient compter avec la concurrence laissée par la trace révolutionnaire, une véritable classe moyenne des campagnes (et très conservatrice) d’anciens croquants passés moyens propriétaires, les faux nobles issus des ordres militaires napoléoniens ayant su convoler avec les vrais, et surtout la bourgeoisie d’affaire et d’industrie, qui allait montrer rapidement combien l’accumulation du capital mobilier pouvait surpasser en puissance l’ancienne conception de la richesse basée sur la terre et la pierre.
      A ces nouvelles conceptions patrimoniales allaient bien sûr correspondre de nouveaux privilèges, comme l’ont très bien rappelé certains, et qui ont permis d’exclure par l’argent –le fameux suffrage censitaire- la majorité du corps électoral jusqu’à l’avènement de la troisième république à la fin du 19ème siècle. Mais les frustrations politiques nées de cette situation allaient surtout être l’arbre cachant la forêt du véritable scandale de cette époque, si justement décrit par Eric Hobsbawn dans « l’ère du capital » : les extraordinaires disparités de fortune de bas en haut de l’échelle sociale, celles qui faisaient conseiller Vautrin à Rastignac de mettre la main sur un patrimoine plutôt que s’épuiser à tenter de s’enrichir en travaillant, celles qui donnaient aussi à Marx le sentiment que la nouvelle lie de la terre, le prolétariat urbain, n’avait plus rien d’autre à perdre que ses chaînes.
      La geste révolutionnaire a-t-elle corrigé ces disparités béantes autant que le chante notre imaginaire de vieux peuple frondeur ? Si peu en fait ! Même si les ruisseaux de sang versés durant de longues décennies ont permis à une partie du peuple d’accéder à un minimum de dignité matérielle (le strict minimum devrais-je dire), la « belle époque » sensée consacrer ces temps nouveaux n’était au début du 20ème siècle qu’une grisaille de labeur sans joie et sans droits pour la majorité.
      La véritable rupture allait être la première guerre mondiale, coup d’envoi d’une longue et terrible période qui s’achèvera trente ans plus tard dans les ruines de l’Allemagne et du Japon, et portant comme interlude cette véritable « catastrophe de paix » qu’a été la crise économique de 1929. Là encore, la vieille alternative entre le choix des privilèges et celui du patrimoine a été complètement ignorée de la plupart des historiens, fascinés qu’ils étaient par l’ampleur des révolutions et des conquêtes sociales qui ont déchainé la tempête à la surface de l’histoire durant cette première moitié du 20ème siècle.
      Pourtant le fait marquant de cette époque allait être une destruction probablement sans précédents des patrimoines dans toutes leurs composantes : mobilières et immobilières, foncières et industrielles, publiques et privées. Et lorsque résonnent les cloches de l’armistice en 1945, la ruine d’une grande partie du monde occidental n’est pas une vue de l’esprit.
      Par réflexe de peur face aux révolutions périphériques, parfois de compassion en souvenir des souffrances communes sur les champs de bataille, toutes les sociétés riches ont parallèlement été enclines à lâcher du lest concernant les privilèges politiques et sociaux des ordres possédants issus du processus de la révolution française. Ce sont les états, qui, en se faisant les arbitres des forces sociales en présence (mais pas toujours, le Conseil National de la Résistance, qui a mis en chantier les grandes réformes sociales de l’après guerre en France, a par exemple été une construction purement politique née d’un contexte de guerre) ont organisé la redistribution des richesses vers l’ensemble de la société, en jetant ainsi les bases des « états providence » -terme largement outrancier- de l’après guerre. L’outil essentiel de cette redistribution aura été la fiscalité, avec comme fer de lance l’impôt sur le revenu.

      Le « miracle des trente glorieuses » (on serait tenté de dire rétrospectivement « le mirage ») est né de cet effet ciseau ; entre la contrainte à la fois de la destruction des patrimoines et de la remise en cause de l’ordre social adossé sur cette géographie des patrimoines. De là est né l’idée fallacieuse qu’un capitalisme sans capital était possible, fondé sur la seule force de travail et la seule énergie intellectuelle, consacrant l’ordre de la réussite individuelle en partant du bas et de la méritocratie qui lui est associée. Fallacieuse parce que cet accident du capitalisme n’a pu être possible que parce qu’il correspondait à une phase de reconstruction générale (globale dirions nous aujourd’hui, et pour une fois à raison), laquelle a fait oublier que dans les profondeurs de la société une nouvelle phase de reformation des patrimoines était à l’œuvre.
      Le triomphe accidentel des classes moyennes et des manageurs allait être miné par ce sourd travail de sape, lequel s’est révélé au grand jour dès la fin des années soixante dix. « La crise » comme on l’a improprement appelée, c’était surtout l’offensive des nouvelles forces du capital, assises sur un patrimoine neuf, qui allaient se donner les moyens de contourner puis de détruire tous les mécanismes de redistribution des états mis en place depuis le début du vingtième siècle.
      Cette offensive a été multiforme, idéologique par le retour en grâce des vieilles théories libérales des débuts balbutiants de la pensée économique (pour ceux que cela chagrine, je regrette de le constater), politique par l’arrivée en force d’une nouvelle génération de dirigeants à la tête des pays clés (Reagan, Thatcher, Kohl), juridique et technique par la déréglementation financière et l’organisation du libre échange international, technologique par l’effet levier miraculeux de l’informatique, et enfin culturelle par la traduction de la nouvelle vulgate dans tous les champs de la culture et de l’information. Elle a eu ses idiots utiles, surtout les classes moyennes des vieux états industriels qui ont cru que le démantèlement de la protection sociale s’arrêterait à leur porte, et somme toute ne servirait qu’à conforter leur hégémonie politique et culturelle. Elle a eu surtout pour cible, par une sorte d’effet boomerang historique, ce qui avait été pendant trois quart de siècle le dispositif essentiel de la redistribution des richesses propre aux sociétés développées : la fiscalité.
      Ce processus semble aujourd’hui arrivé à terme, le rôle nouveau des états ne se bornant plus qu’à canaliser les ressources fiscales devant assurer la pérennité des mécanismes financiers ayant servi à reconstituer un nouvel ordre patrimonial comparable à celui qui prévalait il y un siècle.

      Alors, en ces conditions, ironiser sur la réalité d’une oligarchie mondiale pour remettre à l’ordre du jour cette vieille lune de « la fin des privilèges », n’a pas grand sens. On sait très bien que le génie (et quand je dis génie je parle bien sûr d’une dynamique générale, pas d’un « complot ») du capitalisme actuel est d’avoir réussi à pousser les ramifications de l’accumulation patrimoniale très profondément dans la société (de plans d’épargne en plans d’intéressement et en plans de retraite), même dans une configuration d’inégalités extrêmes. On sait très bien aussi que vous l’avez parfaitement compris, Paul Jorion.
      Il est donc possible de chanter la carmagnole en évoquant une nouvelle nuit du 4 août, même si tous les privilégiés concernés, du haut en bas de la société, me semblent avoir mis le parlement en vacances, dans le meilleur des cas. Sur le vrai problème des inégalités patrimoniales, je suis plus pessimiste sur la vaillance des ardeurs populaires. Je crains hélas que ce ne soit d’autres mécanismes, les mêmes qui ont déjà fait leurs preuves dans l’histoire, qui viennent perturber l’ordre des choses. Et la raison elle aussi sera en vacances.

      (Sources de réflexions : Thomas Piketty « L’économie des inégalités » La découverte)

Publié dans Banques, Débat monétaire | Un commentaire

29 – Le vrai débat sur la monnaie : un second point

Avec 347 commentaires, cette page était vraiment trop longue: j’ai donc supprimé quelques commentaires que je considérais trop hors sujet

07 01 2009 Publié par Paul Jorion

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans le livre de John Kenneth Galbraith, L’argent (1975), il écrit :

Dans les entretiens télévisés, l’hôte, réputé pour ses questions incisives, a l’habitude de faire débuter l’entretien avec l’économiste invité en lui posant celle-ci : « Dites-moi, après tout, la monnaie, c’est quoi ? » Les réponses sont immanquablement incohérentes.

C’est pour cela que je ne pense pas qu’il suffise de lire ce qui en est dit dans les manuels à l’intention des enfants des écoles (même de terminale !). Dans La transmission des savoirs (1984), nous nous étions, Geneviève Delbos et moi, intéressés à la forme particulière d’aplatissement que subit le savoir en vue d’être transmis sous sa forme scolaire. Ce qui disparaît en particulier, c’est le raisonnement, c’est–à–dire l’articulation des propositions en un discours théorique. Le raisonnement est remplacé par un ensemble de phrases isolées – de préférence courtes – qui puissent être mémorisées et régurgitées en situation d’examen.

Les citations que certains réclament – de préférence en provenance d’un Prix Nobel – comme substituts d’un raisonnement, procèdent de la même anesthésie de la pensée. Ce n’est pas comme ça, vous l’avez compris, que je fonctionne.

La question de la monnaie est complexe et ce n’est pas parce que celle-ci a été inventée par des hommes que la complexité de son fonctionnement actuel ne dépasse pas son entendement présent. Certains de vous invoquent un consensus qui existerait à ce sujet, ce n’est pas le cas : les théories sont en grand nombre et, je l’ai déjà signalé, intentionnellement incomplètes, les auteurs qui s’y sont aventurés jugeant que seules des simplifications drastiques leur permettraient de faire quelque progrès.

Je ne sais pas si la monnaie réclame un Galilée, rien de ce que j’ai lu jusqu’ici ne me dissuade en tout cas de le penser.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite.

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347 réponses à “Le vrai débat sur la monnaie : un second point”
  1. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 20:55 La monnaie est un instrument de paiement spécialisé accepté de façon générale par les membres d’une communauté en règlement d’un achat.Ca ne peut pas être plus clair.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie

  2. François Leclerc dit :
    7 janvier 2009 à 21:06 Je prends la liberté d’intervenir dans ce débat sur la monnaie (et sur le crédit), pour revenir à l’actualité. En espérant ne pas déranger. Non pas qu’elle puisse l’éclairer à ce stade, mais parce qu’elle me semble de plus en plus problématique. Et aussi parce qu’il ne faudrait que les débats de fond, parfaitement indispensables car contribuant à la réflexion sur des alternatives à opposer au système en déroute, détournent totalement l’attention de ce qui se fait, ne se fait pas et ce qui se prépare.Où en est-on vraiment sur le marché du crédit, ce grand malade si entouré d’une discrétion toute bancaire ?

    Les dernières données publiées par la BCE (« Monetary developments in the Euro area, november 2008 »), font apparaître une inquiétante poursuite de la stagnation de la distribution de crédits pour le secteur privé (entreprises et particuliers) dans la zone Euro, mais les chiffres de ce document mensuel datent de plus d’un mois. Toutes les banques centrales européennes et américaine sans exception font également état des difficultés des grandes entreprises à se refinancer et des coûts qu’elles doivent supporter, ce qui est particulièrement lourd de conséquences économiques et sociales potentielles.

    Dans un entretien au Figaro, avant-hier 5 janvier, le président du directoire de la compagnie d’assurances AXA, Henri de Castries, estime au contraire que « La liquidité interbancaire revient progressivement, et on a constaté que certaines entreprises peuvent de nouveau émettre de la dette, même si cela leur coûte cher. » Les termes restent cependant prudents, les sources inconnues, la vision d’ensemble non garantie.

    En Grande-Bretagne, où l’opacité financière semble, ces temps-ci du moins, moindre qu’en France, ce début de résurrection ne semble en tout cas pas au rendez-vous. C’est clairement ce qui ressort des propos tenus sur « BBC Radio Four » par le ministre britannique des finances, Alistair Darling, qui s’interrogeait dimanche dernier sur la nécessité d’une nouvelle recapitalisation des banques : « j’ai dit qu’il serait nécessaire de continuer à prendre toutes les mesures nécessaires pour s’assurer que le système prête de l’argent à nouveau”, a-t-il déclaré. En poursuivant : « une recapitalisation n’est pas la première solution, mais au cours des prochaines semaines nous allons continuer à discuter avec les banques des mesures que nous pouvons prendre pour faciliter les prêts, notamment aux petites et moyennes entreprises ».

    Gordon Brown n’a pas été plus précis à propos de ces mesures en déclarant dans une interview à « l’Observer » d’hier dimanche, et de manière un peu énigmatique, que « le plus important est d’obtenir la reprise des crédits par d’autres moyens», la recapitalisation n’étant selon lui pas à l’ordre du jour. Demain elle le deviendra peut-être. Il y a en effet un gros problème, car dans son rapport trimestriel sur les conditions du crédit, paru vendredi dernier, la Banque d’Angleterre soulignait que les banques avaient l’intention de réduire leurs prêts aux particuliers et aux entreprises dans les trois prochains mois. Un signal qui ne présage pas exactement du retour à la normale.

    En Allemagne, il est question d’un plan gouvernemental de garantie destiné à aider les entreprises à se financer, d’un montant de 100 milliards d’Euros. Afin de palier à l’absence de crédit disponible à ou aux difficultés rencontrées pour émettre des emprunts obligataires, les deux à des conditions raisonnables. Ce plan fait suite à celui de 400 milliards d’Euros, qui était lui destiné aux banques, afin de leur permettre de se refinancer et de relancer le crédit, dont on voit le succès.

    En France, Nicolas Sarkozy vient d’annoncer que de nouveaux prêts allaient être apportés aux banques, selon un calendrier, pour un montant et dans des conditions non précisées, après ce qui est désormais dénommé comme étant « la première tranche de décembre » (de 10,5 milliards d’Euro), sans qu’aucune évaluation de ses conséquences ne soient produites et que ne soient rendues publiques les modalités des conventions de prêt signées par les banques bénéficiaires.

    Dans un pays comme le Brésil, pour ne pas se cantonner à l’observation du monde « développé », où le crédit à la consommation joue un très grand rôle au sein des « classes moyennes » – concept qui ne recouvre pas vraiment le notre en terme de revenus moyens annuels – la production industrielle a chuté en novembre dernier de plus de 5,8 % par rapport au mois précédent selon l’IBGE (Institut national de la statistique), en raison est-il analysé de la raréfaction du crédit. Il est courant d’y acheter par exemple de l’électroménager en « six fois sans intérêt », sachant que son prix a préalablement été augmenté d’autant, mais cela ne couvre pas tous les secteurs de la consommation.

    Par quels moyens, alors, débloquer et relancer ce crédit, notamment aux USA ? Raghuram Raja, professeur de l’Université de Chicago et ancien chef économiste du FMI, réagissant aux premières informations circulant sur le plan de relance de l’administration Obama, en particulier sur son paquet fiscal, a d’après l’agence Bloomberg reconnu certes l’importance d’une relance économique, mais il a mis l’accent sur la nécessité de « nettoyer le secteur financier », espérant l’adoption par cette même administration d’un plan clair dans ce domaine. Le vrai problème, selon lui («a real issue »).

    De quoi le secteur financier a-t-il donc besoin d’être « nettoyé » ? J’ai déjà eu l’occasion d’essayer d’énumérer les raisons pour lesquelles les banques rechignent à se faire crédit entre elles. J’aurai du aussi parler des CDO (credit default obligations) que les institutions financières ont inscrit dans leur « hors bilan », quand elles ne les ont pas massivement parquées dans des discrètes filiales exotiques. L’estimation de la « share value » d’une banque, élément de l’évaluation du risque qu’elle représente, est dans ces conditions d’absence totale de transparence une aimable plaisanterie. Aussi ridicule, pour faire une aparté, que l’impossible rigoureuse définition de ce qu’est un « délit d’initié » quand on y réfléchit un peu. Où commence le délit et où s’arrête-t-il ?

    De fait, le panorama américain continue d’être impressionnant. Le crédit interbancaire est toujours au plus bas, en dépit du TARP de 700 millions de dollars d’octobre dont la moitié a été déjà utilisé. En général, le crédit est difficile à obtenir et ses taux sont élevés, qu’il soit destiné aux entreprises ou aux particuliers, pour ces derniers afin de financer leurs prêts hypothécaires ou leur consommation. Pour ne donner qu’un seul chiffre, hautement significatif de cette situation vu l’importance du crédit revolving dans le financement de la consommation des ménages, la moyenne du taux des cartes de crédit était à mi-décembre à 14,33 %, selon le site spécialisé IndexCreditCards.com.

    La réponse du gouvernement a bien été, dans ce dernier domaine, de ne permettre des augmentations des taux attachés aux cartes de crédit que pour les nouvelles cartes émises et pour les achats qui n’ont pas déjà été effectués, avec un préavis de 45 jours. Mais cette mesure entrera en vigueur en…juillet 2010.

    Le débat s’est installé entre éminents professeurs d’université et experts des think tanks, lobbyistes et responsables d’associations de consommateurs. Que faut-il exiger ou pas des banques qui ont bénéficié de fonds publics ? 75% des 250 millions de dollars consacrés à l’achat d’actions sans droit de vote, avec comme seule obligation de verser annuellement 5% de dividende des sommes investies, ont été utilisés, vient d’annoncer aujourd’hui le Trésor.

    «Si vous croyez dans la libre entreprise, vous devez utiliser pour contrôler les banques non votre participation à son capital mais le jeu de la compétition» a déclaré Gary Becker, Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel (et non comme écrit à tort Prix Nobel). A l’opposé, Gail Hillebrand, responsable d’un groupe de pression de consommateurs a affirmé “nous en sommes maintenant partiellement les propriétaires (des banques) et nous devrions l’utiliser pour qu’elles arrêtent de nous étouffer ». Demander aux banques des modifications de leur politique serait « contreproductif » et étoufferait non pas les consommateurs mais « l’innovation » des banques a assené David John, membre de la Heritage Foundation, un think tank de Washington, un point de vue qui pourrait dérouter un européen ignorant les subtilités de l’idéologie dominante américaine.

    Du côté du Trésor, la réflexion officiellement engagée sur ces sujets ne semble pas beaucoup avancer. En décembre dernier, un rapport officiel du « Government Accountability Office » s’interrogeait de savoir si le Trésor surveillait de suffisamment près l’emploi des fonds publics. La réponse qu’il a obtenu de celui-ci est qu’il attendait des institutions financières qu’elles développent le crédit mais n’avait pas encore été déterminé s’il imposerait ou non à celles qui avaient bénéficié de ces fonds d’en rapporter auprès de lui.

    Accordons le mot de la fin, pour évoquer l’avenir, à Monsieur Henri de Castries, qui va vite en besogne et saute l’étape du déblocage dans son impatience avouée à prendre des parts du marché du crédit aux banques : « l’endettement croissant des banques et la titrisation de certains actifs ont sans doute eu des côtés excessifs, mais ils avaient permis de financer une bonne partie de la croissance des dernières années. À vouloir les restreindre trop vite, après avoir laissé en abuser, on a créé des tensions. Il faut souhaiter le redémarrage de la titrisation car le seul bilan des banques ne permettra pas de couvrir tous les besoins des économies. »

    On admirera le « ont sans doute eu des côtés excessifs », manière bien dans la tradition de ce monde de reconnaître, quand on ne peut plus faire autrement, les phénomènes dérangeants. On appréciera également l’analyse selon laquelle, « à vouloir les restreindre trop vite » (l’endettement et la titrisation), on aurait crée « des tensions », qualification de la crise qui a au moins le mérite de ne pas être anxiogène. Ces tensions résulteraient, somme toute, de mesures volontaires, dont on serait bien en peine de préciser qui les ont décidés et mis en œuvre, un peu trop excessives, elles aussi. Fine lecture.

    Pour le dire plus simplement, les banques ne disposant pas des fonds propres nécessaires (ainsi qu’Alistair Darling le confirme en envisageant l’éventualité de leur recapitalisation), il va, selon Henri de Castries, falloir recourir à nouveau à la titrisation pour financer le crédit et la croissance, dès ce mécanisme pourra recommencer. Remarquons qu’en espérer le redémarrage demain, c’est reconnaître qu’il n’en est rien aujourd’hui.

    Voilà donc un des principaux problèmes sur lequel on semble buter dans les salles des machines financières. On ne sait pas relancer le crédit sans avoir recours aux instruments financiers qui ont contribué à la crise financière actuelle, ce qui revient à prescrire au patient ce qui déclenché sa pathologie. A défaut et dans l’immédiat, il n’y a pas d’autre ressource que de substituer au crédit financier privé des détaxations fiscales, entre autres mesures, en les finançant avec de la dette publique. Ce qui n’agira que provisoirement.

    Un clou chasse l’autre, une dette en remplace une autre. Solution d’attente qui semble appelée à durer, qui ne va pas être sans poser dans un proche avenir de premiers problèmes, tel que son refinancement quand les taux vont regrimper, et qui ne pourra pas être éternellement renouvelée, au vu des volumes financiers qui s’accumulent et des doutes qui ne manquerons pas de s’accroître à propos de la qualité de la dette publique américaine.

    Le président de la CIC (China Investment Corporation), Zhang Hongli, fond souverain chinois doté de 200 milliards de dollars et investisseur notamment de Morgan Stanley et Blackstone, vient selon l’agence Chine nouvelle d’annoncer: « aujourd’hui, la liquidité est reine. Nous essaierons dans la mesure du possible de ne pas investir ». Ce qui est compréhensible au vu des pertes précédemment enregistrées. Il ne s’agit là, c’est vrai, que d’investissements dans les entreprises et institutions privées, pas de placements dans les bons du Trésor.

    Le fonctionnement actuel du système monétaire international reposant sur le dollar comme monnaie de réserve ne devrait probablement pas survivre éternellement. Ce serait, plus qu’un simple changement d’époque, la conséquence somme toute secondaire d’une impasse globale aux suites très incertaines. Une impasse de l’Amérique en premier lieu, entraînant avec elle le reste du monde dans l’inconnu. Avec l’émergence des pays que l’on s’obstine à continuer de qualifier « émergents », le monde pivotait déjà, sans que l’on en mesure bien toutes les conséquences. Il sera aussi prochainement à la recherche d’un nouvel axe et devra avoir à apprendre à vivre sans, ce qui n’est pas gagné.

    Ne souhaitant pas jouer les prophètes de malheur, bien que quand on commence une phrase comme cela, ce ne soit jamais trop bon signe pour la suite, on peut craindre que nous soyons désormais face à deux murailles, celle que révèle la crise financière actuelle et celle qui résulte des déséquilibres écologiques dans lesquels nous nous enfonçons. Nous n’y étions pas préparés. Dans les deux cas, des problèmes aigus de rareté et donc de distribution – de répartition pour énoncer un mot qui fâche – vont en découler et s’exacerber.

    S’interroger sur leurs conséquences sociales, sur la direction que nos sociétés vont désormais emprunter, voilà un réel et valable sujet d’inquiétude. Elles contribueront, à ne pas en douter, au troisième volet de la crise.

  3. Tigue dit :
    7 janvier 2009 à 21:08 Certes, on peut difficilement faire plus court, par contre, on peut surement faire plus clair: qu’ est ce qu’ un “instrument de paiement spécialisé “? : une massue ? Un chèque ?
  4. Fab dit :
    7 janvier 2009 à 22:18 Mon second point sur la monnaie :1er sujet :

    Si je travaille j’ai un salaire. Je peux acheter ce dont j’ai besoin. Pourquoi aurais-je besoin d’un banquier [créé ex-nihilo]? Pourquoi suis-je dépendant de ce banquier [parasite] ? Qui est-il pour intervenir dans ma vie ? D’où sort-il ? Comment en sommes-nous arrivés à nous imposer cette contrainte ?

    2ème sujet :

    Société de consommation, cela signifie-t-il que le mode de fonctionnement actuel de notre société est la consommation ? Pourrions-nous en changer ? Et si oui, quand ?

    “Vous choisissez un sujet. Vous avez 4 heures. Toute sortie est définitive.”

    PS : Rayez les crochets qui vous semblent inutiles.

  5. Gilles Bonafi dit :
    7 janvier 2009 à 22:20 Voici pour ceux qui prennent le train en route un petit résumé de François Simonet:
    “Ainsi n’importe quel actif (c’est-à-dire n’importe quel bien possédé ou service rendu) pourrait être considéré comme de la monnaie, dès lors qu’il serait accepté en paiement. En réalité, tous les actifs ne se valent pas de ce point de vue.
    On réserve le nom de monnaie aux actifs qui présentent deux caractères particuliers.
    Ils sont « liquides », c’est-à-dire qu’ils peuvent être utilisés instantanément,
    Ils sont « sans risque » de perte ou de gain en capital lorsqu’ils sont mobilisés (c’est-à-dire transformés pour être la contre partie de l’échange).
    Tous les actifs ne sont donc pas de la monnaie et certains le sont plus que d’autres : il y a des degrés dans la « liquidité » et dans le caractère « risqué ».
    La monnaie c’est l’ensemble des actifs permettant de se libérer d’une dette, sur un territoire donné, sans délai et sans risque de perte en capital.Il faut insister sur le fait que la masse monétaire ne contient que la monnaie susceptible d’être dépensée par les agents non financiers ce qui exclut la monnaie appartenant et détenue par les banques et les institutions financières.”
    Or,pour moi le problème est dans le fait que “tous les actifs ne se valent pas ” et surtout “certains le sont plus que d’autres”. En effet, les contours de la masse monétaire deviennent flous avec la finance moderne. D’ailleurs la définition de liquidités n’est pas la même pour un financier et un économiste.Le problème essentiel est là!
    Notre conception de la monnaie doit changer car il faudrait désormais introduire les produits dérivés dans sa définition (ce sont des liquidités dans le monde de la finance). Qu’en pensez-vous?
  6. Shiva dit :
    7 janvier 2009 à 22:21 @François LeclercBonsoir,

    Question crédit il semblerait que la zone euro s’en sorte plutôt pas mal et la France particulièrement (jusqu’ici…)

    Il faut rappeler que ces graphes représentent le taux de croissance du crédit et non le total des crédits, si le taux est au dessus de zéro c’est qu’on continue à faire plus de crédit. A zéro on n’en fait autant mais pas plus, en dessous, le crédit diminue.

    Mais bien sur dans notre pauvre système de fuite en avant, pour le crédit comme pour la croissance, il faut faire mieux que l’an dernier sinon c’est la récession, patatras !

    PS: Ou trouver les graphes du crédit au secteur privé US (et autres pays) ?

  7. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 22:34 Une dernière précision qui peut apporter un éclairage. Les partisans de la création monétaire dont je fais partie, font le raccourci suivant : avec 100 euros, une banque peut créer jusqu’à 1000 euros. C’est effectivement le cas, mais la banque, a aucun moment ne peut prêter (et donc créer) plus que les 100 euros en une seule opération. En fait, ce sont les 100 euros qui sont prêtés plusieurs fois, avec une perte de capacité a chaque itération du aux réserve fractionnaires, disons 10%.Un client dépose 100 euros dans une banque.
    La banque garde 10 euros en réserve et prête 90 euros a un client qui les dépose dans la banque.
    Sur ces 90 euros, la banque en garde 9 en réserve et peut en prêter 81 a un autre client qui les dépose dans la banque.
    et etc…
    La somme des dépôts a vue de tous les clients de la suite est bien de 10 fois supérieur au dépôt initial de 100 euros mais a aucun moment la banque n’a pu prêter (et donc créer) 1000 euros en une opération.

    Dépôt Prêt
    OPE 1 100 90
    OPE 2 90 81
    OPE 3 81 73
    OPE 4 73 66
    OPE 5 66 59
    OPE 6 59 53
    OPE 7 53 48
    OPE 8 48 43
    OPE 9 43 39
    OPE 10 39 35
    OPE 11 35 31
    OPE 12 31 28
    OPE 13 28 25
    OPE 14 25 23
    OPE 15 23 21

    TOTAL DES DEPOTS >1000

    Si bien que la limite de l’exercice est évidente, a savoir que si un emprunteur dépose son prêt dans une autre banque, la première ne peut plus prêter (et donc créer de la monnaie). En revanche, la deuxième prend le relais… mais on peut comprendre les besoins des banques en argent frais, et pourquoi elles se concurrencent pour avoir des déposants.

    Ceci dit, au niveau du système bancaire global (ie en considérant qu’il n’y a qu’une banque) cela se comporte bien de la façon suivante : avec 1 euro de base monétaire, les banques commerciales peuvent créer jusqu’à 10 euros de monnaie scripturale.

  8. Étienne Chouard dit :
    7 janvier 2009 à 22:44 Bonjour à tous,Frédéric Lordon explique en deux mots (dans une courte vidéo) le rapport entre la titrisation et la création échevelée de monnaie-dette (le crédit bancaire sans plus aucune vraie limite) et… la crise (par surendettement) :

    ____________________

    De mon côté, je répète — et c’est une DÉMONSTRATION, et pas un argument d’autorité ou une révérence pieuse à je ne sais quelle théorie :

    1. Définition : la monnaie scripturale est la somme des soldes créditeurs des dépôts à vue (créditeurs pour les clients et, évidemment, débiteurs pour les banques qui doivent cet argent, nommé “provision”, à leurs clients).

    2. Donc, la monnaie scripturale est surtout une réalité comptable (en plus d’être, si l’on veut, par curiosité intellectuelle, une réalité philosophique, sociologique, anthropologique ou métaphysique).

    3. Lors d’un crédit bancaire, un DAV voit son solde augmenter (dans la comptabilité de la banque, celle dont il va être difficile de s’affranchir sans perdre sa crédibilité), ALORS QU’AUCUN AUTRE DAV NE BAISSE.

    Ceci est, pour moi, une démonstration, simple et irréfutable, que le crédit bancaire fait AUGMENTER les moyens de paiement présents dans l’économie, disponibles pour régler les échanges : « il y a plus de monnaie après le crédit qu’avant le crédit », on se demande à la fin comment il faut le dire.

    La réalité comptable, c’est qu’il n’y a PAS de transfert de moyens de paiement d’un client à l’autre, il n’y a pas “conservation des quantités” : la réalité comptable, c’est que, lors d’un crédit bancaire, il y a création monétaire.

    J’attends toujours la démonstration du contraire.

    Et prétendre que ceux qui, comme Paul Jorion et quelques autres, NIENT LES FAITS pour démontrer la réalité d’une fiction au moyen de constructions intellectuelles sophistiquées, ce sont « les héritiers de Galilée », c’est vraiment voir et présenter le monde À L’ENVERS :-)

    Mais je continue de penser qu’il s’agit d’un malentendu (parce que c’est trop gros).

    Étienne.

  9. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 22:53 Simple, efficace, en 3 points, facile a se rappeler.Bravo Etienne, on pourra considérer après cela que ca relève du médical.
  10. nadine dit :
    7 janvier 2009 à 23:06 @BruC’est bien expliqué mais une question:
    Pourquoi pour vous “prêter une partie du dépot” est equivalent à “créer de la monnaie”. Dans un système interbancaire hors mis les quelques fuites il n’est pas necessaire lorsque le banquier prête de l’argent que cet argent existe puisque en régle général personne ne vient le retirer.
  11. Pierre-Yves D. dit : 7 janvier 2009 à 23:09 @ François Leclerc.
  12. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 23:13 @Nadine,Prêter c’est créer de la monnaie car :
    – Le déposant inital des 100 euros a ces 100 euros dans un compte a vue (un compte courant quoi). Il a donc a juste titre le sentiment qu’il a cet “argent” car il peut effectivement le dépenser a l’occasion d’un achat par exemple (pour revenir a la définition de la monnaie).
    – Le bénéficiaire du 1er prêt (soit 90 euros) a aussi la vague impression de pouvoir dépenser cet argent :) et effectivement il peut le faire.
    – et etc…

    Donc, d’un simple billet 100 euro qui appartenait qu’a une personne, on a permit via le système bancaire a plusieurs personnes d’avoir la capacité a dépenser beaucoup plus (avec une contre partie de dette, mais qui sera remboursée ultérieurement).

  13. Archimondain dit :
    7 janvier 2009 à 23:18 @ Étienne ChouardJe n’ai jamais nié (ni Paul je pense, mais je ne veux pas parler à sa place) aucun de ces trois points.

    Ils démontrent effectivement une création monétaire. Mais vous oubliez une hypothèse. Si vous pouvez en plus affirmer que tous les clients peuvent retirer l’argent de leurs DAV, je serais convaincu. Mais pour le moment, il me semble que ce n’est pas possible sans mettre la banque en faillite. De l’argent qui ne peut être utilisé (et qui n’est donc plus un moyen de paiement pour un certain temps : le temps de remboursement des crédits correspondants) n’est donc pas vraiment de l’argent.

    Si en revanche, l’argent qui sert de ‘garantie’ lors de l’octroie d’un crédit peut tout de même être dépensé alors que le crédit n’est pas remboursé, je suis d’accord pour dire qu’il y a création. Mais cela ne me semble pas être le cas. Donc, en tant que réalité comptable, création peut-être. En tant que moyen de paiement, je ne suis toujours pas convaincu.

    Les choses ne sont pas claire pour moi quand à ce qu’il se passe dans les banques centrales. D’après le document Modern Money Mecanics de la Fed, les banques centrales semblent être à même de créé réelement de l’argent ex nihilo en échange de bons du trésors émis par l’état. (du moins au USA).

    Si quelqu’un à plus de précision sur un de ces points, je suis preneur

  14. François Leclerc dit :
    7 janvier 2009 à 23:22 @ ShivaBonsoir et merci de vos commentaires et informations.

    Je ne suis malheureusement pas familier de ces documents de la Banque de France et n’en maîtrise pas l’interprétation. Pardonnez-moi si je m’en tiens, dans l’immédiat, aux éléments que j’ai énumérés. Je ne vois pas, notamment, pourquoi le gouvernement de la République Fédérale envisagerait un plan de tel ampleur (400 milliards d’Euros de garanties) pour aider les entreprises si les banques ne faisaient pas quelque part défaut en matière de crédit.

    S’agissant de la France, j’ai l’impression, à écouter nos autorités, d’assister à un remake de ce nuage de Tchernobyl qui s’était arrêté aux postes frontières. Que les banques françaises aient moins souffert que par exemple les britanniques, cela semble très probable. Qu’elles aient été plus vertueuses l’est beaucoup moins.

    Mais dans tous les cas, l’opacité reste une vertu cardinale de nos banquiers dont vous remarquerez qu’ils ne communiquent pas spécialement ces derniers temps. Le monde de la finance souhaite rarement étaler ses petits problèmes sur la place publique, en temps de crise pas plus qu’en temps normal, encore moins dirais-je. Un colloque européen débute à Paris demain sous des auspices gouvernementales, intitulé “Nouveau monde, nouveau capitalisme”, il n’y a significativement pas un seul banquier parmi les intervenants annoncés (à part le Président de la BCE, Jean-Claude Trichet).

  15. nadine dit :
    7 janvier 2009 à 23:22 @EtienneVous dites:”Lors d’un crédit bancaire, un DAV voit son solde augmenter (dans la comptabilité de la banque, celle dont il va être difficile de s’affranchir sans perdre sa crédibilité), ALORS QU’AUCUN AUTRE DAV NE BAISSE.”

    Ce n’est pas parce qu’aucun autre DAV baisse qu’il y a création monètaire. La banque joue sur le fait que personne n’ira retirer son argent. Elle prête de l’argent qu’elle n’a pas. Le systeme bancaire est une banque virtuelle ou personne ne vient retirer son argent c’est aussi simple que cela. Aucune création monetaire n’intervient car ce n’est pas necessaire et c’est contre-productif.

    Amicalement

  16. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 23:34 @Nadine,Si il y a création monétaire, car les soldes des comptes a vue peuvent être utilisés comme moyen de paiement sans passer par le stade “argent”. Pour faire très simple : Vous faire un chèque a un commerçant qui est dans la même banque que vous, une telle opération reste au stade purement scriptural. Et comme il y a paiement il y a monnaie, et le total de cette monnaie (scripturale) est la somme des comptes a vu, et les banquier on le pouvoir d’en faire augmenter la masse.
  17. nadine dit :
    7 janvier 2009 à 23:38 @BruJe suis désolée mais vous ne créez pas de la monnaie car si pour faire ces deux achats le déposant et le bénéficiaire du crédit avez voulu payer en monnaie fiduciaire un des deux n’aurait pas pu le faire.
    Que le beneficiaire puisse réaliser un achat parce qu’on est dans un systéme interbancaire c’est une chose mais cela n’implique pas une création monetaire.
  18. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 23:44 @Nadine,On revient a un problème de définition, vous considérez que la somme des comptes a vue ne constitue par une monnaie contrairement a la majorité qui la nomme Masse Monétaire 1.
    Ce qui n’est pas créé c’est de la base monétaire, nous sommes d’accord, la masse monétaire 0.
  19. nadine dit :
    7 janvier 2009 à 23:46 @BruCe n’est pas parce qu’il y a paiement qu’il y a monnaie ou alors quand je paie une marchandise en échange d’une créance que j’ai contre le marchand je considère que ma creance était de la monnaie.
    Mais non, une créance n’est pas de la monnaie même si cela m’a permis d’acheter ma marchandise.
  20. Archimondain dit :
    7 janvier 2009 à 23:47 @ TousHum… effectivement, si les échanges sont effectués dans la Même banque au moyen de monnaie scripturale (ce qui somme toute doit être assez courant), il semble qu’il peut bien y avoir création d’un moyen de paiement à partir d’argent qui n’existe pas. (enfin qui existe, mais qui attend gentiment un remboursement de crédit pour pouvoir être pleinement utilisable).

    Ah le truc de fourbe…
    Me voilà donc en partie convaincu du coup :)

    Et si ce paiement est effectuée par monnaie scripturale vers une autre banque ? Cela marche-t-il aussi ? (je ne pense pas, mais on ne sais jamais)

  21. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 23:52 @Archimondain,Cela marche au global entre banques différentes, car les flux s’annulent en très grande partie et le solde qui est marginal se fait facilement (sauf panique sur une banque évidemment :))
  22. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 23:54 @Nadine,si, par nature de la transaction, s’il y a achat, il y a monnaie. Sinon c’est du troc ou du vol.
  23. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 23:59 @Nadine,Les coquillages, le sel, l’or, l’argent, les cigarettes mais aussi les dettes ont été utilisés comme monnaie, mais dans la liste seules les dettes le sont encore
  24. nadine dit :
    8 janvier 2009 à 00:01 @BruC’est du troc bien sur ! mais pas de la monnaie.
    Amicalement
  25. nadine dit :
    8 janvier 2009 à 00:06 @Bru
    Quand je dis ce n’est pas de la monnaie je parle de la monnaie juridiquement parlant qui a cours légal sinon on en viendra à parler de tout et de n’importe quoi.
  26. Bru dit :
    8 janvier 2009 à 00:11 On parle pas de n’importe quoi, on parle de la monnaie, cad ce qui est accepter en contre partie d’un achat. Et juridiquement, les employeurs ne peuvent payer leur employés en liquide et vous n’avez pas le droit de vous balader avec + de 10000 euro. La monnaie encouragée par l’état et la loi semble être plutôt la monnaie scripturale (on peut tracer facilement les mouvement :) )
  27. Paul Jorion dit :
    8 janvier 2009 à 00:13 @ Etienne ChouardLa « réalité comptable » n’est pas une réalité : c’est une stylisation fondée sur le postulat que le crédit est toujours égal au débit. Dans la réalité [économique] les choses ne se passent pas comme ça, il y a des profits et des pertes, des gains et des dépenses. La « création monétaire ex nihilo » est un artefact (une fiction) qui permet de maintenir cette égalité comptable entre le crédit et le débit.

    Wikipedia :
    comptabilité en partie double

    Dans son principe, l’inscription d’un montant dans un compte implique toujours la mention de même montant dans un autre compte, ce qui facilite les recoupements et la trace des disparitions. Impérativement, l’un des deux comptes doit être débité et l’autre doit être crédité de manière à établir le contrepartie. Cette double mention matérialise aussi la dualité de flux impliqués dans chaque transaction comptable.

    Une entreprise qui achète un véhicule 10 000 € augmente son patrimoine puisqu’elle a un véhicule. C’est un débit. En contrepartie, elle doit payer ce véhicule, donc faire diminuer sa trésorerie, événement que l’on inscrit au crédit. On passera l’écriture suivante :

    Intitulés——————-Débit——Crédit
    Compte Véhicule——-10 000
    Compte de trésorerie————–10 000

    Mais le fait est que la compagnie a dépensé 10.000 €.

  28. François Leclerc dit :
    8 janvier 2009 à 00:21 @ Pierre-Yves D.Pascal Lamy, Directeur général de l’OMC, a hier estimé sur la radio France Inter que la crise financière était due à un “trou dans la régulation internationale” et qu’il faudrait “cinq-six ans” pour “bâtir une régulation”. “A court terme”, “il n’y a pas d’autres solutions que les plans de relance”, mais “il faut veiller à ne pas creuser des trous dans les déficits publics qu’on aurait du mal à reboucher”, a-t-il ajouté.

    Ce sont les “cinq-six ans” que je retiens en priorité de cette intervention, et sur la succession de plans de relance en attendant. Je pense que c’est l’agenda dans lequel nous sommes. Il va y avoir beaucoup de discours aussi. On peut se demander aussi si la mesure de la crise a été bien prise, sauf dans ses aspects les plus immédiats. Et si le monde de la finance, globalement considéré, voit dans la remise du capitalisme sur ses pieds autre chose qu’une opération de cosmétique.

  29. nadine dit :
    8 janvier 2009 à 00:24 @Bru
    Puisque vous semblez avoir réponse à tout, si les banques font de la création monetaire où est passé la monnaie de la bulle du credit, les crédits faisant les dépots ?
  30. Bru dit :
    8 janvier 2009 à 00:45 @Nadine,Vous mettez le doigt sur un point capital, cet argent existe toujours, mais il est tétanisé par la peur et se dirige tout droit vers les bonds du trésor américain, dont la demande hystérique a poussé leur rémunération a négative sur décembre dernier (en gros, les gens payent pour que Washington garde leur argent).
    Le problème pour les banques est qu’elles ont du déprécier leurs créances pour la bonne et simple raison que les emprunteurs ne remboursent plus (ou en tous cas moins).

    Et ces dépréciation les mettent a la limite de leur taux de réserve factionnaire, car la monnaie créé existe toujours mais les dettes qui une fois rembourser devait annuler cette monnaie le sont de moins en moins, remboursées.

    Et aujourd’hui ces dettes pourris sont reprise par les banques centrale en échange de base monaitaire (”vrai argent”) par une opération de “monétisation de la dette” qui ne manquera par de nous amener a minima une phase d’inflation bien salée a terme.

  31. Shiva dit :
    8 janvier 2009 à 00:47 @François LeclercEffectivement on voit les courbes plonger vers zéro, ce mois de décembre qui n’apparait pas encore est sans doute celui du franchissement de la barre fatidique de l’étranglement du crédit dans la zone Euro (je crois que l’Espagne y est pour quelque chose). Pour la France la croissance du crédit fin octobre se situe entre 8 et 10% et semble plutôt en augmentation (le crédit immobilier étant faible par manque de demande). Si ces chiffres sont falsifiés, c’est gravissime, surtout en cette période.
    J’ai lu un rapport sur le résultat des commissions départementales, qui réunissent la banque de France, les banques commerciales, les entreprises demandeuses de crédit, il indiquait que seule 10% des demandes correspondaient à des problèmes conjoncturels, mais que la majorité trouvaient des réponses de crédit satisfaisantes (je ne sais plus ou et je ne l’ai pas enregistré…).

    Mon précédent post avait des allures par trop optimiste, l’embellie n’étant pas encore en vue loin s’en faut…

  32. Shiva dit :
    8 janvier 2009 à 00:51 @Paul JorionIdem pour les dépôts, une entrée de liquide et une dette….
  33. Bru dit :
    8 janvier 2009 à 00:54 @M. Jorionet le fait est que l’entreprise a une camionnette pour une valeur de 10Ke, quelle peut exploiter, revendre, ou même spéculer sur la valeur future pour les collectionneurs d’une magnifique 407 diesel version fourgonnette verte.

    Ou voulez vous en venir ? j’ai du mal a suivre en quoi cette histoire de camionnette remet en cause la démonstration de Etienne.

    Quand vous faites un chèque ou une carte bleu, le plus basique des réalismes tend a constater que vous avez payer un achat.

  34. Paul Jorion dit :
    8 janvier 2009 à 01:44 @ Etienne Chouard et Bru

    1. Définition : la monnaie scripturale est la somme des soldes créditeurs des dépôts à vue

    Comme le mécanisme des réserves fractionnaires permet effectivement que la même somme se retrouve sur plusieurs comptes, (la première fois comme 100 €, la seconde comme 90 €, la troisième fois comme 81€, … etc.) il s’agit – comme je l’ai dit … et redit – d’un double compte, d’un triple compte, …, etc. de la même somme (… à condition bien sûr que l’on emprunte de l’argent pour le laisser dormir sur un compte à vue … et payer des intérêts pour ce privilège). Cela n’enlève rien au fait que si tous se présentent au même moment pour retirer l’argent sur leur compte la banque ne dispose que des 100€ initiaux. Elle criera alors à la « panique bancaire » et ce qu’elle exprimera par là, c’est que « Zut, la réalité comptable n’est pas la réalité ! » Les paniques bancaires ne sont pas des fléaux tombés du ciel, c’est la punition de ceux qui prennent la réalité comptable pour la réalité [économique], c’est–à–dire des vessies pour des lanternes.

  35. Bru dit :
    8 janvier 2009 à 01:50 @Paul Jorion,Effectivement, si tous les déposant veulent retirer leur argent ou veulent exercer leur droit a l’achat avec cette monnaie le système explose je vous l’accorde.
    Mais accordez moi, que même s’il n’existait aucune banque que tous les épargnants du monde gardant leur économies dans un bas de laine exerce leur droit a acheter un bien avec ces dites économie le système explose également.

    Dans un cas comme dans l’autre ce sont des monnaies qui ne peuvent être exercées en totalité au même moment. Cependant, les deux sont des monnaies car les 2 sont utilisées comme moyen de paiement.

  36. Étienne Chouard dit :
    8 janvier 2009 à 04:24 Bonsoir.@ Archimondain, qui me dit :

    [Vos trois points] démontrent effectivement une création monétaire. Mais vous oubliez une hypothèse. Si vous pouvez en plus affirmer que tous les clients peuvent retirer l’argent de leurs DAV, je serais convaincu. Mais pour le moment, il me semble que ce n’est pas possible sans mettre la banque en faillite. De l’argent qui ne peut être utilisé (et qui n’est donc plus un moyen de paiement pour un certain temps : le temps de remboursement des crédits correspondants) n’est donc pas vraiment de l’argent.

    Mais voyons, vous faites comme si seule la monnaie fiduciaire permettait de régler les échanges ! Mais à l’évidence, il n’en est rien : l’immense majorité, non, la presque totalité des échanges se règlent (ça veut dire ‘sont soldés’ et qu’on n’aura pas à y revenir) avec de la monnaie scripturale (totalement dématérialisée) sans aucun mouvement de monnaie manuelle.

    En montant en épingle la possibilité toute théorique (parce que sans mobile) d’une demande générale de conversion de la monnaie scripturale en monnaie manuelle, vous inventez une faiblesse qui n’existe pas puisque les deux types de monnaie sont strictement équivalents et convertibles sans délai, ni coût, ni risque.

    Vous dites : « Si vous pouvez en plus affirmer que tous les clients peuvent retirer l’argent de leurs DAV, je serai convaincu. »

    Mais pourquoi diable faudrait-il qu’ils le puissent, puisque la monnaie ne sert pas à ça ? LA MONNAIE SCRIPTURALE NE SERT PAS À ÊTRE CONVERTIE EN MONNAIE MANUELLE, ELLE NE SERT PAS À ÊTRE RETIRÉE : ELLE SERT À SOLDER LES COMPTES ENTRE UN DÉBITEUR ET UN CRÉANCIER. Et elle convient très bien pour jouer ce rôle sous sa forme dématérialisée (scripturale).

    La réalité économique (et comptable), c’est que la monnaie scripturale, toute dématérialisée qu’elle est, convient très bien à solder les échanges entre humains, sans AUCUN mouvement de monnaie manuelle : c’est donc indubitablement de la monnaie.

    Quant à votre deuxième paragraphe :

    Si en revanche, l’argent qui sert de ‘garantie’ lors de l’octroi d’un crédit peut tout de même être dépensé alors que le crédit n’est pas remboursé, je suis d’accord pour dire qu’il y a création. Mais cela ne me semble pas être le cas. Donc, en tant que réalité comptable, création peut-être. En tant que moyen de paiement, je ne suis toujours pas convaincu.

    … L’argent qui sert de garantie au prêt… Vous parlez des réserves ? Évidemment qu’on peut le dépenser avant que le prêt ne soit remboursé… C’est presque sans rapport.

    Les réserves sont une contrainte qui ne ‘constituent’ pas le processus création monétaire (une partie du malentendu vient sans doute de cette confusion, comme si la monnaie pouvait être créée ‘en application’ des règles des réserves) : ces réserves ne font que (tenter de) l’encadrer : les réserves ne s’appliquent pas à tel ou tel crédit nommément, mais c’est plutôt l’ensemble des encours qui doit être couvert par une proportion de monnaie banque centrale. Mais les banques n’attendent pas d’avoir les réserves pour prêter, l’ordre est même précisément l’inverse (et ça compte pour comprendre) : d’abord on prête, puis on compense avec les concurrents, et puis si on en a besoin, on réapprovisionne en monnaie banque centrale… Mais il est déraisonnable de penser que les sommes qui sont prêtées sont les mêmes que celles qui étaient préalablement déposées, cela ne correspond pas à la réalité.
    ___________________

    @ Nadine qui dit :

    Ce n’est pas parce qu’aucun autre DAV baisse qu’il y a création monétaire.

    La banque joue sur le fait que personne n’ira retirer son argent. Elle prête de l’argent qu’elle n’a pas. Le système bancaire est une banque virtuelle où personne ne vient retirer son argent, c’est aussi simple que cela. Aucune création monétaire n’intervient car ce n’est pas nécessaire et c’est contre-productif.

    Nadine, en plus de mon explication ci-dessus (à Archimondain), je voudrais vous poser une vraie question :

    Pour vous, qu’est que la monnaie, qu’est-ce que l’argent ?
    _______________________

    @ Paul qui me dit : La « réalité comptable » n’est pas une réalité.

    Cette affirmation est sidérante.

    Votre exemple de la comptabilisation d’un achat de voiture montre justement le contraire : l’écriture que vous prenez comme « exemple de fiction comptable » montre pourtant parfaitement la réalité économique d’un achat d’immobilisation : au prix d’une sortie de monnaie d’un compte de trésorerie (actif très liquide, en bas du bilan), j’ai augmenté ma fortune immobilisée (un autre actif est apparu au bilan, plus haut, moins liquide).

    Un compte de bilan s’est vidé, un autre s’est rempli, je ne me suis pas appauvri.

    Aucune stylisation, aucune fiction là-dedans.

    Au contraire, la comptabilité cherche (au moins tant que les financiers ne se mettent pas à en trafiquer les règles pour travestir la vérité) à traduire le plus fidèlement possible la réalité économique de l’entreprise. Et la partie double est une trouvaille extrêmement rigoureuse.

    Et quand vous dites « La « création monétaire ex nihilo » est un artefact (une fiction) qui permet de maintenir cette égalité comptable entre le crédit et le débit », on dirait que vous n’avez compris ni à quoi sert la comptabilité, ni comment elle fonctionne, ni ce qu’est la monnaie scripturale (une dette de banque envers un client, un chiffre sur un compte, librement transmissible). La fiction dont vous parlez a une réalité bien tangible, pas fictive du tout, dans la plupart des échanges sur terre. Moi, je parlerais plutôt de convention.

    Dans un autre commentaire, vous dites : « Cela n’enlève rien au fait que si tous se présentent au même moment pour retirer l’argent sur leur compte la banque ne dispose que des 100 € initiaux. »

    C’est encore la fausse faiblesse dont je parlais plus haut.

    Il faudrait sortir de cette conception enfantine que seuls les billets et les pièces sont « de l’argent » (je retrouve cette conception très réductrice (fétichiste ? mes billets, mes beaux billets…) chez Helmut Creutz, que je continue à lire mais qui commence à me casser les pieds tant il dit de sottises, vraiment ; il faudra qu’on reparle de ce gros livre très contestable). Presque toute la monnaie est désormais dématérialisée et la monnaie scripturale ne sert pas à être convertie en monnaie fiduciaire, au contraire : elle joue son rôle (complètement, de A à Z) dans presque tous les échanges sans le moindre mouvement de monnaie manuelle.

    Cette prétendue faiblesse n’en est donc pas une, la réalité quotidienne le montre.

    Finalement, pour montrer à tout prix que vous ne vous êtes pas trompé pour montrer à tout prix que vous ne vous êtes pas trompé en affirmant il y a onze mois que « les banques commerciales ne créent pas d’argent », « si elle peut vous prêter, c’est soit qu’elle utilise l’argent de quelqu’un d’autre, (…) soit qu’elle emprunte elle–même cet argent », vous allez être conduit à nier toutes sortes d’évidences, au risque, peut-être, de dégrader votre crédibilité.

    C’est dommage, parce qu’il n’est nullement infamant de se tromper.

    Mais bon, je reste prêt à accepter que c’est moi qui me trompe, évidemment, mais pas sans une vraie démonstration.

    Je reste surtout sur cette forte impression de MALENTENDU, car j’ai souvent l’impression que vous nous dites que cette monnaie de banque, monnaie-crédit, monnaie-dette, n’est carrément PAS DE LA MONNAIE, tant elle est mal fondée, fragile, illusoire, fictive, alors que je dis, moi, que la monnaie scripturale est largement (pour la part de monnaie-crédit) DE LA FAUSSE MONNAIE parce que ses créateurs ont usurpé une légitimité (et un revenu sans travail) qui ne peut être que publique.

    C’est incroyable qu’on n’arrive pas à rapprocher ces deux points de vue.

    Amicalement.

    Étienne.

    ________________

    PS : dans votre billet, vous citez le JK Galbraith qui dit : « Dans les entretiens télévisés, l’hôte, réputé pour ses questions incisives, a l’habitude de faire débuter l’entretien avec l’économiste invité en lui posant celle-ci : « Dites-moi, après tout, la monnaie, c’est quoi ? » Les réponses sont immanquablement incohérentes. »

    Vous parlez ensuite d’aplatissement du savoir à des fins pédagogiques, et d’anesthésie de la pensée par les citations courtes comme substitut à un raisonnement… Tout cela n’est pas très gentil. Mais on vous a vu vous-même citer de grands auteurs en cas de besoin, et on vous a vu aussi simplifier votre pensée pour être plus… pédagogique… et personne ne songera à vous le reprocher, naturellement.

    Vous dites ensuite que la question de la monnaie est complexe…

    Il me semble que vous avez oublié de signaler d’autres passages du même Galbraith, dans le même livre (merveilleux d’intelligence, d’érudition et d’humour) « L’argent » :

    [C’est moi qui souligne. ÉC]

    « La plupart des discussions sur la monnaie s’enferment dans une épaisse gangue d’incantation et de prêchi-prêcha. Souvent de propos délibéré. Ceux qui parlent d’argent ou en font le sujet de leur enseignement et donc leur gagne-pain tirent prestige, estime et avantages pécuniaires, comme les médecins ou les sorciers, de la croyance soigneusement cultivée qu’ils entretiennent une association privilégiée avec l’occulte — qu’ils ont des perspectives sur un domaine totalement inaccessible aux gens ordinaires. Source de satisfaction professionnelle et, à l’occasion, de profit personnel, cette attitude n’en constitue pas moins elle aussi une escroquerie bien connue. Il n’est rien, s’agissant de l’argent, qu’une personne dotée d’une curiosité, d’un zèle et d’une intelligence raisonnable ne puisse comprendre. Et quelles que soient les erreurs d’interprétation ou de fait que la présente histoire puisse contenir, il n’en est aucune, le lecteur peut s’en persuader, qui procède d’une simplification outrancière. L’étude de la monnaie est, par excellence, le domaine de l’économie dans lequel la complexité est utilisée pour déguiser la vérité et non pour la révéler. La plupart des choses de la vie — automobiles, maîtresses, cancer — comptent surtout pour ceux qui les ont. L’argent au contraire est aussi important pour ceux qui en ont que pour ceux qui n’en ont pas. C’est pourquoi les uns comme les autres ont intérêt à le comprendre. Et les uns comme les autres devraient savoir que cette compréhension est parfaitement à leur portée.

    À cet égard, on ne manquera pas de demander si un ouvrage consacré à l’histoire de l’argent ne devrait pas commencer par une quelconque définition de ce qu’est en réalité l’argent. Cette bande de papier de valeur intrinsèque nulle, qu’est-ce donc qui la rend utile à l’échange tout en laissant telle autre bande de dimension et de couleur semblables parfaitement sans valeur ? Les précédents de ce genre de tentative ne sont guère encourageants. A la télévision, les journalistes réputés pour leur sagacité ouvrent immanquablement les interviews d’économistes par cette question : « Bon, eh bien, dites-moi — c’est quoi au juste, l’argent ? » Immanquablement, les réponses sont incohérentes. Quant aux professeurs chargés d’enseigner les premiers rudiments d’Économie, qu’il s’agisse de la monnaie ou de la banque, ils commencent par donner des définitions d’une remarquable subtilité. Lesquelles sont soigneusement transcrites, apprises à grand-peine et heureusement oubliées.

    Le lecteur devrait s’attaquer aux pages qui vont suivre en sachant bien que l’argent n’est rien de plus ou de moins que ce qu’il a toujours cru — ce que l’on offre ou reçoit pour l’achat ou la vente de biens, services et autres. Les différentes formes de monnaie, comme ce qui détermine ce qu’elles achètent, voilà qui est encore autre chose. Mais c’est précisément ce que les pages suivantes se proposent de révéler. (…) »

    Source : « L’argent », John Kenneth Galbraith, Folio Histoire, p18 et s.

    .

    « Les banques de Venise (1) et de Gênes furent les précurseurs reconnus des banques commerciales de notre vie quotidienne moderne. Celles de la plaine du Pô étaient à peine moins avancées et lorsque le prêt d’argent s’institutionnalisa à Londres, il s’installa tout naturellement dans Lombard Street.

    Le processus par lequel les banques créent de l’argent est si simple que l’esprit en demeure confondu. Quand il s’agit de choses aussi importantes, on est en droit de s’attendre à un mystère plus profond. Les dépôts de la Banque d’Amsterdam dont on vient de parler pouvaient, sur instruction de leur propriétaire, être transférés à d’autres pour régler des comptes. (Un service qui avait longtemps été rendu par les précurseurs privés de la banque.)

    Les pièces déposées ne servaient pas moins d’argent par le simple fait d’être enfermées dans une banque et susceptibles de transfert sous le seul effet d’un trait de plume.
    Il était inévitable que l’on découvre — comme le firent les échevins conservateurs d’Amsterdam en se penchant avec un intérêt coupable sur leurs propres besoins en tant que directeurs de la Compagnie des Indes orientales — qu’un autre trait de plume permettrait à un débiteur de la banque, et non plus à un créditeur du titulaire du dépôt, de recevoir un prêt sur ce dépôt inemployé. Et bien sûr, c’était la banque qui percevrait des intérêts sur le prêt ainsi consenti ! On pouvait prévenir les auteurs de dépôts que ces derniers étaient susceptibles d’une telle utilisation — peut-être même les payer pour cela. Le dépôt original restait au crédit de son auteur. Mais il existait désormais un nouveau dépôt constitué par le prêt. Les deux dépôts pouvaient être utilisés pour effectuer des paiements, comme de l’argent. De l’argent avait donc bien été créé. La découverte de cette capacité des banques à ainsi créer de l’argent se produisit très tôt dans l’histoire de la banque. C’est qu’il existait cet intérêt à gagner sur les prêts. Avec ce genre de stimulant, les hommes ont un naturel instinct de novateur.

    Il existait une autre possibilité faisant appel à des billets de banque et qui serait un jour merveilleusement exploitée par la future république américaine. L’emprunteur recevait non plus un dépôt, mais un billet rachetable dans les espèces qui avaient été placées à la banque comme capital ou comme dépôt sédentaire. Avec ce billet, l’emprunteur pouvait effectuer ses paiements ; le bénéficiaire d’un tel paiement, plutôt que de changer son billet pour de l’argent liquide, pouvait fort bien l’utiliser pour ses propres paiements, et ainsi de suite à l’infini. Entre-temps, la banque continuait de recevoir des intérêts sur le prêt original. Un jour, peut-être, le billet reviendrait à la banque pour être échangé contre du liquide. Mais alors l’emprunteur aurait déjà remboursé son emprunt, en liquide lui aussi. Tout serait pour le mieux, et l’on aurait gagné un intérêt. Il y avait aussi une chance pour que le billet continue de passer de main en main sans jamais être reconverti. Le prêt qui avait conduit à son émission produirait des intérêts puis serait remboursé. Le billet continuerait sa ronde. Personne ne viendrait jamais réclamer les liquidités originales qui avaient permis le prêt original. Dans les années 1960, M. George Bail, diplomate, politicien et avocat, chéri du succès, quitta le service public pour s’associer aux Lehman Brothers, la grande firme de Wall Street. « Pourquoi diable, l’entendit-on demander un peu plus tard, est-ce que personne ne m’avait parlé plus tôt de la banque? »

    Écrivant au milieu du siècle dernier, John Stuart Mill réglait en quelques phrases la question des facteurs déterminant la valeur de la monnaie — ce qu’elle achète :

    La valeur ou puissance d’acquisition de la monnaie dépend, en premier lieu, de l’offre et de la demande… L’offre de la monnaie, en un mot, est la totalité de la monnaie en circulation au moment dont on parle… La demande de monnaie se compose, au contraire, de toutes les marchandises mises en vente (2).

    L’explication était parfaite pour l’époque. Et elle dit aussi ce que les banques peuvent faire à la monnaie. Sur un dépôt original en liquide, on pouvait consentir des prêts. Il en résultait de nouveaux dépôts ou de nouveaux billets utilisables comme de l’argent. L’offre de biens restant inchangée, les prix augmenteraient et la monnaie perdrait de sa valeur. Pour peu que les banques se montrent âpres au gain, se livrent une concurrence acharnée, voire les deux, et pour peu que les emprunteurs se montrent suffisamment euphoriques, l’expansion des prêts producteurs d’intérêts serait importante, dépôts ou billets se multiplieraient. Il en résulterait une augmentation des prix ou une diminution de la valeur ou pouvoir d’achat de la monnaie.

    La hausse des prix était un inconvénient pour le public ou, en tout cas, pour ceux qui payaient au lieu de recevoir. Et pour les banques aussi, il y avait un hic. C’était la possibilité que l’ensemble des auteurs de dépôts et des détenteurs de billets se présentent plus ou moins simultanément pour retirer leur argent. L’auteur original du dépôt pouvait rentrer dans ses fonds, puisque le dépôt était toujours à la banque. Sinon, on pouvait le remettre à celui qui l’avait emprunté. Mais aux deux à la fois, rien à faire. Cette merveilleuse capacité des banques — le miracle de la multiplication des dépôts — était suspendue à un fil. Il fallait que les auteurs de dépôts ou les détenteurs de billets ne viennent qu’en petit nombre réclamer les liquidités que la banque s’engageait à payer. S’ils venaient tous ensemble, la banque ne pouvait pas payer. Et dès que l’idée que la banque ne pouvait pas payer se répandait, tous venaient, précisément, et souvent à la hâte. Quand cela se produisait, les dépôts ou les billets qui avaient jusqu’alors servi d’argent cessaient de servir. Dépôts et billets des premiers venus seraient transformés en argent liquide mais pour les retardataires, il ne resterait rien. Il ne leur restait plus que les bouts de papier sans valeur d’une banque désormais faillie. Cela avait cessé d’être de l’argent. Au miracle primitif de la création d’argent répondait alors le désespoir de son aussi soudaine disparition.

    Comme il y avait désormais moins d’argent pour acheter, les prix baissaient. Leur baisse pouvait être rapide et ruineuse tant pour ceux qui avaient des marchandises à vendre que pour ceux qui avaient des dettes à rembourser. C’était la dépression, la panique, la contrepartie naturelle de l’euphorie antérieure. Et là encore, c’était une chose assez simple.

    Avec le développement de la banque, à compter du XVIIe siècle, et l’aide d’un certain nombre d’autres circonstances, ces cycles d’euphorie et de panique se multiplièrent. Leur amplitude en vint à correspondre à peu près avec le temps qu’il fallait aux gens pour oublier le désastre précédent — le temps que les génies financiers d’une génération mourussent dans la honte et fussent remplacés par de nouveaux hommes de l’art que gogos et gobe-mouches pouvaient croire aussi doués, mais vraiment, cette fois, que Midas.

    Ces cycles d’euphorie et de panique se sont étalés sur deux cent soixante-dix ans, de John Law jusqu’aux prestidigitateurs des caisses d’épargne américaines. Puisque John Law a montré, peut-être mieux que personne après lui, ce qu’une banque peut faire avec la monnaie et à la monnaie, il mérite que l’on s’arrête un peu sur son cas. (…) »

    __________
    Notes :

    1. Charles Dunbar a fait œuvre de pionnier avec une étude excessivement intéressante des opérations originales : « The Bank of Venice », The Quartely Journal of Economies, vol. VI, n° 3 (avril 1892). Aux XIIIe, XIVe et XVe siècles, plus d’une centaine de banques de dépôt virent le jour à Venise. Une proportion importante connut des faillites plus ou moins fracassantes. Le Sénat déploya de grands efforts pour tenter de régler leurs opérations, allant jusqu’à décider de leurs heures d’ouverture et à contraindre les caissiers à compter les espèces sous les yeux des clients. Les résultats furent bien décevants. Au XVIe siècle, un certain Tommaso Contarini, membre du Sénat, adressa à ses pairs un discours dans lequel il résumait les difficultés rencontrées. Dans la paraphrase qu’en a donnée Dunbar, il faisait remarquer qu’un banquier avait toujours « la possibilité de rendre service à ses amis en l’absence de tout paiement par la simple rédaction d’un petit bout de papier faisant état d’un dépôt. S’il convoite de beaux meubles ou des joyaux fins, il peut satisfaire ses propres désirs d’un simple trait de plume dans son livre de crédit, tout comme il peut acheter des biens immeubles et richement doter ses enfants sans bourse délier » (p. 316). Voir aussi Frédéric Lane, « Venetian Bankers, 1496-1533 : A Study in the Early Stages of Deposit Banking », The Journal of Political Economy, vol. XLV, n° 2 (avril 1937), p. 187 sq.

    2. John Stuart Mill, Principes d’Économie politique, liv. III, chap. vin, § 2, Paris, 1861, t. II, p. 10-11.

    Source : « L’argent », John Kenneth Galbraith, Folio Histoire, p38 et s.

    Si Galbraith n’existait pas, il faudrait l’inventer. Tous ses livres sont passionnants.

    Et je gage que le citer ne nous dispensera pas de raisonner ;-)

  37. Paul Jorion dit :
    8 janvier 2009 à 05:30 @ Etienne Chouard
    Extrait du texte Comprendre la Banque (Association Belge des Banques), mentionné par Gérard P. dans un commentaire. Il n’y a rien de plus : pas de mystère, pas de miracle. « Scriptural » décrit le support : une écriture, plutôt qu’un billet de banque, qu’une pièce en or ou en argent. Mais ce support est entièrement indifférent : il est purement anecdotique, sans influence aucune sur le mécanisme.

    C’est ma dernière intervention sur ce sujet, ma crédibilité va bien, merci, et je passe à autre chose.

    4.1. Comment se fait la création de monnaie par les banques ?

    Par l’octroi de crédit et la récolte de dépôts à vue, les banques participent au processus de création de monnaie : elles créent la monnaie scripturale. C’est en faisant du crédit que les banques créent de la monnaie. La banque centrale prête aux banques commerciales, en fonction notamment de la demande de billets, et celles-ci prêtent à leur clientèle. Cette clientèle redépose en banques une partie de l’argent emprunté, dépôts qui peuvent être utilisés pour de nouveaux crédits. Cet effet multiplicateur est à la base de la création de monnaie par les banques. Le rapport entre la masse monétaire finale et la masse monétaire initiale est appelé multiplicateur monétaire .

    Lorsque les banques reçoivent des dépôts de leurs clients, elles doivent cependant être en mesure de faire face à leurs demandes de retraits. La loi des grands nombres leur permet de constater qu’une partie importante des dépôts reçus reste inutilisée. De ce fait, elles peuvent accorder des crédits, tout en conservant de quoi faire face aux retraits de leur clientèle. Ce qu’elles gardent à cette fin est appelé “coefficient de réserve”.

  38. barbe-toute-bleue dit :
    . !
  39. Sophie dit :
    8 janvier 2009 à 08:55 L’extrait donné par M. Jorion voit dans son titre même l’affirmation de la création de monnaie par les banques ( “4.1. Comment se fait la création de monnaie par les banques ? “)
  40. Fab dit :
    .
  41. Bru dit :
    8 janvier 2009 à 10:15 @Paul JorionMême dans votre dernier extrait, les auteurs appellent un chat ce que vous vous acharnez a vouloir appeler une souris.

    Que vous vous sentiez crédible tout seul je veux bien le croire, en revanche, je reste persuadé que votre crédibilité pour vos lecteurs a été endommagée, c’est le cas en ce qui me concerne.

  42. Archimondain dit :
    8 janvier 2009 à 10:39 @Étienne Chouard
    Quand je dis que les clients doivent pouvoir retirer l’argent de leurs DAV, je veux dire par tranfert bancaire ou retrait en espèce.
    Si aucun de deux ne peut être effectué, l’argent n’est pas utilisable.- En espèce : Il ne semble pas pouvoir l’être
    – Par virement vers une autre banque : certain dirons que c’est possible car l’autre banque vire aussi de l’argent dans l’autre sens, et les flux s’annulent. Je ne suis pas d’accord. La banque échange cet argent contre un autre. Elle ne le fait pas sortir de la banque contre ‘autre chose’. (ici je part du principe que l’achat d’argent instantanné est équivalent à aucun achat du tout : Un billet de 100 contre un billet de 100 ne change rien à rien. Il ne s’est rien passé. Point).
    – Par virement entre deux compte de la même banque : Effectivement, dans ce cas il me semble qu’une personne A utilise une somme ‘bloquée’ pour moyen de paiment à une personne B, que la banque tranfert cette somme du compte A vers le compte B sans que cela ne change rien pour elle. De l’argent ‘bloqué’ à bien pu être utilisé pour payer quelque chose sans aucune autre contrepartie. Là, je suis d’accord pour dire qu’il y a création. En effet, si la banque a 100, elle peut prêter 90 qui peuvent sortir de la banque, et tout de même utiliser les 100 qui ne sont ni retirable en espèce, ni tranferable vers une autre banque, en tant que monnaie interne entre ses client.

    Je serais curieux de connaître le point de vue d’autres anti ex-nihilo sur la question :)
    Je serais curieux aussi de savoir si je trouve finalement un terran d’entente avec les pro-ex-nihilo. Etes-vous d’accord avec ces trois points ?

  43. Archimondain dit :
    8 janvier 2009 à 10:45 @Sophie et Bru :
    Voyons voyons…
    Si je vous désigne un chien en disant ceci est un chat. Que croirez-vous ?Si je vous dis :
    ‘Ceci n’est pas une phrase ?’
    Qu’en déduisez-vous ?

    Je n’essaye pas de faire preuve de mauvaise foi. Je fuis les incohérences comme la peste. Simplement.
    Levez les incohérence et je deviens très crédule :)

  44. Bru dit :
    8 janvier 2009 à 10:50 J’en croirais et déduirais que vous avez l’esprit tordu.
  45. Bru dit :
    8 janvier 2009 à 11:08 Pour revenir a la question d’Archimondain et en complément de ce que dit Etienne :vous dites « Si vous pouvez en plus affirmer que tous les clients peuvent retirer l’argent de leurs DAV, je serai convaincu. »

    Effectivement les épargnant pourraient retirer leur argent de leur compte, car en cas de “bank run”, c’est de cela que nous parlons, les banque centrale émettraient assez de monnaie fiduciaire pour servir tout le monde en échange d’actif des banques commerciale (en l’occurrence des créances). Une fois la panique passée, les médicaments pris, les épargnant re-déposeraient immanquablement leur argent dans des banques qui le rendraient au BC en échange des créances laissaient en garantie.

    Voila comment cela se passerait, et comment cela s’est passé lors de la panique Northern Rock en UK.

    Bien a toi.

  46. madar michael dit :
    8 janvier 2009 à 11:41 Bonjour à tous
    L’avantage d’être sans a priori sur un tel sujet permet d’essayer de comprendre les points de vue de chacun.
    Comme je l’ai déja dit, l’explication de la création monétaire ex-nihilo par les banques commerciales qui proposent des crédits et que s’applique à détailler Etienne, je la partage à partir du moment ou sont confondus dans un même mouvement, monnaie fiduciaire(billets bc), monnaie scripturale(dav) et crédit(dette) qui toutes permettent l’acte d’achat.
    Que je trouve 100 euros par terre, que je les gagne par mon travail ou bien que la banque me les prête, dans tous les cas mon pouvoir d’achat existe à hauteur de 100euros.
    La différence, essentielle, que chacun comprend bien, réside dans mon devoir, à terme, de rembourser le prêt que la banque m’a accordé.(plus les intérêts)
    Alors peut on parler de” création monétaire ex nihilo temporaire “par les banques commerciales, avec destruction monétaire lors du remboursement?
    L’illusion de similitude entre l’argent à crédit et l’argent gagné à la sueur de son front explique t elle les divergences de vue entre Paul et Etienne?
    N’abandonnez pas svp cette controverse qui reste, pour bien des visiteurs de ce blog, un formidable moyen de questionner (se réapproprier? )un élément majeur de nos sociétés (la question monétairel) trop longtemps laissée entre les mains( pas toujours propres )des banquiers, des économistes et des hommes politiques.
    mikl
  47. Bertrand dit :
    8 janvier 2009 à 11:53 @Fab à propos de votre remarque dans le fil précédent :“1. Si je travaille j’ai un salaire. Je peux acheter ce dont j’ai besoin. Pourquoi aurais-je besoin d’un banquier [créé ex-nihilo]? Pourquoi suis-je dépendant de ce banquier [parasite] ? Qui est-il pour intervenir dans ma vie ? D’où sort-il ? Comment en sommes-nous arrivés à nous imposer cette contrainte ?”

    Le banquier créé « ex-nihilo » a la fonction suivante :

    Si vous êtes salarié et que vous gagnez 10 euros, vous pourrez l’échanger contre un bien de valeur équivalente. Si par contre vous décidez d’investir ces 10 euros plutôt que de manger un sandwich, vous ne disposerez plus de votre monnaie en poche, mais d’un DROIT d’appropriation sur la capacité de créer une valeur supérieure à 10 euros. Alors arrive le banquier :

    Les 10 euros que vous verserez à un salarié créeront donc une valeur plus élevée, enrichie par le travail d’autrui. Pour réussir cet exploit le banquier consent à vous donner du temps, c’est le DROIT consenti par le capitaliste (l’investisseur) au patron que vous êtes devenu.

    L’intérêt de votre remarque tient alors à la législation produite par/pour le producteur de monnaie : Si vous consentez à investir, vous passez par la banque qui vous en donne le DROIT. Je remarque que dans la vraie vie, un candide qui chercherait un patron de Banque ou d’Institution financière qui ne serait pas lié aux législateurs de près ou de loin (peu importe la couleur en social-démocratie) restera un naïf, mais un idiot utile pour rendre le système pérenne !

  48. Julien Alexandre dit :
    .
  49. nadine dit :
    8 janvier 2009 à 12:46 @BruVous dites:
    “Et ces dépréciation les mettent a la limite de leur taux de réserve factionnaire, car la monnaie créé existe toujours mais les dettes qui une fois rembourser devait annuler cette monnaie le sont de moins en moins, remboursées.

    Et aujourd’hui ces dettes pourris sont reprise par les banques centrale en échange de base monaitaire (”vrai argent”) par une opération de “monétisation de la dette” qui ne manquera par de nous amener a minima une phase d’inflation bien salée a terme.”

    On progresse.
    Vous utilisez la theorie de la création monetaire pour expliquer la crise. C’est bien, je crois que c’est ce qu’il faut faire si vous voulez nous convaincre.
    Le probleme c’est que votre explication est completement fausse ! Je m’inquiete pour votre crédibilité…
    Je vous demontre ça plus tard.

  50. Sophie dit :
    8 janvier 2009 à 13:32 @Julien Alexandre
    ” Mais si la banque a tant de dépôts, comment pourrait-elle faire faillite? ”… les dépôts des clients dans une banque sont au passif … c’est une dette pour elle!!!
  51. Pierre-Yves D. dit :
    .
  52. Julien Alexandre dit :
    8 janvier 2009 à 14:18 @ Sophie : démonstration par l’absurde… Note personnelle : rangez le 2d degré, car quand on interprète au 1er degré, le niveau est proche de zéro. Appelons ça la suite arithmétique de l’absurdité.Oui, les dépôts sont au passif (avec une exigibilité courte), les prêts à l’actif (avec une exigibilité longue). La banque compense cette 1ère asymétrie par une 2ème asymétrie : les dépôts sont rémunérés (sauf compte courant = ressources gratuites) à un taux d’intérêt inférieur à celui des prêts. Mettons dépôts à 3 % et prêts à 4 % : la marge d’intermédiation de la banque est de 1 %.

    Ces derniers jours, la moyenne des prêts immobiliers est plutôt à 5 %. Le taux directeur ECB est à 2,5% (et baissera jeudi prochain). Le Canard annonçait la semaine dernière l’explosion de la marge d’intermédiation des banques : +400% en 2008 par rapport à 2007.

    Sophie, les banques prêtent-elles les dépôts?

  53. 2Casa dit :
    8 janvier 2009 à 14:29 @ TousJ’avais posté il y a quelque temps de cela un article de chez Telos (passé d’ailleurs complètement inaperçu) faisant la différence entre crise de liquidités et crise de solvabilité de Cédric Tille.

    A lire.

    Il fait partie des éléments qui m’ont amenés, bien malgré moi et mon intuition initiale (je suis ici à cause de Grignon dont je comprends bien le raisonnement. Trop bien, justement. Et… Habitué à être manipulé par internet j’ai du mal à le gober comme ça. Ce qui me pousse à creuser et essayer modestement de comprendre) à tenter de me représenter l’autre version.

    Telle que je la perçois, au plus simple maintenant, sur les ratios de réserve c’est que certains considèrent les 10, 8, 2% – peu importe – comme ceux “du bas de la pile” (ex-nihilo), les autres comme les 10, 8, 2% – pareil ! – du “haut de la pile” (anti ex-nihilo) ceux que l’on ne peut pas prêter sur la masse de crédit que les actifs de la banque l’autorise à prêter. Ce qui retranche 10, 8, 2% aux 100% autorisés par ces actifs.

    Je ne vois pas comment autrement la dépréciation des actifs à laquelle nous assistons gênerait les banques. Il pourrait ne leur en rester que 10, 8, 2% et basta. Ou on pourrait imprimer (crise de liquidité) autant qu’on veut moyennant le délai pour le faire. (j’espère que vous ne pensez pas sérieusement que M. Jorion est suffisamment stupide pour confondre avec je ne sais quel agrégat représentant billets et pièces !) Mais les banques se retrouvent bien en face d’un autre problème : c’est que la valeur de leurs actifs ne couvre plus l’encours de crédit. D’où la vente de titres non pourris, puisque personne ne veut plus des autres (pas de prix) leur dépréciation et la réaction en chaîne.

    Voilà où j’en suis, pour un non spécialiste qui en est venu par Grignon – je le rappelle et l’indignation causée alors chez moi et la diffusion que j’en ai assurée et… je n’aime pas diffuser quelque chose dont je doute – à s’interroger là-dessus. Je tiens à préciser encore une fois que je n’ai pas la prétention de trancher. Il y a, comme on dit, des experts pour cela. je ne fais que donner mon opinion, l’état de ma réflexion à l’heure actuelle.

    @ Etienne Chouard

    Enchanté, moi aussi. (Comme Maurice Allais, d’ailleurs !)

    Mais vous manquez mon propos et ce, de deux manières :

    1/ En me considérant comme un zélateur servile et révérencieux. Je ne m’étendrais pas là-dessus mais vous renvoie à Schoppenhauer dans “l’art d’avoir toujours raison” (très bo, po cher, 10 balles dans la collection des livres à dix balles, vu que vous aimez les références) où il est clairement montré la puissance de l’argument ad hominem, la dérision et le discrédit servent aussi bien les fins de ceux qui les emploient que la raison dans un débat d’idées.

    2/ Sur l’objectif de ma précédente intervention, ce qui est pour moi bien plus grave intellectuellement. Ah oui ! Pour ce qui est de la “construction intellectuelle sophistiquée” ce n’est – hélas ! – pas mon fait mais celui de T.S. Khun dans “la structure des révolutions scientifiques” ou d’A. Koyré dans “du monde clos à l’univers infini” (je crois, mais ça remonte à 10 ou 15 ans…)

    Et mon propos n’était pas ni de défendre, ni de démontrer quoi que ce soit. Seulement d’interroger les processus à l’oeuvre dans une rupture entre deux modèles théoriques. Libre à vous de le percevoir autrement, mais vous passez à côté de ce que j’ai voulu dire. C’est ballot quand même.

    @ Tous

    Et dire que nous ne discutons que du concept de “monnaie” ! Pas étonnant que les financiers s’entretuent…

    En guise de conclusion, effectivement à mesure que je parcours ce blog, mon respect et mon admiration pour M. Jorion vont croissants. Je parle de l’homme et des valeurs qui l’animent. Je serais bien en peine de juger d’un point de vue théorique au vu de mes lacunes. Mais je m’y emploie. Modestement et sans présumer ni de la justesse de son propos ni de mes capacités de compréhension.

    Sur ce, un peu dépité, je retourne à mes chats, m’évertuer à leur faire comprendre que si, quand même, l’humanité a parfois du bon.

  54. Fab dit :
    8 janvier 2009 à 14:36 @ Bertrand,Bonjour et merci pour votre réponse : il est toujours bon de rappeler les mécanismes de base. Je ne suis malheureusement pas sûr d’avoir bien compris votre raisonnement et vous serais reconnaissant si vous pouviez le présenter autrement.
    Cela dit, pourquoi devrais-je investir mes 10 euros ?
    Et pourquoi devrais-je accepter que ma vie soit basée sur la consommation (sans parler des dégâts pour la planète, du non-respect des autres espèces animales et des autres hommes et donc du non-respect de ma propre personne) sachant que cette consommation a pour but de rendre pérenne le système engendré par mon investissement initial ajouté à quelques autres ? Je conçois que mon travail ait de la valeur. J’ai beaucoup plus de mal à accepter comme une fatalité que le bon d’achat qui m’est donné en échange de cette valeur puisse en soi représenter une valeur qui va être utilisée par d’autres ; et que ces autres, pour conserver leur nouvelle valeur et la multiplier, n’ont d’autre choix que de me pousser à consommer…à outrance nécessairement au bout de quelques “rotations”, m’obligeant donc à fournir un nouveau travail etc. Il me semble évident, au moins par constat, que j’aurai toujours un “temps de retard” (une fois que j’ai mis le doigt dans l’engrenage, que j’ai croqué la pomme). Aussi, j’en reviens à mes questions initiales sur le banquier (que je considère comme un égal ne vous alarmez pas !) et/ou sur les législateurs. Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi un tel asservissement (http://www.pauljorion.com/blog/?p=1432#comment-13783) ?

    Je ne sais pas si j’ai été clair, et encore moins si j’ai pu vous convaincre de la sincérité de mes questions, mais c’est la vision que j’ai de la crise actuelle : une crise de conscience. Je pense que l’homme a besoin de se trouver de nouveaux objectifs, de se trouver une nouvelle “religion”, une nouvelle “carotte”…Peut-être d’ailleurs est-ce l’idée de M. Jorion, et qu’il pense qu’il soit nécessaire (je n’en doute pas) et suffisant pour y parvenir d’assainir le système économique actuel..?

  55. Alain dit :
    8 janvier 2009 à 15:11 Il y a quelques lustres déjà, ayant demandé à un client, de la banque dans laquelle je travaillais, de venir “faire un point”, (en fait mon intention était de le sommer de recréditer son compte devenu débiteur), j’essayais de le raisonner et de lui expliquer qu’il n’avait plus un solde suffisant pour émettre d’autres chèques. Celui-ci restait hors d’atteinte de mon raisonnement, et la notion de solde créditeur suffisant devait lui paraitre un lanqage de notaire, tout aussi élégant qu’incompréhensible. Finalement, dans un éclair de lucidité, il retoqua tous mes arguments et m’asséna un magnifique :
    -”j’ai encore de l’argent puisque j’ai encore des chèques dans le carnet!”.
    Pour revenir à la création monétaire, les banques en octroyant des crédits participent à la création d’une monnaire en devenir. Si, tous les clients des banques veulent “disposer” d’une autre monnaie que la monnaie scripturale, soit de la monnaire fiduciaire, voire divisionnaire, il y aura plus qu’un petit problème. L’Etat ne frappant ou n’imprimant pas assez de cette monnaie la.
    Peut-on en conclure que la monnaie en devenir (contrepartie de l’activité de crédit d’une banque), ne devient monnaie qu’à partir du moment ou l’on en souhaite la matérialisation sous une autre forme? Je ne crois pas que cela soit suffisant. La monnaie fiduciaire n’étant qu’une autre forme de convention, qui elle aussi représente une dette, (ou sa contrapartie).
    Pour palier, entre autre, les risques de rupture de stocks de billets et de pièces, en France, il existe certaines contraintes sous forme d’obligations:
    – Interdiction de payer les salaires en espèces,
    – limitation du pouvoir libératoire de la monnaire divisionnaire,
    – interdiction de payer en espèce au delà d’un certain montant, ou de recevoir un paiement en espèce au delà d’une certaine somme
    -…,etc.
    Si la monnaie était encore référencée sur la base des réserves d’or, il est évident que l’accroissement, (création), de la monnaie en circulation aurait pour corollaire l’accroissement des réserves d’or détenues par la banque centrale.
    Ou comme certains, rois l’ont fait jadis, une diminution du poids d’or dans la monnaie couramment utilisée.
    Si lors d’un dépôt en or de 100 kg, la banque pouvait, ex nihilo porter, 90 kg au crédit du compte de son emprunteur, et ainsi de suite, il faudrait requalifier les banquier de mineurs, (ouvriers des mines bien entendu).
    Pour s’affranchir de cette contrainte, (relique barbare), la monnaie ne fait plus référence à son poids en or. Il est donc loisible aux détenteurs du pouvoir de presque création monétaire que sont les banquiers de faire à peu prés ce qu’ils veulent. Quant à la disparition de milliards de dollars et d’Euros, à la suite de la crise financière actuelle, il s’agit, en fait, de la baisse d’une des contreparties comptables de la monnaie. L’autre contrepartie (débit = crédit) reste intacte, la différence étant “à la charge” des banques.
    La maison qui a été vendu 100 et qui ne vaut plus aujourd’hui que 50, a bien fait l’objet d’une transaction de 100. Le vendeur a bien encaissé 100, s’il n’a pas investi ses 100, ni dans l’immobilier ni dans la bourse, il a toujours ses 100! Par contre le malheureux acheteur lui n’a plus qu’une maison valant 50 et doit souvent rembourser un crédit de 100. Si la banque acceptait de lui laisser du temps pour faire face, il se pourrait qu’il puisse un jour rembourser sa dette. Mais en France, par exemple au delà de trois échéances impayées, la banque est obligée, (la malheureuse), de prononcer la déchéance du terme. Le solde de l’emprunt devient immédiatement exigible, majoré des pénalités et de la totalité des intérêts non encore échus. Ainsi les 100 de l’exemple peuvent devenir 150, avec pour seule contrepartie la valeur actuelle de la maison prise en garantie, au mieux 50. La différence est donc de 100, et c’est bien la banque qui la porte dans son bilan même si c’est le malheureux emprunteur qui l’a subie, (et la subira lontemps). Quant à notre vendeur initial, il doit être tout heureux de se dire qu’il a bien fait de vendre et de garder son argent à l’abri. Alors, ne lui gâchons pas son plaisir, en lui expliquant qu’il pourrait avoir de désagréables surprises si tous les clients de sa banques avaient l’idée, (saugre
    nue) de vouloir retirer leur argent en même temps…
  56. Sophie dit :
    8 janvier 2009 à 15:12 @Julien Alexandre
    ” Sophie, les banques prêtent-elles les dépôts?”
    Ma réponse est NON si on parle des dépôts à vue… comment pourraient-elles d’ailleurs prêter ce qui est déjà une dette pour elle?
    Dans le cas d’un dépôt sur livret, c’est très différent; l’épargnant confie ses sous à la banque pour les faire fructifier et la banque s’engage à lui reverser des intérêts.
    Une banque a deux “casquettes” : d’une part le droit (exclusif) de création de monnaie scripturale, d’autre part un rôle d’intermédiaire entre épargnants et emprunteurs. Si la banque n’avait pas des limites (légales et comptables) à la création de monnaie-dette, elle n’aurait même pas besoin de cette catégorie (les épargnants)
  57. Bru dit :
    8 janvier 2009 à 15:13 @Nadine,Je vous lirais avec plaisir.
    N’étant pas l’objet d’une quelconque notoriété ma crédibilité n’est le soucis de personne je pense… J’essaie juste de manipuler des définitions et des suites logiques de manière peut-être maladroite voir fausse, je serais prêt a le reconnaître si les défenseurs de la non création monétaire par les banques essayaient des exposés sur un mode proche de celui de Etienne. Ce qui n’est pas le cas.

    J’en resterai sur ce qui me semble indubitablement simple est vrai : les banque créent via l’attribution de prêt un objet qui peut être utilisé en guise de paiement. Cet objet est créé par les banque (par écriture). Cet objet est une monnaie (par définition, car utilisé dans la vie de tout les jour en guise de paiement d’un achat).

    Je pense que cet instant tout le monde est plus ou moins d’accord sur l’essentiel, sauf, et c’était l’objet d’un de mes premiers commentaires, les définitions, et plus particulièrement la définition de la monnaie. Vous considérez que seule la monnaie centrale (pièces, billets et réserve des banques commerciales aux BC sont de la monnaie, cad le passif des BC) alors que je considère (comme beaucoup je pense) que les dépôts bancaires sont également de la monnaie. Pour la simple raison qu’il sont acceptés en guise de paiement, ce qui renvoie a la définition même de la monnaie. Les achats courants étant effectués avec cette monnaie scripturale, considérez peut-être qu’il s’agit de troc ? Je ne le pense pas, ces transaction supposent donc un intermédiaire, en l’occurrence la monnaie scripturale, qui est effectivement une dette, mais qui reste une monnaie. Comme l’or est un métal et a été une monnaie.

  58. Julien Alexandre dit :
    8 janvier 2009 à 16:59 @ Sophie : ma banque rémunère mon compte à vue à 3 % (brut). Si je vous suis, et que donc ma banque ne prête ou place pas les dépôts à vue, ce qui ne lui permet donc pas de dégager de marge sur ce produit cela signifie que c’est par générosité que mon banquier grève ces bénéfices pour les redistribuer non pas à ces employés mais à ces clients, en rémunérant un compte qu’il n’a pas besoin de rémunérer? Parce qu’acquérir des parts de marché à ce tarif là coûte cher…Jusqu’en 2005, les comptes à vue rémunérés étaient interdits en France. C’est l’application du droit communautaire européen (arrêt de la cour de justice européenne du 5 octobre 2004) qui a ouvert la voie à cette pratique. Les banquiers sont-ils des socialistes en puissance?

    Un petit résumé pas trop “aplati” :

    – les dépôts rapportent à la banque la différence entre le taux de rendement des placements qu’ils permettent et le taux auquel ils sont rémunérés. Le placement en question peut-être extérieur à la banque ou interne, sous forme de crédit. Ceci concerne TOUS les dépôts bancaires : à vue, d’épargne ou à terme.

    – dans le cas des placements des dépôts, il est important pour le banquier de retenir un taux de rendement réaliste, afin de “lisser” la marge entre taux de rémunération et taux de placement. Pour éviter une asymétrie de plus (voir post plus haut), le placement doit présenter un profil en termes de durée et de risques identiques ou proches de celui du dépôt.

    – vous retenez en particulier le problème des dépôts à vue, dont la stabilité temporelle (possibilité de retrait au jour le jour, possibilité de paiement au jour le jour) exclut a priori tout placement en actifs financiers (placement à termes, spéculation, etc.) ou recyclage sous forme de crédit (terme plus ou moins long également). Les banquiers résolvent le problème : ils placent les dépôts à vue au jour le jour sur le marché monétaire, dont le taux de rendement est l’EONIA, le petit frère (en durée) de l’EURIBOR. Et de vous à moi, un secret de polichinelle : la stabilité a posteriori des dépôts à vue est assez grande pour envisager des placements à échéance plus longue. Libre aux banquiers de faire des arbitrages de risques en retenant un taux de rendement plus élevé…

    Qu’en dites-vous?

    @ Pierre-Yves D. : merci de vos encouragements. Honnêtement, mes commentaires traduisent pour l’essentiel les enseignements que j’ai tirés de cet entretien, et à part apposer une signature “prestigieuse” et reconnue sur des mots, un billet spécifique n’a pas de sens, surtout lorsque l’on souhaite exclure les arguments d’autorité du débat.

    @ 2casa : merci pour votre post rafraichissant.

  59. 2Casa dit :
    8 janvier 2009 à 17:07 Une dernière chose !Quant à Galilée je me demande si les changements opérés par le fait de mettre l’homme au centre du bordel à la place de la thune n’impliqueraient pas des changements plus conséquents encore que de l’avoir fait pour le soleil. C’est toute la portée de mon analogie et c’est tout l’intérêt d’un changement de paradigme.
  60. Fab dit :
    8 janvier 2009 à 17:15 @ 2Casa,Bravo.
  61. kawaijen dit :
    8 janvier 2009 à 17:32 Des mois de débat, et toujours pas de convergence, l’affaire est complexe :-)Pourquoi n’est il pas possible d’éclairer le débat en comparant:
    1) la somme des crédits en cours des banques de la zone Euro (par exemple)
    2) la somme des dépôts dans ces mêmes banques + la somme de leurs emprunts

    Ces données doivent être disponibles au niveau de la BCE pour qui sait lire les bilans financiers.

    Si 1 > 2 c’est que les banques prêtent autre chose que les dépôts+emprunts (du ex nihilo :-)

    Les dépôts (pour ce qui est des particuliers), ce sont les comptes courant, les livrets, les comptes à terme. A priori peu de chose par rapport aux actions et obligations qui sont le gros de l’épargne.
    Donc, au feeling, comment ces dépôts pourraient ils couvrir la somme immense des crédits?

    Bien sûr, c’est un raisonnement de béotien surement faux, mais pourquoi?

  62. Sophie dit :
    8 janvier 2009 à 18:54 @Julien AlexandreQue votre banque rémunère les dépôts à vue (oui, je sais qu’elles en ont le droit même si peu d’entre elles le font), ne démontre en rien qu’elles les prêtent.
    Il peut y avoir des raisons commerciales à cette rémunération, par exemple d’attirer chez elle de nouveaux clients… ou comptables (augmenter et/ou stabiliser son passif)

    Ce sont les soldes positifs de monnaie centrale (issus de la compensation interbancaire) qui sont placés sur le marché de refinancement… pas les DAV

  63. Julien Alexandre dit :
    8 janvier 2009 à 19:07 @ Sophie : pure dialectique aristotélicienne. Vous dites “il se peut”, je vous dis “ceci est”, mais vos postulats renversent tout de même les faits.

    votre banque rémunère les dépôts à vue (…)[pour] des raisons (…) comptables (augmenter et/ou stabiliser son passif)

    Sans commentaires…

  64. Julien Alexandre dit :
    8 janvier 2009 à 19:52 Je remue encore un peu le couteau dans la plaie… En effet, ce n’est pas parce que les banques rémunèrent les comptes qu’elles prêtent les dépôts à vue. Elles prêtent vos dépôts à vue même quand elles ne vous rémunèrent pas. Ceci devrait vous faire réfléchir sur votre assertion entre parenthèses :

    …peu d’entre elles le font

    Pourquoi rémunérer de l’argent qu’on emprunte gratuitement, et dont on peut obtenir un rendement sans contrepartie au niveau du coût (hormis ce que l’on appelle dans le milieu bancaire les coûts d’acquisition des dépôts/clients)? Pourquoi ne pas profiter de cette marge d’intermédiation?

  65. Étienne Chouard dit :
    8 janvier 2009 à 19:58 @ Julien Alexandre,Vous dites à Sophie :

    “Les banquiers résolvent le problème : ils placent les dépôts à vue au jour le jour sur le marché monétaire, dont le taux de rendement est l’EONIA, le petit frère (en durée) de l’EURIBOR.”

    Vous semblez connaître le problème de l’intérieur, c’est très intéressant.

    Pourriez-vous nous donner L’ÉCRITURE COMPTABLE qui matérialise (qui prouve), jour après jour, ce “placement des dépôts à vue” dont vous affirmez l’existence ?

    Car toutes les opérations réalisées par la banque, absolument toutes, sans aucune exception, passent par sa comptabilité (vous ne me ferez pas croire que les banques tiennent une comptabilité occulte).

    J’attends votre réponse avec impatience car on va enfin voir le compte de dépôt qui baisse pour utiliser son solde à d’autres usages plus lucratifs. Je suis très intéressé par cette information.

    Jusqu’à ce que vous me montriez cela, je pense que les banques prêtent / placent (tout ou partie de) l’équivalent de ce qu’elles reçoivent en dépôt (au culot), et pas les sommes déposées elles-mêmes ! (c’est tout notre débat, qui est long et parfois un peu rugueux, mais où nous progressons, je trouve, à petits pas), et il faut bien, dès lors, qu’il y ait création monétaire pour effectuer ces placements, concrètement.

    Mais je ne demande qu’à être convaincu du contraire, preuve à l’appui.
    Les progrès se font souvent en acceptant simplement nos propres erreurs, j’y suis parfaitement prêt.

    Amicalement.

    Étienne.

  66. kawaijen dit :
    8 janvier 2009 à 20:39 En fait les stistiques de la zone Euro ne sont pas si difficiles à lire;
    à en croire les différents STAT INFO de la Banque de France, et pour la zone Euro dans son ensemble, en Novembre 2008:1) l’en cours de crédits au privé (donc hors dettes publiques) est de 10877 Md€ (dont ~50% aux ménages)

    2.M1) les dépôts dits masse M1: 3962 Md€ dont billets 704 + dépôts à vue 3258
    Ça montre que ce ne sont pas les seuls dépôts à vue qui peuvent financer les crédits

    2.M2) avec les dépôts à court terme dits M2: 8016 Md€
    M2 ce sont les livrets A, bleus, CEL, LEP (mais hors PEL et PEP qui sont dans M3)

    2.M): avec des dépôts à plus long terme et autres éléments que je comprend moins bien : 9373 Md€

    On voit que M2 et M3 sont commensurables avec l’en cours de crédit.

    Donc, en première approximation, et contrairement au feeling que j’ai exprimé à 17h32, il semble que les banques prêtent approximativement ce qu’elles on en dépôt et qu’elles rémunèrent et donc que les intérêts ne sont pas si “scandaleux”.

    Pourquoi M2/3 ~= en cours de crédit – sans doute le résultat des multiples régulations qui encadrent la profession de banquier

    NB: avant d lire ces chiffres, j’étais plutôt dans le “camp ex-nihilo”, mais là ça me fait réfléchir :-)

  67. Étienne Chouard dit :
    8 janvier 2009 à 21:08 @ Julien Alexandre :Nous sommes presque d’accord, il n’y a plus qu’un cheveu entre nous ;-) : quand vous dites : “Pourquoi rémunérer de l’argent qu’on emprunte gratuitement ?”, vous pourriez aussi bien dire (est-ce si différent ?) : “Pourquoi rémunérer de l’argent qu’on crée gratuitement ?”.

    Non ?

    Étienne.

  68. Julien Alexandre dit :
    8 janvier 2009 à 21:43 @ Etienne Chouard : c’est une simple question de gestion dynamique. Vous semblez croire qu’une banque ne fait que distribuez des crédits. Mais dans le même temps, la banque emprunte (sur le marché interbancaire), se fait rembourser les prêts qu’elle a consentis reçoit de nouveaux dépôts, etc. C’est cet équilibre qui permet le respect de la double comptabilité. C’est le déséquilibre de ce mécanisme qui met en danger les banques pas suffisamment prudentes. D’où le risque systémique en cas de gestion cavalière,C’est ce que j’explique plus haut quand je parle de “placement (qui) doit présenter un profil en termes de durée et de risques identiques ou proches de celui du dépôt”.
    Si la banque emprunte à court terme et prête à long terme, elle s’expose à un risque de liquidité.

    Mais je ne demande qu’à être convaincu du contraire, preuve à l’appui.

    Aussitôt dit, aussitôt fait : je vous laisse consulter le bilan au passif et surtout les explications de la Banque Postale dont je reproduis ici le passage central pour éviter aux lecteurs de multiplier les clics :

    L’enjeu de la gestion financière est de déterminer la maturité moyenne sur laquelle ces fonds peuvent être engagés. Bien que la plupart soit contractuellement “à vue”, ces dépôts sont stables lorsqu’on observe leur historique d’encours. A l’issue d’analyses statistiques et de simulations, les dépôts sont décomposés en deux parties :
    – une partie volatile, placée à court terme pour faire face aux besoins quotidiens de liquidité des clients,
    – une partie stable, plus significative, qui peut être placée à long terme après prise en compte de scénarios défavorables sur un plan macroéconomique et/ou commercial.

  69. Julien Alexandre dit :
    8 janvier 2009 à 21:49

    @ Julien Alexandre :

    Nous sommes presque d’accord, il n’y a plus qu’un cheveu entre nous : quand vous dites : “Pourquoi rémunérer de l’argent qu’on emprunte gratuitement ?”, vous pourriez aussi bien dire (est-ce si différent ?) : “Pourquoi rémunérer de l’argent qu’on crée gratuitement ?”.

    Non ?

    Désolé, mais non. Emprunter et créer n’ont pas le même sens dans ce cas de figure (d’ailleurs je ne vois pas dans quel autre cas ça pourrait l’être…)
    Si vous me dites que si, je vous dirais : “Etienne, il n’y a plus qu’un cheveu entre nous : quand vous dites “Les banques créent l’argent qu’elles prêtent”, vous pourriez aussi bien dire “Les banques empruntent l’argent qu’elles prêtent”. Non?

    Ceci dit, j’apprécie votre volonté de rapprochement par approximation elliptique :)

  70. Zaharia dit :
    9 janvier 2009 à 00:42 Bonsoir les amisIl me semble que les derniers échanges peuvent permettre de “régler son compte” au TROLL en passe de dévaster “l’esprit collectif”… qui hante ce lieu ! Cela deviendrait presque une question de santé publique que de tordre le cou fissa à cet étrange Mr “EKSNI ILLEAU”… dont l’activité déchaine tant de passions, (et même quelques “chocs inélastiques”, Helas, entre certains des habitués et l’animateur… de ce Blog).

    Même si ce n’est pas le meilleur moment pour tenter une médiation… je-me-lan-ce ! A la racine de l’indignation, (pour ne pas dire la colère), de notre ami EC… il y a, je crois, la notion d’enrichissement sans cause (”Ungerecht fertigte bereicherung” dit-on Outre Rhin…). Que les banques aient le privilège de percevoir des intérêts sur “des sous”… qu’elles ne possèdent pas, cela scandalise Étienne.

    Cependant, ce “privilège immoral” dont jouissent les banquiers, (”Prêter des sous qu’on ne possède pas”… ce n’est pas à la portée de tout le monde), peut être décrit des 2 façons qui opposent les 2 partis représentés ici. (Cette double description d’une même réalité apparait bien dans les derniers posts: c’est un peu comme le “Canard Enchainé” rendant compte d’un “accident du travail”… des forces de l’ordre: “Selon les sources policières, il semble que les individus se soient précipités avec une violence inouïe sur les bidules des agents de la force publique” !!)

    Pour en revenir à “ces sous” que prête le banquier… alors qu’il ne les possède pas:

    – Soit l’on proclame: “Il est évidemment hors de question qu’il se permette de prêter nos DAV sans nous demander notre avis !” (Du coup… Mr EKSNI ILLEAU se frotte les mains !)

    – Soit on dit: “Le banquier, mettant à profit la loi des grands nombres, (et le coefficient multiplicateur…), se sert de la partie “non volatile” de nos DAV…” (celle qui n’a pas besoin d’être couverte par des réserves).

    L’invocation de la comptabilité, même “en partie double” ne me semble pas, Hélas, de nature a départager ces 2 présentations de la même réalité. Avec tous les ménagements qui s’imposent… je suggère donc aux parties en présence… de CONSTATER qu’il existe 2 façons de décrire le privilège des Banques(*), et… que comme n’importe quel double langage, ce “Fait de l’existence” (2 descriptions possibles), peut donner lieu à… quelques belles empoignades !

    On pourrait ensuite passer -enfin- à… “autre chose”, par exemple, et entre autres: “Comment réformer le système financier pour qu’il ne comporte plus de “risques Tchernobyl” ? Comment désarmer la finance de marché ?” Etc. etc.

    En espérant que force nouvelles interventions enflammées… viendront favoriser la solution(**) de ces questions vitales !

    R. Zaharia

    (*) en laissant de coté un autre volet, sans doute moins profitable, de leur activité: celui qui consiste pour les banques a prêter de l’argent qu’elles empruntent: leur marge se fait alors seulement sur l’écart entre les taux d’intérêt attachés a ces 2 opérations; il existe dans ce cas un risque “d’effet ciseau” (par exemple entre taux longs et taux courts), qui peut réduire ladite marge: ce fut le cas de la NEF, il me semble, il y a 3 ou 4 ans.

    (**) Solu qui pourrait d’ailleurs comporter un “encadrement” de cette possibilité d’enrichissement sans cause qui dérange tant Etienne ! (je voudrais juste lui dire qu’il y en a plein d’autres ! Par exemple la révision d’un PLU peut rendre constructible un terrain qui ne l’était pas…).

    Surtout… le récent article de F. Lordon comporte quelques propos lumineux qui pourraient nous aider à traiter ce scandale de “l’enrichissement sans cause “. Les voici… (Une rencontre entre “des amateurs et un pro”… à déguster lentement !):

    “L’occasion est donnée de répondre aux préoccupations de ceux qui partant de l’idée de création monétaire ex nihilo en déduisent l’illégitimité de principe de l’intérêt. Il faut reconnaître que la remarque ne peut pas laisser indifférent… Si la « production du service bancaire », à savoir l’émission du crédit, ne coûte rien, puisqu’elle ne nécessite aucune accumulation de fonds préalable, il est vrai que le fait qu’elle soit consentie à titre onéreux a du mal à passer. La réalité est cependant un peu différente du schéma théorique pur. En premier lieu, les institutions bancaires ont à couvrir des coûts de structure. Ensuite, et surtout, quoique procédant en principe à des émissions ex nihilo, les banques ne sont pas pour autant dégagées de toute nécessité de financement. Une part des crédits est adossée à des accumulations préalables. Mais surtout, le règlement des soldes interbancaires s’effectue en monnaie centrale et celle-ci n’est fournie… qu’aux guichets de la banque centrale, et moyennant intérêt – le taux directeur. On pourrait cependant tirer la synthèse de tous ces éléments et considérer que, oui, la modalité « ex nihilo » rend abusive la facturation aux clients des banques d’un intérêt sur la totalité des encours de crédit mais, non, il n’est guère imaginable que ces crédits soient alloués à taux nul puisque les banques ont des coûts à couvrir, et notamment des coûts variés de refinancement. En conséquence, le prix du crédit pourrait être formé sur la base du taux directeur de la banque centrale [7] mais au prorata de la part des encours effectivement refinancée – plus un petit quelque chose pour couvrir les coûts de structure et fournir une marge modérée permettant de financer des investissements de développement matériel et technique.”

    Cette façon d’encadrer, (donc de moraliser), les activités de ce Mr EKSNI ILLEAU… me conviendrait parfaitement. ET toi, cher Etienne ?

  71. 2Casa dit :
    .
  72. 2Casa dit :
    .
  73. 2Casa dit :
    .
  74. Sophie dit :
    9 janvier 2009 à 08:28 @J.A.
    Les “faits” que vous m’exposez (le secret de polichinelle) sont juste, me semble t-il, des affirmations de votre part : je ne pense pas que les banques puissent prêter sur les marchés interbancaires les dépôts (même rémunérés) de leurs clients, étant donné que le marché interbancaire (refinancement ) fonctionne uniquement avec de la monnaie centrale.En rémunérant les DAV (qui sont au passif, c’est une dette de la banque), cette banque poussera les déposants à ne pas retirer ces montants pour les placer sur d’autres supports. Ainsi, la banque pourra créer d’autres crédits qui augmenteront son actif sans avoir a augmenter ses fonds propres pour garder un équilibre bilanciel. Mais c’est juste une hypothèse, je crois plus à l’aspect commercial d’une banque nouvelle ayant besoin de développer ses activités… et ensuite, probablement, les autres devront suivre.
    Mais n’y a t-il aucune condition émise par votre banque (laquelle d’ailleurs si ce n’est pas indiscret ?) pour vous proposer cette rémunération (durée, franchise, etc), ou aucune “manip” (comme le faisait la Banque Cortal à un moment, laquelle transférait journellement – avec l’accord du client, évidemment – le solde du client sur un compte sur livret, justement pour pouvoir rémunérer le DAV) ?

    Prenons un exemple avec un système à 2 banques.
    La banque A est dépositaire de DAV de ses clients X pour 1000
    La banque B est dépositaire de DAV de ses clients Y pour 1000

    Les clients X émettent pour 300 de chèques ou virements à destination des clients Y
    Les clients Y émettent pour 100 de chèques ou virements à destination des clients X

    La banque A est débitrice de 200 envers la banque B. La banque A va devoir payer à la banque B les 200 (et ca se passe sur les comptes auprès de la Banque Central, c’est à dire en monnaie centrale). Pour ce faire elle a 3 choix:
    1 – sur ses fonds propres
    2 – la banque B lu fait crédit, en lui demandant un intérêt (EONIA ou EURIBOR), si elle a confiance dans la banque A, sinon il reste la solution 3
    3 – la banque A se fait refinancer par la banque centrale, au taux de refinancement et aux garanties (faibles en ce moment) décidées par elle.

    Autre point: si bilan d’une banque est déséquilibré par exemple parce que la valeur des actifs (cad les garanties apportées par ses clients emprunteurs, dis autrement, ses créances) doivent être dépréciées (comme dans le cas de baisse du marché immobilier), la banque devra augmenter sa trésorerie (par emprunt sur le marché monétaire ou de refinancement)…
    Par contre si les clients lui font moins confiance et retirent leurs avoirs (les DAV au passif de la banque) qui ce soit pour les mettre en billets sous leur matelas ou les transférer dans une autre banque, la banque va devoir augmenter ses fonds propres (augmentation de capital ou quasi fonds propres)

    Quand à 2Casa, il semble vraiment que vous n’ayez rien compris … tant pis …
    La video de Paul Grignon montre 2 cas de figure (mais je reconnais qu’elle est un peu “excessive” car il n’a pas pris en compte tous les paramètres qui limitent les possibilités de création monétaire, notamment les nécessaires équilibres des bilans).
    1 – la possibilité de création monétaire initiale à partir des fonds propres de 1111 d’une banque nouvelle (et il y a bien contrepartie qui est la garantie qu’offre le bénéficiaire du prêt et que la banque ne manquera pas de lui demander: hypothèque, nantissement, caution, assurance … ce qui permettra à la banque de porter à son actif le montant de cette garantie)
    2 – l’effet des dépôts successifs de ce premier prêt en diminuant à chaque fois les montants transférés dans d’autres banques des réserves nécessaires à ces autres banques pour accorder de nouveaux crédits (mais ce sont des banques qui sont dans ce cas “préexistantes” et Grignon ne parle pas des autres régles que j’ai déja citées; obligation d’un bilan équilibré, fuites en monnaie centrale, besoins de fonds propres minimaux tels que les définissent les régles de Bâle 2)

  75. kawaijen dit :
    9 janvier 2009 à 09:04 Dans le cadre du débat avec moi même, vu que les comptes de la BCE ne semblent pas intéresser grand monde :-(Et si on inversait la charge de la preuve? au lieu de se demander si il est légitime que les banques exigent un intérêt quand elles nous prêtent,
    demandons nous si il est légitime qu’elles nous versent un intérêt sur nos dépôts.
    Ou, autrement dit, où donc les banques prennent elles l’argent pour nous verser des intérêts … si ce n’est en reprétant l’argent ailleurs.
    Comme les sommes en jeu sont grossièrement identiques (M2/3 ~ somme des en-cours de crédits), on en revient au gros bon sens qui dit que les banques prêtent de facto l’argent qui est déposé chez elles.

    Peu importe dans ce cadre que le mécanisme de la création de cet argent soit ex-nihilo, et effectivement de leur fait; c’est simplement un cas particulioer de délégation de service public, ou de subsidiarité bien comprise car le banquier est le mieux placé pour juger de la solvabilité de son emprunteur (en tout cas mieux que l’état).

    Peu importe aussi à ce niveau de réflexion la nature exacte des règles qui font que “M2/3 ~ somme des en-cours de crédits”. Avec le niveau de compétence bancaire présent dans l’intelligence collective de ce blog, il semble que nous ne soyons pas capables d’élaborer un modèle global complet du mécanisme bancaire dans son ensemble. Donc, c’est la parabole de l’éléphant. Chacun voit le morceau qui l’arrange …

  76. Moi dit :
    9 janvier 2009 à 10:33 @Sophie: “Pour ce faire elle a 3 choix:
    1 – sur ses fonds propres
    2 – la banque B lu fait crédit, en lui demandant un intérêt (EONIA ou EURIBOR), si elle a confiance dans la banque A, sinon il reste la solution 3
    3 – la banque A se fait refinancer par la banque centrale, au taux de refinancement et aux garanties (faibles en ce moment) décidées par elle.”Sur ses fonds propres, c’est-à-dire entre autres l’argent déposé chez elle par ses clients. Si le client A dépose un billet de 100 à la banque, le billet de 100 se retrouvera à l’actif de la banque (et le compte DAV au passif). Le billet de 100 est alors “prêtable” par la banque à quelqu’un d’autre.
  77. Nadine dit :
    9 janvier 2009 à 10:36 @Etienne
    @Bru
    @Sophie
    @Les autres créationnistes qui sont nombreuxQuand j’achète une marchandise 1000 E avec de la monnaie scripturale, qu’est ce que je fais ?
    Je dis indirectement au marchand, la banque me doit 1000 E, maintenant c’est à vous qu’elle les doit . Le marchand accepte que je lui cède la créance que j’ai sur ma banque .
    La monnaie scripturale c’est une créance qui se déplace en échange d’un biens.

    Lorsqu’un particulier dépose de la monnaie scripturale à sa banque, au final c’est une dette de la banque envers ce particulier mais c’est surtout et ce ci est CAPITAL une créance de la banque sur cette autre banque . Les “récoltes” de créances d’une banque sur une autre sont à la base de la fabrication du crédit bancaire.

    Pourquoi:

    Parce que plus une banque acquière de la monnaie scripturale provenant d’autres banques, plus la banque amasse des créances sur ces concurrentes , elle pourra créer des crédits donc prêter sa monnaie scripturale qui en cas de fuite sera compensée sans difficulté si elle n’utilise que 90% des dépôts, le reste couvrant les retraits en monnaie fiduciaire. C’est la seule raison d’être de ce système fractionnaire.
    Les règles prudentielles permettent aux banques de limiter leur crédit de tel sorte que les compensations bancaires n’entraîne pas des soldes en leur défaveur plus important que leur réserve voir leur fond propre.
    Ce sont les dépôts qui font les crédits mais non l’inverse sinon c’est la faillite assurée.

    D’ailleurs imaginez une banque qui sans dépôt accorde un crédit, si elle n’a pas de réserve ou de fonds propre, lors de la compensation c’est la faillite si personne ne veut lui prêter à moins que tout son crédit se retrouve en dépôt chez elle… le rêve de tout banquier.

    Vous me direz si ce sont les dépôts qui font les crédits comment se fait il que la masse monétaire M1 augmente ?
    Quand une banque accorde un crédit grâce aux dépôts de ses clients elle permet aux autres banques d’augmenter les leurs c’est à dire d’avoir des créances interbancaires supplémentaires et donc leur donne la possibilité à leur tour de faire des crédits qui se retrouveront en partie sous forme de dépôts à la banque initiale qui pourra de ce fait consentir de nouveaux crédits.

    Maintenant Etienne, Bru, Sophie et les autres créationnistes nous disent:

    La monnaie scripturale pour reprendre l’exemple initial est bien de la monnaie puisqu’elle a permis d’acheter cette marchandise à 1000 E. Cette monnaie vous a donné un pouvoir d’achat. Et de plus cette créance peut continuer à se déplacer comme de la monnaie, elle n’a pas cours légal mais peu importe tout le monde l’accepte dans les faits et de toute façon c’est la monnaie la plus abondante puisqu’elle est créée par simple jeu d’écriture par le biais du crédit.

    Je suis en parti d’accord mais ce sont les dépôts qui font les crédits et non l’inverse pour les raisons expliquées plus haut.

    Pour finir c’est vrai que des auteurs prestigieux nous expliquent que se sont les crédits fabriqués ex-nihilo qui font les dépôts mais si je peux prendre une analogie pour ceux qui connaissent l’électricité, on dit toujours dans les manuels scolaires que le courant électrique se déplace de la borne + vers la borne – alors que dans la réalité c’est l’inverse mais à l’époque on ignorait l’existence des électrons . Personne n’a modifié les manuels scolaires et universitaires on a simplement dit que ce n’était pas la réalité mais une convention pour ne pas à avoir à réécrire toute les équations !

    Je pense que dans notre cas “les credits exnihilo font les dêpots” c’est une facilité de langage…mais qui entraine de lourdes confusions.

    J’attends vos remarques qui me permettront d’avancer dans ce débat passionnant.

  78. Moi dit :
    9 janvier 2009 à 10:57 Tout à fait d’accord avec vous Nadine (toujours un plaisir de vous lire vu la clarté de votre propos).Je suis tombé sur ceci concernant le marché monétaire: http://pagesperso-orange.fr/mario.dehove/chap6.pdf

    Ce passage est amusant: “Nous avons vu, lorsque nous avons étudié les mécanismes microéconomiques de la création
    monétaire, que lorsqu’une banque distribuait du crédit ex nihilo, une partie de la monnaie qu’elle créait
    s’échappait de son « circuit » (la « fuite » hors de son réseau) pour être captée par les autres banques
    sous forme de nouveaux dépôts. La banque à l’origine de la création monétaire accroît donc ses
    besoins de liquidités et allège ceux des autres banques.”

    Remarquez qu’ici l’auteur parle de “crédit ex-nihilo” et non de “monnaie ex-nihilo”. Heureusement pour lui car sinon on ne comprendrait pas comment cette création ex-nihilo mènerait automatiquement à un besoin de liquidités. Un exposé clair et compréhensible aurait été celui-ci: “en créant de la monnaie scripturale, la banque perd de la monnaie centrale, autrement dit la banque prête la monnaie centrale qu’elle détient à charge d’une reconnaissance de dette de l’emprunteur”. Une évidence quoi… :-)

  79. 2Casa dit :
    .
  80. Julien Alexandre dit :
    9 janvier 2009 à 11:41 @ Nadine, Kawaijen et “Moi” (pas moi bien sûr) : quelle patience!Franchement, je pense qu’on a fait le tour de la question, et à part la satisfaction que représenterait la conversion aux principes de réalité de Sophie, Bru, Etienne et quelques autres, nous ne retirerons rien de plus de ces échanges. Ou les gens ne lisent pas ce qui est écrit, ou le filtre de lecture ne permet pas d’appréhender les choses, ou bien nous aplatissons trop le savoir (pour reprendre le terme de Paul) à tel point qu’il n’est plus intelligible.

    Disciple de Pyrrhon d’Elis, c’est pas mal comme vocation, mais c’est pas pour autant que les triangles sont carrés.
    L’épochè avant l’alètheia?

  81. 2Casa dit :
    9 janvier 2009 à 11:44 Va pour la suspension moi je forfaitise face à la forfaiture en attendant le dévoilement face au dévoiement.
  82. 2Casa dit :
    .
  83. Julien Alexandre dit :
    .
  84. Nadine dit :
    9 janvier 2009 à 12:50 @Julien AlexandreVous dites:”à part la satisfaction que représenterait la conversion aux principes de réalité de Sophie, Bru, Etienne et quelques autres”

    Pourquoi faire offense à ces personnes, elles sont toutes aussi interessantes que vous ! Elles cherchent à comprendre, rien de plus. Personne ne détient la vérité absolue…

  85. Sophie dit :
    9 janvier 2009 à 12:52 @Moi
    N’importe quel comptable vous expliquera ce que sont les fonds propres… et ce n’est en aucun cas ” entre autres l’argent déposé chez elle par ses clients.”
  86. Moi dit :
    9 janvier 2009 à 13:17 @Sophie : vous jouez sur les mots pour éviter de voir la réalité. Evidemment que, au sens strict et comptable, l’argent déposé par les clients ne sont pas des fonds propres de la banque. Mais ce sont des fonds qu’elle détient et qu’elle ne se gêne pas d’utiliser comme si on les lui avait prêté. Imaginez-vous les coffres de la banque remplis des billets des déposants et en attente que ces derniers viennent les reprendre?
  87. Julien Alexandre dit :
    9 janvier 2009 à 13:23 @ Nadine : convaincre pour ne pas remettre en cause leurs certitudes ne signifie pas vouloir comprendre. Je vous concède avoir mis Etienne dans le lot un peu trop vite car il me semble qu’il cherche la convergence et pas la conversion. Il n’en demeure pas moins que chercher la convergence entre une proposition qui dit “les banques prêtent les dépôts” et l’autre qui dit “c’est faux” est peine perdue.De 2 choses l’une : soit ils vont trouver leur banquier et se font expliquer ce qu’il fait avec leurs dépôts, soit ils continuent à penser que quand ils consultent le solde de leur compte au guichet, ils ont sous les yeux la comptabilité de leur banque ==> “vous voyez, mon dépôt n’a pas bougé, ils ne l’ont pas prêté”.

    @ Sophie : vous avez raison, les fonds propres d’une banque n’ont rien à voir avec les dépôts des clients. Vous voyez qu’on peut être d’accord :)

  88. Moi dit :
    9 janvier 2009 à 14:10 @Sophie: http://www.fimarkets.com/pages/ratio_solvabilite_mcdonough_cooke.htm“Capitaux propres + Dettes = Actif immobilisé + Actif circulant et financier ”

    Dettes = DAV
    Actif circulant et financier = les billets banque centrale des clients déposants

    “Dans l’égalité vue plus haut, on voit que pour pouvoir distribuer davantage de crédit, la banque doit soit collecter davantage de dépôts, au risque de ne pas pouvoir rembourser ceux-ci, soit renforcer ses capitaux propres.”

    Peut-on faire plus clair? L’argent de votre DAV est prêté par votre banque.

  89. Archimondain dit :
    9 janvier 2009 à 14:29 @Julien Alexandre, Moi, NadineJ’ ai tout de meme une question. Ne pensez-vous pas qu’il s’ agisse de création monétaire dans le cas ou l’argent dormant sur un compte
    (et ‘prêté en même temps’ ailleurs) est transféré vers un autre compte de la même banque ?

    En effet, dans ce cas, je ne vois pas d’obstacles à ce que ce faux argent soit tout de même utilisé en interne par les clients de la banque.
    Dans ce cas il faudrait bien reconnaitre que les banques créés quand même un peu de l’argent, puisque la somme prêté, restant crédité au compte du déposant, est utilisable comme si elle n’avait pas été prêté, tant que celui-ci ne fait que l’utiliser comme moyen de paiement au sein de la banque elle-même, il semble que ce soit là de l’argent supplémentaire qui soit utilisé.

    Qu’en pensez-vous ?

  90. Julien Alexandre dit :
    9 janvier 2009 à 14:32 @ Archimondain : non, la banque sera tenue d’emprunter la somme nécessaire pour assurer la fourniture de liquidité.
    Cela répond-t-il à votre question?
  91. Sophie dit :
    9 janvier 2009 à 15:06 @MoiJe suis éviemment d’accord avec

    “Capitaux propres + Dettes = Actif immobilisé + Actif circulant et financier ”

    Dettes = DAV
    Actif circulant et financier = les billets banque centrale des clients déposants

    … mais pas avec votre conclusion (L’argent de votre DAV est prêté par votre banque), car ca n’a rien à voir: il n’y a aucun lien de cause à effet!

    De toute facon une banque, en acceptant un emprunt (et en créant la monnaie) va, au moment où cette monnaie est crée, voir augmenter du même montant son actif (montant de la créance) et son passif (DAV au compte de l’emprunteur) … c’est ensuite que les choses risquent de se corser pour elle lorsque l’emprunteur videra son DAV pour payer ses fournisseurs qui ne sont pas dans la même banque.

    N’oubliez pas non plus de lire la suite du lien que vous avez donné:

    Pour une banque, les dettes sont essentiellement constituées des dépôts à vue. Les actifs financiers sont constitués des crédits octroyés. C’est en effet la finalité d’une banque de distribuer du crédit !

    La solvabilité d’une banque est donc sa capacité à faire face aux demandes de retrait de ses déposants. Et cela fait partie de la responsabilité des autorités de tutelle, de s’assurer que les banques sont bien aptes à faire face à leurs obligations. Il y va en effet de la stabilité de l’économie tout entière d’un pays.

    Dans l’égalité vue plus haut, on voit que pour pouvoir distribuer davantage de crédit, la banque doit soit collecter davantage de dépôts, au risque de ne pas pouvoir rembourser ceux-ci, soit renforcer ses capitaux propres.

    Or une entreprise se trouve davantage en sécurité si une partie de son actif circulant n’est pas financée par des ressources qui viendront à échéance dans l’année. L’actif présente toujours un caractère aléatoire et donc risqué (en particulier quand il est constitué essentiellement de créances comme pour les banques!), alors que les dettes, elles, sont inéluctables ! c’est pourquoi il faut qu’une partie de l’actif soit financé non pas par des dettes mais par du capital.

    D’autre part si on impose à une banque d’augmenter ses fonds propres elle a plus à perdre en cas de faillite et aura donc tendance à adopter des activités moins risquées.

    Le niveau de fonds propres est garant de la solidité financière de l’entreprise. Les fonds propres sont donc garants de la solvabilité de la banque face aux pertes que les risques pris à l’actif sont susceptibles d’engendrer.

    Pour toutes ces raisons, le ratio de solvabilité, dans le cas des banques, s’exprimait initialement par le rapport du montant des fonds propres au montant des crédits distribués, ceux-ci étant pondérés par leur caractère plus ou moins risqué. Dans sa nouvelle version, le ratio prend en compte d’autres catégories de risque que le risque de crédit, à savoir le risque de marché et le risque opérationnel

    .

  92. Bertrand dit :
    9 janvier 2009 à 15:12 @Fab
    En fait mon commentaire se bornait à rappeler que la monnaie que vous aviez en poche n’avait pas la même valeur que si vous l’aviez investie. 10 Euros dépensés dans un sandwich ne vous donne aucun droit d’appropriation sur la valeur produite par le travail d’autrui, un investissement, le métier de la banque, en revanche le permet. Le débat sur la monnaie se concentre sur l’aspect technique de la création monétaire, en omettant « l’ordre juridique » qu’il a toujours engendré, soit en radicalisant pour simplifier le propos :
    Peu importe que l’argent soit créé ex-nihilo, peu importe le montant alloué comme réserve fractionnaire aux banques, peu importe la nature de l’intérêt. L’ordre juridique implique cette curiosité en forme d’écriture comptable et c’est l’hypothèse de départ :- 10 Euros investis > 10 Euros en monnaie fiduciaire.
    – Pourtant dans cette inéquation les deux quantités sont exprimées en euro pour la même quantité : 10

    En retenant ce pré-requis, tout le débat qui tourne autour de la conservation des quantités de monnaies ou de son aspect « création ex-nihilo » est forcément erroné par cette inéquation de départ.

    Le Banquier créé ex-nihilo dispose de cette délégation de pouvoir confiée par le législateur : Accessoirement multiplier les moyens de paiements en conservant les quantités de monnaies ( en essayant de ne pas se planter) mais surtout de s’assurer que l’inéquation présentée plus haut soit TOUJOURS respectée, avec l’ordre social qu’elle engendre : Un « capitaliste » (sans notion péjorative) aura toujours besoin d’un législateur pour légitimer sa mainmise sur le travail d’autrui, c’est la conséquence de cette inéquation. L’amorce de ce travail juridique est assuré par le système bancaire, l’amorce est un rouleau compresseur.

    Je partage vos interrogations sur les conséquences du capitalisme, mon propos était juste de signaler que si l’objet « Banque » produit de la monnaie scripturale à la pelle et qu’il est légitime de comprendre ce mécanisme (l’objet du débat), la fonction de la banque au sein du corps social est plus subtile, et finalement plus importante que l’argent qu’elle créé ex-nihilo : Le Maintien de l’Ordre que tous les politiciens (peu importe la couleur) jugeront comme “Naturel” une fois parvenu au pouvoir. Il suffit de comtempler les réactions des politiques face à cette crise pour en prendre la mesure.

  93. Julien Alexandre dit :
    9 janvier 2009 à 15:28 @ Sophie : ce que vous dites est très intéressant.Vous reprenez le texte du lien donné par “Moi” au prétexte qu’il sert votre propos. J’en cite un extrait :

    La solvabilité d’une banque est donc sa capacité à faire face aux demandes de retrait de ses déposants.

    Mais comment diable la banque ne pourrait pas faire face aux demandes de retrait de ses déposants si elle n’a pas prêté leur argent et qu’il dort bien tranquillement dans ses coffres?

    Pouvez-vous me citer une source qui soutient que les banques ne prêtent pas les dépôts (à vue ou pas, peu importe)?

  94. Archimondain dit :
    9 janvier 2009 à 15:51 @Julien Alexandre
    ca répond a ma question :)
    merci
  95. Moi dit :
    9 janvier 2009 à 16:19 @Sophie : “mais pas avec votre conclusion (L’argent de votre DAV est prêté par votre banque), car ca n’a rien à voir: il n’y a aucun lien de cause à effet!”Actif circulant et financier, cela signifie dans les termes que cet argent a été prêté, contrairement à l’actif immobilisé (fonds propres, 8% min réglementaires des actifs risqués).
    La formule est celle-ci “Capitaux propres + Dettes = Actif immobilisé + Actif circulant et financier ”

    Capitaux propres = capital de la banque
    Dettes = DAV (+ emprunts auprès d’autres banques)
    Actif immobilisé = 8% min de réserve des actifs risqués (Bâle II)
    Actif circulant et financier = crédits octroyés par la banque.

    L’actif immobilisé étant une constante, comment une banque peut-elle augmenter sa faculté de crédit (l’actif circulant). Réponse: “pour pouvoir distribuer davantage de crédit, la banque doit soit collecter davantage de dépôts, …, soit renforcer ses capitaux propres”. Autrement dit, soit elle est recapitalisée, soit elle fait de nouveaux emprunts sur le marché interbancaire, soit elle trouve de nouveaux déposants.

    “De toute facon une banque, en acceptant un emprunt (et en créant la monnaie) va, au moment où cette monnaie est crée, voir augmenter du même montant son actif (montant de la créance) et son passif (DAV au compte de l’emprunteur) …”

    Non. Elle ne peut pas faire comme vous dites.

    Ainsi le bilan d’une banque (on oublie les fonds propres, etc):

    Actif = un billet de 100
    Passif = DAV du client A

    Le client B vient demander un prêt de 100 mais ne le retire pas tout de suite. Le bilan devient:

    Actif = créance auprès de B + billet de 100
    Passif = DAV du client B + DAV du client A

    Le client B retire son billet.

    Actif = créance auprès de B + 0 en caisse
    Passif = 0 (DAV du client B) + DAV du client A.

    Et là si un client C arrive pour un nouveau prêt de 100, la banque ne le peut pas à moins de chercher de l’argent chez un nouveau déposant ou une autre banque. Certes, la banque pourrait faire comme vous le croyez et faire comme si l’argent existait et le bilan serait toujours équilibré:

    Actif = créance auprès de B + 0 en caisse + créance auprès de C = 200
    Passif = 0 (DAV de B) + DAV de A + 100 dans DAV de C = 200

    Mais au moment où C va utiliser son DAV, il va y avoir compensation auprès d’une autre banque. Ainsi C va acheter une voiture et paye par carte de crédit, le vendeur de voiture D se retrouve crédité de 100 auprès de sa banque. Le soir-même, la banque de D va contacter la banque de C et lui dire “eh oh tu me dois 100, fais-moi le transfert du pognon”. Et là la banque de C ne peut pas dire “t’occupes, ouvre-moi une ligne de crédit, je te payerai demain”. En réalité c’est centralisé et compensé entre banques, ce qui fait que l’argent ne circule pas réellement mais il doit exister réellement.

    D’après J. A. (et c’était une question d’Archimondain que je me posais aussi), même si D a son compte auprès de la même banque que C, l’argent réel sera forcé d’exister sinon il n’est pas permis (légalement?) à la banque de faire son crédit à C. C’est le seul cas théorique que je vois où la banque pourrait masquer son insolvabilité et ainsi créer de l’argent par une écriture.

  96. Fab dit :
    9 janvier 2009 à 17:06 @ Bertrand,Merci pour votre message. Vous parlez du rôle de maintien de l’ordre qu’a la banque : je ne peux qu’être d’accord ! L’argent a un rôle de maintien de l’ordre…L’argent tend à n’avoir plus que le maintien de l’ordre pour seul rôle. Et je pense que nous, citoyens du monde, commençons à en prendre conscience. D’où les doutes que j’exprime de donner la priorité à une amélioration du système : bancaire pour certains, économique ou financier voire politique pour d’autres. C’est reculer pour mieux sauter. Je place la priorité ailleurs et je pensais qu’il eut été propice de profiter de la crise actuelle pour parler de choses importantes et trouver une autre motivation que la consommation ! On peut vivre très bien sans entrer dans le système de consommation, et de ça aussi beaucoup de gens se rendent compte.
    Quelle serait alors la solution ! Je ne sais pas, et ne veux surtout pas me prononcer de peur de passer pour encore plus fada, mais j’aimerais qu’”on” y pense. Ca peut sembler utopique, mais nombre de peuples de par le monde vivent sur d’autres bases que les nôtres. Il ne faut pas l’oublier et persister dans l’idée que nous sommes les plus intelligents et avons donc le droit d’imposer notre mode de vie “aux restes” du monde (par la force souvent) et de piller notre planète : ça ne marchera pas. Ca ne marchera plus longtemps.
    Vu la prise de conscience mondiale, vu l’état de la planète (à quelque niveau que ce soit), je pense que ça vaudrait le coup d’y réfléchir

    Merci

  97. Sophie dit :
    9 janvier 2009 à 17:23 @Moi
    Je ne puis faire plus que les explications que j’ai apporté jusqu’à ce jour… je vous laisse donc réinventer la comptabilité bancaire puisque ni vous, ni Archimondain, ni J.A. (et quelques autres) ne veulent faire le petit effort de lire les livres des spécialistes universitaires, économistes et banquiers plusieurs fois cités sur ce blog,
    … et en particulier Plihon (économiste à la banque de France ET universitaire)

    Les banques financent une partie de leurs opérations de crédit par des ressources financières qui correspondent à l’épargne contractuelle et aux ressources non monétaires inscrites à leur passif . Ces financements sur ressources financières, c’est-à-dire sur une épargne préexistante, ne donnent pas lieu à de la création monétaire pour des raisons expliquées précédemment (p. 19).
    On fait ainsi apparaître les trois sources principales de création monétaire, dénommées « contreparties » de la masse monétaire :
    — la contrepartie extérieure : c’est la création monétaire qui résulte des opérations externes dont on peut distinguer deux catégories : en premier lieu, les opérations de la banque centrale, notamment à l’occasion de ses interventions sur le marché des changes (voir p. 94 et Plihon, 2001) ; en second lieu, les opérations des banques : lorsque celles-ci prêtent (empruntent) de l’euro à l’extérieur de la zone euro, elles créent (détruisent) de la monnaie à cette occasion. L’évolution de la contrepartie extérieure est liée directement à la situation de la balance des paiements. Si la balance globale (qui regroupe les transactions courantes et les mouvements de capitaux à long terme) est excédentaire, cela induit une création monétaire d’origine extérieure, par l’accumulation de réserves de change de la Banque centrale européenne et de créances extérieures du système bancaire ;
    — la contrepartie « créances nettes sur l’Etat » retrace la création monétaire qui résulte de l’endettement de l’Etat. Ces créances sont détenues, pour l’essentiel, par les banques et la banque centrale ;
    — la contrepartie « créances sur l’économie » correspond aux financements consentis par le système bancaire aux agents non financiers autres que l’État (ménages, entreprises). Comme on peut le voir sur le tableau 6, cette contrepartie représente de loin la principale source de création monétaire (près de 76 % en janvier 2004), tandis que les autres sources de création monétaire représentent respectivement 21 % pour les créances nettes sur les administrations publiques et 3 % pour les opérations avec l’extérieur.

  98. Julien Alexandre dit :
    9 janvier 2009 à 18:02 @ Sophie : il n’y a rien à réinventer. Les livres spécialisés, merci je les ai lus APRES avoir réfléchi seul de mon côté, et c’est bien comme cela que j’ai compris où je m’étais trompé (car j’avoue humblement avoir pensé plus ou moins comme vous à un moment…).
    Quand un économiste/professeur/etc. parle de “création monétaire” par les banques, c’est au mieux un aplatissement du savoir ou une volonté de ne pas créer de panique (”quoi la banque prête mes sous? Je vais les chercher de ce pas et dire à tout le monde de faire de même”), au pire une incompréhension de sa part.Je vous renvois amicalement à ma précédente question

    PS : Plihon a été économiste à la Banque de France il y a 25 ans. Aujourd’hui, il fait parti du réseau Attac il me semble.
    Ceci n’enlève rien à la qualité de son propos. Encore une fois, il ne dit rien de différent de ce que je dis :

    …trois sources principales de création monétaire, dénommées « contreparties » de la masse monétaire

    Vous comprenez ça comme de l’argent créé à partir de rien vous?

    A priori, je devrais être étonné que 2 personnes puissent lire le même texte et y comprendre des choses radicalement différentes s’il n’y avait pas un biais, largement expliqué dans un contexte similaire par Paul Jorion dans ce billet

    Vous lisez “création monétaire” donc vous dites “les banques créent de la monnaie”. Plihon précise pourtant bien qu’il s’agît des contreparties de la masse monétaire.

  99. Sophie dit :
    9 janvier 2009 à 18:26 Tennez un autre texte, d’Alternatives Economiques ( Hors-série n°45- Juillet 2000)
    Mais comme j’en ai assez d’argumenter pour rien, je cesse de le faire, mais je ne comprends toujours pas pourquoi quelques uns ici ne peuvent admettre l’idée qu’en créant de la monnaie (de crédit, par un crédit) une banque augmente les deux cotés de son bilan et que de ce fait elle n’a aucun besoin de “ponctionner” les comptes à vue, puisque le crédit qu’elle fait va justement augmenter ceux ci…Mais nous sommes de toute façon d’accord pour dire que si “vous” considérez que le terme monnaie ne peut représenter que de la monnaie centrale, alors vous avez raison, les banques ne créent pas de votre monnaie…

    Le miracle de la création monétaire

    Devises, crédits aux particuliers, aux entreprises et à l’Etat sont les sources, ou contreparties, de la masse monétaire. Néanmoins, tous les crédits ne contribuent pas à augmenter la quantité de monnaie en circulation.

    Supposons que les habitants d’un pays possèdent des pièces d’or. Pour ne pas se faire dévaliser, ils les déposent dans une banque qui leur donne en échange des “tickets de consigne”, des billets. Grâce à ces tickets de consigne, on peut reprendre son or quand on veut en ramenant les billets.

    Faisons maintenant un peu de comptabilité -sans comptabilité, on ne peut rien comprendre à la monnaie (mais on peut également ne rien comprendre à la monnaie tout en étant un excellent comptable…). Après la mise en consigne, la banque possède un actif en or de 100. Mais elle doit cet or aux clients qui le lui ont apporté, elle a une dette à leur égard, notée au passif, de 100également. La monnaie est une dette pour l’émetteur de monnaie et une créance pour son possesseur.

    A-t-on créé de la monnaie en imprimant les billets? Oui, diront certains: on a l’or plus les billets, la quantité de monnaie a doublé. Evidement non, car la monnaie fiduciaire (les billets) s’est seulement substituée à la monnaie matérialisée par de l’or: la masse monétaire est seulement ce qui appartient au public et peut être dépensé -on ne peut plus dépenser l’or déposé à la banque. L’or est la source ou la contrepartie de la masse monétaire, en billets pour le moment.

    Les sources étrangères de la monnaie

    Imaginons que nos habitants exportent plus qu’ils n’importent. Ils obtiennent, disons, 40 en devises, de la monnaie étrangère qui n’a pas cours légal dans le pays. Le public, qui veut de la monnaie locale, amène ces devises à la banque, laquelle lui fournit en échange des billets, par une opération de change (encore des tickets de consigne). L’actif des agents non financiers a augmenté de 40 en billets, de même que le passif de la banque; il y a alors une création monétaire dont les devises sont la source. On appelle contrepartie extérieure de la masse monétaire les devises (l’or étant noyé dans ce concept). L’excédent commercial, plus généralement l’excédent de la balance des paiements, est donc source de création monétaire.

    Mais les voleurs- pensons aux frères Dalton- aiment aussi les billets de banque. Pour ne pas se faire dépouiller, le public dépose ses billets à la banque. Ce n’est pas la même banque. La première, celle qui émet les billets nationaux et change les devises, c’est la banque centrale. Elle laisse les banques commerciales assurer cette nouvelle fonction de collecte des billets.

    Que se passe-t-il? Le public substitue à son actif des billets par des créances auprès des banques commerciales: des dépôts à vue. Les banques commerciales possèdent maintenant des billets à leur actif, mais doivent aux déposants un montant équivalent. Aucune création monétaire dans cette opération anti-Dalton: la monnaie de banque centrale (les billets) s’est transformée en monnaie de banque commerciale, dont le principal support est souvent le carnet de chèques, que l’on appelle la monnaie scripturale.

    Les banques commerciales sont alors tentées de ne pas laisser dormir leurs encaisses, d’autant plus qu’on leur propose de les leur emprunter moyennant un petit profit: le taux d’intérêt. Elles se laissent tenter. Supposons qu’une banque prête un montant supérieur à ce qu’elle détient en billets. Comment fera-t-elle? Elle créditera le compte de l’agent non financier qui pourra payer par chèque, carte de paiement, etc. Apparemment, aucune monnaie n’a été créée, aucune planche à billets n’a ronronné. C’est faux. De la monnaie a bien été créée, le public possède maintenant dans son actif un moyen de paiement supplémentaire, sous forme de dépôt à vue créé par le crédit (ce sont les crédits qui font les dépôts). De l’autre côté, au passif, le public doit cet argent à la banque qui, du coup, possède sur le public une créance, le crédit bancaire. Personne n’est devenu plus riche: le public a une dette de plus et un actif en banque de plus du même montant; la banque, une créance de plus (le crédit accordé) et une dette de plus (le dépôt à vue).

    Le crédit à l’économie: monnaie de singe?

    Une nouvelle contrepartie de la masse monétaire vient d’apparaître: le crédit bancaire au public (les ménages ou les entreprises), nommé crédit à l’économie. Quand le public rembourse tous les crédits accordés, on constate une destruction de monnaie. Rien n’a brûlé, mais il y a bien destruction de monnaie, car la masse des moyens de paiement des agents non financiers a fondu en même temps que le crédit, la source qui l’avait fait naître.

    Ce crédit bancaire ressemble fort à une création de monnaie de singe, dans la mesure où le stock d’or et de devises, la “vraie contrepartie” de la masse monétaire, n’a pas bougé. Si le bénéficiaire du crédit ou l’ancien déposant veut de la monnaie en billets, la banque risque la faillite: elle n’en a généralement pas assez, c’est le risque d’illiquidité. Elle se précipite alors à la banque centrale et lui demande un crédit du même montant, pour honorer sa dette, en monnaie sonnante et trébuchante. La banque centrale hésite, mais se dit que si elle refuse, le système bancaire est par terre; alors, elle accorde le crédit en gros; comme la banque commerciale l’avait accordé au public.

    Enfin, voilà de la vraie création monétaire, diront certains: la planche à billets, et pas ces écritures qui ne créaient que de la monnaie de singe. Grave erreur: pas un centime de monnaie n’a été créé, la masse monétaire n’a pas bougé, bien que de la monnaie de banque centrale (1) ait été émise. Mais elle se trouve dans les coffres des banques et ne fait donc pas partie de la masse monétaire. Après ce refinancement, la banque, avec un large sourire, fournit les billets demandés. Enfin de la création monétaire? Toujours pas! De la monnaie fiduciaire a simplement remplacé de la monnaie scripturale: des dépôts à vue ont disparu à l’actif du public, remplacés par les billets, et ils ont disparu du passif de la banque commerciale, en même temps que les billets de banque à l’actif.

    Il ne manquait que l’Etat qui, s’il doit financer son déficit budgétaire, va aussi profiter de la création monétaire. Il le fait soit en empruntant de l’épargne déjà existante, en émettant des obligations à long terme ou des bons du Trésor à court terme souscrits par le public ou par les banques, soit en demandant des avances à la banque centrale. Dans le premier cas, il n’y pas création monétaire, simplement transfert par l’emprunt de monnaie existante -comme, plus haut, quand les banques émettaient des obligations. Pour le reste, il y a bien création monétaire (financement monétaire de la politique budgétaire). Comment cela se produit-il?

    La Banque centrale achète, en fournissant par exemple des billets de banque, une partie des bons du Trésor détenus par les agents non financiers. Si elle en achète beaucoup, leur valeur va augmenter et, comme ils sont très demandés, le taux d’intérêt que l’Etat devra proposer va baisser. On assiste à une création monétaire, car des créances non monétaires se sont transformées en monnaie (2) . La banque centrale vient de faire une opération d’open market. Elle a créée de la monnaie et fait baisser le taux d’intérêt. Une telle politique lui sert à soutenir l’économie. Si la banque centrale revend, contre par exemple des billets de banque, une partie des bons du Trésor qu’elle avait achetés aux agents non financiers, si elle en vend beaucoup, leur valeur va baisser et le taux d’intérêt augmenter. On assiste alors à une destruction monétaire. La banque centrale vient de faire une opération inverse d’open market, elle vient de détruire de la monnaie, d’assécher une partie de ce qu’elle estime être un surplus de liquidité à éponger; elle a fait monter le taux d’intérêt. Elle agit ainsi lorsqu’elle a peur de l’inflation. Une autre contrepartie de la masse monétaire apparaît: les crédits à l’Etat (3).

    Tout crédit bancaire est-il donc source de création monétaire? Non, si la source du crédit est la collecte d’une épargne existant déjà; et si, par exemple, les ménages transfèrent une partie de ce qu’il y a sur leurs comptes à vue vers un plan d’épargne logement, il y a une destruction monétaire, du fait de la baisse du montant de monnaie utilisable immédiatement. De même, si les banques commerciales émettent des obligations (c’est-à-dire empruntent de l’argent) souscrites par le public, on a une autre destruction monétaire: la masse monétaire détenue par le public passant dans les mains des banques disparaît, pas physiquement, mais en tant que pouvoir d’achat immédiat. D’où la présentation habituelle des contreparties de la masse monétaire, où ces sources non monétaires, dites ressources stables, sont déduites des crédits pour correspondre à la monnaie en circulation (voir encadré).

    La moitié des crédits correspond à de la création monétaire

    On note qu’il n’y a qu’un peu plus de la moitié des crédits qui correspond à de la création monétaire. On remarque également l’insignifiance du rôle joué par l’extérieur, qui ne représente que 3% de M3. La plus grande partie de la masse monétaire est donc bien la conséquence des crédits bancaires (au secteur privé, dans son écrasante majorité, mais aussi à l’Etat): une simple écriture comptable, du vent, pas de l’or ou des devises. Ce qui ne veut pas dire que ce vent ne puisse pas, en soufflant, avoir des effets tangibles sur l’économie, pour relancer l’activité ou lutter contre le chômage.

    Patrick CASTEX

    Alternatives Economiques – Hors-série n°45 – Juillet 2000
    Notes
    (1)

    On l’appelle également, avec les billets qui sont entre les mains du public, la base monétaire. Cette monnaie détenue en particulier par les banques -mais ne faisant pas partie de la masse monétaire-, existe en fait, non pas sous forme de billets, mais de compte à la banque centrale, comme le compte en banque d’un particulier.

    (2)

    C’est un peu plus compliqué. Les bons du Trésor négociables ne faisaient pas partie de la masse monétaire M3 dans les agrégats avant 1999; ils apparaissaient dans un agrégat frontière, M4, avec les billets de trésorerie émis par les entreprises.

    (3)

    Les avances au Trésor sont maintenant rigoureusement interdites par le traité de Maastricht, car considérées comme trop dangereusement inflationnistes.

  100. Archimondain dit :
    9 janvier 2009 à 18:46 @Julien Alexandre
    J’ai réfléchis à ma question et à votre réponse. Je dois bien admettre que je ne suis pas convaincu.Si une banque possède 100. Elle est en droit d’en prêter 90 tout en laissant les 100 inchangé aux yeux du client qui les a déposés.
    Si celui-ci veux faire un achat avec, la banque devra effectivement emprunter, car elle n’est pas en droit de laisser courir le crédit si les 100 ne sont plus dans ses ‘comptes’. Mais si ceux si sont utilisés pour payer quelque chose à quelqu’un qui a un compte dans cette même banque, les 100 ne quittent pas la banque, cela ne change rien qu’ils soit sur un compte ou sur un autre. La seul différence, c’est que ce nouveau dépot ne peut donner lieu à du crédit supplémentaire, puisqu’il a déjà servit une fois à cela.

    Cela ne vous parait-il pas logique ?

  101. Archimondain dit :
    9 janvier 2009 à 18:54 Et, c’est moi qui ait choppé le 100 ème commentaire :)
  102. bankster.tv dit :
    9 janvier 2009 à 19:02 @2Casa: Comme vous avez pu le lire sur le blog de la personne en question et sur le copié/collé, cette personne confond reserve fractionelle (obligatoire) avec multiplicateur de crédit. Non seulement cela apporte de la confusion pour les néophytes, mais quand on affirme en se servant d’un exemple faux pour démonter quelque chose de vrai, c’est comme quand on remet en cause les travaux d’un prix nobel, on y réfléchit et on verifie à deux fois (ou +) !.. C’est la raison pour laquelle ces posts ont été éffacés de la page commentaire de l’argent dette sur vimeo (je ne sais pas ce qu’est bellacio).
    Au passage en Europe avec 1111.12 vous ne récoltez pas d’intérêts réels sur 100.000 d’argent fictif, c’est 2% soit du 1 pour 50 soit avec 1111.12 on récolte sur 500.000. Voila pourquoi les pseudo débat autour de l’exactitude d’un calcul (à savoir est ce qu’on collecte sur 90.000 ou 100.000) nous fait marrer, parce que dans LA VRAIE VIE (ICI et MAINTENANT), c’est sur 500.000 … mais bon bref passons…Et concernant nos interventions, elles opérent ponctuellement et de moins en moins souvent. Notre seul but est de faire découvrir le film de Paul Grignon.
    Mais si nous vous genons, ne vous arretez pas à nous, allez voir ZeitGeist Addendum, ou tellement d’autres maintenant…

    Allez en attendant le début de la fin, détendez vous : http://www.youtube.com/watch?v=dnT21hmlT4o

    A noter également que le pseudo bankster est utilisé par d’autres personnes que nous, donc si vous voulez vous referez a ce qu’on pense/dit, faites le à partir du site. merci.

  103. Julien Alexandre dit :
    9 janvier 2009 à 19:04 @ Archimondain : relisez bien ma réponse “la banque sera tenue d’emprunter la somme nécessaire pour assurer la fourniture de liquidité “. Votre exemple illustre simplement un transfert de reconnaissance de dette. Et vous serez d’accord que dans le cas que vous décrivez il n’y a donc pas de création monétaire:)
  104. Julien Alexandre dit :
    9 janvier 2009 à 19:09 @ Sophie : je suis content de voir que l’on progresse quand vous dites

    Mais nous sommes de toute façon d’accord pour dire que si “vous” considérez que le terme monnaie ne peut représenter que de la monnaie centrale, alors vous avez raison, les banques ne créent pas de votre monnaie…

    Quand vous aurez demandé à votre banque si elle prête les dépôts et qu’elle vous aura répondu “oui bien sûr”, nous serons sur la même longueur d’onde :)

  105. Marc Peltier dit :
    9 janvier 2009 à 19:12 @ barbe toute bleue
    “La « richesse » est simplement la quantité d’énergie dont on peut disposer, individuellement, ou en commun.”Votre idée semble être que l’économie est équivalente à la physique. Je ne le pense pas du tout, mais admettons un instant…

    Une formulation physique plus rigoureuse serait alors : “La richesse est le quantité d’énergie ET D’INFORMATION dont on peut disposer, individuellement, ou en commun.”

    On mesure alors que l’on n’a guère avancé dans les concepts…

  106. Nadine dit :
    9 janvier 2009 à 19:14 @Julien AlexandreFinalement vous aviez peut-être raison…quelle patience !
  107. Archimondain dit :
    9 janvier 2009 à 19:14 A non, dans ce cas moi je vois une création monétaire, car malgré les 90 crédités et utilisables à n’importe qu’elle usage (scripturale, fiduciaire, etc…), les 100 qui ont permis ce crédit peuvent également être utilisé ‘comme si il s’agissait d’argent différent’. Il y a bien ici usage de 190 EN MEME TEMPS alors que seul 100 devrait pouvoir être utilisé en même temps. Il y a donc bien une création de 90. (mais restreint à un usage intra-bancaire).Cela ne vous apparait-il pas logique ?

    Je considère que quelque chose est de l’argent (reconnaissance de dette ou pas) à partir du moment ou il peut être dépensé sans contrepartie comptable (dépenser 100 en échange de 100 n’est pas une vrai dépense). Il semble bien que ce soit le cas ici. Avec quoi n’êtes vous pas d’accord ?

    Merci d’avance

  108. Julien Alexandre dit :
    9 janvier 2009 à 19:19 @ Archimondain : non il n’y a pas “usage de 190 en même temps”. A moins que vous puissiez définir ce qu’est un “usage intra-bancaire”.
  109. Archimondain dit :
    9 janvier 2009 à 19:38 Je définie un usage d’argent intra-bacaire comme un usage de cet argent entre DAV de la même banque.Je veux transférer 100 de mon compte vers le compte d’un ami à la même banque. Ce transfert ne change absolument rien pour la compabilité de la banque. quand bien même ces 100 ont déjà été prêtés, à travers le transfert, je les utilise comme de l’argent (par exemple pour rembourser mon ami d’une dette ou encore pour le rémunérer d’un certain travail) alors que ce n’est pas supposé en être (puis qu’il est prêté). Pendant que j’utilise cet argent pour faire le transfert à mon ami, ce “même” argent qui est aussi prêté, est utilisé autre part par quelqu’un ayant contracté un crédit. Il y a donc bien usage potentiel de 190 en même temps.

    La différence encore une fois, étant que le dépot résultant du transfert ne peut donner lieu à de nouveaux crédits, puisqu’ils sont déjà lié à un crédit.

    Etes-vous convaincu ?
    Sinon je ne demande qu’à comprendre ce qui cloche.

  110. Sophie dit :
    9 janvier 2009 à 20:16 @Julien Alexandre
    … sauf qu’il faudra vous y faire … la monnaie est aussi bien Banque centrale (monnaie fiduciaire) que banques commerciales ( monnaies scripturales) … et que je maintiens que les banques comerciales NE PEUVENT PAS prêter les DAV
    A part cela, oui, nos points de vue se rapprochent … sauf qu’ils sont diamétralement opposés :)
  111. 2Casa dit :
    9 janvier 2009 à 21:04 @ B…kster.tvPour aller vite les nouvelles vont vite !

    Bref, je le serai, pour une fois : que nous ne divergions pas sur les objectifs je ne suis pas sûr, mais sur les méthodes absolument.

    Relire mon petit topo sur l’Ethique de la discussion. Ou bien J. Habermas, K.O. Apel.

    Toutes mes amitiés à MM. Chouard, Bru, aux Banksters vrais, faux, supposés, à Sophie pour sa pugnacité.

    En ce qui me concerne le débat est clos. Enfin pour ce qui est de la monnaie.

  112. Tentative de lucidité dit :
    9 janvier 2009 à 22:21 @2CasaEt quelle est ta conclusion (a propos de la monnaie) ?

    D’avance merci pour ta ou vos réponses

  113. Julien Alexandre dit :
    9 janvier 2009 à 22:50 @ Archmondain : merci pour votre définition de l’usage intra-bancaire. Malheureusement cela n’a pas de sens. Ce que vous appelez usage intra-bancaire n’est rien d’autre qu’un transfert de reconnaissance de dette. Si l’ami à qui vous avez transféré votre reconnaissance de dette décide d’utiliser ce nouveau dépôt comme moyen de paiement ou retrait en liquide, la banque devra emprunter l’argent nécessaire. Les 100 € initiaux ne permettent à aucun moment “d’utiliser” simultanément 190€. Vous donnez en substance la réponse à votre question quand vous dites “ce transfert ne change rien pour la comptabilité de la banque “. Ce transfert là non, un retrait ou un paiement si. Avec comme conséquence directe pour la banque la nécessité d’emprunter afin de préserver sa solvabilité.@ Sophie : en temps normal je vous aurais certainement dit qu’il n’est de bonne compagnie qui ne se quitte, mais je trouve votre obstination stimulante. Néanmoins, pour la bonne tenue du débat, je crois qu’il est nécessaire que vous précisiez d’où vous tenez l’affirmation que les banques ne prêtent pas les DAV? Pourquoi vous affirmez que les banques ne prêtent que les dépôts d’épargne? Quelle est dans notre cas précis la différence entre ces 2 types de comptes pour la banque qui l’empêche de faire avec les DAV ce qu’elle fait avec les dépôts d’épargne ?
    Me répondrez-vous???
  114. Étienne Chouard dit :
    10 janvier 2009 à 00:17 En réponse à Julien Alexandre (message du /1 à 21h43) :Message de Jean Bayard, à propos de la Banque postale (qui part en rando montagne et qui vous salue :-) )

    « Il semble bien que les dirigeants de la Banque Postale (de création récente) ne se soient pas encore “débarrassés” de leur culture “CCP”, et qu’ils pensent toujours que les comptes de dépôts de leur clientèle (qui sont de la monnaie, c’est indéniable) ont pour contre partie de la monnaie, comme c’était le cas avec les CCP. Ceux-ci répondaient alors à la définition de l’établissement financier qu’ils étaient.

    Il faut rappeler qu’auparavant la trésorerie des CCP était utilisée par le Trésor Public qui se servait à cette fin d’un compte extérieur (aux CCP), celui de la Banque de France. Il ne faut pas oublier non plus que les CCP ne prêtaient pas d’argent, pour la bonne raison qu’il aurait fallu alors le prendre sur la trésorerie du Trésor ! Et s’ils ne prêtaient pas d’argent, ils ne pouvaient pas en créer (exception faite cependant de l’inscription en compte du salaire des fonctionnaires, toujours pour les mêmes raisons de trésorerie de l’Etat).

    Voir à ce sujet sur mon site, le dossier : “Comment distinguer les banques qui créent la monnaie et les établissements financiers qui ne peuvent que la faire circuler”.

    Depuis que la Banque Postale dispose du statut de banque, les choses ont changé. Dorénavant, elle peut (créer et) prêter comme n’importe quelle banque par une simple écriture comptable : elle inscrit à son actif une créance (qui n’est pas de la monnaie) et à son passif les fonds qui sont portés au compte DAV de l’emprunteur (qui est la monnaie). Pour être certain que la Banque Postale ne crée pas la monnaie, il faudrait qu’elle nous explique comment elle met à disposition les fonds qu’elle prête à son client, vraisemblablement titulaire d’un compte ouvert dans ses livres.

    Si, pour mettre des fonds à la disposition de l’emprunteur (son client),

    – si elle passe l’écriture ci-dessus (comme une vraie banque), alors, elle crée la monnaie ;

    – si elle fait un chèque (et pas une simple écriture créditant un DAV) tiré sur la Banque de France à l’ordre de son client (comme le ferait un établissement financier), alors, elle ne crée pas la monnaie (elle la transfère). Dans ce cas, son client peut aller déposer ce chèque dans une autre banque.

    L’examen du bilan de La Poste au 31 12 2007, montre en effet qu’elle prête peu si l’on compare les créances sur la clientèle (24,4 mds €) d’une part à l’actif et les dépôts à vue et à terme de sa clientèle (91,8 mds €) d’autre part au passif. Indéniablement l’histoire y est pour quelque chose. La BNP à fin 2004 (je n’ai rien de plus récent) affiche respectivement 237,7 mds € contre 258,1 mds €. Vous pouvez voir la différence.

    C’est la raison pour laquelle, elle dit à propos de son bilan : « Il se caractérise par sa structure atypique pour une banque de détail, avec un montant de dépôts significativement plus important que celui des prêts à la clientèle. »

    Vis-à-vis de ses concurrentes, la Banque Postale est structurellement prêteuse, tandis que la BNP est au contraire structurellement emprunteuse. Ce qui est indépendant des chiffres de la clientèle donnés ci-dessus. »

    Jean Bayard
    9 janvier 2009
    ________________

    Par procuration (et en plein boulot de préparation de mon propre message),

    Étienne.

  115. barbe-toute-bleue dit :
    .
  116. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 10:02 J’essaie un dernier argument sur le thème “la monnaie scripturale est bien de monnaie”.La base monétaire, celle qui n’est pas créée par les banque commerciale, mais par les banque centrale, en l’occurrence les pièces et les billets représente un montant d’un peut plus de 1000Md$ à l’été 2008.

    Les réserves cumulées de devise des chinois et japonais représente plus du double de ce montant. D’où peuvent bien sortir ces réserves monétaires qui n’existe pas ?

    LA MONNAIE N’EST PAS SE QUI SE RETIRE SOUS FORME D’ARGENT, MAIS CE QUI EST ACCEPTE COMME FORME PAIEMENT.

  117. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 10:10 @ Archimondain : merci pour votre définition de l’usage intra-bancaire. Malheureusement, cela n’a pas de sens. Ce que vous appelez usage intra-bancaire n’est qu’un transfert de reconnaissance de dette. Si l’ami à qui vous avez transféré votre reconnaissance de dette dans la même banque décide d’utiliser ce dépôt comme moyen de paiement ou pour effectuer un retrait en liquide, la banque devra emprunter l’argent nécessaire. Les 100 € initiaux ne permettent à aucun moment “d’utiliser” simultanément 190 €. Vous donnez en substance la réponse à votre question quand vous dites “ce transfert ne change absolument rien pour la comptabilité de la banque”. Ce transfert là non. Un retrait ou un moyen de paiement si. Avec pour conséquence la nécessité d’emprunter pour la banque afin d’assurer sa solvabilité.@ Sophie : en temps normal, je vous aurais probablement laissé vaquer à vos élucubrations d’un magistral (et non moins amical) “Il n’est de bonne compagnie qui ne se quitte”. Mais je trouve votre obstination stimulante intellectuellement.

    Aussi, pour la bonne tenue du débat, je crois qu’il est nécessaire que vous nous précisiez à ce stade :

    – d’où tenez-vous que les banques ne prêtent pas les DAV (vous travaillez dans une banque? un ami travaille dans une banque? vous l’avez lu quelque part? une source même un petite? Légifrance?)

    – pourquoi affirmez-vous alors que les banques ne prêtent que les dépôts d’épargne?

    – dans notre cas précis, quelle est la différence fondamentale pour une banque entre ces 2 types de comptes qui l’empêche de faire avec les DAV ce qu’elle fait avec les dépôts d’épargne? (je précise bien dans notre cas précis, pas besoin d’expliquer en quoi un DAV est différent d’un compte-épargne).

  118. Nadine dit :
    10 janvier 2009 à 10:14 @Etienne
    @Les créationnistesUne simple précision pour mettre peut-être d’accord tout le monde:

    Je disais plus haut:

    “Parce que plus une banque acquière de la monnaie scripturale provenant d’autres banques, plus la banque amasse des créances sur ses concurrentes , elle pourra créer des crédits donc prêter sa monnaie scripturale qui en cas de fuite sera compensée sans difficulté si elle n’utilise que 90% des dépôts, le reste couvrant les retraits en monnaie fiduciaire. C’est la seule raison d’être de ce système fractionnaire.
    Les règles prudentielles permettent aux banques de limiter leur crédit de tel sorte que les compensations bancaires n’entraînent pas des soldes en leur défaveur plus important que leur réserve voir leur fond propre.
    Ce sont les dépôts qui font les crédits mais non l’inverse sinon c’est la faillite assurée.”

    Quand je dis que ce sont les dépôts qui font les crédits c’est au niveau uniquement des banques prises individuellement car au niveau du système bancaire dans son ensemble ce sont bien les crédits qui font les dépôts, c’est presque une évidence !

  119. Nadine dit :
    10 janvier 2009 à 10:33 @Bru
    Remarque interessante.
    Pouvez vous préciser votre question ?
  120. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 10:37 Je soupçonne tout de même M. Jorion, d’étudier au travers du pugilat actuel (dont il a allumé et entretenu le feu), notre comportement, nos réflexions et nos relations face a ces objets si particulier que sont argent et monnaies. Force est de constater que c’est la panique, la noyade, le désastre.Le sujet abordait ne paraissait tout de même pas insurmontable : “les banques commerciales créent-elles oui ou non de la monnaie ?”.

    Chacun, de part sa relation à l’argent a ses propres convictions/opinions desquelles il ne démordra a priori jamais.
    Je m’inclus dans le lot, je ne suis pourtant pas en général le dernier a faire évoluer ses avis, et les intervenant de ce blog paraissent d’un bon pragmatisme… Mais sur un sujet aussi basique on n’y arrive tout simplement pas. Ca en dit long sur une éventuelle réforme monétaire (quelque soit le niveau, nationale, mondial, …), le mieux pour nos dirigeants si le cas se présente sera probablement de ne pas trop en dire sur les détails, de rester vague… comme les anciens ont fait en nous menant à la situation actuelle…

  121. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 11:16 @ Etienne Chouard.Je résume le message que vous transmettez de la part de Jean Bayard :

    – “les dirigeants de la Banque Postale sont des imbéciles qui gèrent leur activité comme au 20ème siècle (et encore)”

    – “la Banque Postale est une banque prudente avec un ratio de solvabilité plus élevé que ses consoeurs”.

    (Remarque personnelle : si j’étais en France, j’aurais probablement mon compte à la Banque Postale!)

    Entre les 2, toujours la même “approche comptable”. Je vous invite à relire l’échange avec Archimondain et les interventions de Nadine.

    Pourquoi ne rassemblez-vous pas une dizaine de réponses des grandes banques françaises (même 5 feront l’affaire), des déclarations sur l’honneur de dirigeants (ou employés informés) proclamant que “les banques ne prêtent pas les dépôts. Nous sommes des parkings monétaires”???

    Qu’est ce qu’un ratio de solvabilité pour une banque?

    Le débat serait clos :)

  122. Sophie dit :
    10 janvier 2009 à 11:23 @Bru
    Tous les économistes arrivent très bien a admettre que les banques commerciales créent de la monnaie scripturale, mais ils ont autre chose à faire que de s’exprimer sur ce blog qui n’est pas un évangile et dont le gestionnaire est “partisan” sur ce sujet; il n’y a que quelques irréductibles qui n’arrivent pas a admettre ce fait qui nécessite pour eux un changement de paradigme (admettre que quelque chose – la monnaie en l’occurrence – n’a pas besoin d’exister prélablement pour être créée par les banques commerciales), et ils se retrouvent surtout ici.
    Mais cette affirmation (”la monnaie n’a pas besoin d’exister prélablement pour être créée”) est évidemment fausse si on limite la définition de “monnaie” aux billets de banques et monnaie divisionnaire ou si on veut dire que la monnaie peut être créée sans contrepartie et sans régles par les banques commerciales, ou en utilisant le terme “argent” en lui faisant dire n’importe quoi… tiens dans le nouveau “glossaire” ce serait intéressant que P. Jorion y explicite ses définitions de monnaie, argent, dette, créances, actif, passif, etc … on y verrai peut être plus clair.
  123. Nadine dit :
    10 janvier 2009 à 11:51 @Sophievous dites: “Tous les économistes arrivent très bien a admettre que les banques commerciales créent de la monnaie scripturale”

    Qui vous dit le contraire, n’importe qui est capable de créer des créances monétaires, vous même le pouvez, reste à savoir si vous êtes solvable… alors arrêtez de nous prendre pour des imbéciles !

  124. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 11:56 @Sophie,Oui, je sois totalement d’accord avec vous intérêt que constituerait l’ajout dans le glossaire des termes que vous évoquez. Cela permettrait d’avoir enfin les bases d’un débat structuré.
  125. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 12:01 @Nadine,Dites-nous votre définition du terme “monnaie”, s’il vous plaît.

    Mettons nous d’accord sur le sens de ce terme, c’est indispensable pour continuer, cela ne sert a rien de parler de prêt interbancaire, ou de choses plus compliquées encore, si on n’est pas d’accord sur la définition du terme central a toutes ces discussions.

  126. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 12:12 @Nadine,Effectivement, toute le monde peut prêter 100 euros a quelqu’un d’autre, mais c’est uniquement dans la création par des banques commerciale que cette créance pourra être utilisée ultérieurement comme paiement (ce en fait une monnaie) alors que ci vous allez déjeuner dans un restaurant avec une créance de 100 euros de votre marie, le gérant vous rira au nez.
  127. Nadine dit :
    10 janvier 2009 à 13:30 @BruBru il faut lire ce que j’essaie d’écrire.
    Je vous redonne ma definition:

    1.Les avoirs en banque ou « monnaie scripturale » ne sont pas assimilables aux espèces monétaires ou plus généralement à de la monnaie banque centrale M0.

    2.Une créance est une chose vulnérable. Elle se compense sans qu’on y puisse rien, elle se saisit, elle se prescrit, elle se bloque, elle est exposée au contentieux, serait-il infondé. Hors à quelques exceptions d’inspiration fiscale, on n’est pas obligé de recevoir son dû sous forme d’avoir en banque comme dans l‘exemple de votre restaurateur. Autrement dit, à la différence M0, la « monnaie scripturale » n‘a pas cours légal, et c’est là un attribut monétaire fondamental qui lui manque.

    3.La vrai monnaie est la garantie juridique, pour celui qui la reçoit, qu’il pourra l’utiliser à son tour en l’imposant en paiement à ses propres créanciers. Sans cette garantie, la satisfaction du créancier prend en droit un caractère ALEATOIRE.

    Conclusion:
    Le dépôt de monnaie en banque est le contrat le plus simple de tout LE DROIT DES OBLIGATIONS. Sa seule finalité, son unique effet, est la naissance d’une créance monétaire. Cette créance permet de déplacer de la monnaie, mais elle ne se métamorphose pas elle-même en monnaie. Créance elle est, créance elle reste.

    Alors c’est vrai que quand tout se passe bien la créance prend les habits de la monnaie, je suis d’accord .

  128. antoine dit :
    10 janvier 2009 à 13:32 Le problème est: Qu’est ce que la science économique? De quoi parle t-elle?
    .
  129. Greg dit :
    10 janvier 2009 à 14:42 @Nadine :Quid de l’obligation légale de payer en monnaie scripturale au-dessus d’un certain montant ?
  130. Archimondain dit :
    10 janvier 2009 à 14:46 @Julien Alexandre
    Vous dites :

    @ Archimondain : merci pour votre définition de l’usage intra-bancaire. Malheureusement, cela n’a pas de sens. Ce que vous appelez usage intra-bancaire n’est qu’un transfert de reconnaissance de dette. Si l’ami à qui vous avez transféré votre reconnaissance de dette dans la même banque décide d’utiliser ce dépôt comme moyen de paiement ou pour effectuer un retrait en liquide, la banque devra emprunter l’argent nécessaire.

    Oui, justement ! l’usage intra-bancaire n’est effectivement qu’un transfert de reconnaissance de dette. C’est là toute l’affaire. C’est que ce transfert de reconnaissance de dette est en soit lui-même un moyen de paiement. Ce transfert peut par exemple être une rémunération salariale ou un achat dans un magasin. Du moment que l’entreprise et les salariés utilise un compte dans la même banque, ou du moment que le consommateur et le magasin font de même.

  131. Nadine dit :
    10 janvier 2009 à 16:15 @GregVous dites:” Quid de l’obligation légale de payer en monnaie scripturale au-dessus d’un certain montant ?”

    Obligation légale ne veut pas dire Cours légal !

    Il ne faut pas tout mélanger.

    Vous n’allez pas vous déplacer avec votre valise de billets d’abord pour des raisons de sécurité évidentes et puis pour limiter au maximum la précieuse monnaie fiduciaire en circulation.

    Alors vous ne payez pas en espèce mais vous pouvez quand même refuser le chèque…si vous n’avez pas confiance en la personne, charge à vous de vérifier que ce n’est pas un chèque en bois.

  132. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 16:46 @Nadine,La monnaie fiduciaire n’a rien de précieux, c’est du papier de l’encre et le signe de rien d’autre (si ce n’est là encore, d’une dette, celle des états, et ce via les bond du trésor présents a l’actif des des bilans des banques centrales).

    La loi n’est en rien dans la définition de la monnaie, la monnaie c’est ce qui est accepté comme paiement, et la monnaie scripturale l’est.

    Un point important que vous reprenez de M. Jorion et que je partage pas : “Alors c’est vrai que quand tout se passe bien la créance prend les habits de la monnaie” sous-entendu quand ca va mal monnaie scripturale ne vaut plus car, entre autre, vous ne pouvez plus la retirer de votre banque sous forme fiduciaire.
    C’est faux, et les banques centrale veillent a cela en leur qualité de “prêteurs en dernier ressort”. Si une banque est l’objet d’un bank run, la banque centrale avance la monnaie fiduciaire en échange des créances crées par emprunt de la banque en difficulté, si bien que tout le monde est servi.

    Il est vrai, que les BC ne sont censées faire de telles opérations que pour des problèmes de liquidité des banques et non pas de solvabilité. Cependant, la FED a montré, en acceptant du papier douteux dont la note est bien inférieur a AAA en échange de base monétaire, que cette règle n’est pas vraiment suivie.

    Autre point, si cela aller assez mal pour que les monnaies scripturales ne valent plus rien et que l’on soit dans l’incapacité de retirer ses dépôt de sa banque, je doute que les monnaies fiduciaires valent encore quelque chose. Il ne faut pas oublié que la “fiduciaire” vient de “confiance”, monnaie basée sur la confiance, rien de plus. Et ce en opposition aux monnaies convertibles, en or par exemple, du temps de l’étalon or.

    Donc si cela aller vraiment mal, d’avoir du “cash” dans la poche ne vous sauverais probablement pas, l’or physique probablement plus.

  133. Sophie dit :
    10 janvier 2009 à 17:11 Article L 112-8 du code monétaire et financier
    Article 40 du décret n° 92-456 du 22 mai 1992Depuis le 28 février 2002, l’Euro est la seule monnaie ayant cours légal dans la Zone Euro.

    Il est tout à fait permis à un commerçant de ne pas accepter les chèques ou de ne les accepter qu’au-delà d’un montant minimal. Toutefois, il est tenu d’en avertir le consommateur par le biais d’une affichette.

    Le chèque est quant à lui un moyen de paiement valable et légal mais il n’est pas obligatoire et forcé.

    Mais un commerçant est tenu d’accepter les règlements par chèque lorsqu’il est adhérent d’un centre de gestion agréé. Le professionnel adhérent au centre de gestion agréé est d’ailleurs tenu de signaler qu’il accepte les règlements par chèque.

    En outre, les particuliers non commerçants sont tenus d’effectuer par chèque barré, par virement bancaire ou postal, par carte de crédit ou de paiement, le règlement de tous les biens ou services d’un montant supérieur à 3 000 €.

    Alors Nadine, comment je fais pour rester “dans la loi” si j’effectue un achat de plus de 3000 et que le vendeur ne veut pas de mon chèque ou d’un chèque de banque ? Le virement banque à banque a t-il cours légal?

  134. antoine dit :
    10 janvier 2009 à 17:45 “La loi n’est en rien dans la définition de la monnaie, la monnaie “c’est ce qui est accepté comme paiement”, et la monnaie scripturale l’est.”
    J’ai déjà expliqué ailleurs en quoi rationalité juridique, comptable et économique ne s’accordent pas. Ce que l’un considère comme de la monnaie, l’autre refuse de le faire… Je ne vais pas recommencer mon explication ici.
    Cette définition de la monnaie comme “signe positif doté d’un pouvoir d’achat” ou comme “moyen de paiement ACCEPTE” est une approximation grossière. Au départ je me suis demandé si elle n’était pas plus exacte puisque adossée à l’anthropologie (descriptif) plutôt qu’au droit (normatif). Mais en fait non. Elle est tout simplement fausse (d’après cette dernière définition, la fausse monnaie qui serait acceptée serait de la vraie monnaie tout simplement parce-qu’elle auraient rempli la même fonction, ce qui est du grand n’importe quoi). La définition de la monnaie repose aussi sur des critères indépendants de la fonction qu’elle remplit (et de la volonté des agents). Je peux très bien utiliser un verre comme un vase. Ca n’en fait pas un vase pour autant.Du reste il revient au droit, en dernière alternative, de préciser ce que vous pouvez accepter comme moyen de paiement ou pas et à quelles conditions. Ceci a donc tout à voir avec la loi. Et ce n’est pas par hasard mais pour des raisons politiques fondamentales ayant trait à la théorie du gouvernement civil que le droit distingue avec soin monnaie et reconnaissance de dette. L’enjeu n’est pas du tout le même.
  135. antoine dit :
    10 janvier 2009 à 17:50 P.S.: Ce qui est écrit plus haut ne réfute en rien Nadine… ^^’
  136. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 18:00 @Antoine,Vos comparaisons avec la fausse monnaie ne tiennent pas car basées sur la tromperie, la personne qui l’accepte n’est pas au courant, sinon il la refuserait. Aucune tromperie sur la marchandise n’est fait avec un chèque de banque ou un virement bancaire.

    En ce qui concerne vos comparaison de verre comme fonction de vase, cela ne tient pas non plus car le propre de la monnaie est précisément sa fonction, intermédiaire des échanges. Par leur fonction, un verre comme un vase sont un réceptacle de liquide, dans cette fonction il sont semblables.

    Je vous invite a parcourir la définition wiki de la monnaie ou l’on peut lire dès les premières lignes une définition de la monnaie par ses fonctions :

    “La fonction d’intermédiaire dans les échanges,…”

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie

  137. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 18:19 La définition de la monnaie “ce qui est accepté comme paiement” est peut-être grossière mais elle a le mérite d’être la, je serais ravi d’avoir des alternative a cette définition. Mais personne ne le fait.Par ailleurs, la définition d’un achat proposé par wiki est la suivante :

    “L’achat est l’acquisition d’un bien ou d’un service contre de l’argent (monnaie)”

    Sauf a considérer que lorsque vous faites un chèque, virement ou carte de crédit (monnaie scripturale) contre un objet vous faites du troc ou un vol, cela suppose nécessairement qu’il y a monnaie.

  138. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 18:30 Je vous met la définition du troc, proche du monde que vous nous décrivez :Troc : http://fr.wikipedia.org/wiki/Troc

    Le troc consiste en l’échange direct ou différé d’un bien (et plus tardivement, d’un service ou d’un savoir) contre un autre, considéré comme plus ou moins équivalant par les deux parties de l’échange. Il est un type de transactions économique qui a lieu sans moyen de paiement tel que la monnaie.

  139. Nadine dit :
    10 janvier 2009 à 19:19 @SophieJe dis seulement que obligation légale et cours légal ce n’est pas la même chose c’est tout.
    Maintenant qu’on facilite juridiquement le paiement en monnaie scripturale pour des raisons pratiques, c’est le bon sens, c’est simplement plus aleatoire car cette créance monétaire est exposée aux contentieux .

    Vous dites:”Alors Nadine, comment je fais pour rester “dans la loi” si j’effectue un achat de plus de 3000 et que le vendeur ne veut pas de mon chèque ou d’un chèque de banque ? ”

    Le vendeur l’acceptera votre chèque, rassurez vous, par contre tout un arsenal juridique est à sa disposition si celui ci est en bois et oui c’est ça le problème avec les crèances ça peut mal tourner !

  140. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 19:26 Avec les chèques de banque ou les virements, ça tourne rarement mal.Un chèque courant n’est que le moyen d’accéder a la monnaie scripturale, un artefact, si le compte est vide, cela s’apparente a du vol.
  141. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 19:39 @ Archimondain : votre transfert de reconnaissance de dette dans votre banque n’est que “symboliquement” un moyen de paiement. Techniquement, pour la banque, il n’est qu’un transfert de reconnaissance de dette. Donc cela ne change rien, comme vous l’avez dit.Si maintenant vous me dites que votre ami utilise son nouveau dépôt comme moyen de paiement vers une AUTRE banque, le mécanisme de compensation entraînera inéluctablement un emprunt de la banque pour assurer sa solvabilité.

    @ Sophie : immanquablement, et sans même que vous vous en rendiez compte, votre message évolue… C’est la loi du genre, et c’est effectivement intéressant de noter ces changements quasi-imperceptibles “à l’oeil nu”.

    Jouez le jeu : je vous ai posé quelques questions qui me semblent fondamentales pour comprendre votre position dans ce post.
    S’il vous plaît, éclairez-nous! Quand vous posez des questions, vos interlocuteurs essaient d’y répondre. Pourquoi ne pas faire de même?
    Amicalement,
    Julien

  142. Fab dit :
    10 janvier 2009 à 19:45 Bonsoir,J’aimerais poser une question faisant suite à un récent message qui m’a mis la puce à l’oreille…Mystère.

    Deux camps s’affrontent : les pro et les anti ex nihilo. Supposons que la monnaie soit créée ex nihilo par les banques. Quelles conclusions tireriez-vous (autant les pro(s) que les anti) sur les banques ?
    Voici une liste de propositions, à compléter à votre guise : elles abusent, elles se moquent de nous, elles s’enrichissent sur notre dos sans rien faire, elles financent des opérations “inhummaines”, elles sont à la solde du pouvoir pour maintenir l’ordre, etc, etc etc. A compléter donc. Faites votre liste.

    Une fois que vous avez tiré vos conclusions, supprimer celles que vous réfuteriez en considérant que les banques ne créent pas la monnaie ex nihilo. Pesez ce qui reste et posez-vous la question suivante : la réflexion que je mène actuellement peut-elle attendre ? Sachant qu’il est plus facile de faire tomber un géant quand il est déséquilibré…que lorsqu’il s’est remis d’aplomb.

    Pour me faire pardonner de cette intrusion dans votre débat et apporter de l’eau à votre moulin :

    **************************************************************************************************************************************
    http://www.cornu.eu.org/news/les-theoremes-de-godel

    ” Les théorèmes d’incomplétude de Gödel :

    L’incomplétude, l’impossibilité d’une autojustification, pour qu’elle fasse sens, requière la précision des systèmes formels
    Ces théorèmes ne sont vrais que si la précision est absolue – formelle (que si les systèmes sont suffisament complets comme se veut les mathématiques)
    Premier théorème : non décidabilité (incomplétude)
    Un énoncé peut être vrai mais non démontrable (c’est une forme développée du paradoxe du menteur d’Epimenide le crétois : “tous les crétois sont des menteurs). Il avait déjà été remarqué par Cantor au XIXème siècle. “comment savoir qaund une recherche de démonstration n’en finit plus qu’elle va donner une réponse plus tard, dans une heure ou dans un siècle ?”
    Deuxième théorème : Cohérence limitée
    la cohérence de la vérité et de la démontrabilité est limité car contradictoire : On ne peut construire une démonstration de la cohérence d’une théorie T dans cette théorie.

    Définition
    cohérence : on ne peut déduire à la fois A et non A
    complétude : Pour tout système A de T on peut démontrer A ou non A
    Système formel : dispositif d’engendrer les théorèmes à partir des axiomes grâce à des règles opératoires spécifiées
    Remarques
    C’est l’échec de l’absolutisme du formalisme. (mais par exemple en politique, la principale vertue est-elle d’être cohérent ?)On essaie d’éviter l’autoréférence en science – par exemle en ethnologie, en politique… – mais elle est partout

    C’est la fin du déterminisme où tous les états ultérieurs sont entièrement déterminés par les conditions initiales”

    **************************************************************************************************************************************

  143. Nadine dit :
    10 janvier 2009 à 20:31 @SophiePourquoi vous citez toujours cette phrase:”Depuis le 28 février 2002, l’Euro est la seule monnaie ayant cours légal dans la Zone Euro.”
    Quel intêret ? que voulez vous nous faire comprendre ?
  144. Nadine dit :
    10 janvier 2009 à 20:56 @Bruvous dites:
    “Un point important que vous reprenez de M. Jorion et que je partage pas : “Alors c’est vrai que quand tout se passe bien la créance prend les habits de la monnaie” sous-entendu quand ca va mal monnaie scripturale ne vaut plus car, entre autre, vous ne pouvez plus la retirer de votre banque sous forme fiduciaire.
    C’est faux, et les banques centrale veillent a cela en leur qualité de “prêteurs en dernier ressort”. Si une banque est l’objet d’un bank run, la banque centrale avance la monnaie fiduciaire en échange des créances crées par emprunt de la banque en difficulté, si bien que tout le monde est servi.”

    Vous prenez vos désirs pour des réalités, les banques peuvent faire faillites bien sûre d’ailleurs regardez aux USA , seule les trés grosses sont sauvées pour éviter le risque systèmique et encore je ne compte pas combien il y en a dans le monde qui ont ruiné leurs clients !

  145. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 21:22 @Nadine,Je ne pense pas que le critère de la taille ait été déterminante dans le choix de la sauvegarde, en revanche le type : banque d’affaire ou banque commerciale (ayant les dépôts des épargnant) a a mon sens beaucoup joué.

    Mais pour revenir a un exemple de cas catastrophique, celui de l’Islande, l’état a garantie la totalité des dépôt pour son système bancaire. Ce qui a entraîné une dévaluation très forte de sa devise, mais qui a maintenu l’égalité : monnaie fiduciaire en valeur = monnaie scripturale en valeur. Les deux valant beaucoup moins qu’avant la crise :)

    La banque Northern Rock a bénéficié de ces facilités lors du bank run et avant sa nationalisation. Et ironie du sort, la nationalisation ayant rassurer les épargnants la Northen Rock a été l’une des banque ayant le plus de dépôts par la suite..

    Tout cela pour dire qu’en cas de panique il y a de forte chance que les BC et les nations fassent chauffer a blanc la planche a billet et substituent monnaie fiduciaire a monnaie scripturale, le temps que tous le monde se calme et revienne vers les banques. Si elles ne le font pas, comme je l’ai déjà dit, même la monnaie fiduciaire ne vaudrait plus rien, étant donné la panique générale.

    Je ne pense pas prendre mes rêves pour la réalité, j’essaie justement de regarder la réalité.

    Quoiqu’il en soit, et même si ce n’était pas le cas, si effectivement avoir un dépôt en banque représentait un risque vraiment accru par rapport a posséder des billets, je reste sur le principe que l’on peut aujourd’hui payer avec de la monnaie scripturale, qu’il s’agit donc bien d’une monnaie et que les banque ont le pouvoir d’en créer en accordant des prêts. cqfd. Le fait que cette monnaie scripturale présente des risques n’enlève rien a sa qualité de monnaie, la totalité des monnaies fiduciaires qui ont existées jusqu’à ce jour ont disparu (et ne valent donc plus rien), elles présentaient donc des risques c’est le moins que l’on puisse dire, elles étaient néanmoins des monnaies.

    Sauf erreur, nous essayons de savoir si oui ou non “les banques créent de la monnaie”.

    Je pense que nous sommes d’accord sur le fait qu’elle créent de la monnaie scripturale.

    Je ne pensais pas qu’il fallait prouver que la monnaie scripturale est bien une monnaie, mais pourquoi pas. Donnons une définition au terme “monnaie”, vérifions que la monnaie scripturale entre dans la définition de la monnaie (ou pas) et c’est régler. J’ai donné une définition de la monnaie qui vérifie la proposition, donnez la votre.

    Je pense que Sophie (elle répondra certainement) a fait un copié/collé d’un texte administratif qui commence comme cela…

  146. Pierre Lang dit :
    10 janvier 2009 à 22:13 @ tout le mondeProblème

    Une banque a perdu tous ses clients. Elle n’est pas tombée en faillite mais il n’y a plus un sou dans la caisse. Son bilan juste nul, ni négatif, ni positif.

    Un boulanger ouvre un compte dans cette banque et dépose 100$ en billets.

    Ensuite, il emprunte 50$ à cette même banque (que la banque verse sur son compte)
    Combien y a-t-il de monnaie en circulation ?

    Dans l’attente d’une réponse, je vous souhaite une excellent soirée ;-)

  147. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 22:18 @ Bru : si vous partagez le même raisonnement que Sophie, peut-être pourriez-vous répondre aux questions posées dans ce post que je reprends ci-dessous dans le seul but d’avancer :- d’où tenez-vous que les banques ne prêtent pas les DAV (vous travaillez dans une banque? un ami travaille dans une banque? vous l’avez lu quelque part? une source même une petite? Légifrance?)

    – pourquoi affirmez-vous alors que les banques ne prêtent que les dépôts d’épargne?

    – dans notre cas précis, quelle est la différence fondamentale pour une banque entre ces 2 types de comptes qui l’empêche de faire avec les DAV ce qu’elle fait avec les dépôts d’épargne? (je précise bien dans notre cas précis, pas besoin d’expliquer en quoi un DAV est différent d’un compte-épargne).

    @ Bru : je vous ferais le même commentaire qu’à Sophie ==>

    immanquablement, et sans même que vous vous en rendiez compte, votre message évolue…

    Oui, les banques “créent” de la monnaie scripturale. Sans contrepartie? A partir de rien?
    Le débat ici, c’est “ex nihilo”, oui ou non. Pas autre chose.

  148. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 22:26 Ce cas ne peut bien entendu ne pas arriver (bilan nul impossible, des fonds propres minimums sont tout de même requis pour exercer le métier de banquier, et avec un seul client, le mode de réserve fractionnaire à 10% marche forcément moins bien)Mais bon imaginons que cela soit possible toutes choses égales par ailleurs, le boulanger a 150euros sur son compte, il y a donc 150 euros en circulation (au sens M1).

    Je vois déjà le levé de boucliers, “oui mais c’est M1″ il n’existe toujours que 100 euro… etc

    M1 est la masse monétaire la plus restrictive suivit pas les banques centrale pour les prévision d’inflation. Celle avec laquelle on paye la plus part de nos achats.

  149. Greg dit :
    10 janvier 2009 à 22:29 @Nadine qui dit :
    “qu’on facilite juridiquement le paiement en monnaie scripturale pour des raisons pratiques, c’est le bon sens”Je ne parle pas de faciliter, je parle d’obliger. Il y a une petite nuance… Cela voudrait dire d’après votre définition de la mnnaie scripturale, que l’état nous oblige au troc ?

    @Julien Alexandre qui dit :
    “votre transfert de reconnaissance de dette dans votre banque n’est que “symboliquement” un moyen de paiement. Techniquement, pour la banque, il n’est qu’un transfert de reconnaissance de dette”

    Donc la loi nous oblige a utiliser un moyen symbolique de paiement plutôt que de la vraie monnaie ? (ayant cours légal comme dirait Nadine)

    Il y a ici une contradiction qui me gene…

  150. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 22:37 @ Bru : ça fait longtemps dans ce débat qu’on a quitté le “réel” dans l’argumentation (des 2 côtés, je tiens à le dire) donc ne vous formalisez pas de la proposition de réflexion de Pierre Lang. Faites comme Einstein, qui ne pouvez pas modéliser ces concepts par ordinateur : des expériences de pensée!Etes-vous sûr qu’il n’y a que 100 € en circulation au sens M0? D’où sortent donc les 50 € prêtés par la Banque? Qu’a-t-elle fait avec les 100 € déposés par le boulanger? Ont-ils été prêtés? Que se passe-t-il si le boulanger souhaite retirer 150 € puisqu’il les a sur son compte?
  151. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 22:39 @Julien Alexandre,Je n’ai jamais soutenu la thèse du ex-nihilo ni considéré que la création monétaire par les banques est scandaleux. Cela relève de toute façon du uniquement subjectif en ce qui concerne le 2ème point…

    En ce qui concerne vos questions (ma vision évidemment) :
    1/ Les banques prêtent bien les DAV (ce qu’il en reste une fois les réserves fractionnaires conservées).
    2/ Les banques font évidemment des prêts sur la base des comptes d’épargne (la différence avec les DAV c’est que les réserves fractionnaires sont plus basses, ce qui est logique car les dépôts sont plus stables)
    3/ sans objet vu ce qui est dit au dessus.

    Je n’ai pas l’impression que mon discours est évolué, je ne suis ni banquier ni dans ce métier mais intéressé par la question.

    Si le débat est sur ex-nihilo ou non, il a certainement dérivé… qu’elle importance qu’elle le créent ex-nihilo ou pas, qu’est que ca change ? Le fait est c’est qu’avec un dépot initial de 100 euros il peut se retrouvé jusqu’à 1000 euros de dépôts (et de dette évidemment, mais les dettes seront remboursées selon un échéancier, alors que les dépôts constituent un pouvoir d’achat immédiat).

  152. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 22:43 @ Greg : la loi ne vous oblige à rien. La loi n’empêche pas à Mr X de dire à sa banque “vous me devez 100 €, à partir de demain vous les devrez à Mr Y.”
  153. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 22:46 @Julien Alexandre,La banque n’ayant que ce client, s’il veut retirer ses 150 euro, il y a un soucis.. La banque est obligé : soit d’emprunter sur le maché interbancaire les 50 Euros qui lui manque, soit si personne ne veut lui préter (comme actuellement) aller voir sa banque centrale et pleurer pour avoir de la base monétaire en échange de la créance sur le boulanger (le prêt de 50 euros).

    En revanche si le boulanger est un fou :) et qu’il a emprunter 50 euros en en ayant 100 pour laisser le tout sur son compte courant, et bien la banque devra garder 10% de cela quelle peut mettre a sa banque centrale (réserves fractionnaire) et prêter le reste sur le marché interbancaire contre intérêt.

  154. Shiva dit :
    10 janvier 2009 à 22:49 @Pierre Lang100$ du billet + 100$ électroniques sur le dav + 50$ électroniques empruntés toujours sur le dav = 250$
  155. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 22:56 @ Bru : merci beaucoup pour vos réponses. Je suis d’accord avec vos 3 points. Dans ce cas-ci, en effet, votre discours n’a pas évolué.Le débat a toujours été de savoir si la monnaie était créée “ex nihilo” ou pas. A partir du moment où vous reconnaissez qu’elle ne l’est pas, vous reconnaissez également que le fait qu’une banque puisse “enregistrer” sur plusieurs comptes un même dépôt initial de 100 € par le mécanisme des réserves fractionnaires ne s’apparente aucunement à de la création monétaire : si 10 personnes viennent retirer les “1000 €” en même temps (on raisonne toujours en circuit fermé hein), le banquier s’enfermera à double tour en panique, avec un petit écriteau sur la porte qui dit “je n’ai que 100 € à vous proposer, partagez les comme vous voulez”.
    Dans la réalité, la banquier dira “pas de problème, j’emprunte les 900 € nécessaires pour vous fournir la liquidité”.

    La banque n’est pas une boulangère. Elle a beau multiplié les promesses de petit pains quand on lui en prête 1, quand les clients veulent en manger 10, elle doit les emprunter à la boulangerie d’à côté.

  156. Pierre Lang dit :
    10 janvier 2009 à 22:56 @Shiva. Non ! Il n’a plus le billet car il l’a remis à la banque!Il semble qu’on va s’accorder sur le fait que le boulanger peut utiliser 150$ pour acheter de la farine au moulin, en payant par transfert bancaire.

    Problème 2 !

    Toutes les banques du monde ont un boulanger dans leur quartier et toutes ces banques sont dans la même situation que celle du problème 1.
    Pour fixer les idées, il y a 1000 banques dans le monde.
    Tous ces boulangers vont dans leur banque respective et déposent un billet de 100$.
    Ensuite, tous les boulangers empruntent 50$.

    Combien y a-t-il de monnaie en circulation en dehors des banques ?
    Combien y a-t-il de monnaie dans les banques ?
    Les banques ont-elles créé de la monnaie ?

    A bientôt !

  157. Moi dit :
    10 janvier 2009 à 23:01 Lorsque vous payez avec votre carte de crédit, certains oublient qu’il y a un transfert d’argent réel (en monnaie fiduciaire) entre banques. Certes, il y a compensation, car si les transferts de la banque A vers la banque B sont de 100 et dans le sens inverse de 50, la banque A ne payera que 50 à la banque B. Mais les 50 en monnaie fiduciaire ont bel et bien changés de main.Un autre cas où l’on oublie le transfert d’argent réel est ici: “Mais pour revenir a un exemple de cas catastrophique, celui de l’Islande, l’état a garantie la totalité des dépôt pour son système bancaire. Ce qui a entraîné une dévaluation très forte de sa devise, mais qui a maintenu l’égalité : monnaie fiduciaire en valeur = monnaie scripturale en valeur. Les deux valant beaucoup moins qu’avant la crise”

    Que s’est-il passé en Islande? Simplement que suite aux pertes de ses banques et vu que l’Etat islandais s’est porté garant, il a dû combler les trous. Et l’Islande a emprunté de l’argent au FMI pour pouvoir le faire et ainsi envoyer des bons dollars en papier aux créanciers (surtout aux anglais, qui se sont vite fâchés tout rouge).

  158. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 23:05 @Julien Alexandrevous dites :

    “ne s’apparente aucunement à de la création monétaire : si 10 personnes viennent retirer les “1000 €” en même temps (on raisonne toujours en circuit fermé hein), le banquier s’enfermera à double tour en panique, avec un petit écriteau sur la porte qui dit “je n’ai que 100 € à vous proposer, partagez les comme vous voulez”.

    Si, il y a création monétaire, car les 1000 euros peuvent être exercé avec succès pour des achats. La monnaie ce n’est pas ce que l’on peut retirer c’est ce avec quoi on peut payer. Et au niveau global le système se comporte comme s’il y avait qu’une seule banque (tous les chèques, les cartes bleues, les virements, s’annulent plus ou moins et restent au niveau scriptural). Les déposants ne peuvent effectivement pas tous retirer leur cash, mais peuvent payer avec leur dépôts comme s’ils l’avaient entre les mains => Création monétaire.

  159. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 23:10 En ce qui concerne la création ex nihilo effectivement ce n’est pas le cas a mon sens. Pour revenir aux définition : ex nihilo : a partir de rien. Les banques créent de la monnaie a partir a minima de certaines conditions et donc pas a partir de rien (la plus évidentes des conditions est d’avoir une demande d’emprunt)
  160. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 23:11 @ Bru : on s’approche :)Non, les 1000 € ne peuvent pas être utilisés pour des achats, car au moment de la compensation inter-bancaire, si la banque A dit à la banque B “regarde ma cocotte, j’ai créé de la monnaie scripturale, tu l’acceptes”, la banque B lui répondra “petite maligne va, je ne suis pas née de la dernière pluie, paie moi en monnaie centrale”.

    La compensation inter-bancaire ne se fait qu’en monnaie centrale, pas en monnaie scripturale.

    Sauf objection de votre part sur ce point, je pense que la boucle est bouclée en ce qui vous concerne :)

  161. Greg dit :
    10 janvier 2009 à 23:11 @Julien Alexandre :
    La loi oblige a utiliser de la monnaie scripturale a partir d’un certain montant, d’un autre coté seule la monnaie fiduciaire a cours légal, je persiste à dire qu’il y a contracdiction.
    Et j’insiste sur ce point pour ceux qui estiment que la monnaie scripturale n’est qu’une reconnaissance de dette et qu’elle ne se rapproche de la monnaie que par sa fonction de média dans l’économie (permettre l’échange de biens).Donc soit :
    1/ La loi estime que dette=monnaie
    2/ La loi oblige au troc (si l’on part du principe qu’une dette n’est pas de la monnaie et qu’utiliser autre chose que de la monnaie dans un échange de bien revient à faire du troc)

    Ps : Je ne penche pour aucune solution ni aucune these pro ou anti ex-nihilo (en ce moment en tout cas :) ), je ne fais que soulever ce qui m’apparait comme une contradiction.

  162. Eminence Thénar dit :
    10 janvier 2009 à 23:18 La création monétaire par le crédit (une approche comptable)Etape 1 : les dépôts font les crédits

    À l’origine, un agent qui déposait 100 francs de monnaie métallique à la banque se voyait ouvrir un compte bancaire
    sur lequel son argent était immédiatement disponible (c’était un engagement pour la banque qui l’inscrivait à droite de
    son bilan, à son passif). En emplois pour la banque (l’actif, à gauche du bilan), se trouvaient les encaisses métalliques
    déposées au coffre.

    Actif Bilan de la Banque Passif
    Encaisses 100 Dépôts 100

    Les banques se sont peu à peu aperçues que leurs encaisses, en temps normal, ne descendaient jamais en dessous d’un
    certain montant. Au milieu du XVIIe siècle, elles ont commencé à prêter une partie des encaisses de leurs clients. Dans
    une situation normale, une banque peut prêter jusqu’à 90 % de ses dépôts, sans grand risque. Il lui suffit de conserver
    les 10 % restants sous forme liquide pour faire face aux retraits prévisibles des déposants. Le système bancaire a ainsi
    évolué vers une couverture partielle de ses engagements à vue.

    Actif Bilan de la Banque Passif
    Encaisses 10 Dépôts 100
    Créances 90

    Dans ce nouveau cas de figure, les déposants pensent avoir 100 francs disponibles à la banque, mais en fait, la banque
    en a prêté 90.
    Bien entendu, si l’ensemble des déposants demande le remboursement de ses dépôts, la banque fait faillite, car elle ne
    peut répondre qu’à 10 % de ces demandes de retrait. Elle possède certes les 90 % restants, mais n’en dispose qu’à
    terme, car, jusqu’à l’échéance de ses prêts, cette somme est immobilisée.

    Etape 2 : Les crédits font les dépôts

    À la fin du XIXe siècle, l’activité bancaire a encore évolué et sont apparus les mécanismes modernes du crédit
    bancaire. Aujourd’hui, une banque ne prête plus des sommes préalablement déposées. Quand un client demande un
    crédit à sa banque, celle-ci lui crédite son compte du montant emprunté (la somme est inscrite en dépôt à vue) en
    échange d’une promesse de remboursement aux échéances prévues par le prêt. La banque inscrit à son actif la créance
    qu’elle a contractée avec son client. Suivant ce mécanisme où la banque crédite le compte du montant du prêt, tout
    crédit donne lieu à la création d’un dépôt, d’où l’expression « les crédits font les dépôts ».

    Supposons qu’il n’existe qu’une seule banque dans l’économie et que celleci accorde un crédit de 100 à une entreprise.
    La banque accorde un crédit à l’entreprise et, en contrepartie, crédite son compte (au passif de son propre bilan) : le
    dépôt à vue de l’entreprise a augmenté du montant du prêt.

    Banque Entreprise
    Créances 100 DAV 100 DAV 100 Dette 100

    La banque inscrit donc simultanément la même somme à l’actif (crédit) et au passif (compte courant) de son bilan.
    Cela constitue l’acte par lequel elle crée de la monnaie. Cette création a lieu également quand la banque achète un actif
    réel (immeuble par exemple), un actif financier (action, obligation, titre de créance négociable) ou des devises. La
    seule différence est que la création monétaire à l’occasion du crédit (ou de l’achat d’un titre de dette) n’est que
    provisoire – quand le crédit, ou la dette, est remboursé, il y a destruction monétaire – alors que dans les autres cas, la
    création monétaire est définitive.

    S. Brana et M. Cazals, La monnaie, coll. Topos, Dunod, 1997

  163. Moi dit :
    10 janvier 2009 à 23:19 @Greg: “La loi oblige a utiliser de la monnaie scripturale a partir d’un certain montant, d’un autre coté seule la monnaie fiduciaire a cours légal, je persiste à dire qu’il y a contracdiction.”Non, il n’y a pas de contradiction. Cette obligation vaut pour le particulier, pour éviter les gros transferts de papier monnaie. Donc vous payez en monnaie scripturale et DERRIERE votre banque fait le transfert réel en papier monnaie vers l’autre banque. Ce système permet de réduire considérablement les transferts en papier monnaie car seul la différence des transferts entre banques change de main et de plus le papier monnaie peut rester dans un lieu central où l’on change juste l’étiquette du propriétaire.
    C’est ainsi qu’une banque peut tomber en faillite en se retrouvant à court de liquidités.
  164. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 23:21 @Julien Alexandre,Non les achats peuvent se faire. C’est ce que j’évoquais en disant que le système se comporte comme une seule banque, car les flux s’annulent en grande partie et seul le solde est payé en monnaie centrale, il y en a beaucoup moins mais assez pour couvrir les soldes des échanges entre banque.

    Exemple en deux banques :
    Les clients de la SG font pour 10 Millions d’euros de chèque a la BNP
    les client de la BNP font pour 10,05 millions d’euros de cartes bleues aux client de la SG

    La BNP donne 50Ke a la sg en monnaie centrale, si elle ne les a pas elle les prend sur le marché interbancaire.

    20 millions d’euro on permis de faire des achats, 50Ke de monnaie centrale on bougés.

  165. Moi dit :
    10 janvier 2009 à 23:26 @Bru: oui, cela pourrait très bien être ainsi. Reste à savoir si cela peut se faire ou si les banques sont tenues d’avoir l’équivalent papier pour toute transaction (dans votre exemple, cela signifie que la BNP doit avoir 10mio en papier et la SG 10,05 mio et cela même si le transfert compensé n’est que de 50K).
  166. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 23:31 @Moi,C’est ainsi.. Et les banques font le solde même pas en billet mais par virement de leur comptes respectifs a leur banque centrale. et oui au passif des Banques centrale on trouve la base monétaire (les pieces/billets) mais également des comptes des banques commerciales qui constituent leur réserves.
  167. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 23:31 @ Bru : vous avez transféré 20 millions de reconnaissance de dette d’une banque à l’autre. Aucune “création monétaire” à l’oeuvre.@ Eminence Thénar : merci pour la précision entre parenthèse au début de votre poste

    La création monétaire par le crédit (une approche comptable)

    Cela m’a évité de devoir lire les 30 lignes en dessous :) A prendre au 2ème degré bien sûr. Un peu d’humour dans ce débat acharné.

    @ Greg : comme l’a dit “Moi” ==> aucune contradiction

  168. Paul Jorion dit :
    10 janvier 2009 à 23:32 @ Eminence Thenar

    La banque inscrit donc simultanément la même somme à l’actif (crédit) et au passif (compte courant) de son bilan. Cela constitue l’acte par lequel elle crée de la monnaie.

    Cette inscription est l’acte comptable par lequel la banque enregistre l’opération. C’est un enregistrement, rien de plus, rien ne peut être créé par un enregistrement : c’est une description qui est exacte ou fausse.

    En linguistique on parlerait de performatif. Un performatif c’est quand celui qui lance la bouteille sur le sous-marin dit : « Je te baptise Nautilus », ou le maire qui dit : « Je vous déclare mari et femme ». Les actes juridiques ont ce pouvoir de créer ce qu’ils décrivent, ils disposent de l’autorité pour le faire. Les inscriptions comptables ne sont pas des performatifs : elles n’ont pas ce pouvoir, elles décrivent ce qui se passe, c’est tout, elles le font bien et elles sont exactes ou elles le font mal et elles sont trompeuses et passibles de la loi.

    Une inscription comptable ne peut rien créer, elle n’a pas l’autorité pour le faire.

  169. Shiva dit :
    10 janvier 2009 à 23:33 @Pierre Lang1) 1 000*150=150 000$
    2) 1 000*100=100 000$
    3) ces banques théoriques oui, mais on a toujours rien prouvé…

    On à une banque qui possède 100$ en fond propres, un boulanger vient emprunter 50$, la banque lui accorde le prêt et lui remet 50$
    La banque n’a plus que 50$ et le boulanger 50$.
    La banque a-t-elle créé de la monnaie ?
    non

    Je crois qu’il faudrait dérouler une procédure de prêt bancaire avec les algorithmes informatiques impliqués dans le processus…

  170. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 23:34 @ Bru : dans la panique des posts à toute vitesse, j’ai écris n’importe quoi en disant “vous avez transféré 20 millions de reconnaissance de dette d’une banque à l’autre”. Ceci est bien entendu faux, je raisonnais dans un cadre fermé (une banque), pas inter-bancaire. Toutes mes excuses!Et donc en réponse à “Moi” : non les banques n’ont pas besoin d’avoir l’équivalent papier pour ce genre de transactions, juste les 50.000 € de monnaie centrale de la banque A vers la banque B.
  171. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 23:37 @ Shiva : la banque peut-elle prêter ses fonds propres?
  172. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 23:38 @Julien AlexandreSi, il y a création monétaire car ni la SG ni la BNP n’ont les 10 Million d’euro (20 au total). Ces dépôts sont de la monnaie scripturale issue de crédit donc créé par les banque commerciale et ils ont permit d’effectuer pour 20 millions d’euro d’achat ce qui renvoi a la définition de la monnaie, les banque elles ont manipuler uniquement 50Ke de base monétaire.
  173. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 23:39 @ Paul Jorion : vous avez eu le courage d’aller au delà de la parenthèse d’Eminence Thénar, moi pas :)
  174. Moi dit :
    10 janvier 2009 à 23:39 @J. A.: donc alors il y a bien création monétaire en ce sens, comme le dit Bru, qu’on a bien acheté pour plus que ce que l’argent papier ne le permettait?
  175. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 23:41 @Julien alexandre,J’ai lu que les banque peuvent prêter leur fond propre *10.

    C’est a dire, qu’a la création de la banque, si elle met 10 euro de capital elle pourrait prêter directement 100 euros. J’aimerai bien avoir la confirmation ou l’infirmation de ce point, j’y crois moyen mais je l’ai lu plusieurs fois..

  176. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 23:41 @ Bru :

    @Julien Alexandre

    Si, il y a création monétaire car ni la SG ni la BNP n’ont les 10 Million d’euro (20 au total). Ces dépôts sont de la monnaie scripturale issue de crédit donc créé par les banque commerciale et ils ont permit d’effectuer pour 20 millions d’euro d’achat ce qui renvoi a la définition de la monnaie, les banque elles ont manipuler uniquement 50Ke de base monétaire.

    Les banques n’ont rien créé. Elles ont simplement échangé les 50.000 € que l’une devait à l’autre. 50.000 € en monnaie fiduciaire créée par la Banque Centrale.

  177. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 23:45 @JASi ce sont elles qui par l’attribution de crédit ont fait monté les dépôts a des montants supérieurs au 50Ke disponible. Et les dépôt on l’a vu permettent les paiement, ils sont donc de la monnaie, de la monnaie scripturale.
  178. Moi dit :
    10 janvier 2009 à 23:45 @J. A.: “Les banques n’ont rien créé.” Ben si, du pouvoir d’achat. Et si on définit la monnaie ainsi… Bon, je suis perplexe là.
  179. Shiva dit :
    10 janvier 2009 à 23:46 @Julien Alexandre
    A mon avis oui
    Elle doivent respecter le ratio de réserves prudentielles de entre 4 et 8% des fonds propres par rapport au risque de crédit.
  180. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 23:46 @ “Moi” :

    @J. A.: donc alors il y a bien création monétaire en ce sens, comme le dit Bru, qu’on a bien acheté pour plus que ce que l’argent papier ne le permettait?

    Relisez bien le cas exposé par Bru ==>

    Les clients de la SG font pour 10 Millions d’euros de chèque a la BNP
    les client de la BNP font pour 10,05 millions d’euros de cartes bleues aux client de la SG

    Il y a une créance de 50.000 €, et cette créance a bien eu pour contrepartie 50.000 € de monnaie fiduciaire.

  181. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 23:49 @JA,Oui mais les client, qui ont fait pour 20 millions d’euro de paiement, avaient cette monnaie puisqu’ils ont payé avec !!!!!!!
  182. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 23:49 @ Bru :

    @Julien alexandre,

    J’ai lu que les banque peuvent prêter leur fond propre *10.

    C’est a dire, qu’a la création de la banque, si elle met 10 euro de capital elle pourrait prêter directement 100 euros. J’aimerai bien avoir la confirmation ou l’infirmation de ce point, j’y crois moyen mais je l’ai lu plusieurs fois..

    Attention à bien comprendre ce que sont les fonds propres d’une banque. Les fonds propres ne sont pas les dépôts. Un lien pour comprendre

  183. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 23:52 @ Shiva :

    Ja : la banque peut-elle prêter ses fonds propres?

    Shiva : @Julien Alexandre A mon avis oui. Elle doivent respecter le ratio de réserves prudentielles de entre 4 et 8% des fonds propres par rapport au risque de crédit.

    Non, la banque peut couvrir certaines pertes temporairement grâce à ses fonds propres, mais en aucune manière les prêter. Un lien pour comprendre

  184. Moi dit :
    10 janvier 2009 à 23:53 @J.A.: oui mais on a acheté pour 20 mio de marchandises.Concernant les fonds propres, oui la banque peut en prêter. Elle doit juste garder 8% de l’argent risqué. Je pense qu’elles prêtent pas mal en fonds propres aussi (outre l’argent des déposants).
  185. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 23:54 je suis parfaitement au courant que les dépot ne sont pas les fond propres qui inclus le capital !!!Sur les dépôt le ratio avec les prets est de fois 10 après une suite de pret/depot qui a chaque itération mais en réserve les réserves fractionnaires.

    Sur ses fonds propres un banque “aurait” directement directement la possibilité d’effectuer un pret de *10.

  186. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 23:55 @ Bru et Moi :

    Moi dit :
    10 janvier 2009 à 23:45
    @J. A.: “Les banques n’ont rien créé.” Ben si, du pouvoir d’achat. Et si on définit la monnaie ainsi… Bon, je suis perplexe là.

    Bru dit :
    10 janvier 2009 à 23:49
    @JA,

    Oui mais les client, qui ont fait pour 20 millions d’euro de paiement, avaient cette monnaie puisqu’ils ont payé avec !!!!!!!

    Du pouvoir d’achat… des moyens de paiement…

  187. Bru dit :
    10 janvier 2009 à 23:56 La monnaie c’est ce qui est accepté comme paiement, pas autre chose.
  188. Julien Alexandre dit :
    10 janvier 2009 à 23:56 @ Shiva : et comme ceci ==> http://www.abb-bvb.be/edu/mod003/fr/tauxint_B_1.html“Moi” regardez le lien pour affiner votre réflexion sur l’utilisation des fonds propres par la banque.
  189. Shiva dit :
    10 janvier 2009 à 23:58 Vu
    ok j’avais mal interprété cette notion de fonds propres. merci.Je refais ma réponse @Pierre Lang

    1) 1 000*150=150 000$
    2) 1 000*100=100 000$
    3) ces banques théoriques oui, mais on a toujours rien prouvé…

    On à une banque emprunte 100$ sur le marché interbancaire, un boulanger vient emprunter 50$, la banque lui accorde le prêt et lui remet 50$
    La banque n’a plus que 50$ et le boulanger 50$.
    La banque a-t-elle créé de la monnaie ?
    non

    Je crois qu’il faudrait dérouler une procédure de prêt bancaire avec les algorithmes informatiques impliqués dans le processus…

  190. Shiva dit :
    11 janvier 2009 à 00:01 Julien Alexandre et les autres
    Je mets votre lien en signet à lire d’urgence et vous souhaite une bonne nuit.
  191. Moi dit :
    11 janvier 2009 à 00:02 @J. A.: Lien très intéressant. Ceci semble dire que ce n’est pas uniquement le différentiel entre banques qui doit exister: “Pour pouvoir prêter de l’argent, la banque doit se procurer les fonds correspondants. ” Autrement dit, dans l’exemple de Bru, cela semble répondre à mon interrogation, il faut que les 20,05mio existent en papier.Concernant les fonds propres, je n’y vois rien qui dirait que la banque ne peut pas prêter ses fonds propres. Cela dit juste qu’elle doit ne pas prêter au moins 8% des fonds risqués, qui sont ses fonds propres. Si elle est fortement capitalisée, je suppose qu’elle va prêter le surplus. A moins que cela ne coûte moins cher de trouver les fonds sur le marché monétaire.
  192. Bru dit :
    11 janvier 2009 à 00:07 @moi,Non les 20 millions ne doivent existé en papier.
    C’est vrai que pour prêter les banques doivent avoir les fonds.
    Un client dépose 100 euros,
    Une fois la réserve fractionnaire faire, La banque en prête 90 a un client qui les dépose dans un autre banque.
    Cette banque met 9 euro en réserve et prete 81 euro a un autre client qui les dépose dans une banque
    et …

    A la fin il y a 1000 euro de dépot et toujours qu’un billet de 100 euros , et pourtant chaque banque qui a prété avait les fonds

  193. Nadine dit :
    11 janvier 2009 à 00:18 @Julien AlexandreC’est un plaisir de vous lire.
  194. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 00:20 @ “Moi” :

    Moi dit :
    11 janvier 2009 à 00:02
    @J. A.: Lien très intéressant. Ceci semble dire que ce n’est pas uniquement le différentiel entre banques qui doit exister: “Pour pouvoir prêter de l’argent, la banque doit se procurer les fonds correspondants. ” Autrement dit, dans l’exemple de Bru, cela semble répondre à mon interrogation, il faut que les 20,05mio existent en papier.

    Concernant les fonds propres, je n’y vois rien qui dirait que la banque ne peut pas prêter ses fonds propres. Cela dit juste qu’elle doit ne pas prêter au moins 8% des fonds risqués, qui sont ses fonds propres. Si elle est fortement capitalisée, je suppose qu’elle va prêter le surplus. A moins que cela ne coûte moins cher de trouver les fonds sur le marché monétaire.

    A plusieurs interlocuteurs en même temps, les réponses vont très vite et la précision/pertinence s’en ressent. Oui, la Banque peut prêter ses fonds propres si les autres moyens préférables ne sont pas mobilisables afin de continuer à fournir du crédit. Attention néanmoins au prêteur des fonds propres : quelle rémunération de ses fonds exige-t-il?

  195. Moi dit :
    11 janvier 2009 à 00:20 @Beu: oui, cela semble convaincant, du pouvoir d’achat est bien créé. Il n’en reste pas moins que si un remboursement fait défaut et qu’un effet domino intervient, ce pouvoir d’achat partira en fumée et que seul celui qui aura en main le billet de 100 euro le gardera intact.
  196. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 00:22 @ Nadine : merci, mais j’atteins mes limites physiques. Il est tard, je suis malade avec de la fièvre, et je commence à peiner dans mon entreprise de fournir des réponses à tour de bras…
  197. Moi dit :
    11 janvier 2009 à 00:24 @J.A. : “Attention néanmoins au prêteur des fonds propres : quelle rémunération de ses fonds exige-t-il?”
    Oui, dans les faits je pense que ce que les actionnaires demandent est plus cher que ce qui serait demandé sur le marché monétaire. Et donc, que cela doit être rare de faire appel aux fonds propres.
  198. Pierre Lang dit :
    11 janvier 2009 à 00:25 @Paul et ShivaLe boulanger a 150$ d’écriture et la banque 100$ de billets +t une dette de 50$ à récupérer + les intérêts de 5$ pour service rendu.

    Donc la banque a créé 50$ de scriptural que le boulanger peut utiliser dans ses investissements.
    Deux ans après, il rend les 50$ à la banque + les 5$ d’intérêt.
    Le boulanger conserve 95$ sur son compte (l’opération lui a coûté 5$)
    La banque a 100$ en billets et 5$ en scriptural (elle a gagné 5$).

    Les 50$ prêtés ont été détruits dans les jeux d’écritures.
    C’est une création de moyen de paiement temporaire.
    Il n’y a donc pas eu (sur le long terme) de création de monnaie.
    La banque a créé de la monnaie scripturale virtuelle qui n’a vécu que le temps de l’emprunt.
    Le décompte final des opérations ne dépend théoriquement pas (mathématiquement) de la somme empruntée ! D’autres paramètres économiques influencent ce qui marche, ce qui krash, ce qui est permis ou interdit, le minimum nécessaire à l’entrepreneur, etc).

    Il est important de tenir compte du temps dans le raisonnement. Plus le taux d’endettement est élevé, plus il faudra de temps pour rembourser et en pousant trop loin le jeu, on risque de compromettre l’avenir à long terme.

    Si les 50$ empruntés par le boulanger lui ont permis de gagner 80$, le PIB a augmenté de 80$ et la BC peut émettre 80$ de monnaie pour tenir compte de cette augmentation du PIB. La croissance, c’est cela. C’est l’emprunt du boulanger et le tour de passe-passe des écritures bancaires qui l’ont permise.

    Avec les valeurs citées cela marche bien et le décompte final des opérations ne dépend pas de la somme empruntée!
    En pratique, il faut introduire des contraites, car les modèles des ingénieurs financiers ne marchent que dans des limites bien déterminée!

    Si les gens font confiance aux banques en ne retirant que le minimum dont ils ont besoin, tout va bien…
    Si la banque prête trop peu, les affaires ne marchent pas.
    Si elle prête trop elles s’effondrent au premier problème conjoncturel et/ou il faudra trop de temps pour rembourser.
    Si le montant des prêts devient trop important, le système peut très bien dérailler dès que des emprunteurs font défaut.

    A+

  199. Moi dit :
    11 janvier 2009 à 00:25 Bon, en tous cas, ce qui est clair c’est que l’argent des DAV est prêté. :)
  200. Bru dit :
    11 janvier 2009 à 00:26 @Moi,on peut effectivement considérer qu’il y a un risque. Mais comme je l’ai dit, des monnaies fiduciaires qui ont finis en désastre en ne valnt plus rien du tout emplissent les livres d’histoire.

    Même le billet de 100 euros comporte un risque. Mais ce dernier comme les dépôts en banques sont acceptés comme paiement ce qui en fait tous deux des monnaies. Le premier est créé par les banque centrale, le 2eme par les banques commerciales

  201. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 00:32 @ “Moi” :

    Moi dit :
    11 janvier 2009 à 00:20
    @Beu: oui, cela semble convaincant, du pouvoir d’achat est bien créé. Il n’en reste pas moins que si un remboursement fait défaut et qu’un effet domino intervient, ce pouvoir d’achat partira en fumée et que seul celui qui aura en main le billet de 100 euro le gardera intact.

    C’est le jeu des chaises musicales : si la banque disparaît, celui qui a le billet dans les mains a gagné. En revanche, si on fait tourner la planche à billet pour sauver la Banque, le possesseur du billet voit les 0 de son billet de 100 s’effacer un à un…

    C’est bien pour cela que Bru rappelle le triste sort de monnaies fiduciaires qui “ont finis en désastre en ne valant plus rien”.

  202. Bru dit :
    11 janvier 2009 à 00:34 @Julien Alexandre,Les monnaies fiduciaire sont des pieces et billets basés sur la “confiance” et non pas les monnaies convertible et encore moins les monnaies scripturales (qui sont l’objet du schisme).
  203. Moi dit :
    11 janvier 2009 à 00:37 Ben au moins on peut se chauffer au papier monnaie (comme en Allemagne dans les années 30). :)
  204. Bru dit :
    11 janvier 2009 à 00:38 Exact,ils n’ont pas eu de problème pour retirer leurs dépots :)
  205. Moi dit :
    11 janvier 2009 à 00:41 Je m’en vais. Ce fut un plaisir de débattre avec des gens comme vous.
  206. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 00:42 @ Bru et “Moi” :Si je vous dis : “les banques commerciales “créent” la monnaie scripturale à condition que celle-ci ait une contrepartie en monnaie fiduciaire?”

    Et si je remplace “créent” par “mettent à disposition”, ça vous choque?

  207. Bru dit :
    11 janvier 2009 à 00:45 @Julien AlexandreUn client dépose 100 euros dans une banque,
    Une fois la réserve fractionnaire faire, La banque en prête 90 a un client qui les dépose dans un autre banque.
    Cette banque met 9 euro en réserve et prete 81 euro a un autre client qui les dépose dans une banque
    et …

    A la fin il y a 1000 euro de dépot et toujours qu’un billet de 100 euros , et pourtant chaque banque qui a prété avait les fonds.

  208. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 00:58 Merci Bru :)Et hop deux petits schémas pour clore le débat :

    L’activité de la banque en tant qu’intermédiaire financier

    J’explicite les 3 types de transformation :

    – “d’échelle” : les petits dépôts sont rassemblés pour offrir de gros crédits.
    – “de terme” : les crédits à moyen ou long terme sont financés par des dépôts à plus court terme
    – “de devise” : les dépôts en € sont convertis en crédits en $ (par exemple)

    La “création” de monnaie scripturale par les banques

    Bonne nuit à toutes et tous

  209. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 01:01 Oups, les balises d’image en html ne sont pas reconnues…Donc premier schéma “L’activité de la banque en tant qu’intermédiaire financier” = http://www.abb-bvb.be/edu/fr/mod001/img/schema_10.gif

    Deuxième schéma “La “création” de monnaie scripturale par les banques” = http://www.abb-bvb.be/edu/fr/mod001/img/schema_monnaie.gif

  210. 2Casa dit :
    11 janvier 2009 à 01:11 @ JAChapeau !
  211. Étienne Chouard dit :
    11 janvier 2009 à 01:35 Chers amis,C’est un cours sur la monnaie que je vous signale ce soir, encore un, mais un cours administré par… la Banque de France elle-même (j’espère que la source vous paraîtra assez fiable pour n’être pas d’emblée jetée aux orties).

    Vous verrez vous-même si la création monétaire dévolue aux banques commerciales est, pour la plus haute autorité monétaire du pays, une sottise, comme vous le prétendez vous.

    J’ai passé deux jours (grippé) à traduire en texte et à relire les 200 pages scannées que m’a transmises Jean ; on bosse, vous voyez, et on va prendre les infos à la source, de l’encrier même de la Banque centrale, on espère que vous ne trouverez pas notre pensée trop aplatie ni nos citations trop courtes.

    Je ne vais pas tout copier ici, ce serait trop long ; pourtant, ce petit livre est passionnant. C’est devenu un gros fichier, que j’ai publié sur mon site, à la fois en images (au format pdf, 18 Mo !) et en texte (au format doc, 4 Mo) avec quelques coups de surligneur, bien sûr…) (il doit rester des coquilles ; on corrigera ça, si besoin est).

    Voici quelques extraits intéressants de ce document émis par la Banque de France en 1978-1980.
    J’ai laissé l’intro avec les définitions de la monnaie parce que ça nous manque un peu ici, je trouve ;-)

    [C’est moi qui souligne. ÉC]

    La Banque de France et la monnaie (1978, 1980)

    Chapitre I : La monnaie

    La monnaie nous est familière, cependant la connaissance que nous en avons est souvent imparfaite. Cette situation n’est pas surprenante car il est naturel que la réflexion ne se porte pas spontanément sur un instrument d’usage quotidien. Au demeurant, les formes de la monnaie sont diverses : billets de banques et pièces métalliques assurent l’essentiel de nos paiements courants tandis que, pour les règlements d’une certaine importance, nous utilisons de plus en plus, au moyen de chèques, virements, avis de prélèvements ou cartes de crédit, les fonds déposés à vue en banque ou à la poste. Enfin, les voyages à l’étranger nous amènent à acquérir les monnaies d’autres pays et si ces opérations de change sont faciles à réaliser nous en saisissons souvent mal les mécanismes.

    Définir la monnaie en analysant ses fonctions et en précisant le fondement de sa valeur, recenser ses formes, indiquer comment s’établissent les rapports entre les monnaies nationales sur les marchés des changes constitueront les trois sections de ce chapitre

    I – Fonctions et fondement de la valeur de la monnaie

    A – Les fonctions de la monnaie

    La monnaie est devenue indispensable dès que les échanges économiques se sont développés. Le troc, qui lie de façon rigoureuse une vente à un achat, limite la circulation des marchandises : la personne qui désire un bien déterminé ne possède pas nécessairement le produit que le vendeur de ce bien veut obtenir en échange. L’intervention de la monnaie permet d’opérer la transaction en la scindant en deux : la marchandise au lieu d’être échangée directement contre un autre produit est négociée contre une certaine quantité de monnaie qui en constitue le prix et avec laquelle le vendeur pourra se procurer les biens qui lui sont nécessaires. Ont lieu successivement une vente, puis un achat. La monnaie joue ainsi un rôle d’intermédiaire dans les échanges.

    De plus, elle simplifie les transactions en servant de commune mesure des valeurs. Il est infiniment plus simple d’évaluer un produit par rapport à un étalon unique que de fixer les relations d’échange de ce produit avec toutes les autres marchandises.

    Enfin, pour être acceptée, la monnaie doit pouvoir servir d’instrument de conservation des valeurs ou, si l’on préfère, d’instrument d’épargne. Il ne faut pas qu’entre le moment où la vente est opérée et celui où le remploi du prix est effectué, la perte de pouvoir d’achat soit trop importante. Sans doute l’expérience montre-t-elle que l’utilisation de la monnaie est compatible avec une forte dépréciation de son pouvoir d’achat ; mais cette détérioration de la valeur de la monnaie entraîne une préférence pour les biens réels qui n’est pas favorable au développement économique : au-delà de certains seuils, variables selon les pays, les vendeurs acceptent avec de plus en plus de réticence de recevoir de la monnaie en paiement, surtout lorsqu’ils n’en ont pas l’emploi immédiat ; on tend ainsi pratiquement à revenir au troc.

    On peut considérer la monnaie comme un bien demandé par tous qui répond au besoin général d’échange des produits ; mais elle est un bien d’une nature un peu particulière dans la mesure où, au contraire des autres biens, son utilité est universelle et non pas spécifique.

    On dit souvent aussi que la monnaie est une créance : elle permet d’acheter toutes les marchandises et sa détention constitue donc un droit sur la production de biens et de services. Mais l’analogie ne doit pas être poussée trop loin ; la monnaie présente en effet des caractéristiques qui ne permettent pas de l’identifier à un engagement conclu entre particuliers. À la différence des créances, elle doit être acceptée par tous — on dit qu’elle a pouvoir libératoire — dans le pays où elle a été émise et sa liquidité est parfaite car elle est immédiatement utilisable.

    B – Le fondement de la valeur de la monnaie

    Les premières monnaies, constituées par des produits faisant l’objet de larges courants d’échange, tiraient leur valeur de leur emploi sous forme de marchandises ; il en a été notamment ainsi pour le bétail ; c’est pourquoi l’on disait autrefois d’un témoin qui se taisait, qu’il avait un bœuf sur la langue pour indiquer qu’il avait été payé. La nécessité d’obtenir à la fois une grande valeur sous un faible volume, une conservation aisée et une homogénéité facilitant la division de la marchandise-étalon conduisit à recourir à des métaux précieux : l’or et l’argent constituèrent pendant longtemps les monnaies les plus courantes.

    Ces métaux circulaient à l’origine sous forme de lingots qui devaient être pesés lors de chaque transaction. Pour éviter cet inconvénient l’habitude se prit d’indiquer par une empreinte sur chaque pièce de métal, le poids et la contenance de métal précieux. Les pouvoirs publics s’assurèrent le privilège de frapper ainsi les pièces : les monnaies métalliques étaient nées.

    Cependant le sceau dont elles étaient revêtues ne faisait foi que dans les limites de la juridiction de l’autorité qui l’avait apposé ; les banquiers, dont le nom dérive du « banc » sur lequel leur activité s’exerçait, échangeaient les unes contre les autres les diverses monnaies en circulation. Leur clientèle prit ainsi l’habitude de leur confier des monnaies contre délivrance d’un reçu. Ces reçus, naturellement moins encombrants que les espèces métalliques, furent utilisés pour opérer des transferts de fonds. A partir du moment où l’usage de les rédiger sous une forme type et de les libeller en sommes « rondes » se répandit, ils prirent le nom de billets de banque.

    Au XIXe siècle, le développement du machinisme fit augmenter à une cadence rapide les biens offerts au public et la demande de monnaie devint plus vive. Les banquiers constatant que les billets de banque émis par eux circulaient comme une véritable monnaie et n’étaient pas tous présentés pour être échangés contre des pièces métalliques, il leur parut possible d’accroître la quantité de moyens de paiement soit en utilisant une partie des espèces métalliques, qui leur étaient confiées, pour consentir des prêts soit, plus simplement encore, en émettant de nouveaux billets théoriquement représentatifs de dépôts métalliques. Il était toutefois nécessaire de conserver une encaisse-or et argent suffisante pour faire face aux demandes éventuelles de remboursement. Afin d’éviter les abus, chaque gouvernement réserva progressivement le privilège de l’émission des billets à une seule banque.

    La monnaie commença ainsi à se détacher de sa base métallique et à devenir fiduciaire, c’est-à-dire à reposer sur la confiance (fiducia en latin) que la convertibilité du papier en espèces métalliques serait à tout moment assurée.

    Toutefois l’évolution se poursuivant, le billet de banque a finalement changé de nature. Il obtint d’abord le Cours légal, c’est-à-dire que son acceptation comme moyen de paiement devint obligatoire, puis il reçut le cours forcé qui dispensait la banque émettrice de le rembourser en or. Il a ainsi perdu sa qualité originelle de billet à ordre pour devenir une monnaie qui s’est substituée aux espèces métalliques d’or et d’argent.

    À côté du billet et toujours sous la pression des demandes de l’économie, se sont développés les règlements par écritures résultant du transfert de soldes créditeurs entre comptes à vue ouverts dans les banques ou établissements assimilés. L’évolution qui a permis aux règlements par écritures de se substituer dans une large mesure aux billets de banque a été analogue à celle qui avait conduit les billets à se substituer à l’or. Le dépôt bancaire représente un droit à recevoir des billets de banque, comme le billet de banque représentait un titre permettant d’obtenir de l’or.

    La monnaie sous toutes ses formes est devenue entièrement fiduciaire. Sa valeur résulte de sa rareté relative et surtout de la confiance que le public accorde aux autorités responsables de sa gestion ; celles-ci s’efforcent de ne pas permettre la mise en circulation de moyens de paiement plus importants que ne l’exigent les besoins de l’activité économique. Ainsi progressivement, la conception nominaliste du fondement de la monnaie l’a emporté sur la conception matérialiste. Cette substitution a permis aux sociétés industrialisées de parcourir une étape importante de leur évolution économique, car le développement des signes monétaires n’aurait pas été compatible avec une conception matérialiste du numéraire.

    Toutefois, en ouvrant d’amples facilités à la création monétaire, les progrès réalisés ont en assez large mesure rendu plus précaire la stabilité du pouvoir d’achat de la monnaie.

    II – Les formes de la monnaie

    II existe deux formes de monnaie : la monnaie dite manuelle, parce qu’elle circule par transfert effectif d’une vignette ou d’un jeton, et la monnaie dite scripturale parce qu’elle est transférée par écritures d’un compte à un autre. La monnaie manuelle est constituée par les monnaies divisionnaires et les billets de la Banque de France, la monnaie scripturale est représentée par l’ensemble des comptes à vue dans les banques, aux chèques postaux et au Trésor.

    En revanche, la quasi-monnaie, qui couvre les dépôts à terme et d’épargne dans les banques, et l’épargne liquide, qui désigne, outre la quasi-monnaie, les avoirs dans les caisses d’épargne et les bons du Trésor sur formules, ne peuvent être utilisées à des paiements sans avoir été au préalable transformées en billets ou en dépôts à vue. Cette transformation est cependant extrêmement aisée ; aussi convient-il de tenir compte de ces avoirs pour déterminer la quantité de monnaie existante ou potentielle.

    A – La monnaie manuelle

    1°) Les billets de banque

    La Banque de France est seule habilitée à émettre des billets de banque qui sont reçus comme monnaie légale. Son intervention se limite au territoire métropolitain. Si les billets qu’elle émet circulent également dans les départements d’outre-mer, leur mise à la disposition du public est assurée dans ces territoires par les instituts qui disposent du privilège d’émission outre-mer.

    La Banque de France doit, indépendamment des considérations relatives au volume global de l’émission qui ressortissent à la politique monétaire, assurer la qualité matérielle des billets en circulation et faire en sorte qu’ils soient des moyens de règlement commodes et sûrs.

    La fabrication des billets met en œuvre un processus industriel complexe. Les signes monétaires qu’il s’agit de produire doivent pouvoir faire face à un usage prolongé ; il faut à la fois garantir leur résistance à l’usure, différencier nettement les divers types de coupures les uns des autres et rendre difficiles les contrefaçons.

    La Banque de France produit elle-même le papier à billets dans son usine de Vic-le-Comte à partir de matières premières sélectionnées. Ce papier se caractérise, entre autres particularités, par son filigrane, dessin visible par transparence dans l’épaisseur des parties blanches des billets. L’impression s’effectue dans les ateliers de Chamalières, près de Clermont-Ferrand, et de Puteaux. La production annuelle dépasse 700 millions de coupures destinées à la France, auxquelles il faut ajouter les fabrications effectuées pour le compte de divers pays étrangers. La finition des billets, extrêmement soignée pour décourager les faussaires, fait appel, pour les coupures d’une valeur supérieure à 10 F, à une surimpression terminale appelée « taille douce » qui donne du relief au recto des coupures en soulignant les principaux traits du dessin par un mince dépôt d’encre noire ou foncée.

    Mais la Banque de France ne délivre pas seulement des billets neufs à ses guichets. Autant que possible, elle réintroduit dans la circulation les coupures déjà utilisées et qui sont revenues dans ses caisses, non sans les avoir triées pour éliminer les billets trop usagés qui sont ensuite détruits.

    II lui arrive aussi, mais plus rarement, de remplacer systématiquement une vignette par une autre. Les anciennes coupures, alors privées de cours légal, ne sont plus acceptées en paiement nulle part mais demeurent échangeables à tous les guichets de la Banque de France, à l’exception de celles qui sont définitivement privées de valeur en application de textes légaux (ordonnance du 30 mai 1945 et loi du 30 janvier 1948).

    La gamme des billets en circulation comprend en 1977 des coupures de 500, 100, 50, et 10 F- Comme on peut le voir dans le tableau ci-contre, en valeur, les deux grosses coupures forment plus de 90 % du total. La Banque de France assure, par l’intermédiaire de ses succursales, une répartition géographique des encaisses adaptée aux besoins des agents économiques.

    Si la circulation des billets continue à croître régulièrement, cette augmentation est cependant proportionnellement moins importante que celle de la monnaie scripturale.

    L’usage du chèque et des autres moyens de règlement par écritures gagne en effet progressivement de nouvelles couches sociales. À la limite, on peut imaginer un système dans lequel tout ce qui est gagné et dépensé par chacun serait immédiatement comptabilisé par un ordinateur, ce qui supprimerait la nécessité d’un support matériel des règlements.

    Cette perspective risque cependant de se trouver compromise par le coût qu’entraînent de telles opérations pour la collectivité, notamment lorsqu’il s’agit de règlements de faible montant.

    Mais si l’importance relative du billet tend à diminuer au profit d’autres moyens de paiement, il conservera longtemps la faveur du public pour les transactions courantes.

    Circulation fiduciaire au 30 juin 1977

    (graphique)

    Les billets en circulation sont inscrits au passif du bilan de la Banque de France, de même que les dépôts qui constituent la monnaie figurent au passif du bilan des banques. Pour les dépôts, cette situation se justifie par le fait qu’ils permettent à qui les détient d’obtenir sur simple demande des billets de la Banque de France ou des transferts dans d’autres banques ou aux chèques postaux. Pour les billets, leur inscription au passif correspond au fait que les porteurs de billets pouvaient autrefois les transformer en or. Cette possibilité a maintenant disparu.

    Si le montant des billets en circulation n’est plus limité par des règles spécifiques — plafond fixé par la loi ou couverture en or — comme il le fut dans le passé à une époque ou ils représentaient une part très importante de l’ensemble des moyens de paiement, la Banque n’émet des billets qu’en contrepartie d’opérations définies par ses statuts : acquisitions d’avoirs en or et devises, concours à l’État, crédits au système bancaire. Cependant l’action des autorités monétaires s’exerce essentiellement au niveau de la masse monétaire globale et n’agit qu’indirectement sur la circulation des billets alors que les variations du comportement du public exercent des effets plus immédiats.

    2″) Les monnaies divisionnaires

    Ces monnaies sont constituées par les pièces métalliques ; celles-ci jouent un rôle d’appoint dans les transactions et comme, autrefois, elles représentaient une fraction de l’unité monétaire elles sont appelées monnaies divisionnaires. Leur raison d’être s’explique par le fait que, dans le cas de petites coupures circulant fréquemment, il convient de préférer au papier le métal qui est plus solide et moins sujet à l’usure.

    Le pouvoir libératoire de ces pièces est limité par la loi, c’est-à-dire que le créancier n’est tenu de les accepter que jusqu’à concurrence d’un montant déterminé. Cette disposition vise à éviter les abus : un débiteur pourrait gêner son créancier en le réglant avec une grande quantité de pièces métalliques.

    La valeur nominale des monnaies divisionnaires, mentionnée sur l’une de leurs faces, est sans rapport avec leur valeur marchande, c’est-à-dire le prix que l’on pourrait en retirer en vendant au poids le métal dont elles sont constituées. Elles sont donc une monnaie fiduciaire. Leur alliage est en effet le plus souvent à base de métaux communs (nickel, cupro-nickel, cupro-aluminium, acier inoxydable). Toutefois, depuis 1960, des pièces de 5, 10 et 50 F ont été frappées en argent mais il est assez remarquable de noter que ces pièces ne se sont jamais intégrées de façon satisfaisante dans la circulation française, le public ayant préféré les thésauriser.

    Les pièces métalliques sont émises par le Trésor ; ceci constitue une survivance de l’époque où les monnaies d’or et d’argent étaient frappées par l’État qui en garantissait l’aloi. L’expérience technique ainsi acquise est maintenant utilisée par l’administration des Monnaies et Médailles qui frappe les pièces pour les livrer à la Banque de France en vue de leur mise en circulation. Celle-ci en règle le montant au Trésor et approvisionne les guichets de son siège et de ses comptoirs. Le public est alors servi en fonction de ses demandes.

    B – La monnaie scripturale

    La monnaie scripturale est constituée par les avoirs en compte à vue dans la plupart des institutions financières. L’expression « à vue » signifie que les avoirs sont disponibles à tout moment au gré de leurs titulaires, soit pour un retrait en billets, soit pour un transfert par chèque ou virement, et peuvent donc être utilisés sans délai pour effectuer des règlements. Cette définition exclut non seulement les comptes à terme mais aussi les comptes sur livrets qui peuvent faire l’objet d’un retrait à vue mais ne sont pas disponibles par chèque ou virement.

    Toutes les institutions financières n’ont pas la faculté de recevoir et de gérer des dépôts à vue. Les règles en vigueur en réservent le privilège :

    – aux banques, y compris les organismes de crédit agricole et de crédit mutuel, ainsi qu’à la Banque de France,

    – aux centres de chèques postaux,

    – aux caisses d’épargne privées,

    – aux comptables du Trésor public.

    En outre, les agents de change et divers organismes financiers gèrent, pour les besoins de leur activité, des comptes de clients, assimilables à des dépôts à vue.

    Des raisons diverses expliquent le développement progressif des dépôts à vue par rapport à la circulation des billets de banque. Parmi celles-ci on doit mentionner :

    – la sécurité offerte par l’usage de la monnaie scripturale, qui présente beaucoup moins de risques de perte ou de vol que les espèces ;

    – la commodité des règlements qu’elle permet, car ceux-ci sont effectués par écritures, sans exiger le déplacement ni du débiteur ni du créancier ;

    – la sûreté de ces règlements, qui, enregistrés dans les comptabilités des organismes financiers, se prêtent à des recherches et à la production de preuves en cas d’erreurs ou de contestations.

    En revanche, les dépôts à vue n’offrent plus l’attrait d’un intérêt. En 1967, le Conseil National du Crédit en a interdit la rémunération — que les centres de chèques postaux n’avaient d’ailleurs, en ce qui les concerne, jamais consentie — voulant ainsi encourager l’accroissement de l’épargne liquide ou à court terme.

    Il faut se garder de confondre la monnaie scripturale avec les instruments qui permettent de la faire circuler et qui ne jouent, dans les règlements, qu’un rôle de support, tels le chèque et le virement.

    Tous les règlements scripturaux ont la même base : l’ordre donné par le titulaire du compte au gestionnaire de son dépôt de remettre des fonds à une personne déterminée, qui peut d’ailleurs être le titulaire du compte lui-même s’il s’agit, par exemple, d’un retrait de billets. Cet ordre est transmis par des instruments divers.

    Certains sont émis par le débiteur tels le chèque, le virement et le chèque postal. D’autres, qui sont de création plus récente, supposent l’intervention du créancier tels l’avis de prélèvement et le titre universel de paiement.

    L’avis de prélèvement est un procédé de recouvrement des créances. Il repose sur une autorisation donnée une fois pour toutes par le titulaire d’un compte à son banquier de régler le créancier au vu d’un avis émis par celui-ci en représentation de sommes dues. L’avis de prélèvement est utilisé par certains créanciers, Électricité de France, Service du téléphone par exemple, que leur activité conduit à procéder à des recouvrements périodiques auprès de très nombreux débiteurs.

    Complétant l’avis de prélèvement un nouveau système de règlement est apparu au cours de ces dernières années : le titre universel de paiement (T.U.P.). Né d’une idée qui avait été utilisée pour le recouvrement de primes d’assurance, le T.U.P. a été lancé en 1972 dans le secteur postal ; il a été admis par les banques à compter du 1er mars 1977.

    Le T.U.P. est émis par des sociétés ayant de très nombreux règlements à recevoir et dont les débiteurs ont refusé le blanc-seing indispensable dans le système de l’avis de prélèvement. Il revêt la forme d’un imprimé sur lequel le créancier marque, au moyen d’une imprimante d’ordinateur, les caractéristiques et les références du paiement, ainsi que, s’il en a connaissance, le numéro de compte du débiteur et la domiciliation bancaire.

    L’intérêt du T.U.P. pour le débiteur est de disposer d’une formule de règlement déjà remplie sur laquelle il n’a qu’à apposer sa signature et, si elle n’y figure pas déjà, l’indication du compte à débiter ; il est donc dispensé de transcrire les mentions de référence de son règlement. L’avantage procuré à l’entreprise créancière est de recevoir une bande magnétique descriptive des règlements, directement exploitable en ordinateur. Le T.U.P. n’impose pas l’usage d’un compte, puisqu’il peut être utilisé comme mandat postal.

    Enfin, la carte de crédit, dont l’usage tend actuellement à se répandre, aboutit à un prélèvement au compte du titulaire de cette carte par l’intermédiaire des banquiers de ses fournisseurs.

    Par ailleurs, bien qu’ils servent d’abord de supports au crédit comme en témoigne le fait qu’ils comportent un terme de paiement, la lettre de change et le billet à ordre constituent des instruments de transferts scripturaux ; l’une et l’autre sont en effet habituellement présentés pour règlement par écritures à la banque du débiteur au moment de leur«échéance» c’est-à-dire à la date fixée pour le paiement.

    Quels que soient les instruments utilisés, les règlements scripturaux entraînent une énorme masse de transferts entre les institutions financières. Il arrive que le débiteur et le créancier aient leur compte dans le même établissement ; mais ce n’est pas le cas le plus fréquent. Dans toutes les villes de quelque importance, les représentants des organismes financiers se rencontrent donc chaque jour ouvrable pour confronter leurs créances et leurs dettes respectives au sein d’une centrale de règlements, appelée « chambre de compensation » et apurent les soldes dégagés, en faveur ou à la charge de chacun, par l’intermédiaire de la Banque de France, où ils ont eux-mêmes des comptes. Ainsi, la Banque de France se situe au centre des échanges de monnaie scripturale et apparaît comme la Banque des banques. C’est d’ailleurs la Banque de France qui organise et dirige la « compensation » dans les villes où elle est établie, sauf à Paris où existe une institution spéciale créée à cet effet et placée sous la responsabilité des différents participants.

    De même la Banque assure la gestion de l’« ordinateur de compensation », système d’échange interbancaire des opérations transcrites sur bandes magnétiques (cf. page 118).

    C – Les disponibilités quasi monétaires et la masse monétaire

    Les dépôts bancaires qui ne sont pas immédiatement utilisables dans un règlement ne peuvent être au sens strict considérés comme de la monnaie. On peut toutefois, en cas de besoin, les transformer aisément en monnaie sans perte de capital. Aussi faut-il en tenir compte dans l’élaboration de la politique monétaire presqu’au même titre que la monnaie. On les qualifie généralement de « quasi-monnaie » ou, dans le langage des techniciens de « disponibilités quasi monétaires » pour les distinguer des « disponibilités monétaires » proprement dites.

    Ces avoirs consistent en deux catégories de dépôts gérés par les banques et accessoirement par le Trésor public :
    – les « comptes sur livrets », les plus proches de la monnaie, recouvrent des avoirs qui sont en fait remboursables à vue mais ne peuvent être utilisés par chèques, le déposant devant, en principe, effectuer lui-même le retrait en billets lorsqu’il désire employer ses fonds. Aussi les comptes sur livrets sont-ils considérés comme comptes d’épargne et assortis d’un intérêt. Ils tirent leur nom du livret remis au titulaire du compte et sur lequel s’inscrivent toutes les opérations. Parmi les comptes sur livrets, il est d’usage de classer à part ceux qui recueillent l’épargne logement, qui bénéficient d’un régime de rémunération particulièrement favorable, en raison des avantages accordés par l’État (exonération fiscale et prime), et qui permettent d’obtenir à des taux préférentiels des prêts pour l’habitation ;

    – les « dépôts à terme » sont bloqués dans les banques par convention pour une durée déterminée, généralement assez courte, un mois, trois mois, six mois ou un an par exemple. Ils offrent des avantages à la fois pour les établissements dépositaires, qui sont assurés en principe de conserver les fonds jusqu’à l’expiration du contrat et pour les déposants qui perçoivent un intérêt en contrepartie de l’abandon temporaire de leurs disponibilités. Les « bons de caisse » ont les mêmes caractéristiques mais, au lieu d’être simplement inscrits sur les livres des banques, ils sont représentés par un titre au porteur ou à ordre remis aux déposants.

    Les composantes de la masse monétaire (en milliards de francs)

    (graphique)

    L’ensemble des disponibilités monétaires et des disponibilités quasi monétaires forme la « masse monétaire » entendue dans un sens large. La monnaie manuelle et les dépôts à vue représentaient à fin 1976 53 % de la masse monétaire, la quasi-monnaie en constituant le solde, soit 47 %. On doit noter que dix ans auparavant, soit fin 1966, les proportions respectives étaient de 82 % et 18 %. La quasi-monnaie se développe ainsi à une cadence particulièrement rapide. Le versement d’un intérêt sur les dépôts quasi monétaires n’est évidemment pas étranger à cette évolution dont il convient de se féliciter dans la mesure où elle ralentit la vitesse de circulation du numéraire et, par suite, les pressions inflationnistes, mais il ne faut pas oublier qu’elle traduit aussi une réticence à l’égard des placements financiers plus longs.

    D – Les placements liquides ou à court terme et l’ensemble des liquidités

    Les disponibilités monétaires et quasi monétaires ne comprennent pas certains avoirs qui, bien qu’ils ne soient pas gérés par des établissements dépositaires de comptes à vue, sont également susceptibles d’être transformés rapidement en monnaie. Ce sont les dépôts dans les caisses d’épargne, très proches par leurs caractéristiques des comptes sur livrets ouverts auprès des banques, les bons du Trésor — titres représentatifs d’emprunts à court terme du Trésor— et les bons des groupements régionaux d’épargne et de prévoyance, ces deux sortes de bons étant peu différents des « bons de caisse » bancaires. Ainsi, on peut se demander pourquoi on a fixé à la masse monétaire des frontières qui semblent quelque peu artificielles.

    En réalité, la délimitation de la masse monétaire, telle qu’elle est faite en France, répond à des considérations pratiques. Elle retient, avec la monnaie fiduciaire et la monnaie scripturale proprement dite, les éléments quasi monétaires gérés par des organismes, banques et accessoirement Trésor, qui reçoivent en même temps des dépôts à vue et sont dotés du pouvoir de créer de la monnaie.

    Il est possible d’établir pour ces organismes un tableau analogue à un bilan, relativement simple, faisant apparaître, d’un côté les sources de formation de la monnaie, appelées contreparties de la masse monétaire (or et devises, créances sur le Trésor public, concours à l’économie) et, de l’autre côté, la masse monétaire résultant de cette formation (cf. notice méthodologique sur les statistiques publiées par le Conseil National du Crédit figurant en annexe 3).

    Les autorités monétaires ne se désintéressent pas pour autant des liquidités détenues par le public, et qui ne sont pas incluses dans la masse monétaire ainsi définie. Elles les recensent et en suivent l’évolution. Bien plus, pour marquer les similitudes entre les disponibilités quasi monétaires d’une part, les comptes sur livrets des caisses d’épargne, les bons des groupements régionaux d’épargne et de prévoyance et les bons du Trésor d’autre part, le Conseil National du Crédit regroupe les unes et les autres sous le concept de « placements liquides ou à court terme ». Ce concept recouvre donc, à la fois des éléments de la masse monétaire et des éléments extérieurs à cette masse. On obtient, ainsi, le total des avoirs non monétaires susceptibles de se transformer en monnaie dans un laps de temps relativement court et qui représentent, de ce fait, un pouvoir d’achat « potentiel » utilisable dans un délai assez bref.

    Pour récapituler ces définitions on peut présenter les diverses composantes de l’ensemble des liquidités de l’économie selon le schéma suivant :

    Liquidités de l’économie à fin 1976 (M3) (en milliards de francs)

    (graphique)

    La masse monétaire représente, selon le point de vue adopté :

    – le montant cumulé des encaisses détenues par les particuliers et les entreprises.

    – l’ensemble des instruments de paiement créés par les banques, la Banque centrale et le Trésor et figurant au passif dans la comptabilité de ces institutions.

    Il est évidemment beaucoup plus simple de recenser quelques postes des passifs des institutions financières — relativement peu nombreuses et qui tiennent une comptabilité précise de leurs opérations — que de récapituler les encaisses de tous les agents économiques qui ne sont pas d’ailleurs toujours au fait de la consistance de leurs avoirs-

    S’il existe ainsi deux approches différentes de la masse monétaire, il reste — et ceci est fondamental — que les avoirs ou les créances monétaires des divers agents économiques ne sont pas autre chose que les engagements ou les dettes monétaires des institutions ou des établissements créateurs de monnaie. Il s’agit d’une seule et même réalité qui ne diffère que par l’aspect sous lequel on la considère.

    (…)

    Chapitre II : La création monétaire

    [Rappel : source = document officiel de la Banque de France. ÉC]

    La création monétaire s’effectuait traditionnellement par l’intermédiaire d’opérations de crédit bancaire consistant à transformer des créances en moyens de paiement. Ce phénomène de monétisation des créances apparaît encore de façon parfaitement claire lorsqu’il est réalisé par l’escompte d’une lettre de change — ou traite — tirée, par exemple, à l’occasion d’une vente, par un industriel sur un commerçant en gros. L’industriel qui a besoin de monnaie cède la lettre de change à son banquier qui le crédite en compte de son montant, déduction faite d’intérêts.

    Actuellement la prédominance de l’escompte commercial a disparu, les banques préférant, pour des raisons de simplicité et d’économie, financer un ensemble de besoins plutôt que des opérations particulières. II n’en reste pas moins que, ce faisant, elles continuent à anticiper des rentrées de fonds dont elles versent aux créanciers une fraction plus ou moins importante.

    La monnaie ainsi créée est résorbée quand le débiteur principal fait face à ses engagements. La création monétaire se développe cependant car la progression de l’activité économique détermine un accroissement continuel du montant des concours accordés.

    <b<Les organismes créateurs de monnaie sont les banques, le Trésor public et la Banque de France. Les développements qui suivent s’attachent à définir les rôles respectifs de ces divers organismes ainsi que celui d’institutions financières qui, sans créer à proprement parler de la monnaie, participent cependant au processus d’expansion monétaire. Le problème de la responsabilité de la création monétaire sera enfin évoqué.

    I – Les banques

    A – Leur pouvoir de création monétaire

    Contrairement à une idée encore trop répandue, la fonction des banques consiste beaucoup moins à collecter des dépôts dans le public qu’à créer de la monnaie au profit des entreprises, des particuliers et de l’État.

    [Vous n’avez pas bien lu, je crois. Relisez, s’il vous plaît… Qui parle, déjà ? Un sélénite ? non, non … ÉC]

    Une banque pourrait même créer indéfiniment de la monnaie si les crédits qu’elle consentait servaient à régler des particuliers ou des entreprises ayant un compte chez elle. Le crédit accordé, inscrit à l’actif du bilan de la banque au fur et à mesure de son utilisation, a alors pour contrepartie l’augmentation, au passif, des disponibilités de la clientèle.

    Cette hypothèse extrême semble, à première vue, un peu caricaturale ; elle est cependant proche de la réalité si l’on considère l’ensemble du système bancaire car une très large part des paiements s’effectue bien en créditant des comptes bancaires.

    Il reste que, dans les faits, existent deux limitations.

    – La première provient des transferts de fonds opérés lors de la création monétaire. Les comptes des bénéficiaires des règlements opérés par l’emprunteur seront parfois situés dans la banque qui a accordé le crédit mais, le plus souvent, ils le seront dans d’autres établissements.

    – La seconde limitation provient de la transformation en billets de banque d’une partie de la monnaie créée. Le public, conformément à ses habitudes de règlement, maintient, du moins à court terme, un rapport relativement stable entre la monnaie qu’il confie aux banques et celle qu’il conserve en billets. Si la monnaie additionnelle est généralement créée sous forme de dépôts, le comportement du public tend à rétablir rapidement la répartition habituelle entre billets et dépôts.

    Ces deux limitations n’ont pas la même portée. La première comporte une contrepartie : si la création monétaire d’une banque entraîne des transferts vers d’autres banques, les opérations de crédit réalisées par ces dernières provoquent un flux de sens opposé. Néanmoins, pour une banque déterminée, il n’y a pas nécessairement égalité entre les fonds reçus des autres banques et les virements qu’elle doit effectuer à leur profit, ce qui peut poser un problème de trésorerie. Mais si, au lieu de considérer une seule banque, on prend en compte l’ensemble du système bancaire, la limitation se borne aux transferts réciproques avec les chèques postaux ou le Trésor public et elle n’a guère d’effet contraignant ; parfois même la trésorerie bancaire est, au contraire, alimentée par des fonds originaires du secteur public. Tel est notamment le cas lorsqu’un déficit budgétaire est couvert par un concours direct de la Banque de France à l’État.

    Il en va autrement pour les billets que seule la Banque centrale émet et que les banques doivent se procurer auprès d’elle en lui cédant certains actifs. À la contrainte exercée sur les banques par les prélèvements en billets s’ajoute l’obligation, qui sera évoquée ultérieurement, de constituer des avoirs en compte à la Banque centrale.

    B – Les opérations bancaires

    La création monétaire par les banques se réalise par trois voies principales : les crédits aux entreprises et aux particuliers, les concours à l’État, les achats de devises étrangères. Dans les deux premiers cas il s’agit de création monétaire interne directe par le crédit, dans le troisième de la transformation en moyens de paiement intérieurs de créances monétaires sur l’étranger.

    1°) Les crédits aux entreprises et particuliers

    Autrefois les crédits aux entreprises distribués par les banques étaient essentiellement des crédits à court terme, les établissements de crédit s’attachant à ne pas immobiliser les fonds qui leur étaient confiés à vue et à brève échéance. Ces crédits à court terme qui représentent encore à l’heure actuelle une large part des opérations bancaires, prennent la forme d’avances garanties, de découverts, d’escomptes commerciaux… ; ils sont principalement destinés à financer le fonds de roulement des entreprises.

    Cependant, les apports du marché financier s’étant révélés insuffisants pour faire face aux besoins d’équipement de l’économie, les banques ont été amenées à financer les investissements par l’octroi de crédits à moyen et même à long terme.

    Pour sauvegarder la liquidité des emplois, c’est-à-dire pour que les banques soient en mesure de restituer les fonds reçus lorsque les déposants demandent à les retirer, ces crédits ont d’abord été assortis de facilités de refinancement. Ceci signifie que les créances des banques sur les emprunteurs, représentées par des lettres de change ou des billets à ordre, peuvent, sous certaines conditions, être cédées à des institutions telles que le Crédit National ou le Crédit Foncier qui les renégocient à leur tour, si cela est nécessaire, auprès de la Banque de France.

    Puis les banques commerciales ont peu à peu pris conscience que les fonds déposés par leur clientèle présentent globalement une assez grande stabilité. L’octroi de crédits longs en contrepartie de ressources à vue ne comporte pas de risque réel d’immobilisation des fonds lorsque l’établissement qui procède à cette « transformation » possède une certaine taille et que l’importance de sa clientèle de déposants le garantit contre les diminutions accidentelles de ses ressources. Au demeurant, le risque d’un retrait important devient de plus en plus improbable à mesure que la part relative de la monnaie manuelle (billets et pièces) décroît au bénéfice de la monnaie scripturale gérée par les banques. Au surplus, celles-ci bénéficient d’une consolidation partielle de leurs ressources liée à l’expansion des dépôts à terme et d’épargne.

    L’exigence de liquidité se trouve ainsi atténuée et les banques interviennent de plus en plus largement à moyen et long terme, en se préoccupant moins qu’autrefois du caractère mobilisable de leurs concours. C’est ainsi notamment qu’elles ont développé de façon considérable leurs opérations de crédit destinées à permettre à des personnes physiques d’acquérir des logements nouvellement ou anciennement construits. L’importance relative de chaque opération et la durée des concours font que ces crédits ont pris une place non négligeable dans les emplois des banques.

    Par ailleurs, les autres prêts aux particuliers se sont aussi fortement accrus pendant ces dernières années sans prendre toutefois une expansion comparable à celle qu’ils connaissent aux États-Unis.

    Certains de ces prêts sont consentis pour les besoins de l’activité professionnelle. Les progrès de la technique ont en effet permis aux producteurs individuels de disposer d’un matériel perfectionné auquel renchérissement du coût de la main-d’œuvre les a d’ailleurs incités à recourir. Ainsi les agriculteurs et les entreprises de caractère artisanal ont-ils accru le nombre des demandeurs de crédit. Il en est de même des professions libérales dans la mesure où elles ont été conduites à faire bénéficier leur clientèle de services qui exigent un équipement moderne de coût relativement élevé.

    Parallèlement la production en grande série de biens de consommation durables (automobiles, télévisions, machines à laver,…) a conduit les banques à consentir des crédits finançant la vente à tempérament de ces biens. Ces crédits permettent aux particuliers de se porter acquéreurs sans avoir constitué une épargne préalable égale à la valeur de la marchandise à acquérir.

    En outre, l’élévation générale du niveau de vie et l’abondance des biens de toutes natures ont multiplié les incitations à la consommation des ménages, les banques françaises, suivant l’exemple américain, ont alors accordé des prêts personnels qui sont des concours à court terme mais sans affectation nettement définie.

    On doit reconnaître que, lorsque la durée du crédit dépasse un an ou lorsque l’opération financée n’est pas nettement définie, la notion de monétisation de créance, sans disparaître complètement, tend à s’estomper. Le banquier n’escompte plus une rentrée de fonds déterminée, il anticipe seulement sur les revenus ultérieurs de sa clientèle.

    La tendance à la généralisation de cette attitude témoigne que les banques sont de mieux en mieux assurées de leur pouvoir de création monétaire et rend d’autant plus nécessaire l’action modératrice et coordinatrice des autorités de tutelle.

    2°) Les concours à l’État

    Les concours des banques à l’État prennent la forme d’achats d’effets publics réalisés pour l’essentiel directement auprès du Trésor public. L’État, selon ses besoins, peut pratiquer une politique d’émission permanente de ces valeurs ou procéder à des adjudications. Les bons du Trésor acquis par les banques ne sont pas matériellement créés mais font simplement l’objet d’une inscription en compte. Ils sont négociables entre banques et auprès de la Banque de France.

    Les banques peuvent aussi participer indirectement au financement du Trésor en procédant à l’escompte de bons du Trésor présentés par leur clientèle, mais ces opérations n’ont qu’une faible importance.

    Il existe une certaine interdépendance entre les concours à l’État et les concours à l’économie. L’État pratique d’ailleurs parfois une politique systématique de déficit budgétaire pour soutenir l’activité. Dans ce cas, ses dépenses, au lieu d’être couvertes intégralement par l’impôt, le sont aussi par l’emprunt et les concours bancaires. Les commandes publiques stimulent l’activité des entreprises et contribuent par là à améliorer leur situation financière.

    En période exceptionnelle, en temps de guerre ou de forte relance conjoncturelle, les dépenses du secteur public s’amplifient au point que la trésorerie des entreprises est largement alimentée par les règlements de l’État. Dans ces conditions, la totalité de la création monétaire peut, à la limite, avoir pour seule contrepartie l’augmentation des concours au Trésor.

    3°) Les achats de devises étrangères

    Les banques, par l’intermédiaire desquelles les négociations s’opèrent sur les marchés de change, cèdent sur ces marchés les devises étrangères — c’est-à-dire des avoirs en compte dans les banques étrangères —- des exportateurs ainsi que des bénéficiaires de créances sur l’étranger qui doivent transformer leurs avoirs en francs. Inversement elles procurent à leur clientèle les devises étrangères nécessaires pour opérer des règlements hors du territoire national. Lorsque les offres de devises l’emportent sur les demandes, les cours des monnaies étrangères baissent jusqu’au point d’équilibre entre offres et demandes, à moins que le solde résiduel ne soit acquis par le Fonds de Stabilisation des Changes que la Banque de France gère pour le compte du Trésor public et dont elle assure la trésorerie en francs (Cf. page 102).

    Par ses interventions sur le marché des changes, le Fonds de Stabilisation transforme ainsi en monnaie nationale des créances en devises étrangères excédentaires ou à l’inverse fournit au marché des devises étrangères en échange de monnaie nationale.

    Par ses achats de devises le Fonds de Stabilisation élargit donc les trésoreries en francs des entreprises, dont le recours au crédit bancaire interne diminue d’autant. En revanche, ses interventions à la vente de devises tendent à réduire les liquidités internes.

    Ainsi, le solde de la balance des paiements peut, par son sens, positif ou négatif, et par son ampleur, exercer une influence plus ou moins importante sur la liquidité de l’économie.

    En définitive les trois voies par lesquelles les banques créent de la monnaie (crédits aux entreprises ou aux particuliers, concours à l’État, achat de devises étrangères) ne doivent pas être considérées isolément. La création monétaire progresse en général assez régulièrement en fonction du développement de l’activité économique, mais l’importance relative de ses différentes sources peut connaître des fluctuations de très grande ampleur, ce qui pose naturellement un problème pour la conduite de la politique monétaire.

    Évolution des principales contreparties de la masse monétaire (à l’exclusion des divers)

    (graphique où les concours à l’économie (les crédits) représentent toujours la presque totalité des contreparties de la masse monétaire)

    II – Le trésor public

    Pour être moins important que celui des banques le rôle de création monétaire du Trésor public n’est cependant pas négligeable.

    Sans doute convient-il de ne pas oublier que, comme il a été indiqué au chapitre précédent, le Trésor public a le privilège de la frappe des monnaies divisionnaires. Mais le pouvoir de création monétaire qu’il détient à ce titre est limité, ces opérations ne portant que sur des montants assez faibles.

    En revanche, le Trésor public participe directement à la création monétaire et pour des montants appréciables au moyen d’institutions telles que les comptes courants postaux et les fonds particuliers (comptes tenus sur les livres du Trésor). Le rôle monétaire de ces comptes résulte de ce que, comme les dépôts bancaires, ils sont utilisables dans les paiements courants. La création monétaire par le Trésor se réalise comme suit.

    Dans de nombreux cas, le Trésor public paye ses fonctionnaires, verse des pensions et règle ses dépenses en créditant les comptes dont il assume lui-même la gestion. Lorsque le Trésor règle une dette en créditant un compte courant postal ou « un compte de fonds particuliers », c’est-à-dire un compte ouvert auprès d’un comptable public (receveur du Trésor ou percepteur), il n’a pas à constituer de provision préalable : la création monétaire est liée à la gestion des comptes à vue. L’opération ne pose un problème de trésorerie à l’État que lorsque les titulaires de comptes courants postaux et de fonds particuliers demandent un transfert de leurs avoirs hors de ces circuits ou un retrait sous forme de billets.

    Mais, d’une manière générale, les bénéficiaires de ces règlements du Trésor ne demandent pas le virement immédiat à un compte dans une banque de la totalité de leurs avoirs aux C.C.P. ou n’opèrent pas un retrait total en billets. En outre, — de nombreux particuliers et entreprises désirant bénéficier des facilités de transfert que procure la Poste, se font ouvrir des comptes à vue auprès d’elle, même s’ils ne s’attendent pas à recevoir des paiements de l’État. Il résulte de cette situation des transferts complexes entre la monnaie bancaire et la monnaie postale. L’État, dont la trésorerie est en symbiose avec celle des P.T.T., bénéficie de l’accroissement annuel du solde des dépôts et la politique de règlement des dépenses publiques en favorise le développement.

    III – La banque de France

    D’une façon générale, les banques centrales ne créent plus beaucoup de monnaie ; ceci tient au fait qu’elles n’accordent pas directement des crédits aux entreprises et aux particuliers et qu’une grande part des concours bancaires accordés à l’État est initialement consentie par les banques commerciales. C’est pourquoi d’ailleurs l’appellation « banque centrale », c’est-à-dire « banque des banques », tend de plus en plus à l’emporter sur celle d’Institut d’émission.

    [Là aussi, vous devriez relire, non ? ÉC]

    La Banque de France ne crée de la monnaie que lorsqu’elle consent des avances directes à l’État, effectue des avances sur titres au profit d’emprunteurs privés, accorde des concours à des organismes financiers qui ne gèrent pas de comptes à vue, ou lorsqu’elle achète des devises étrangères directement à des entreprises, à des particuliers ou à l’État.

    Les avances directes au Trésor constituent la voie la plus importante de la création monétaire effectuée en propre par la Banque de France ; en effet, bien que le montant de ces avances n’ait en moyenne pas augmenté depuis fort longtemps, les fluctuations des besoins de financement du Trésor entraînent en cours d’année d’importantes variations, qui constituent autant d’opérations de création puis de destruction monétaire. Comme on le verra ultérieurement, le législateur est intervenu pour fixer les limites et les modalités de ces avances.

    Les avances sur titres, qui connurent un grand succès au 19*’ siècle, ont vu leur importance décroître et elles ne jouent plus qu’un rôle marginal dans la création monétaire.

    Les concours à des organismes qui ne gèrent pas de dépôts, sont assez rares et ont, en général, peu d’ampleur. Toutefois le refinancement des prêts spéciaux à la construction consentis dans le cadre de la loi de 1950 par le Comptoir des Entrepreneurs et le Crédit Foncier de France atteignait il y a quelques années un montant relativement élevé. On peut aussi mentionner les concours que la Banque de France consent éventuellement à des établissements financiers spécialisés dans le financement des ventes à tempérament bien que l’importance de ces opérations soit faible.

    Les achats directs de devises étrangères à des particuliers (touristes étrangers par exemple) ou à des institutions diverses sont eux aussi peu élevés et ne représentent qu’une faible fraction du total’ des opérations de change traitées par l’Institut d’émission.

    Il n’en reste pas moins que la Banque de France émet deux sortes de monnaies indispensables au processus de création monétaire :

    – il s’agit, d’une part, on l’a vu, des billets de banques qu’elle remet aux banques qui, à leur tour, les délivrant aux entreprises et aux particuliers, sans d’ailleurs qu’il y ait, à proprement parler, de création monétaire, puisque ce sont des avoirs en compte des banques sur les livres de la Banque de France, puis des particuliers ou des entreprises sur les livres des banques, qui sont transformés en billets.

    – il s’agit, d’autre part, de la monnaie scripturale constituée par les soldes créditeurs des banques et des autres intermédiaires financiers sur les livres de la Banque centrale ; contrairement aux composantes de la masse monétaire, cette monnaie « centrale » ne sert qu’aux règlements interbancaires et n’intervient pas dans le circuit normal des échanges ; cependant, son aptitude à se transformer en toute autre forme de monnaie en fait l’instrument indispensable à la convertibilité de toutes les autres catégories de monnaies entre elles.

    L’action de la Banque de France s’exerce donc essentiellement pour faciliter et contrôler la création monétaire des banques, la Banque centrale étant le point de passage obligé de divers mouvements de fonds :

    – parce qu’elle gère les réserves de change du pays, les banques doivent s’adresser à elle pour s’approvisionner en devises ou transformer leurs devises en francs, lorsque l’équilibre du marché des changes requiert ses interventions ;

    – dans le cadre de l’aide apportée à la trésorerie publique, la Banque de France recouvre pour le compte du Trésor, les chèques créés par les contribuables ou les avis de prélèvement émis par le Trésor ; inversement les règlements du Trésor public à destination du système bancaire passent aussi par l’intermédiaire de la Banque centrale ;

    – les mouvements de fonds entre banques s’opèrent par transferts de compte à compte auprès de l’Institut d’émission du solde résultant de la compensation entre créances et dettes réciproques.

    Par ailleurs, ainsi qu’il a déjà été exposé, les banques n’ont pas l’entière liberté de développer leurs opérations de crédit car l’augmentation de la monnaie scripturale entraîne, en raison des habitudes de règlement du public, un accroissement des billets de banque en circulation dont la Banque de France a le privilège d’émission. Sans doute l’importance des billets dans la masse des moyens de paiement a-t-elle tendance à décroître ce qui réduit à due concurrence la base d’action de la Banque centrale.

    Mais les autorités monétaires peuvent, si elles le jugent utile, augmenter la quantité de « monnaie centrale » nécessaire aux banques en les obligeant à maintenir sur les livres de l’Institut d’émission un montant minimum d’avoirs en comptes dont l’importance est fonction du volume des dépôts de l’établissement assujetti ou de celui des crédits qu’il a accordés. C’est sur ce principe que repose le système des réserves obligatoires dont le fonctionnement sera analysé plus en détail lors de l’étude des mécanismes de la politique du crédit.

    IV – Les institutions financières

    Les banques ne sont pas les seuls organismes à consentir du crédit. À côté d’elles interviennent les établissements financiers dont l’activité facilite les ventes à tempérament, la construction ou le crédit bail, et qui se procurent leurs moyens de financement auprès des banques dont ils sont, dans bien des cas, les filiales. Le crédit est distribué également par d’autres institutions, qui trouvent leurs ressources sur le marché financier, mais qui ne gèrent pas de dépôts à vue et ne créent donc pas, en principe, de monnaie, encore que par leur activité elles participent à l’alimentation des flux monétaires.

    De même qu’il est pratiquement impossible de traiter de la monnaie sans mentionner la quasi-monnaie et l’épargne liquide, on peut difficilement passer sous silence, dans la description de la création monétaire, l’action d’établissements dont les ressources n’ont pas un caractère strictement monétaire. Une séparation nette entre ces établissements et les banques serait, d’un point de vue économique, d’autant plus difficilement concevable qu’une proportion croissante des ressources des banques est constituée par de l’épargne à court terme.

    Les ressources du Crédit Foncier et du Crédit National, établissements semi-publics spécialisés respectivement dans le crédit au logement et les prêts à moyen et long terme à l’industrie sont essentiellement constituées par l’émission d’obligations. La monnaie ainsi collectée est simplement remise en circulation lorsque les crédits sont distribués. Toutefois il est évident que la vitesse de circulation du numéraire est affectée par l’utilisation que les bénéficiaires des prêts font des capitaux dont ils obtiennent la disposition.

    Les caisses d’épargne, dont les ressources alimentent, pour une large part, les opérations de crédit de la Caisse des Dépôts et Consignations, sont des établissements plus proches des banques. Elles entrent d’ailleurs en Concurrence avec ces dernières dans la recherche de la clientèle de déposants puisque plus de la moitié des ressources bancaires est constituée par des dépôts à terme et d’épargne. Sans doute l’octroi d’un crédit par la Caisse des Dépôts, voire dans certaines limites, par les caisses d’épargne elles-mêmes, — prêts destinés au financement de la construction de logements ou d’équipements des collectivités locales — opère-t-il simplement une redistribution de la monnaie collectée, mais, en raison des habitudes de placement du public, une partie de cette monnaie revient alimenter les comptes sur livrets des caisses d’épargne.

    [MAJ 1980 : Ajouter à la fin du deuxième paragraphe : « …sur livrets des caisses d’épargne. Il faut aussi ne pas oublier que, depuis 1978, les caisses d’épargne privées sont autorisées à ouvrir des comptes de dépôts à vue ».]

    Enfin dans l’activité d’un organisme comme la Caisse Nationale de Crédit Agricole dont les ressources proviennent pour une large part de l’émission de bons à court et moyen terme ainsi que d’obligations, il est malaisé d’identifier ce qui constitue une simple redistribution de fonds de ce qui participe à la création proprement dite de liquidités monétaires. La même observation vaut d’ailleurs pour les banques qui gèrent de plus en plus de dépôts d’épargne et de dépôts à terme.

    S’il est difficile de préciser les frontières de la monnaie, c’est que ses sources sont multiples et qu’en définitive sa création accompagne de façon presque spontanée l’octroi des crédits dont l’expansion mesurée est nécessaire à la progression de l’activité économique.

    Il semble naturel de considérer que les établissements dont les opérations développent les moyens de paiement sont à l’origine de la création monétaire. Cette considération qui paraît relever du simple bon sens n’est cependant pas pleinement conforme à la réalité.

    On constate en effet que, sans être entièrement prédéterminées, les opérations de la Banque centrale sont sujettes à des contraintes. Il n’est pas possible de limiter brusquement les possibilités de refinancement des crédits consentis par les banques sans désorganiser gravement le marché monétaire et l’activité économique, une éventuelle action restrictive ne saurait être que progressive. De même, l’Institut d’émission doit veiller à ce que l’État puisse se procurer les ressources qui lui sont ind

  212. Étienne Chouard dit :
    11 janvier 2009 à 01:42 Oups, pardon, message trop long, tronqué, voici la fin :

    Il semble naturel de considérer que les établissements dont les opérations développent les moyens de paiement sont à l’origine de la création monétaire. Cette considération qui paraît relever du simple bon sens n’est cependant pas pleinement conforme à la réalité.

    On constate en effet que, sans être entièrement prédéterminées, les opérations de la Banque centrale sont sujettes à des contraintes. Il n’est pas possible de limiter brusquement les possibilités de refinancement des crédits consentis par les banques sans désorganiser gravement le marché monétaire et l’activité économique, une éventuelle action restrictive ne saurait être que progressive. De même, l’Institut d’émission doit veiller à ce que l’État puisse se procurer les ressources qui lui sont indispensables pour assurer l’exécution du budget voté par le Parlement.

    La situation dans laquelle se trouvent placées les banques est assez analogue. Une hausse substantielle des salaires nominaux versés par les entreprises implique une adaptation du flux de création monétaire à défaut de laquelle se produirait un blocage des circuits de paiement entraînant du chômage et des troubles sociaux. De même un enchérissement sensible des matières premières, des produits énergétiques, des divers approvisionnements nécessaires à l’activité des entreprises exige à plus ou moins long terme des moyens de paiement supplémentaires.

    La création monétaire est le fait des organismes qui la réalisent techniquement, mais elle n’est possible que si elle répond à une demande des entreprises, des ménages ou de l’État.

    ____________________

    Chapitre III : La vie de la monnaie

    C – Monnaie centrale et monnaie bancaire

    Les variations du montant de la « monnaie Banque centrale » en circulation se répercutent sur la trésorerie des banques. Selon qu’une banque a un accès plus ou moins aisé à la monnaie de la banque centrale, l’exécution des transferts qu’elle doit opérer lui pose moins ou plus de problèmes ; on évalue l’aisance de sa trésorerie en fonction de ce critère.

    La liquidité du système bancaire varie donc en sens opposé des besoins des banques en « monnaie Banque centrale ». C’est ainsi que cette liquidité diminue chaque mois au moment où les entreprises prélèvent des billets sur leurs comptes bancaires pour payer leurs salariés. Puis, toutes choses restant égales, la liquidité bancaire se reconstitue en cours de mois lorsque, par suite des dépenses des ménages, les billets refluent vers les comptes bancaires. Cette fluctuation cyclique régulière permet de constater que les besoins courants de l’économie nécessitent des ajustements constants d’un circuit monétaire à l’autre.

    De façon générale la liquidité d’une banque tend à se réduire dans la mesure où ses crédits se développent alors que de nouvelles possibilités de refinancement en monnaie centrale ne lui sont pas ouvertes : la distribution des crédits est en effet inéluctablement une source de transferts. Aussi chaque établissement s’efforce-t-il de limiter l’incidence de ces transferts en développant les services rendus à la clientèle afin d’attirer le maximum de monnaie créée soit à son initiative soit indépendamment de son intervention. La recherche des dépôts du public par les banques est pour elles une quête de liquidités.

    (…)

    III – Les objectifs du contrôle monétaire

    La croissance équilibrée de l’économie exige qu’une quantité adéquate de moyens de paiement soit mise à la disposition des agents économiques, consommateurs et producteurs. C’est pourquoi l’objectif central du contrôle monétaire consiste à régler le volume des moyens de paiement utilisables sur les marchés des biens et de services, ce qui suppose une action portant non seulement sur le volume de la monnaie proprement dite — billets et dépôts à vue — mais aussi sur la masse des liquidités susceptibles de se transformer en monnaie.

    A – Relations entre les phénomènes monétaires et les phénomènes économiques

    1°) Les principes

    L’exécution des transactions repose évidemment sur l’utilisation d’une quantité appropriée de monnaie. Ainsi le développement économique s’accompagne nécessairement, sous certaines réserves qui seront précisées plus loin, d’une augmentation du volume de la monnaie. Mais il serait inexact de considérer les variations de ce volume comme une simple conséquence de l’évolution de la production et des échanges. En réalité, la monnaie joue un rôle actif dans le déroulement de ces phénomènes. L’injection de monnaie nouvelle dans les circuits de règlement tend à inciter les agents économiques à augmenter leurs achats. À l’inverse, une raréfaction des moyens de paiement disponibles freine l’expansion des transactions.

    Une analyse complète du rôle moteur de la monnaie, qui fait l’objet d’amples discussions, dépasserait le cadre nécessairement limité de la présente brochure. On se bornera à en admettre le principe en remarquant que les fluctuations de la masse monétaire agissent à la fois — mais dans des proportions qui peuvent différer — sur la demande des consommateurs et sur celle des investisseurs.

    On pourrait être tenté de déduire des relations ainsi dégagées que les autorités monétaires devraient se fixer pour objectif permanent une extension rapide des moyens de paiement disponibles afin de rechercher la croissance maximale du niveau de vie. Dans la réalité, les choses ne sont pas aussi simples. La politique monétaire doit évoluer sans cesse entre deux écueils, celui de l’excès et celui de l’insuffisance de création de liquidités nouvelles.

    2°) Freinage de la création monétaire

    L’excès de la création monétaire est le danger le plus courant à notre époque où la demande de financement monétaire est très large pour couvrir les besoins entraînés tant par le relèvement des revenus nominaux des salariés ou des entrepreneurs individuels, que par l’accroissement des investissements des entreprises ou le développement des équipements collectifs. Il faut aussi tenir compte des crédits anticipant sur des revenus futurs et destinés à permettre l’achat de biens de consommation durables ou de logements.

    Or l’accroissement de la masse monétaire ne peut dépasser certaines limites sans engendrer de graves perturbations. II tend en effet à provoquer un développement de la demande de biens et services que les capacités de production ne sauraient toujours satisfaire. Une création monétaire trop forte entraîne ainsi tous les inconvénients de l’excès de la demande sur l’offre et notamment la hausse des prix intérieurs et la détérioration du commerce avec l’étranger.

    C’est pourquoi les autorités monétaires sont fréquemment conduites à freiner l’expansion des moyens de paiement lorsque celle-ci menace de prendre spontanément une allure trop vive.

    Sans doute les écoles de pensée keynésienne et monétariste diffèrent-elles quant à l’importance de l’influence exercée par la création monétaire sur l’activité économique, aux délais dans lesquels elle se fait sentir et aux mécanismes de transmission qu’elle implique, mais nul ne conteste l’existence de cette influence ni le sens dans lequel elle agit.

    3°) Stimulation de la formation de monnaie

    Lorsque la situation économique est telle que les capacités de production ne sont que partiellement employées, on peut, au contraire, envisager de susciter une relance de l’activité en facilitant la formation de liquidités nouvelles.

    À l’inverse de ce que certains pourraient croire, il est généralement aussi difficile de stimuler la croissance des moyens de paiement que de la ralentir. L’initiative des autorités monétaires n’y suffit pas. Il faut que producteurs et consommateurs sollicitent des liquidités supplémentaires notamment en recourant au crédit. À défaut, par exemple dans les situations de stagnation économique prononcée, voire de récession, les remèdes les plus efficaces ne relèvent pas de la politique du crédit. L’action de l’État prend alors une importance primordiale ; elle s’exerce par l’augmentation des dépenses publiques et par des réductions d’impôts dans le cadre d’une politique budgétaire anticyclique, c’est-à-dire d’une politique qui vise à corriger l’évolution spontanée de l’activité économique et qui implique un recours du Trésor à la création monétaire.

    (…)

    Chapitre V : Les instruments de contrôle du crédit

    Les autorités monétaires exercent leur action sur la distribution du crédit selon diverses procédures dont les effets sont complémentaires.

    Elles agissent de façon indirecte en réglant le loyer de l’argent et la liquidité des banques, mais elles interviennent aussi de façon plus immédiate soit en imposant une limite globale à la progression des concours bancaires soit en les orientant d’une manière sélective.

    I – L’action par les taux d’intérêt

    Il existe une relation nécessaire entre les conditions de refinancement imposées par la Banque centrale aux autres banques et les taux pratiqués par celles-ci pour les concours à l’économie. Quand elles consentent leurs crédits, les banques prennent en considération le coût qu’elles devront supporter lorsque la nécessité de les mobiliser se fera sentir. À son tour, la hausse des taux bancaires freine évidemment la demande de concours et, à l’inverse, leur réduction accroît cette demande.

    Cependant, à l’époque actuelle, ces phénomènes ne jouent pas sans difficultés. On peut même soutenir paradoxalement que, lorsque le coût de refinancement tend à amenuiser leurs marges d’exploitation, les banques s’efforcent d’accroître le volume des crédits qu’elles distribuent ; semblable entreprise ne paraît pas vouée à l’échec car, en période d’expansion, la sensibilité des emprunteurs à l’égard de l’élévation des taux d’intérêt nominaux est particulièrement faible.

    (…)

    B – Augmentation des besoins en monnaie centrale

    Les réserves obligatoires au lieu de réduire les possibilités de refinancement des banques accroissent leurs besoins en monnaie centrale. Ce dispositif de contrôle est originaire des États-Unis où il appuie traditionnellement l’action de la Banque centrale sur le marché monétaire. Depuis la dernière guerre, de nombreux pays européens s’en sont dotés et il a été institué en France par un décret du 9 janvier 1967.

    Le système de réserves oblige les banques à constituer des avoirs en soldes créditeurs à la Banque centrale à concurrence d’un pourcentage de certains postes de leur bilan. Les réserves ont d’abord été assises sur les dépôts, puis afin que leur action s’exerce le plus près possible de la création monétaire et puisse ainsi, en cas de besoin, la freiner plus efficacement, les réserves sur les dépôts ont été complétées en février 1971 par l’institution de réserves calculées sur les crédits distribués par les banques et les établissements financiers.

    Le Conseil National du Crédit a habilité la Banque de France à fixer les coefficients de réserves à l’intérieur de certaines limites : 25 % pour les exigibilités (sauf en ce qui concerne les exigibilités des non-résidents qui peuvent être frappées jusqu’à 100 %) et 50 % pour les crédits distribués.

    L’efficacité du système implique qu’aucune rémunération ne soit versée sur les sommes déposées à la Banque centrale ; cette disposition est importante car elle permet, lorsqu’une action restrictive apparaît nécessaire, de faire subir aux banques des charges supplémentaires d’endettement par l’augmentation des réserves à constituer et de contrôler ainsi leur action par le biais de la rentabilité. Dans ces conditions, il n’est pas nécessaire que les coefficients de réserves pratiqués soient très élevés ; l’observation a été faite bien souvent que ce sont plus les variations des réserves que leur ampleur qui ont de l’importance pour la régulation monétaire. Mais il est évident aussi que les modifications du taux des réserves ne sauraient être fréquentes ; elles sont utilisées, soit pour infléchir la distribution du crédit, soit pour contrôler les fluctuations importantes

    (…)

    Il apparaît donc en définitive que les divers moyens à la disposition des autorités monétaires ne sauraient être employés isolément mais doivent au contraire se compléter mutuellement. C’est leur action conjuguée qui permet de régler au mieux l’expansion des prêts bancaires en fonction des exigences, parfois contradictoires, de l’activité économique.

    On doit cependant reconnaître que, malgré la diversité des moyens d’action employés, la politique monétaire n’a pas été en mesure de préserver la stabilité des prix. Une telle situation est en large part imputable au fait que l’inflation trouve son origine dans les conflits opposant les divers groupes sociaux au sujet de la répartition du revenu national.

    L’atténuation de tels conflits par la recherche d’une conciliation des intérêts en présence relève de la politique générale du gouvernement, qui peut employer à cette fin des mesures de nature très diverse.
    Par exemple un contrôle direct des prix peut s’imposer pour introduire une rupture dans le mouvement de hausse en modifiant les anticipations inflationnistes que ne justifient pas l’état réel de l’offre et de la demande. Une intervention monétaire ne saurait, en ce domaine particulier, être que tardive et inadaptée en raison de la rigidité des prix à la baisse.

    De même il appartient aux autorités gouvernementales d’améliorer, par des mesures législatives et une politique budgétaire appropriée, le consensus social afin d’aboutir éventuellement à un accord sur une politique des revenus dont la mise en œuvre faciliterait largement les discussions sur le relèvement des salaires.

    La monnaie apparaît ainsi plus comme un facteur permissif de l’inflation que comme sa cause profonde. Sans doute la politique monétaire doit-elle s’attacher à brider la hausse des prix, mais elle ne saurait être l’instrument décisif ni surtout unique de cette action. L’émission monétaire est en définitive fonction des objectifs de plein emploi et de croissance qu’un pays s’assigne et la stabilité des prix traduit souvent, en large part, un bon équilibre des structures sociales.

    (…)

    (p 98) En effet, si la réglementation de l’activité des banques commerciales ne s’est développée qu’à une date relativement récente et a d’abord été inspirée par le souci de défendre les intérêts des déposants, elle a répondu ensuite surtout à la nécessité de contrôler le pouvoir d’émission de monnaie scripturale acquis par ces banques.

    (…)

    (p 150)
    Notice méthodologique sur les statistiques publiées par le conseil national du crédit

    I. Les statistiques de la monnaie, du crédit et des émissions de valeurs mobilières.

    1. Les liquidités de l’économie

    1.1. Définitions

    Les liquidités de l’économie, encore appelées M1, englobent des actifs détenus par les agents économiques autres que les intermédiaires financiers et le Trésor public : moyens de paiement immédiatement utilisables, ou disponibilités monétaires (M1) et placements d’épargne liquide ou à court terme, susceptibles d’être convertis rapidement en moyens de paiement, sans risque de perte en capital.

    Dans les liquidités de l’économie, on distingue la masse monétaire (ou M2) comprenant les seules liquidités gérées par les organismes — banques, Banque de France et Trésor public — qui créent de la monnaie ; la masse monétaire regroupe donc, d’une part, les disponibilités monétaires (M1) et, d’autre part, la quasi-monnaie, c’est-à-dire les comptes sur livrets dans les banques et les bons et comptes à échéance émis ou gérés par elles, ainsi que les comptes à terme ouverts chez les comptables-publics ; elle ne comprend pas les autres placements liquides ou à court terme : livrets et bons des caisses d’épargne, et bons du Trésor sur formules.

    Sous l’intitulé « contreparties de la masse monétaire », le Conseil national du crédit recense les opérations qui sont à l’origine des variations de la masse monétaire.

    1.2. La masse monétaire

    Les statistiques relatives à la masse monétaire et à ses contreparties sont établies à partir :

    – des situations comptables de la Banque de France, des établissements inscrits sur la liste des banques par le Conseil national du crédit, des banques populaires, de la Banque française du commerce extérieur, des caisses de crédit agricole mutuel affiliées à la Caisse nationale de crédit agricole, à la Confédération nationale du crédit mutuel et à la Fédération centrale du crédit agricole mutuel (secteur privé) ;

    – des données fournies par la comptabilité publique (ministère de l’économie et des finances) et par les centres de chèques postaux (services financiers du ministère des postes et télécommunications).

    Les statistiques monétaires couvrent exclusivement la France métropolitaine. Elles portent à la fois sur les opérations effectuées au nom de résidents ou de non-résidents, qu’elles soient libellés en francs français, en monnaie circulant dans certains territoires d’outre-mer, ou en devises étrangères. Toutefois, il est possible de répartir certaines de ces opérations selon qu’elles concernent des résidents ou des non-résidents, ou qu’elles sont traitées en francs ou en d’autres monnaies.

    La masse monétaire (M2) comprend les disponibilités monétaires, ou moyens de paiement, et les disponibilités quasi monétaires.

    1.2.1. Les disponibilités monétaires (M1)

    Les disponibilités monétaires sont constituées par les moyens de paiement, utilisables, sans préavis ni échange, par simple tradition manuelle (billets et monnaies divisionnaires) ou par règlements d’écritures (dépôts à vue mobilisables par chèques et virements).

    Elles comprennent donc :

    – les billets émis par la Banque de France et détenus sur le territoire métropolitain par le public ;
    – les pièces (ou monnaies divisionnaires) en circulation, émises par le Trésor public :
    les soldes des comptes à vue ouverts, au nom d’entreprises non bancaires ou de particuliers, dans les banques, à la Banque de France, dans les centres de chèques postaux et chez les comptables publics.

    1.2.1.1. Billets en circulation

    Le montant des billets en circulation est obtenu en déduisant du poste « billets en circulation » du passif du bilan de la Banque de France, les billets en caisse dans les banques, la masse monétaire ne comprenant pas, par définition, les liquidités détenues par les intermédiaires financiers qui participent à la création monétaire. Du reste, s’ils n’étaient pas déduits, ces billets feraient dans une large mesure double emploi avec les dépôts des entreprises et des particuliers dans les banques.

    En outre, les billets mis à la disposition de l’Institut d’émission des départements d’outre-mer pour assurer les besoins de la circulation fiduciaire dans ces quatre départements sont déduits du poste « billets en circulation » : le montant de ces billets correspond à la rubrique : « avance à l’Institut d’émission des départements d’outre-mer » qui figure à l’actif du bilan de la Banque de France.

    1.2.1.2. Monnaies divisionnaires en circulation

    Le montant des monnaies divisionnaires en circulation est fourni par la caisse générale de la Banque de France, qui procède à leur émission pour le compte du Trésor.

    1.2.1.3. Dépôts à vue

    Les dépôts à vue (ou monnaie scripturale) recensés dans les statistiques monétaires regroupent, pour l’essentiel, les soldes des comptes à vue ouverts au nom des entreprises et des particuliers :
    – dans les banques ;
    – à la Banque de France ;
    – dans les centres de chèques postaux ;
    – chez les comptables publics.

    Ces comptes constituent des dettes envers la clientèle ; ils figurent dans les banques et à la Banque de France au passif des situations comptables.

    • Dépôts à vue dans les banques

    Les banques sont des établissements dont l’activité principale consiste à effectuer des opérations de crédit à court, moyen et long terme, et à recevoir du public des dépôts de fonds à vue et à terme. Le pouvoir de création monétaire du système bancaire, pris dans son ensemble, tient au fait que celui-ci n’a pas besoin, pour accorder des crédits, de disposer préalablement des ressources correspondantes, puisque la distribution du crédit se traduit presque dans tous les cas par une monétisation de créances et crée au passif des banques un montant de dépôts équivalent. Dans la mesure où ces dépôts, utilisés par chèques et virements, constituent la forme de monnaie la plus répandue, et, de ce fait, demeurent pour la plus large part dans le circuit bancaire, les banques peuvent développer leurs concours sans avoir à se procurer un montant correspondant de ressources pour les financer.

    (…)

    (Source : « La Banque de France et la monnaie », publication officielle de la BDF en 1978 & mise à jour 1980 :
    – en images : au format pdf, 18 Mo !

    et

    – en texte : au format doc, 4 Mo.)

    Voilà, on dirait que celui qui a écrit ce texte l’a fait honnêtement.

    Maintenant, si vous avez une explication au fait qu’il n’existe apparemment pas aujourd’hui de document équivalent, officiel, pour expliquer les mécanismes actuels, je suis intéressé. Comme avec MMM, toute explication officielle du mécanisme de création monétaire semble avoir disparu.

    _______________

    @ Julien Alexandre,

    Pourquoi avez-vous choisi la Banque postale, plutôt qu’une autre banque, pour montrer une page de pub qui explique que les dépôts sont prêtés tels quels à plus ou moins long terme ?

    Mais surtout, que pensez-vous du document ci-dessus, imprimé et diffusé pendant des années par la Banque de France ? Moi, je le trouve plus précis, plus complet, plus technique, plus crédible quoi… que la courte page de pub internet de la Banque Postale.

    – Je n’ai toujours pas mon écriture comptable, celle qui va me montrer l’argent qui circule d’un dépôt vers un prêt (puisque c’est lui qu’on prête, selon vous, on doit bien pouvoir le suivre, non ?).

    Sacré dialogue de sourds…

    Amicalement.

    Étienne.

  213. Eminence Thénar dit :
    11 janvier 2009 à 03:50 Décidemment toutes les sources officielles sont au courant de cette création monétaire par les banques commerciales…
    Il ne manque plus qu’à vaincre les schémas mentaux établis depuis leur enfance des individus persuadés que “tout se transforme, rien ne se crée”…
  214. Paul Jorion dit :
    11 janvier 2009 à 04:04 Ce document très complet de la Banque de France utilise l’expression « création monétaire » pour décrire la transformation de différents flux monétaires ou « quasi-monétaires » les uns dans les autres. Toutes ces transformations respectent ce que j’ai appelé un principe de conservation des quantités, à l’exception de la création, effectivement ex nihilo, de monnaie centrale. Rien dans ce document ne vient conforter l’hypothèse d’une création de monnaie ex nihilo par les banques commerciales.Le document souligne aussi très clairement que l’expression monnaie scripturale renvoie à un simple support particulier mais que le mécanisme qui s’applique à lui est le même que celui qui s’applique à tout autre support. Sa définition est extrêmement simple : « la monnaie scripturale est représentée par l’ensemble des comptes à vue dans les banques, aux chèques postaux et au Trésor » (p. 10).
  215. Bru dit :
    11 janvier 2009 à 11:07 @M. JorionLe support n’a rien avoir dans le fait que le monnaie scripturale est une monnaie, laquelle est crée par les banques commerciales (pas ex-nihilo mais sous certaines conditions).
    Toutes les monnaies ont un support, celui de votre très chère monnaie centrale est la confiance (du latin fiduciaire), ce n’est pas mieux que des écritures dans des livres comptables de banque.

    Enfin, a partir d’un billet de 10 euros, les banques peuvent avoir jusqu’à 100 euros de dépôts, ces 100 euros ne peuvent pas être retiré en même temps mais peuvent être exercé comme paiement au même moment, les banque l’on créé, il s’agit de monnaie.

  216. jlm dit :
    11 janvier 2009 à 11:50 @bruVous en revenez très exactement au point de départ de ce débat sur la monnaie (en gros, je partageais votre avis). Jorion a réglé définitivement le problème dans “Risque de crédit et dilution”, il y a asymétrie ! Ce sont deux concepts différents.

    bien à vous

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=1294

  217. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 12:28 @ Etienne Chouard :Devant le peu de cas que vous faites de toute évidence des posts des autres commentateurs et votre propension à exiger des autres des réponses que vous n’apportez pas vous-même quand on vous interroge pour faire avancer le débat, j’aurais pu vous renvoyer simplement vers ce post ou bien celui-ci ou encore celui là et également ce dernier . Quoique, celui ci vous aurait aussi apporté quelque chose. De même que :

    ça
    et ça

    Mais je comprends que vous étiez occupé à faire de l’archéologie dans les archives bancaires françaises :) Merci donc pour votre post à la fois court et synthétique.

    Je vous réponds point par point, en m’excusant d’avance auprès des lecteurs, car ça va être long et s’apparenter à du “quasi-trolisme” car pour faciliter la compréhension, je vais être obligé de faire systématiquement des citations. Si Etienne Chouard était capable de résumer en quelques points comme nous l’avons fait, je vous épargnerais volontiers cet exercice :

    C’est un cours sur la monnaie que je vous signale ce soir, encore un, mais un cours administré par… la Banque de France elle-même (j’espère que la source vous paraîtra assez fiable pour n’être pas d’emblée jetée aux orties).

    – Vous le savez, ici, les arguments d’autorité ne passent pas.

    Vous verrez vous-même si la création monétaire dévolue aux banques commerciales est, pour la plus haute autorité monétaire du pays, une sottise, comme vous le prétendez vous.

    – Et moi qui croyez qu’avec le passage à l’Euro, la plus haute autorité monétaire du pays, c’était la Banque Centrale Européenne. C’est décidé, si la crise financière s’étend au monde entier, je quitte le pays!

    … on bosse, vous voyez, et on va prendre les infos à la source, de l’encrier même de la Banque centrale, on espère que vous ne trouverez pas notre pensée trop aplatie ni nos citations trop courtes.

    – Ce ne sont ni vos citations, ni vos pensées, mais celles de la Banque de France. Et si, la Banque de France les a trop aplaties pour que vous les compreniez.

    On dit souvent aussi que la monnaie est une créance… {mais} À la différence des créances, elle doit être acceptée par tous — on dit qu’elle a pouvoir libératoire — dans le pays où elle a été émise et sa liquidité est parfaite car elle est immédiatement utilisable.

    – vous mettez en gras ce passage, mais vous le n’avez pas compris. Je vous mets en gras à mon tour le seul mot important : “émise”. Peut-on “émettre” Etienne de la monnaie scripturale? Ou seulement de la monnaie fiduciaire?

    L’usage du chèque et des autres moyens de règlement par écritures gagne en effet progressivement de nouvelles couches sociales. À la limite, on peut imaginer un système dans lequel tout ce qui est gagné et dépensé par chacun serait immédiatement comptabilisé par un ordinateur, ce qui supprimerait la nécessité d’un support matériel des règlements.

    – Dieu (ou autre chose) nous en préserve!

    Ensuite, un passage qui me met la puce à l’oreille sur une des raisons pour laquelle vous persistez (et là, ce n’est pas vraiment votre faute) :

    Quels que soient les instruments utilisés, les règlements scripturaux entraînent une énorme masse de transferts entre les institutions financières. Il arrive que le débiteur et le créancier aient leur compte dans le même établissement ; mais ce n’est pas le cas le plus fréquent {NDLR : notez ici que ce cas a été débattu plus haut avec Bru et “Moi”. Merci de vous y référer}. Dans toutes les villes de quelque importance, les représentants des organismes financiers se rencontrent donc chaque jour ouvrable pour confronter leurs créances et leurs dettes respectives au sein d’une centrale de règlements, appelée « chambre de compensation » et apurent les soldes dégagés, en faveur ou à la charge de chacun, par l’intermédiaire de la Banque de France, où ils ont eux-mêmes des comptes. Ainsi, la Banque de France se situe au centre des échanges de monnaie scripturale et apparaît comme la Banque des banques. C’est d’ailleurs la Banque de France qui organise et dirige la « compensation » dans les villes où elle est établie, sauf à Paris où existe une institution spéciale créée à cet effet et placée sous la responsabilité des différents participants.

    – En lisant ce passage de votre document, ma première réflexion a été : “Oh my god! Que c’est mal expliqué”. Ce passage laisse penser que la compensation se fait entre banques avec de la monnaie scripturale, mais ne dit pas ceci. Pour la bonne et simple raison que la compensation se fait en monnaie centrale entre les banques.

    C – Les disponibilités quasi monétaires et la masse monétaire

    Les dépôts bancaires qui ne sont pas immédiatement utilisables dans un règlement ne peuvent être au sens strict considérés comme de la monnaie.

    – Je pense que vous avez lu cette phrase en vous disant : “vous voyez, les banques ne prêtent pas les dépôts, puisque “les dépôts bancaires ne sont pas immédiatement utilisables dans un règlement”. Reprenez ce chapitre (court) de votre document : on y parle des compte-épargne et comptes à terme, mais on ne dit pas qu’on ne peut pas les prêter, simplement qu’ils ne donnent pas droit à l’utilisation comme moyen de paiement aussi directement qu’un compte à vue.

    Contrairement à une idée encore trop répandue, la fonction des banques consiste beaucoup moins à collecter des dépôts dans le public qu’à créer de la monnaie au profit des entreprises, des particuliers et de l’État.

    [Vous n’avez pas bien lu, je crois. Relisez, s’il vous plaît… Qui parle, déjà ? Un sélénite ? non, non … ÉC]

    – ah, la jouissance de pouvoir extraire d’un texte plein de raccourcis une suite de mots qui “semblent” dire la même chose que ce que l’on pense… Cette phrase est tout simplement fausse : les activités principales d’une banque commerciale continuent à être l’intermédiation financière (collecte des dépôts et transformation en crédit), la gestion de moyens de paiement et la fourniture de services financiers.

    Une banque pourrait même créer indéfiniment de la monnaie si les crédits qu’elle consentait servaient à régler des particuliers ou des entreprises ayant un compte chez elle. Le crédit accordé, inscrit à l’actif du bilan de la banque au fur et à mesure de son utilisation, a alors pour contrepartie l’augmentation, au passif, des disponibilités de la clientèle.

    Cette hypothèse extrême semble, à première vue, un peu caricaturale ; elle est cependant proche de la réalité si l’on considère l’ensemble du système bancaire car une très large part des paiements s’effectue bien en créditant des comptes bancaires.

    Il reste que, dans les faits, existent deux limitations.

    La première provient des transferts de fonds opérés lors de la création monétaire. Les comptes des bénéficiaires des règlements opérés par l’emprunteur seront parfois situés dans la banque qui a accordé le crédit mais, le plus souvent, ils le seront dans d’autres établissements.

    La seconde limitation provient de la transformation en billets de banque d’une partie de la monnaie créée. Le public, conformément à ses habitudes de règlement, maintient, du moins à court terme, un rapport relativement stable entre la monnaie qu’il confie aux banques et celle qu’il conserve en billets. Si la monnaie additionnelle est généralement créée sous forme de dépôts, le comportement du public tend à rétablir rapidement la répartition habituelle entre billets et dépôts.

    Ces deux limitations n’ont pas la même portée. La première comporte une contrepartie : si la création monétaire d’une banque entraîne des transferts vers d’autres banques, les opérations de crédit réalisées par ces dernières provoquent un flux de sens opposé. Néanmoins, pour une banque déterminée, il n’y a pas nécessairement égalité entre les fonds reçus des autres banques et les virements qu’elle doit effectuer à leur profit, ce qui peut poser un problème de trésorerie…Il en va autrement pour les billets que seule la Banque centrale émet et que les banques doivent se procurer auprès d’elle en lui cédant certains actifs. À la contrainte exercée sur les banques par les prélèvements en billets s’ajoute l’obligation, qui sera évoquée ultérieurement, de constituer des avoirs en compte à la Banque centrale.

    – Si le rédacteur de ce texte avait voulu être clair, il aurait précisé que “les transferts de fonds opérés lors de la création monétaire” sont des transferts de monnaie centrale>. Et si pour que la banque B “crée” la monnaie, quand on fait un “transfert” d’une banque A vers la banque B, il faut au préalable que la banque A transfère l’équivalent en monnaie centrale de la monnaie scripturale qui sera “créée” par la banque B , alors, on peut aisément dire que la banque B ne crée rien du tout. Elle met à disposition de la monnaie scripturale parce qu’elle a reçu l’équivalent en monnaie centrale. Et pour autant, elle a probablement prêté l’essentiel de ce dépôt de monnaie centrale déjà, probablement 90% en gardant 10 % de réserve fractionnaire… :)

    Puis les banques commerciales ont peu à peu pris conscience que les fonds déposés par leur clientèle présentent globalement une assez grande stabilité. L’octroi de crédits longs en contrepartie de ressources à vue ne comporte pas de risque réel d’immobilisation des fonds lorsque l’établissement qui procède à cette « transformation » possède une certaine taille et que l’importance de sa clientèle de déposants le garantit contre les diminutions accidentelles de ses ressources. Au demeurant, le risque d’un retrait important devient de plus en plus improbable à mesure que la part relative de la monnaie manuelle (billets et pièces) décroît au bénéfice de la monnaie scripturale gérée par les banques. Au surplus, celles-ci bénéficient d’une consolidation partielle de leurs ressources liée à l’expansion des dépôts à terme et d’épargne.

    – Là, c’est vraiment intéressant que vous ayez mis ce passage en gras, puisqu’il dit très clairement que les dépôts à vue sont prêtés par les banques :) J’extrait : “’octroi de crédits longs en contrepartie de ressources à vue ne comporte pas de risque réel d’immobilisation des fonds lorsque l’établissement qui procède à cette « transformation » possède une certaine taille et que l’importance de sa clientèle de déposants le garantit contre les diminutions accidentelles de ses ressources”.

    C’est d’autant plus drôle que c’est exactement la même chose que ce qui est dit par la Banque Postale (qu’est ce vous avez contre la Banque Postale?) dans le lien que je vous ai donné : “L’enjeu de la gestion financière est de déterminer la maturité moyenne sur laquelle ces fonds peuvent être engagés. Bien que la plupart soit contractuellement “à vue”, ces dépôts sont stables lorsqu’on observe leur historique d’encours.”

    Vous m’autorisez à vous taquiner un peu? “Oh, le joli tir de balle dans le pied”!

    Il n’en reste pas moins que la Banque de France émet deux sortes de monnaies indispensables au processus de création monétaire

    – Comment ça, maintenant cette fichue Banque de France nous dit qu’on ne peut pas créer de monnaie scripturale sans monnaie centrale?

    Et plus loin :

    – il s’agit, d’une part, on l’a vu, des billets de banques qu’elle remet aux banques qui, à leur tour, les délivrant aux entreprises et aux particuliers, sans d’ailleurs qu’il y ait, à proprement parler, de création monétaire, puisque ce sont des avoirs en compte des banques sur les livres de la Banque de France, puis des particuliers ou des entreprises sur les livres des banques, qui sont transformés en billets.

    – Aïe, ça se corse “sans qu’il y ait, à proprement parler de création monétaire.”
    Pas de création monétaire, OK je note. On a perdu au tirage, essayons au grattage :

    – il s’agit, d’autre part, de la monnaie scripturale constituée par les soldes créditeurs des banques et des autres intermédiaires financiers sur les livres de la Banque centrale ; contrairement aux composantes de la masse monétaire, cette monnaie « centrale » ne sert qu’aux règlements interbancaires et n’intervient pas dans le circuit normal des échanges ; cependant, son aptitude à se transformer en toute autre forme de monnaie en fait l’instrument indispensable à la convertibilité de toutes les autres catégories de monnaies entre elles.

    – Re-aïe, le coup de grâce : la monnaie centrale est “l’instrument indispensable à la convertibilité de toutes les autres catégories de monnaie entre elles”.

    Je traduis : “pas de monnaie centrale, pas de monnaie scripturale”. Alors, elle est où la “création monétaire” de monnaie scripturale si on a besoin de monnaie centrale pour l’utiliser.

    De façon générale la liquidité d’une banque tend à se réduire dans la mesure où ses crédits se développent alors que de nouvelles possibilités de refinancement en monnaie centrale ne lui sont pas ouvertes : la distribution des crédits est en effet inéluctablement une source de transferts. Aussi chaque établissement s’efforce-t-il de limiter l’incidence de ces transferts en développant les services rendus à la clientèle afin d’attirer le maximum de monnaie créée soit à son initiative soit indépendamment de son intervention. La recherche des dépôts du public par les banques est pour elles une quête de liquidités.

    – Franchement, vous mettez ça en gras en pensant que ça sert votre propos?!? Pourtant, ce que dit ce passage c’est : “si je ne peux pas me refinancer en monnaie centrale et que je continue à développer des crédits, je suis insolvable”. C’est marqué noir sur blanc.

    Je pourrais continuer comme cela et descendre tout le texte pour vous l’expliquer, mais franchement à ce stade, cela me paraît inutile. Je reconnais que dans un ou deux passages que j’ai illustrés, le texte de la Banque de France manque de précision. Je vous ai apporté ces précisions pour vous permettre de mieux comprendre. Faites l’exercice, et à la place de “création monétaire”, mettez “mise à disposition de moyens de paiement sous forme de monnaie scripturale transformable gagée sur la capacité de l’établissement bancaire à fournir la monnaie centrale équivalente si besoin est”. Cela devrait vous éclairer sur la “nécessité” d’employer un raccourci sémantique pour rendre accessible le mécanisme monétaire.

    Ce texte ne dit rien d’autre que ce que nous disons. Désolé. Ce n’est pas aujourd’hui que les triangles seront carrés.
    Si toutefois, vous ne comprenez toujours pas, je suis disposé à m’entretenir de façon privée avec vous.

    Si je prends la peine de faire tout ce travail pédagogique avec vous Etienne, ce n’est pas sans intérêt : vous êtes très lu (et je vous en félicite). Mais avec la reconnaissance vient la responsabilité. Et ce que vous faites en diffusant des informations fausses et en justifiant un film comme celui Grignon, est irresponsable et dangereux. Pas pour vous mais pour vos lecteurs.
    Amicalement,
    Julien

  218. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 12:37 @ Bru :

    Enfin, a partir d’un billet de 10 euros, les banques peuvent avoir jusqu’à 100 euros de dépôts, ces 100 euros ne peuvent pas être retiré en même temps mais peuvent être exercé comme paiement au même moment, les banque l’on créé, il s’agit de monnaie.

    Non, Mr X. dépose 10 € en monnaie fiduciaire (un billet) à la banque A. La banque A met à disposition de Mr X l’équivalent en monnaie scripturale, et prête 9 €, pas 90. Elle garde 1 € de réserve fractionnaire en monnaie centrale. Les 9 € prêtés seront déposés sur les comptes de la banque B. Pour cela, la banque A et la banque B font appel à une chambre de compensation, grâce à laquelle la banque A va fournir à la banque B 9 € en monnaie centrale. La banque B va alors mettre à disposition de Mr Y, à qui a été fait le prêt, l’équivalent en monnaie scripturale, et va prêter 8,1 €, pas 81. Elle garde 0,9 € de réserve fractionnaire en monnaie centrale. Etc.

    Au moment où Mr X. voudra retirer ses 10 € en billet, la banque A, devra emprunter les 9 € qui lui manquent afin d’avoir la monnaie fiduciaire nécessaire. Au moment où Mr Y voudra payer son fournisseur qui à un compte à la banque C, à concurrence de 9 €, la banque B devra emprunter les 8,1 € qui lui manquent pour solder sa créance lors de la compensation en monnaie centrale avec la banque C.

  219. Nadine dit :
    11 janvier 2009 à 13:01 @EtienneMerci beaucoup pour votre travail, c’est très intéressant et je suis parfaitement d’accord avec ce qui est écrit et donc peut-être avec vous aussi.

    Je commente les paragraphes qui me semblent les plus importants avec mes propres vues.

    « S’il existe ainsi deux approches différentes de la masse monétaire, il reste — et ceci est fondamental — que les avoirs ou les créances monétaires des divers agents économiques ne sont pas autre chose que les engagements ou les dettes monétaires des institutions ou des établissements créateurs de monnaie. Il s’agit d’une seule et même réalité qui ne diffère que par l’aspect sous lequel on la considère .
    La création monétaire s’effectuait traditionnellement par l’intermédiaire d’opérations de crédit bancaire consistant à transformer des créances en moyens de paiement. Ce phénomène de monétisation des créances apparaît encore de façon parfaitement claire lorsqu’il est réalisé par l’escompte d’une lettre de change »

    Ce que j‘ai toujours affirmé: La monnaie scripturale c’est une créance qui se déplace en échange d’un bien.

    Ensuite:
    « Une banque pourrait même créer indéfiniment de la monnaie si les crédits qu’elle consentait servaient à régler des particuliers ou des entreprises ayant un compte chez elle. Le crédit accordé, inscrit à l’actif du bilan de la banque au fur et à mesure de son utilisation, a alors pour contrepartie l’augmentation, au passif, des disponibilités de la clientèle »

    Ce que j’ai toujours dit aussi :La seule limite se sont les fuites de monnaie scripturale vers d’autres banques d’où la mise en place du système fractionnaire. Ces règles prudentielles permettent aux banques de limiter leurs crédits de tel sorte que les compensations bancaires n’entraînent pas des soldes en leur défaveur plus important que leur réserve voir leur fond propre.
    Ce ci implique que ce sont les dépôts qui font les crédits mais seulement au niveau de chaque banque prise individuellement au niveau macro-économique c‘est différent.
    Imaginez une banque qui sans dépôt (qui correspondrait à une créance sur une autre banque) accorde un crédit, sans réserve, sans fond propre et sans emprunt , lors de la compensation c’est la faillite à moins que tout son crédit se retrouve en dépôt chez elle… comme expliqué par votre prof plus haut.

    Mais quand les économistes parlent des crédits qui font les dépôts, ils font de la macro économie, ils parlent du systèmes bancaire en générale où ce sont bien les crédits qui font les dépôts, d’ailleurs comment pourrait il en être autrement.

    « Le pouvoir de création monétaire du système bancaire, pris dans son ensemble, tient au fait que celui-ci n’a pas besoin, pour accorder des crédits, de disposer préalablement des ressources correspondantes, puisque la distribution du crédit se traduit presque dans tous les cas par une monétisation de créances et crée au passif des banques un montant de dépôts équivalent. Dans la mesure où ces dépôts, utilisés par chèques et virements, constituent la forme de monnaie la plus répandue, et, de ce fait, demeurent pour la plus large part dans le circuit bancaire, les banques peuvent développer leurs concours sans avoir à se procurer un montant correspondant de ressources pour les financer. »

    Affirmation absolument fondamentale et vraie: « la distribution du crédit se traduit presque dans tous les cas par une monétisation de créances »

    Monétisation veut dire utilisé comme de la monnaie puisque comme je l’ai dit plus haut la monnaie scripturale c’est une créance qui se déplace en échange d’un bien.
    A ne pas confondre avec la monétisation M0 banque centrale de ces mêmes créances en cas d’insolvabilité bancaire.

    Donc:

    Chaque banque prise individuellement ne peut faire des crédits qu’en fonction de ses dépôts suivant les règles prudentielles du système fractionnaire. (je ne parle pas des autres moyens de faire du crédit pour simplifier)

    Mais le système bancaire dans son ensemble au niveau macro économique fait de la création de monnaie scripturale ou créance monétaire en fonction de la demande en crédit du système économique, cette monnaie scripturale se retrouvant pour une bonne part dans les dépôts bancaires.

    Tout dépend à quelle échelle on se place.

    Si mon raisonnement est faux je serai heureuse de vous lire .
    Amicalement

  220. antoine dit :
    11 janvier 2009 à 13:03 @ BruOk j’ai été un peu vite. Ce n’était pas une bonne idée d’utiliser des analogies. Plutôt que “fausse monnaie” j’aurais dû dire ” reconnaissance de dette ” ou “sucre” ou n’importe quoi d’autre ayant une valeur d’échange en temps de guerre en temps de guerre.
    Je connais la définition de Wikipedia. Comme toutes les définitions issues des manuels d’économie elle confond nature et fonction.

    Ou plutôt, elle replie la première sur la seconde (ce “repli” ou plutôt cette “manière de voir” n’est pas propre à la science économique. Elle a également envahi les sciences sociales, typiquement dans ce qu’on a pu appeler le “fonctionnalisme de gauche” en sociologie. Ce repli a une histoire. Il naît avec les premiers développements d’une conception mécaniste de la nature et se concrétise pour la première fois, à la même période donc, en “sciences humaines” dans la philosophie politique de T. Hobbes). Définir une chose par la fonction qu’elle remplit plutôt que par la signification sociale qui est la sienne reste toutefois un choix pour le moins discutable. Notez que la démarche, sur le plan strictement scientifique, est aux antipodes de celle de Socrate (demander ce qu’est la justice par exemple- et ce n’est qu’un exemple-, questionner en direction de l’essence d’une chose donc, est radicalement différent de se demander ce qu’est la fonction de la justice, à quoi elle sert, ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait pas de lien entre les deux…).
    Ce n’est pas la même chose d’avoir une reconnaissance de dette (qui peut être sous forme scripturale!!!) et de l’argent (qui peut être sous forme scripturale!!!!). Les effets juridiques ne sont pas les mêmes. Sous de nombreux rapports autres que la conclusion d’une transaction elles peuvent même être opposées. C’est cette dimension là, décisive, que la définition wikipedia rend inopérante en repliant la nature sur la fonction.

    Toutefois je rappelle qu’une définition n’est, à proprement parler, jamais fausse. Elle est toujours “conventionnelle”. Seules les propositions sont susceptibles d’être vraies ou fausses. Il reste que:
    Quand les théoriciens de la souveraineté insistent sur la nécessité du monopole du gouvernement sur la fabrication de monnaie (soit dans la tradition pré-rousseauiste, soit dans la tradition post-rousseauiste, et à chaque fois pour des raisons distinctes), ils parlent de la monnaie au sens juridique du terme, au sens ou Nadine l’entend (qui exclue le crédit du champ de la monnaie). Il est complètement absurde de dire “les banques commerciales créent de la monnaie” en adoptant une conception de la monnaie étrangère à celle qui a donné naissance au problème lui-même!!! C’est au mieux un paralogisme au pire un coup d’épée dans l’eau. D’après la conceptualité de ces théoriciens tout ce qu’on pourrait éventuellement montrer, c’est que les banques commerciales créent du crédit.

    La question est: quelle est la meilleure définition, Qu’est ce qui fait qu’une définition est “meilleure” qu’une autre? Je dirais, pour faire simple, que tout dépend du problème que l’on traite. Si le problème est l’aspect polémique de la création ex nihilo/ par des banques commerciales alors la conceptualité retenue doit elle celle du droit ou de la science politique/ philosophie politique qui a posé les termes du débat sur la question! Sans quoi tout cela n’a aucun sens: on a changé la définition du mot qui a FAIT le problème entre temps!!! Ceci ne signifie pas qu’à certains égards pratiques les économistes ont eu de bonnes raisons de simplifier le problème. Ou même que leur conception de la monnaie est celle qui devrait prévaloir (j’en doute grave vu que cette confusion n’est pas pour rien dans la crise que nous traversons, et puis comment une concept aussi imprécis que celui de “liquidité”, digne de la “novlangue”, pourrait-il avoir un intérêt normatif quelconque?)

    NB:

    Il y a 2 problème politiques dans la création éventuelle par les banques commerciale de “monnaie” ex nihilo. Le fait que ce soit le fait des banques commerciales et non de la communauté politique. Le fait que ce soit “ex nihilo” et qu’elles perçoivent des intérêts dessus. Dire qu’elles créent du crédit et non de la monnaie ne règle que le premier d’entre eux. Reste le second à vérifier.
    Par ailleurs, ceci ne dispense pas de discuter les modalités du contrôle de la création de crédit par les banque commerciales… si in fine cela oblige les banques centrales à créer de la monnaie, voire à remettre tout ça à plat tout court. Ce ne sont pas les modèles alternatifs qui manquent j’ai l’impression (double système monétaire au niveau d’une communauté, systèmes de monnaie fondante, systèmes de création monétaire libre…).

    La monnaie est une institution. Il y a autant de fonctions de la monnaie qu’il y a de sociétés possibles pouvant en faire un usage différent. La définir par rapport au troc, ou la définir par une fonction commune qualifiée par un biais anthropocentrique comme une ” fonction de base” dans toutes ces sociétes possibles, comme c’est souvent le cas dans les manuel d économie (savant ou non), c’est tout simplement confondre un instrument et une institution. C’est se tromper sur la nature de la monnaie. Il n’y a pas d’autre moyen de décrire la fonction de la monnaie autrement qu’en observant comment elle est habilitée à circuler dans une société donnée. Et les raisons pour lesquelles elle peut circuler de telle ou telle manière et non de telle ou telle autre dans une société déterminée nous renvoie à chaque fois à une définition/ signification sociale différente de la “monnaie” (utiliser le même mot à chaque fois est même douteux), voire de cette société toute entière. Alors il se peut que la définition des économiste suffise pour ce que eux veulent en faire (étudier des mouvements, des flux). Mais elle ne suffit QUE pour ça. Pour tout le reste elle n’a pas nécessairement “droit de cité” (j’emploie l’expression à dessein).

    Hobbes avait bien vu que les définitions sont fondamentales. C’est pourquoi la définition est monopole de l’Etat dans le Leviathan. Et ceci était pour lui un point crucial. Derrière ces disputes de définition, en période de guerre civile de religion, il est évident que les enjeux sont colossaux.

  221. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 13:59 @ Etienne Chouard (en plusieurs fois) :Devant le peu de cas que vous faites de toute évidence des posts des autres commentateurs et votre propension à exiger des autres des réponses que vous n’apportez pas vous-même quand on vous interroge pour faire avancer le débat, j’aurais pu vous renvoyer simplement vers ce post ou bien celui-ci ou encore celui là et également ce dernier . Quoique, celui ci vous aurait aussi apporté quelque chose. De même que :

    ça
    et ça

    Mais je comprends que vous étiez occupé à faire de l’archéologie dans les archives bancaires françaises :) Merci donc pour votre post à la fois court et synthétique.

    Je vous réponds point par point, en m’excusant d’avance auprès des lecteurs, car ça va être long et s’apparenter à du “quasi-trolisme” car pour faciliter la compréhension, je vais être obligé de faire systématiquement des citations. Si Etienne Chouard était capable de résumer en quelques points comme nous l’avons fait, je vous épargnerais volontiers cet exercice.

  222. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 16:56 @ Etienne Chouard (suite)

    C’est un cours sur la monnaie que je vous signale ce soir, encore un, mais un cours administré par… la Banque de France elle-même (j’espère que la source vous paraîtra assez fiable pour n’être pas d’emblée jetée aux orties).

    – Vous le savez, ici, les arguments d’autorité ne passent pas.

    Vous verrez vous-même si la création monétaire dévolue aux banques commerciales est, pour la plus haute autorité monétaire du pays, une sottise, comme vous le prétendez vous.

    – Et moi qui croyez qu’avec le passage à l’Euro, la plus haute autorité monétaire du pays, c’était la Banque Centrale Européenne. C’est décidé, si la crise financière s’étend au monde entier, je quitte le pays!

    … on bosse, vous voyez, et on va prendre les infos à la source, de l’encrier même de la Banque centrale, on espère que vous ne trouverez pas notre pensée trop aplatie ni nos citations trop courtes.

    – Ce ne sont ni vos citations, ni vos pensées, mais celles de la Banque de France. Et si, la Banque de France les a trop aplaties pour que vous les compreniez.

    On dit souvent aussi que la monnaie est une créance… {mais} À la différence des créances, elle doit être acceptée par tous — on dit qu’elle a pouvoir libératoire — dans le pays où elle a été émise et sa liquidité est parfaite car elle est immédiatement utilisable.

    – vous mettez en gras ce passage, mais vous le n’avez pas compris. Je vous mets en gras à mon tour le seul mot important : “émise”. Peut-on “émettre” Etienne de la monnaie scripturale? Ou seulement de la monnaie fiduciaire?

    L’usage du chèque et des autres moyens de règlement par écritures gagne en effet progressivement de nouvelles couches sociales. À la limite, on peut imaginer un système dans lequel tout ce qui est gagné et dépensé par chacun serait immédiatement comptabilisé par un ordinateur, ce qui supprimerait la nécessité d’un support matériel des règlements.

    – Dieu (ou autre chose) nous en préserve!

  223. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 16:57 @ Etienne Chouard (suite)Ensuite, un passage qui me met la puce à l’oreille sur une des raisons pour laquelle vous persistez (et là, ce n’est pas vraiment votre faute) :

    Quels que soient les instruments utilisés, les règlements scripturaux entraînent une énorme masse de transferts entre les institutions financières. Il arrive que le débiteur et le créancier aient leur compte dans le même établissement ; mais ce n’est pas le cas le plus fréquent {NDLR : notez ici que ce cas a été débattu plus haut avec Bru et “Moi”. Merci de vous y référer}. Dans toutes les villes de quelque importance, les représentants des organismes financiers se rencontrent donc chaque jour ouvrable pour confronter leurs créances et leurs dettes respectives au sein d’une centrale de règlements, appelée « chambre de compensation » et apurent les soldes dégagés, en faveur ou à la charge de chacun, par l’intermédiaire de la Banque de France, où ils ont eux-mêmes des comptes. Ainsi, la Banque de France se situe au centre des échanges de monnaie scripturale et apparaît comme la Banque des banques. C’est d’ailleurs la Banque de France qui organise et dirige la « compensation » dans les villes où elle est établie, sauf à Paris où existe une institution spéciale créée à cet effet et placée sous la responsabilité des différents participants.

    – En lisant ce passage de votre document, ma première réflexion a été : “Oh my god! Que c’est mal expliqué”. Ce passage laisse penser que la compensation se fait entre banques avec de la monnaie scripturale, mais ne dit pas ceci. Pour la bonne et simple raison que la compensation se fait en monnaie centrale entre les banques.

    C – Les disponibilités quasi monétaires et la masse monétaire

    Les dépôts bancaires qui ne sont pas immédiatement utilisables dans un règlement ne peuvent être au sens strict considérés comme de la monnaie.

    – Je pense que vous avez lu cette phrase en vous disant : “vous voyez, les banques ne prêtent pas les dépôts, puisque “les dépôts bancaires ne sont pas immédiatement utilisables dans un règlement”. Reprenez ce chapitre (court) de votre document : on y parle des compte-épargne et comptes à terme, mais on ne dit pas qu’on ne peut pas les prêter, simplement qu’ils ne donnent pas droit à l’utilisation comme moyen de paiement aussi directement qu’un compte à vue.

    Contrairement à une idée encore trop répandue, la fonction des banques consiste beaucoup moins à collecter des dépôts dans le public qu’à créer de la monnaie au profit des entreprises, des particuliers et de l’État.

    [Vous n’avez pas bien lu, je crois. Relisez, s’il vous plaît… Qui parle, déjà ? Un sélénite ? non, non … ÉC]

    – ah, la jouissance de pouvoir extraire d’un texte plein de raccourcis une suite de mots qui “semblent” dire la même chose que ce que l’on pense… Cette phrase est tout simplement fausse : les activités principales d’une banque commerciale continuent à être l’intermédiation financière (collecte des dépôts et transformation en crédit), la gestion de moyens de paiement et la fourniture de services financiers.

  224. antoine dit :
    11 janvier 2009 à 16:57 @ Etienne Chouard et Julien Alexandre.
    Quel preuve matérielle, concrêtement, reconnaitriez vous l’un et l’autre comme décisive (dans un sens ou dans l’autre)????Mettez vous d’accord là-dessus s’il vous plait.
  225. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 16:57 @ Etienne Chouard (suite)

    Une banque pourrait même créer indéfiniment de la monnaie si les crédits qu’elle consentait servaient à régler des particuliers ou des entreprises ayant un compte chez elle. Le crédit accordé, inscrit à l’actif du bilan de la banque au fur et à mesure de son utilisation, a alors pour contrepartie l’augmentation, au passif, des disponibilités de la clientèle.

    Cette hypothèse extrême semble, à première vue, un peu caricaturale ; elle est cependant proche de la réalité si l’on considère l’ensemble du système bancaire car une très large part des paiements s’effectue bien en créditant des comptes bancaires.

    Il reste que, dans les faits, existent deux limitations.

    La première provient des transferts de fonds opérés lors de la création monétaire. Les comptes des bénéficiaires des règlements opérés par l’emprunteur seront parfois situés dans la banque qui a accordé le crédit mais, le plus souvent, ils le seront dans d’autres établissements.

    La seconde limitation provient de la transformation en billets de banque d’une partie de la monnaie créée. Le public, conformément à ses habitudes de règlement, maintient, du moins à court terme, un rapport relativement stable entre la monnaie qu’il confie aux banques et celle qu’il conserve en billets. Si la monnaie additionnelle est généralement créée sous forme de dépôts, le comportement du public tend à rétablir rapidement la répartition habituelle entre billets et dépôts.

    Ces deux limitations n’ont pas la même portée. La première comporte une contrepartie : si la création monétaire d’une banque entraîne des transferts vers d’autres banques, les opérations de crédit réalisées par ces dernières provoquent un flux de sens opposé. Néanmoins, pour une banque déterminée, il n’y a pas nécessairement égalité entre les fonds reçus des autres banques et les virements qu’elle doit effectuer à leur profit, ce qui peut poser un problème de trésorerie…Il en va autrement pour les billets que seule la Banque centrale émet et que les banques doivent se procurer auprès d’elle en lui cédant certains actifs. À la contrainte exercée sur les banques par les prélèvements en billets s’ajoute l’obligation, qui sera évoquée ultérieurement, de constituer des avoirs en compte à la Banque centrale.

    – Si le rédacteur de ce texte avait voulu être clair, il aurait précisé que “les transferts de fonds opérés lors de la création monétaire” sont des transferts de monnaie centrale>. Et si pour que la banque B “crée” la monnaie, quand on fait un “transfert” d’une banque A vers la banque B, il faut au préalable que la banque A transfère l’équivalent en monnaie centrale de la monnaie scripturale qui sera “créée” par la banque B , alors, on peut aisément dire que la banque B ne crée rien du tout. Elle met à disposition de la monnaie scripturale parce qu’elle a reçu l’équivalent en monnaie centrale. Et pour autant, elle a probablement prêté l’essentiel de ce dépôt de monnaie centrale déjà, probablement 90% en gardant 10 % de réserve fractionnaire… :)

  226. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 16:59 @ Etienne Chouard (suite)

    Puis les banques commerciales ont peu à peu pris conscience que les fonds déposés par leur clientèle présentent globalement une assez grande stabilité. L’octroi de crédits longs en contrepartie de ressources à vue ne comporte pas de risque réel d’immobilisation des fonds lorsque l’établissement qui procède à cette « transformation » possède une certaine taille et que l’importance de sa clientèle de déposants le garantit contre les diminutions accidentelles de ses ressources. Au demeurant, le risque d’un retrait important devient de plus en plus improbable à mesure que la part relative de la monnaie manuelle (billets et pièces) décroît au bénéfice de la monnaie scripturale gérée par les banques. Au surplus, celles-ci bénéficient d’une consolidation partielle de leurs ressources liée à l’expansion des dépôts à terme et d’épargne.

    – Là, c’est vraiment intéressant que vous ayez mis ce passage en gras, puisqu’il dit très clairement que les dépôts à vue sont prêtés par les banques :) J’extrait : “’octroi de crédits longs en contrepartie de ressources à vue ne comporte pas de risque réel d’immobilisation des fonds lorsque l’établissement qui procède à cette « transformation » possède une certaine taille et que l’importance de sa clientèle de déposants le garantit contre les diminutions accidentelles de ses ressources”.

    C’est d’autant plus drôle que c’est exactement la même chose que ce qui est dit par la Banque Postale (qu’est ce vous avez contre la Banque Postale?) dans le lien que je vous ai donné : “L’enjeu de la gestion financière est de déterminer la maturité moyenne sur laquelle ces fonds peuvent être engagés. Bien que la plupart soit contractuellement “à vue”, ces dépôts sont stables lorsqu’on observe leur historique d’encours.”

    Vous m’autorisez à vous taquiner un peu? “Oh, le joli tir de balle dans le pied”!

    Il n’en reste pas moins que la Banque de France émet deux sortes de monnaies indispensables au processus de création monétaire

    – Comment ça, maintenant cette fichue Banque de France nous dit qu’on ne peut pas créer de monnaie scripturale sans monnaie centrale?

    Et plus loin :

    – il s’agit, d’une part, on l’a vu, des billets de banques qu’elle remet aux banques qui, à leur tour, les délivrant aux entreprises et aux particuliers, sans d’ailleurs qu’il y ait, à proprement parler, de création monétaire, puisque ce sont des avoirs en compte des banques sur les livres de la Banque de France, puis des particuliers ou des entreprises sur les livres des banques, qui sont transformés en billets.

    – Aïe, ça se corse “sans qu’il y ait, à proprement parler de création monétaire.”
    Pas de création monétaire, OK je note. On a perdu au tirage, essayons au grattage :

    – il s’agit, d’autre part, de la monnaie scripturale constituée par les soldes créditeurs des banques et des autres intermédiaires financiers sur les livres de la Banque centrale ; contrairement aux composantes de la masse monétaire, cette monnaie « centrale » ne sert qu’aux règlements interbancaires et n’intervient pas dans le circuit normal des échanges ; cependant, son aptitude à se transformer en toute autre forme de monnaie en fait l’instrument indispensable à la convertibilité de toutes les autres catégories de monnaies entre elles.

    – Re-aïe, le coup de grâce : la monnaie centrale est “l’instrument indispensable à la convertibilité de toutes les autres catégories de monnaie entre elles”.

    Je traduis : “pas de monnaie centrale, pas de monnaie scripturale”. Alors, elle est où la “création monétaire” de monnaie scripturale si on a besoin de monnaie centrale pour l’utiliser?

  227. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 16:59 @ Etienne Chouard (suite et fin)

    De façon générale la liquidité d’une banque tend à se réduire dans la mesure où ses crédits se développent alors que de nouvelles possibilités de refinancement en monnaie centrale ne lui sont pas ouvertes : la distribution des crédits est en effet inéluctablement une source de transferts. Aussi chaque établissement s’efforce-t-il de limiter l’incidence de ces transferts en développant les services rendus à la clientèle afin d’attirer le maximum de monnaie créée soit à son initiative soit indépendamment de son intervention. La recherche des dépôts du public par les banques est pour elles une quête de liquidités.

    – Franchement, vous mettez ça en gras en pensant que ça sert votre propos?!? Pourtant, ce que dit ce passage c’est : “si je ne peux pas me refinancer en monnaie centrale et que je continue à développer des crédits, je suis insolvable”. C’est marqué noir sur blanc.

    Je pourrais continuer comme cela et descendre tout le texte pour vous l’expliquer, mais franchement à ce stade, cela me paraît inutile. Je reconnais que dans un ou deux passages que j’ai illustrés, le texte de la Banque de France manque de précision. Je vous ai apporté ces précisions pour vous permettre de mieux comprendre. Faites l’exercice, et à la place de “création monétaire”, mettez “mise à disposition de moyens de paiement sous forme de monnaie scripturale transformable gagée sur la capacité de l’établissement bancaire à fournir la monnaie centrale équivalente si besoin est”. Cela devrait vous éclairer sur la “nécessité” d’employer un raccourci sémantique pour rendre accessible le mécanisme monétaire.

    Ce texte ne dit rien d’autre que ce que nous disons. Désolé. Ce n’est pas aujourd’hui que les triangles seront carrés.
    Si toutefois, vous ne comprenez toujours pas, je suis disposé à m’entretenir de façon privée avec vous.

    Si je prends la peine de faire tout ce travail pédagogique avec vous Etienne, ce n’est pas sans intérêt : vous êtes très lu (et je vous en félicite). Mais avec la reconnaissance vient la responsabilité. Et ce que vous faites en diffusant des informations fausses et en justifiant un film comme celui Grignon, est irresponsable et dangereux. Pas pour vous mais pour vos lecteurs.
    Amicalement,
    Julien

  228. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 17:26 @ Antoine :

    antoine dit :
    11 janvier 2009 à 16:57
    @ Etienne Chouard et Julien Alexandre.
    Quel preuve matérielle, concrêtement, reconnaitriez vous l’un et l’autre comme décisive (dans un sens ou dans l’autre)????

    Mettez vous d’accord là-dessus s’il vous plait.

    2 possibilités :

    – Etienne ouvre une banque avec 1 € de fonds propres, ne reçoit aucun dépôt et accorde un crédit de 10 € à un client qui les déposera dans une autre banque que celle d’Etienne. Si Etienne ne fait pas faillite, il aura eu raison.

    – Etienne apporte la preuve que les banques ne prêtent pas les dépôts.

  229. Bru dit :
    11 janvier 2009 à 18:08 @Antoine,vous êtes incapable de voir que ce qui est impossible unitairement est possible massivement.
  230. Bru dit :
    11 janvier 2009 à 18:09 c’était @JA pardon
  231. Nadine dit :
    11 janvier 2009 à 18:18 @Julien AlexandreEncore une fois impressionnant et trés interessant votre argumentation.
    Pouvez vous me dire si ce que j’ai ecrit par rapport au texte d’Etienne est faux ou vrai ou n’a aucun intêret enfin si vous en avez encore la force.
    Merci d’avance.
  232. Bru dit :
    11 janvier 2009 à 18:19 @JA,et techniquement, Antoine a raison, la banque ne prête pas les dépôts mais entre autre sur la base des dépôts.
    La banque, techniquement prête de sa trésorerie qui peut ou pas être issue des dépôts. Ces prêts peuvent être déposés dans la même banque, au quel cas aucun mouvement de monnaie bancaire n’a lieu, ou déposé dans une autre, et la effectivement il y aurait mouvement de monnaie centrale, si un flux inverse (de la 2eme banque vers la 1ere) ne venait pas le compenser. La tenue du système bancaire montre que ces flux s’annulent en majorité.
  233. Galuel dit :
    11 janvier 2009 à 18:42 Seul le dividende monétaire (ou dividende social) qui est une création POSITIVE de monnaie permet de gérer convenablement une masse monétaire équilibrée et démocratique ! http://creationmonetaire.blogspot.com/2009/01/dividende-montaire.htmlhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Dividende_social

    La monnaie est une “mesure expérimentale” de la valeur des biens et services, dont la quantité totale se doit de fluctuer en rapport avec la croissance globale de l’économie.

  234. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 19:06 @ Bru :

    Bru dit :
    11 janvier 2009 à 18:08
    @JA,

    vous êtes incapable de voir que ce qui est impossible unitairement est possible massivement.

    Qu’est ce qui est impossible unitairement et qui l’est massivement? A quoi faites-vous référence?

    et techniquement, Antoine a raison, la banque ne prête pas les dépôts mais entre autre sur la base des dépôts.
    La banque, techniquement prête de sa trésorerie qui peut ou pas être issue des dépôts. Ces prêts peuvent être déposés dans la même banque, au quel cas aucun mouvement de monnaie bancaire n’a lieu, ou déposé dans une autre, et la effectivement il y aurait mouvement de monnaie centrale, si un flux inverse (de la 2eme banque vers la 1ere) ne venait pas le compenser. La tenue du système bancaire montre que ces flux s’annulent en majorité.

    Si, la banque prête précisément les dépôts. Et vous en avez compris le mécanisme. Par contre quand vous dites “La tenue du système bancaire montre que ces flux s’annulent en majorité”, d’où tenez-vous cette affirmation?

    Je ne comprends pas vraiment ce que vous essayez de démontrer pour être honnête.

  235. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 19:10 @ Nadine : dans l’ensemble, votre raisonnement me semble correct. Quelques raccourcis à la fin sur l’articulation entre dépôts et monnaie scripturale, mais rien de faux.
  236. antoine dit :
    11 janvier 2009 à 19:10 @ Alexandre Julien
    “Etienne apporte la preuve que les banques ne prêtent pas les dépôts”.Hum… notez que les banques pourraient très bien faire les deux: “créer” du crédit “ex nihilo” et prêter les dépôts (si ces derniers ne suffisaient pas). Non?

    Demander à quelqu’un de prouver qu’un agent NE FAIT PAS quelque chose, c’est un peu comme demander à un candidat de prouver qu’il n’a pas été discriminé à l’embauche… C’est très difficile. Je suppose qu’un texte de loi interdisant les banques commerciales de prêter les dépôts ne vous suffirait pas, de même que la parole d’un banquier (les arguments d’autorité n’ayant aucune valeur), ce qui compte étant la pratique effective des banques. De quel document PRECIS auriez vous besoin pour prouver que les banques commerciales prêtent effectivement les dépôts?

    Notez que les banques pourraient très bien faire les deux: “créer” du crédit “ex nihilo” et prêter les dépôts (si ces derniers ne suffisaient pas). Non?

    @ E. Chouard. Ce que je me pose comme question est sûrement aussi naïf que ce qui est exposé au dessus mais:

    Prenons l’exemple d’une banque d’organes. Si la banque s’effondre, les organes qui y avaient été déposés reviennent à leurs propriétaires (elle les conserve simplement et n’est pas habilité à les céder à un tiers).
    Prenons maintenant l’exemple d’une banque commerciale. Si la banque s’effondre, les déposants perdent tout ce qu’il y a sur leur compte, (sauf par exemple le produit du casse d’une bijouterie de luxe, bien à l’abri dans le coffre fort qui a été loué). J’en déduis que les banques commerciales peuvent perdre l’argent des déposants, et donc qu’elles l’investissent / le prêtent (y compris ce qui est sur le compte courant). Sans quoi elles ne pourraient pas le perdre.
    Non?

  237. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 19:15 @ Antoine :Si vous trouvez un SEUL texte de loi qui interdit aux banques commerciales de prêter les dépôts, ou un seul VRAI banquier qui déclare qu’il ne prête pas les dépôts, je mets la clé sous la porte et vous n’entendrez plus jamais parler de moi. Ou mieux, j’accompagnerais Etienne Chouard dans ses conférences aux IEP où il “démontre” le “scandale de la création monétaire” par les banques commerciales.

    Cela vous convient-il?

    Votre argument à Etienne Chouard sur la solvabilité est juste. Je l’ai mentionné dans les posts en lien dans mon premier long message.

  238. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 19:46 @ Antoine :

    Notez que les banques pourraient très bien faire les deux: “créer” du crédit “ex nihilo” et prêter les dépôts (si ces derniers ne suffisaient pas). Non?

    Non, quand les dépôts ne suffisent pas, les banques empruntent pour pouvoir offrir de nouveaux crédits.

  239. antoine dit :
    11 janvier 2009 à 19:52 Ok. Merci beaucoup Julien.Personnellement je n’ai pas d’avis sur ce problème, qui, comme je l’ai dit ne me parait pas central (pour ce qui m’intéresse dans le crédit/ la monnaie). J’aimerais juste comprendre comment tout cela fonctionne et comment tout cela pourrait fonctionner différemment sans a priori aucun.

    Donnez moi un exemple de “vrai banquier”: qui dois-je soumettre à la question? ;-) N’existe t-il vraiment aucun document MATERIEL susceptible de faire la différence, après analyse bien entendu?

    Il va quand même falloir rédiger un nouveau manuel d’économie. Ce ne sera pas du luxe j’ai l’impression.

  240. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 20:20 @ Antoine : je ne peux que vous renvoyer aux posts que j’ai publiés plus haut. Ainsi qu’aux sujets initiés par Paul Jorion sur la monnaie.
    Plus haut vous trouverez des liens ainsi que des explications précises et détaillées des mécanismes à l’oeuvre. Même le document donné par Etienne Chouard ne dit rien d’autre. Je reconnais que mon analyse est un peu longue, mais si vous la suivez, vous verrez qu’une fois rectifiés les “shortcuts” empruntés par l’auteur pour une raison ou une autre, la Banque de France ne dit rien d’autre que ce que nous disons.Je vous rejoins sur la nécessité de produire un document plus accessible pour le grand public, sans raccourci.
  241. Nadine dit :
    11 janvier 2009 à 20:27 @Julien AlexandreMerci pour votre réponse mais ne mettez pas encore la clé sous la porte on a encore besoin de vos explications.

    Etes vous d’accord quand les économistes qui font de la macroéconomie parlent de crédits qui font les dêpots en parlant du système bancaire dans son ensemble, parce que si vous êtes d’accord alors vous êtes aussi d’accord avec Etienne ( comme vous le savez je ne parle pas des banques prises individuellement où ce sont les dépôts qui font les crédits).
    En vous remerciant de vos explications éclairantes.

  242. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 20:51 @ Nadine : vous ne m’avez jamais vu aborder la question sous l’angle “les dépôts font-ils les crédits? ou les crédits font-ils les dépôts?” pour une bonne raison ==> je ne crois pas qu’elle ait de sens. Je pense même qu’elle induit certains en erreur. C’est l’oeuf et la poule, et ceci a déjà été abordé dans un autre sujet.Les dépôts font les crédits qui font les dépôts qui font les crédits, etc. Et si j’avais commencé par les crédits, ça continuerai de la même façon. On est bien avancé:)
  243. Nadine dit :
    11 janvier 2009 à 21:12 @Julien AlexandreSi la masse M1 augmente et que M0 à tendance à diminuer comme au USA avant la crise et que se sont uniquement les dépôts qui sont prêtés comment expliquez vous l’augmentation de M1?
  244. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 21:37 @ Nadine : pourquoi ne prêter que les dépôts? Les banques peuvent emprunter. Et faire de nouveaux crédits. Qui font de nouveaux dépôts.
  245. Nadine dit :
    11 janvier 2009 à 22:09 @Julien Alexandre
    Excusez moi d’insister mais j’ai du mal à comprendre.Si les banques empruntent M1 n’augmente pas, la monnaie est simplement déplacée.
    donc emprunter à qui pour que M1 augmente et M0 diminue ?
  246. Robert dit :
    11 janvier 2009 à 22:20 En ce qui concerne le terme de création monétaire un certain Elimar Rosenbohm a toujours parlé de « bousillage sémantique » et désigné « la théorie de la création de la monnaie » comme « la création d’une théorie ».
  247. Fab dit :
    11 janvier 2009 à 23:05 @ Julien Alexandre et Etienne Chouard,Je ne sais pas s’il y aura une fin à votre “affrontement”, je ne sais même pas si les guillemets s’imposent, et ne sais par conséquent pas s’il y aura un “vainqueur”. Cela dit, j’apprécie vos joutes comme on peut apprécier une chanson dont on ne comprend pas toutes les paroles…La mélodie…
    Que pensez-vous de ça :

    Les banques créent (je ne sais même plus si ce terme utilisé de la sorte est correct !) de la monnaie pour répondre aux besoins de fonctionnement de la société. Or, nous avons le sentiment (ça au moins c’est personnel, c’est subjectif, et donc difficile à nier !) qu’elles en créent trop. C’est cet excédent que nous pourrions, par définition, appeler la création ex nihilo.

    ?

    Bonne nuit.

  248. Vincent dit :
    12 janvier 2009 à 00:25 Bonsoir,Une petit chose que je souhaiterai comprendre à cet instant des débats.

    Il me semble que tous ici, sans aucune exception, y compris M. Paul Jorion, notre serviteur malgré lui, s’accordent à dire que les banques centrales sont à même de créer EX-NIHILO de la monnaie. Vous avez vu remarqué que je m’écarte des banques commerciales comme de la peste.

    Maintenant prenons un peu de champ, ou un peu de recul comme qui dirait et regardons le plan dans son ensemble.

    Quel constat avons nous devant les yeux :

    Les banques centrales sont entrain d’inonder, d’ouvrir les vannes de monnaie fraîche, nouvellement imprimée, l’ensemble du système afin qu’il ne “collapse” pas.

    Vous avouerez que cela est étonnant. Si il y a une contrepartie suffisante et nécessaire à toutes les opérations bancaires, quelqu’un pourrait-il avoir l’obligeance de m’expliquer alors ce besoin frénétique de battre monnaie dans toutes les banques centrales ?

    On me rétorquera, que la crise de confiance bloque les comptes, et que pour délier les positions, il faut du cash banque centrale. Mais alors nous sommes devant un phénomène pour le moins particulier. Ces banques commerciales, à l’insu de leur plein gré, viennent indirectement donc de créer EX-NIHILO des sommes colossales de monnaie par l’intermédiaire des banques Centrales. Parce que hormis les pertes irrécouvrables, l’ensemble du système est forcement solvable eu égard à la conservation des énergies, euh pardon, à la compensation des intermédiations. Nous avons donc forcement en ce moment dans les comptes de banque plus de monnaie que nécessaire, toutes choses étant égales par ailleurs.

    Peut-on ici me confirmer que depuis une année environs il y a plus de monnaie en circulation qu’il a un an ? Si oui, force est de constater que l’insouciance pour rester poli des banques commerciales a créer de la monnaie ?

  249. Étienne Chouard dit :
    12 janvier 2009 à 00:54 @ tous,Pardon de mes longs silences, mais je dors beaucoup : je suis grippé depuis mardi, tremblant, crevé, une toux douloureuse, blotti au fond de mon lit… et toutes ces invraisemblances qui défilent ici par trains entiers… Impossible de répondre individuellement à tout le monde, et parfois on se fait même apostropher (« Alors ! Ça vient ma réponse ?! ») ;-)

    Je prépare des réponses, lentement, quand j’émerge, pardon ; parfois, je les jette aussi, de dépit et de guerre lasse.

    @ Julien Alexandre :

    Je ne sais pas qui vous êtes et, si je peux admettre le refus de principe des arguments d’autorité —c’est-à-dire, précisément, sans argument autre que la seule autorité d’un auteur— (je suis moi-même un iconoclaste autonome et assez irrévérencieux par principe), je raisonne quand même sur ce que disent les autorités, et les textes que je cite ne sont pas seulement issus d’autorités : ils sont aussi soigneusement argumentés, contrairement à vos propres propos que je trouve passablement péremptoires et mal fondés (trop agressifs, aussi).

    Donc, à ce jour, je ne vois pas pourquoi je devrais croire davantage « Julien Alexandre » (qui affirme ici sans support toutes sortes de choses extravagantes) que les spécialistes de la Banque de France et les auteurs des soixante livres sur la monnaie que j’ai chez moi.

    Quand la Banque de France démontre sur 200 pages pourquoi et comment les banques commerciales créent la monnaie scripturale (comme partout dans le monde) et quand, de votre côté, vous me dites simplement, vous Julien Alexandre, juché sur vos certitudes privées de la moindre autorité de référence, quand vous me dites : « C’est tout simplement faux », je suis désolé, ne le prenez pas mal, mais la BDF est mille fois plus crédible que Julien Alexandre.

    Quand vous insistez sur des passages soi-disant mal choisis et contradictoires avec ce que je dis, c’est simplement vous qui vous méprenez, soit sur ce que je dis, soit sur ce que dit le texte… Alors, je ne vais pas reprendre le train de vos erreurs et de vos mauvaises querelles, c’est trop long, chacun jugera sur pièce vos commentaires.

    Sur le fond de la création monétaire privée (à l’occasion du crédit bancaire) :

    Je vous demande une nouvelle fois de prêter attention à L’ORDRE dans lequel se passe le crédit (en plus de mes lectures, je le tiens directement de deux patrons de grandes banques française) : D’ABORD, la banque prête (crée), autant qu’elle le peut, ensuite, le soir, elle compense avec ses concurrents (qui en ont fait autant), et ENSUITE SEULEMENT, si elle en a besoin, elle cherche les quelques pécunes en monnaie centrale qui lui manquent éventuellement pour être en règle et qu’on lui prêtera toujours sans barguigner, ce qui montre d’ailleurs que les réserves fractionnaires sont une fausse limite (mais la monnaie prêtée a été créée depuis longtemps quand la banque se « refinance » éventuellement).

    Il me semble donc que l’intermédiation et la transformation sont tout à fait compatibles avec la création monétaire. Vous semblez vouloir nous imposer de choisir un processus ou l’autre, mais ils sont compatibles, complémentaires. Je dirais même que, compte tenu du droit de propriété (je vous rappelle que les fonds déposés à la banque n’appartiennent pas à la banque, ce qui est la règle que cherche Antoine qui permet de dire que la banque ne prête pas les dépôts), compte tenu de ce droit de base que vous connaissez sans doute tous ici, donc, la création monétaire est l’outil indispensable pour mener à bien les missions d’intermédiation et de transformation.

    Mais comme vous avez juré (devant quelle icône ?) de ne jamais admettre la possibilité même d’une création monétaire par d’autres instances que la banque centrale, votre cerveau est sans doute fermé à cette remarque qui pourrait pourtant rapprocher les points de vue.

    Chacun ses sources. Moi, je croise les miennes et plutôt par paquets de dix (ce que vous appelez avec mépris « de l’archéologie dans les archives bancaires françaises »).

    Et si mon maillage de sources donne un résultat cohérent “à un Julien Alexandre près”, je ne vais pas me laisser démonter pour si peu ;-)

    ________________

    @ Nadine,

    Si j’en crois votre message du 11/1 à 13h01, nous allons bientôt être d’accord.
    Ça fait du bien, de temps en temps, dans ce monde de brutes.

    Je retourne tousser au chaud, bonne nuit.

    Étienne

  250. Paul Jorion dit :
    12 janvier 2009 à 03:27 @ Etienne ChouardJulien Alexandre et le document de la Banque de France disent la même chose. Mettre le mot création en caractères gras et en rouge (je suppose que ça ne se trouve pas dans le document original et qu’il s’agit d’une addition de ta part) n’y changera rien. La seule différence, c’est que c’est mieux expliqué par Julien Alexandre. Pourquoi est-ce mieux expliqué chez Julien ? Parce qu’il n’a pas à se livrer à un exercice de corde raide de relations publiques en même temps, comme a à le faire une Banque Centrale. J’avais mis la même chose en évidence à propos du document Modern Money Mechanics de la Federal Reserve Bank de Chicago.

    Le point de vue de Julien Alexandre n’est pas non plus “isolé” : il représente celui de l’ensemble du monde financier à l’exception de quelques comptables qui ont été longuement cités ici et de Maurice Allais. Si son point de vue était isolé pourquoi les tenants de la création de monnaie ex nihilo par les banques commerciales se lamentent-ils régulièrement que la plupart des employés de banques affirment eux qu’elles ne créent pas d’argent ? Que ce soit le point de vue des professionnels n’est sans doute pas une garantie mais c’est en tout cas incontestable. Ceci dit, même lorsqu’il se fait que mon point de vue est celui de la majorité des experts, cela n’a pas pour moi valeur d’argument. Si je le souligne, c’est parce que je note souvent chez toi cette tendance à dire à tes contradicteurs qu’ils sont isolés, qu’il existe un consensus contre eux ou, dans mon cas, que je “risque de perdre ma crédibilité” si je ne suis pas d’accord avec toi. Un autre commentateur a attiré l’attention sur ton goût pour les attaques ad hominem. Tout ça, ce sont des tentatives d’intimidation verbale, cela ne remplace ni les faits, ni le raisonnement.

  251. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 09:34 @ Etienne Chouard :Merci pour votre réponse. Si vous avez ressenti de l’agressivité ou du mépris dans mes propos, je m’en excuse. C’était au mieux de la taquinerie, au pire de l’humour. J’ai le plus grand respect pour le corps enseignant.

    Par conséquent, je ne rebondirais pas sur les attaques personnelles, ça n’intéresse personne et n’apporte rien au débat. En revanche, permettez-moi les réflexions suivantes :

    – Vous continuez à soutenir que les banques ne prêtent pas les dépôts. A ce jour, malgré mes relances, vous n’avez pas apporté la moindre preuve, ou “maillage de sources” pour étayer ce point.

    – Vous dites tenir des informations

    “directement de deux patrons de grande banque française”

    et je vous crois volontiers. Au cours de vos échanges avec vos interlocuteurs, ont-ils à un moment ou un autre confirmé cette affirmation de votre part?

    – Vous citez très fréquemment Maurice Allais (j’ai regardé votre conférence à l’IEP d’Aix en janvier 2008 où vous dites “j’ai un prix Nobel derrière moi”). Donc permettez-moi de citer cette référence :

    Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiements ex nihilo [(à partir de rien], car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt, qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit, il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme de crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écritures.

    Je passe rapidement sur l’erreur de raisonnement de Maurice Allais (ceux intéressés trouveront de nombreux billets sur le site de Paul Jorion à cet effet) pour m’intéresser au passage que j’ai mis en gras : Maurice Allais, que vous évoquez constamment, affirme que la banque a prêté “la plus grande partie de ce dépôt”.
    Donc Etienne, est-ce que Maurice Allais se trompe, et si oui pourquoi?

    – Le long document de la Banque de France que vous avez cité, comme Paul Jorion l’a précisé, dit la même chose que ce que nous disons. J’ai expliqué les passages qui sont un peu flous afin de le rendre plus intelligible. Ce document ne dit à aucun moment que les banques ne prêtent pas les dépôts.

    Enfin vous dites :

    je ne vais pas reprendre le train de vos erreurs et de vos mauvaises querelles, c’est trop long, chacun jugera sur pièce vos commentaires.

    C’est bien dommage, car je pense que c’est le seul moyen d’avancer dans le débat.
    Etienne, très humblement et amicalement, je vous répète la fin de mon message précédent : “Si je prends la peine de faire tout ce travail pédagogique avec vous Etienne, ce n’est pas sans intérêt : vous êtes très lu (et je vous en félicite). Mais avec la reconnaissance vient la responsabilité. Et ce que vous faites en diffusant des informations fausses et en justifiant un film comme celui de Grignon, est irresponsable et dangereux. Pas pour vous mais pour vos lecteurs.”

    Si vous souhaitez qu’on avance et que l’on parle du problème de la répartition du capital, du scandale de la spéculation ordinaire, de la capacité démesurée d’une petite minorité à s’accaparer la seule ressource vraiment précieuse – le temps- au détriment de la majorité, ou d’une définition de la richesse qui intègre la création ET la destruction des ressources naturelles, ce sera avec grand plaisir. Et vous serez probablement étonné de voir nos points de vue se rejoindre systématiquement.

    Si vous voulez parler du “scandale des banques commerciales qui créent de la monnaie à partir de rien”, vous vous trompez de cible. Je vous renverrais alors à ce billet :
    “De l’art de situer les scandales au bon endroit”

    Amicalement, Julien

  252. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 09:46 @ Nadine : il existe 2 types de monnaie centrale ==> la monnaie fiduciaire (billets, pièces) et la monnaie centrale scripturale. C’est l’agrégat M0.
    Mais il existe 2 types de monnaie centrale scripturale en fonction de la nature des opérations menées par la Banque Centrale ==>- la Banque Centrale achète des actifs réels, financiers, des devises, elle crée de la monnaie centrale scripturale externe ou libre. Cette création de monnaie est définitive. Elle n’augmente pas l’actif global du système non bancaire, car ces opérations ne concernent que la banque centrale et les banques commerciales.

    – la Banque Centrale refinance les banques commerciales (octroi de crédit, opérations de réescompte d’un effet de commerce), elle crée de la monnaie interne. Cette création de monnaie est transitoire ou temporaire : le remboursement du refinancement entraîne une destruction de monnaie identique.

  253. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 10:03 @Julien AlexandrePouvez vous nous donner les chiffres de la répartition de cette monnaie centrale M0 entre fiduciaire et scripturale (on doit surement retrouver cela dans les bilans de la Banque de France ou de la BCE), par exemple au 31/12/07
  254. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 10:19 @ Ariane : la BCE ne publie que les agrégats M1, M2 et M3.
  255. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 10:29 @Julien AlexandreAlors vous n’avez aucun élément officiel en appui de vos affirmations, ou avez une autre source ?
  256. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 10:56 @ Ariane : en appui de quelle affirmation?Avec plus de 250 posts sur ce sujet, je pense qu’il serait bon pour faciliter la lecture (des participants et surtout des non participants) de faire explicitement référence à un propos en particulier quand on propose une réponse ou que l’on pose une question. Vous êtes d’accord?
  257. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 11:03 @Julien AlexandreC’était des précisions par rapport à votre réponse à Nadine à 9 h 46.
    Si la BCE crée “2 types de monnaie centrale, la monnaie fiduciaire (billets, pièces) et la monnaie centrale scripturale ” bon doit bien retrouver ces montants dans les bilans ou comptes d’exploitation de la BCE (ou “autre source”) …
    On trouve facilement le montant de la monnaie fiduciaire sur eurostat… mais vous avez donc surement une information fiable concernant la quantité de monnaie scripturale centrale.
  258. 2Casa dit :
    12 janvier 2009 à 11:06 Je vois que tout le monde progresse dans la lecture de Schoppenhauer !
  259. Moi dit :
    12 janvier 2009 à 11:59 Je ne sais pas si cela fera avancer le debat mais voici un extrait d’un article publie sur contreinfo. L’auteur est Jean Claude Werrebrouck, professeur d’économie à l’université de Lille 2 (petite pique amicale pour Sophie, qui apprecie beaucoup l’argument d’autorite).“Or, il est important de rappeler ici – et nous mettons en garde les participants du séminaire – que la notion de dépôt de bilan d’une banque centrale n’a strictement aucun sens puisque cette dernière dispose d’un pouvoir exorbitant : celui de créer de la monnaie.”

    http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2485

  260. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 11:59 @ Ariane : merci d’avoir précisé votre question. La BCE ne publie que les agrégats M1, M2 et M3. La Banque Centrale contrôle la base monétaire M0 ou monnaie banque centrale, mais pas la répartition entre monnaie fiduciaire et réserves. Le processus de “création” ou mise à disposition de monnaie scripturale par la Banque Centrale est identique au processus de “création” ou mise à disposition de monnaie scripturale par les Banques Commerciales.Vous n’aurez aucun mal à trouver une définition de la base monétaire sur Google ou dans des livres d’économie : billets en circulation + avoirs en monnaie scripturale dans les comptes de la Banque Centrale. Les références sont multiples.

    Une banque commerciale aura toujours besoin de monnaie banque centrale afin :
    – d’assurer la compensation bancaire ;
    – de constituer les réserves obligatoires auprès de la Banque Centrale ;
    – d’assurer les besoins de ses clients.

    4 moyens pour une banque commerciale de se procurer de la monnaie banque centrale :
    – la monnaie fiduciaire déposée par un client ;
    – le solde créditeur de son compte-courant auprès de la Banque Centrale ;
    – le marché interbancaire ;
    – le réescompte.

    @2Casa : Die Kunst, Recht zu behalten?

  261. 2Casa dit :
    12 janvier 2009 à 12:22 “Schopenhauer” pardon.@ JA

    Ja klar !

  262. Rumbo dit :
    12 janvier 2009 à 12:24 À nouveau moins disponible, et en plus je ne peux “dépiauter” tous les messages.
    Je voudrais simplement rappeler encore une fois que le système financier ne représente nullement les réalités économiques et sociales, et surtout représente encore moins les réalités premières économiques et sociales, c’est à dire, bêtement, la poduction des biens nécésaires à la vie, avec en face, un pouvoir d’achat assuré à la base. Ce sont ces réalités qui, pourtant, sont toutes à la source du – progrès matériel – (1), alors que les forces humaines qui travaillent, développent et perfectionnent sans cesse les progrès ne bénéficient pas (au moins dans un très large pourcentage) du moyen de paiement concret, c’est à dire la monnaie sous toutes ses formes, pour se procurer, – et sans dette – les biens que ces forces productive concoivent, créent et fabriquent. Dans ce mot: progrès, je rappelle ici que ce mot inclu évidemment, et par force, l’intégration, et non la déintégration actuelle de l’environnement et de l’écosytème, ces deux entités auront, de toute façon le dernier mot ici bas. Donc c’est à nous d’introduire ce paramètre ce que nous aurions dû faire bien avant d’être, maintenant, sous la pression des “événements”.C’est un système financier qui représentera – exactement – les réalités économiques et sociales que sera le levier de base du changement de cap obligatoire de sauvetage de l’environnement et de l’écosystème, tout en sachant très bien qu’il y a aussi (et surtout?) des cycles naturels qui peuvent interférer et même sûrement déterminer le biotope de la vie. Cela nous n’y pouvons rien.

    En attendant (façon de parler car on n’attend plus), voici, mieux que je pourrais le faire en trop peu de lignes, des informations essentielles sur un modèle financier non moins essentiel, déjà existant à l’échelle d’un pays, et très performant dans le sens qui doit nous préoccuper. C’est dans cette direction qu’il nous faut agir.
    Par exemple, en Suisse, au Canada, dans plusieurs pays Latino-Américains, à Taïwan, en Corée du Sud, à Hong-Kong, des zones et des réseaux se forment. C’est encore très marginal mais, dans le contexte actuel, ce sont des longueurs d’avances qu’ils ont.

    Ici le modèle du WIR est notre voisin, pourquoi ne pas “monter” quelque chose d’équivalent? Rien n’est parfait, mais c’est in-fi-ni-ment mieux que que cette immense fraude financière quasi mondiale qu’il faut fuir. Nous sommes fatigués et plus encore de cette fraude généralisée en col blanc! Voir:

    http://www.tlaxcala.es/pp.asp?lg=fr&reference=6234

    (1) bien illustré par ailleurs par Jean Marc Jancovici quand il a calculé, en KW, que nous avons à peu près tous à notre service, en permanence autour de nous et personnellement à notre service, l’équivalent de la force musculaire d’une centaine “d’hommes-esclaves” en KW donc, et à notre entière disposition sur le champ, inclu l’énergie qu’il a fallu pour fabriquer industriellement tous les objets que nous utilisons au quotidien.

  263. antoine dit :
    12 janvier 2009 à 12:24 Etienne, vous n’avez pas répondu à l’objection de la “solvabilité”. Peut-être l’avez vous fait ailleurs. En ce cas, Paul pourrait peut-être retrouver le post en question… (ça devient de l’archéologie :-) !)C’est bête comme chou mais je ne vois pas comment l’intégralité de mes dépôts pourrait être réduite à néant en cas de faillite de la banque si justement comme vous le dites elle ne prête pas cet argent. Peut-être est-ce parce que sous forme scripturale l’argent des déposant est indistinguable des fonds propres de la banque?
    Quelqu’un partageant le point de vue d’E.Chouard aurait il une réponse à apporter?Ca m’aiderait grandement.
  264. Nadine dit :
    12 janvier 2009 à 12:29 @EtienneVous dites:  « D’ABORD, la banque prête (crée), autant qu’elle le peut, ensuite, le soir, elle compense avec ses concurrents (qui en ont fait autant), et ENSUITE SEULEMENT, si elle en a besoin, elle cherche les quelques pécunes en monnaie centrale qui lui manquent éventuellement pour être en règle et qu’on lui prêtera toujours sans barguigner »

    Je suis d’accord avec vous sur le plan logique mais je ne peux pas dire si c’est vrai, je ne travaille pas dans une banque.

    Quelques précisions cependant:

    « Autant qu’elle le peut »
    Celles qui font cela ne sont pas très sérieuses mais je vous accorde que logiquement c’est possible.

    Une précision générale qui ne vous concerne pas Etienne.

    L’expression “les dépôts sont prêtès” n’est pas vraiment correct à mon humble avis.

    Pourquoi:

    Pour une banque sérieuse… les dépôts servent uniquement à déterminer par le système fractionnaire la quantité de crédit que peut accorder la banque pour que les compensations interbancaires se fassent correctement et si le solde est négatif alors elles empruntent.

    Je crois que c’est bien dans ce sens que les choses opèrent car c’est ce qui est le moins coûteux pour la banque. En effet pourquoi payer des intérêts d’emprunt avant de savoir si le solde de la compensation sera négatif et surtout pour quel montant ! car avant la compensation impossible de le savoir .
    De plus les écritures comptables confirment ce déroulement des opérations…enfin il me semble.

    Bon rétablissement Etienne.

    @Julien Alexandre
    Merci pour vos précisions.

  265. 2Casa dit :
    .
  266. Étienne Chouard dit :
    12 janvier 2009 à 12:35 @ Paul,Paul, quand tu dis « Julien Alexandre et le document de la Banque de France disent la même chose », tu es dans le déni de la réalité. Chacun le verra en lisant, simplement.
    ______________

    Tu dis : « Le point de vue de Julien Alexandre n’est pas non plus “isolé” : il représente celui de l’ensemble du monde financier à l’exception de quelques comptables qui ont été longuement cités ici et de Maurice Allais. »

    Encore faudrait-il le prouver.
    ______________

    Tu me dis ensuite : « je note souvent chez toi cette tendance à dire à tes contradicteurs qu’ils sont isolés, qu’il existe un consensus contre eux ».

    Si je le pense, je le dis, effectivement.
    Et tu fais la même chose ;-)
    Remarque que c’est exactement ce que tu fais toi-même quand tu dis : « à l’exception de quelques comptables qui ont été longuement cités ici et de Maurice Allais »…

    Et c’est normal : chacun essaie de prendre des appuis sur d’autres pensées, et chacun trouve que les appuis adverses sont faiblards (évidemment, sinon on changerait d’avis, tout simplement).

    Donc, “j’ai également noté chez toi cette tendance…” ;-)

    _______________

    Paul, objectivement, tu n’as toujours pas donné, de ton côté, la moindre référence pour PROUVER ce prétendu « point de vue de l’ensemble du monde financier ». Pas un livre, pas un article, rien, aucune citation, longue ou pas.

    Ceci est un fait.

    Nous sommes donc priés de nous fier à ta seule autorité, ta parole d’« ingénieur financier ». Sans autre source.

    Désolé, sur ce sujet-là, compte tenu de tout notre travail de lecture, et dans l’état actuel des débats, c’est insuffisant.

    ________________

    Quelles « attaques ad hominem » ? Le fait de mettre en balance les affirmations de « Julien Alexandre » et les explications officielles et détaillées de la Banque de France (et de plus de 60 ouvrages sur la question) ?

    Quelle intimidation verbale ? Le fait d’argumenter ? Le fait de mettre en gras ce qui est particulièrement utile, pour ne pas le rater parmi des dizaines de pages de texte serré ? Allons…

    « Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage » ;-)

    ______________________

    Lors d’un échange récent avec un des directeurs de la Société générale (je ne consulte pas que les comptables), il nous a écrit ceci (ce message-là était d’ailleurs pour toi, Paul, et j’étais en copie) :

    « Concernant le point évoqué, je dirais :

    – les banques font du crédit tous les jours et les personnes en charge ne se préoccupent pas en général du financement ;

    – les trésoreries gèrent les entrées sorties de fonds après compensation et tous les virements de banques à banques se font via leurs comptes à la BC (ce ne sont pas des espèces, c’est aussi immatériel que le reste…)

    – quand il y a un déséquilibre dans la trésorerie d’une banque par rapport aux autres, il y a emprunt sur le marché monétaire auprès des banques “en excédent” (à la fin de la journée, tous les comptes sont soldés et équilibrés auprès de la banque Centrale.

    C’est au niveau du fonctionnement du système global que l’on juge de la création monétaire, c’est-à-dire de l’augmentation des encaisses liquides détenues par les agents économiques pour faire des transactions. »

    Ce même directeur de banque, un spécialiste financier de haut niveau, nous écrivait aussi, quelque temps auparavant :

    1) il n’y a pas un banquier qui vous dira qu’il crée de la monnaie, car… il ne le sait pas (sauf s’il a été un bon élève de l’IEP ou des facs d’Éco, et encore…)

    2) le banquier de base (agences du réseau) vous dira plutôt qu’il se bat tous les jours pour attirer de nouveaux clients et donc de nouveaux dépôts…

    3) il n’y a aucun “complot” dans cette attitude, aucune “omerta”, car il n’y a aucun besoin de connaître le processus de création monétaire pour être un bon banquier (il vaut bien mieux être un bon analyste financier pour évaluer les risques liés au crédit).

    Par ailleurs, rechercher le “secret” en analysant un bilan bancaire est une tentative vouée à l’échec : les dépôts à vue apparaîtront nécessairement comme une “ressource” au même titre que les dépôts à terme et d’épargne. Les discussions sur la possibilité ou non de prêter les DAV me paraissent largement surréalistes (sans vouloir heurter quiconque), pour ne pas dire sans fondement.

    Pour comprendre le processus de création monétaire, il faut “déconstruire” le processus qui part du crédit accordé et se boucle par son “financement” au niveau de la banque et du système bancaire global en essayant de bien déterminer ce qui est génération d’un pouvoir d’achat ex-nihilo sur l’économie (création monétaire) ou un transfert d’épargne (intermédiation financière).

    Accorder un crédit, c’est d’abord, par un simple jeu d’écriture, inscrire une somme au crédit d’un compte avec laquelle on pourra faire des paiements. Ensuite, l’histoire commence….. en fonction de ce que deviennent les flux d’argent, la banque va faire face à des besoins de financement différenciés.

    Cas le plus simple pour comprendre la problématique :

    Supposez qu’il n’y ait qu’une seule banque X et qu’une monnaie (les dépôts à vue gérés par cette banque), on voit immédiatement que le crédit effectué trouve immédiatement son financement qui est le dépôt à vue créé lui-même puisque :

    – toute dépense, cad tout transfert d’argent du récepteur du crédit (débit du compte dans la banque X et donc diminution du dépôt à vue dans cette banque)
    – …va se retrouver comme réception d’une recette pour un autre agent (crédit du compte dans la banque X et donc augmentation du dépôt à vue dans la même banque)

    Globalement, on aura donc au niveau du bilan de la banque:
    – à l’actif : une créance
    – au passif: un dépôt à vue détenue par Durand alors que le crédit avait été accordé à Dupont.

    Peut-on dire que la créance a été financée par Durand ? Certainement pas, car pour Durand, cet argent est immédiatement disponible et va entrer dans son plan de dépenses et ainsi de suite.

    L’augmentation globale de la dépense et donc du revenu à la fin du process sera: delta (Dépenses)= V (vitesse de circulation de la monnaie) * delta (dépôts à vue).

    Cas plus complexes pour se rapprocher du fonctionnement réel :

    a) cas de 2 banques

    Maintenant, supposez qu’il y ait 2 banques qui se partagent le marché et que les dépôts se répartissent entre elles selon un certain rapport (parts de marché).

    Il est facile de montrer que si les augmentations de crédit et donc de dépôts se font selon ce rapport, la création de crédit/monnaie n’a aucune limite car le “refinancement” des 2 banques sera “automatique”, les dépôts partant à la concurrence étant exactement compensés par les versements venant du concurrent.

    b) Introduction d’une Banque Centrale pour gérer les déséquilibres de trésorerie entre les deux banques

    Si ce n’est pas le cas, il faut un troisième “larron” (sans jeu de mots) : la Banque Centrale, car, s’il y a un déséquilibre entre les entrées et les sorties de fonds pour chacune de ces banques vis-à-vis de l’autre, il faudra que cela se règle par virements sur leurs comptes à la BC. Et, là l’affaire se complique… un peu… car, il y a désormais deux sortes de monnaies :
    – la monnaie bancaire (les dépôts à vue détenues par les banques)
    – la monnaie de base (Banque centrale)

    c) système monétaire en économie fermée avec :
    – monnaies bancaires (dépôts à vue des banques)
    – comptes des banques auprès de la banque Centrale (réserves)
    – billets et pièces émis pour le compte du Trésor par la Banque centrale.

    À partir de là, il est facile de reconstituer les notions jumelles/complémentaires de :
    -multiplicateur de crédit (une injection de monnaie banque centrale conduit à un multiple de monnaie en circulation via le mécanisme du crédit bancaire),
    -diviseur de crédit : (une addition de nouveaux crédits entraine une demande supplémentaire de refinancement en monnaie banque centrale.)

    Introduction des dépôts a terme :

    Là, je vais m’arrêter car cela pourrait devenir très complexe. En effet, il y aura création monétaire ou non selon la nature (substituabilité plus ou moins grande à l’encaisse) du dépôt en question.

    Mais, si cela vous intéresse, il faudra y revenir. »

    Je rappelle que ce n’est pas un simple comptable qui parle, mais un professionnel de la finance, un vrai.

    Alors ?

    _______________

    – Paul, tu n’as rien répondu sur mon objection à propos de L’ORDRE des opérations : comment expliques-tu, sans création monétaire, que les banques prêtent AVANT de se refinancer (partiellement) ?

    – Tu ne dis rien non plus à propos du droit de propriété comme support juridique, simple et évident, d’une interdiction radicale de prêter ce qui ne t’appartient pas : en fonction de quel passe-droit, la banque pourrait-elle prêter l’argent qui ne lui appartient pas ?

    – tu ne m’as pas dit non plus comment se matérialise en comptabilité, selon toi, le « transfert » de monnaie au moment où la banque prête soi-disant mon argent alors que mon compte ne baisse pas. Est-ce que, d’après toi, les banques tiennent une comptabilité parallèle, occulte, pour se souvenir quand même de l’argent qu’elles ont prélevé sans le montrer mais qu’elles comptent rendre un jour ?

    Ou bien, est-ce qu’il y a des transactions qui ne sont pas comptabilisées dans une banque, Paul ?

    Je ne le crois pas.

    Je crois que l’impasse sur la comptabilité est rédhibitoire en cette matière monétaire et je pense que cette impasse fausse l’analyse en profondeur.

    Étienne.

  267. Étienne Chouard dit :
    12 janvier 2009 à 12:40 Antoine,Excusez-moi, je n’arrive pas à retrouver la formulation de cette “objection de solvabilité”.
    Voudriez-vous me dire dans quel commentaire précis elle a été formulée ?

    Merci à vous.

    Étienne.

  268. antoine dit :
    12 janvier 2009 à 12:48 Ou de ceci:The disastrous thing for intellectual merit is that it must wait for those to praise the good who have themselves produced nothing but what is bad; nay, it is a primary misfortune that it has to receive its crown at the hands of the critical power of mankind—a quality of which most men possess only the weak and impotent semblance, so that the reality may be numbered amongst the rarest gifts of nature. Hence La Bruyère’s remark is, unhappily, as true as it is neat. Après l’esprit de discernement, he says, ce qu’il y a au monde de plus rare, ce sont les diamans et les perles. The spirit of discernment! the critical faculty! it is these that are lacking. Men do not know how to distinguish the genuine from the false, the corn from the chaff, gold from copper; or to perceive the wide gulf that separates a genius from an ordinary man. Thus we have that bad state of things described in an old-fashioned verse, which gives it as the lot of the great ones here on earth to be recognized only when they are gone:

    Es ist nun das Geschick der Grossen fiier auf Erden,
    Erst wann sie nicht mehr sind; von uns erkannt zu werden.

    When any genuine and excellent work makes its appearance, the chief difficulty in its way is the amount of bad work it finds already in possession of the field, and accepted as though it were good. And then if, after a long time, the new comer really succeeds, by a hard struggle, in vindicating his place for himself and winning reputation, he will soon encounter fresh difficulty from some affected, dull, awkward imitator, whom people drag in, with the object of calmly setting him up on the altar beside the genius; not seeing the difference and really thinking that here they have to do with another great man. This is what Yriarte means by the first lines of his twenty-eighth Fable, where he declares that the ignorant rabble always sets equal value on the good and the bad:

    Siempre acostumbra hacer el vulgo necio
    De lo bueno y lo malo igual aprecio.

    De l’esprit critique, Schopenhauer.

  269. jlm dit :
    12 janvier 2009 à 12:55 @ rumboeffectivement, il me semble qu’il faut analyser WIR et les autres sytèmes de monnaie locale, et clairement se préparer à participer de façon constructive, mais critique, à leur création.
  270. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 13:01 @Julien Alexandre
    J’ai bien compris ce qu’est base monétaire (M0) – merci – … mais ce que j’essaye de savoir c’est “où” (dans le bilan de la Banque Central) on trouve le montant de cette monnaie scripturale M0.
    Car si c’est la Banque Centrale qui fournit toute la monnaie, de la même manière qu’on retrouve dans son bilan les billets (au passif sous la dénomination “billets en circulation”), on doit y retrouver ce montant de monnaie scripturale qu’elle a prêté aux banques commerciales. Accessoirement je demandais quelle était la proportion entre billet et monnaie scripturale (ou son montant) dans l’agrégat M0 : je vois que c’est une question à laquelle vous ne savez pas répondre.
  271. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 13:01 @ Nadine et Antoine :

    L’expression “les dépôts sont prêtès” n’est pas vraiment correct à mon humble avis.Pourquoi:

    Pour une banque sérieuse… les dépôts servent uniquement à déterminer par le système fractionnaire la quantité de crédit que peut accorder la banque pour que les compensations interbancaires se fassent correctement et si le solde est négatif alors elles empruntent.

    Si Nadine, l’expression est parfaitement correcte.

    Mr X souhaite payer 100 € à Mr Y. La banque A de Mr X déduit donc 100 € de monnaie scripturale mise à disposition en échange de son dépôt initial du compte de Mr X et transfère 100 € de monnaie centrale à la banque B de Mr Y. La Banque B de Mr Y inscrit alors 100 € de monnaie scripturale mise à disposition en échange de la monnaie centrale reçue au solde du compte de Mr Y.
    Auparavant, la banque A qui a reçu le dépôt initial de Mr X en monnaie centrale (il a déposé des billets ou a fait virer ce montant d’un autre compte dans une autre banque) a prêté 98 € de cette monnaie centrale, et a gardé 2 € : c’est le système de réserve fractionnaire. Au moment de la compensation avec la banque B, et puisque la banque B n’a aucun montant à transférer à la banque A, alors la Banque A doit se procurer de la monnaie centrale :

    – grâce à de nouveaux dépôts de clients ;
    – grâce au solde créditeur de son compte courant à la Banque Centrale ;
    – sur le marché interbancaire ;
    – par réescompte.

    Si la Banque A ne peut pas se procurer la monnaie centrale, elle est insolvable/en faillite et la banque B l’attaquera pour défaut de paiement. Si banque A dit à la banque B :”prend donc ma monnaie scripturale, j’en ai plein et je peux théoriquement en créer autant que je veux”, la banque B répondra “désolé, la maison n’accepte que la monnaie centrale”.

  272. RST dit :
    12 janvier 2009 à 13:12 @ Julien AlexandreVous dites ” …et transfère 100 € de monnaie centrale à la banque B de Mr Y”
    Je dis que c’est faux.
    Merci de me montrer/démontrer que je me trompe
  273. A. dit :
    12 janvier 2009 à 13:15 Serait-il possible qu’une bonne âme ait la patience de résumer les positions des divers intervenants afin de ne pas décourager une bonne volonté qui voudrait prendre ce débat en cour ?Merci d’avance
  274. RST dit :
    12 janvier 2009 à 13:23 @P.JorionVous vous appuyez sur le point de vue de “l’ensemble du monde financier”
    Il me semblait pourtant, à la lumière de la dernière crise, que la crédibilité de ce monde financier était quelque peu mise à mal … et que vous n’étiez pas le dernier à le lui reprocher ?
  275. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 13:37 @ Ariane :

    Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 13:01
    @Julien Alexandre
    J’ai bien compris ce qu’est base monétaire (M0) – merci – … mais ce que j’essaye de savoir c’est “où” (dans le bilan de la Banque Central) on trouve le montant de cette monnaie scripturale M0.
    Car si c’est la Banque Centrale qui fournit toute la monnaie, de la même manière qu’on retrouve dans son bilan les billets (au passif sous la dénomination “billets en circulation”), on doit y retrouver ce montant de monnaie scripturale qu’elle a prêté aux banques commerciales. Accessoirement je demandais quelle était la proportion entre billet et monnaie scripturale (ou son montant) dans l’agrégat M0 : je vois que c’est une question à laquelle vous ne savez pas répondre.

    Il me semble vous avoir répondu à 2 reprises, j’essaie donc de développer : la BCE ne publie que les agrégats M1, M2 et M3. La BCE contrôle (par les variations du taux d’intérêt) la base monétaire M0 ou monnaie banque centrale, mais pas la répartition entre monnaie fiduciaire et réserves.

    Pourquoi la BCE privilégie le pilotage du taux d’intérêt dans sa politique monétaire? Parce qu’à court terme (court terme étant l’horizon décisionnel en matière de politique monétaire), l’incertitude générée par les chocs affectant la demande de monnaie et l’instabilité des multiplicateurs de la monnaie est plus manifeste que celle qui résulte des chocs affectant la demande globale. Si on veut simplifier : à court terme, le risque que les gens se ruent sur les distributeurs de billets est jugé comme présentant un taux de probabilité plus élevé que le risque d’effondrement de l’économie.

    Si la BCE publiait l’agrégat M0, il serait possible de l’analyser et d’en donner la répartition. Mais la BCE ne publie pas M0. C’est pourquoi il n’est pas possible de vous donner la répartition entre monnaie fiduciaire et monnaie scripturale banque centrale.

    Les banques centrales des pays où les marchés financiers sont très développés pilotent également en général le taux d’intérêt plutôt que la base monétaire.La FED, comme la BCE, ne publie pas l’agrégat MO. La Bank of England publiait M0 jusqu’en 2006. Si vous voulez voir à quoi cela ressemblait pour la BOE, voici un lien : http://www.bankofengland.co.uk/statistics/fm0/2006/Apr/TableA.pdf

    Cette réponse vous convient-elle?

  276. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 13:48 @ RST :

    RST dit :
    12 janvier 2009 à 13:12
    @ Julien Alexandre

    Vous dites ” …et transfère 100 € de monnaie centrale à la banque B de Mr Y”
    Je dis que c’est faux.
    Merci de me montrer/démontrer que je me trompe

    Vous dites que c’est faux, et vous en avez parfaitement le droit. Expliquez moi alors comment les 100 € de Mr X atterrissent sur le compte de Mr Y. s’il n’y a aucun transfert? S’il n’y a pas de transfert de monnaie centrale de la banque A vers la banque B (on est bien d’accord qu’on considère que la banque B n’a pas un client qui souhaite transférer 100 € vers la banque A au même moment, autrement la compensation annule et chaque banque garde ses 100 € de monnaie centrale de son côté, plutôt que d’avoir la banque A qui transfère 100 € de monnaie centrale à la banque B, et la banque B qui transfère également 100 € de monnaie centrale à la banque A, ce qui n’a pas de sens), à partir de quoi la banque B va créditer le compte de Mr Y en monnaie scripturale? A partir de rien? Alors, si Mr Y souhaite retirer ses 100 € en billets, la banque B ne pourra pas les lui fournir : “désolé monsieur, nous n’avons pas de monnaie centrale”. Idem si Mr Y souhaite faire un transfert vers une banque C : celle-ci demandera à la banque B de lui transférer les 100 € de monnaie centrale qui lui permettront de créditer un compte en monnaie scripturale, ce que la banque B ne pourra pas faire.

    Cette réponse vous convient-elle?

  277. RST dit :
    12 janvier 2009 à 13:54 @ Julien AlexandreNon, elle ne me convient pas car vous avez clairement laissez entendre qu’un transfert entre banque donne lieu automatiquement à un transfert de monnaie banque centrale.
    On vous fait remarquer que c’est fa
    Or cela n’est pas le cas puisuq’il y a
  278. 2Casa dit :
    12 janvier 2009 à 13:55 @ AntoineEuh… Merci ?

    Peut-être assiste-t-on ici, à travers le “cerveau collectif”, à une mise en oeuvre de ce discernement qui fait tant défaut à titre individuel – et mon cas est anecdotique : ouf ! – Permettant ainsi au commun, comme moi, d’approcher (effectivement au mieux de sa compréhension, mais hélas, comme les “finger de M. Cadbury”, toujours un peu trop courte ! ) une certitude plus grande. Certitude qu’il aurait été bien en peine, seul, de mettre au jour. Et dont il sait gré à ceux, mieux doués, de la lui faire entrevoir. Humilité en prime.

    @ RST

    1/ A propos de JA : Renversement de la charge de la preuve ?

    Est-ce que vous dites que c’est faux parce qu’il y a habituellement “compensation” et que ce ne sera pas l’intégralité de ces 100 euros qui seront transférés ?

    2/ A propos de M. Jorion : Mettre les “sources” en cause n’invalide pas le raisonnement, pas plus qu’on n’invalide un raisonnement seulement par des “sources”. Il me semble que c’est tout le débat ici.

  279. RST dit :
    12 janvier 2009 à 14:05 @ Julien AlexandreJ’ai dérapé dans mon post précédent!

    Non, elle ne me convient pas car initialement vous avez clairement laissé entendre qu’un transfert entre banque donne lieu automatiquement à un transfert de monnaie banque centrale. Compte tenu de la tournure particulière du débat cela est très dangereux de lancer ce genre de propos pour le moins incomplets. On vous fait remarquer que c’est faux et vous revenez expliquer qu’en fait vous avez oublié de préciser qu’ il y a le phénomène de compensation … que vous n’expliquez qu’en partie (La compensation ne se fait bien sûr pas somme à somme mais sur la totalité des transferts. On fait les comptes et on voit qui doit quoi à qui.)
    Tout cela me parait pour le moins … léger

    De même votre explication du pilotage du taux d’intérêt… pour éviter la ruée aux gucihets de banque est assez … originale. Vous la tenez d’où ?

  280. Brieuc Le Fèvre dit :
    12 janvier 2009 à 14:19 Se reposer sur “l’ensemble de la profession” pour affirmer que ses propres propos sont bons, c’est un peu osé. Au vu de l’état actuel des choses, la finance est gouvernée par des incapables, des escrocs et des voleurs (j’assume l’entière responsabilité de mes propos). De deux choses l’une: ou les responsables financiers ne savent rien de l’émergence de la monnaie à travers le fonctionnement du système qu’isl gouvernent, et c’est grave. Ou bien au contraire, il le savent parfaitement, le chachent pour en abuser honteusement à leur propre profit, et c’est encore plus grave.Quant à se reposer sur l’expertise et la connaissance d’un corps de métier pour se rassurer, il suffit de savoir que pendant plusieurs décennies le corps des médecins refusa la théorie de la circulation sanguine, sur la base d’un paradigme erroné.

    Tout ceci pour dire que le débat entre les “créationnistes” et les “non-créationnistes” n’est pas clos, mais qu’il faut bien prendre garde à l’argument “effet de masse”. Gandhi disait “une erreur ne devient pas une vérité parce qu’elle est portée par beaucoup”.

    Toutefois, je pose une question, n’ayant pas vu la réponse à celle-ci sur le site de Paul Jorion, que j’avoue n’avoir pas eu le temps de lire en entier: d’où émerge le 10% de croissance annuelle de la masse monétaire M1 sur la zone euro depuis 2002? Qui fabrique cette monnaie, et comment?

    Question subsidiaire, pour entrer dans le débat entre Julien Alexandre et Ariane: pourquoi la BCE ne publie-t-elle pas les stat de la masse M0, si celle-ci est la seule monnaie créée par le système bancaire? Là encore, si les “non créationnistes” ont raison, il y a soit ignorance crasse (et dangereuse), soit malversation, esbrouffe et entubage (encore plus dangereux). Et arguer que le système est piloté par le “contrôle” (hum hum) des taux d’intérêts plutôt que par la base monétaire pour évacuer la question me semble pour le moins sybillin… et louche. Surtout qu’il y a pléthore d’infos sur M1, M2 et M3 (en Europe, la fed a arrêté M3), alors que, si les non-créationnistes ont raison, ce sont des agrégats “secondaires”, qui devraient découler directement de M0 modulo des indices d’activité économique. Pourquoi alors se fatiguer à récolter tout et n’importe quoi à propos de M1? Peut-être justement parce que M1 et M0 sont découplés, i.e. M1 joue son propre jeu, à travers un processus de création monétaire (ceci n’est pas une preuve, mais une interrogation, une hypothèse qu’il faudra tester).

    En fait, ce à quoi me fait penser tout ce système financier, boursier et bancaire, c’est à la planète des Shadocks. Ils pompent sans savoir pourquoi, simplement par crainte de ce qui se passerait si ils arrêtaient de pomper. Et pendant qu’ils pompent, ils ne pensent pas au pourquoi du pompage.

    Les humains ont construit une usine à gaz pour le pouvoir monétaire, à tel point que plus personne ne sait qui fait la monnaie, comment, pourquoi. L’économie est devenue une immanence d’où découlerait toute chose, bonne ou mauvaise, et que nous autres, pauvres péquins, devrions subir comme autrefois la peste ou le choléra. Eh bien, cela, je refuse de l’admettre. L’économie est une science humaine, faite par les humains, et elle devrait être au service des humains. Comment y parvenir quand plus personne ne comprend les tenants et les aboutissants d’un tel système (et ce blog est la preuve de la confusion totale qui règne sur le seul aspect monétaire, sans parler de la théorie des marchés, de la gestion des flux, des indices de comportements de consommation, etc)? Un bon coup de pied dans la fourmilière, et un nouveau départ sur des bases simples et compréhensibles par un élève de 6ème, voilà ce qu’il nous faut.

    Tenter de “réparer” ou “amender” le capitalisme financier mondialisé n’apportera rien à l’espèce humaine.

    Brieuc

  281. Greg dit :
    12 janvier 2009 à 14:19 @RSTPeut-être devriez-vous relire tous les posts de ce billet. Le plus intéressant sur le “débat sur la monnaie” de ce blog à ce jour.

    @JA : Merci de vos éclairages et de votre ténacité.
    Vos interventions ont permis de sortir le débat de l’ornière.

  282. Vincent dit :
    12 janvier 2009 à 14:24 Bonjour à tous,(Mode plaisanterie ON)

    Le 12/01/09 à 00h25 j’ai posé une question, un constat. Vous auriez au moins pu me dire que c’était juste débile. Y a rien de pire que l’indifférence ! Quel mépris de comptables scribouillards !

    Qui veut monter une banque avec moi ? Au moins on saura, faut expérimenter, expérimenter, dans la vie.

    (Mode plaisanterie OFF)

  283. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 14:36 @Julien Alexandre
    Allez, je vous pardonne :) de ne pas pouvoir me donner le montant de la monnaie scripturale centrale de la BCE (composante de M0 avec la monnaie fiduciaire centrale), car le lien que vous avez passé est très intéressant (en effet, pourquoi seraic e très différent au niveau de la BCE qu’à celui de la Banque d’Angleterre ?)
    On voit qu’en gros la monnaie scripturale centrale représente moins de quelques pourcents de la monnaie fiduciaire (prenons avril 2006, M0 = 45878 m£, billets et pièces = 44950 m£, la monnaie fiduciaire est donc la différence, soit 928 m£, c’est-à-dire environ 2% du total M0).
    Sachant que la monnaie fiduciaire de la zone euro représente environ 670 milliards d’euros, la même proportion donnerait environ 14 milliards d’euros de monnaie scripturale centrale … non ?
  284. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 14:42 @ RST :

    RST dit :
    12 janvier 2009 à 14:05
    @ Julien Alexandre

    J’ai dérapé dans mon post précédent!

    Non, elle ne me convient pas car initialement vous avez clairement laissé entendre qu’un transfert entre banque donne lieu automatiquement à un transfert de monnaie banque centrale. Compte tenu de la tournure particulière du débat cela est très dangereux de lancer ce genre de propos pour le moins incomplets. On vous fait remarquer que c’est faux et vous revenez expliquer qu’en fait vous avez oublié de préciser qu’ il y a le phénomène de compensation … que vous n’expliquez qu’en partie (La compensation ne se fait bien sûr pas somme à somme mais sur la totalité des transferts. On fait les comptes et on voit qui doit quoi à qui.)
    Tout cela me parait pour le moins … léger

    De même votre explication du pilotage du taux d’intérêt… pour éviter la ruée aux gucihets de banque est assez … originale. Vous la tenez d’où ?

    Si ce que vous m’invitez à dire bien légitimement est que la compensation peut aussi se faire pour des titres et actifs financiers, je le fais volontiers. Je ne crois pas avoir écrit qu’un “transfert” entre banque donne lieu “automatiquement à un transfert de monnaie banque centrale”, mais avoir illustré un exemple de transaction. Je peux bien évidemment détailler le fonctionnement de la compensation si vous le souhaitez, mais ce fil ne me semble pas approprié pour cela, le débat ici étant de savoir si les banques commerciales peuvent créer de la monnaie ex nihilo sans contrepartie, et si elles ne prêtent pas les dépôts. Ces 2 affirmations étant fausses.

    Quant à mon explication sur le pilotage du taux d’intérêt par la BCE, je crois avoir écrit la chose suivante :

    Pourquoi la BCE privilégie le pilotage du taux d’intérêt dans sa politique monétaire? Parce qu’à court terme (court terme étant l’horizon décisionnel en matière de politique monétaire), l’incertitude générée par les chocs affectant la demande de monnaie et l’instabilité des multiplicateurs de la monnaie est plus manifeste que celle qui résulte des chocs affectant la demande globale. Si on veut simplifier : à court terme, le risque que les gens se ruent sur les distributeurs de billets est jugé comme présentant un taux de probabilité plus élevé que le risque d’effondrement de l’économie.

    Comme toute simplification ou “image”, celle qui conclut mon paragraphe n’est destinée qu’à permettre de comprendre plus facilement un mécanisme, de le visualiser. C’est une des formes “d’aplatissement” du savoir dont le billet de Paul Jorion fait état.

    Si je m’en tiens donc à vous dire que le pilotage du taux d’intérêt par la BCE est privilégié car l’incertitude générée par les chocs affectant la demande de monnaie et l’instabilité des multiplicateurs de la monnaie est plus manifeste que celle qui résulte des chocs affectant , cela vous convient-il?

    Enfin, vous reprochez à Paul Jorion de “s’appuyer sur le point de vue de l’ensemble du monde financier”. Je remets donc la citation initiale de PJ (par ailleurs bien assez grand pour se défendre, mais à cette heure-ci, il dort probablement :)) :

    Ceci dit, même lorsqu’il se fait que mon point de vue est celui de la majorité des experts, cela n’a pas pour moi valeur d’argument.

    Ne faites donc pas dire aux autres ce qu’ils ne disent pas.

  285. Rumbo dit :
    12 janvier 2009 à 14:45 2Casa dit: @ 12 janvier 2009 à 12 : 35et

    jlm dit :
    12 janvier 2009 à 12:55

    —”Donc la vérité objective d’une proposition et la validité de celle-ci au plan de l’approbation des opposants et des auditeurs sont deux choses bien distinctes. (C’est à cette dernière que se rapporte la dialectique.)

    D’où cela vient-il ?

    De la médiocrité naturelle de l’espèce humaine.”—

    C’est, je crois, ce qui a fait dire un jour à je ne sais plus quel écervelé (à l’audience imméritée! Mais les médias sont au service de cette médiocrité qui les paie bien), qu’il préférait avoir tort avec la majorité que raison avec la minorité. Mais de toute façon, même avec un “système démocratique”, surtout tel qu’il existe actuellement, n’importe quelle minorité aura toujours tous les moyens pour se faire élire par la majorité. Les exemples abondent. Ça me rappelle cette perle prononcée, je crois, par un homme politique algérien il y a un certain temps: “Nous étions au bord de la falaise, et nous avons fait un grand pas en avant….”. On dirait que c’est à peu près ça la majorité. Pas étonnant que le monde financier, bien plus “intelligent”, se soit emparé de tout ce sytème d’aveuglement grégaire et fait à peu près ce qu’il veut…

    jlm dit :
    12 janvier 2009 à 12:55

    grand merci jlm, puisses tu persuader le plus possible des autres sur ce blog comme ailleurs

  286. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 14:46 @Vincent
    Imaginez que vous soyez un (affreux) capitaliste qui décide de créer une nouvelle banque.
    Au départ cette banque n’a aucun client, et vous apportez un capital de 10000 € (ce sont les capitaux propres, au passif du bilan) à partir d’un compte que vous aviez précédemment dans une autre banque, dès que vous avez obtenus les autorisations nécessaires de la banque centrale.A coté des capitaux propres, votre nouvelle banque ouvre un compte (obligatoire) à la banque centrale où vous déposez 20000 € . Sachant que dès l’ouverture de votre guichet vous risquez d’avoir à alimenter un distributeur de Carte Bancaires (cartes émises par vos concurrents), vous « achetez » à la banque centrale un montant de billets pour 15000 €. Il vous reste donc un solde créditeur de 5000 € à la banque centrale que l’on considère comme réserves obligatoires (2% du total des crédits dans la zone euro).

    Un client se pointe à l’ouverture et vous demande un crédit maximum en apportant toutes les garanties de solvabilité. Quel montant allez-vous pouvoir lui créditer sur le compte qu’il ouvre dans votre banque ?

  287. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 14:51 @Greg
    Vous écrivez ” Le plus intéressant sur le “débat sur la monnaie” de ce blog à ce jour.” … je crois au contraire que c’est le plus confus et le plus partial car il a été “squatté” principalement par un intervenant qui assène SES vérités.
  288. 2Casa dit :
    12 janvier 2009 à 14:54 @ Ariane-1 (ad hominem)

    @ 2Casa

    -1 (ad hominem envers Ariane)

  289. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 15:01 @ Ariane :

    Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 14:36
    @Julien Alexandre
    Allez, je vous pardonne de ne pas pouvoir me donner le montant de la monnaie scripturale centrale de la BCE (composante de M0 avec la monnaie fiduciaire centrale), car le lien que vous avez passé est très intéressant (en effet, pourquoi seraic e très différent au niveau de la BCE qu’à celui de la Banque d’Angleterre ?)
    On voit qu’en gros la monnaie scripturale centrale représente moins de quelques pourcents de la monnaie fiduciaire (prenons avril 2006, M0 = 45878 m£, billets et pièces = 44950 m£, la monnaie fiduciaire est donc la différence, soit 928 m£, c’est-à-dire environ 2% du total M0).
    Sachant que la monnaie fiduciaire de la zone euro représente environ 670 milliards d’euros, la même proportion donnerait environ 14 milliards d’euros de monnaie scripturale centrale … non ?

    Votre calcul est correct, à condition que la répartition soit identique, ce qu’il n’est pas possible de savoir.

  290. Greg dit :
    12 janvier 2009 à 15:02 @Ariane :
    ad hominem en effet ! Les argument de JA me semblent plus que valables (notamement en comparaison de ceux d’Etienne)
    Mais je peux changer d’avis, je ne suis qu’un lecteur essayant de comprendre (au moins j’ai lu tous les commentaires)
    Faites moi changer d’avis !
  291. RST dit :
    12 janvier 2009 à 15:03 @ Julien Alexandre
    “Ceci dit, même lorsqu’il se fait que mon point de vue est celui de la majorité des experts, cela n’a pas pour moi valeur d’argument.”Dans quel but le faire remarquer alors si on considère que ce n’est pas un argment ?
  292. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 15:07 @ RST : demandez à Paul Jorion, mais ne déformez pas ses propos.
  293. Greg dit :
    12 janvier 2009 à 15:15 @RST :
    Je pense vraiment qu’il vaut mieux lire tous les posts avant d’intervenir de cette manière. Vous constateriez que Paul réagit à l’argument d’EC qui se prévaut justement d’un doc officiel de la banque de France et de dizaines de manuels représentant l’avis de “la majorité des experts” justement…
  294. RST dit :
    12 janvier 2009 à 15:16 @ Julien AlexandreC’est fatiguant ce genre de polémique.Je n’ai absolument rien déformé (relisez mieux), je n’ai fait que poser une question à P.jorion. Vous faites des diversions totalement inutiles

    On ne peut pas discuter avec vous, vous arrivez à dire une chose et son contraire sur le même sujet :
    Vous écrivez:
    “(…), quand on fait un “transfert” d’une banque A vers la banque B, il faut au préalable que la banque A transfère l’équivalent en monnaie centrale de la monnaie scripturale (…)”
    et plus loin
    “Je ne crois pas avoir écrit qu’un “transfert” entre banque donne lieu “automatiquement à un transfert de monnaie banque centrale””

    Comprenne qui pourra.

  295. RST dit :
    12 janvier 2009 à 15:18 @ GregSi vous parcouriez tous les sujets de ce blog depuis 11 mois et pas seulement les commentaires de celui-ci vous constateriez que je fais partie de ceux qui ont cité les manuels dont vous parlez.
  296. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 15:23 @ Ariane :

    Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 14:46

    A coté des capitaux propres, votre nouvelle banque ouvre un compte (obligatoire) à la banque centrale où vous déposez 20000 € . Sachant que dès l’ouverture de votre guichet vous risquez d’avoir à alimenter un distributeur de Carte Bancaires (cartes émises par vos concurrents), vous « achetez » à la banque centrale un montant de billets pour 15000 €. Il vous reste donc un solde créditeur de 5000 € à la banque centrale que l’on considère comme réserves obligatoires (2% du total des crédits dans la zone euro).

    Le passage en gras n’est pas correct Ariane : les réserves obligatoires ne sont pas un % des crédits, mais un % des dépôts au sens large. Dans la zone euro, le montant des réserves obligatoires doit correspondre à 2 % des dépôts, des titres de créance et des instruments de marché monétaire.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Réserves_obligatoires

    http://www.banque-france.fr/fr/poli_mone/regle_poli/oeuvre/page1c.htm

  297. Greg dit :
    12 janvier 2009 à 15:24 @RST :
    Je lis ce blog depuis 2 ans, et j’ai vu vos commentaires (que je respecte d’ailleurs énormément, en comparaison de ma faible érudition)“ad hominem circumstantiæ” (faux qui plus est)

    De plus je ne vois pas le rapport avec vos anciens commentaires, je ne fais que tenter d’expliquer pourquoi Paul a utiliser cet argument tout en disant que ce n’en est pas un en réponse à votre interrogation. Et je vous fait remarquer qu’en lisant tous les posts de ce fil, vous l’auriez surement déduit de vous-même.

  298. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 15:35 @ RST :

    RST dit :
    12 janvier 2009 à 15:16
    @ Julien Alexandre

    C’est fatiguant ce genre de polémique.Je n’ai absolument rien déformé (relisez mieux), je n’ai fait que poser une question à P.jorion. Vous faites des diversions totalement inutiles

    On ne peut pas discuter avec vous, vous arrivez à dire une chose et son contraire sur le même sujet :
    Vous écrivez:
    “(…), quand on fait un “transfert” d’une banque A vers la banque B, il faut au préalable que la banque A transfère l’équivalent en monnaie centrale de la monnaie scripturale (…)”
    et plus loin
    “Je ne crois pas avoir écrit qu’un “transfert” entre banque donne lieu “automatiquement à un transfert de monnaie banque centrale””

    Comprenne qui pourra.

    Si vous le souhaitez, vous pouvez remplacer “l’équivalent en monnaie centrale” par “… en monnaie centrale, titres ou actifs financiers”. Mais à aucun moment vous ne lirez sous ma plume qu’un transfert interbancaire donne lieu “automatiquement à un transfert de monnaie banque centrale”.

    Vous pouvez légitimement me demander de préciser les différentes formes que peut prendre la compensation interbancaire (car il est vrai que pour des raisons pratiques – notamment le fait que j’essaie de répondre à beaucoup de questions très différentes – , je n’en ai retenue qu’une), mais vous ne pouvez pas m’accuser “de dire une chose et son contraire”. Dans le débat qui nous occupe par exemple, vous ne me verrez pas dire que les banques ne prêtent pas les dépôts, et vous ne me verrez pas dire que les banques commerciales créent de la monnaie ex nihilo à partir de rien.

    Cela répond à votre interrogation?

  299. Moi dit :
    12 janvier 2009 à 15:37 @Vincent: “l’ensemble du système est forcement solvable eu égard à la conservation des énergies, euh pardon, à la compensation des intermédiations.”Votre question était intéressante et demande effectivement explication. Voici ce que j’en pense (je dis pas que c’est exact avec certitude).
    Si une banque prête l’argent que l’on a déposé chez elle, elle transfère de l’argent banque centrale à l’emprunteur et garde un jeu d’écritures. Si l’emprunteur fait défaut, elle se retrouve avec un trou de monnaie banque centrale et risque la faillite si elle ne peut l’emprunter quelque part au moment où le déposant veut retirer son argent. Certes, l’argent a bien dû passer quelque part, mais si la banque centrale ne veut pas que la banque qui a fait le prêt tombe en faillite (avec le risque d’effet domino et de chaos que cela comporte pour une nation s’il s’agit d’une banque dans laquelle beaucoup de citoyens ont mis leur argent) et si aucune banque commerciale ne veut la sauver en lui prêtant de l’argent il faut bien que soit l’Etat soit la banque centrale prête cet argent. S’il s’agit de l’Etat, il s’endette et arrive un moment où il ne peut plus tirer sur la corde. Donc ensuite, il passe le relais à la banque centrale qui pour ce faire crée de la monnaie banque centrale. Cela dévalue la monnaie en question sur le plan international mais le gros du problème est réglé.
    Reste à savoir où tout ce cash (dollars et euro) est passé. Mon petit doigt me dit que c’est vers le soleil levant qu’il faut regarder.
  300. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 15:44 @ Vincent : si votre question dans ce post (qui n’était pas passé inaperçu) est de savoir si les banques commerciales ont pris trop de risques, croyant pouvoir le diluer ad vitam eternam, la réponse est oui.
  301. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 15:49 @Julien Alexandre
    Exact, ma plume avait fourché ..
    Donc, dans mon exemple, cette nouvelle banque dispose de 5000 euros qui pourront représenter 2% des DAV au passif… lesquel pourront donc atteindre 250 000 euros. Right?
  302. RST dit :
    12 janvier 2009 à 15:56 @ Julien Alexandre“Si vous le souhaitez, vous pouvez remplacer “l’équivalent en monnaie centrale” par “… en monnaie centrale, titres ou actifs financiers”.”

    Mais moi, je ne souhaite rien sinon la fin des délires sur ce blog.
    Vous ne trouvez pas que ça fait une différence majeure de remplacer “l’équivalent en monnaie centrale” par “… en monnaie centrale, titres ou actifs financiers” ? (Je précise que je n’ai pas dit que j’étais d’accord)

    Et une fois qu’on convenu cela, si on disait plutôt “… en monnaie centrale, titres ou actifs financiers, monnaie fiducière, carrottes râpées, navets et poireaux” ?

  303. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 15:59 @ Ariane :

    Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 15:49
    @Julien Alexandre
    Exact, ma plume avait fourché ..
    Donc, dans mon exemple, cette nouvelle banque dispose de 5000 euros qui pourront représenter 2% des DAV au passif… lesquel pourront donc atteindre 250 000 euros. Right?

    Faites juste attention au sens dans lequel vous articulez votre proposition : c’est parce que vous avez 250.000 € de DAV qu’il vous faudra avoir des réserves obligatoires à hauteur de 2% soit 5.000 €. Si vos DAV augmentent ou baissent, il faudra que vous ajustiez vos réserves obligatoires en proportion.
    Sinon, c’est right :)

  304. 2Casa dit :
    12 janvier 2009 à 16:05 @ RSTPoser une question à un absent n’est pas une diversion ?

    Vous projetez votre propre attitude sur JA.

    @Ariane

    Encore eût-il fallu que la banque en dispose au préalable de ces 250 000 pour y retrancher les 5000.

    Ahhh ! JA qui tape plus vite que je ne pense !

  305. 2Casa dit :
    12 janvier 2009 à 16:16 @ TousDésolé si mes posts ont l’air de viser les individus. je ne crois pas que cela soit le cas. C’est le ressort “argumentatif” qui en est l’objet. Sans la moindre animosité.

    Avec mes plus humbles excuses si j’ai heurté quelqu’un, ce n’était pas mon objectif.

  306. Pierre Lang dit :
    12 janvier 2009 à 17:00 @ Tous…Bonjour,

    Pour quelqu’un qui prend le train de ce débat en route, mais qui a déjà parcouru les forums.
    Je vous serais infiment reconnaissant si vous pouviez brièvement rappeler noir sur blanc :
    – quelle est la question posée ?
    – qu’entend on exactement par ex nihilo, que les banques créeraient la monnaie quand elles en ont besoin, sans s’appuyer sur rien ?
    – quel but final recherche-t-on dans ce débat ?
    – je suppose que c’est une première étape qui sera suivie d’une autre. Laquelle ?

    Merci d’avance :-) Bonne soirée. Pierre.

  307. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 17:15 @Julien Alexandre

    Faites juste attention au sens dans lequel vous articulez votre proposition : c’est parce que vous avez 250.000 € de DAV qu’il vous faudra avoir des réserves obligatoires à hauteur de 2% soit 5.000 €. Si vos DAV augmentent ou baissent, il faudra que vous ajustiez vos réserves obligatoires en proportion.

    Evidemment…

    @Tous
    Alors qui peu répondre à ma question ?
    ” Imaginez que vous soyez un (affreux) capitaliste qui décide de créer une nouvelle banque.
    Au départ cette banque n’a aucun client, et vous apportez un capital de 10000 € (ce sont les capitaux propres, au passif du bilan) à partir d’un compte que vous aviez précédemment dans une autre banque, dès que vous avez obtenus les autorisations nécessaires de la banque centrale.

    A coté des capitaux propres, votre nouvelle banque ouvre un compte (obligatoire) à la banque centrale où vous déposez 20000 € . Sachant que dès l’ouverture de votre guichet vous risquez d’avoir à alimenter un distributeur de Carte Bancaires (cartes émises par vos concurrents), vous « achetez » à la banque centrale un montant de billets pour 15000 €. Il vous reste donc un solde créditeur de 5000 € à la banque centrale que l’on considère comme réserves obligatoires (2% du total des dépôts dans la zone euro).

    Un client se pointe à l’ouverture et vous demande un crédit maximum en apportant toutes les garanties de solvabilité. Quel montant allez-vous pouvoir lui créditer sur le compte qu’il ouvre dans votre banque ?”

  308. 2Casa dit :
    12 janvier 2009 à 17:16 Un peu de douceur dans ce monde de brutes, je vous propose un entracte sur ContreInfo, Philip Glass et la Thang Dao dance company, du bleu et de la grâce :http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2413

    Amicalement à tous.

  309. madar michael dit :
    12 janvier 2009 à 17:17 @ tous
    Je dirais, modestement, car faisant partie des commentateurs “non crédibles” (assumé), qu’ au regard de tout ce que j’ai pu lire sur ce blog depuis 6 mois, les
    interventions de Julien Alexandre sur ce fil sont les plus pertinentes qui soient.
    @ julien Alexandre
    merci et chapeau!!!
  310. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 17:26 @ulien AlexandreSuite du post de 15 h 01

    Même en admettant qu’il y ait une importante différence entre l’estimation faite de 17 milliards d’euros (issue des chiffres de la Banque d’Angleterre) concernant la partie scripturale de M0, et qu’au total M0 (scriptural + fiduciaire) soit même de 700 milliards d’euros dans l’eurozone, comment expliquez vous que le montant total des crédits au secteur privé puisse atteindre 10630 milliards d’euros et les créances sur le secteur privé 12558 (chiffres de juin 2008) si vraiment c’est cette “base monétaire” qui est la seule à compenser les crédits bancaires (ou alors je n’ai vraiment pas compris ce que vous voulez dire ..; excusez moi dans ce cas) ?

  311. Moi dit :
    12 janvier 2009 à 17:42 @Ariane: votre exemple est absurde. La banque que vous montez ne doit pas acheter 15000euro pour alimenter un distributeur alors qu’elle n’a encore aucun déposant. De même, cette banque n’a pas nécessité d’avoir des réserves obligatoires sans encore avoir pris des risques d’insolvabilité. En réalité, ce que votre banque fera c’est mettre ses capitaux propres auprès de la banque centrale comme garantie et puis chercher des clients amateurs de crédits. Lorsque ceux-ci arriveront, elle ira chercher la somme correspondant au montant prêté auprès d’une autre banque ou d’un déposant (s’il en est arrivé entretemps). Elle n’utilisera probablement pas ses capitaux propres pour les prêts car cela coute moins cher de se financer ailleurs. Ses capitaux propres ne bougeront pas et lui permettront légalement de faire jusqu’à un certain niveau d’opérations bancaires (plus ses capitaux propres seront importants, plus elle pourra emprunter et prêter).
    Donc, avec 10000euro de capitaux propres, lorsque le client demandeur de crédit arrivera, vous pouvez soit lui prêter 92% de vos capitaux propres (Bâle II impose une réserve de 8%) c’est-à-dire 9200euros (et gardez 800 en réserve), soit plus logiquement vous lui prêterez 125000euro (vos capitaux propres correspondent à 8% de ce montant) et vous aurez dû trouver ces 125000euro auprès d’une autre banque ou en attirant des déposants.
  312. Moi dit :
    12 janvier 2009 à 17:47 @Ariane: “comment expliquez vous que le montant total des crédits au secteur privé puisse atteindre 10630 milliards d’euros et les créances sur le secteur privé 12558 (chiffres de juin 2008) si vraiment c’est cette “base monétaire” qui est la seule à compenser les crédits bancaires”Parce qu’on compte plusieurs fois la même monnaie (ou si l’on veut on mélange monnaie et reconnaissance de dette).
    A prête un billet de 100 à B, montant total du crédit = 100, B prête ensuite le même billet de 100 à C et le montant total du crédit = 200. Mais il n’y a qu’un seul billet de 100 qui est dans les mains de C, les autres n’ont qu’une reconnaissance de dette, pas de la monnaie.
  313. Nadine dit :
    12 janvier 2009 à 17:50 (Je me suis trompée de bulletin )@Julien Alexandre

    sujet sur les dépôts prêtés.

    Je vais essayer de faire simple.

    Hypothèse d’école:
    Deux banques concurrentes dans le circuit dont une insolvable avec zéro dépôt, zéro réserve, zéro fond propre .

    Dans la même journée la banque insolvable avec zéro dépôt fait un crédit de 1000 à un client, ce crédit se retrouve chez sa concurrente sous forme de dépôt

    La banque qui a reçu ce dépôt en profite à son tour pour faire un crédit de 1000 qui finit à la fin de la journée en dépôt dans la banque insolvable.
    Dans ce cas la créance monétaire de l’une annule la créance monétaire de l’autre au moment de la compensation, la banque insolvable ne fait pas faillite et la masse monétaire M1 a doublé passant de 1000 à 2000 sans monnaie M0.

    Maintenant la banque insolvable fait un crédit de 900 (elle le peut d’après vous puisqu’elle prête ses dépôts) qui atterrit de nouveau chez sa concurrente, celle ci n’en profite pas pour faire un crédit et demande a être payé, que croyez vous qu’il arrivera ?
    La banque insolvable fera faillite et pourtant elle n’a fait que prêter le dépôt de son client.

    Non, les banques ne prêtent pas les dépôts, elles émettent des créances monétaires et espèrent que les autres fassent de même pour que les compensations se réalisent sans monnaie centrale.

    Julien est ce que ce raisonnement est faux ?

  314. phev dit :
    12 janvier 2009 à 18:10 Un petit exposé très didactique…http://video.google.com/videoplay?docid=2717439213901961611&hl=fr

    il y a possibilité de création monétaire en fonction des réserves déposées à la banque centrale en suivant les règles de réserve fractionnaire.
    la monnaie dette ainsi créée peut être multipliée non plus selon le système de réserve fractionnaire mais suivant une mise en réserve d’une partie et d’un prêt du “reste”.

  315. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 18:19 Tiens, un commentaire s’est inséré … je vous suggère de le lire http://www.pauljorion.com/blog/?p=1440#comment-14277
  316. Nadine dit :
    12 janvier 2009 à 18:48 @Paul Jorion
    Que se passe-t-il ?
  317. Greg dit :
    12 janvier 2009 à 19:12 A lire également : http://www.pauljorion.com/blog/?p=1440#comment-14255 qui semble n’être arrivé qu’a posteriori
  318. Fab dit :
    12 janvier 2009 à 19:24 Bonjour,Mon dernier essai n’a pas eu de succès ! J’essaye à nouveau :

    “Les banques centrales, en créant la monnaie et en déléguant la distribution de celle-ci dans l’économie, assurent la survie du système.”

    Question : voulons-nous que le système survive ?

    ” La dette de l’état et les intérêts sur les emprunts sont également nécessaires à la survie du système, ce sont des moteurs, en assurant une ponction suffisante pour que la consommation possible soit toujours supérieure à la possibilité de consommer : le manque crée l’envie !”

    Question : voulons-nous tuer le système ? Si oui, la solution est entre nos mains et, a priori, les solutions de rechange existent…

  319. Di Girolamo dit :
    12 janvier 2009 à 19:52 @Ceux qui veulent bien me répondre.Concernant la création d’une monnaie locale .

    Il me semble que créer une monnaie locale c’est créer un outil d’échange permettant de développer les productions et ventes locales ; c’est donc un outil de relocalisation de l’économie.
    Ce qui doit précéder et fonder cette démarche c’est une volonté politique des acteurs locaux ( collectivités , associations , socio profesionnels, citoyens …) qui décident dans le cadre d’une politique de relocalisation de créer une monnaie destinée à faciliter et dynamiser cette relocalisation de l’économie.

    Plus en amont pour faire émerger cette volonté politique , il faut qu’un groupe humain , collectivité locale ou association ou autre mène un travail de communication et de mobilisation montrant
    la nécessité de relocaliser
    la possibilité de le faire
    les bénéfices pouvant être escomptés

    Parallèlement d’autres outils peuvent être présentés (création de coopératives de production… AMAPS …. Outils de stockage du foncier agricole …) , d’autres actions menées.

    C’est un peu la démarche que j’aimerai entreprendre localement mais concernant ce sujet particulier de créer une monnaie locale je manque cruellement de connaissances, d’expérience , d’assurance .
    Y aurait t il sur ce blog des personnes pouvant m’aider sur ce thème précis ? g.digirolamo@wanadoo.fr

    Mes excuses auprès de Paul Jorion de mélanger réflexion théorique et action plus concrète et plus personnalisée .

  320. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 20:24 @Julien Alexandre
    A 9 h 34, vous citez Allais à propos des dépôts qui se retrouvent prêtés . Juste une possibilité: Allais ne parle pas des “dépôts à vue” et dans son idée il s’agissait peut être des dépôts qui forment M2 (dépôts à terme d’une durée inférieure à 2 ans et dépôts remboursables avec préavis de moins de 3 mois)
  321. jlm dit :
    12 janvier 2009 à 20:36 @ Di girolamoComme je le disais d’une autre façon ( je sais plus ou sur ce blog de Paul), “relocalisation ne veut pas dire protectionnisme”. Il y a beaucoup à faire pour que création de monnaie locale ne rime pas avec ” nouvelle féodalité”. De plus, si de neo abbayes “athées, aussi bien qu’agnostiques, et même confessionnelles” sont en vues, comment comprendre ton terme de “bénéfice”? Voici mon adresse : jeanlucemorlie@hotmail.com
  322. samedi dit :
    12 janvier 2009 à 21:50 @ Arianne,la Banque de France, si je ne m’abuse, publie bien le M0. Seulement, si la masse des billets et pièces en circulation est vite trouvée dans ses rapports annuels (tableau de synthèse des agrégats monétaires), pour les comptes des banques commerciales à la BCE c’est un peu perdu dans le texte, du moins depuis l’édition 2004.

    Par ailleurs, ne sont donnés que les bilans des comptes des banques astreintes à réserves obligatoires. Quid des autres ?

    Il est dit que de moins en moins de banques y sont astreintes. Ces rapports indiquent 850 établissements environ — mais cela représente quelle proportion ? Pas indiqué. On lit aussi : moyenne des réserves obligatoires constituées par les banques françaises : 18%, stable sur la période (19.2% en 2006).

    Ci-dessous une synthèse que je viens de faire, sur la période 2002-2007.

    Tous les chiffres sont pour la zone euro, en milliards d’euros (G€).

    BPC : billets et pièces en circulation
    CCBARO : compte courant des banques astreintes à réserves obligatoires
    DAV : dépôts à vue
    CSP : crédits au secteur privé

    BPC / CCBARO / DAV / CSP / PRSB / RRO
    Encours à fin décembre (sauf CCBARO 2004-2007 : moyenne année)

    2002 : 341 / 131 / 2 083 / 6 778
    2003 : 398 / 132 / 2 334 / 7 094
    2004 : 468 / 137 / 2 473 / 7 550
    2005 : (?) / 152 / (?) / (?)
    2006 : 579 / 162 / 3 095 / 9 160
    2007 : 627 / 186 / 3 200 / 10 146

    (?) Bug d’ouverture du rapport BdF .pdf — Mais j’ai trouvé, sur Wikipedia : M0 = 514 G€ en 2005.
    On peut aussi utiliser les taux de variation depuis 2004 ou 2006 — mais je n’ai pas pu retomber sur un même chiffre ;)

    Une autre synthèse, qui me parait intéressante — en millions d’euros (M€).

    PRSB : produits du refinancement du système bancaire
    RRO : rémunérations des réserves obligatoires

    PRSB / RRO
    Encours à fin décembre.

    2002 : 358 / 772
    2003 : 247 / 543
    2004 : 290 / 507
    2005 : 588 / 574
    2006 : 814 / 904
    2007 : 1 187 / 1 414

  323. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 22:29 @ Nadine :Vous me faites part d’une expérience de pensée qui commence par ceci :

    Hypothèse d’école:
    Deux banques concurrentes dans le circuit dont une insolvable avec zéro dépôt, zéro réserve, zéro fond propre .

    Dans la même journée la banque insolvable avec zéro dépôt fait un crédit de 1000 à un client, ce crédit se retrouve chez sa concurrente sous forme de dépôt

    La banque qui a reçu ce dépôt en profite à son tour pour faire un crédit de 1000 qui finit à la fin de la journée en dépôt dans la banque insolvable.
    Dans ce cas la créance monétaire de l’une annule la créance monétaire de l’autre au moment de la compensation, la banque insolvable ne fait pas faillite et la masse monétaire M1 a doublé passant de 1000 à 2000 sans monnaie M0.

    Au delà des conséquences légales qui résultent du statut d’insolvabilité de votre banque, il existe au moins une règle qui contrevient à votre proposition : les réserves obligatoires.

    Une banque ne peut pas émettre de crédit si elle ne dispose pas de réserves obligatoires, qui sont un % de leur encours de dépôts à vue. Donc pour effectuer le premier prêt de 1.000 €, et pour que celui-ci se retrouve dans une autre banque, il faut non seulement que votre “banque insolvable” ait 20 € au minimum (2%, taux de réserves obligatoires en vigueur dans la zone euro) en monnaie centrale sur son compte auprès de la BCE, mais également qu’elle soit en mesure d’effectuer la compensation avec la banque solvable (une banque ne peut pas spéculer sur le fait que l’autre banque fera systématiquement un transfert en sens inverse qui annule la créance monétaire). Ce qui en l’absence de fonds propres, de titres, d’actifs financiers ou de dépôts dans votre banque insolvable est impossible.

  324. Nadine dit :
    12 janvier 2009 à 23:00 @Julien AlexandreMais enfin Julien, je sais bien que dans la réalité ce n’est pas possible avec ce cas particulier en plus il n’y a que deux banques ! c’est simplement pour vous faire touchez du doigt que les dépôts ne sont pas prêtés.

    La question est:
    Est ce que le raisonnement est faux ? je ne vous demande pas si dans ce cas caricatural c’est possible ou pas.

  325. Julien Alexandre dit :
    12 janvier 2009 à 23:14 @ Nadine : merci pour votre louable effort. Je répète que votre raisonnement est faux, car une banque ne peut pas faire de crédit si elle n’a pas de réserves obligatoires. Si on ne tient pas compte des règles qui existent, alors oui on peut dire tout et n’importe quoi, et ce sera toujours vrai si l’on ne tient compte que des règles que vous édictez vous-même ou à l’absence précisément de règles.J’ajouterais, et ceci est d’ailleurs valable de manière générale pour tous les intervenants, que les raisonnements faux à “vocation pédagogique” ne présentent pas d’intérêt. Je leur préfère les raisonnements vrais à vocation pédagogique.
  326. samedi dit :
    12 janvier 2009 à 23:22 @ Julien Alexandre,(Je me réfère à quelques points que j’ai pu lire — désolé, vous comprenez que le fil est très long à parcourir…)

    1) Cela n’a pas de sens de dire que la COMPENSATION s’effectue en monnaie banque centrale. Comme en n’importe quelle autre monnaie d’ailleurs. Puisque la compensation est précisément l’opération qui annule les soldes de même montant (et même signe) dans les comptes des agents pris deux à deux. Cette opération n’a besoin d’aucune monnaie, et justement elle consiste à minimiser les échanges matériels (par contre, il lui faut, disons, un agent assermenté pour la traiter et l’ordonner, voire pour prendre sur elle les dettes de chaque abonné dans l’intervalle).

    Il est juste de dire, par contre, que le RÈGLEMENT après compensation des soldes des comptes des banques commerciales à la BC s’effectue en monnaie centrale.

    Par ailleurs, avant que la compensation soit réalisée, les créances de chaque banque sur chaque autre s’étaient bien établies en monnaie scripturale, non pas en monnaie fiduciaire. Quand un client de la banque A paie un client de la banque B, il y a transfert d’un dépôt à vue (DAV) domicilié chez A à un DAV domicilié chez B. Or :

    * il suffit de lire les chiffres que j’ai transcrits dans mon message précédent pour constater que la somme des DAV est fortement supérieure à la masse des billets et pièces, et même au M0 ;

    * de toutes manières, ces comptes à vue sont des entités virtuelles, informatiques ; il ne leur est associé aucun coffre contenant, en propre, de serait-ce qu’une portion du numéraire en billets et pièces.

    Bref, le propos du document cité par Étienne Chouard me parait correct sur ce point (notamment) parmi ceux que vous avez soulevé.

    Et ce qu’Étienne, je crois, soulignait, c’est que, puisque la monnaie centrale ne vient régler que des soldes entre banques, alors il se peut qu’une proportion immense des échanges interbancaires (du marché interbancaire) — ait pour véhicule de la monnaie scripturale, c’est à dire celle que les banques fabriquent elles-mêmes. Cela se produit si les soldes entre elles sont presque équilibrés. A la limite, s’ils le sont tout à fait, celles-ci peuvent démultiplier infiniment la “base monétaire” (fiduciaire) et octroyer autant de crédits qu’elles le veulent. Leur seule limite étant le ratio de liquidité, les “fuites”, qui sont une limite faible : un peu plus de 6% de l’encours de crédit, et un peu plus de 25% du total des DAV sont “couverts” par de la monnaie centrale.

    Pour la même raison :

    2) Cette discussion sur le fait que les banques prêtent ou non à d’autres les dépôts à vue (par opposition aux dépôts sur compte d’épargne) me semble surréaliste.

    Les DAV sont — à 100% — de la monnaie scripturale. Qu’ils soient couverts, pour 1 / 16 environ, par de la monnaie fiduciaire, ne signifie pas que celle-ci soit immobilisée pour chaque compte, dans une proportion fixe.

    Un DAV est une créance d’un client sur sa banque. Cela signifie que celui-ci que ce dernier peut, à la demande, retirer tant de billets à sa banque. Cela ne veut pas dire que ces billets sont quelque part sur son compte avant qu’il l’ait demandé.

    En permanence, le solde de mon compte courant reste le même si je ne fais pas, moi-même, d’opérations de virement ou de dépôt. Le contraire vous arriverait, vous ne vous poseriez pas la question et iriez porter plainte.

    Bref, les banques ne prêtent pas à d’autres clients le “contenu” des DAV d’un client, simplement parce que cela ne leur servirait à rien et ça n’aurait même aucun sens.

    3) Vous penser contredire l’idée que les banques de dépôt ont le pouvoir de créer de la monnaie ex-nihilo du fait qu’elles ont besoin, pour cela, qu’il existe une banque centrale et un refinancement en monnaie centrale… Mais vous ne voyez pas le différentiel ? Une création ex-nihilo reste un ajout, en terme de masse monétaire au sens large, pas une multiplication, opération qui s’annule face à zéro…

    On peut facilement observer qu’à notre époque (entre 2002 et 2007) : l’encours de crédit au secteur privé augmente de 3 400 milliards d’euros environ en 5 ans, le total des DAV d’environ 1 100 milliards tandis que M0 n’a augmenté, dans le même temps, que de 340 milliards.

    Et le différentiel, évidemment, ne cesse de croitre. Comme, d’ailleurs, croissent les dettes des particuliers, des entreprises, des États. On ne peut pas comparer la “monnaie de banque” à des titres comme les dérivés, les subprime par exemple : reste qu’il y a dans les deux cas le même pouvoir de générer ex-nihilo des instruments de dette, qui servent d’instrument de paiement tant que le château gonfle…

  327. Nadine dit :
    12 janvier 2009 à 23:41 @Julien AlexandreDeux banques A et B concurrentes avec 100 en dépôt, 2 en réserve M0.

    A= 100 en dépôts 2 en réserve M0
    B= 100 en dépôts 2 en réserve M0

    Dans la même journée la banque A fait un crédit de 90 à un client, ce crédit se retrouve chez sa concurrente B sous forme de dépôt

    La banque B qui a reçu ce dépôt en profite à son tour pour faire un crédit de 90 qui finit à la fin de la journée en dépôt dans la banque A.
    Dans ce cas la créance monétaire de l’une annule la créance monétaire de l’autre au moment de la compensation, la masse monétaire M1 a presque doublé passant de 200 à 380 sans monnaie M0 supplementaire

    Maintenant la banque A fait un crédit de 160 sur 190 de dépôt qui atterrit de nouveau chez sa concurrente B, celle ci n’en profite pas pour faire un crédit et demande a être payé, que croyez vous qu’il arrivera avec seulement 2 en réserve M0 dans A?
    La banque A devient insolvable si personne ne veut lui prêter et pourtant elle n’a fait que prêter le dépôt de son client.

    Non, les banques ne prêtent pas les dépôts, elles émettent des créances monétaires et espèrent que les autres fassent de même pour que les compensations se réalisent sans monnaie centrale.

    Julien est ce que ce raisonnement est encore faux ?

  328. Marie-Louise dit :
    13 janvier 2009 à 00:14 Je viens de regarder ce blog et suis effarée, ahurie du volume de cette discussion… qui prouve au moins que ce que font les banquiers est mystérieux, ce qui n’est pas bon signe, je rejoins ainsi la très saine l’intervention de Brieuc Le Fèvre d’hier 12 janvier 2009 à 14:19.
  329. Marie-Louise dit :
    13 janvier 2009 à 00:14 Je viens de regarder ce blog et suis effarée, ahurie du volume de cette discussion… qui prouve au moins que ce que font les banquiers est mystérieux, ce qui n’est pas bon signe, je rejoins ainsi la très saine l’intervention de Brieuc Le Fèvre d’hier 12 janvier 2009 à 14:19.
  330. Julien Alexandre dit :
    13 janvier 2009 à 00:39 Aux adeptes du relais 4×100 posts :Puisque le but du jeu est d’avoir le mot de la fin, je vous le laisse volontiers. Je pense avoir dit tout ce que j’avais à dire, et expliqué tout ce que je pouvais expliquer. Je vous laisse donc le soin, vous qui vous passez le témoin de façon toujours très opportune, de conclure à votre guise.

    Merci à toutes celles et ceux qui ont eu le courage de suivre ce fil.

  331. Di Girolamo dit :
    13 janvier 2009 à 06:14 @ Marie Louise
    Moi aussi assezd’accord avec Brieuc quand il dit :“Les humains ont construit une usine à gaz pour le pouvoir monétaire, à tel point que plus personne ne sait qui fait la monnaie, comment, pourquoi. L’économie est devenue une immanence d’où découlerait toute chose, bonne ou mauvaise, et que nous autres, pauvres péquins, devrions subir comme autrefois la peste ou le choléra. Eh bien, cela, je refuse de l’admettre. L’économie est une science humaine, faite par les humains, et elle devrait être au service des humains. Comment y parvenir quand plus personne ne comprend les tenants et les aboutissants d’un tel système (et ce blog est la preuve de la confusion totale qui règne sur le seul aspect monétaire, sans parler de la théorie des marchés, de la gestion des flux, des indices de comportements de consommation, etc)? Un bon coup de pied dans la fourmilière, et un nouveau départ sur des bases simples et compréhensibles par un élève de 6ème, voilà ce qu’il nous faut.

    Tenter de “réparer” ou “amender” le capitalisme financier mondialisé n’apportera rien à l’espèce humaine.”

  332. Nadine dit :
    13 janvier 2009 à 07:53 @Julien AlexandreSujet: ” Les dépôts sont ils prêtes par les banques”

    Vous ne m’avez pas répondu, je considère donc que le raisonnement est juste…ce qui est assez lourd de conséquence.
    Merci pour votre patiente et vos interventions qui etaient trés interessantes.

  333. Ariane dit :
    13 janvier 2009 à 08:50 @Julien Alexandre
    C’est malheureux que vous ne vouliez pas poursuivre le débat juste au moment où nous vous présentions les éléments (dont l’un venait de vous, d’ailleurs; http://www.bankofengland.co.uk/statistics/fm0/2006/Apr/TableA.pdf ) prouvant qu’il était impossible que la Banque Centrale émette elle même toute la monnaie (de crédit) puisqu’on ne retrouvait dans ses comptes ni cette émission (en M0), ni les intérêts que cette émission doit au minimum produire (200 Md€).@Samedi
    Merci pour cette recherche

    @Nadine
    Il apparait donc que les dépôts à vue sont comptabilisés dans les mêmes postes que les dépôts à terme et d’épargne. Ces derniers peuvent être prétés (c’est le rôle d’intermédiaire financier d’une banque), alors que les dépôts à vue (propriété des déposants qui n’a pas fait l’objet d’un contrat de mise à disposition à la banque) ne peuvent l’être, bien qu’il faille considérer que l’existence de ces dépôts à vue soit nécessaire pour l’équilibre comptable de la banque. Je pense qu’ainsi tout le monde peut se “retrouver”.
    Je suis d’accord avec vous quand vous écrivez

    Non, les banques ne prêtent pas les dépôts, elles émettent des créances monétaires et espèrent que les autres fassent de même pour que les compensations se réalisent sans monnaie centrale.

  334. Nadine dit :
    13 janvier 2009 à 09:55 @ArianeLes mêmes causes entraînant les mêmes effets, cette analyse vous semble-t-elle juste ?

    Si les dépôts à vue ne sont pas prêtés par la banque car ce ne sont au final qu’une inscription comptable de ce que doit la banque à son client ou inversement, qu’en est-il de l’épargne ?

    Le client passe ordre à sa banque de prêter son dépôt, celle ci s’exécute, mais que prête-t-elle avec seulement 2 % de réserve M0 correspondant à ce dépôt ?

    En fait la banque annule la créance contre elle correspondant au dépôt de son client et elle crée une créance monétaire donc un crédit classique pour son client emprunteur, charge à elle de fournir en monnaie M0 si la compensation bancaire l’exige, le tout sans augmentation de M1.
    La transformation des dépôts en épargne utilise le même mécanisme que la création du crédit mais sans augmentation de M1 .

  335. Ariane dit :
    13 janvier 2009 à 16:19 @NadineJe suis, pour ma part, d’accord avec vos deux derniers posts. Néanmoins, un bémol: le taux euribor est nettement descendu (les banques se font confiance maintenant pour financer les soldes négatifs des compensations), mais ce n’est pas cela qui fera repartir l’économie (et donc la création de crédits) s’il n’y a pas de demande… et il n’y aura pas de demande s’il n’y a pas confiance dans le futur … et il n’y aura pas confiance dans le futur si un nouvel ordre économique n’est pas proposé !
    Tout ça en tenant compte des limites écologiques et des ressources naturelles, avec une population mondiale (et donc des besoins) en croissance, ça ne va pas être facile…
  336. Étienne Chouard dit :
    13 janvier 2009 à 19:54 @ Nadine et Ariane,Il y a un autre moyen pour injecter dans le circuit la monnaie qui va manquer, et pour éviter ainsi l’asphyxie : c’est que l’État reprenne son pouvoir régalien et insuffle de substantielles quantités de monnaie permanente et gratuite — je répète : permanente et gratuite —, directement dans la poche des ménages et des entreprises, sans même passer par celles du Trésor public.

    En effet, nous ne manquons ni de travail, ni de travailleurs : nous manquons seulement de monnaie et nous avons précisément, fous que nous sommes, abandonné la création de cette monnaie à ceux-là même qui s’enrichiront de sa rareté… Pas besoin d’être bien malin pour comprendre ce que feront toujours ces maîtres-là de la monnaie…

    Mais ce n’est pas une fatalité.

    Relisez les propositions de Jean-Marcel Jeanneney que j’avais largement reproduites ici et chez moi : je trouve sa proposition —ce qu’il appelle la REFLATION, par injections empiriques de pouvoir d’achat chez tous les habitants, sans contrepartie : de la monnaie permanente et gratuite, tout le contraire du piège qu’on nous impose partout sur terre—, je trouve cette proposition, donc, solide et crédible, prudente et pragmatique, autrement plus séduisante que tous ces plans foireux des banques de toute la terre qui ne pensent manifestement qu’à nous endetter tous un peu plus, nous et nos États, pour capter le fruit de notre travail à travers le piège éternel des intérêts composés.

    Il y a d’autres issues que la dette pour financer l’économie, que ce soit la dette privée ou la dette publique.

    Il y a des monnaies sans dette.

    J-Marcel Jeanneney est quelqu’un de très sérieux.

    Amicalement.

    Étienne.

  337. Ariane dit :
    13 janvier 2009 à 20:27 Qui est Jean Marcel Jeanneney? http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marcel_Jeanneney
    Entre autres: il est licencié ès lettres, diplômé en économie à l’École libre des sciences politiques (1936), docteur en droit et agrégé de sciences économiques. Il a enseigné aux Universités de Grenoble et de Dijon.
  338. Fab dit :
    13 janvier 2009 à 21:29 @ Etienne Chouard,Bonsoir. Je suis bien content de vous “revoir” ! Quelles différences voyez-vous entre votre proposition que l’état injecte de la monnaie permanente et gratuite, et l’idée de Jean-Paul Lambert d’une société sans profits monétaires ni monnaie (http://www.pauljorion.com/blog/?p=1481) ?

    Merci.

  339. madar michael dit :
    13 janvier 2009 à 23:17 @fab
    Je tenais à te saluer pour l’esprit vif et lucide qui émane de tes posts.
    Captivé par ce débat qui n’en finissait plus, j’ai comme l’impression d’un vide à présent…
    Salut à tous les autres intervenant(es).
  340. Étienne Chouard dit :
    14 janvier 2009 à 05:03 @ Fab,L’idée de Jean-Paul est très intéressante, et elle se rapproche par endroit de la proposition formidable d’AJH, qu’il appelle l’écosociétalisme.

    D’une façon générale, toute la réflexion —et les milliers d’expériences— des humains sur les monnaies alternatives (et c’est incroyable ce que la littérature sur le sujet est abondante) sont littéralement passionnantes.

    En fait, la plupart des humains se désintéressent totalement du principal outil qui pourrait les libérer largement du fléau du travail (une monnaie intelligente), et cette négligence permet à certains malins d’utiliser cet outil monétaire pour les asservir littéralement.

    D’une certaine façon, comme en matière institutionnelle, c’est essentiellement la faute des victimes : “ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux”. Il ne tient qu’à nous de nous emparer du sujet, de le comprendre, d’en parler entre nous et d’imposer aux privilégiés d’abandonner leurs privilèges.

    Il faut reconnaître qu’il y a quand même un petit problème.

    Pour conserver leurs privilèges, historiquement, les privilégiés sont capables de faire couler des fleuves de sang. Comme en plus, ils sont redoutablement malins et menteurs (à l’occasion), et qu’ils détiennent maintenant des outils inédits de fabrique du consentement, ce ne sera pas si simple, ni de rendre la création monétaire à la collectivité, ni de rendre le contrôle des pouvoirs aux citoyens.

    Advienne que pourra.

    Mais laisser-faire nous conduira sans doute à l’esclavage
    car le pouvoir va jusqu’à ce qu’il trouve une limite.

    Surveillez toujours ce point : qui écrit les limites ?

    Amicalement.

    Étienne.

    PS : le côté négatif d’une monnaie totalement dématérialisée, c’est le risque immense d’un Big Brother (qui ne dira pas son nom). Personne n’échappera jamais au regard du coordonnateur monétaire.

    C’est pourquoi je pense que la qualité du processus constituant est absolument décisive pour l’avenir de nos enfants.
    Qui écrira les règles des contre-pouvoirs ? Tout va se jouer là.

    Et pourtant, tout le monde s’en fout.
    L’idée de tirer au sort l’Assemblée constituante fait rugir les partis, évidemment,
    mais fait aussi râler les citoyens qui s’accrochent à leur misérable “part de souveraineté”, sans voir que l’élection, objectivement, en s’en tenant aux faits, est la procédure qui a permis aux riches, depuis deux cents ans, d’acheter le pouvoir, littéralement.
    Donc, à mon avis, on restera dans notre prison politique et monétaire, mais parce que nous l’aurons voulu ainsi.

  341. Di Girolamo dit :
    14 janvier 2009 à 07:23 @ Etienne ChouardSe réapproprier la création monétaire est je le pense aussi une démarche majeure ; la monnaie étant un outil essentiel au développement de l’humanité ; se passer de monnaie et aller vers une société alternative pourrait aussi se concevoir. Mais on peut tourner autour du pot tant qu’on voudra le constat historique des sociétés et des relations des hommes entres eux est un constat négatif : si des progrès majeurs ont été réalisés sur les plan techniques et scientifiques, sur le plan moral celui de la sagesse , de la générosité , de la confiance ….. On constate les mêmes travers prenant seulement des formes différentes.

    Alors ? qu’en déduire ? je crois assez z en la formule de Jancovici expliquant que LA DONNE

  342. Di Girolamo dit :
    14 janvier 2009 à 07:47 Excusez ! ma souris a fait peuve de trop d’indépendance et mon commentaire s’en est allé sans mon consentement …….Je continue……Alors ? qu’en déduire ? je crois assez en la formule de Jancovici expliquant que LA DONNE A AUJOURD’HUI CHANGEE . Il dit “rien a changé mais tout a changé ” et il situe le changement au niveau des effets d’échelle : par exemple tant que nous étions qq millions sur le terre , tant que nous brûlions des quantités limitées de fossiles …… nos défauts d’humains pouvaient s’exprimer sans remettre en cause le fonctionnement de la planète , la vie même de l’espèce ; Pour des raisons physiques , ce n’est plus le cas ; démographie + industrie + croissance = gros problème . Dans les années qui viennent , aujourd’hui même ,ON NE PEUT PLUS CONTINUER A FONCTIONNER COMME CELA.

    La morale doit impérativement rejoindre la technique sous peine d’extinction de masse .

    Et c’est à ce niveau et sur ces bases que se réappoprier la monnaie DANS LE CADRE D’UN PROJET DE SURVIE devient intéressant et indispensable .

    Cette nouvelle donne nous impose de bazarder le capitalisme , de réunir la tribu et de parler ensemble , de voter une nouvelle société . C’est démocratiquement , en communiquant , en expertisant et en votant que nous pourrons peut être faire qqchose.

    L’action politique majeure à entreprendre est donc de placer au centre d’un débat public réorganisé ce “gros problème” ;

    nous ne changerons que par la claire conscience collective de l’obligation vitale de la faire .

  343. kawaijen dit :
    14 janvier 2009 à 14:53 Paul a mis fin au débat (Fin du débat sur la création monétaire) , mais on peut sans doute se permettre un petit dernier verre avant de rentrer à la maison :-)Je ne comprend pas pourquoi le camp du “scandale de la création monétaire” et particulièrement son héraut E.Chouard n’a pas accordé d’attention à la tentative d’inversion de perspective à partir des chiffres de la zone Euro publiés par la BdF. Souvent on peut sortir d’un débat stérile en changeant le point d’observation.
    Donc je répète:

    Selon les STAT INFO de la Banque de France, et pour la zone Euro dans son ensemble, en Novembre 2008:

    Cliquer pour accéder à evomonze2.pdf

    – l’en cours de crédits au privé (donc hors dettes publiques) est de 10877 Md€ (dont ~50% aux ménages)

    – les dépôts dits masse M1: 3962 Md€ (dont billets 704 + dépôts à vue 3258)
    ces seuls dépôts à vue ne peuvent peuvent pas financer les crédits mais …

    – avec les dépôts à court terme dits M2: 8016 Md€
    M2 ce sont les livrets A, bleus, CEL, LEP (mais hors PEL et PEP qui sont dans M3)
    – avec des dépôts à plus long terme et autres éléments : M3 = 9373 Md€

    On voit que M2 et M3 sont commensurables avec l’en cours de crédit.

    Donc, en première approximation, il semble que si on raisonne “en masse” les banques prêtent approximativement ce qu’elles on en dépôt (et qu’elles rémunèrent) et donc que les intérêts ne sont pas si “scandaleux”.

    Pourquoi M2/3 ~= en cours de crédit – sans doute le résultat de l’équilibrage du bilan actif / passif des banques selon la formule signalée par “Moi”:

    Capitaux propres + Dettes = Actif immobilisé + Actif circulant et financier
    dépôts crédits

  344. b(r)ankignole dit :
    14 janvier 2009 à 15:56 http://www.dailymotion.com/video/x7pgb4_film-formation-sur-la-crise-financi_newsLe PCF (aussi) a compris ou l’argent était cré…
  345. Le fils d’Ariane dit :
    14 janvier 2009 à 16:29 @kawaijenSauf que c’est l’inverse :) . C’est parce qu’il y a eu des crédits qu’on retrouve ces montants dans les différents agrégats. Votre proposition ne peut pas expliquer non plus l’augmentation de 10% par an de la monnaie scripturale.
  346. kawaijen dit :
    15 janvier 2009 à 11:02 @le fils d’ariane
    mon propos personnel n’est pas d’argumenter sur la poule et l’œuf des dépots et des crédits, mais de savoir si les intérêts touchés par les banques sont “légitimes”;
    (je reconnais que ma perspective est arbitraire).
    Si “les banques prêtent les dépots” , ce qui semble vrai finalement, à un cheval près en première approximation, alors pas de “scandale” tel que dénoncé par Money as Debt, pas de secret bien gardé, bref business as usual :-)De même, le fait que les banques commerciales créent la monnaie et que la banque centrale ne fait que réguler le processus ne me semble pas scandaleux en première analyse.

    Quant à expliquer l’augmentation des agrégats monétaires, c’est sans doute intéressant, mais est ce bien le cœur du débat ?

  347. Nadine dit :
    17 janvier 2009 à 13:42 @EtienneLorsqu’une banque accorde un crédit, elle s’endette en monnaie M0, dés lors peut-on affirmer qu’elles créent la monnaie ex-nihilo ?

    La réponse est non.

    Pourquoi:

    La banque centrale crée la monnaie M0, c’est à dire la monnaie fiduciaire (les espèces) et la monnaie scripturale qui sert à payer les soldes compensatoires entre banques privées.

    Les banques privées ne font que de la créance monétaire au sens juridique du terme, encadrée par une réglementation spécifique à leurs fonctionnement.
    Cette créance une fois créée se déplace, s’additionne, se soustrait et s’annule ce qui lui donne l’apparence de la monnaie, on l’appelle la monnaie scripturale M1 (moins la monnaie fiduciaire).
    La nature juridique des créances permet de dire que chaque banque privée a sa propre monnaie scripturale . Cette monnaie est majoritairement la monnaie de l’économie.

    Lorsqu’une banque accorde un crédit, elle s’endette en monnaie M0 lors des compensations interbancaires qui généreront des soldes négatifs qu’elle devra payer en monnaie scripturale M0 banque centrale (si ce crédit ne retourne pas sous forme de dépôt sur ses comptes ).

    Les banques privées peuvent créer des créances monétaires M1 sans monnaie M0 (provisoirement) si les banques concurrentes accordent des crédits qui se retrouvent en dépôts chez elles, les soldes compensatoires sont quasi nuls pour les banques.
    Ceci dure tant que la demande en crédit existe sur l’ensemble du système bancaire permettant au jeu des compensations interbancaires de fonctionner avec son rendement maximum (minimum de M0). La demande de crédit fait gonfler la bulle des créances bancaires, ce qui s’observe par l’augmentation de la masse M1 sans que la masse M0 n’augmente hormis les 2% obligatoires.
    La bulle éclate lorsque la demande de crédits n’existe plus, et qu’il y a un dysfonctionnement des remboursements des crédits existants, les compensations génèrent des soldes négatifs importants et les banques doivent payer l’addition en monnaie M0 qu’elles n’ont pas en quantité suffisante.

    Conclusion (provisoire): Ce système à deux étages M0 et M1 lorsqu‘un déséquilibre des compensations intervient fait sauter les règles prudentielles et les banques doivent passer à la caisse.

    Amicalement.

Publié dans Débat monétaire | Un commentaire

28 – À propos de « Pour un système socialisé du crédit » par Frédéric Lordon

07 01 2009 Publié par Paul Jorion

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Frédéric Lordon a publié hier un article intitulé « Pour un système socialisé du crédit » et certains d’entre vous piaffèrent tant d’impatience devant mon absence de commentaire immédiat qu’ils en vinrent – négligeant le décalage horaire entre l’Europe et la Californie – à interpréter mon silence comme une manifestation honteuse de lâcheté. Encore à me frotter les yeux, je crus de mon devoir de diffuser le plus rapidement possible le communiqué de presse suivant :

Je lis toujours ce qu’écrit Lordon et comme ceux que me lisent le savent, ce que nous pensons se situe dans le même quartier même si nos propositions détaillées diffèrent en général. Ceci pour dire qu’il n’est nullement nécessaire de créer une atmosphère de match de boxe pour m’encourager à lire ce qu’il écrit : je le fais de toute manière. Les « rentre lui dans le chou ! » ou au contraire « poule mouillée ! », sont tout à fait superflus.

Je viens de lire le texte de Lordon, et voici ce que j’en pense.

Nos tons sont très différents et le fait que le mien ait été qualifié par un expert de la chose écrite de « père tranquille » dissimule sans doute le fait que ma critique du système financier est plus radicale que la sienne. La raison en est au moins partiellement due à nos trajectoires différentes : j’ai une formation d’anthropologue et de sociologue, acquise sur les bancs de l’école, et une formation sur le tas d’ingénieur financier, acquise dans les banques. Cette dernière me permet deux choses : maintenir un dialogue avec les milieux de la finance en parlant leur langue, et en étant assuré du coup d’être entendu, et critiquer leurs pratiques en connaissance de cause, et tout particulièrement « là où ça fait mal ».

Je pensais tout spécialement à ce « là où ça fait mal » en lisant « Pour un système socialisé du crédit », car je me représentais d’une part la manière dont les milieux financiers accueilleront la proposition de Lordon – en deux mots, un plafonnement de la marge de profit des banques commerciales associé à une garantie de l’État activée en cas de pépin – et la manière dont ils accueillent ma proposition d’interdiction des paris sur les fluctuations de prix : urticaire et sueurs froides.

Que ma critique soit plus radicale que celle de Lordon apparaît très clairement dans la manière différente dont nous envisageons les intérêts. Bref rappel, pour ce qui touche à ma position : 1) dans le cas des prêts à la production, le montant du prêt joue le rôle d’avances et permet de créer un surplus ; les intérêts sont la part du surplus qui revient au prêteur, l’autre part du surplus va au producteur, comme profit ; dans ce cadre des prêts à la production, le versement d’intérêts apparaît entièrement justifié. 2) dans le cas des prêts à la consommation, le montant du prêt sert à acheter un objet ; or il n’existe aucune relation entre l’objet acheté et les intérêts qu’il faudra verser et l’emprunteur devra donc ponctionner son salaire ; dans ce cadre des prêts à la consommation, le versement d’intérêts est problématique et lorsque le prêt supplée à un salaire insuffisant, les intérêts sont manifestement iniques.

Résumé de ma position : pourquoi verse-t-on des intérêts ? parce que le capital ne se retrouve pas automatiquement là où il sera appelé à intervenir. Conséquence : les intérêts auront perdu toute justification le jour où le capital se retrouvera automatiquement là où il est appelé à intervenir. Corollaire : plus le capital est concentré, moins il a de chances de se trouver là où il est appelé à intervenir.

La position de Lordon sur les intérêts est très différente : il ne pense pas qu’ils se justifient en soi mais il les voit jouer un rôle dissuasif : sans eux il n’existerait aucun frein à la consommation et leur présence se justifie donc d’un point de vue que j’appellerais « pédagogique ».

On voit donc que Lordon et moi envisageons les intérêts dans des perspectives très différentes, et il existe d’ailleurs un paradoxe si l’on pense à nos formations respectives, puisque ma perspective est purement économique tandis que la sienne, invoquant « un désir explosif » vis–à–vis de la monnaie est, selon ses termes, « quasi-anthropologique ».

A quel niveau situer alors les taux pour qu’ils jouent le rôle dissuasif que Lordon veut leur voir jouer, sans pénaliser pour autant les emprunteurs de manière excessive ? Il examine les facteurs à prendre en considération, en particulier ceux qui constituent la « marge bancaire » : frais et profit du prêteur, mais sans se prononcer de manière formelle sur le niveau optimum. Si j’avais à résoudre cette question, j’aurais moi aussi bien du mal à déterminer ce seuil, mais ce ne devrait pas être le cas pour Lordon parce que, contrairement à moi, il pense que, en sus des sommes que les banques commerciales empruntent, elles en créent aussi ex nihilo. Pour moi qui suis convaincu que les banques empruntent tous les fonds qu’elles prêtent (soit comme dépôts de clients, soit comme emprunts), le taux d’intérêt qu’elles réclament est constitué de l’addition de l’« index » (disons 4%) – le coût de leur dette – et de la « marge bancaire » (disons 2%). Pour Lordon qui considère que certains des fonds prêtés par les banques sont empruntés par elles mais que les autres sont créés ex nihilo, le taux devrait être pour les premiers comme chez moi, « index » + « marge bancaire » (4% + 2% = 6%), et pour les seconds – si je peux lui faire une recommandation – « marge bancaire » seule (2%), puisqu’il n’existe pour ceux-ci aucun « coût de la dette » et cette approche présenterait l’avantage d’être non seulement logique, mais également juste. De plus, si les fonds créés ex nihilo par les banques commerciales étaient mobilisés de manière préférentielle pour les prêts qu’elles accordent à la consommation, une réponse excellente aurait été apportée à ce qui demeure pour moi une question épineuse: le taux d’intérêt qu’il conviendrait d’exiger dans le cas du crédit à la consommation.

Pourquoi mon approche « économique » des intérêts est-elle plus radicale que celle « quasi-anthropologique » de Lordon ? En raison de son corollaire et de sa conséquence, tous deux mentionnés précédemment.

Son corollaire : plus le capital est concentré, moins il a de chances de se trouver là où il sera appelé à intervenir. Autrement dit, plus le rapport de force est favorable aux prêteurs et plus le taux d’intérêt est élevé ; une meilleure distribution du capital signifie au contraire des taux moins élevés – ce qui est une bonne chose.

Sa conséquence : les intérêts auront perdu toute justification le jour où le capital se retrouvera automatiquement là où il est appelé à intervenir – ce qui serait également une bonne chose.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite.

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55 réponses à “À propos de « Pour un système socialisé du crédit » par Frédéric Lordon”
  1. et alors dit :
    7 janvier 2009 à 07:27 Petite anecdote : Quand en 1971 quelques amis ont crée une coopérative de consommation, ils ont constitué “un capital initial variable” de 10 020F). Les parts sociales “côutaient” 30F. Les statuts ne prévoyaient pas d’intérêt au capital.
    Accessoirement la société fonctionnait selon le principe un homme une voix, les administrateurs étaient élus en assemblée générale. Et le profit n’était pas le moteur de l’activité selon le “pacte de 1912 qui précisait “substituer au régime capitaliste…dans l’intérêt des consommateurs, etc”
    Les éventuels “bénéfices” apparaissant au “compte de résultat” (considérés de fait comme erreur de gestion) étaient redistribués entre les coopérateurs au prorata des achats, après affectation d’une partie à des “réserves statutaires et légales”
    Observations :
    – les membres les plus riches achetaient “statistiquement” moins de part sociales que les plus pauvres. ( constitution du capital)
    – les mêmes consommant plus, se voyaient attribuer plus de ristourne dont il demandaient souvent le remboursement, alors que les autres la transformaient en “parts sociales”. (augmentation du capital)
    – le placement des réserves accumulées en quelques années par un coopérateur avisé, (dans une banque “coopérative”) fit apparaître en un an, un “produit financier” dont le montant était supérieur au “produit du travail” d’un “salarié” ( sur 4)… (rémunération du travail)
    Chacun en tirera les conclusions qu’il peut..

    Questions subsidiaires :
    – qui “appelle le capital à intervenir”, pour faire quoi ? (des armes ?)
    – Une meilleure, non pas distribution , mais re-distribution, (du capital) ne serait-elle pas une bonne chose aussi ? Mais comment ? Selon quel principe, logique, moral ?
    – La “représentation “, l’idée, la cartographie du capital (ou de ce que vous voulez d’ailleurs..) correspond à quoi pour vous sur le territoire ? Et comment vous représentez-vous cette représentation ? Mais non c’est pas hors sujet.

  2. Sophie dit :
    7 janvier 2009 à 10:26 Paul Jorion écrit ” Pour moi qui suis convaincu que les banques empruntent tous les fonds qu’elles prêtent (soit comme dépôts de clients, soit comme emprunts), ”
    C’est de la “foi dogmatique” car à l’inverse de tous les enseignements (j’attends évidemment avec impatience les extraits de telles affirmations d’autres croyants :) ), et dans ce cas – s’il le veut, il n’y a aucune sommation – M. Jorion pourra nous expliquer d’où viennent les dépôts de clients et les emprunts dont les “créations” doivent bien se retrouver quelque part à l’origine (au moins en ce qui concerne les augmentations ayants permis celles des richesses depuis quelques décénnies…), ou alors serai ce, dans son esprit, que les montants disponibles “tournent” de plus en plus vite ?
    Je suis très curieuse …
  3. Moi dit :
    7 janvier 2009 à 11:38 “que les montants disponibles “tournent” de plus en plus vite ?”

    Je ne vais pas préjuger de ce qu’il y a dans l’esprit de Paul Jorion, mais dans le mien c’est bien cela.

  4. Dominique Larchey-Wendling dit :
    7 janvier 2009 à 12:08 Bonjour à tous et meilleurs voeux pour 2009.

    Je voudrais revenir sur la distinction du concept de monnaie (que tout le monde comprend, mais chacun à sa manière) en concept de “fortune” et d’”argent” pour expliquer comment vous réfutez la “création monétaire ex-nihilo”. Ce texte m’a semblé très éclairant mais souffrait d’une faiblesse important : peu de gens ont envie de faire cette distinction entre fortune et argent. Tout le monde veut croire que sa propre fortune sera un jour intégralement transformable en argent.

    Aujourd’hui la mécanique du crédit fou a créé un tel écart entre fortune et argent qu’il est devenu insoutenable : l’argent est insuffisant pour payer les intérêts de la fortune. Seule la cavalerie sur la fortune en est capable mais on a déjà dépouillé tout ce qui est solvable et insolvable. Aussi la réduction de ce fossé entre fortune et argent est inévitable. Deux mécaniques peuvent fonctionner : la déflation (chute de l’immobilier, faillites des individus et des entreprises, fraudes …) ou l’inflation (la BC fait tourner la planche à billet, par exemple en acceptant (de la part des banques) de la fortune pourrie comme garantie).

    La déflation (destruction de la fortune) permet de maintenir la distinction entre les concepts de fortune et d’argent. Mais elle consiste aussi à expliquer par l’exemple aux gens qu’ils ont été payés en fortune de singe et qu’elle va s’évaporer. Dans son dernier billet “Prisonniers des bulles” (http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2465), Michel Santi nous explique comment la fortune cherche aujourd’hui à fuir la déflation en créant des bulles successives, dans une mécanique moutonnière où chacun espère pouvoir tirer son épingle du jeu. Mais dans cette mécanique, seule une petite partie de la fortune survivra à la déflation et il y aura beaucoup plus de pigeons que de malins. Il y a aussi des fortunés qui ne sont pas près à accepter la disparition de leur fortune sans réagir, par exemple les oligarques Russes (http://www.iht.com/articles/2009/01/07/business/07medici.php).

    L’inflation par contre consiste à créer l’argent (planche à billet) qui manque pour ramener le rapport fortune/argent dans des proportions soutenables. La fortune (mesurée en équivalent argent) n’est pas nécessairement détruite mais l’argent perd de sa valeur : son pouvoir d’achat baisse. Ce qui est détruit par contre, c’est la distinction entre fortune et argent. Elle est refusée par de trop nombreux fortunés. Si les Etats sont contraints de recourir à la planche à billet, il devient alors clair que la création de fortune par les banques privées et la dette est de la création monétaire ex-nihilo, même si elle se produit d’abord virtuellement avant d’être matérialisée par la banque centrale ultérieurement.

    Qui est-ce qui décide entre l’inflation ou la déflation ? Qui peut souhaiter la déflation ? Qui est prêt à accepter la destruction de sa fortune ? La déflation est-elle politiquement acceptable ? L’inflation, voir l’hyper-inflation, n’est -elle pas inévitable pour éviter la révolution (aussi appelée “crise systémique”) ?

  5. euro dit :
    7 janvier 2009 à 12:36 Un système socialisé du crédit? Comme en France? Où la moitié de la population travaille dans le privé, souvent de manière précarisée et mal payée, dans le but de financer l’autre moitié de la population employée dans la fonction publique, para publique, sans connaitre la précarité? Super! La France a virtuellement fait faillite, faut-il vous le rappeller? Attendez un peu que l’Allemagne sur laquelle on a tant tapé ces derniers mois décide de sonner la fin de l’euro tel qu’il est aujourd’hui…
  6. Rumbo dit :
    7 janvier 2009 à 12:37 Dominique Larchey-Wendling dit :
    7 janvier 2009 à 12:08

    Sophie dit :
    7 janvier 2009 à 10:26

    Bien vu Dominique Larchey-Wendling. C’est une façon assez claire de mettre au jour les questions les plus actuelles dans ce sytème

    Merci Paul pour cette mise en comparaison bien enlevée entre vous et Lordon. J’y vois une possibilité de marier les deux positions qui, ici, seraient compatibles dans la même “formule”.

    Autre chose le: “Pour un Syustème Socialisé du Crédit” Tient? Ça fait penser au Crédit Social. Au moins l’angle d’éclairge de la question ici se rapproche-t-il de celui du Crédit Social. Mais l’on ne trouve pas, dans vos deux attitudes de direction vers un changement ou une remise en place saine du statut des banques relativement à la création monétaire et à la masse monétaire tout comme la question cruciale de son taux de couverture. (avec d’autres, je rappelle que ce taux, deviendrait tout naturel en étant maintenu à 100%-monnaie).

    Certes, il faut débattre des sujets autant que possible un par un, mais tellement d’éléments sont imbriqués les uns dans les autres.

    Un exemple au passage, le principe de subsidiarité qui doit s’exercer au sujet des banques. Les communes doivent avoir leur banque communale, lesquelles banques communales doivent être les administratrices des banques régionales elles-mêmes administratrices de la banque centrale de pays, des pays ou de l’espace économique que ces banques régissent. Ce sont les structures d’en bas qui sont – propriétaires – des structures d’en haut, tel est l’application de la DÉMOCRATIE en ÉCONOMIE. IL FAUT SE RENTRER CE SHÉMA DANS LE CERVEAU. (c’est là un shéma rappelle un peu celui l’organigramme du modèle bancaire intérieur de la Suisse, très intéressant et “parlant” à étudier car très concret, pouvant parfaitement inspirer notre créativité si nous en avons une). Et avec un taux de 100%-monnaie, les banques privées pourraient prêter selon leurs politiques commerciales sans danger pour l’édifice social. C’est tout l’inverse qui existe dans les principales organisations bancaires dans le monde. Ces structures et ces organisations sont comme une pyramide la pointe en bas, un affreux écrasement de la société à la fois étatique et à la fois bancaire.

    Sophie, ci-dessus, a raison de rappeler sans faille le – principe de la naissance de l’argent – dont on comprend bien, par défaut comme par excès, que c’est un “continent” très peu “balisé” après des mois de débats là-dessus. J’en étais déjà convaincu et ma conviction ne fit que se renforcer tout au long de ces mois. Comme elle, je suis très curieux…

  7. Shiva dit :
    7 janvier 2009 à 13:33 @Dominique Larchey-Wendling
    Paul Jaurion dit: (http://www.pauljorion.com/blog/?p=1103)
    “la fortune, c’est l’argent dont on est propriétaire : elle additionne l’argent qu’on a et l’argent qu’on vous doit”
    Dans votre énoncé vous assimilez fortune à dette (ou reconnaissance de dette qui pour moi n’est pas la dette mais l’acte à valeur juridique qui la matérialise): “l’argent est insuffisant pour payer les intérêts de la fortune”
    On ne comprends plus rien à tout ce charabia sémantique.

    Lost in translation…

  8. Pierre-Yves D. dit :
    7 janvier 2009 à 13:35 @ Sophie

    Les croyants sont plutôt ceux qui focalisent toute leur attention sur le phénomène de la création monétaire. Ils ne voient pas que le système bancaire tel qu’il existe aujourd’hui doit sa puissance et sa faiblesse à des facteurs qui relèvent d’autre chose que de la simple technique bancaire. Les enjeux se situent à un niveau supérieur. Ce sont les règles du “jeu” de l’économie mondiale qui elles-mêmes résultent de compromis politiques entre grandes puissances, qui ont permis d’immenses créations de richesses inégalement réparties.

    Les banques ne sont qu’un maillon du système global, ce ne sont pas elles qui ont impulsé le mouvement de l’économie néo-libérale. La libéralisation des mouvements de capitaux a été d’abord une décision poltique. Les banques n’ont fait qu’embrayer sur une possibilité qui leur était offerte en se lançant dans les produits dérivés. Les banques commerciales ont elles-mêmes contribué au phénomène de la concentration du capital, mais elles ne sont pas la cause des transferts de richesse. Les transferts de richesse sont dûs d’abord au poids inégal des salariés face aux entrepreneurs et investisseurs. Des dispositifs juridisques aux niveaux mondial et européen ont permis cela. Une quasi absence de démocratie dans le monde économique est un autre aspect du rapport de forces inégal. Au niveau mondial l’accroissement des richesses produites doit beaucoup plus à l’exploitation de l’inégale situation des systèmes politiques et sociaux, qu’à la technique bancaire elle-même, laquelle n’a pas bougé dans ses principes depuis son invention il y a plus de cinq siècles. IL y a eu accélération et sophistication de la technique bancaire, notamment grâce au numérique en temps réel, mais la financiarisation de l’économie ne doit rien au phénomène proprement dit de la création monétaire occasionnée par le mécanisme du crédit.

    La financiarisation de l’économie ce sont les fonds d’investissements, les banques d’affaires, aujourd’hui sur le tapis. Bref, il ne faut pas confondre la banque et la bourse. Certes ce qu’on peut reprocher aux banques c’est d’être devenues elles-mêmes des investisseurs, de boursicoter, mais ce phénomène est distinct de celui du mécanisme du crédit sur investissement. Bref, les défenseurs de la thèse de la création ex-nihilo par les banques me font penser à ceux qui naguère pensaient que le soleil tourne autour de la terre. Non, toute l’économie mondiale ne tourne pas autour de la banque. Le système bancaire est au coeur du dispositif mais il n’est pas le dispositif lui-même. Sans le système bancaire l’économie mondialialisée n’aurait pu être ce qu’elle est, mais la mondialisation néo-libérale, puisqu’il faut appeler un chat un chat, relève d’une certaine politique de l’économie, datée historiquement.
    Une mauvaise politique qui est mauvaise parce qu’elle part du présupposé faux que l’économie est une sphère autonome qui ne doit rien aux phénomènes sociaux et politiques. Le système actuel est capitaliste, il avantage les possesseurs de capital — et donc sa concentration — n’oublions pas ce fait basique que Paul nous rappelle billet après billet. D’où l’idée de sa constitution pour l’économie, qui ne concerne pas simplement les banques, mais, comme son nom l’indique, toute l’économie, puisqu’elle en modifierait les règles du jeu.

  9. euro dit :
    7 janvier 2009 à 13:36 Il va falloir que Rumbo (et tous ses amis présents dans ce blog, les nostalgiques de l’impérial-soviétisme ou de l’impérial-capitalisme, ça revient au même) se mette dans la tête que précariser la moitié de la population active dans le privé dans le but de payer les fonctionnaires protégés du secteur public mais également payer les allocations destinées aux insolvables ce n’est pas démocratique. Ce modèle a fait faillite. Attendez encore quelques mois et vous allez voir un peu ce que ça donne une banqueroute soft en direct live….
  10. Sophie dit :
    7 janvier 2009 à 13:52 @Pierre-Yves D

    En ce qui me concerne je ne focalise pas mon attention sur le phénomène de la création monétaire, mais il est hélas impossible d’avancer si on n’a pas compris ce principe qui prélève des intérêts à des emprunteurs (intérêts qui, dans leur globalité, ne pourront qu’être issus de nouvelles créations monétaires, fiduciaire ou scripturales), sans que le prêteur/banque n’ait été tenu, comme tout épargnant qui prêterait son argent, de gagner par son travail et d’épargner préalablement les montants prêtés.
    On ne peut discuter de l’opportunité des intérêts si on ne fait pas la différence entre ces deux cas de figure (sachant que les banques jouent AUSSI le rôle d’établissements financier qui prêtent les dépôts des épargnants lorsque ceux ci l’acceptent (i.e. livrets ), en général contre intérêts.

  11. Bertrand dit :
    7 janvier 2009 à 13:54 @Sophie
    « M. Jorion pourra nous expliquer d’où viennent les dépôts de clients et les emprunts dont les “créations” doivent bien se retrouver quelque part à l’origine »

    La logique pourrait aussi vous conduire au raisonnement suivant ces trois cas :
    – Même si la création monétaire redevenait un domaine régalien de l’Etat.
    – Même si la réserve fractionnaire était établie à 100%.
    – Même si l’étalon était l’or :

    La création d’une pièce de monnaie ou d’un moyen de paiement restera toujours créée ex-nihilo à partir d’une promesse de travail que l’on a pas encore réalisée. Personne ne peut dire à quoi servira une pièce de monnaie nouvellement créée. Sauf à vouloir réinventer la logique du capitalisme, se focaliser sur le terme « ex-nihilo » n’a d’intérêt que pour se rendre compte qu’à chaque étape de la production le législateur dispose du temps de vie de ses citoyens : Du temps passé, du temps présent, et du futur. Car sinon l’activité du crédit et les gains qu’il rapporte via les taxes et les impôts ne serait pas légal. Un capitaliste (un investisseur) aura toujours besoin d’un législateur pour légitimer son emprise sur le temps de vie et les horaires des “citoyens contribuables” en dépis de la confusion qu’il entretient entre “richesse véritable” et “impression de richesse” aux dépens de ce même législateur …

  12. et alors dit :
    7 janvier 2009 à 14:04 question de méthode, de modèlisation.

    “Certes, il faut débattre des sujets autant que possible un par un, mais tellement d’éléments sont imbriqués les uns dans les autres.” (Rumbo) …Exemple…qui suit :
    “Qui est-ce qui décide entre l’inflation ou la déflation ? Qui peut souhaiter la déflation ? Qui est prêt à accepter la destruction de sa fortune ? La déflation est-elle politiquement acceptable ? L’inflation, voir l’hyper-inflation, n’est -elle pas inévitable pour éviter la révolution (aussi appelée “crise systémique”) ? (dominique, suite à une intervention éclaircissante).
    Bravo encore Paul d’entretenir le mouvement, la cohésion, la co-errance , condition d’une plus grande cohérence ou pertinence., (en marche).

    Ne serait-il pas opportun d’intégrér un moteur de recherche sur ce blog pour passer de l’accumulation de questions-réponses sur un long ruban à la structuration d’ éléments disparates et réccurents, au gré de chacun. Autrement dit introduire (encore) plus de retro-actions que de réactions.

  13. Dominique Larchey-Wendling dit :
    7 janvier 2009 à 14:11 @ Shiva

    “la fortune, c’est l’argent dont on est propriétaire : elle additionne l’argent qu’on a et l’argent qu’on vous doit”

    Soit j’ai peut-être été un peu rapide en assimilant fortune et reconnaissance de dette. Il y a certes une différence conceptuelle entre les deux. Mais il n’y a pas si une grande différence pratique que ça car qu’est-ce que “l’argent qu’on a” ? Qui a encore un bas de laine chez lui ? L’argent que vous avez déposé à la banque, vous ne l’avez plus … vous avez à la place une reconnaissance de dette de la banque …

    Bien-sûr, tout le monde a un peu d’argent physique sur lui dans son porte-monnaie … mais c’est vraiment minime par rapport à la fortune déposée en banque.

    La question que je soulève en fait, c’est que peu de gens sont prêts à accepter que leur fortune est très majoritairement constituée de reconnaissances de dettes, dettes qui peuvent éventuellement ne pas être remboursées (déflation). Alors on va les rembourser en monnaie de singe : en fabricant de l’argent (inflation).

  14. Di Girolamo dit :
    7 janvier 2009 à 14:37 Il m’apparaît évident que dans un système économique et politique libéral , l’ensemble de la société , y compris la recherche scientifique et technique est happée et donc dirigée par ce système, qui en fait constitue un cadre, un choix sociétal amont non dit mais inviolable et très rigide : dictatorial.

    Ce ne sont pas les citoyens réunis en assemblée qui décident du choix sociétal, de ce qu’il faut produire et comment, de ce qu’il faut chercher , vers où il faut aller … mais ce système ; les banques privées et le marché financier sont bien les outils irriguant ce mode de fonctionnement libéral ; Et c’est bien là que la bât blesse ; cela est plus essentiel encore que de savoir si les banques créent tout , ou partie , ou rien de l’argent qu’elles injectent dans l’économie par les prêts.

    Un seul petit exemple sans valeur en soi et jugement sur sa validité (parce que beaucoup d’autres paramètres de réflexion apparaissent sur ce sujet), mais juste pour imager ma pensée : il existe depuis une trentaine d’année un moteur poly carburant capable (il est en service aujourd’hui sur un véhicule) de faire excellemment et économiquement fonctionner une voiture à l’huile végétale brute. Ce moteur n’a besoin ni de radiateur ni de refroidissement à air. Il consomme 5 l d’huile aux 100km.Il a intéressé à l’époque tous les constructeurs qui ont retenus…. ce qui les intéressaient ; mais sur ce procédé lui-même, pas d’avancées parce que pas de recherche et développement.
    Cet exemple montre que les choix techniques et scientifiques et donc sociétaux sont largement conditionnés par des impératifs tout autres que l’intérêt général ; plus généralement toutes les inventions ou innovations ne permettant pas un déploiement industriel et financier important sont laissées de côté.
    Un autre exemple que je connais bien puisque moi-même constructeur : les maisons construites à partir de matériaux locaux pris sur place (paille, bois, terre etc) et dont l’avantage essentiel est une économie amont importante (pas de transport, pas de réseaux de distribution etc) ; ce concept écologique global et très performant n’a dans notre système une chance de se dupliquer largement QUE s’il est repris (et donc complètement dénaturé ) par un processus industriel .Là encore la recherche technique , l’aménagement du territoire , l’organisation du travail etc est contrainte à 100% par le système .

    A un moment de l’histoire où des choix cruciaux devront être pris concernant les bonnes orientations à prendre en matière de recherche et d’organisation de la société,
    http://www.dailymotion.com/relevance/search/%25C3%25A9nergie%2Ble%2Bfutur%2B%25C3%25A0%2Bcontre%2Bcourant/video/x7lhwl_energie-le-futur-contre-courant-1-s_news
    on va rester dépendant , pieds et poings liés de nos banquiers et du monde de la finance qui sont actuellement l’outil de la non démocratie .

    C’est sur l’absence de démocratie et son rétablissement qu’il faut se pencher parce que c’est là où se situe le vrai problème ; si nous parvenons, nous citoyens, à « reprendre le manche », il m’apparaît qu’il sera tout à fait indispensable de se réapproprier la création monétaire pour orienter nous même la société dans les directions que nous aurons choisi.
    Quant à la finance et aux jeux d’argent, ils devront être simplement supprimés.

  15. Shiva dit :
    7 janvier 2009 à 15:36 “les intérêts sont la part du surplus qui revient au prêteur, l’autre part du surplus va au producteur, comme profit ; dans ce cadre des prêts à la production, le versement d’intérêts apparaît entièrement justifié”.

    Il faudrait augmenter la réflexion de l’étage “actionnaires” et dire que c’est peut-être les mêmes qui décident du prêt, font produire par leur PDG major d’homme jetable, et encaissent les deux parts du surplus. Et si l’on va à peine plus loin on pourrait même s’apercevoir que la partie “économie” n’est qu’un produit que l’on “travail” en profondeur (dégraissage, délocalisations, cadences, mécanisation, standardisation des produits et des consommateurs, lobying politique, abaissement des barrières douanières) pour dégager une rentabilité maximale.
    Si on pousse encore un peu, l’entreprise n’est qu’un produit financier qui représente un stock de cash et de garanties de retours, des dépôts et des prêts, de quoi faire de l’argent purement financier, une vraie caisse à outil. Les rendements de la spéculation financière ayant étés miraculeux jusqu’à il y peu on peut légitimement penser que les bénéfices se réalisent moins sur la production elle même que sur les leviers financiers qu’elle représente.

    Dans ce cadre-ci, la justification du versement d’intérêts pour les prêts à la production, me semble perdre une partie de sa pertinence. Non pas que l’intérêt ne serait pas justifié, au contraire, mais on a bien du mal à percevoir une pertinence dans cet écheveaux de situations disparates d’entreprises grandes, petites, internationales, soumises à des législations différentes.

    Par exemple: un investisseur accorde un prêt à une entreprise pour se délocaliser et produire dans un pays à bas salaires; dans le pays d’origine ce prêt conduit à une perte de fiscalité donc un appauvrissement, dans le pays cible le cocktail exode rurale, pollution, fragilisation, enrichissement d’une petite partie de la population et d’un État (parfois totalitaire).

    Dans ce cas peut-on dire que “le versement d’intérêts apparaît entièrement justifié” ?

    Il me semble que la question n’a plus de sens.

    La crise permettra peut-être de remettre les choses dans l’ordre, à savoir: l’entreprise “Ducoin” qui emprunte aux notables bourgeois de quoi acheter une nouvelle machine pour faire plus d’argent et qui paiera des intérêts légitimes à ses créditeurs.

  16. Gilles Bonafi dit :
    7 janvier 2009 à 16:18 @Pierre-Yves D
    “D’où l’idée de sa constitution pour l’économie, qui ne concerne pas simplement les banques, mais, comme son nom l’indique, toute l’économie, puisqu’elle en modifierait les règles du jeu.”
    Merci Pierre-Yves car tout est là!Il faut en effet modifier les règles du jeu d’un système qui rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres et qui surtout par le mécanisme de la croissance détruit notre environnement.Nous sommes face un cataclysme sans précédent et je suis encore surpris de voir que certains pensent “rafistoler” le système.Nous sommes dos au mur, il faut le changer et tout l’enjeu sera de savoir, si au passage, nous pourrons préserver notre liberté.Tout va être bouleversé et il faut que nous réfléchissions à des solutions avant que d’autres ne nous les imposent.Le temps presse et d’ailleurs Churchill disait:
    “il faut prendre l’événement par la main avant qu’il ne vous saisisse à la gorge”.
  17. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 16:57 Pathétique tout de même,

    Des gens qui ont du mal a comprendre ce qu’est la monnaie, spéculent sur ce que devrait être le fondement de la finance de demain… nous sommes aux limites qui caractérisent la mauvaise foi.
    Les banques commerciales créent de la monnaie, elle porte le nom de monnaie scripturale depuis plus de 100 ans et vous l’utilisez chaque fois que vous faite une carte bleue ou un chèque. Cela existe depuis que les banques existent, il n’y a pas de scandale en soi, mais uniquement dans ses excès.

    M. Jorion, Le débat devient un match de boxe par ce que personne ne part des mêmes définitions, et force est de constater que vous partez des mauvaises. M1, la masse monétaire la plus restrictive, qui comporte bien le mot “monnaie”, englobe les dépôts bancaires, lesquels sont principalement issus des crédits accordés par les banques commerciales (sous réserve qu’elles aient 1/10 des fonds prêtés, et non pas la totalité).

    Dites nous M. Jorion quelle est votre définition du mot “monnaie”, cela sera un premier pas pour nous convaincre.

  18. et alors dit :
    7 janvier 2009 à 17:54 @ bru et pour ceux qui prennent le train en marche ( billet du 21 12 2008 Argent et reconnaissance de dette : de faux jumeaux) :
    Paul J. : Définitions (j’y tiens !) : l’argent est donc un vecteur calibré de richesse ; la reconnaissance de dette est une trace calibrée de richesse. Par « calibré », j’entends qui mentionne une quantité précise, fixée. La différence, comme nous venons de le voir, est que la relation d’un individu à sa richesse est immédiate dans le cas de l’argent, et médiatisée dans le cas de la reconnaissance de dette. Cette médiatisation introduit un risque dit, dans le jargon financier « de contrepartie », le risque de non-retour de mon argent.
    Ceci-dit, j’en conviens, il est nécessaire de dé-finir, (et même de se dé-finir)…autrement dit de trouver les limites dans lesquelles la détermination a et donne un sens pour soi et pour l’autre et permet d’échanger… sans oublier de préciser le contexte dans lequel elle s’inscrit,
    l’échelle, etc.. Une définition ne peut être bonne ou mauvaise, universelle, absolue. La carte n’étant pas le territoire et le nom la chose nommée, nous en sommes encore (sauf erreur) à chercher des consensus pour lire et établir des cartes et leur légende.
  19. Sophie dit :
    7 janvier 2009 à 18:17 Pourquoi P. Jorion utilise t-il le mot “argent”, qui est totalement imprécis ?
    Je crois que tout le monde pourrait être d’accord pour accepter le fait qu’il y a une différence de “garanties” entre de la monnaie fiduciaire (monnaie banque centrale) et la monnaie scripturale (monnaie créée par les banques commerciales en échange de “reconnaissances de dettes”).
    Alors, pour M. Jorion, le mot”argent” signifie t-il “toute sorte de monnaie” ?

    Ceci dit, je préfère de la monnaie en compte (sur MON compte) à ma banque que des billets qu’il est facile de perdre ou de se faire voler… ce qui n’empêche pas que je considère comme du vol de la part de ma banque les intérêts qu’elle me fait payer sur les crédits qu’elle me fait en créant de la monnaie (de l’argent ?)

  20. nadine dit :
    7 janvier 2009 à 18:35 @Bru
    Tout à fait d’accord c’est un problème de définition.

    Si je peux me risquer à une définition:
    Monnaie scripturale = Monnaie fiduciaire ou de réserve créée par une banque centrale qu’une banque privée vous doit. D’où le terme scripturale car il faut bien “écrire” quelque part combien de monnaie la banque vous doit.

    M0 c’est la masse de la base monetaire provenant uniquement de la banque centrale, c’est la monnaie en elle-même
    M1 c’est donc essentiellement des dépots cad une masse de monnaie qui est due, ce n’est pas la monnaie en elle même.

  21. RST dit :
    7 janvier 2009 à 19:03 Ce blog a de nombreux mérite, je ne le nie pas.
    Il attire cependant un certain nombre d’intervenants qui considèrent que leur sentiment est parfois plus pertinent que la simple constatation de faits établis. Un peu comme si, sur un site de vulgarisation de la médecine, chacun donnait son “point de vue” de profane sur le fonctionnement du cœur en remettant en cause les connaissances établies. Je sais, mon exemple n’est pas totalement pertinent car, comme l’histoire l’a montré, les connaissances médicales ont largement évolué. Mais ce qui, selon moi, rend cette comparaison valide néanmoins c’est que la médecine tente d’expliquer le fonctionnement d’une création de la “Nature”, mystérieuse dès l’origine puisque le mode d’emploi n’a pas été livré. Avec la monnaie, c’est quand même normalement beaucoup plus simple et rationnel: elle a été créée de toutes pièces (sic) par l’homme, il ne devrait donc y avoir aucune difficulté particulière à établir son fonctionnement (qui peut rester compliqué à comprendre).
    Contrairement à ce que certains ont pu écrire, nous n’avons donc pas besoin d’un nouveau Galilée mais simplement de gens qui raisonnent posément avec le minimum de connaissance nécessaire. Cela suppose bien évidemment un effort individuel d’acquisition de ce minimum avant de prétendre discourir.

    Ceci étant établi, il est parfois compliqué de s’exprimer sans un peu de passion et sans hausser le ton, ce qui n’est pas toléré ici. Soit.
    Je propose donc à ceux qui le souhaitent et qui notamment récusent l’idée de la création monétaire par les banques, une explication plus franche ici : http://ecodemystificateur.blog.free.fr/index.php?post/2009/01/07/Le-myst%C3%A8re-Jorion
    explication qui peut et doit être menée en parallèle ou en complément de la discussion qui se tient ici, mon but n’étant absolument pas de cannibaliser ce blog mais simplement d’autoriser la confrontation sans tabous de points de vues divergents.

  22. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 19:27 @Nadine et tous,

    Pour moi le propre de la monnaie est sa capacité a acheter un bien ou un service. Imaginons une transaction immobilière dont le vendeur et l’acheteur sont dans la même banque, le vendeur a encore un crédit sur sa maison de 100 et vend sa maison 100.
    L’acheteur s’endette auprès de sa banque de 100 afin d’acquérir sa maison, la banque lui prête (car il est solvable, qu’il y a une hypothèque et qu’elle a 10 en réserve a la BC) et l’acheteur fait don un chèque de 100 au vendeur qui solde son crédit avec.

    Que d’achat et de vente de bien, nier que des transactions monétaires soient derrière ses opérations me parait ubuesque. Et pourtant, que de la monnaie scripturale a été mis en jeu.

    Pour revenir aux définitions et au “calibrage” cher a M. Jorion : il n’y a aucun calibrage de la monnaie (fiducière, scripturale ou autre) aujourd’hui, si ce n’est peut-être les salaires. La seule chose qui attache la valeur de la monnaie à la réalité (parce que basée sur une monnaie fiducière) ce sont les salaires, c’est pourquoi les BC sont si sensibles a leurs augmentations, et coupent toute tentante a leur hausse par des montée de taux d’intérêt (qui limite la croissance des masses monétaires principalement issue des prêt bancaire, donc de l’inflation et donc des salaires). Bref la définition de M. Jorion n’a non seulement aucun sens, mais de plus, parle d’une notion d”argent” qu’il est le seul a manipuler. Les banques ne sont pas des alchimistes et ne créent ni argent, ni or, tout le monde est d’accord. Mais nos monnaies (ce avec quoi vous payez que vous alliez au cinéma ou que vous achetiez une maison) ne sont ni or ni argent, ni le signe de ces derniers et ne sont malheureusement pas calibrées. Les phases d’(hyper)inflation que nous vivront après la spirale déflationniste en cours et du aux inepties de monétisation par les BC des dettes les plus suspectes le rappelleront immanquablement.

    Juste pour rappel, le quantitative easing ou assouplissement quantitatif ou monétisation de la dette opéré en ce moment par notamment la FED consiste a remplacer de la monnaie scripturale (de la dette/monnaie émise par les banque commerciales) par de la base monétaire (M0). Pour illustrer cela il suffit de regarder le bilan de la FED qui est passé de 1000Md$ a 2000Md$ (pour rappel, le passif des BC est constitué justement de la base monétaire : pièce, billet, réserve des banques commerciales leur permettant de préter au ratio 10 pour 1)

  23. bese dit :
    7 janvier 2009 à 19:32 @nadine

    On essaye de définir la monnaie mais peut-on simplement l’observer ?
    Le vecteur calibré de richesse, l’argent selon Paul Jorion, ne se retrouve pas en totalité dans M0, il y en a aussi dans M1. Idem pour la trace. M0 et M1 ne sont d’aucune utilité pour séparer le vecteur de la trace. Je ne connais d’ailleurs aucun outil pour le faire.

  24. et alors dit :
    7 janvier 2009 à 19:32 @ bru, sophie, nadine …et paul… Au point où nous en sommes, je fais un test. Réponde qui voudra…
    – le mot”argent” signifie t-il “toute sorte de monnaie” ? question de Sophie à Paul : oui non…sinon..
    – différence de” garantie” entre monnaie fiduciaire et scipturale ? : oui non…sinon…
    – Monnaie scripturale = Monnaie fiduciaire ou de réserve créée par une banque centrale qu’une banque privée vous doit ? : oui non, sinon…
    – l’argent est un vecteur calibré de richesse ? ; oui non sinon
    – la reconnaissance de dette est une trace calibrée de richesse ?. oui non sinon
    – Question “candide” : qui définit richesse ? Sinon…
  25. Bru dit :
    7 janvier 2009 à 20:04 – Dans l’esprit de M. Jorion je pense que l’argent correspond aux pièces et billets qu’il dans sa poche.
    – Différence de garantie entre monnaie fiducière est monnaie scripturale ? c’est tout simple : Seule la monnaie fiduciaire a un cours légal (c’est comme le porc salut, c’est écrit dessus), la monnaie scripturale ce n’est que la promesse de vous donner de la monnaie fiduciaire (de l’argent, Paul).
    – La monnaie fiduciaire n’est pas un vecteur calibré de richesse. Seuls sa rareté (qui par le principe de création des BC comme actuellement, et des banque commerciale via le crédit, normalement), sa vitesse de mouvement et la loi qui nous oblige a l’utiliser comme moyen de paiement font sa valeur. Les salaires seuls peuvent représenter le calibrage de la valeur de la monnaie, mais c’est a un moment t, et ne préfigure pas de l’avenir, car les masses monétaire sont mouvante.
    – La monnaie n’est pas une richesse ni le signe de celle ci. Comme disaient les Sioux quand ils virent arriver les colons américains : “quand ils auront abattu le dernier arbre et pollué la dernière rivière, ils se rendront compte qu’il ne peuvent pas manger l’argent”.
  26. nadine dit :
    7 janvier 2009 à 20:40 @RTS
    Je viens de vous lire.
    Vous ne donnez aucune explication de la création monétaire par les banques privées. Ce ne sont que des citations par des auteurs qui affirment SANS DEMONSTRATION que les banques créent la monnaie.
    Alors si pour vous la création monétaire n’a pas de mystère expliquez nous la crise financière actuelle avec “ce système ” .

    Car enfin si les banques créent l’argent comme vous le dites, avec la bulle du crédit qui est gigantesque (si votre théorie est exact) de la monnaie a été émise en quantité colossale. Les banques devraient être pleine à craquer de monnaie, pourquoi n’est on pas en hyper-inflation et enfin pourquoi faut-il les renflouer par milliards comme si l’argent avez disparu par magie ?

    L’explication : les banques ont créé de la dette mais certainement pas de la monnaie.
    Mais je me trompe peut-être alors expliquez nous la crise avec ce système de création monétaire car en science une théorie n’est valide que si elle a une valeur explicative et prédictive.

  27. Fab dit :
    7 janvier 2009 à 20:45 Bonjour,

    Voici la lecture que j’ai du texte de F. Lordon :

    1/ « Qu’un hebdomadaire aussi peu suspect de complaisances altermondialistes que The Economist titre à sa une « Le monde au bord du gouffre » devrait en dire assez long sur l’état de péril extrême où les dérèglements de la finance ont porté les sociétés. » etc.

    Dois-je accepter comme une certitude indiscutable que ledit gouffre ne peut être qu’économique, qu’il est la « matérialisation d’un risque systémique géant », « l’état de péril extrême où les dérèglements de la finance ont porté les sociétés. » ? Si mon fils joue avec le feu et se brûle, dois-je l’engueuler ou essayer de trouver un feu qui ne brûle pas ou qui brûle moins, ou les deux ? (C’est une autre image mais l’idée reste la même que dans les autres messages : sens de la vie, « religion », carotte…).
    Je ne vois pas le gouffre en question au même niveau ! Ce qui n’empêche pas de boucher les trous pour éviter « de plonger toute la société dans un chaos violent au moment où la totalité des agents, entreprises mais surtout ménages, se retrouvent privés absolument des moyens de faire face aux exigences élémentaires de leur survie matérielle dans une économie monétaire à travail divisé. » et pour protéger « une structure vitale pour la société ».

    2/ « Il faudrait d’ailleurs dire les choses dans un registre moins « technique » et plus anthropologique : l’intérêt est l’instrument de la contention externe de l’insatiable désir d’argent. » etc.

    Est-il raisonnable de parler d’asservissement ou pour le moins de prise en compte de l’asservissement ?

    Et encore : «comment pourraient-elles [les tentations du profit financier] ne pas l’être [irrésistibles] dans l’univers capitaliste dont la finalité même est l’accroissement indéfini du profit ? »

    Pourquoi, par exemple, ne pas présenter la finalité de l’univers capitaliste comme la gestion de la population mondiale passant nécessairement, par nature, par l’asservissement du plus grand nombre, la nécessité de faire que tous (…) ressentent le système comme une fatalité, une nécessité, jusqu’à désapprendre de remettre le système en cause ?
    Il est pourtant tout près de dire la même chose :
    « Le capitalisme actionnarial a fini par imposer comme une évidence indépassable que la voix au chapitre était indissolublement liée à la propriété financière et à la participation au capital. On serait presque tenté d’admirer la performance qui a consisté à rendre impensable que la distribution du pouvoir au sein des entités économiques puisse s’effectuer autrement, et à effacer des esprits cette idée pourtant élémentaire que l’organisation des rapports des hommes entre eux est, par définition, une question proprement politique et qu’elle ne perd rien de cette qualité y compris dans l’univers économique. »

    Tout près…Alors, pourquoi ne pas le dire ?

  28. Shiva dit :
    7 janvier 2009 à 20:46 Bonjour Bese

    Je profite de votre présence pour m’excuser le la pirouette idiote que j’ai employé l’autre jour pour mettre fin à notre intéressante discussion polémique sur l’aspect périssable des “monnaies”. J’espère ne pas vous avoir froissé(e).

    Cordialement,

    Shiva

  29. Tigue dit :
    7 janvier 2009 à 20:46 @RST
    Bon je me lance puisque personne ne répond…

    Je suis allé faire un tour du coté de votre Blog. Interessant.
    Toutefois, il me semble que votre démarche s’ inscrit dans la temporalité de celui qui veut agir (désir ardent d’ action politique revelé par http://ecodemystificateur.blog.free.fr/index.php?post/2009/01/05/Le-Parti-socialiste-et-les-traitres#c12271 ) , plutot que la temporalité de celui qui veut savoir (le philosophe).
    Vous ne semblez pas avoir besoin de savoir “plus que nécessaire”, ce que vous savez déjà (disponible dans toutes les bonnes librairies) vous suffit pour proposer une action politique, ce qui vous met en décalage complet avec la majorité de ceux qui viennent sur ce Blog.
    Ce qui vous pend au nez, c’ est une grosse arnaque pour vos idées, c’ est a dire la conversion d’ un système injuste en un autre encore plus injuste car mal pensé, et ne prenant pas en compte toutes les dimensions du problème.
    Par ailleurs je m ‘étonne que vous fassiez confiance aux auteurs de ces bouquins donnés en reference…ou sont ils ? Que faisaient ils quand les bourses se sont écroulées ? ont ils conseillé les épargnants comme l’ a fait Loic, ou Paul ?
    Vos bouquins ne m’ ont servi a Rien, Paul et Loic Abadie, m’ ont épargné bien des erreurs.
    Dernière chose : le petit peuple n’ aime pas trop qu ‘on lui dise de la fermer et de laisser parler les experts…pensez y dans vos meetings.

  30. bese dit :
    7 janvier 2009 à 21:12 @Shiva

    C’est bien aimable à vous. Vous ne m’avez nullement froissé, je vous rassure. Je continue à vous lire avec attention.

  31. Gilles Bonafi dit :
    7 janvier 2009 à 21:28 Pour faire le point, il existe aussi l’avis de la Banque de France sur le sujet.Lire surtout “une définition de la monnaie:les agrégats monétaires”.Un bon petit résumé officiel.Voici le lien: http://www.banque-france.fr/fr/publications/telechar/bulletin/etud73.
    @Bru
    “Pathétique tout de même,
    Des gens qui ont du mal à comprendre ce qu’est la monnaie, spéculent sur ce que devrait être le fondement de la finance de demain.”
    C’est vrai, nous ne sommes pas d’accord sur les mystères supposés de la création monétaire mais les plus grands économistes non plus.Le problème fondamental pour reprendre Paul se résume dans le “Ex Nihilo”.Celà fait tout de même du bien de se faire remettre à notre vraie place (pathétique).N’oublions jamais Socrate “je sais que je ne sais pas”.J’ai parfois l’impression que Paul utilise le même procédé (la maïeutique).
  32. Shiva dit :
    7 janvier 2009 à 23:17 @bese

    Merci, je me dois de vous faire meilleur réponse, d’autant que notre sujet à bien évolué depuis lors !

    Paul nous dit, très justement, que les prétendues créances contre l’état matérialisées par la monnaie fiduciaire n’en sont pas !

    (c’est vraiment un enfonceur de portes fermées ;-) )

    Il a raison, le bougre, que réclamer à la banque centrale en échange de mon billet ?

    Rien, effectivement.

    Donc, pour en revenir à nos moutons, votre billet original (étalon !) n’est pas une créance, il faudrait plutôt parler d’un signe porteur d’une valeur définie, lorsque vous le placez sur votre compte bancaire et que cette dernière le retire de la circulation, la “valeur” en votre possession demeure, bien entendu. Et pourtant le support qui pendant un temps fut le support d’une valeur vous appartenant placé(e) dans votre poche sera détruit. Notez bien que ce support ne vous a jamais appartenu (destruction interdite ;-) ). Donc pour terminer l’histoire de notre “véhicule de valeur” votre banque le revendra à sa banque centrale contre son équivalent électronique et cette dernière le détruira par le feu impitoyablement. Mais n’oublions pas, qu’après sa naissance alors qu’il n’était qu’un bout de papier dans les coffres de la banque centrale, il n’est vraiment devenu “porteur de charge” que lors de l’achat par une banque commerciale. Cette dernière revente, qui signe sont arrêt de mort, correspond à son remboursement “comptable” dans le sens de la conservation des quantités (si chère à Paul Jaurion).

    Il nous reste à envisager et décrire ce qui adviendra du support de valeur électronique, contrepartie de votre billet déposé à la banque, jusqu’à sa destruction. Vaste programme dont il me manque honnêtement une bonne par, que comptez-vous faire de votre créance contre la banque ?

    Pour me faire pardonner un peut de Bernard Lavilliers (en espérant qu’il ne soit pas trop… “obscur”…)

    @+

  33. Rumbo dit :
    8 janvier 2009 à 02:15 Di Girolamo dit :
    7 janvier 2009 à 14:37

    Très intéressant votre message. Si vous êtes constructeur, vous savez au moins de quoi il en retourne et vous comprenez très bien le nœud du problème. Au passage, je crois que c’était ce qui faisait toute la différence entre Keynes économiste et prestigieux théoricien, et Douglas (inventeur du Crédit-Social, ou Argent-Social) ingénieur et directeur de travaux publics et dans l’industrie praticien hors série. Ce dernier connaissait par la pratique et l’expérimentation les bases justes de la production des richesses (qui ne sont aucunement des bases fausses comme l’écrit Keynes dans l’un de ses principaux ouvrages). Certes, Keynes était fragile de santé, mais il aurait dû fréquenter bien davantage le monde du travail, celui de la production des biens et leur essence et introduire cette vérité de la production dans les mécanismes financiers. Il n’en a presque rien été.

    Dans le droit fil de la création des richesses, donc de la production générale, votre message fait allusion, précisément, à ce qu’une société pourrait faire si le système d’argent-dette laissait la place à un contrôle social et/ou sociétal de la création monétaire (ce à quoi travaillent ceux qui se réfèrent au Crédit-Social et tout ce qui lui correspond). Les entreprises privées travailleraient enfin pour leurs propres bénéfices, les personnes verraient leurs capacités créatrices non corsetées par le travail peu gratifiant, la précarité et le chômage, soit: la vie végétative, etc. Le fait que la création monétaire puisse être pratiquée (naturellement sous compétences techniques bancaires) par les instances sociales, instances sociales naturelles s’entend, la société civile, etc, et non les instances politiques qui déclenchent à coup sûr la division, serait un retour au droit naturel d’une portée positive inestimable.

    Or que voit-on? Que vit-on? Grâce à des lois politiques scélérates (et je reste poli), un système d’argent-dette régi par des entreprises (les banques commerciales et consorts) dont le but est de faire des bénéfices, mais ici des bénéfices réalisés et découlant même de la “loi”, autant de ponctions prises sur la substance même de la société ainsi vampirisée à la fois par les banques donc leurs actionnaires et à la fois par la “loi” de l’État. Sytème frelaté aux résultats désastreux, tout le monde constate. Le plus fort, on dirait que cela ne suffit pas à faire comprendre clairement! .

    Ironie “extraordinaire”! C’est parce que la monnaie est créée par des entreprises privées dont le but est de faire des bénéfices que ces dites entreprises (donc les banques commerciales et consorts qui créent et contrôlent la monnaie de la société) EMPÊCHENT ainsi les AUTRES ENTEPRISES et LES PERSONNES, toutes les AUTRES entreprises et les personnes, de devenir libres et davantage créatrices grâce aux fruits de leurs efforts de production toujours HYPOTHÉQUÉS dans le système financier actuel régi par la combinatoires banques-État…

    Le principe de subsidiarité (ce qui peut se faire “en bas” n’a pas à être décidé “en haut”) donc mis en œuvre par une société pouvant cultiver librement ses choix et donc améliorer sa propre sécurité et créativité économique en créant et en émettant une monnaie étant – enfin! – un reflet EXACT des réalités économiques et sociales, feraient – naturellement – les entreprises et les personnes des agents libérés et créatifs. L’aveuglement vient de réflexes idéologiques et politiques complétement imbéciles qui font dire à certains que la création et le contrôle de la monnaie par les instances sociales meneraient à l’étatisme socialiste (même soviétique), et à d’autre qu’en arrière plan du Crédit-Social, il y aurait le dévergondage du libéralisme débridé le plus absolu. Or toute entreprises privée, toute personne privée, etc, restent des entitées privées. Mais, de la façon la plus naturelle qui soit, toute association de facto donc toute association naturelle contient une dimension sociale et publique. Si vous confiez cette dimension d’association naturelle (familles, communes, régions, provinces, pays, etc) à des intérêts privés, c’est un monopole injuste permis par la loi pervertie qui vampirise tous les autres intérêts privés qui en souffrent donc violemment. C’est en rendant la création monétaire et son contrôle à sa vraie et authentique dimension publique (on pourrait dire de la façon du ministère de la justice) qu’on pourra rendre à toute la société, à tout le corps social sa liberté. Sa liberté créatrice qui n’aura plus aucune hypothèque ni confiscation iniques que la loi perverse actuelle permet pour la ruine et l’écrasement du plus grand nombre.

  34. 2Casa dit :
    8 janvier 2009 à 11:29 @ Shiva Merci pour le Nanar ! Les grands esprits finissent par se rencontrer…
  35. Etudiant dit :
    8 janvier 2009 à 14:28 Cher Monsieur Jorion, Auteurs des commentaires, Lecteurs,

    Premièrement: merci à Paul Jorion et les auteurs des commentaires que je lis depuis longtemps.

    A mon avis, les échanges sur la monnaie sur ce blog de M Jorion constituent les éléments les plus importants de ce site web.

    Je lis ce blog parce que je veux apprendre. Je ne doute pas que l’entretien de ce site demande déjà beaucoup d’effort.

    Cependant je voudrais demander M Jorion

    *si il pourrait établir un endroit sur son site/blog où il liste ses définitions des termes et concepts les plus récurrents ?*

    Certes, ces définitions ne seraient pas inchangeable, mais je crois qu’elles pourraient faciliter la compréhension et (par conséquent) les échanges.

    En l’absence d’une telle référence je crois que ce soit très difficile de construire une compréhension partagée….(ou ce n’est pas un des objectifs d’échanger?)

    Merci par avance pour votre attention.

    Cordialement, Etudiant.

  36. bese dit :
    8 janvier 2009 à 21:02 @Shiva

    Vous avez bien résumé. Le support “billet de banque” nait lors de son achat par une banque commerciale et meurt au moment de sa restitution. La “valeur” reste et change seulement de support. Si cette valeur n’appartient pas à la banque, le propriétaire de cette valeur peut quand même lui exiger de racheter un nouveau billet. L’important dans cette histoire est bien cette fameuse “valeur” qu’on ne peut observer qu’au travers de son support.

    L’étude de la vie d’un support de valeur électronique peut se faire théoriquement d’un point de vue comptable et ceci est clairement un vaste programme.
    Pratiquement, il n’existe aucun outil pour observer une valeur au sein de son support électronique. La valeur de mon billet est fondu dans des opérations comptables (un seul support pour toutes les valeurs) et il devient impossible de le suivre à la trace (il en laisse tellement et n’importe où ;) ). Pour ma part, je préférerais un support électronique qui puisse être observé plus simplement…

    Concernant ma créance, ma banque a détruit mon billet et je ne fais rien pour exiger qu’il soit de nouveau créé, j’ai trop peur des conséquences… de tout façon, il veut que je lui foute la paix ;) Merci pour le lien, je ne connaissais pas.

  37. Shiva dit :
    9 janvier 2009 à 01:26 Bese

    C’est pour mieux étudier et peut-être la contrôler que je proposait un marquage de la monnaie électronique. l’unité marquée serait la plus fine granularité, le centime d’euro, il comporterait sa date d’émission, l’émetteur, un n° de série, on pourrait imaginer qu’il conserve aussi une trace des échanges dont il a été le support.
    Cela alourdirait considérablement le poids de la monnaie électronique mais est tout fait possible techniquement. L’émission et la destruction serait comme pour les billets l’apanage des banques centrales. Resterait la question du piratage de la destruction accidentelle, de la fausse monnaie…

    Il serait possible de prouver facilement qu’une monnaie électronique provient du blanchiment, ou qu’elle appartient bien à son propriétaire…

    En réfléchissant au destins possibles de la valeur de votre billet que vous échangez contre une monnaie électronique et en partant du principe théorique que la monnaie électronique soit marquée au centime j’arrive à une conclusion stupéfiante !

    Après que votre banque vous aie racheté votre billet, trop usagé, votre banque qui est propriétaire de sa valeur, disons 100 euros, le revendra à sa banque centrale contre “son poids” en monnaie électronique. Cette valeur de 100 euros sera alors stockée sur le compte de votre banque à la banque centrale. La banque centrale peut alors le détruire, le compte retombe à zéro. Quel peut être le destin du support électronique et de sa valeur associée suite à l’ultime échange de notre billet (pardon; le votre, je vous piquais 100 euros !) ?

    On peut imaginer (à partir d’ici c’est l’imagination qui parle…) que votre banque voudra l’utiliser, éventuellement sur le marché monétaire, ou il passera de banque en banque et de disques durs en disques durs. Cette “entité” électronique pourra être fractionnée, éclatée en entités plus petites et séparées (n’oublions pas que chaque centime porte une marque théorique de fabrique, il est donc distinguable et reconnaissable). Il est très probable que ces entités sortent progressivement du marché monétaire pour se retrouver sur les marchés financiers dans des fonds de placement par exemple ou dans les échanges commerciaux et donc dans des DAV. Vous voyez ou je veux en venir, elles pourront aussi servir au remboursement d’un prêt. Et à ce moment cronch ! elles seraient (je parle ici au plus que conditionnel qui est un temps que j’invente “ex-nihilo”) détruits par votre banque !

    Donc, la valeur portée par un billet émis par une banque centrale se retrouverait détruite, retirée de la masse monétaire, à terme, par les banques commerciales !

    Bien sur au niveau comptable l’opération globale est à somme nulle puisque, comme nous l’avons dit, le billet est initialement acheté et finalement revendu.

    Mais au regard de la conservation, non pas des quantités, mais plutôt ici des unités marquées, il est très intéressant de rechercher où; la destruction, mais aussi (ce qui n’est pas fait ici) la création de monnaie (puisque il n’y à plus que de la monnaie électronique) peut réellement intervenir.

    Qu’en pensez-vous ?

  38. bese dit :
    9 janvier 2009 à 19:38 @Shiva

    Le marquage serait un moyen très simple de rendre le système financier plus compréhensible, voir tout simplement compréhensible. Une question serait tout de même soulevé : que marque-t-on ?

    Je vais essayer de voir ça avec un exemple.

    Dans le cas du support électronique créé suite au dépôt de mon billet, ce serait assez simple (je simplifie à 1 seul marquage et pas 10000 si l’unité est le centime) :
    * valeur pré-marquage (la création est antérieur au système) : 100
    * émetteur : ma banque
    * date : T
    * n° : Bq1_001

    Imaginons que ma banque accorde un prêt de 90 à un autre client (A). Un nouveau support électronique est créé mais son marquage sera très différent. Il devra faire référence au premier à moins de vouloir faire du “ex-nihilo”
    * valeur post-marquage : 90
    * émetteur : ma banque
    * date : T+1
    * n° : Bq1_002
    * ref n° : Bq1_001

    A achète un produit à B en échange de son support. Une banque 2 reçoit le support et le place dans le DAV de B.

    Le moment cronch arrive. Le client A récupère un support similaire au mien (pré-marquage) de 50 émis par une banque 3
    * valeur pré-marquage : 50
    * émetteur : la banque 3
    * date : T-x
    * n° : Bq3_001

    Ce support va servir à B pour rembourser une partie de son prêt. Le support devrait donc être détruit ? Non, car je pense qu’on peut faire autrement.
    Au lieu de détruire le support, on peut l’échanger avec le support du prêt. En l’occurrence, avec le n°Bq1_002. Ma banque envoie le support Bq3_001 à la banque 2 pour échange. La banque 2 ajoute ce support au DAV de B et modifie le support qui s’y trouvait déjà
    * valeur post-marquage : 40
    * émetteur : ma banque
    * date : T+1
    * n° : Bq1_002
    * ref n° : Bq1_001

    C’est simplifié à l’extrême dans cette exemple, le principe est de retrouver les supports dérivés du prêt et d’effectuer leur destruction avec échange. Le support pré-marquage ne pourra donc jamais être détruit. Le support post-marquage est, quand à lui, voué à disparaitre… théoriquement

  39. bese dit :
    9 janvier 2009 à 20:09 Question (difficile) : comment les supports seraient créés et détruits lors d’échanges financiers avec l’international (BC différentes) ?
  40. Shiva dit :
    10 janvier 2009 à 17:18 @bese
    Tout cela demande réflexion, je réfléchis…
    J’ai des doutes, pour la première étape ok, on suppose que le groupe de 10000 centimes pré-marqué est issu de la même série de fabrication (il faudra tout de même définir ou et par qui ?)

    Il me vient une question: que fait la banque lorsque je dépose un billet ?

    La création du support n’est peut-être pas antérieure au système, (je réfléchi en écrivant), lorsque je dépose le billet sur mon DAV, la banque crée “ex-nihilo” le support électronique et sa valeur !
    Il y a dédoublement, le billet au coffre + le DAV crédité.

    Ou bien la banque échangera-t-elle mon billet contre une monnaie électronique existante ?

    Je passe à la suite en laissant cette question en attente (de votre avis), le crédit:

    je perçois l’idée que vous développez, il n’y à pas déplacement de 9000 centimes marqués mais création d’un support qui porte la référence du dépôt initial. c’est vrai que si on déplace le dépôt initial, il faudra soit recréer soit déplacer d’autres supports en cas de retrait sur votre DAV. De plus il faudrait tout de même garder la trace électronique du montant total que vous possédez en banque !
    Vous écartez la solution “ex-nihilo” mais notre modèle pose ici la question du lien qui relie dépôts et crédits dans, disons; “la vraie vie”?
    En tout cas avec notre marquage, pas de soucis.

    Prochaine étape, la vente:
    Là effectivement il y à bien déplacement du support sans création monétaire (il me semble, je préféré rester prudent). La transaction se passe in fine sur le marché monétaire; Dans “la vraie vie” les supports sont fondus et seuls les soldes sont échangés.

    A partir de là j’ai un peu de mal à suivre; “Le client A récupère un support similaire au mien” ok
    “Ce support va servir à B pour rembourser une partie de son prêt” vouliez-vous parler du prêt de A ?
    Je nage un peu si vous pouviez éclairer ma lenterne, avant de passer à l’international !

    @2Casa
    Je n’avais pas vu votre post, merci, si nos petits modèles vous intéressent, ne vous gênez pas je crois que bese sera d’accord…

  41. bese dit :
    10 janvier 2009 à 19:07 @Shiva

    Mon explication était confuse et j’ai écarté beaucoup de scénarios, notamment en cas de retrait du support initial. Ma question sur l’international est prématurée, je vous l’accorde mais elle est d’importance.

    Selon moi, lors du dépôt de mon billet, il y a bien création ‘ex-nihilo’ du support mais pas de la valeur.
    Ce support est particulier car il est attaché à une créance sur la BC (la valeur), à contrario d’autres qui sont attaché à une créance sur un support électronique (c’est la différence entre pre et post).
    Le billet DOIT revenir à la BC lorsque la banque créé ce type de support, il ne reste pas dans un coffre. Si ce n’est pas fait, la banque n’a pas le droit de créer ce support (ce serait une faillite dans “la vrai vie”). Cette étape correspond à l’échange de support qu’on avait vu (la destruction du billet)

    Dans le cas inverse (retrait de billet), le support électronique est détruit et la banque me fournit un nouveau billet. Ce billet est récupéré de la BC par l’acte de destruction du support électronique (nouveau cycle de vie pour le billet). Dans la “vrai vie”, c’est plus complexe. La banque puise dans sa réserve de billets et s’arrange avec la BC pour récupérer un nouveau billet plus tard (via des écritures comptables).

    La destruction de mon support peut entrainer sur certains autres supports une référence invalide (Bq1_001 n’existant plus). Il faut donc que ma banque trouve un autre support similaire au mien. Ce support deviendra la nouvelle référence sur tout les supports qui auront dérivé du mien. On voit bien que s’il n’y a pas d’autre support pour prendre le relais, le système s’effondre (ma banque fait faillite).

    La modification des références des supports dérivés (dû à un crédit) symboliserait la dynamique de la circulation monétaire. Ces modifications interviennent, pour ce que je vois, lors des retrais et des remboursements.

    Le marquage simplifie l’étude des transactions et matérialise la monnaie électronique. Comme avec un billet, la vente entraine un déplacement d’entités clairement identifiées. Dans la “vrai vie”, comme vous dites, tout est fondu et ce que l’on fait (suivre des entités) n’est pas possible.

    J’ai fait une erreur dans mon texte, désolé :
    “Ce support va servir à A pour rembourser une partie de son prêt”
    Je parlais donc bien du crédit de A. B n’est plus concerné par la suite de l’histoire, le solde de son compte restera inchangé.

    La dernière partie concerne la destruction des supports dérivés lorsqu’ils sont remplacé pas d’autres supports; ces support venant du remboursement du crédit qui a généré les support dérivés.
    Le support Bq3_001 est celui qui sert pour le remboursement et qui va donc servir à détruire Bq1_002 (dans l’exemple, qu’une partie).
    Il y a déplacement de Bq3_001 de ma banque à celle de B. On peut dire que ce déplacement porte un acte de destruction sur Bq1_002

  42. Shiva dit :
    10 janvier 2009 à 23:51 Ma réflexion sur l’international ne se voulait pas ironique, je veux être bien sûr de comprendre votre modèle pour poursuivre.
    Lorsque vous indiquez BC je suppose qu’il s’agit bien de la banque centrale et non de la banque commerciale.
    Je crois qu’il faut bien définir au fur et a mesure si on parle du modèle théorique que nous tentons de bâtir ou de la réalité actuelle, la vraie vie, sinon on pourrait vite s’y perdre !

    (dans la vraie vie) Il me semble que lorsque le billet est déposé, la Bcom. crée aussi la valeur, elle achète votre billet ou alors elle le paie avec une monnaie électronique existante.
    Je crois que la Bcom. peut très bien utiliser le billet, en le revendant à un client par la suite, elle ne le revend à la BC que si celle-ci souhaite le retirer ou si elle a trop de billets en stock.
    Ce que vous dites c’est que la Bcom paie votre billet avec une monnaie existante qui proviendrait de ses fonds propres ? de son compte à la BC ?

    Je me demande si l’on a pas compliqué d’entrée le modèle en partant d’un billet papier, il faudrait peut-être le penser avec uniquement des supports électroniques, en partant de la BC puis introduire les supports papiers.
    Mais pas ce soir… ;-)

    A bientôt.

  43. bese dit :
    11 janvier 2009 à 14:41 @Shiva

    Je n’ai pas du tout pensé que votre réflexion était ironique ! J’espère que notre discussion arrivera suffisamment loin pour traiter de cette question mais il faut bien ne pas brûler les étapes.

    BC est bien la banque centrale. Désolé pour la confusion; les définitions sont importantes ;)

    J’essaye de coller avec la réalité, tel que je peux la comprendre. Si je m’en écarte, c’est une erreur que je fais.
    Ma “confiance” dans le système me fait dire qu’il ne peut pas exister la valeur du billet ET la valeur de la monnaie électronique. Ma banque ne s’enrichit pas (quantitativement parlant), elle dispose juste de ma créance sur la BC.
    Si ma banque revend mon billet à un autre client, elle devra quand même rendre des comptes à la BC et puiser dans ses fonds propres pour justifier la création de mon support électronique. Si ma banque paye mon billet avec un support électronique existant, cela suppose qu’un autre billet a été utilisé au préalable et que ce billet appartenait à ma banque. S’il avait appartenu à un autre client, le support électronique lui appartiendrait et ne pourrait me revenir.

    Pour synthétiser, un support électronique est toujours créé à partir du compte à la BC (la valeur du solde diminue). Mon billet permet à ma banque d’augmenter son solde et d’être à l’équilibre. Ses fonds propres sont utilisés pour faire un ‘tampon’ comptable; le temps que mon billet soit détruit par la BC.

    Le support papier permet de rendre visible les créances de la BC par les particuliers. Ces supports existaient AVANT le support électronique. Les introduire plus tard ne reviendrait-il pas à faire émerger un modèle différent du nôtre ? D’où viendrait les fonds propres de ma banque sinon ?
    N’hésitez pas à modéliser les opérations qui ont permit de fonder ma banque, ce serait intéressant.

    A bientôt

  44. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 14:57 @ Bese : ce que vous dites et avez modélisé depuis plusieurs posts me semble conforme à la réalité.
  45. bese dit :
    11 janvier 2009 à 18:18 @Julien Alexandre

    Cet exercice (suivre la monnaie) rejoint votre débat avec Étienne. Je ne sais pas si celui-ci serait d’accord sur l’ébauche de ce modèle. Ce serait bien qu’il intervienne.

  46. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 19:37 @ Bese : Etienne Chouard et tous ceux qui soutiennent que les banques ne prêtent pas les dépôts ne peuvent évidemment pas adhérer à une distinction entre support et valeur. Ils vous diront simplement “la monnaie, c’est la monnaie”, sous entendu scripturale, fiduciaire ou centrale, peu importe.
  47. Shiva dit :
    11 janvier 2009 à 20:44 @bese

    J’ai eu un échange hier avec Pierre Lang qui proposait un “modèle de démarrage d’une banque commerciale”
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=1440#comment-14089
    Qui s’est croisé avec Julien Alexandre très occupé par ailleurs !
    Il me semble qu’il faudra élucider le rapport monnaie scripturale et monnaie électronique pour pouvoir progresser.
    Il me semble nous étions tombés d’accord il me semble; ici

    nat4g

    je reprends et questionne:

    La BC fabrique un billet.
    Le billet est acheté par une BCom contre de la monnaie électronique (cela est sûr), elle “décaisse” des liquidités. De quelle manière ?

    Soit elle crée un nouveau support; soit elle utilise un support existant, appelons le : support initial

    Elle me revend le billet contre un support (support client) présent sur mon dav.

    Si elle a créé le support initial elle doit détruire ce support client (en accord avec le principe “il ne peut pas exister la valeur du billet ET la valeur de la monnaie électronique” auquel je souscris sauf au départ dans l’opération d’achat initiale, c’est ce qui crée la valeur du billet (je crois qu’on est ok la dessus)).

    Dans l’hypothèse ou le support initial était préexistant, la Bcom conservera le support client (si non elle fait faillite!).

    J’arrête là en attente de votre avis pour continuer à progresser vers l’achat et le dépôt de mon billet, prochaine étape (ok?)

    Je crois que si on arrive à dire d’où provient le support initial dav ou autre ou création on aura franchi une étape (Julien Alexandre a peut-être du probant la dessus)

    Pour le débat “comptable” qui fait rage si on dit que l’écriture en partie double est valable pour les crédits comme pour les dépôts et qu’une entreprise doit équilibrer son bilan on a fait le tour du problème. Le marquage granulométrique de la monnaie permettrait de faire un lien concret entre dav et crédit, lien qui n’existe pas actuellement compte tenu que la monnaie y est fondue sans disparaitre et remodelée sans être créée (enfin je n’ai pas encore assez d’éléments pour trancher reste l’interbancaire ! puis l’international…).

    A bientôt

  48. Julien Alexandre dit :
    11 janvier 2009 à 21:37 @ Shiva : il existe 2 types de monnaie centrale ==> la monnaie fiduciaire (billets, pièces) et la monnaie centrale scripturale.
    Mais il existe 2 types de monnaie centrale scripturale en fonction de la nature des opérations menées par la Banque Centrale ==>

    – la Banque Centrale achète des actifs réels, financiers, des devises, elle crée de la monnaie centrale scripturale externe ou libre. Cette création de monnaie est définitive. Elle n’augmente pas l’actif global du système non bancaire, car ces opérations ne concernent que la banque centrale et les banques commerciales.

    – la Banque Centrale refinance les banques commerciales (octroi de crédit, opérations de réescompte d’un effet de commerce), elle crée de la monnaie interne. Cette création de monnaie est transitoire ou temporaire : le remboursement du refinancement entraîne une destruction de monnaie identique.

  49. bese dit :
    11 janvier 2009 à 21:55 @Shiva

    Il y a confusion dans le support initial. Ce support porte une créance à la BC, comme un billet dans votre poche. Mais ce n’est pas le même type de créance. Cette créance est accordée parce que la banque a des fonds propres, la valeur n’est d’ailleurs pas équivalente avec la notre si on l’avait en poche. C’est pour ça que je parle de tampon dans un de mes précédents posts.

    Le billet, lorsqu’il vous sera revendu, portera la valeur que vous aviez sur votre DAV (votre billet porte maintenant votre valeur). Le support client portera à ce moment, la valeur du support initial (une valeur lié au fond propre de le Bcom). Ce sera devenue la monnaie électronique dans votre phrase :
    “Le billet est acheté par une BCom contre de la monnaie électronique”

    Il existe donc la valeur du billet et une valeur plus faible qui est nécessaire pour que la Bcom fonctionne (financement de l’achat initial par ses fonds propres). Les valeurs que nous avons en poche et en banque circulent d’une certaine façon et les valeurs des banques circulent d’une autre façon. J’imagine 2 engrenages de diamètre différent. 2 systèmes à modéliser.

    Qu’en pensez-vous ?

  50. Shiva dit :
    12 janvier 2009 à 19:25 @bese
    Paul semble vouloir faire cesser le débat sur la création monétaire, c’est vrai que tout cela devient très fastidieux (je ne lis plus…). Par contre je ne crois pas que nos recherches et réflexions puissent être considérés comme de la polémique stérile.
    Mais en même temps elles sont hors sujet par rapport à l’article initial: À propos de « Pour un système socialisé du crédit » par Frédéric Lordon
    Imaginer les flux de valeurs comme nous le faisons est très éclairant même si il aboutit à se poser 10 questions supplémentaires à chaque pas (pour l’instant). De plus ce modèle semble porteur d’idée nouvelles comme votre proposition de référence à la valeur d’un dav sur le support d’un prêt (question que nous n’avons pas encore creusée…)

    je ne sais pas quoi faire ?

    Quel est votre sentiment ?

  51. Ariane dit :
    12 janvier 2009 à 20:02 @Julien Alexandre

    Si ce que vous affirmez est exact, détrompez moi si je me trompe, la banque centrale touche les intérêts sur la totalité des crédits ?
    Si c’est le cas il n’y a plus problème… c’est exactement ce que certains souhaitent ici: une couverture à 100%.
    Et si c’est le cas on doit retrouver dans les bilans de la Banque Centrale un gros poste “intérêts” ; puisque les crédits au secteur privé sont d’environ 10 000 milliards d’euros, à seulement 2% on devrait retrouver 200 milliards d’euros dans le bilan de la BCE chaque année, non ?
    J’ai cherché, mais je n’ai rien trouvé de tel.

  52. bese dit :
    12 janvier 2009 à 21:10 @Shiva

    Une petite pause ne peut pas faire de mal. Même si Paul ferme le débat, je suis certain qu’on se retrouvera sur un autre fil pour continuer cette discussion ;)

    A bientôt alors !

  53. Shiva dit :
    12 janvier 2009 à 21:46 bese

    Je vous propose de continuer ici :

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=1116#comment-14350

  54. Paul Jorion dit :
    12 janvier 2009 à 21:51 @ Bese et Shiva

    Non, “vos recherches et réflexions [ne peuvent] être considérées comme de la polémique stérile”. Continuez !

  55. Bernard dit :
    26 janvier 2009 à 09:35 Paul Jorion a écrit :

    “Que ma critique soit plus radicale que celle de Lordon apparaît très clairement dans la manière différente dont nous envisageons les intérêts. Bref rappel, pour ce qui touche à ma position : 1) dans le cas des prêts à la production, le montant du prêt joue le rôle d’avances et permet de créer un surplus ; les intérêts sont la part du surplus qui revient au prêteur, l’autre part du surplus va au producteur, comme profit ; dans ce cadre des prêts à la production, le versement d’intérêts apparaît entièrement justifié. 2) dans le cas des prêts à la consommation, le montant du prêt sert à acheter un objet ; or il n’existe aucune relation entre l’objet acheté et les intérêts qu’il faudra verser et l’emprunteur devra donc ponctionner son salaire ; dans ce cadre des prêts à la consommation, le versement d’intérêts est problématique et lorsque le prêt supplée à un salaire insuffisant, les intérêts sont manifestement iniques.”

    J’avais réagi dans un message personnel à cette position qui, loin de m’apparaître comme la critique radicale autoproclamée, me semble délivrer au contraire l’argumentaire le plus spécieux pour réclamer un statu quo sur le système financier actuel, puisqu’il reposerait sur une base juste..

    J’avais réagi par le commentaire suivant :

    Il y a problème manifeste sur le premier cas : il est bien évident que les producteurs comprennent tous les travailleurs de l’entreprise et que les seuls bénéficiaires de la part du surplus producteur seront les actionnaires du moment (au mieux les vrais entrepreneurs, au pire les raiders du moment sur l’entreprise qui sont globalement les prêteurs eux-mêmes). En gros la majorité des salariés de l’entreprise sont écartés du surplus et, en économie moderne, les investisseurs vont deux fois à la soupe…

    Et avais été quelque peu ébahi pour ne pas dire scandalisé, de votre réponse, que je cite :

    Non : le producteur, c’est le patron, qui encaisse le profit, les salariés, sont ses employés, ce sont des prolétaires (tout mon point 1) est emprunté à Marx – comme vous l’aurez noté), il n’a pas à refléter son profit dans les salaires qu’il leur accorde (d’ailleurs il ne le fait pas !).

    IL Y A QUELQUE PERVERSION A FAIRE CROIRE QUE LE CONSTAT (FAIT PAR MARX) ET SA JUSTIFICATION SONT LA MEME CHOSE!!

    NE S’ AGIRAIT – IL PAS DE L’ EXPRESSION LA PLUS ABOUTIE DE LA PENSEE UNIQUE, DANS LAQUELLE ON S’ INTERDIT DE QUESTIONNER LES BASES TECHNIQUES DU MARCHE COMME SI ELLES ETAIENT INTOUCHABLES, CE QUI LIMITE LA DISCUSSION SUR LES REMEDES A UN CHOIX ENTRE DES ANTI INFLAMMATOIRES DONT ON SAIT PERTINEMMENT QU’ ILS SERONT INOPERANTS?

    Et pourtant, il s’agit bien de la base même du déséquilibre structurel des revenus capital/travail qui constitue la trame de fond de la crise actuelle, ce déséquilibre étant rendu effectif en Europe notamment par l’institutionnalisation du libre échange mondial qui a permis d’instaurer le gel des salaires et de supprimer l’effet équilibrant de l’inflation des salaires, seul mécanisme correctif sur le plan de la justice.

    Deux remarques :

    1 Il faudra bien expliquer pourquoi le « surplus » que le patron espère du prêt qu’il sollicite à la production devrait être traité différemment du « surplus » que l’emprunteur espère d’un prêt à la consommation.

    2 Il me semble aussi que l’analyse que pourrait faire Marx de l’économie financiarisée d’aujourd’hui qui, grâce à l’utilisation perverse des OPA et LBO notamment, supprime de fait les patrons entrepreneurs au bénéfice de l’actionnaire majoritaire.

    Paul, pardonnez le ton quelque peu polémique du billet, sur le fond je n’ai fait que répondre à votre désir d’amener sur le blog mes remarques, relatives à ce qui est pour moi la définition de l’éthique de l’économie et qui peut se résumer par la proposition:

    SUPPRESSION DES AVANTAGES COMPARATIFS INEQUITABLES,

    et commence donc par la suppression ou la neutralisation de l’avantage inéquitable de base : l’intérêt.

    (Que je propose comme substitut à votre proposition d’ INTERDICTION DES PARIS SUR LES FLUCTUATIONS DE PRIX)

    Pour moi, il est évident qu’il faut casser, à tout le moins, le couple infernal libre échange/intérêt, à défaut d’utiliser la formule infiniment plus facile à gérer d’intérêts modulés autour de zéro en fonction de leur utilité ou nuisance sociale.

    L’établissement de l’ensemble pouvant d’ailleurs être avantageusement réalisé dans l’ordre indiqué.

Publié dans Uncategorized | Commentaires fermés sur 28 – À propos de « Pour un système socialisé du crédit » par Frédéric Lordon

27 – Argent et reconnaissance de dette : de faux jumeaux

21 12 2008 – Publié par Paul Jorion

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Plus je dis qu’on avance, plus certains se désespèrent. Je les soupçonne du coup de savoir où je veux en venir – ce qui leur donne un avantage certain sur moi parce que, comme je l’ai dit, j’ai le sentiment moi d’avancer dans la jungle à la machette. Que découvrirons-nous derrière le prochain bananier abattu ? Les sept cités de Cibola ? Un lac profond où vit le dernier plésiosaure ? (Oui je sais, j’ai trop lu Bob Morane dans mon jeune âge).

Quoi qu’il en soit, je crois aux définitions et aux démonstrations systématiques, à très petits pas. Et c’est pourquoi précisément, je vais faire un pas en arrière pour me retrouver avant même le premier crédit : tenter de clarifier simplement la question de celui qui ouvre un compte en banque et y dépose un peu d’argent.

L’argent que j’ai, ce sont les pièces que j’ai dans la poche et les billets dans mon portefeuille. Il y a aussi quelques pièces sur ma table de nuit. J’ai aussi de l’argent sur un compte-courant à la banque : je suis allé à la banque, j’ai sorti des billets de mon portefeuille et j’ai donné 100 € au guichetier. En échange il m’a tendu un récépissé, qui est une reconnaissance de dette : la banque reconnaît avoir reçu cet argent et qu’il demeure le mien, elle le tient à ma disposition, je peux venir le réclamer quand je veux. Je fais également déposer sur mon compte-courant le salaire mensuel que me verse mon employeur. Je lui ai donné le numéro de mon compte en banque, et il verse directement mon salaire sur ce compte : je ne reçois de lui ni billets ni pièces. Je peux aller réclamer l’argent qui est sur mon compte à un guichet de la banque ou le retirer à un distributeur de billets.

Est-ce que cette reconnaissance de dette de 100 € est la même chose que 100 € qui seraient dans mon portefeuille ? Non pas exactement : pour accéder aux 100 € dans mon portefeuille, il suffit de l’ouvrir, alors que pour accéder aux 100 € à la banque, je dois m’y rendre, ou tirer l’argent à partir d’un distributeur de billets, ou bien signer un chèque d’un montant de 100 € à l’intention d’une tierce personne, qui pourra alors accéder personnellement aux 100 € qui se trouvent sur mon compte. Mon accès à mes 100 € qui se trouvent sur mon compte-courant à la banque dépend aussi du fait que celle-ci les ait réellement conservés à ma disposition, ne les ait pas dépensés ou transférés à une tiers.

Dans la plupart des pays, les sommes déposées sur un compte-courant sont couvertes jusqu’à un certain montant par une assurance contractée par la banque où le dépôt a eu lieu. L’assurance porte par exemple sur toutes les sommes inférieures à 80.000 €. Il existe donc une différence significative pour le déposant que je suis entre la reconnaissance de dette d’une banque pour une somme inférieure ou supérieure à 80.000 € : seuls les premiers 80.000 € sur mon compte sont strictement équivalents à 80.000 € dans mon portefeuille – ou plutôt sous mon matelas pour une somme aussi élevée – toute somme qui dépasse ce montant dépend de la capacité de la banque où mon compte réside de me rendre mon argent à la demande, c’est–à–dire dépend de sa solvabilité (qu’elle possède cet argent ou puisse elle-même l’emprunter) ou de la liquidité de ses avoirs (des biens qu’elle devrait vendre pour trouver l’argent qu’elle doit me rendre).

Si je me trouvais loin de ma banque – disons dans le désert – et qu’il me faille faire un paiement de 120.000 € à l’aide d’un chèque, celui à l’intention de qui je rédige ce chèque pourrait très bien me tenir le raisonnement suivant : « Les premiers 80.000 € que vous me devez, vous pouvez me les régler à l’aide d’un chèque de 80.000 € puisque, soit ils sont effectivement sur votre compte, soit ils n’y sont pas parce que votre banque est insolvable mais l’assurance qu’elle a contractée me garantit qu’ils sont disponibles. Mais les 40.000 € restants ne sont pas garantis et reposent directement sur la solvabilité de votre banque. Je ne suis donc pas certain de les recevoir et je considère juste que pour me protéger, je vous facture 5.000 € couvrant le risque que je prends en acceptant un chèque plutôt que de l’argent liquide, à savoir des billets et des pièces. Je vous prierais dès lors de me libeller un chèque pour un montant de 125.000 € ».

Bien entendu, les 40.000 € qui sont le montant par lequel la somme due dépasse des 80.000 € qui sont eux entièrement garantis, soit il les recevra de ma banque, soit il ne les recevra pas. S’il les reçoit, c’est que ma banque était solvable : il aura reçu l’ensemble des 120.000 €, les 80.000 garantis comme les 40.000 qui ne l’étaient pas et m’aura pénalisé injustement de 5.000 €. S’il ne les reçoit pas, il sera de sa poche de 40.000 € et n’aura reçu que 80.000 € pour les 120.000 € que je lui dois [correction]. Les 5.000 €, la « prime de risque » qu’il aura exigée, ne représenteront qu’un huitième (12,5%) de la somme pour laquelle il s’assure : 40.000 €. Mais son calcul aura été d’ordre statistique : il aura estimé qu’une banque sur huit se révélera insolvable dans un contexte comme celui-ci et que, bon an mal an, sur huit transactions de ce genre, il s’y retrouvera.

De mon point de vue, les choses seront différentes : j’aurai pu constater que tout l’argent que j’ai à la banque n’a pas la même valeur : 80.000 € valent 80.000 € alors que toute somme sur mon compte courant au-delà de 80.000 € vaut moins que la somme que j’ai déposée sur mon compte. J’aurai fait une constatation très importante pour la suite : que la richesse dont je dispose en tant qu’argent, c’est–à–dire sous la forme de pièces et de billets vaut bien la somme des nombres écrits sur ces pièces et ces billets, mais que la richesse dont je dispose sous la forme de reconnaissance de dette peut valoir moins que le montant mentionné sur cette reconnaissance de dette.

Définitions (j’y tiens !) : l’argent est donc un vecteur calibré de richesse ; la reconnaissance de dette est une trace calibrée de richesse. Par « calibré », j’entends qui mentionne une quantité précise, fixée. La différence, comme nous venons de le voir, est que la relation d’un individu à sa richesse est immédiate dans le cas de l’argent, et médiatisée dans le cas de la reconnaissance de dette. Cette médiatisation introduit un risque dit, dans le jargon financier « de contrepartie », le risque de non-retour de mon argent.

On peut introduire la notion de marché secondaire pour dénoter un marché où des reconnaissance de dette sont échangées. S’il existe un quelconque risque de contrepartie, le prix d’une reconnaissance de dette sur un marché secondaire sera moindre que celui de sa calibration : on dira, encore une fois en jargon financier, que ce prix est escompté. Les agences de notation définissent le montant de l’escompte pour les établissements qui délivrent des reconnaissance de dette : elles leur assignent une notation qui estime le risque de crédit qu’ils constituent pour toute contrepartie. Comme l’a révélé une actualité récente, elles peuvent se tromper.

Conclusion provisoire : quand les choses vont bien, ce n’est pas une mauvaise approximation de considérer que l’argent et la reconnaissance de dette c’est chou vert et vert chou : tout ça, c’est de la monnaie, quand les choses vont mal, ce serait une erreur funeste.

Comme le disait un pauvre monsieur dont je lisais hier les tribulations dans le Wall Street Journal : « Madoff m’a fait perdre 1,2 million de dollars : les 800.000 que je lui ai donnés, et les 400.000 qu’il disait m’avoir fait gagner ! » On vit une époque formidable !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite

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61 réponses à “Argent et reconnaissance de dette : de faux jumeaux”
  1. Dav dit :
    21 décembre 2008 à 19:05 Un pas de plus :)Trois questions :

    Ne venez-vous pas de démontrer que le mécanisme même de la création de reconnaissance de dettes est un mécanisme de dévaluation (potentielle) de l’argent, du fait que cela modifie le ratio argent/fortune ?

    Ne peut-on pas penser que la modification de ce ratio argent/fortune est la preuve que le crédit peut avoir un effet sur les prix ?

    Que penser des crédits souscrits dans des devises différentes et qui servent uniquement à fabriquer des intérêts plus élevés que le loyer de l’argent d’origine… n’y a-t-il pas là une fabrication monétaire directe par le crédit ?

  2. Moktarama dit :
    21 décembre 2008 à 19:32 En fait, si je comprends bien, le systême primaire d’assurance est extrêmement efficace en ce qui concerne le risque statistique, mais d’un inintérêt flagrant en cas de risque systémique. Ca a même obligé l’Etat, en cas de catastrophe naturelle, à faire des arrêtés et des lois pour obliger les assurances à couvrir ce risque systémique externe – quitte à ce que certaines coulent – , car elles se dédouanaient trop souvent…et c’est un peu ce qui se passe aujourd’hui, sauf que l’Etat a pris lui-même ce rôle d’assurance plutôt que de les obliger à payer. Too big to fail…la maxime est facile, m’est avis qu’on pourrait regarder ça de plus près plutôt que de la répéter d’un air convaincu :-)
  3. Visiteur du soir dit :
    21 décembre 2008 à 20:13 BonsoirIl y a un petit pépin dans le raisonnement.

    Si seul 80 000€ sont garantis par la banque, le créditeur ne pourra pas recevoir 85 000€ sur le chèque de 125 000€. Il recevra 80 000€ un point c’est tout. Il faudrait donc que les 5 000€ viennent d’ailleurs. En fait, il pensera surement qu’il a perdu 45 000€, puisqu’il a reçu 75 000€ + 5 000€ de risque = 80 000€.

    Bien à vous

  4. Bru dit :
    21 décembre 2008 à 20:14 La partie de poker :
    —————10 gugusses se pointent autour d’une table de poker avec 10 euros en poche. La cave est a 10 euros, chacun mets donc la totalité de ses liquidités.

    100 euro de monnaie fiduciaire, appelons les la base monétaire sont donc au milieu de la table.

    La partie se termine, le gagnant empoche 50 euro, le 2eme 30 et le 3eme 20.

    “C’est dommage de s’arrêter la il est encore tôt”, s’exclame un des joueurs, les autres sont d’accord.

    Faute de solvabilité immédiate des perdants, le gagnant de la partie précédente (appelons le la banque) prend un papier et un stylo et marque les créances et dettes permettant que chacun des joueurs aient les 10euros nécessaires au démarrage d’une nouvelle partie.

    Beaucoup de mènes plus tard…

    Le joueur n°1 (la banque qui tiens les comptes) a 50 euros et 500 euros de créance.
    Le joueur n°2 a 30 euros et 300 euros de créances.
    Le joueur n°3 a 20 euro et 200 euros de créances.
    Le joueur n°4 a 500 euro de dettes,
    Le joueur n°5 a 500 euro de dettes.

    Analysons a ce point de la partie :
    * La base monétaire n’a pas bougé, il y a toujours 100 euros autour de la table.
    * Ces 100 euros ont permit de générer 1000 euros de créances, que l’on pourrait appeler monnaie scripturale.

    Les 2 premiers joueurs refusent de prêter plus aux autres, mais se font un finish au face face. Le 1er gagne, le perdant transfère ses créances au joueur n°1 pour 300euro.

    * Une transaction a été faite pour un montant supérieur a la base monétaire (un peu comme la Chine détiens plus de dollar sur la papier que ce qu’il y a véritablement de dollar en circulation).
    * Les dettes ont été utilisées comme de la monnaie, permettant de solder une situation.
    * Chacun des gagnant est parfaitement au courant qu’a la fin de la partie il sera impossible de partir avec ce qui lui est dû en monnaie sonnante est trébuchante, et ce, a l’inverse de la majorité des déposants bancaires du monde.
    * Les dettes sont bien distinctes de l’argent lui même, mais utilisées comme tel. Les masses monétaires, y compris M1 (la plus restrictive), inclus les dépôts bancaires.

    L’erreur, comme le soulève cet article au sujet des réflexions sur la monnaie est de confondre monnaie fiduciaire et monnaie scripturale (qui n’est que la promesse de votre banque de vous rendre votre argent, alors qu’elle serait bien incapable de le faire si tout le monde exercé ce droit. Tout simplement parce que la base monétaire est largement insuffisante pour faire cela, comme dans l’exemple de la partie de poker).

    Comme pendant la partie de poker, masse monétaire (qui inclus toujours les dépots bancaires) augmente par le principe de pret bancaire.

  5. Visiteur du soir dit :
    21 décembre 2008 à 20:14 Correction : “Si seuls” avec un S bien sûr.
  6. zoupic dit :
    21 décembre 2008 à 20:19 Bonsoir,

    seuls les premiers 80.000 € sur mon compte sont strictement équivalents à 80.000 € dans mon portefeuille

    si on dérive à un degré de confiance supérieur, il faut aussi que l’assurance puisse les garantir, et donc même si on a pas confiance en sa banque, avoir confiance en l’assurance de sa banque.

  7. Bru dit :
    21 décembre 2008 à 20:41 L’assureur en l’occurrence c’est l’état, mais si tous les déposant demandaient de retirer leur argent même plafonné a 80ke (ce que l’on appelle un Bank Run) la seule façon disponible pour que l’état puisse honorer son engagement serait d’augmenter la base monétaire a hauteur de la demande (transformer monnaie scripturale en monnaie fiduciaire, le ratio aujourd’hui ne doit pas être loin de 10 pour 1 je pense):
    – La base monétaire étant augmenté chaque billet émis a moins de valeur,
    – Nous aurions là une vraie création monétaire ex-nihilo a faire chauffer au rouge les rotatives,
    – Les déposant seraient remboursés en monnaie de singe,
    – Une belle hyperinflation a terme.Bru
  8. Tigue dit :
    21 décembre 2008 à 22:25 En quoi le virement de votre salaire sur votre compte est il comparable a une liasse de billets dans votre portefeuille ?
    Ce virement a pu se faire a partir d’ une réserve de crédit de l’ entreprise localisée dans la banque émettrice .
    La réalisation de ce virement dépend de l’ état des relations entre les deux banques. Si l’ entreprise doit beaucoup d’ argent, et qu’ elle est en défaut, le virement peut être annulé, de même si la banque émettrice, ou encore la banque receptrice est en défaut.
    La performance dans la fonction d’ achat de ce “quelque chose”, est meilleure quand il est sous forme de billets dans votre portefeuille. La performance de ce quelque chose dans la fonction de réserve est meilleure sous forme d’ information dans les ordinateurs de la banque (rapporte des interrets) ?.
    La performance dans la fonction d’ achat (immédiateté) est a distinguer de la performance dans la fonction de réserve : on pouvait acheter immédiatement une baguette de pain avec une brouette de billets sous Weimar.
    Y a t il un matheux pour définir un espace a n dimensions (n fonctions de la monnaie) dont chaque élément aurait une composante “reelle”, et une composante “imaginaire” )(représentation de la partie cash et de la partie crédit dans un seul nombre)
    Mais peut être allons nous (re)découvrir la vraie nature des produits structurés : une modélisation de la monnaie.
  9. Fred L. dit :
    22 décembre 2008 à 01:34 Les premières lignes de l’article hyperinflation de wikipedia :In economics, hyperinflation is inflation that is “out of control”, a condition in which prices increase rapidly as a currency loses its value.

    Maintenant je vous cite :

    “Définitions (j’y tiens !) : l’argent est donc un vecteur calibré de richesse ; la reconnaissance de dette est une trace calibrée de richesse. Par « calibré », j’entends qui mentionne une quantité précise, fixée. La différence, comme nous venons de le voir, est que la relation d’un individu à sa richesse est immédiate dans le cas de l’argent, et médiatisée dans le cas de la reconnaissance de dette. Cette médiatisation introduit un risque dit, dans le jargon financier « de contrepartie », le risque de non-retour de mon argent.”

    L’argent n’est pas un vecteur calibré de richesse : l’inflation et l’hyperinflation vous le montre; vos billets perdent leur valeur, ie leur pouvoir de s’échanger contre des biens.

    Il n’existe pas de réserve invariable de valeur, aucune composante de la monnaie ne garantit la préservation de la valeur au cours du temps (à supposer que cette préservation aie même un sens ?), même “l’argent” (ie la base monétaire). La seule chose que vous montrez, c’est que les différents composantes de la monnaie ont des liquidités différentes (qu’il y a une prime de risque croissante avec l’illiquidité).

  10. leduc dit :
    22 décembre 2008 à 02:02 J’ai visionné quelques vidéos de vulgarisation à l’usage des moins informé sur la monnaie (donc moi :)), et en gros ce que j’ai cru y comprendre c’est que en définitive la masse monétaire et le montant total des dettes serait à peu près du même ordre.C’est cela ? Est-ce que cela voudrait dire finalement que la quasi totalité de la masse monétaire serait en fait de l’argent issu du crédit, de la création monétaire des banques commerciales, et qu’en définitive l’essentiel de la masse monétaire ne serait que de la dette ?

    D’où l’idée absurde dans les vidéos de rembourser la totalité des dettes, car si on remboursait les dettes il y aurait automatiquement destruction monétaire et on se retrouverait avec pratiquement plus rien comme masse monétaire (seulement les pièces et billets de banques qui sont si j’ai bien compris une toute petite partie de la masse monétaire)

    Si j’ai bien compris le principe cela voudrait dire que finalement l’essentiel de la croissance est possible grâce au crédit et à la dette donc, et que notre monde moderne qui a pris un développement extraordinaire ces dernières décennies ne serait certainement pas comme il est actuellement sans ces capacités de crédit qui rendent possible toute activité humaine ou presque où il faut des financements et des investissements ?

    Et le “crédit crunch” comme on dit, ca serait donc l’insuffisance de crédit nouveau par rapport aux remboursements des dettes antérieures qui ferait que la masse monétaire se contracte à cause de cette différence ? C’est ce que redoutent les économistes, les états, les banquiers alors, un espèce de cercle vicieux où la masse monétaire se contracte et automatiquement faute de crédit suffisant ?

    Eclairez ma lanterne s’il vous plait :)

    Autre truc qui a rien à voir, j’ai consulté un peu le site de l’agence régionale de Saint Louis de la réserve fédérale américaine où j’ai consulté tout un tas de diagramme concernant tout un tas de choses comme les masses monétaires, les réserves (auquel je n’ai évidemment rien compris :)) et je suis tombé sur le graphique de la base monétaire. Cela m’a laissé un peu perplexe, je ne comprend pas très bien ce que veut dire le pic correspondant à la fin de l’année 2008.
    L’adresse : http://research.stlouisfed.org/fred2/series/BOGAMBNS?cid=124
    On parle souvent des banques commerciales et de la création monétaire par les réserves fractionnaires, mais dans ce cas là ca veut dire quoi quand on parle d’une banque centrale ?

  11. Paul Jorion dit :
    22 décembre 2008 à 04:16 @ Visiteur du soirTrès bonne remarque, le fait que mon interlocuteur voudra que les 40.000 € viennent d’une autre source que ma banque.

    @ Fred L.

    Je ne parle pas du tout de valeur : le calibrage porte uniquement sur une quantité d’une certaine devise. La valeur est tout à fait indifférente.

  12. vladimir dit :
    22 décembre 2008 à 08:42 LE BUG DU PERE NOEL :de 100000 a 300000 rmiste et ass n ont pas percus leurs prestations ni prime dite de noel source fo

    lundi 22 décembre 2008 (07h00)

    Depuis le debut du mois de decembre,100000 a 300000 rmiste et ass, non pas toucher leurs prestations social.

    Rien est dit sur le sort de ses familles,aucun journaux,revue de presse n en parle,pourquoi?la pauvrete ne se trouve pas seulement dans les autres pays,devant chez vous des gens souffre d isolement sicial et risque de passer un noel sans cadeaux a faire a leurs familles sans repas ni argent,sans penser aux obligations de reglement, loyer, eau, electricite,pendant combien de temps encore les bureaux d assedic vont leurs donner comme reponse, demain peut etre….

    De : SOS

    lundi 22 décembre 2008

    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article76566

  13. Chris dit :
    22 décembre 2008 à 09:55 @ Paulvous écrivez “seuls les premiers 80.000 € sur mon compte sont strictement équivalents à 80.000 € dans mon portefeuille ”

    c’est une question de confiance, car si la seule différence entre les premiers 80.000 € et les suivant consiste en l’intervention d’une tierce partie (l’assureur) faut-il encore avoir confiance en cet assureur qui n’est pas forcément plus solvable que la banque.

  14. Fred L. dit :
    22 décembre 2008 à 10:33 @ PaulMais alors il n’y a pas de différence, parce qu’il est des temps et des lieux ou la base monétaire elle même est escomptée par les agents parce qu’ils n’ont plus confiance dans son émetteur (généralement un état), l’argent se dépréciant à vue d’oeil.

    Si je parle d’hyperinflation c’est que (comme les bulles de crédit), c’est une situation qui révèle ce qu’est “l’argent” (”la monnaie”), à savoir une créance sur l’Etat.

    L’hyperinflation a la même logique qu’une bulle, c’est une fuite en avant qui provoquera tout ou tard un effondrement de la valeur de la monnaie.

    Si vous tenez malgré tout à distinguer l’argent des reconnaissances de dettes, le seul critère dont vous disposez c’est la différence – que vous souhaitez d’essence alors qu’à mon avis elle n’est que de degré – entre le privé (les banques) et le public (l’état, aujourd’hui les banques centrales).

    Dans tous les cas, la monnaie est une promesse reposant sur la confiance (variable) qu’ont les agents économiques en son émetteur. Et ce dont on s’aperçoit aujourd’hui, c’est que en dernier ressort, toutes les composantes de la monnaie finissent par être garanties l’Etat.

  15. Di Girolamo dit :
    22 décembre 2008 à 10:59 Cela dit ,l’argent que j’ai dans la poche , peut au moment où je vais le sortir s’envoler , soit qu’un ouragan se dépoie , qu’un voleur passe , où que mon coeur me lâche.
    Ce n’est donc ni l’argent ni la reconnaissance de dette qui sont importants mais la confiance en la vie , en soi même ,en les autres ; et c’est sans doute ce manque de confiance qui est en tous domaines la cause de nos malheurs et le moteur de cette fuite en avant qui n’est autre qu’un mur qu’on dresse pour se protéger de tout.
  16. nadine dit :
    22 décembre 2008 à 11:05 @leducVous dites:”je suis tombé sur le graphique de la base monétaire. Cela m’a laissé un peu perplexe, je ne comprend pas très bien ce que veut dire le pic correspondant à la fin de l’année 2008.”

    Cela veut dire qu’on monetise la dette ou si vous voulez qu’ on fait tourner la planche à billet electronique puisque derriere les créances qui ont été créé par les banques il n’y avait pas l’argent. C’est ça ou la faillite systèmique !

  17. bob dit :
    22 décembre 2008 à 12:23 Merci pour ces renseignement car nombre de français se demandent quelle est leur exposition réelle au risque financier dans un compte courant.
    Pensez vous (vu ce qui se passe actuellement en particulier aux USA: taux 0% et injection massive de liquidité) que dans les 3 prochaines années il y aura plutôt Déflation ou Inflation?
    L’Europe et les USA peuvent t’ils dissocier leur tendance quand on connait les imbrications entre les sociétés occidentales?
  18. Rumbo dit :
    22 décembre 2008 à 13:34 nadine dit :
    22 décembre 2008 à 11:05“”Cela veut dire qu’on monetise la dette ou si vous voulez qu’on fait tourner la planche à billet electronique puisque derriere les créances qui ont été créé par les banques il n’y avait pas l’argent. C’est ça ou la faillite systèmique !” »

    C’est rigolo quand même, vous ne trouver pas? En arriver là, et dans quelles conditions! Alors que “faire tourner la planche à billet” (électronique ou de billet) selon l’expression consacrée est, justement, ce qu’il faut faire stricto sensus, mais bien entendu sur une base réelle et contrôlée de richesses matérielles produites. Ici la planche à billet ou électronique serait complètement corsetée par la présence d’une richesse produite qui doit être financée sans intérêts.
    Mais regardez comment fonctionne le WIR suisse au moins! Exemple extrême, si le franc suisse (sur quoi est appuyé le WIR) venait à disparaître, le WIR sauverait l’économie et remlacerait avantageusement le franc suisse. Alors?

  19. Bernard dit :
    22 décembre 2008 à 13:50 Tant qu’on y est à préciser les choses, votre interlocuteur du désert vous a répondu comme un bon croyant au courant de toutes les subtilités de votre croyance partagée, et de votre entière bonne foi. C’est un agent économique rationnel comme il n’en existe que dans les manuels de la pensée unique. Mais il existe d’autres cas de figure.Comme Cyrano, il aurait très bien pu vous dire:

    agnostique:

    – je n’ai aucune garantie sur l’existence même et la solvabilité de la banque dont vous me parlez et donc sur la valeur de votre chèque

    croyant, aux divers stades de méfiance technique:

    -ou j’accepte, avec provision pour l’ensemble, car je ne crois pas à cette assurance, c’est du bidon.

    -ou j’accepte, avec provision sur l’ensemble, car je ne suis pas sûr d’être des créanciers défrayés par l’assurance.

    confiant:

    – j’accepte sans provision pour risque car le système est forcément bien construit, et sera équitable à mon égard si je respecte ses règles.

    Laic:

    – je n’accepte aucun titre de paiement car, de toute façon, je crois que vous essayez de m’escroquer

    – je n’accepte pas les titres car ce n’est pas vous que j’ai en face de moi mais un système bancaire en lequel je n’ai pas confiance

    – j’accepte votre proposition, car je sais que vos honorerez vos dettes quelle que soit le comportement de votre banque.

    – je ne vous demande rien, vous me rapporterez l’équivalent de votre dette en provisions lors de votre prochain passage.

    Moralité: lors d’un échange mettant (ou non) de l’argent en jeu, tout le monde se détermine en final comme un CROYANT à quelque chose, l’EQUITE de cet échange reposant sur la CONFIANCE (en un système ou en quelqu’un.)

    Or, le système étant construit autour d’un individu “rationnel” maximisant son intérêt personnel, il tend à éliminer les cas de figure où le comportement individuel des contractants corrigent les imperfections inévitables du système (quand l’échange est fait au sein du système), combat activement toutes formes de transactions hors de celui-ci, et impose des échanges inéquitables quand le rapport des forces est à son avantage.

    A supposer que la généralisation d’un tel système soit viable, sinon souhaitable, ceci réclamerait que ce système soit parfait et qu’il n’y ait aucun “biais” ou “avantage comparé” entre les contractants.

    Or c’est précisément la recherche de cet avantage comparé qui est le moteur du système!

    CQFD

    Il est surprenant de trouver dans le :

    “la médiatisation introduit un risque”
    “lorsque les choses vont mal”

    La réalité est que le système économique actuel est fondamentalement générateur de déséquilibre (au singulier), et donc naturellement de crises, lorsque ces déséquilibres deviennent macroscopiquement inacceptables.

    La formidable capacité du pétrole à démultiplier la croissance et l’éloignement et le contrôle des parties du monde où ce déséquilibre est devenu explosif a permis de rendre acceptable l’adhésion au système dans le monde occidental.

    L’inversion de la tendance importe cet état de fait dans nos pays, et le fait avec une brutalité qui ne peut surprendre.

    Les “choses” ne vont pas mal, elles vont leur chemin mondialisé, et le seul risque “médiatique” est de masquer le phénomène de fond.

  20. Bertrand dit :
    22 décembre 2008 à 16:48 L’argument intéressant que livre Paul est la limite qu’il s’impose avec ses 80 000 euros et la fonction du législateur qui en découle : Au-delà de 80 000 euros sur mon compte, le législateur ne garantit pas la conversion en euros sonnants et trébuchants.
    C’était l’argument nécessaire et suffisant pour discréditer le système monétaire comme « institution », a-t-on déjà vu une « institution » être inconséquente jusqu’au point de ne pouvoir garantir les devises qu’elle a en charge de produire ?
    C’est un peu comme si on demandait à l’institution judiciaire de modéliser suivant la tête du plaignant les dommages et intérêts auxquels il aurait droit !
    Le terme “modéliser” est approprié puisque pour définir leurs gains, les banques ont “modélisé” leurs actifs, l’inconséquence reste alors le “business model” de ces aimables boutiques …
  21. nadine dit :
    22 décembre 2008 à 18:16 @Bertrand
    vous dites:”C’était l’argument nécessaire et suffisant pour discréditer le système monétaire comme « institution », a-t-on déjà vu une « institution » être inconséquente jusqu’au point de ne pouvoir garantir les devises qu’elle a en charge de produire ?”
    Vous mélangez créance et monnaie, mais vous nêtes pas le seul.
  22. crofin dit :
    22 décembre 2008 à 19:35 Hé oui ! voilà ce que je viens de dire dans cet article:http://blog.crottaz-finance.ch/?p=424

    la reconnaissance de dettes ne vaut que si tout va bien !

  23. crofin dit :
    22 décembre 2008 à 19:38 Un autre sujet qui sera d’actualité dans quelques années….les caisses de pension (la prévoyance retraite) qui est aussi une reconnaissance de dettes futures. On promet des montants aux assurés….
    no commenthttp://blog.crottaz-finance.ch/?p=374
  24. Noviant dit :
    23 décembre 2008 à 04:44 @RamboOn parle souvent de la fameuse planche à billets. En particulier de la part des États-Uniens (habitant le Canada il me semble important de préciser…). Il ne faudrait pas penser, ou faire penser, que cette « planche » va créer de la monnaie fiduciaire sans dettes. Elle va créer des billets par émission par le Trésor de bons à intérêts. En fait une planche à dettes.

    Dans le système actuel dit de réserve fractionnaire, la création monétaire est liée à de la création de dettes non compensables. Donc la planche à billet est une planche à dette. Ce n’était pas le cas aux US avant 1913 ou en France avant 1973 (merci VGE…).

    C’est important de préciser quand, intuitivement ou par l’analyse, on comprend que la solution à notre problème est le reprise du contrôle de la création monétaire par les Etats. Avec ou sans intérêts n’a pas d’importance puisqu’ils reviendraient aux Etats ayant crées la monnaie. Et contrairement à l’idée générale cela est moins inflationniste que le système actuel si la création est contrôlée, ou liée à la création de richesses réelles (infrastructures, etc.).

  25. Loïc Abadie dit :
    23 décembre 2008 à 04:50 Dans la pratique et dans les faits, cette distinction entre argent et reconnaissance de dette me semble être devenue bien floue aujourd’hui.La monnaie “banque centrale” (billets et pièces) par exemple est garantie essentiellement par de la dette (voir le bilan de la FED), tout comme la monnaie temporaire créée par les banque privées (qui constitue l’essentiel de la masse monétaire, rappelons le) est garantie par de la dette.

    Simplement, jusqu’ici la monnaie banque centrale reposait sur une dette en théorie de meilleure qualité (essentiellement des bons du trésor pour la FED) que les monnaies “temporaires” (garanties par des hypothèques ou la simple capacité de remboursement des emprunteurs). Mais là aussi, cette distinction est en train de se réduire, vu que la FED a maintenant dans son bilan “de tout” : bons du trésor, mais aussi dettes hypothécaires, papier commercial et toutes sortes de créances bancaires “prises en pension” (http://www.federalreserve.gov/releases/h41/Current/).

    Idem au niveau des garanties : Notre fonds de garantie, doté d’un peu plus de 2 milliards d’euros est totalement insignifiant et incapable de faire face à une seule faillite bancaire de taille significative. En cas de problème, il sera sans doute recapitalisé par l’état…A quelle hauteur, jusqu’à quels montants, de quelle façon ? Personne n’en sait rien, et sans doute pas les dirigeants eux-mêmes. Et il en va de même pour le FDIC des USA.

    J’ai entendu cela il y a quelques mois “Nicolas Sarkozy s’est engagé à ce qu’aucun déposant ne perde un seul euro parce qu’un établissement financier se révélerait dans l’incapacité de faire face à ses engagements “. Nous avons bien eu l’information que “320 milliards d’euros pourront être mobilisés pour garantir les créances bancaires”.
    Mais comme toute promesse politique, elle est à géométrie variable, et pourra changer à l’avenir en fonction du contexte.
    Alors y a-t-il une vraie distinction entre la part “garantie” de nos comptes et la part “non garantie” ? Pour moi non vu le flou existant.

    Nous le voyons, la distinction entre monnaie et reconnaissance de dette existe sans doute d’un point de vue académique, mais pratiquement pas dans la pratique.

  26. Moi dit :
    23 décembre 2008 à 13:51 @Loic Abadie : “Mais comme toute promesse politique, elle est à géométrie variable, et pourra changer à l’avenir en fonction du contexte”Vous avez un sens commercial hypertrophié au détriment de votre sens politique. Nous n’avons pas d’un côté la parole de Sarkozy et de l’autre celle d’un banquier. Nous avons d’un côté l’Etat, auprès duquel nous sommes peu ou prou représentés, et de l’autre une entreprise privée avec laquelle nous n’entretenons qu’une relation commerciale (même actionnaires). On dirait presque que pour vous l’Etat est totalement indépendant de ses membres, comme la coupole d’une multinationale face à ses clients…
  27. Noviant dit :
    23 décembre 2008 à 14:35 @ Loic AbadieLes 320 Milliards promis par Sarkozy ont comme objectif de protéger les banquiers contre la faillite de leurs clients endettés. Garantir les créances bancaires, c’est se protéger contre les créditeurs…

    C’est donc bien des € pour le Banquiers ! Pour les particulier ou les entreprises, il n’y aurais qu’une enveloppe de 2 Milliards de voté pour les protéger… Le déséquilibre est choquant !! amha

  28. Bru dit :
    23 décembre 2008 à 19:35 Les monnaies des banques centrales (base monétaire, pieces & billets) restent encore, il est vrai de moins en moins a part des cas particulier comme la suisse, garantie également par de l’or (qui n’inspire a Loïc que méfiance :)).Il est vrai que pièces/billets et monnaie scripturale alignent les ressemblances :
    – Garanties en grande partie par de la dette, de qualité variable,
    – faciles d’utilisation, avec la généralisation des moyens de paiement bancaire comme les cartes bleues.

    En revanche, il peut être intéressant de voir les risques auxquels exposent la détention de l’une ou de l’autre de ces deux formes de monnaie.

    Le cas de l’argentine peut être assez intéressant et a montré que la limitation des retraits bancaires en espèces décidé par l’état lors de leur crise financière, a amené les commerçants a refuser toute autre forme de paiement que le cash (pieces/billets). A ce moment là, une fois ses comptes bancaires bloqués, sans possibilité d’effectuer des achats avec cette monnaie dette de 2eme main, avec une inflation qui lamine votre patrimoine, on doit comprendre bien au fond de soi toutes les subtiles différences entre dette et monnaie.

  29. nadine dit :
    24 décembre 2008 à 08:15 @Loïc Abadievous dites:”Dans la pratique et dans les faits, cette distinction entre argent et reconnaissance de dette me semble être devenue bien floue aujourd’hui
    La monnaie “banque centrale” (billets et pièces) par exemple est garantie essentiellement par de la dette (voir le bilan de la FED), tout comme la monnaie temporaire créée par les banque privées (qui constitue l’essentiel de la masse monétaire, rappelons le) est garantie par de la dette”

    C’est vrai que c’est une impression qu’on peut avoir mais bon quand une banque centrale achète de l’or ou tout autre chose, vous voyez bien que l’argent créé pour l’occasion n’est garantie par aucune dette !

    Encore une fois attention de ne pas confondre argent et dette, à cause de cette erreur beaucoup de raisonnement sont faux (je ne parle pas pour vous Loic, l’ensemble de votre raisonnement me parait juste).

  30. Étienne Chouard dit :
    24 décembre 2008 à 11:37

    LA MONNAIE APPARAÎT (ET CIRCULE)

    AU PASSIF DU BILAN DES BANQUES

    comme toutes leurs DETTES, tout simplement,

    sauf que ces dettes-là sont TRÈS SIMPLEMENT TRANSMISSIBLES,
    ce qui les rend si utiles dans les échanges : ça sert à payer et ça s’appelle de la monnaie.

    Mais quel est l’intérêt de contester une telle évidence ?
    Qu’est-ce qu’on cherche ici, finalement ?

    Nadine,

    Vous dites à Loïc : « vous voyez bien que l’argent créé pour l’occasion n’est garantie par aucune dette ! »

    C’est une confusion : personne ne dit que l’argent est GARANTI PAR une dette (c’est plutôt la dette qui est garantie par quelque chose) : de nos jours, l’argent EST une dette,

    L’ARGENT EST UNE RECONNAISSANCE DE DETTE (QUI CIRCULE).

    L’argent est un TITRE ; un titre est UN MORCEAU DE PAPIER QUI PROUVE UN DROIT.
    Le fait que les titres, progressivement, se soient DÉMATÉRIALISÉS ne devrait pas vous empêcher d’accéder intellectuellement au concept de « titre », comme preuve de valeur maîtrisée.

    Rappelez-vous ce qu’est un BILAN :

    Un bilan compte (et affiche, à l’intention des tiers, pour qu’ils soient honnêtement informés) :

    toutes mes richesses (TOUT CE QUI M’APPARTIENT ET TOUT CE QU’ON ME DOIT, mes créances contre les autres) d’un côté, À L’ACTIF,

    – et tout ce que je dois retrancher de ces richesses pour donner une photo fidèle de ma richesse NETTE à la fin de l’année (TOUTES MES DETTES, au sens large parfois, et à plus ou moins long terme), de l’autre côté, AU PASSIF.

    LA MONNAIE FIDUCIAIRE APPARAÎT AU PASSIF DU BILAN DE LA BANQUE CENTRALE

    et

    LA MONNAIE SCRIPTURALE (CHAQUE DAV) APPARAÎT AU PASSIF DES BANQUES COMMERCIALES.

    C’est CE CHIFFRE (à droite des comptes de la banque émettrice d’abord, puis à droite des comptes de différentes banques ensuite), ce chiffre qui matérialise une dette de la banque émettrice, C’EST CE CHIFFRE QUI CIRCULE d’un compte à l’autre, c’est ce chiffre qui est offert en paiement des échanges, c’est ce chiffre qui est accepté en contrepartie de l’échange.

    Et si ce chiffre est accepté et s’il permet l’échange, c’est parce que l’émetteur du titre dématérialisé en chiffre) est solide, fiable, on peut compter sur ce titre dont on pourra se servir à notre tour dans les échanges suivants parce que TOUT LE MONDE ACCEPTE CE TITRE.

    CE FAIT COMPTABLE, OBJECTIF ET INCONTESTABLE, laisse peu de place à la fantaisie ou aux élucubrations.

    _________________________________

    Nadine, vous lancez à répétition des affirmations (à mon avis erronées) sans étayer vos affirmations de la moindre confirmation solide, ce que vous pourriez pourtant faire en construisant une démonstration ou en produisant une citation (mais est-ce que vous lisez, j’en viens à me le demander). Vous alignez (ce que je considère, peut-être à tort, comme) des erreurs de débutant sans tenir compte des objections et sans chercher ni trouver le moindre renfort scientifique.

    L’efficacité du cerveau collectif que voudrait animer Paul en prend alors un rude coup (il me donne l’impression de régresser, en ce moment) : Nadine, IL FAUT MIEUX ÉTAYER VOS PROPOS : VOUS AVEZ PEUT-ÊTRE RAISON, je ne le conteste nullement et je cherche ici mes propres erreurs comme on cherche un trésor pour progresser vraiment, MAIS UNE SIMPLE AFFIRMATION NE SUFFIT PAS.

    Je renouvelle ma demande un peu solennelle: quelles sont vos sources ? Pouvez-vous nous donner des références conceptuelles, théoriques, des citations, des chiffres, autre choses que des affirmations, capricieuses et entêtées, qui refusent de prendre en compte les objections ?

    _________________________

    Le 26 novembre, dans son billet « Notre débat sur la monnaie : et si c’était à refaire ? », Paul Jorion nous disait :

    Les experts reconnus vous diront qu’engager le dialogue avec les « amateurs éclairés » qui tentent de poser un œil critique sur leur discipline, est non seulement une perte de temps mais peut se révéler aussi une expérience dangereuse pour vous puisque votre nom se retrouve in fine associé aux thèses hétérodoxes dont vous avez accepté de débattre avec eux.

    La discussion que nous avons engagée sur « la création monétaire » pourrait sembler leur donner raison. Arrivé au bout du parcours, j’ai trouvé beaucoup d’erreurs de raisonnement et parfois pire : quelques falsifications intentionnelles. La position où je me retrouve à l’arrivée est celle que j’avais au départ : celle des « experts » reconnus de la question, celle qu’exprime la théorie financière dominante telle qu’on la trouve exprimée dans les livres de référence de ma profession d’ingénieur financier.

    J’ai reçu ce billet comme une régression, un argument d’autorité.
    Argument d’autorité même pas fondé, sans aucune référence précise.

    J’ai demandé plusieurs fois à Paul ses propres sources, ces « livres de référence » —au moins un !— de ces « experts reconnus » ou un de ces « ingénieurs financiers » dont il parlait dans son billet en invoquant la possibilité (qu’il refusait quant à lui, ouf !) de renvoyer les amateurs à leurs chères études au nom de la parole incontestable des experts de la finance.

    J’ai demandé plusieurs fois à Paul des citations précises de cette « théorie financière dominante » qui démontrerait que les banques commerciales ne créent pas la monnaie.

    Mais rien n’est venu non plus à ce jour : je ne sais toujours pas quelles sont les autorités indiscutables auxquels Paul fait allusion pour prétendre que les banques commerciales ne créent pas la monnaie (ce qui pour moi, sauf à donner un sens fumeux et inutilisable au mot « monnaie », est une extravagance, jusqu’à preuve du contraire).

    Paul, j’imagine que vous êtes débordé (j’ai moi-même beaucoup de mal à trouver le temps qu’il faut pour participer correctement à votre « cerveau collectif » dont je pense, comme vous, que c’est un outil extraordinaire et inédit dans l’histoire des hommes), mais il faudrait nous donner ces références sérieuses, ces auteurs dont c’est le métier mais que vous ne faites qu’évoquer sans jamais les préciser.

    _________________________________

    De mon côté, pour étayer mon propre discours, en plus du rappel de base ci-dessus (rappel à ma manière) sur ce qu’est un bilan et sur l’emplacement précis de la monnaie scripturale dans le bilan des banques, je reproduis ci-dessous un extrait de « La monnaie et ses mécanismes » (un petit livre très bien fait et que je vous recommande, un de plus) de Dominique Plihon, économiste à la Banque de France et au Commissariat général du Plan, professeur d’économie à l’université Paris-Nord :

    « 3. Le processus de création monétaire

    La monnaie contemporaine est principalement scripturale et émise par les banques, comme on vient de le voir. Il est donc important de préciser par quels mécanismes les banques créent de la monnaie et participent à la croissance de la masse monétaire.

    La monnaie scripturale correspond aux dépôts à vue (DAV), inscrits au passif des banques et détenus par les agents non bancaires. La monnaie scripturale circule par l’intermédiaire des différents instruments qui en permettent la circulation (chèques, cartes bancaires). Le dépôt est la provision d’un compte, celui-ci pouvant être alimenté soit par une remise de billets, soit par un virement d’un autre compte, soit grâce à un crédit accordé par la banque. Ce dernier procédé est celui qui provoque l’augmentation de la masse de monnaie en circulation.

    Dans un système de BANQUE UNIQUE

    Supposons, pour simplifier, que le système bancaire soit composé d’une seule banque, et qu’il n’existe donc pas de problèmes de conversion d’une monnaie dans une autre. Cette hypothèse sera levée au paragraphe suivant. Prenons le cas d’une entreprise qui emprunte auprès de sa banque. Le mécanisme de la création monétaire se réalise par un accroissement simultané de l’actif et du passif de l’établissement bancaire concerné, illustré par le schéma ci-après :

    (actif) Banque (passif)
    ———————————————————
    Crédit + 100 | DAV + 100

    (actif) Entreprise (passif)
    ———————————————————
    Avoir à la banque + 100 | Dette + 100

    La monnaie créée se concrétise par une inscription au compte (DAV, pour dépôts à vue) du client emprunteur qui figure au passif du bilan bancaire ; la contrepartie est inscrite à l’actif à un poste créance sur le client. Le remboursement du crédit aboutira, de façon symétrique, à une destruction de monnaie en diminuant à la fois l’actif et le passif du bilan bancaire.

    La masse monétaire — constituée essentiellement par la monnaie scripturale — s’accroît lorsque les flux de remboursements sont inférieurs aux flux des crédits nouveaux, de la même manière que le niveau d’une piscine s’élève lorsque le flux d’écoulement est inférieur au flux de remplissage.

    Tous les crédits ne donnent pas nécessairement lieu à de la création monétaire : c’est le cas d’un crédit « interentreprises », pour lequel le financement s’opère par prélèvement sur ressources existantes. De même en est-il de certains établissements qui ouvrent des comptes à leurs clients — les services financiers de La Poste par exemple — mais ne peuvent financer ceux-ci qu’en drainant une épargne préexistante. Les banques commerciales collectent également de l’épargne ; la part des crédits financés sur épargne ne participe pas, par définition, à la création de monnaie.

    La création monétaire ne résulte pas uniquement des opérations de crédit. Par exemple, lorsqu’un exportateur apporte à sa banque des devises étrangères et demande des euros en échange, le compte du client est crédité, selon les écritures ci-après :

    (actif) Banque (passif)
    ———————————————————
    Devises + 100 | DAV + 100

    (actif) Exportateurs (passif)
    ———————————————————–
    Avoirs en devises – 100 |
    Avoirsen euros +100 |

    La banque a réalisé une opération de création monétaire ; la masse monétaire en euros augmente. Dans ce cas, l’accroissement de la masse monétaire a pour contrepartie une augmentation des créances du système bancaire sur l’extérieur, ce qui sera analysé plus loin au chapitre III (p. 45).

    Dans un SYSTÈME BANCAIRE DIVERSIFIÉ

    Dans la réalité, le système bancaire est composé d’une multiplicité d’établissements et de plusieurs formes de monnaies. Cette diversité tient, en premier lieu, à la coexistence de monnaie scripturale et de monnaie fiduciaire. L’émission de billets est le monopole de la banque centrale, souvent qualifiée pour cette raison d’« institut d’émission ». Les banques, de leur côté, ont le monopole de la création de monnaie scripturale. Ce privilège n’est accordé qu’aux établissements qui ont reçu un « agrément » des autorités monétaires pour la mise à disposition de la clientèle des moyens de paiement.

    Ce pouvoir de création monétaire des banques n’est pas illimité ; il est contraint par les « fuites » de liquidité subies par les banques lorsqu’elles doivent assurer la conversion de leur monnaie dans une autre forme de monnaie. Ainsi, les banques doivent répondre aux demandes de retrait de billets et assurer la conversion de monnaie scripturale en billets.

    Supposons qu’une banque crée de la monnaie scripturale à hauteur de 100 euros à la suite d’un crédit accordé à un particulier (1). Ce dernier décide ensuite (2) de convertir ses avoirs en billets pour un montant de 30 euros. La banque subit une « fuite » de 30 euros correspondant aux billets qu’elle doit se procurer auprès de la banque centrale. Son compte à la banque centrale est débité d’autant, selon les écritures ci-dessous :

    (actif) Banque (passif)
    —————————————————————————
    1. Crédit + 100 | DAV + 100

    2. Compte à la banque centrale -30 | DAV -30

    (actif) Particulier (passif)
    —————————————————————————
    1. Avoir à la banque + 100 | Dette + 100

    2. Avoir à la banque -30 |
    Billets +30 |

    (actif) Banque centrale (passif)
    —————————————————————————
    | 2. Billets +30
    | Compte de la banque -30

    À la suite de ces opérations, la création de monnaie scripturale, inscrite au passif de la banque, est limitée à 70 euros.

    Toutefois, la masse monétaire dans son ensemble (billets et dépôts à vue) a augmenté de 100 euros.

    La diversité des systèmes bancaires modernes provient également de la multiplicité des banques. Chaque banque émet sa propre monnaie (la monnaie « Crédit lyonnais », la monnaie « Crédit agricole »…) et toute banque est tenue d’assurer la conversion de « sa » monnaie dans celle des autres. Cette conversion entre les monnaies émises par les différentes banques constitue une autre forme de « fuite » pour chaque banque qui vient limiter son pouvoir de création monétaire.

    Supposons que le Crédit lyonnais crée 100 euros à la suite d’un crédit accordé à l’entreprise Renault (1) et que cette dernière utilise ce crédit à hauteur de 50 euros pour payer son fournisseur Michelin (2). Michelin est client du Crédit agricole qui reçoit ces 50 euros en dépôt. Le Crédit lyonnais subit une « fuite » de 50 euros qu’il finance par un emprunt « interbancaire » auprès du Crédit agricole selon les écritures suivantes : »

    [Pardon, j’ai la flemme de reconstituer le schéma d’écritures de Dominique Plihon avec des caractères ‘texte’, aux alignements toujours aléatoires, mais vous pouvez consulter le schéma sur les images tif que je donne en lien ci-dessous, voyez la page 21. ÉC]

    « Au total, la création de monnaie « Crédit lyonnais » a été limitée à 50 euros par suite de la conversion de cette monnaie dans celle du Crédit agricole. Mais la création monétaire globale, au niveau de l’ensemble du système bancaire, s’est élevée à 100 euros. Celle-ci est répartie entre les deux réseaux bancaires. »

    « La monnaie et ses mécanismes », Dominique Plihon, La découverte, 2006, page 18, page 19, page 20 et page 21.

    Merci à tous, pour votre pensée chaque jour plus enrichissante.

    Étienne

  31. nadine dit :
    24 décembre 2008 à 19:18 @Etienne
    Merci pour votre texte, je vous réponds plus tard.
    Bonne fête à vous
  32. nadine dit :
    25 décembre 2008 à 02:49 @ Etienne.Souvenez- vous de la question que je vous ai posé:
    «Si les banques font de la création monétaire en faisant du crédit comme vous le pensez, comment se fait il que pour résoudre le problème de la bulle du crédit certaines autorités financieres (americaines) préconisent en dernier recours la monetisation de la dette en faisant tourner “la planche à billet”? C’est donc que les banques ont créé de la dette et non pas de la monnaie sinon pourquoi monétiser ?»

    Vous m’avez répondu sans me répondre:
    “Effectivement, l’expression “monétiser la dette” me paraît étrange (est-ce bien traduit ? Qui parle, en disant cela ?)”

    Une simple remarque, ne pas connaître cette expression et laisser sous entendre que je suis inculte…vous devriez changer vos lectures orientées, car c’est une expression que même les débutants connaissent et qui est très importante dans notre débat.
    Dans cette exemple je pense avoir démontré par les faits et non par le raisonnement, de façon très simple (c’était le but) que toutes vos croyances sur la monnaie sont fausses ou alors démontrez moi par A+B le contraire sans me ressortir sans arrêt des citations de tel ou tel auteur. Ce que je voudrais ce sont des faits ou vos raisonnements personnels, je me fiche de ce que pense tel ou tel auteur, même prix Nobel . Ce n’est pas parce que tout le monde dit la même chose que je dois admettre que ce qui est dit est vrai.

    La difficultée et je le sens bien, c’est que de nombreux “experts” écrivent des livres qui nous expliquent que les banques créent la monnaie. Je reconnais que c’est un fait que je ne m’explique pas car jusqu’à preuve du contraire, pour moi, ils ont tort. Tout les faits de la crise actuelle sont contre eux, d’ailleurs ils ont été incapable de la prévoir.

    Pour finir si vous pensez que le débat régresse parce qu’il ne va pas dans votre sens c’est votre problème, moi au contraire je trouve qu’il avance très vite depuis peu.
    Alors vous me dites:”IL FAUT MIEUX ÉTAYER VOS PROPOS …”

    Commencez à appliquer ce conseil à vous même en m’expliquant sérieusement pourquoi le fait de monétiser la dette n’est pas pour vous la preuve que l’argent ce n’est pas de la dette.
    J’attends avec impatience votre réponse .

    Amicalement

  33. TL dit :
    25 décembre 2008 à 05:23 Paul, je voudrais réagir au début : “je vais faire un pas en arrière pour me retrouver avant même le premier crédit”.D’accord, mais vous supposez qu’il y a déjà de l’argent en circulation. Or aujourd’hui la monnaie est émise à 99% par crédit. D’où vient le reste ? Des dépenses du Roi, aujourd’hui dépenses de la Banque Centrale.
    Par exemple, lorsque la BC paie les salaires de ses employés ou acquiert de nouveaux bâtiments, elle injecte dans l’économie sous forme de dépenses (et non de prêt). De l’argent préalablement créé par elle.

    Donc si vous supposez que le premier crédit n’a pas eu lieu, mais que de l’argent est en circulation, c’est donc que cet argent est arrivé par le canal de la dépense.

  34. Paul Jorion dit :
    25 décembre 2008 à 05:51 @ TLJe pars du fait que j’ai des pièces dans ma poche et des billets dans mon portefeuille.
    Et, comme disent les Anglais : « Un fait est plus fort qu’un Lord-Maire ! »

    Sans doute, le fait que je possède cet argent implique que quelqu’un d’autre l’ai dépensé mais ceci n’invalide pas le bien-fondé de la distinction argent – crédit.

  35. Tigue dit :
    25 décembre 2008 à 07:51 La confrontation entre Etienne et Nadine, est typique des effets toxiques de la logique bivalente appliquée a autre chose que les mathématiques élémentaires.
    Se disputer de cette façon, est commer essayer d’ identifier les details de la corde qui suspend le disque terrestre a l’ époque de Galillee.
    Non, il n’ y a rien de trivial.
    Oui, il faut de l’ imagination pour faire le saut entre les indices perceptibles de l’ objet et l’ objet lui même (ou ce que nous en percevons).
    Si j écris “la Vache” au tableau, je sais que ces lettres associées ne sont qu’ une représentation a laquelle je ne crois pas.
    Je ne vais pas me disputer pour savoir si ces signes associés sont ou ne sont pas “la Vache”. Pourtant, une personne qui n’ aurait jamais vu de Vache, et qui aurait grandit enfermé (cave après séisme ou autre) avec un tel enseignement, penserait que ces lettres associees sont “la Vache”. Il faudrait convenir que dans le point de vue de cet observateur, la vache existe ainsi, mais que dans mon point de vue, elle existe autrement. Cet observateur serait très anxieux si je lui disais que ” la Vache” n’ existe pas.
    Mais y a t il une réalité extérieure indépendante de moi ? Ce qui existe derrière cette représentation, existe t il independament de moi, égal a lui même ?
    La physique quantique nous amene a nous poser la question de l’ influence de l’ observateur sur ce qu’ il observe.Il faut imaginer que les modeles plus ou moins sophistiqués pour décrire l’ objet “monnaie”, sont peut être aussi éloignés de ce qu’est la monnaie, que ces marques écrites sur le tableau pour représenter la vache.
    Il ne faut pas être anxieux, il faut se demander en quoi le modèle que nous préconisons est plus fonctionnel qu’ un autre pour décrire ce que nous observons.
    Enfin, il ne faut jamais “croire” (logique aristotelicienne du tiers exclu), ce modèle, destiné a être retravaillé.

    Pou moi, tout indique que la monnaie est un objet ayant au moins : une fonction de reserve et une fonction d’ echange.
    Des representations de cet objet existent dans l’ espace macrophysique, d’ autres représentations de cet objet existent, au moins sous forme d’ informations, c est a dire d’ états microphysiques dans les mémoires d’ ordinateurs.
    La monnaie se manifeste lors des echanges de biens ou de services, elle disparaît en même temps que l’ arrêt de ces echanges ( déflation).La monnaie peut exister et circuler d’ une réserve bancaire a une autre, sans echange sous jacent.
    Les différentes formes (macro et micro) de la monnaie, possèdent les deux fonctions isolées précédemment : reserve et echange.
    Ces formes (macro ou microphysique) ont des performances différentes pour remplir chaque fonction isolée.
    Dans la forme macro, le sous ensemble : “argent liquide” est le plus performant pour la réalisation immédiate de l’ echange, même si il semble peu performant pour la fonction réserve (d’évaluations, weimar).

    Voilà ce que je croîs savoir de cet objet, et je ne vois pas, au vu de ce que chacun en sait, de raison de s’ exciter.

    Donc, joyeux Noel a tous, avec une pensée amicale et fraternelle pour tous les enfants malheureux dans leurs cavernes.

  36. nadine dit :
    25 décembre 2008 à 11:59 @TigueUne précision, il n’y a aucune dispute avec Etienne et moi, juste un débat un peu passionné, rien de plus. Etienne est quelqu’un que j’apprecie car il a des convictions qu’il essaie de défendre du mieux qu’il peut .

    Pour finir, je ne vois pas ce que vient faire la mécanique quantique la dedans, on est largement au dessus de la constante de Planck !

  37. tigue dit :
    25 décembre 2008 à 12:19 @Nadine,
    Bon , ben tout baigne alors, tout il est bien a sa place et les castors, lapins, coyotes, ou cochons sont bien gardés.
    Je sens qu ‘on va très vite avancer et resoudre tous les mystères de l’ univers, qu ‘on pourra les mettre dans les petites cases toutes pretes, et si elles veulent pas entrer dedans, ben y aura qu’ a insister jusqu’ à ce que ça rentre !Chère Nadine, y a t il quelqu’ un ou quelque chose dans l’ univers qui puisse vous faire douter ?
    Vous avez bien cru au Père Noel j’ espère !
  38. TL dit :
    25 décembre 2008 à 18:18 @ PaulCertes, un fait est plus fort qu’un Lord-Maire, mais comme vous le reconnaissez ce fait a des implications.

    La suite de votre billet, notamment le passage dans le désert, est lumineux, et mérite à mon avis d’être repris à l’avenir dans les manuels d’économie monétaire. Lorsque je ferai le mien, je vous garantis une mention.

    Mais revenons-en au propos initial : si vous avez de l’argent (ce qui est donc un fait) c’est que cet argent a été légalement créé et acheminé jusqu’à vous (et initialement, j’insiste, cela signifie qu’il a été créé par dépense et non prêt de la Banque Centrale, si l’ont tient à se situer avant le premier crédit), soit que cet argent est issu du fait-monnayage (fût-il le vôtre).

    Et je voudrais, un peu abruptement, arriver à ma conclusion qui est finalement un parallèle à l’idée de faux-jumeaux : monnaie secondaire (émise par les banques commerciales) et monnaie centrale (émise par l’institut d’émission officiel) sont parfaitement substituables quand tout va bien, mais leur gémellité cesse en temps de crise, et finalement…

    N’EST MONNAIE QUE CE QUE LA BANQUE CENTRALE ACCEPTE DE REFINANCER, EN PLUS DE CE QU’ELLE A DEJA EMIS.

  39. Étienne Chouard dit :
    25 décembre 2008 à 21:07 Chère Nadine,Je m’en veux toujours après m’être impatienté (ça ne donne jamais de bons résultats), pardonnez-moi si mon ton est parfois indélicat.
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    Mais j’enrage d’être ici bloqué sur un point que je trouve secondaire, alors que nous avons tant à débattre sur un autre point, cardinal lui : quelle est la LÉGITIMITÉ des banques à créer la monnaie— ou appelez ça autrement que « monnaie » si ça vous chante, mais avançons, s’il vous plaît.

    Le fait d’avoir abandonné l’exclusivité de la création de ‘moyens de paiements nouveaux’ (je n’ose plus dire ‘monnaie’ pour éviter les sables mouvants de l’ergotage oiseux) aux banques commerciales, au prix d’un intérêt ruineux pour la collectivité (et au prix d’un manque à gagner considérable pour la puissance publique) est-il légitime ou pas ?

    Légitime POLITIQUEMENT : la création monétaire n’est-elle pas un droit régalien (collectif et sous contrôle public par nécessité) ?

    Et légitime ÉCONOMIQUEMENT : les décisions 1) d’abandonner le revenu public des intérêts sur la création monétaire et 2) d’imposer, en plus, à l’État le paiement d’intérêts non nécessaires, ces décisions prises sans débat public rendent-elles la machine économique collectivement plus efficace (ou arrangent-elles seulement les intérêts de quelques privilégiés) ?

    Voilà les débats que nous n’arrivons pas à aborder ici à cause du faux débat sur le mot ‘monnaie’.

    ‘Faux débat’ car toutes les considérations métaphysiques sur les fondements et implications de l’objet conceptuel ‘monnaie’ ne changent pas grand-chose (il me semble) aux perspectives du débat POLITIQUE sur l’acteur BANQUE qui, lui, me semble être particulièrement nécessaire, décisif et urgent pour fabriquer un monde commun plus juste.

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    Sur les FAITS qui corroborent (spectaculairement) la thèse de LA MONNAIE-CRÉDIT :

    Je vous ai expliqué OÙ se matérialisent les monnaies (toutes les monnaies) : au BILAN DES BANQUES (banque centrale ET banques commerciales), côté PASSIF, avec les DETTES.

    J’ai expliqué comment les TITRES en papier sont devenus des CHIFFRES sur des comptes, invariablement fondés sur la CONFIANCE que leur portent tous les acteurs.

    LA PRÉSENCE DE LA MONNAIE (instrument de paiement pour tous les échanges) AU PASSIF DES BANQUES, CECI EST UN FAIT.

    Sur le terrain des faits, la balle est donc dans votre camp :-)

    On pourrait même dire que la monnaie n’est nulle part ailleurs que dans le bilan des banques : le bout de papier qu’est le billet de banque n’est qu’UNE DES FORMES possibles de la dette transmissible (dont les hommes ont besoin pour échanger facilement) : le billet de banque qui vous inspire tant confiance n’est pourtant NULLEMENT LA SEULE FORME POSSIBLE ; le croire est une illusion d’enfant, il me semble.

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    Sur l’expression « MONÉTISER LA DETTE », j’ai dit poliment : « je trouve ça étrange » pour ne pas dire brutalement : « c’est soit une bêtise soit une escroquerie ».

    Vous prenez cette marque de civilité pour une marque d’ignorance, mais je n’ai pas peur de l’ignorance, pas plus que de l’erreur : j’essaie simplement de les faire reculer en moi, mais je connais ma faiblesse chronique, très humaine. Sans me faire d’illusions, donc : c’est Alphonse Allais qui disait, je crois, en substance : « Inutile de paniquer, personne ne survivra »…

    Et j’ai répondu ensuite (mais vous n’avez peut-être pas lu jusqu’au bout) en suggérant que L’EXPRESSION « MONÉTISER LA DETTE » N’EST COHÉRENTE QU’EN JOUANT SUR LES MOTS (et précisément en jouant sur la croyance que vous partagez) et en faisant COMME SI la monnaie de la Banque centrale était la seule ‘monnaie’ qui vaille.

    Sinon, à mon sens, cette expression est incohérente.

    Donc, si l’expression « monétiser la dette » est bien un jeu de mots utile (une escroquerie, donc) pour masquer la responsabilité écrasante des faux-monnayeurs qui financent depuis des décennies la spéculation effrénée qui nous a évidemment menés à l’actuelle catastrophe (en faisant comme si la ‘monnaie-dette-privée’ n’était pas aussi utile et dangereuse que la ‘monnaie-dette-publique’), alors oui, cette expression n’apporte nullement la preuve que les banques commerciales ne créent pas de monnaie.

    Nullement.

    Et il me semble que ce n’est pas une fausse réponse.
    C’est une vraie réponse et là aussi, c’est à vous de jouer :-)

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    Sur votre liberté de penser librement :

    Je suis le premier à m’insurger contre l’obligation de penser comme tout le monde (je m’assume comme iconoclaste si besoin est) et je revendique comme vous le droit individuel inaliénable de résister à la pensée dominante, sur le seul fondement de ma raison : c’est ce concept essentiel d’ISEGORIA que j’ai repéré comme fondamental, auquel les Athéniens tenaient plus que tout il y a déjà 2 500 ans, considérant le droit de parole égal pour tous — la vie sauve à TOUTES les pensées dissidentes — comme la meilleure protection de la démocratie (la vraie, pas le triste simulacre contemporain).

    Comme je vous comprends, donc, et comme je me sens proche de vous de ce point de vue !

    Pourtant, il n’est pas inutile de lire et faire connaître les meilleures pensées passées : elles nous font souvent gagner un temps précieux et distinguant les vrais problèmes des faux, et souvent de belle manière car nos aïeux écrivaient souvent fort bien.

    Et si je prends la peine de reproduire (ici et chez moi) de grandes pensées, ce n’est donc pas pour user d’un quelconque argument d’autorité (je déteste ces arguments-là), mais pour apporter au débat une argumentation complète, cohérente, démonstrative en soi, avec des faits intéressants, des chiffres utiles ou des idées bien articulées.

    Et le fait que certains hommes aient passé LEUR VIE SUR UN SUJET me pousse à lire leur synthèse avec la plus grande attention (je me garderais bien de rejeter leurs conclusions du revers de la main). Ainsi cet Helmut Creutz qui se creuse la tête, comme nous mais DEPUIS VINGT ANS, sur la monnaie : je prends son argument très au sérieux et je le lis avec plaisir, même si je trouve quelques belles erreurs (à mon avis) par-ci par-là.

    Ainsi Keynes, qu’il est important (et agréable) de lire parce que cet homme, dont la culture était immense, et pas seulement en économie, ne perdait pas la boussole et gardait en tête le cap essentiel, celui du bonheur à assurer au plus grand nombre : je vous conseille la lecture de la « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie », souvent beaucoup plus accessible qu’on ne le dit, et dont l’intérêt pour notre débat sur la monnaie est immense.

    Il y est question, justement, de la monnaie-crédit, celle dont vous contestez l’existence même.

    Voyez l’introduction passionnante du traducteur, Jean de Largentaye, en 1968.

    Vous lirez à la fin de cette note que le traducteur de la Théorie générale souligne que, pour Keynes lui-même (ça vaut le coup de s’y pencher un peu, non ?), « la clef du plein emploi se trouve dans l’abandon de cette institution empirique, injuste et inefficace qu’est la monnaie de crédit ».

    Malgré le fait que cette information soit à la fin de la note, j’en reproduis l’intégralité car toute les considérations sur l’importance D’UNE DEMANDE SOUTENUE — donc des salaires réels, donc de la masse monétaire effectivement ‘dépensable’ — dans la prospérité générale me paraissent d’une actualité brulante et d’une importance décisive. Je pense qu’il est plus urgent de relire Keynes que de croire sur parole la kyrielle ses commentateurs. La conclusion de la Théorie générale est d’ailleurs une perle dont je vous reparlerai sans doute.

    Je vous prépare aussi, chère Nadine — en réponse à votre remarque sur l’hyper inflation absolument certaine, d’après vous, à la moindre utilisation de la ‘planche à billets’ par la puissance publique —, un autre document tout à fait passionnant, de Jean-Marcel Jeanneney cette fois, dont les arguments se conjuguent parfaitement avec ceux de Keynes pour une monnaie libérée de la contrainte de la dette (au moins de temps en temps).

    (Je tarde parce que la préparation de tous ces textes prend un temps fou, pardon.)

    Théorie générale de Keynes, Payot 1988,
    Deuxième note du traducteur (1968) :
    [C’est moi qui souligne. ÉC.]

    « Le 21 avril 1946, John Maynard Keynes succombait à une défaillance de son cœur depuis longtemps affaibli. Une grande lumière s’éteignait, qui n’est pas encore remplacée. La Théorie Générale, son dernier ouvrage de doctrine et en quelque sorte son testament économique, est avant tout une théorie de l’emploi. C’est ce qui lui confère son importance. Le plein emploi en effet, c’est-à-dire l’absence de tout loisir forcé, n’est pas seulement le critère de la bonne marche d’une économie. Il est encore et surtout la base d’un statut satisfaisant de la main-d’œuvre, et par suite la condition, dans une société libre, de l’équilibre politique et social.

    Le chômage effectif et même la simple menace de chômage sont pour les travailleurs une cause d’aliénation et de démoralisation. Lorsque la main-d’œuvre risque de manquer d’emploi, elle ne peut être pleinement indépendante de ses employeurs. Elle se trouve handicapée dans les négociations de salaires et de ce fait il est rare que le travail soit rétribué aux taux qui correspondent à sa productivité. Les secours pécuniaires peuvent aider matériellement le chômeur, mais ils ne sauraient apaiser le sentiment qu’il éprouve de son inutilité sociale.

    C’est parce qu’elle offrait une solution plausible à l’angoissant problème du chômage que la Théorie Générale fut accueillie avec tant d’intérêt en 1936. La solution paraissait même si simple et le plein emploi si accessible que plusieurs gouvernements n’ont pas craint de l’inscrire parmi les droits constitutionnels de leurs ressortissants. De nos jours l’influence heureuse de la Théorie Générale sur les niveaux d’emploi n’est guère contestée, encore qu’à partir de 1938 elle ait été masquée par l’effet des dépenses militaires et des guerres. Si les pays industriels n’ont pas connu de chômage comparable à celui qui a sévi pendant les années 1930, c’est à la Théorie Générale qu’on le doit. Il s’en faut pourtant que le mal soit conjuré. Le chômage chronique a réapparu dans ces pays. L’éventualité qu’il s’aggrave n’est pas exclue. Elle est fréquemment évoquée, en particulier, par les autorités monétaires, ce qui indique qu’à leurs yeux les niveaux actuels de l’emploi sont eux-mêmes précaires. Ces niveaux, au demeurant, ne sont maintenus qu’au prix d’interventions de la Puissance Publique plus extensives que Keynes ne le laissait prévoir. La Théorie Générale n’a donc réalisé qu’en partie les espoirs qu’elle avait suscités. Ses succès et ses échecs s’expliquent par certains de ses aspects généraux ou particuliers, sur lesquels il paraît nécessaire d’appeler l’attention du lecteur.

    L’innovation majeure de la Théorie Générale est d’avoir mis en lumière l’égalité des montants globaux de l’investissement d’une part et de l’épargne d’autre part. Cette égalité existe quelle que soit la période considérée et quel que soit le système monétaire employé. Dans une économie fermée elle résulte de l’identité de ces deux grandeurs globales. Dans une économie ouverte elle existe aussi, à condition de considérer comme un investissement l’accroissement net des créances sur l’extérieur. Du point de vue de l’individu, certes, l’investissement et l’épargne sont des faits indépendants et leurs montants n’ont pas de raison de coïncider. Mais dans l’ensemble d’une communauté ces montants ne peuvent pas différer. Par son importance théorique et pratique, l’égalité des montants globaux de l’épargne et de l’investissement mériterait, semble-t-il, d’être appelée la loi de Keynes. Il en résulte par exemple que le freinage de la consommation ne peut de lui-même accroître le montant global de l’épargne.

    En ce qui concerne le comportement du salaire réel, la Théorie Générale a été moins novatrice. Trompé par les statistiques, Keynes a jugé nécessaire d’emprunter à la doctrine orthodoxe la thèse que ledit salaire réel varie en sens inverse de l’emploi ; qu’il diminue, par exemple, quand l’emploi augmente. Cette thèse orthodoxe du salaire réel est subordonnée à deux conditions, qui dans la réalité sont loin d’être satisfaites. L’une est le premier postulat orthodoxe, qui veut que le salaire réel soit égal, en valeur, à la production marginale de l’unité de travail. L’autre est la loi des rendements décroissants, aux termes de laquelle ladite production marginale diminue, en volume, quand l’emploi augmente.

    Les entreprises ne peuvent pas payer aux travailleurs des salaires supérieurs au prix(1) de leur production marginale, car l’emploi des moins productifs serait alors pour elles une cause de pertes. Il importe, certes, de ne jamais l’oublier. Mais il n’est pas moins vrai que, en sens inverse, elles peuvent leur payer des salaires inférieurs, et même largement inférieurs, au prix de ladite production marginale quand la concurrence ne les oblige pas à abaisser celui-ci jusqu’au niveau du coût. Elles cherchent alors à fixer ce prix au niveau qui rend le profit maximum, niveau supérieur au coût et séparé de lui par une marge appréciable ; La marge entre le prix de la production marginale de la main-d’œuvre d’une part et le salaire d’autre part est l’essence de la plus-value de Marx. Elle est la source principale de l’autofinancement, qui suffit aujourd’hui aux États-Unis à alimenter les dépenses d’investissement des entreprises. Rien n’autorise à penser qu’elle soit négligeable. Le premier postulat orthodoxe suppose un degré de” “concurrence entre les entreprises qui n’existe qu’exceptionnellement dans le monde réel. Et l’on peut s’étonner, en vérité que la Théorie générale ayant pour prémisse que la concurrence est imparfaite entre les salariés, ait ignoré qu’elle l’est aussi entre les entreprises.

    Le salaire réel n’est donc pas déterminé, comme le voudrait le premier postulat, par le rendement marginal de la main-d’œuvre, c’est-à-dire par un facteur objectif échappant au contrôle direct tant des entreprises que des salariés. Il est principalement déterminé par l’action globale des entreprises. Seuls, en effet, les salaires nominaux sont fixés par voie de négociation entre celles-ci et les salariés. Et s’il est vrai que dans lesdites négociations les salariés, grâce au droit de coalition, sont plus forts qu’autrefois, leurs pouvoirs n’en restent pas moins limités et partiellement illusoires, puisque en l’absence d’indexation des salaires, ils ne s’étendent pas au coût de la vie, c’est-à-dire au second élément du salaire réel. Ce sont les entreprises seules qui, conjointement, déterminent le coût de la vie en fixant le prix des produits, quand elles peuvent le faire librement. Pour combattre l’érosion du salaire réel les salariés n’ont pas d’autre moyen que d’abréger la durée des accords de salaires, de manière qu’ils soient fréquemment remis en discussion. Il se produit alors une interaction des prix et des salaires, à laquelle on donne parfois le nom de course ou spirale. Ces observations, précisons-le, ne visent que le salaire réel moyen ; chaque groupe de salariés peut en effet améliorer son salaire réel aux dépens des autres groupes s’il obtient une hausse de son salaire nominal qui est répercutée sur les prix.

    Quant à la loi des rendements décroissants, elle paraît souvent en défaut. De nombreuses entreprises estiment en effet que, si leur échelle de production était accrue, le rendement marginal des travailleurs y serait plus grand. Une telle situation, qui s’explique par la complexité croissante des techniques, incite les producteurs à se grouper pour réduire les coûts. En affaiblissant ainsi la concurrence entre les entreprises, elle tend à renforcer leur contrôle sur le salaire réel. Cette situation indique d’autre part qu’on se trouve plus loin du plein emploi de l’équipement que ne le prévoyait Keynes. Lorsque en effet l’équipement existant est complètement utilisé le rendement des travailleurs ne peut être que décroissant. Aussi longtemps qu’il continue de croître quand leur emploi progresse, on peut être sûr que l’utilisation de l’équipement n’est pas tout près de sa limite supérieure.

    La thèse orthodoxe du salaire réel n’est pas un élément essentiel ni même nécessaire de la Théorie. Générale. Elle peut en être distraite sans aucun inconvénient. Son élimination renforce même les conclusions pratiques de la Théorie Générale, comme le faisait observer Keynes trois ans après la publication de celle-ci (cf. Economic Journal, mars 1939). En fait cependant l’inclusion de ladite thèse orthodoxe dans la Théorie Générale a permis d’invoquer l’autorité de cette dernière en faveur d’opinions directement contraires à son enseignement essentiel. C’est ainsi qu’en 1963 Per Jacobsson, Directeur du Fonds Monétaire International, s’est appuyé sur un passage de la Théorie Générale pour soutenir qu’un progrès sensible de l’emploi exigeait que les salaires nominaux restent stables ou tout au moins ne montent pas aussi vite que les prix. Puisque tout progrès dans l’emploi de la main-d’œuvre est lié à un déclin du volume de sa production marginale et puisque ledit volume ne peut baisser au-dessous du coût en valeur réelle, il fallait, pensait-il, pour que l’emploi pût progresser, que ce coût fût réduit, c’est-à-dire que le salaire réel diminuât (cf. Walter Lippmann — Washington Post, 14 mars 1963). Ceci, simple expression de la thèse orthodoxe, suppose d’abord qu’il n’y a pas d’écart entre le prix et le coût marginal, c’est-à-dire pas de profit sur la tranche marginale de la production, et ensuite que les rendements décroissent quand l’emploi progresse, double hypothèse qui, nous l’avons dit, est rarement vérifiée.

    En vérité, le niveau de l’emploi est moins gouverné par le coût que par la demande. Telle est la leçon qui se dégage de la Théorie Générale et aussi, croyons-nous, des faits. Si le salaire réel baisse, il faut s’attendre que dans l’ensemble de la communauté la propension à consommer fléchisse, entraînant dans son déclin la demande globale mesurée en unités de salaire et par conséquent l’emploi. La propension globale à consommer s’affaiblit en effet quand la part relative des travailleurs dans le revenu global diminue, si l’on peut admettre que leur propension à épargner est moindre que celle du reste de la communauté.

    Suivant une autre opinion communément professée, quand les techniques progressent, le salaire réel ne saurait augmenter plus vite que la productivité sans qu’il en résulte un déclin de l’emploi. Cette opinion repose sur la même base théorique que la précédente. Si le salaire réel augmente plus que la productivité, dit-on, le coût réel de la production marginale croît et il faut que l’emploi décline pour que ce coût accru n’excède pas en valeur réelle le volume de la production marginale ; ce qui suppose de nouveau qu’il n’y a pas de profit marginal ni de rendement croissant. En réalité, à seule fin d’empêcher que l’emploi fléchisse quand les techniques progressent, il faut que les salaires réels augmentent plus vite que la productivité, et d’autant plus vite que les progrès de celle-ci sont plus rapides. Sinon, en effet la propension globale à consommer faiblit du fait que le revenu réel global croît (en unités de production) sous l’action des progrès techniques. Par suite la demande globale exprimée en unités de salaire fléchit elle aussi, de même que l’emploi qui en est solidaire ; sauf dans la mesure où certains progrès techniques stimulent l’investissement, mesure qui devrait être faible, on va le voir, en l’absence d’une consommation adéquate. Pour que, dans une ère de progrès technique, l’emploi non seulement ne décline pas mais augmente, un double renforcement de la propension à consommer est donc nécessaire, l’un pour l’empêcher de baisser et l’autre pour le faire monter. Ces renforcements peuvent être attendus, nous l’avons dit, d’une péréquation des revenus, pour autant qu’il existe des inégalités marquées entre les degrés respectifs de propension à l’épargne dans les différents secteurs de la communauté.

    Une autre particularité de la Théorie Générale, l’importance du rôle qu’y joue l’investissement, a pu inciter à croire que celui-ci constitue le remède spécifique au chômage involontaire. Dans une étude consacrée aux variations de l’emploi, et surtout aux variations qu’il subit dans la courte période où l’équipement change peu, il était normal d’insister sur le plus capricieux des deux facteurs qui le gouvernent. Mais l’analyse de courte période ne doit pas être confondue avec la thérapeutique de longue période. Le remède spécifique au chômage, c’est, à n’en pas douter, l’accroissement de la consommation, laquelle est la fin de l’activité économique, et non l’augmentation de l’investissement, qui n’en est que le moyen. La Théorie Générale le dit sans équivoque, notamment dans le chapitre 22 — section IV. N’est-ce pas d’ailleurs en temps de guerre qu’il est le moins question de sous-emploi, aux époques précisément où la consommation est accrue par les besoins militaires jusqu’aux limites physiques des ressources disponibles ? La Théorie Générale indique aussi que le moyen le plus naturel d’accroître la consommation est de laisser progresser les revenus les plus faibles.

    Dans certaines circonstances, il est vrai, si la propension à consommer s’avère inélastique et le désir d’épargne irréductible, on peut juger opportun de stimuler l’investissement pour satisfaire ce désir, de manière qu’il ne bloque pas le progrès de l’emploi. Mais ce n’est là qu’un expédient dispendieux ; l’investissement ne peut connaître un essor naturel et fructueux qu’en réponse aux besoins d’une consommation adéquate. Le gaspillage des ressources productives est manifeste quand on produit de nouveaux investissements identiques à ceux dont on dispose alors que ceux-ci sont en partie inemployés. Ce genre de gaspillage n’est pas rare dans les secteurs oligopolistiques, où la concurrence ne s’oppose pas à la rémunération des investissements nouveaux aussi longtemps qu’il existe un excès d’investissements anciens. Une forme moins apparente de gaspillage tend à se produire aux époques de rapides progrès techniques, parce que les entreprises sont particulièrement tentées de remplacer leurs outillages existants par d’autres plus modernes et qu’elles risquent alors, plus qu’en d’autres temps, de le faire prématurément.

    Que les entreprises et les autorités se montrent peu empressées d’accéder au plein emploi par le relèvement de la consommation, il n’y a pas lieu de s’en étonner, étant donné leur souci de préserver les ressources productives pour d’éventuels besoins des investissements ou des services publics. Il est surprenant en revanche que les travailleurs ne s’opposent pas davantage au freinage de la consommation quand celui-ci contribue à perpétuer le sous-emploi. Leur résignation au chômage chronique signifie sans doute qu’ils ne sont pas convaincus de la possibilité pratique d’y mettre fin. Comment expliquer ce scepticisme ? Faut-il incriminer les hypothèses de base de la Théorie Générale ? Assurément non, elles sont strictement conformes à la réalité présente. Serait-ce alors qu’il existe dans cette Théorie une contradiction interne qui l’empêche de conduire au but du plein emploi ? On aimerait pouvoir aussi répondre à cette question par la négative. C’est ce que nous n’hésitions pas à faire en 1939. Aujourd’hui l’expérience et l’analyse commandent, on va le voir, d’y donner une réponse affirmative.

    La Théorie Générale est accessoirement la théorie de la monnaie ; non pas d’une monnaie quelconque, mais bien de LA MONNAIE DE CRÉDIT, qui est en usage dans presque tous les pays. La théorie de l’emploi et celle de la monnaie ne sont que deux faces d’une même analyse, laquelle explique en particulier comment en augmentant la quantité de monnaie on peut faire baisser l’intérêt, et comment, par ce moyen, on peut accroître d’abord l’investissement, en second lieu la demande globale, et en définitive l’emploi. Dans cette analyse, la quantité de monnaie est une des variables indépendantes, et du point de vue pratique la plus importante de toutes puisqu’elle est commandée directement par les autorités. Il est clair que la Théorie Générale n’est applicable qu’à la monnaie de crédit. Elle n’aurait guère de sens si la monnaie était entièrement gagée par de l’or ou par des marchandises autres que précieuses ; le plein emploi étant irréalisable dans le premier cas et obligatoire dans le second (2).

    En réalité la monnaie de crédit ne se gouverne pas aussi simplement qu’il est dit ci-dessus. Pour que l’intérêt baisse et qu’il en résulte un progrès de l’emploi, il faut que la LIQUIDITÉ s’accroisse en valeur réelle, c’est-à-dire QUE LA QUANTITÉ DE MONNAIE AUGMENTE EN UNITÉS DE SALAIRE. Et il faut d’autre part qu’elle croisse plus vite que le désir de liquidité.

    Or l’unité de salaire devient instable quand l’emploi s’élève et elle monte d’autant plus vite que l’emploi est plus haut. La Théorie Générale insiste sur ce fait notamment dans son chapitre 21 ; nous y reviendrons. Il n’est donc pas toujours possible d’accroître le montant en unités de salaire de la quantité de monnaie, et il peut en conséquence exister une limite à l’efficacité de l’expansion monétaire en tant que levier de l’emploi, dès lors que l’unité de salaire est susceptible d’augmenter autant ou même plus que la quantité de monnaie. Lorsqu’il en est ainsi, la hausse des salaires et des prix dégradant le pouvoir d’achat de la monnaie, celle-ci n’inspire pas confiance et sa rareté effective freine l’investissement. L’expansion monétaire est alors incapable de faire baisser l’intérêt réel et progresser l’emploi. Dans ce cas le rôle du désir de liquidité peut être négligé ; la thésaurisation étant inexistante, ce désir ne répond qu’à la nécessité de régler les transactions et il se stabilise à un minimum.

    Si la confiance dans le monnaie doit être préservée, il faut donc que l’expansion monétaire reste modérée, car au-delà d’un certain rythme elle cause une hausse rapide de l’unité de salaire et des prix, appelée fuite devant la monnaie, qui fait monter l’intérêt réel et décliner l’emploi comme nous venons de le dire. Mais en sens inverse, si l’expansion monétaire est insuffisante et si, de ce fait, l’unité de salaire croît trop lentement ou surtout décroît, le désir de liquidité se renforce d’une façon cumulative et sa croissance empêche ladite expansion monétaire de faire baisser l’intérêt. Quand l’épargne se détourne des obligations, comme de tout autre placement non liquide, il est clair que l’intérêt monte en valeur nominale, et plus encore en valeur réelle si les prix baissent, de sorte que l’emploi ne peut que décliner.

    Entre ces deux extrêmes, dans la zone médiane où le désir de liquidité n’est ni trop faible ni trop fort, il existe un certain rythme de hausse de l’unité de salaire qui rend l’intérêt réel minimum et auquel par conséquent l’emploi culmine. Les monnaies de crédit peuvent être gouvernées de manière que la hausse effective de l’unité de salaire ne s’écarte pas beaucoup de ce rythme optimum, et de nos jours les autorités paraissent en fait se conformer bon gré mal gré à une règle de ce genre. Cependant les niveaux auxquels l’emploi culmine restent au-dessous des maximas désirés par les travailleurs. C’est donc que les limites à l’efficacité de l’expansion monétaire sont effectives dans la voie du plein emploi et que la Théorie Générale ne fournit aucun moyen de les franchir. [Là, j’ai envie de discuter ;-) ÉC]

    Pourquoi l’unité de salaire devient-elle instable aux hauts niveaux de l’emploi ? C’est avant tout parce qu’elle est arbitraire, en ce sens qu’elle peut varier d’une façon quelconque quand elle est exprimée en une monnaie de crédit, dont la valeur est elle-même arbitraire. Un étalon marchandises a un coût physique en unités de travail et l’inverse de ce coût détermine l’unité de salaire en cet étalon. Il a aussi une valeur d’usage, fondée sur l’utilité des biens physiques qui le composent. La monnaie de crédit échappe à ces contraintes objectives. Elle n’a pas de coût appréciable, ni de valeur d’usage, mais seulement une valeur d’échange et de spéculation, qu’il est permis de qualifier arbitraire.

    Dès lors que l’unité de salaire varie d’une façon quelconque, aux hauts niveaux de l’emploi ladite unité ne peut que monter, en raison des fluctuations inéluctables de la demande globale. Ceci résulte du simple fait qu’il existe une limite au progrès de l’emploi, que celle-ci soit imposée par la fatigue, la loi ou les syndicats, ou par les options individuelles, tandis que dans nos régimes monétaires il n’existe pas de limite à la hausse de l’unité de salaire.

    La Théorie Générale montre que les fluctuations de la demande globale agissent à la fois sur l’emploi d’une part et de l’autre sur les salaires et les prix. Aux bas niveaux de l’emploi, leur action s’exerce fortement sur l’emploi et faiblement sur les salaires et les prix. Aux hauts niveaux de l’emploi il en va de même dans le sens de la baisse de la demande globale. Mais non dans le sens de la hausse. Quand l’emploi devient inélastique au voisinage de son maximum, la hausse de la demande globale ne saurait l’accroître, et son action ne peut dès lors s’exercer que sur les salaires et les prix. Du fait des réactions asymétriques de l’unité de salaire aux va-et-vient de la demande globale il est inévitable que les mouvements de cette unité soient tous ascendants, comme il est nécessaire qu’une roue à cliquets tourne toujours dans le même sens.

    Pourquoi, demandera-t-on, les prix ne sont-ils pas stabilisés même aux hauts niveaux de l’emploi par DES RÉSERVES DE BIENS RÉELS ? La réponse est fournie par Keynes dans le Treatise on Money. DU FAIT DE LEUR STRUCTURE MONÉTAIRE, NOS ÉCONOMIES ONT HORREUR DES STOCKS. En l’absence d’un volant régulateur de marchandises, les prix ne peuvent donc y être stabilisés que par un volant de travailleurs et d’équipement inemployés, c’est-à-dire parles fluctuations d’un niveau insuffisant de l’emploi.

    Dans les dernières années de sa vie Keynes pressentait qu’il ne serait pas possible de concilier le plein emploi avec la stabilité des prix. Vingt ans plus tard les dirigeants politiques semblent le découvrira leur tour. M. Callaghan, Chancelier de l’Échiquier, et M. Pompidou ont fait des déclarations en ce sens, respectivement en novembre 1967 et en janvier 1968. Dès l’année 1951, un des disciples les plus illustres de Keynes, Abba Lerner, estimait dans son livre Economics of Employment que la moyenne des salaires devrait être stabilisée par une action syndicale bu gouvernementale pour que le plein emploi pût être atteint. C’est de la même idée que s’inspire la Politique dite des Revenus, qui tend à soumettre les salaires au contrôle des autorités, ainsi que les profits, les rentes et les autres revenus. Cette Politique, en paralysant le mécanisme des prix, nous paraît propre à causer plus de pertes du côté du rendement que de gains du côté de l’emploi. C’est un paradoxe, à nos yeux révélateur, que la Théorie Générale, dont tant de pages attestent le profond attachement de Keynes à l’individualisme et aux libertés, ait conduit à des méthodes aussi attentatoires à ces principes. Ladite Théorie, il est vrai, contient également des anathèmes répétés contre le « laissez faire ». En bonne logique ces anathèmes auraient dû être dirigés contre la monnaie de crédit ; mais ils ne pouvaient l’être, de toute évidence, dans une théorie fondée sur l’usage d’une telle monnaie.

    L’on trouve pourtant dans la Théorie Générale une vérité qui nous paraît être le principe de toute science monétaire. Elle n’y figure pas sous la plume de Keynes, mais sous celle d’un historien orthodoxe, Heckscher, qui est cité dans ces termes : « La fuite devant les biens réels est, dans une économie monétaire, l’attitude la plus normale de l’homme naturel » (p. 346). L’évasion hors des biens réels (il vaudrait mieux dire hors des biens déterminés), puisqu’elle est impossible en régime de troc, est en effet spécifique des économies monétaires. Mais elle n’est dangereuse pour l’emploi que si elle mène à l’impasse d’un métal précieux ou aux abstractions de la monnaie de crédit. Elle aurait peu de conséquence si elle conduisait à une monnaie elle-même constituée de biens réels, susceptibles d’être produits et consommés. Dans ce cas, la monnaie serait un investissement en stocks liquides en même temps qu’un moyen d’épargne.

    L’égalité de l’épargne et de l’investissement serait maintenue dans l’ensemble de la communauté sans requérir les fluctuations du revenu global et de l’emploi, qui en sont le facteur nécessaire quand la monnaie est fiduciaire. En d’autres termes, la fuite devant les biens réels n’est génératrice de chômage que lorsque l’expansion monétaire est impropre à fournir assez d’emploi, soit parce qu’elle est limitée par des causes physiques, comme dans le cas de la monnaie or, soit parce qu’elle risque de faire monter excessivement les salaires et les prix comme c’est le cas, nous l’avons vu, de la monnaie de crédit.

    La clef du plein emploi ne doit donc pas être cherchée dans l’expansion monétaire, ni dans la Politique des Revenus, ni dans les autres expédients déduits de la Théorie Générale. Elle se trouve, à notre avis, dans l’abandon de cette institution empirique, injuste et inefficace qu’est la monnaie de crédit et son remplacement par une monnaie rationnelle, adaptée à ses fonctions économiques et sociales. Puisse l’ouvrage de Keynes aider à le comprendre. »

    Avril 1968.
    Jean de Largentaye.

    ___________
    Notes :

    (1) Le mot prix signifie bien entendu prix de vente. Nous n’employons jamais l’expression prix de revient, mais seulement celle de coût.

    (2) Cf. Économie appliquée, tome XX, juillet-septembre 1967, pp. 265-318.

    Source : John Maynard Keynes, “Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie”, Payot, 1988, pages 20 à 29 : deuxième note du traducteur (1968), Jean de Largentaye.

    Bien amicalement.

    Étienne.

  40. Rumbo dit :
    26 décembre 2008 à 01:02 J’avais fait cette réponse juste après avoir lu le message de:
    TL dit :
    25 décembre 2008 à 18:18et avant la connaissance de la réponse intervenue après de:
    Étienne Chouard dit :
    25 décembre 2008 à 21:07 dont le remarque centrale est:
    “”Voilà les débats que nous n’arrivons pas à aborder ici à cause du faux débat sur le mot ‘monnaie’.” »

    Voici:

    Paul Jorion dit:
    25 décembre 2008 à 05:51

    @ TL
    “”Je pars du fait que j’ai des pièces dans ma poche et des billets dans mon portefeuille.
    Et, comme disent les Anglais : « Un fait est plus fort qu’un Lord-Maire ! »
    Sans doute, le fait que je possède cet argent implique que quelqu’un d’autre l’ai dépensé mais ceci n’invalide pas le bien-fondé de la distinction argent – crédit.” »

    Nous ne partons jamais de 0. Je crois qu’il faut se rentrer ça dans la tête et se le rappeler sans cesse. Ensuite, bien comprendre que l’argent fiduciaire est le dépositaire historique et continuateur du fait que, justement, nous ne partons de 0.

    C’est l’argent fiduciaire qui est le point de repère central et visible dans le traitement de l’argent. Donc, toutes les “excroissances” justifiées ou non qui s’en suivent avec les crédits et les dettes (et tutti quanti) ont quelque part un référence – obligatoire – dans l’argent fiduciaire effectif, qui, lui, quelque soit sa “genèse”, le mode de la “légalité” qui l’a fait naître: – est- le point de repère visible indiscutable. À partir de l’argent fiduciaire: “on est sensé pouvoir discuter”.

    Mais:

    nadine dit :
    25 décembre 2008 à 02:49
    @ Etienne.
    Souvenez- vous de la question que je vous ai posé:
    «Si les banques font de la création monétaire en faisant du crédit comme vous le pensez, comment se fait il que pour résoudre le problème de la bulle du crédit certaines autorités financieres (americaines) préconisent en dernier recours la monetisation de la dette en faisant tourner “la planche à billet”? C’est donc que les banques ont créé de la dette et non pas de la monnaie sinon pourquoi monétiser ?»

    Nadine, vous nous entraînez en plein dans le – marigot – sans que nous ayons, que je sache, des indications ou des références à peu près claires sur les sources et les origines de ce “”marigot, ce qu’Étienne ne cesse de faire en ce qui le concerne. Vous répondez ceci et rétorquez cela, mais de références, point. Étienne demande ces références, pourquoi ne pas les fournir? Ou alors dites sans bavures, ni gêne, ce que vous cherchez à démontrer au lieu de jouer au chat et à la souris au risque de vous retrouver souris.

    Nadine, vous feriez en sorte d’apparaître “enfermée” dans une “bulle” dont vous sembleriez entretenir le “mythe”, et que vous seule (?) vous en détiendriez les “clés”, façon de passer au crible les “connaissances” non “fondées”(?!) d’autrui, ici d’Étienne, ça pourrait être de moi, ou d’autres. Je ne sais pas si je suis bien (du verbe suivre), à la trace, ce que vous cherchez à débusquer devant des faits bancaires répétés et surdocumentés en particulier par Étienne sur cette question centrale et capitale de la monnaie.

    Car enfin, il est possible, par exemple, que certains aient eu connaissance de ce préalable judiciaire qui confirme que l’argent prêté n’a pas d’existence légale à la base.

    Ce qui suit est la transcription du sous-titrage, apparemment un peu rudimentaire, en fançais d’un commentaire parlé en anglais. Tout angophone peut vérifier à la source en anglais, et je peux, bien sûr, donner la source.

    Début du commentaire:
    En 1969, aux États-Unis, à la Cour du Minesota, Jérôme Daly récusait la saisie de sa maison par la banque qu’il lui avait fait le prêt pour l’acheter. Son argument était que le contrat d’hypothèque exigeait que les deux parties, lui
    et la banque, aient chacun établi une forme légitime de propriété pour l’échange. Dans le jargon légal cela s’appelle: contrepartie (base d’un contrat: un contrat est fondé sur l’échange d’une forme de contrapartie pour une autre). Jérôme Daly explique que cet argent n’était pas en réalité la propriété de la banque. Car il était créé à partir de rien au moment de la signature d’accord du prêt. Et vous vous rappelez ce que déclare Modern Money Mecanic? (c’est
    le livret d’explications fondamentales de la FED sur les mécanismes bancaires de création de l’argent à propos des prêts). Ce qu’ils font (les banquiers) lorsqu’ils accordent un prêt, c’est accepter des obligations en échange de fonds. Les réserves sont inchangées par la transaction d’un prêt. Mais déposer des fonds constitue un ajout au total des dépôts du système bancaire. En d’autres termes, l’argent ne vient pas de leurs actifs éxistants, la banque ne met rien du tout en jeu, elle l’invente simplement, hormis ses obligations théoriques sur le papier. Alors que le jugement du litige progressait, M. Morgan, le président de la banque, admit qu’avec la participation de la FED il a créé de l’argent et des avoirs sur ses livres comptables. L’argent et les avoirs ont vu le jour lorsqu’ils ont été créés (par la banque). M. Morgan admit qu’il n’éxistait aucune loi aux États-Unis lui permettant de réaliser ceci. Une contrepartie légitime doit exister et être remise pour entretenir l’obligation. Le jury ne trouva pas de contrepartie légitime et approuva. Il ajouta aussi, poétiquement, que “seul Dieu peut créer quelque chose de valeur à partir de rien”. Et, sur cette révélation, la Cour rejetta la demande de saisie de la part de la banque et Daly garda sa maison.
    Fin du commentaire.

    Les implications de cette Cour sont immenses. Car à chaque fois que vous empruntez de l’argent à une banque, que ce soit pour une hypothèque ou une facture par carte de crédit, l’argent que l’on vous donne n’est pas seulement contrefait, il est illégitime comme forme de contrepartie. Et par conséquent, annule le contrat de remboursement car la banque n’a jamais été en posession de cet argent. Malheureusement, de telle jurisprudence sont supprimées et ignorées. Et le jeu perpétuel du transfert de biens et de la dette continue donc perpétuellement.

    L’histoire documentée du dollar mène à la compréhension de l’arnaque la plus ingénieuse jamais réalisée pour garder les populations en esclavage par le contrôle monétaire, sans jamais employer ce mot: esclavage.

  41. fab dit :
    26 décembre 2008 à 01:25 @ Etienne Chouard,WOUAHH ! Je démêle encore un ou deux neurones et je suis à vous…
    Ca y est ! Et dire que c’était juste la deuxième note (ou un extrait ?) du traducteur !

    Vous posez la question de la légitimité politique et économique du « fait d’avoir abandonné l’exclusivité de la création de ‘moyens de paiements nouveaux’ (je n’ose plus dire ‘monnaie’ pour éviter les sables mouvants de l’ergotage oiseux) aux banques commerciales, au prix d’un intérêt ruineux pour la collectivité (et au prix d’un manque à gagner considérable pour la puissance publique) », et vous posez ensuite la question « …ou arrangent-elles seulement les intérêts de quelques privilégiés) ? ».

    Pourriez-vous préciser votre opinion, à savoir, pensez-vous que les « légitimités » politique et économique ont été accaparées par quelques privilégiés.
    Et si oui, pouvez préciser qui ils sont, s’ils poursuivent un but et, éventuellement, lequel.

    Quant à la théorie générale que vous citez, comment dire…les mots me manquent ! Je ne sais pas par quel bout la prendre ! Alors j’essaierai de répondre à une des questions :
    « Serait-ce alors qu’il existe dans cette Théorie une contradiction interne qui l’empêche de conduire au but du plein emploi ? »
    Et voici quelques éléments de réponse :
    « Il [le plein emploi] est encore et surtout la base d’un statut satisfaisant de la main-d’œuvre »
    « Les entreprises ne peuvent pas payer aux travailleurs des salaires supérieurs au prix de leur production marginale »
    « De nombreuses entreprises estiment en effet que, si leur échelle de production était accrue, le rendement marginal des travailleurs y serait plus grand. »

    Vous la voyez apparaître la contradiction interne : on appelle ça un être humain !

    En tous cas, de façon certaine, sa théorie s’est imposée bien au-delà de l’économie : faire accepter un nouveau « but » pour l’humanité ! Personnellement, et attention, ne vous méprenez pas, je ne dis pas que c’est mieux, mais je suis resté à l’ancienne « mode » et donc je me permets de vous souhaiter un joyeux Noël.

  42. Étienne Chouard dit :
    26 décembre 2008 à 01:55 Chers amis,Est-ce que nous ne sommes pas PRESQUE D’ACCORD ?

    ____________

    • Paul, Nadine et quelques uns parmi nous disent : “les banques commerciales ne créent pas de monnaie : elles ne PEUVENT PAS le faire puisque LA SEULE MONNAIE qui mérite ce nom est celle émise par la banque centrale, par définition”.

    Sous-entendu : le contraire SERAIT un véritable SCANDALE ;-)

    • D’autres parmi nous disent : “aujourd’hui, c’est un fait, les banques commerciales ont le droit (mais pas la légitimité) de CRÉER À PARTIR DE RIEN (mais quand même pas sans limite) des SIGNES PORTEURS DE POUVOIR D’ACHAT, tout aussi efficaces dans l’échange que les signes de la Banque centrale, bien que TEMPORAIRES, et tout aussi dangereux pour l’économie quand ils sont en surnombre, et également très dangereux quand ils favorisent une pénurie des signes permanents.

    Les banques commerciales ont obtenu ce droit de nos députés (il suffit de lire leurs bilans), mais ça nous coûte les yeux de la tête et C’EST un véritable SCANDALE ;-)

    _____________

    Finalement, il y a un groupe qui dit « ce SERAIT (au conditionnel) un scandale que d’autres organes que la Banque centrale aient le droit d’émettre de la MONNAIE », alors que l’autre groupe dit que « C’EST un scandale » (à l’indicatif).

    Est-ce que nos points de vue sont si radicalement opposés ?…

    :-)

    Bonne nuit à tous.

    Étienne.

  43. Étienne Chouard dit :
    26 décembre 2008 à 02:16 @ Fab :Vous me demandez [et je réponds — rapidement, ça changera ;-) — dans le texte] :

    “Pensez-vous que les « légitimités » politique et économique ont été accaparées par quelques privilégiés. [Je le pense, assurément.]

    Et si oui, pouvez préciser qui ils sont [À l’évidence, ceux qui en profitent, c’est-à-dire les propriétaires des banques au premier chef, mais sans doute aussi quelques autres. Aidez-moi à trouver.], s’ils poursuivent un but [Votre propre sagacité ne vous le suggère-t-elle pas secrètement ?] et, éventuellement, lequel ?[Faut-il donc vous faire un dessin de l’évidence ? La cupidité et le goût du pouvoir sont-ils des mobiles insuffisants à vos yeux, ou peut-être trop exceptionnels parmi les hommes pour être envisagés raisonnablement ? ;-) ]

    Quant à vos remarques sur la Théorie générale, je ne suis pas sûr de les avoir bien comprises, mais j’ai l’impression, bizarrement, que vous n’avez retenu que ce qui clochait ou pouvait prêter le flanc à la critique, et au contraire pas un mot de ce qui pouvait nous servir à progresser. De toute façon, chacun s’en sort comme il peut pour comprendre le réel.

    Je vous souhaite joyeux noël pareillement, cela va sans dire.

    Étienne.

  44. fab dit :
    26 décembre 2008 à 09:51 @Etienne Chouard,“De toute façon, chacun s’en sort comme il peut pour comprendre le réel” dites-vous. C’est bien de cela dont je parlais : le réel ! Fut un temps le réel c’était l’Eglise catholique ! Et maintenant on voudrait me faire croire que c’est l’Economie, l’Economie de marché, le Keynésianisme ou je ne sais quoi d’autre…C’était là sous mes yeux, mais ce n’est qu’en lisant la traduction de Keynes que ça m’est apparu ! Non je ne suis pas de la main d’œuvre, non ils n’arriveront pas à m’en convaincre, non ce n’est pas une fatalité ! NON je ne suis pas sur terre pour répondre aux exigences d’une entreprise ou d’une économie ! Non je ne puis non plus l’accepter pour mes semblables !

    Par contre je ne juge pas de l’avantage de cette religion sur une autre ! Certains en ont besoin pour vivre, à d’autres elle apporte simplement un réconfort, d’autres en sont esclaves…et elle a bien sûr ses historiens, ses analystes…Rien que du classique en fait de religion ! Mais non, malgré la place prise par cette nouvelle religion, vous n’arriverez pas à me faire croire que c’est ça la vie !

    Et c’est en considérant l’économie sous cet angle, à savoir, en étant un peu abrupt, comme un nouveau moyen de gestion de la population, que je me suis permis de vous interroger sur les “responsables” ou plus exactement sur “ceux qui tirent les ficelles”. Vous conviendrez que si l’on observe notre monde sous cet angle, les propriétaires des banques, que vous citiez, peuvent être “simplement” considérés comme des idoles, des modèles de réussite dans l’obéissance à la religion.

    Et, dans votre précédent message à Nadine vous écriviez : « Je m’en veux toujours après m’être impatienté (ça ne donne jamais de bons résultats), pardonnez-moi si mon ton est parfois indélicat. ». Attention de ne pas retomber dans les mêmes travers ! Par exemple, si je m’emportais, je pourrais vous retourner la question que vous me posiez : Faut-il donc vous faire un dessin de l’évidence ?

    A chacun son réel. A chacun son évidence.

  45. Rumbo dit :
    26 décembre 2008 à 13:49 fab dit :
    26 décembre 2008 à 09:51“”Mais non, malgré la place prise par cette nouvelle religion, vous n’arriverez pas à me faire croire que c’est ça la vie !” »
    Mais justement, ce n’est pas ça la vie. Tandis que l’on peut affirmer sans risque que faire un objet de religion avec ce qui n’est qu’un sytème de dominance d’hommes sur d’autres hommes est une retombée ou un avatar dégradé(entropie) de l’ “esprit humain” tant et tant de fois répandu dans les sociétés humaines et leurs histoires. J’ajouterais au passage, et là je prends des “risques” sur ce blog, il en est ainsi depuis la chute escatologique. Car faire une religion à travers un “objet” créé et dépendant de contingences pour la survie du système soutenant le dit “objet”, déifié pour la circonstance, ne mène qu’aux pires tribulations historiques et d’actualité qu’on connaît bien trop hélas. Le système financier ne peut faire exception malgré les ruses des habiles bateleurs commerciaux au service d’une politique qui nous en ont forcé la “vente”, et même veulent nous le faire avaler de force. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans les systèmes mafieux où les “dominés” sont bien obligés de payer leur rançon pour mal survivre physiquement, et ce, jusqu’à l’exemple à la grande échelle de l’humanité payant les intérêts composés au “génie” destructeur d’une telle organisation du système financier.

    À chacun son réel, c’est certain. À chacun son évidence, ce n’est pas du tout certain.
    Car nos déterminismes biologiques et socio-culturels nous courrent après (généralement sans que nous nous en aperçevions, du moins dans un premier temps) dès qu’on parle, par exemple, de liberté de conscience…Surtout quand il s’agit, dans la plupart des cas, de liberté de conscience “auto-proclamée”. à ce moment là, ce sont les autres qui en prennent plein la figure. Pas besoin de faire un dessin. Dit en très raccourci, ce n’est pas pour rien que nous achoppons tant sur ce sujet de l’argent et des dettes.

  46. fab dit :
    26 décembre 2008 à 20:31 @ Rumbo,Effectivement, à vous lire, ça n’a pas l’air…évident. “Aucun problème ne pourra être résolu avec la façon de penser qui l’a généré.” Albert Einstein. Je reste donc à votre entière disposition pour expliciter cette évidence.
  47. oppossum dit :
    27 décembre 2008 à 00:08 @ E. ChouartBien que nouveau dans ces débats, je me demande ce qui vous pousse à crier avec tant de véhémence !

    1) ce que vous dites est un peu contradictoire : si comme vous le dites (à fab) la cupidité et el désir de pouvoir sont de puissants moteurs de l’activité humaine, je préfère alors DES banques , qui au moins sont en oppositions entre elles et de ce fait seront moins virulentes dans leurs intentions, à UNE SEULE banque , qui serait totalement entre les mains de l’Etat (Organisme qui veut mon bien, certes, mais qui est capable de me flatter dans mes pires faiblesses en régime démocratique ou de me priver de ma liberté en régime autoritaire , dans le but affiché de me servcir , et celui non avoué de conserver à la même caste , son pouvoir).

    Mieux encore : DES banques et UNE super Banque Indépendante : un vieux reflexe sur la séparation des pouvoirs de républicain ayant les pieds chez Montesqieu (Et bien sûr une règle du jeu et une mission claire … pouvant etre révisées démocratiquement).

    Ce système nous coûte ? Aucun système n’est parfait et la préservation de la Liberté acquise n’a pas de prix.

    De toute façon l’important ce n’est pas l’instance qui introduit le signe monétaire qui, comme toute instance , est corruptible, mais la règle du jeu, la façon d’introduire et de détruire ces signes monétaires afin que personne , ni personne physique, ni groupe de pression, ni etats , ne puisse en tirer un avantage en terme de richesse et de pouvoir .

    Tout le reste n’est qu’indignation : et même fondée, l’indignation doit rester prudente si elle ne veut pas être naive et vaine.

  48. Daniel Dresse dit :
    27 décembre 2008 à 00:14 @ Etienne ChouardJe vous trouve génial, comme d’habitude, mais tout de même un peu jésuite sur les bords.

    Vous posez d’emblée la question : « EST-CE QUE NOUS NE SOMMES PAS PRESQUE D’ACCORD ? » et ensuite vous énumérez les deux termes du désaccord résiduel supposé :

    Termes 1 : « les banques commerciales ne créent pas de monnaie : elles ne PEUVENT PAS le faire puisque LA SEULE MONNAIE qui mérite ce nom est celle émise par la banque centrale, par définition ».

    Termes 2 : «aujourd’hui, c’est un fait, les banques commerciales ont le droit (mais pas la légitimité) de CRÉER À PARTIR DE RIEN (mais quand même pas sans limite) des SIGNES PORTEURS DE POUVOIR D’ACHAT, tout aussi efficaces dans l’échange que les signes de la Banque centrale, bien que TEMPORAIRES, et tout aussi dangereux pour l’économie quand ils sont en surnombre, et également très dangereux quand ils favorisent une pénurie des signes permanents ».
    Je constate que vous ne parlez pas de la même chose, puisque dans le premier cas vous évoquez d’une part « la seule monnaie qui mérite ce nom » (la monnaie donc) et d’autre part « des signes de pouvoir d’achat » (émis par les banques commerciales).
    La question que vous auriez du poser comme base de votre raisonnement était donc celle-ci :
    « Etes-vous d’accord que les signes porteurs de pouvoir d’achat créé par les banques commerciales peuvent être aussi efficaces ou aussi dangereux pour l’économie que la monnaie créée par la banque centrale ? » une question laquelle, par analogie, pourrait tout à fait être la suivante : « Etes-vous d’accord qu’un pistolet à grenailles trafiqué par un quidam peut être aussi efficace ou dangereux qu’un pistolet de même calibre fabriqué par une manufacture en règle ».
    A cette question, comme à son ombre analogique, il est possible de répondre « oui » sans nuance, à savoir être sans hésitation d’accord à la fois avec Nadine (« un Taurus 38 peut te tuer ») et avec Etienne (« la pétoire bricolée de calibre 38 peut te tuer »).
    C’est la où le jésuite fait son apparition en troquant discrètement sa soutane contre une tenue de parapentiste (on a rien vu Etienne) et en introduisant un troisième larron, LE SCANDALE. Vous dites alors dans un premier temps : « La monnaie (banque centrale) pourrait être un scandale (ex banque centrale) » puis, dans un deuxième temps : « les signes porteurs de pouvoir d’achat (banques commerciales) sont un scandale ».
    Et vous bouclez au final votre syllogisme : « ce qui pourrait ne pas être de la banque centrale et ce qui est des banques commerciales sont un scandale : DONC CE SONT LA MEME CHOSE ».
    Fort bien ! Et Nous dans tout ça ? C’est facile Etienne.
    Si vous restez cramponné à votre syllogisme (sans doute par l’intransigeance intellectuelle que j’admire et réprouve tout autant chez vous) vous, Nadine, Moi et des tas d’autres resteront sur nos rochers respectifs à arracher les ailes des mouches en nous souriant de loin en loin.
    Si vous admettez que l’on peut être à la fois pour Nadine ET pour Etienne, vous n’avez plus qu’à former vos bataillons, Mon Général !
    En attendant, Bonne année Citoyen…
    D.D.

  49. Étienne Chouard dit :
    27 décembre 2008 à 00:44 Cher Daniel,j’ai un petit problème, c’est que je suis en train de répondre à trois personnes en même temps (Nadine, Fab, et vous) et que je vous réserve à chacun une véritable attention. Mais comme, en plus, je suis assez bavard (damned, c’est peu dire), tout ça est très long à préparer, surtout sans fonction APERÇU sur ce fichu blog (damned), lacune qui oblige à mille vérifications avant de poster… Bref : j’arrive tout de suite :-)

    Bien amicalement.

    Étienne.

    PS : je ne suis pas du tout jésuite (malhonnête), c’est un malentendu (vous allez voir).

  50. Étienne Chouard dit :
    27 décembre 2008 à 00:49 Fab,Il n’y a pas de raison de voir une indélicatesse à ce que l’autre voit une évidence là où soi-même on n’en voit pas.

    Si vous ne sentez pas l’évidence de la cupidité des très riches sur terre, ces riches qui paraissent même littéralement insatiables et parfaitement insensibles au malheur d’autrui, quel que soit le coin de planète où l’on peut les observer, c’est peut-être parce que nous ne vivons pas dans le même ‘réel’.

    Et cela expliquerait que vous ne deviniez pas d’emblée la motivation intime de la captation par quelques privilégiés d’une source de richesse colossale (le privilège de créer la monnaie et d’en percevoir le prix), normalement publique mais possiblement privatisée, moyennant quelques intrigues.

    Je peux entendre ça, Fab, ce ne serait pas grave du tout. Je suis simplement étonné (pas impatienté) d’avoir à décrire la cupidité des hommes riches et leur soif de pouvoir, féroces jusqu’au crime, jusqu’à la contre-révolution la plus sanglante s’il le faut pour défendre leurs privilèges, toujours et partout.

    Mais nier la domination économique (on pourrait dire domination ‘par l’appropriation des moyens de production et donc par le travail forcé des autres’, car il faut aussi du droit, en plus de l’économie, pour opprimer son prochain comme il faut), comme vous semblez le faire en prétendant qu’elle n’est pas le réel, c’est une bien étrange façon de se défendre. Ceci dit, vous faites comme vous voulez, bien sûr.

    Comme vous, je refuse le mot « main d’œuvre », comme l’expression « ressources humaines » ou « capital humain », je refuse d’être un « facteur de production », etc. Et je crois comprendre (et partager) votre aversion vigilante de toute religion. Êtes-vous si donc sûr que nous soyons condamnés à être hostiles ?

    À mon avis, nous ne nous émanciperons pas de l’idéologie gestionnaire, ni de l’idéologie du travail sans fin, ni de la monnaie-dette, ni des pouvoirs sans constitution, sans comprendre par quelles ruses intellectuelles — et avec quel lexique — les privilégiés nous maintiennent à leur service.

    Ne me reprochez pas d’utiliser le vocabulaire des crapules qui vivent aux crochets des pauvres gens : je m’adapte pour résister, c’est tout.

    Et je suis parfaitement athée
    (je dirai bientôt un mot des orthodoxies).

    Amicalement.

    Étienne.

    PS : sans remonter très loin, la cupidité des riches est une vieille affaire :

    « Le peuple ne demande que le nécessaire, il ne veut que justice et tranquillité, les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer. Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont le fléau du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches est l’intérêt particulier ; et vous voulez rendre le peuple nul et les riches tout-puissants ! »

    Robespierre, cité par A. Manfred.

    Vous verrez que d’avoir cité cet homme-là me fera bientôt passer pour un buveur de sang…

  51. Étienne Chouard dit :
    27 décembre 2008 à 00:51 “…à ce que l’autre voie” (pardon)
  52. Étienne Chouard dit :
    27 décembre 2008 à 10:47 Bonjour Daniel,Ce matin, j’essaie de faire vite (serment d’ivrogne…) parce que sinon, je vais radoter : j’ai l’impression d’en avoir déjà beaucoup dit, mais il reste manifestement, entre nous, quelques vrais malentendus.

    Vous me dites d’abord :

    « Je constate que vous ne parlez pas de la même chose, puisque dans le premier cas vous évoquez d’une part « la seule monnaie qui mérite ce nom » (la monnaie donc) et d’autre part « des signes de pouvoir d’achat » (émis par les banques commerciales). »

    Certes, nous ne parlons pas exactement de la même chose, mais j’essaie de souligner justement que la deuxième chose, tout en n’étant effectivement pas strictement « la même chose », a précisément des propriétés spectaculairement comparables pour la collectivité.

    C’est une façon (plutôt patiente) de souligner qu’on fait peut-être ici subir aux drosophiles un traitement que la morale réprouve.

    Vous me dites ensuite :

    « La question que vous auriez dû poser comme base de votre raisonnement était donc celle-ci : « Êtes-vous d’accord que les signes porteurs de pouvoir d’achat créés par les banques commerciales peuvent être aussi efficaces ou aussi dangereux pour l’économie que la monnaie créée par la banque centrale ? »

    Et là, Daniel, je suis tout entier à vos côtés : je pose effectivement cette question fondamentale à nos contradicteurs, je le fais avec vous.

    Et on va bien voir ce qu’ils répondent.

    Mais là, cher Daniel hélas !, vous poursuivez de la sorte (tel le jésuite moyen ;-)) :

    »… une question laquelle, par analogie, pourrait tout à fait être la suivante : « Êtes-vous d’accord qu’un pistolet à grenaille trafiqué par un quidam peut être aussi efficace ou dangereux qu’un pistolet de même calibre fabriqué par une manufacture en règle ?».

    Hep hep hep, Daniel ! Voudriez-vous préciser votre pensée, pour m’aider à comprendre la pertinence de cette analogie ?

    D’où viendrait que la monnaie créée — tous les jours, par milliards, à nos frais ! — par les banques privées, et utilisée par nous tous, tous les jours et à tout propos — on parle là de QUASIMENT TOUS nos moyens d’échanges, Daniel : 93% de la monnaie est de la monnaie-dette-privée, tu parles d’un pistolet à grenaille — d’où viendrait, donc, que la monnaie créée par les banques commerciales serait moins efficace (pour la collectivité) et moins dangereuse (pour la collectivité) que la monnaie banque centrale ?

    Précisez s’il vous plaît, car nous sommes au cœur de la dispute.

    En assimilant une banque privée à un simple ‘quidam’, je pense que vous vous trompez largement de calibre.

    Vous qualifiez votre propre parabole d’ombre analogique pour suggérer que la comparaison est parfaite, mais avec toute le respect que je vous porte (et ce n’est pas une simple formule de politesse), l’analogie en question ne vaut pas tripette.

    Je me sens donc tout à fait lavé (on n’est jamais mieux servi que par soi-même) de la déshonorante et injuste accusation de jésuitisme :-)

    À propos de soutane, et puisque le ton est badin ce matin, je ne résiste pas à l’envie de citer cette importante sentence, glanée récemment chez Daniel Mermet (Là-bas si j’y suis, émission modeste et géniale, tous les jours sur France Inter à 15 h) : « Sous la blanche soutane de la vertu, se trouve le gourdin du capitalisme, tenu par la main aveugle du marché. »

    Mais je reviens à mes moutons : vous me dites ensuite, injuste que vous êtes :

    « C’est là où le jésuite fait son apparition en troquant discrètement sa soutane contre une tenue de parapentiste (on n’a rien vu Étienne) et en introduisant un troisième larron, LE SCANDALE.

    Vous dites alors dans un premier temps : « La monnaie (banque centrale) pourrait être un scandale (ex banque centrale) » [Hep ! qui a dit ça ? Pas moi, Daniel. Relisez, s’il vous plaît.] puis, dans un deuxième temps : « les signes porteurs de pouvoir d’achat (banques commerciales) sont un scandale ». [Ça, c’est bien vrai]

    Et vous bouclez au final votre syllogisme : « ce qui pourrait ne pas être de la banque centrale et ce qui est des banques commerciales sont un scandale : DONC CE SONT LA MÊME CHOSE ».

    C’est un malentendu. Vous avez inversé les liens de causalité. C’est sûrement de ma faute, j’ai dû mal m’exprimer. Je vais tâcher de dire ça autrement :

    _________________________

    • À ma gauche (très loin (à l’extrême), sûrement des séditieux d’ailleurs, parmi lesquels rôdent peut-être des anarchistes, arrrgllll), des enragés prétendent que les banques privées ont jadis volé au roi la précieuse planche à billets et qu’ils ne l’ont jamais rendue au peuple, malgré la révolution. Ces forcenés veulent reprendre la sainte relique aux faux-monnayeurs usuriers qui accablent impunément les honnêtes travailleurs, en criant au scandale, CAR IL N’Y A QUE LA MONNAIE D’ORIGINE PUBLIQUE QUI VAILLE POUR LE BIEN GÉNÉRAL tant il est vrai qu’ils constatent, en lisant leurs aïeux à travers leurs lunettes usées de fatigue, que le monde a déjà beaucoup souffert, et depuis fort longtemps, du piège démoniaque (astucieux en diable) qu’est la monnaie-dette-privée.

    L’objectif de ces enragés, que dis-je, leur Graal, c’est donc de CONSTRUIRE un monde commun où ne circulerait qu’une monnaie d’origine publique.

    • À ma droite (loin ?), une autre bande d’excités de la plus pire espèce, s’exclamant que toutes ces histoires de « monnaie créée par les banques privées » ne sont que fariboles et billevesées, sornettes et balivernes, CAR IL N’Y A QUE LA MONNAIE D’ORIGINE PUBLIQUE QUI VAILLE POUR LE BIEN GÉNÉRAL et qui mérite même le nom de ‘monnaie’, sans quoi il faudrait assurément crier au scandale (mais ce n’est pas la peine puisque ce n’est pas le cas), que tout le reste n’est que pure invention, mystification, incompréhension.

    L’objectif de ces excités, que dis-je, leur Graal, c’est de RESTER dans un monde commun où ne circulerait que de la monnaie d’origine publique.

    • Est-ce que les ressemblances se voient mieux, là ?

    • Certes, je ne disconviens pas du fait qu’il reste quelques petites pommes de discorde car, tandis que les enragés qualifient la monnaie scripturale de fausse monnaie, les excités n’y voient aucune forme de monnaie : ils refusent même de lui donner un nom !

    En d’autres termes, les excités ne voient pas l’ennemi, pendant que les enragés montrent le voleur (qui, d’ailleurs, se tire avec la caisse, ces temps-ci).

    Nous en sommes là, et je demande donc avec insistance à nos contradicteurs préférés, pour dénouer enfin cette inutile controverse, de DONNER UN NOM à ce que nous appelons nous la ‘monnaie scripturale qui naît et meurt librement sur les dépôts à vue au rythme des prêts bancaires’, puis de CARACTÉRISER CES ‘NOUVEAUX TITRES PORTEURS DE POUVOIR D’ACHAT’ pour nous montrer qu’ils sont parfaitement inoffensifs, qu’ils sont incomparables à la ‘monnaie banque centrale’ (pléonasme ? ;-) ) et que les banquiers peuvent continuer à en créer autant qu’ils veulent ou presque (jusqu’à prêter aux clochards, comme on l’a vu récemment).

    J’espère être bientôt rassuré.

    _______________________________

    Cher Daniel, j’assume tout à fait la définition officielle (j’ai pris celle du Petit Robert) du mot syllogisme : « Raisonnement déductif rigoureux qui ne suppose aucune proposition étrangère sous-entendue », mais certes pas cette autre, parfois admise suivant le contexte (et je vous y ai vu traîner, dans ce contexte, non ? ;-) ) : « Raisonnement purement formel, étranger au réel ».

    Le ‘rapport au réel’ de la thèse que je défends est total et permanent, il me semble : je me fonde notamment sur la comptabilité des acteurs économiques qui est tout sauf irréelle, même si certaines règles peuvent être parfaitement stupides et mortifères (lire à ce sujet cet excellent article, très utile pour nos échanges, d’ailleurs : « UNE COMPTABILITÉ SUR MESURE POUR LES ACTIONNAIRES. L’Union européenne mise aux normes américaines. », par Jacques Richard, dans le Diplo de novembre 2005).

    Cher Daniel, j’aime vous lire et j’espère que j’aurai su dissiper ce matin quelques sinistres malentendus qui traînaient encore entre nous.

    Bien amicalement.

    Étienne.

  53. Étienne Chouard dit :
    27 décembre 2008 à 12:18 Hum, sans faire attention, j’ai utilisé le vocabulaire habituel de la profession pour poser ma question, au lieu de prendre les gants qui devraient permettre de communiquer sans se perdre en discussions secondaires.Je refomule donc :

    Veuillez lire :

    D’où viendrait que LES DETTES TRANSMISSIBLES créées — tous les jours, par milliards, à nos frais ! — par les banques privées, et utilisée par nous tous, tous les jours et à tout propos — on parle là de QUASIMENT TOUS nos moyens d’échanges, Daniel : 93% de la monnaie que nous utilisons (réellement) est composée de CES CRÉANCES TRANSMISSIBLES créées par les banques commerciales, tu parles d’un pistolet à grenaille — d’où viendrait, donc, que CES CRÉANCES TRANSMISSIBLES créées par les banques commerciales seraient moins efficaces (pour la collectivité) et moins dangereuses (pour la collectivité) que les titres de créance contre la banque centrale ?

    (à part en cas de crise atroce où tout le monde meurt, évidemment : on ne va pas faire de la monstrueuse crise actuelle la norme, n’est-ce pas ?).

    Précisez s’il vous plaît, car nous sommes au cœur de la dispute.

    Étienne.

  54. fab dit :
    27 décembre 2008 à 14:56 @ Etienne Chouard,Bonjour et merci pour vos messages de cette nuit. Comme à mon habitude je n’ai pas lu tous les liens proposés, mais je lis vos messages intégralement !
    Cela dit, revenons à nos moutons, nos évidences.
    1/ Je ne nie pas la domination économique, c’est un constat. Je ne nie pas l’évidente cupidité des très riches sur terre, c’est un constat.
    2/ Dans un autre message de cette nuit vous citez Jean Grenier :
    ” C’est surtout qu’une croyance en s’implantant dans une société s’organise et se défend comme une plante qui étend ses racines jusqu’à ce qu’elle trouve de l’eau, recouvre sa tige d’écorce, tourne ses feuilles vers le soleil, enfin use de tous les moyens pour se développer et repousse avec intransigeance tout ce qui ne peut pas l’y aider. L’orthodoxie est donc une suite fatale de toute croyance qui réussit ; ou, en tout cas, elle est une tentation à laquelle peu de croyances résistent.”
    3/ Je vous suis totalement quand vous parlez de la théorie du complot.

    Considérant ces 3 points, je me permets de formuler de nouveau mes interrogations :
    Ne pensez-vous pas que ces riches cupides ne soient que des pantins, des “exemples à suivre” ?
    Ne pensez-vous donc pas qu’il puisse exister une “caste” qui aurait pour but de guider l’humanité, tant bien que mal ? Et que cette caste, voyant la baisse constante de l’influence de La religion sur l’humanité (occidentale en tous cas) [tant pour ce qui est de la croyance que des « avantages induits » ; en gardant une vision de gestion de population à grande échelle, la diminution des croyances entraîne nécessairement une diminution de ce que les « gestionnaires » peuvent faire avaler à la population au nom de ladite croyance : guerres, dominations d’autres peuples…la liste est longue puisqu’elle correspond au nécessaire de la gestion de milliards de personnes], que cette caste donc, sentant qu’elle allait perdre le contrôle a choisi de transférer le pouvoir qu’elle tirait de La religion à une nouvelle “religion”, ou orthodoxie, ou “sens de la vie” ?
    Et ne pensez-vous donc pas que cette caste ne puisse avoir que des bonnes intentions, à savoir la gestion de milliards d’être humains qui, comme chacun sait ne sont ni tous des poètes ni tous des saints, mais des animaux dotés d’un télencéphale hyper développé (ces animaux ne supportant pas que leur télencéphale soit livré à lui-même et inoccupé) ?

    Bon, pour résumer : ne pensez-vous pas que l’économie soit une occupation, de même que l’a été La religion, et qu’il serait temps de passer à autre chose, de trouver autre chose qui serait plus digne, au regard des “dysfonctionnements” actuels (pardon pour le mot car il englobe toute la misère du monde), digne de notre télencéphale hyper développé ?

    J’ai, dans un précédent message, écrit une phrase du genre : la science économique, rien que le nom m’amuse…L’économie est, ou semble être, quelque chose de compliqué, il semblerait donc légitime qu’il y ait une science pour l’analyser ! Mais au regard de ce que j’ai écrit précédemment j’aurais davantage tendance à faire une analogie avec la blague de Coluche (le philosophe) sur la lessive : le lundi on fait les nœuds au linge et on a le reste de la semaine pour les défaire ! De là à parler de science de la lessive…Mais, pour être honnête et en allant au bout de mon raisonnement, il est certain que tant qu’une nouvelle “religion” n’a pas été trouvée il faut se débrouiller avec celle qu’on a ! Et en cela je respecte et j’admire votre travail et de façon plus générale le travail en cours sur ce blog. D’autant plus que même si une nouvelle “religion” apparaît, l’économie restera ! A priori.

    Pour conclure, un autre extrait que vous proposez de Jean Grenier :
    “Et le croyant se sent rassuré : dans un univers changeant il s’attache à quelque chose qui ne bouge pas, et se sent d’accord avec un grand nombre d’hommes. Or les deux causes les plus aiguës de souffrance sont incontestablement la solitude dans la Nature et la solitude dans la société. ÉCHAPPER À L’ISOLEMENT EST LE PREMIER BESOIN DE L’HOMME. ON S’EXPLIQUE, QUAND ON PENSE À CELA, L’ADHÉSION À UNE ORTHODOXIE DE NOMBREUX INTELLECTUELS, exigeants pour leur propre pensée, mais PRÊTS À ACCEPTER N’IMPORTE QUEL SYSTÈME AFIN DE N’ÊTRE PLUS SEULS, et aussi parfois afin de rejoindre la communion humaine.”

    Splendide ! C’est troublant de vérité, quelque soit le niveau de société que l’on considère : la famille, l’école, la tribu, la nation, les nations unies…Encore un petit effort et on arrive à l’humanité. Cela permettrait, entre autres, de tenir compte des revendications de nos frères qui, comme nous, cherchent à “échapper à l’isolement” en se réfugiant dans l’extrémisme, religieux par exemple, et de vouloir les comprendre…
    Or je pense qu’il existe dans la vie de l’Homme et dans l’Histoire des “moments”, des virages à ne pas rater, surtout quand ils coïncident…comme maintenant à mon sens.
    A ce moment-là, l’homme pourra effectivement rejoindre la communion humaine…

    Au plaisir de vous lire.

  55. Étienne Chouard dit :
    28 décembre 2008 à 19:11 Cher Fab,Votre rejet (compréhensible) de l’approche moderne ‘systématiquement économique’ des problèmes humains, me conduit à insister sur les LIENS que je vous avais suggérés pour ne pas être (encore plus) long mais qui ne sont pas du tout hors sujet.

    • Le livre de Gaulejac (« La société malade de la gestion ») est une merveille d’intelligence pluridisciplinaire pour comprendre certains ressorts essentiels et très concrets de nos aliénations ‘modernes’ à des contraintes insensées, ce qu’il appelle « idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social ». C’est un bon livre, utile, et qui montre justement certaines racines importantes de l’obsession économique délirante de l’époque moderne, cette obsession de type religieux que vous conchiez à très juste titre. Ce livre vous plaira, vous verrez : il aide à construire soi-même des propositions alternatives originales, en prenant le mal à la racine (de façon radicale, donc).

    • Le tout petit livre de Paul Lafargue (« Le droit à la paresse ») est un pur diamant de colère enflammée contre la sottise crasse de l’idéologie du travail sans fin : c’est un grand classique, à connaître absolument, très court, du vitriol pur contre la propagande répugnante « travailler plus pour travailler plus (catéchisme de la soumission pour que les riches rentiers travaillent moins) ». Très utile pour votre résistance contre l’oppression économique.

    • Le film « Zeitgeist » est un exposé passionnant (en deux longues parties de deux heures) d’une thèse complotiste très bien ficelée (à mon avis, très largement fondée) qui articule les mythes religieux (pour obtenir la docilité des hommes au travail), les mythes politiques (pour obtenir la docilité des hommes au travail) et les mythes monétaires (pour obtenir la docilité des hommes au travail). C’est très bien fait, ça circule beaucoup sur Internet (on le comprend) et ce serait bien que Paul en propose une lecture critique (il y a quelques détails à préciser ou à contrôler, mais l’ensemble est très intéressant), comme il l’avait fait pour le film de Paul Grignon (Money as debt), que je trouve excellent lui aussi. Très utile pour votre réflexion sur les religions, sur les mythes et sur la monnaie.

    • Le document de votre ami marseillais (un brûlot contre l’épouvantable constitution européenne) prend les problèmes à la racine, il cherche la source : il souligne que les institutions imposées aux peuples européens —sans débat, en douce— depuis cinquante ans, ne prévoient en 2005 ni texte lisible à contrôler avant de l’approuver, ni séparation des pouvoirs, ni parlement digne de ce nom, ni contrôle des pouvoirs, ni indépendance des juges, ni liberté de choix de la politique économique, ni contrôle populaire des révisions constitutionnelles, ni contrôle politique des missions économiques de la Banque centrale, etc.

    Et encore, je n’avais pas encore réalisé le sabordage monétaire scandaleux de l’article 104 du traité de Maastricht !

    En bref, dans les institutions européennes (qui sont notre modernité actuelle puisque le fait d’avoir dit Non n’a nullement mis fin au viol politique dont nous sommes les victimes), la démocratie recule de façon effrayante, les élus n’ont plus aucun pouvoir et aucun pouvoir véritable n’est plus élu : tous ces « représentants » non élus, tous ces ministres, se sont « autonomisés » (nos aïeux nous avaient pourtant tous prévenus, depuis 2500 ans, de nous méfier des exécutifs comme on se méfie de la peste) et ils ont profité de l’opportunité de la construction européenne (encore un sacré mythe, celui-là) pour ne plus rendre de comptes à personne et pour littéralement vider le suffrage universel de sa substance…

    Finalement, ce pamphlet qui reste d’actualité souligne surtout la cause première, LA SOURCE mère de toutes ces horreurs antidémocratiques, qui ne sont compréhensibles que si on accorde enfin une importance, non pas à qui VOTE la Constitution, mais à QUI L’ÉCRIT :

    Les AUTEURS de ce texte majeur, décisif, fondamental (au sens strict), ne seraient–ils pas, par hasard, à la fois juges et parties, ce qui, partout dans le monde, serait une juste cause pour les RÉCUSER (sans hésitation, mais aussi sans honte car c’est seulement DANS CETTE OCCURRENCE-LÀ, de l’écriture de la Constitution, qu’ils sont FORCÉMENT MALHONNÊTES : il ne s’agit nullement de les suspecter de façon générale, ils ne sont pas malhonnêtes à tout propos, ils sont forcément malhonnêtes LÀ ; rien à voir donc, avec un discours poujadiste « tous pourris » ; j’en reste à « tous dangereux, surtout au moment d’écrire la Constitution », ce qui est à la fois très différent et très vrai).

    En effet, puisque toute vraie Constitution sert à LIMITER les pouvoirs, à INQUIÉTER les pouvoirs, à RÉVOQUER à tout moment les pouvoirs ayant failli, alors, toute véritable Constitution doit évidement rester HORS DE PORTÉE DES POUVOIRS eux-mêmes : il est simplement politiquement suicidaire, de la part de tous les citoyens (y compris vous, oui vous, là, devant votre écran ;-) ) de laisser écrire ces règles du pouvoir —ces précieuses règles dont le rôle est de vous protéger tous les jours, au plus haut niveau du droit, contre les abus de pouvoir—, c’est pure folie, donc, de laisser écrire ces règles par… les hommes au pouvoir eux-mêmes…

    Réfléchissez à la naïveté confondante qui consiste à FAIRE CONFIANCE AU POINT DE laisser le Président de la République et sa majorité de serpillères politiciennes (j’ai cherché des mots plus durs, mais je n’ai pas trouvé) modifier eux-mêmes la Constitution… et même, le croirez-vous, sans référendum ! Souvenez-vous du coup d’État, en France, le 4 février 2008.

    Une trahison, une félonie.

    Et pendant ce temps, les journaux complices, la presse qui ment, continuent de calomnier le prétendu “dictateur Chavez”, alors que, lui, il respecte scrupuleusement un Non à un référendum, et qu’il supporte, lui, les insultes féroces de plusieurs télés d’opposition (y en a-t-il même une seule en France ?).

    Bref.

    Tant que les humains du monde, ces paresseux, laisseront écrire leurs institutions par les mêmes hommes qui vont exercer les pouvoirs institués, ils sont bien sots de s’étonner ou de s’indigner de leur servitude chronique.

    Bien fait pour eux.

    Ce n’est pas la faute « des autres ».

    Je dirai même plus : je ne condamne pas les pouvoirs qui abusent ; je dis même qu’IL EST IDIOT DE REPROCHER AUX POUVOIRS D’ABUSER puisque C’EST DANS LEUR NATURE, cette nature très dangereuse qui, précisément, a conduit les hommes à mettre au point le concept de ‘Constitution’ :

    Aussi sûrement et aussi naturellement qu’un objet tombe vers le sol,
    LE POUVOIR VA JUSQU’À CE QU’IL TROUVE UNE LIMITE.
    (Montesquieu)

    DONC,
    il n’y a pas de mauvais pouvoirs,
    il n’y a que des pouvoirs mal limités,
    mal limités PAR NOUS.

    Autrement dit, « ils sont grands parce que nous sommes à genoux ».

    Autrement dit, « soyez résolus de plus servir, et vous voilà libre » (Étienne de La Boétie).

    Autrement dit, “la vigilance ne se délègue pas” (Alain).

    Si on se fait voler, violer, mettre en esclavage, si notre condition se dégrade chaque jour un peu plus ces temps-ci, C’EST NOTRE FAUTE À NOUS, À NOUS PERSONNELLEMENT et à personne d’autre.

    Il suffirait que nous exigions (mais alors en exigeant vraiment : pas avec une petite manif de rien du tout et puis tu rentres chez toi : non, une vraie longue révolte avec une exigence démocratique fondamentale) il suffirait que nous exigions, donc, qu’une nouvelle Assemblée constituante soit TIRÉE AU SORT (ou bien, si vous avez plus peur de votre prochain que de votre élu*—mais en l’occurrence, vous seriez mieux avisé d’avoir plus peur de vos élus que d’un quidam tiré au sort !—, ou bien, donc, l’AC peut être à moitié élue et à moitié tirée au sort) pour que nous sortions d’emblée de ce que j’appelle la préhistoire de la démocratie, pour la seule et déterminante raison que, ENFIN ! ce serait des hommes NON INTÉRESSÉS PERSONNELLEMENT À L’IMPUISSANCE DU PLUS GRAND NOMBRE qui écriraient les règles du pouvoir.

    Cette analyse (assez iconoclaste) formulée dès 2005 pourrait bien servir ici, pour établir UNE CONSTITUTION À TEINTE ÉCONOMIQUE : à mon avis, les humains ne récupéreront la souveraineté monétaire —et la prospérité qui va avec, j’en suis absolument certain ; étudiez les centaines d’expériences de monnaies libres, c’est stupéfiant— que s’ils interdisent aux parlementaires, aux ministres, aux juges et à leurs proches (tous les hommes de partis, en fait) de changer un virgule de la constitution.

    ____________________________

    Vous me posez quelques questions que je ne suis pas sûr de comprendre :

    Ne pensez-vous pas que ces riches cupides ne soient que des pantins, des “exemples à suivre” ?
    Ne pensez-vous donc pas qu’il puisse exister une “caste” qui aurait pour but de guider l’humanité, tant bien que mal ?

    Je vous ai relu trois fois, en me demandant chaque fois si vous plaisantiez : suggérez-vous que les hommes qui nous dirigent le fassent pour notre bien ? Si c’est ce que vous voulez dire, je suis stupéfait de tant de gentillesse et de tant de confiance.

    Ceci dit, je sais bien que chaque homme accueille en lui un salaud, un cruel, un cupide, qui dort pour l’instant parce qu’il rencontre trop de limites. Car en effet, cette règle que je trouve immense, universelle et intemporelle (« le pouvoir va jusqu’à ce qu’il trouve une limite ») s’applique bien sûr aussi à chacun d’entre nous.

    Et vous avez raison de souligner que nous ne sommes pas tous de anges. Au contraire !

    Mais souvenez-vous : c’est exactement l’origine de l’idée géniale du concept de Constitution : c’est parce qu’on sait que les hommes ne sont pas bons, c’est parce qu’on sait que les pouvoirs sont tous très dangereux, qu’on doit intégrer l’assomption du conflit*** (le fait d’assumer pleinement que la société n’est pas un rêve pacifié et que les conflits inévitables doivent absolument être mis en scène pour être comme désamorcés), c’est ce NON ANGÉLISME qui pousse à écrire des institutions authentiquement démocratiques qui donnent LA PAROLE À TOUS, vraiment tous (et pas la farce politicienne lamentable que nous vivons aujourd’hui, où tous les conflits sont déformés, calomniés, niés, bâillonnés, étouffés, et où règne, au plus « haut » niveau, la corruption intellectuelle la plus répugnante).

    C’est d’ailleurs pourquoi je me méfie de TOUS les pouvoirs, y compris, bien entendu, du pouvoir du peuple.

    C’est aussi pourquoi je me sens moins partisan d’une démocratie pure (« tout le pouvoir au peuple », le pouvoir d’une foule, quelle terreur) que d’une constitution mixte (en suivant Aristote) ou d’un régime modéré (en suivant Montesquieu) : pour la sérénité des citoyens, TOUT POUVOIR* DOIT AVOIR PEUR d’un contre pouvoir, et même plutôt de plusieurs.

    MAIS (attention à ce MAIS essentiel !), si on les charge eux-mêmes de penser leurs propres contre pouvoirs, ils vont tricher et instituer des contre pouvoirs factices, des contrôles simulés, des responsabilités bidon… Enfin bref, vous m’avez compris, je pense. Il radote, le père Chouard…

    Mais bon, c’est si important, si décisif… Tant pis si je radote…

    Merci pour votre patience car je parle trop ces temps-ci ; je vais tâcher de me retirer un peu, si je le peux.

    Amicalement.

    Étienne.

    ________________________

    * Ce qui serait folie, Narcisse que vous êtes, à gober les boniments qui consistent à vous faire accroire que vous êtes « le souverain »… On dirait que n’importe quel mensonge suffit à nous désarmer, que n’importe quelle flatterie suffit à nous asservir. Dès le début, dès la mise en place du prétendu “gouvernement représentatif”, les constituants se doutaient de la supercherie : c’est Tocqueville qui disait déjà, il y a 200 ans : “je ne suis pas inquiet du suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira.”

    ** Y compris les citoyens les plus puissants, tous ceux qui ont un pouvoir.

    *** Lire le livre important de Miguel Benasayag et Angélique del Rey, « Éloge du conflit », La découverte, 2007, c’est un bijou pour construire une vraie démocratie, avec un vrai PARLEMENT, lieu central pour une MISE EN SCÈNE DES CONFLITS (concept essentiel pour les Athéniens, en vue de la concorde).

    Tiens, je vous livre l’introduction, c’est trop bon :-) :

    « Héritiers d’une époque qui a longtemps cru à la possibilité d’en finir un jour avec le conflit, nous sommes aujourd’hui, pour cette même raison, effrayés face à tout ce qui menace nos vies et nos sociétés. Nous avons souvent l’impression, tellement appréhendée des marins, de naviguer avec des cartes périmées : nous pensions aller vers des territoires pacifiés, et voilà que s’impose l’idée de vivre un retour des conflits — individuels comme sociaux — sous des formes sinistres, voire barbares.

    Sans doute a-t-on trop pensé le conflit en termes de son dépassement vers la solution : les conflits étaient surtout conçus comme un moyen vers la fin, un moment difficile qu’il fallait dépasser. Et c’est la raison pour laquelle nos contemporains se retrouvent aujourd’hui désarmés face à la nécessité de repenser l’ensemble des pratiques sociales — santé, urbanisme, éducation, politique, etc. — sous la forme d’une tension irréductible dans la recherche d’une solution.

    La question fondamentale qui se pose désormais à nous pourrait être formulée ainsi : comment penser les termes d’un conflit autrement que dans la recherche de son dépassement ? Comment penser la permanence du conflit ? Nous avons du mal à nous représenter la possibilité d’un engagement dans et pour une cause concrète, dès lors que perdurent guerres et violences, problèmes écologiques, injustices et oppressions, qui s’affirment comme un horizon indépassable de l’humanité.

    Tout aspire en effet, dans nos cultures et notre éducation, à la disparition du conflit, ou du moins à sa diminution. C’est pourquoi la permanence de conflits de plus en plus complexes, assimilée à la persistance d’une « barbarie » qu’il faudrait éradiquer une fois pour toutes, nourrit le sentiment d’impuissance ou alors de nouvelles pratiques sociales, plus inquiétantes encore.

    À l’échec de la mission civilisatrice — clairement définie comme la tentative d’éliminer la barbarie — correspond en effet l’émergence dans nos sociétés de pratiques sécuritaires, néohygiénistes et de biopouvoir, ainsi que le retour des guerres « civilisatrices » : une « nouvelle barbarie », née précisément de la volonté d’en finir avec la barbarie.

    Et pourtant le constat n’est pas neuf : on ne peut en finir avec l’anthropophagie en mangeant les anthropophages. Comme l’écrit Claude Lévi-Strauss* « LE BARBARE, C’EST CELUI QUI CROIT À LA BARBARIE ». Celui-là en effet, ne voit plus l’autre comme tel, mais comme une anomalie qu’il faudrait éliminer.

    Dans une civilisation qui ne tolère plus les conflits qu’à condition qu’ils entrent dans les normes, cette nouvelle barbarie vise des figures de l’autre très diverses : l’étranger qui menace nos sociétés, l’« intégriste » qui met en péril l’ordre républicain, mais aussi le salarié ou le fonctionnaire qui résistent au formatage des « directions des ressources humaines », les handicapés, les déviants de tous types, les contestataires qui refusent de se plier aux normes admises de la contestation, celui ou celle qui par leur comportement sont réputés mettre en danger leur santé ou celle de leurs proches. Bref, tous ceux qui sont perçus comme source possible d’un chaos menaçant l’ordre social acceptable.

    Traditionnellement, le barbare est celui qui, depuis la frontière, menace la civilisation. Mais il est surtout celui qui lui permet de s’autodéfinir comme telle. Or, dans notre monde unifié par l’hégémonie du « même », ces frontières sont désormais moins extérieures qu’intérieures. Tout se passe comme si ce monde dominant était composé de forteresses abritant les « inclus », se dressant au cœur de no man’s lands peuplés d’« exclus », cristallisant la crainte sécuritaire des premiers. La menace est devenue diffuse, insondable et donc intérieure.

    Et si les pays du Nord sont les macroforteresses, à l’intérieur de chacune d’elles existent aussi des miniforteresses entourées de mini-no man’s lands. Enfin, chaque homme, chaque femme, tend à se vivre comme une microforteresse entourée de micro-no man’s lands inquiétants : chacun est invité à voir son propre être comme un territoire où des noyaux de rationalité et de sagesse seraient cernés de pulsions et de passions non civilisées. C’est l’époque de la méfiance.

    Accepter ou refuser la barbarie : telle serait la seule — et rassurante, tant la réponse est évidente — alternative. Mais le vrai défi, à nos yeux, est ailleurs : comment faire avec tout ce qu’on a refoulé et rangé dans les anomalies inadmissibles. Il est de chercher comment l’être humain tel qu’il est, avec ses parties obscures, peut construire un vivre ensemble malgré et avec le conflit, de façon à en finir avec le rêve cauchemardesque d’élimination de tout ce qu’il y a en lui d’immaîtrisable.

    L’immaîtrisable, en effet, est partie prenante de la réalité humaine, et toute tentative visant à le nier ou le formater ne peut au mieux que produire un retour du refoulé, au pire la barbarie.

    « Il est impossible de se cacher de ce qui ne disparaît jamais », disait Héraclite, et nos sociétés contemporaines ne font pas exception à la règle.

    Le refoulement du conflit peut produire la barbarie. C’est pourquoi il est important de refuser de penser séparément le conflit et la civilisation. À la suite d’Héraclite, notre hypothèse sera que le combat (polemos) est de tous les êtres le père ».

    En partant d’un tout d’horizon des « conflits », vécus ou appréhendés comme tels par nos contemporains (première partie), nous avons voulu déployer cette hypothèse d’une réalité ontologique du conflit, redéfini à ce niveau (deuxième partie), puis en tirer les conséquences concernant l’engagement et l’agir dans l’époque qui est la nôtre (troisième partie). »

    (Source : « Éloge du conflit », Miguel Benasayag et Angélique del Rey, La découverte 2007, page 7.)

    ____________
    Notes :
    * Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire, Gallimard, coll. « Folio Essais », Paris, 1987, p. 22,

    Vous avez sans doute senti comme moi des connexions avec la pensée de Jean Grenier contre l’esprit d’orthodoxie, n’est-ce pas ? (quand il évoque “notre monde unifié par l’hégémonie du «même»”, notamment)

  56. Étienne Chouard dit :
    28 décembre 2008 à 19:21 Cher Daniel,Je vous ai répondu là.

    Bien amicalement.

    Étienne.

  57. Paul Jorion dit :
    29 décembre 2008 à 19:12 @ Etienne Chouard

    … ce serait bien que Paul en (”Zeitgeist”) propose une lecture critique (il y a quelques détails à préciser ou à contrôler, mais l’ensemble est très intéressant), comme il l’avait fait pour le film de Paul Grignon (Money as debt), que je trouve excellent lui aussi.

    Je rappelle le conclusion de mon analyse critique de “Money as Debt” : l’analyse est entièrement faussée par le fait que Paul Grignon ne comprend pas le mécanisme des réserves fractionnaires et propose du coup une représentation entièrement erronée du fonctionnement des banques commerciales. Ses conclusions sont non seulement fausses mais dangereuses parce qu’il attribue à tort au seul mécanisme bancaire les défauts d’un système financier malade du fait de la spéculation, de la concentration excessive du capital, d’une inflation monstrueuse du crédit à la consommation due à la baisse des salaires. de l’évasion fiscale et du dévoiement des politiques des banques centrales. Il ne suffit de dénoncer “Money as Debt” comme une diversion, il convient encore de le condamner sans appel comme une analyse fausse de la situation, complétée de conclusions fausses elles aussi et irresponsables dans leurs implications.

  58. Fab dit :
    30 décembre 2008 à 10:06 @ Etienne Chouard,Encore une fois merci pour vos messages : un bol d’air. Avec tout de même un arrière goût quant à mes capacités de lecture, d’analyse…mes capacités cérébrales. A tel point que, c’est sérieux, j’ai tapé votre nom sur Google pour voir si ce nom correspondait à une personne…ou à un collectif !

    Mais revenons à nos moutons et à nos dirigeants.

    J’ai commencé à vous répondre, à argumenter, à tenter de m’expliquer…mais quelque chose n’allait pas ! Et, au moment de conclure ça m’est apparu ! Nous sommes d’accord.

    • Vous n’accordez aucune confiance à nos élus et à leur élection. Et vous ajoutez
    « Si on se fait voler, violer, mettre en esclavage, si notre condition se dégrade chaque jour un peu plus ces temps-ci, C’EST NOTRE FAUTE À NOUS, À NOUS PERSONNELLEMENT et à personne d’autre » et
    « MAIS (attention à ce MAIS essentiel !), si on les charge eux-mêmes de penser leurs propres contre pouvoirs, ils vont tricher et instituer des contre pouvoirs factices, des contrôles simulés, des responsabilités bidon… »
    Je suis d’accord et, je précise simplement : nos élus (ces « ils »)…c’est nous.
    • Vous n’excluez pas a priori la théorie du complot. Vous ne pouvez donc pas exclure a priori la théorie d’un « bon » complot.

    Donc nous sommes d’accord ! Et qu’il y ait un complot ou non, « bon » ou pas, ne doit pas être un sujet de discorde, l’avenir, j’espère, nous le dira. Alors, quelles solutions ?

    Il me semble que votre idée est d’améliorer le système actuel, en proposant une nouvelle constitution impliquant un engagement plus important du citoyen, et réciproquement, et protégeant le système de ses propres éléments susceptibles de succomber à la tentation.
    Et systématiquement, à ce stade, j’ai un blocage ! Je n’arrive pas à me convaincre que nous soyons prêts. Dis autrement, je ne pense pas que la carotte actuelle y survivra (carotte que j’ai aussi nommée religion, motivation, sens de la vie). En effet, le fait d’impliquer davantage le citoyen dans la vie politique aura de nombreuses conséquences, notamment de faire accepter et comprendre à son cerveau (j’utilise cette expression pour noter une démarche volontaire « supérieure » à la conscience qu’a chacun de se faire prendre pour une drosophile, conscience volatile qui apparaît le plus souvent au bistrot du coin lorsque le monde est fait et refait, et s’évapore en même temps que les effets de l’alcool), comprendre de façon durable donc qu’on (à définir…) lui a fait prendre des vessies pour des lanternes depuis fort longtemps. Et à mon idée, le sentiment d’une consommation et donc d’un quotidien futiles va apparaître : et le système économique s’écroule. Donc, j’y reviens, il manque un garde-fou (un esprit inoccupé est un esprit dangereux et en danger, sauf sous l’emprise d’une drogue…Mais mis à part la télévision, je ne pense pas que nous soyons prêts pour une pilule du bonheur généralisée), une nouvelle religion, pour contrôler le dérapage et repartir vers un avenir radieux où tous les êtres humains se donneront la main…et plus si affinité !

    Si je me trompe et si vous avez déjà à l’esprit une solution sans risque d’un dérapage qui deviendrait incontrôlable, je vous promets de lire votre projet de constitution citoyenne et vos autres écrits et de vous apporter mon aide.

    Quelques remarques, en vrac :

    Vous attirez l’attention sur « Zeitgeist » et remettez en avant l’analyse du film de Paul Grignon…et vous parlez de la tendance que l’on peut avoir à faire subir aux drosophiles des traitements que la morale réprouve.
    Etant de Marseille, vous devez connaître cette parabole :
    « – Hé ! Madame Brun ! Votre chien enc…(fais subir un traitement que la morale réprouve) le mien !
    – Bé, laissez-les faire peuchère ! Si ça leur fait du bien…»

    Et pendant ce temps-là (extrait aussi de Zeitgeist) :

    – 1% de la population possède 40% de la richesse mondiale
    – 34000 enfants meurent par jour de pauvreté et de maladies évitables
    – 50% de la population du monde vit avec moins de 2 dollars par jour.

    Ces chiffres demandent bien sûr à être vérifiés, de même qu’il faut préciser le sens de « pauvreté », de « maladies » et de « évitables », et il faudrait préciser aussi si ces gens qui vivent avec moins de 2$ sont heureux ou pas, s’ils se satisfont du système financier actuel et s’ils ont un avis sur la création monétaire.
    Il faut garder à l’esprit l’exemple des « djeun’s » envoutés par un jeu vidéo et qui finissent par croire que c’est la réalité…puisque c’est leur réalité.

    Sur ce, je vous souhaite un bon bout d’an, et vous offre ce petit présent
    http://www.syti.net/index.php et http://www.syti.net/Blog/Blog1.html

    PS : J’aime aussi beaucoup 1984 (le livre ! Parce que 1984 c’est aussi l’année de la catastrophe de Bhopal : 362 540 victimes à des degrés divers, dont plus de 20000 morts -3 828 identifiés- et plus de 200000 handicapés. Mais que l’on se rassure chaque victime a touché environ 500$ et UCC a réagit immédiatement pour sauver la boîte ! Ouf. Les chiffres, encore une fois sont à vérifier et à analyser, notamment à savoir si une partie de ces heureuses victimes indemnisées ne se sont pas précipitées pour déposer leur argent, pour le coup créé non-pas ex nihilo mais à partir de fumée…humaine, à la banque la plus proche : il paraît (c’est pour rire) que c’est une filiale de UCC !). Oui donc, Orwell s’est inspiré de son expérience birmane pour écrire son chef d’œuvre ; et les birmans sont de grands fans de 1984, livre qui circule sous le manteau, comme d’ailleurs tout ce qui n’a pas le « tampon officiel ». Bizarres ces birmans…

  59. lescitedort dit :
    1 janvier 2009 à 13:54 les monnaies sont nees etont disparues seul les metaux precieux on conserves leurs valeurs – 4000 av jc
  60. Laurent S dit :
    7 janvier 2009 à 11:40 Par essence tout moyen de paiement ou unité de compte est une dette autrement il ne peut être ni l’un ni l’autre. Certes ce n’est pas une dette nominative : le débiteur n’est pas connu, c’est à moi de choisir quand et qui devra acquitter cette dette. La réalisation de cette dette est d’ailleurs garantie par la loi qui stipule que le vendeur ne peut refuser une vente et ne peut refuser en contrepartie des euros. Et il n’est pas précisé que ces euros doivent être des billets de la banque centrale même si le vendeur peut refuser certains mode de paiement (carte bancaire, chèque) généralement car il a été victime de fraude et pas par peur de l’insolvabilité de son client. De plus l’Etat interdit lui-même d’utiliser de l’argent de la banque centrale au-delà d’un certains montant (10 000 euros je crois) pour lutter contre la criminalité financière via la traçabilité des transactions importantes. Ce serait quand même un comble d’interdire d’utiliser le seul argent sûr juste pour les transactions les plus importantes !Donc il n’y a pas de différence de sûreté dans les faits (même si les textes légaux le disent) entre l’argent de la banque centrale (les billets) et ceux des banques commerciales comme la crise actuelle le démontre où par exemple Sarkozy garantit les dépôts de tous les Français au-delà du montant du fond de garanti et au-delà des 80 000 euros. Et l’Etat ne peut pas faire autrement : l’argent banque centrale ne représente qu’une part ridicule de toute l’argent en circulation, part noyée dans le flot « d’argent dette créé » par les banques commerciales, donc si on veut que l’économie continue de fonctionner, il faut aussi garantir cette « fausse monnaie ».

    Je ne vois pas pourquoi on serait en droit de rendre plus cher de l’argent au-delà de 80000 euros car celle-ci ne serait pas garantie par l’Etat. Admettons que j’achète une Mercedes à 60000 et une BMW à 60000 sachant que je n’ai que 80000 dans mon compte et qu’avant que les deux vendeurs n’aient le temps d’encaisser les chèques je m’enfuis au Venezuela, alors le moins pressé des deux sera de sa poche. Le risque pour les vendeurs est donc bien plus dans le risque de fraude que dans celui de la défaillance de la monnaie.

  61. Crapaud Rouge dit :
    15 mai 2009 à 23:13

    La différence, comme nous venons de le voir, est que la relation d’un individu à sa richesse est immédiate dans le cas de l’argent, et médiatisée dans le cas de la reconnaissance de dette. Cette médiatisation introduit un risque dit, dans le jargon financier « de contrepartie », le risque de non-retour de mon argent.

    J’applaudis à tout rompre à ce constat qui rejoint mes intuitions. La seule chose qui me gène, c’est la notion de “risque” pour expliciter ce constat. Il faut la prendre à titre provisoire, en attendant mieux : je trouve qu’elle est trop liée aux “représentations mentales” actuelles. Ce “non-retour de mon argent” est une anticipation, pas une réalité. Ce qui est réel, en revanche, c’est que le crédit constitue un service. (Pour acheter un logement par exemple : sans crédit, il faut payer le loyer d’un logement “provisoire” + économiser de quoi faire au comptant un achat futur.) Mais comme nous sommes en régime capitaliste, le prix de ce service devrait être soumis à la loi de l’offre et de la demande. Le 1er corolaire en serait que son prix, l’intérêt, serait d’autant plus élevé que la somme empruntée est importante en volume-durée. (Le volume d’une dette est d’ailleurs une quantité-temps, comme “année-homme” pour “le travail d’un homme pendant une année”.) Le 2nd corolaire, c’est que les banquiers devraient/pourraient ajuster leurs taux en fonction des “segments de clientèle”.

    Cette notion de risque est une énorme escroquerie intellectuelle. Elle permet aux possédants de faire circuler leur argent au tarif le plus élevé possible. Si personne ne cédait à leur chantage, la demande de crédit serait nul, et leur argent perdrait toute “valeur d’échange”. (Ils en seraient réduits à faire des emplettes, à le convertir en choses concrètes, non monétaires, et pas forcément rentables.) Comme raconté dans Les « déclencheurs » des produits financiers structurés, le risque était pris en considération comme un discours de Sarkozy peut l’être dans la mouvance “anarcho-autonome”. (Ce capitalisme ultra-optimiste mais soit disant obsédé par le risque me fait penser à la fontaine Saint-Michel où l’ange éponyme terrasse le démon…)

    A l’inverse, on voit que, “dans le monde réel”, les objets circulent au tarif le plus bas possible : le risque induit par leur circulation est considéré comme nul. Si les capitalistes étaient des gens “responsables”, ils ne devraient pourtant pas vendre des bagnoles super-puissantes à des jeunots inconscients qui vont provoquer des accidents. Ni vendre des armes, comme aux US, à de braves gens incapables de se maîtriser, qui en feront n’importe quel usage. Ni mettre sur le marché des centrales nucléaires dont on ne sait que faire des déchets radioactifs.

Publié dans Banques, Débat monétaire | Un commentaire

26 – Monnaie, « monnaie scripturale » et… monnaie

Publié par Paul Jorion
4 décembre 2008

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je voudrais revenir sur une question que j’ai déjà évoquée dans mon billet intitulé Le monde enchanté de Maurice Allais où je dissèque une citation de Maurice Allais et montre où est l’erreur de raisonnement. Ce billet appartenait à la phase “déconstruction”. Vous avez été nombreux à appeler à une phase de “reconstruction” et vous vous y êtes mis d’ailleurs sans m’attendre et vous avez bien fait. Le moment est venu de m’y mettre moi aussi parce que même si je ne pense pas qu’il y ait de scandale criant dans le mécanisme de création de la masse monétaire, une chose m’est apparue en tout cas clairement : le phénomène de la monnaie est très mal compris et encore plus mal expliqué.

Plusieurs d’entre vous se sont attaqués à la monnaie dans une perspective linguistique ou épistémologique, ce qui n’est pas un mauvais angle d’approche, même si on peut se perdre aussi très facilement dans ce labyrinthe. Je vais commencer par reprendre au philosophe des sciences Wolfgang Stegmüller la distinction qu’il a introduite entre « concept théorique » et « notion pré-systématique » (1). Un “concept théorique” a un sens fixé une fois pour toutes, une “notion pré-systématique” a un sens encore lâche : « tout le monde la comprend » mais en réalité, tout le monde la comprend différemment – suivez mon regard !

Eusèbe touche sa paie de 1000 €. Il en met 900 à la banque Tirelire et 100 dans sa poche. La banque Tirelire doit conserver des réserves fractionnaires de 10 % sur l’argent qu’Eusèbe a déposé sur son compte mais il reste 810 € [900 € – (900 € x 10%)] qu’elle peut prêter, et elle les prête effectivement à Casimir.

Boris Ascrizzi a proposé une très bonne illustration en termes de ballons et de petits billets qui prennent la parole au nom de ballons et disent : « Je reviens dans dix minutes ». Si j’appelle ballons et billets simultanément “monnaie”, j’utilise le mot monnaie en tant que “notion pré-systématique” parce que le sens du mot n’est pas fixé : il s’applique à deux choses différentes.

Je vais moi introduire plusieurs termes dont j’entends bien qu’ils soient tous des “concepts théoriques”, de telle manière qu’ils ne puissent servir que dans une seule fonction dans les raisonnements : argent, fortune et reconnaissance de dette .

Eusèbe touche sa paie qui est de l’argent. Il dépose 900 € de cet argent à la banque et laisse 100 € de cet argent au fond de sa poche. La banque Tirelire donne à Eusèbe en échange de son argent, une reconnaissance de dette de 900 €, conserve comme réserve 90 € de cet argent et donne à Casimir 810 € de cet argent. Casimir donne en échange à la banque Tirelire une reconnaissance de dette de 810 €.

Il y avait 1000 € en argent au moment où Eusèbe a reçu sa paie. Au bout de l’opération, 100 € de cet argent sont dans la poche d’Eusèbe, 90 € dans la poche de la banque et 810 € dans la poche de Casimir. Rien ne s’est perdu, rien ne s’est créé de cet argent : le total est toujours de 1000 €. L’argent respecte ce que j’appelle un « principe de conservation des quantités ».

La fortune est un nouveau concept : la fortune, c’est l’argent dont on est propriétaire : elle additionne l’argent qu’on a et l’argent qu’on vous doit. Cette addition est justifiée sur le plan juridique : l’argent qu’on vous doit vous appartient, vous en êtes légalement le propriétaire. La reconnaissance de dette témoigne de cette propriété et en confirme le montant. La fortune d’Eusèbe est de 1000 € (100 € dans sa poche, 900 € sur son compte à la banque) ; la fortune de la banque est de 900 € (90 € dans son coffre et 810 € dans la poche de Casimir) et la fortune de Casimir est de 810 € (dans sa poche). Le total des fortunes est de 1000 € + 900 € + 810 € = 2710 €. La somme des fortunes est 2,71 fois plus élevée que la somme d’argent.

Dans mon raisonnement, “argent”, “reconnaissance de dette” et “fortune” sont des concepts théoriques : le sens de ces mots est sans ambiguïté. Les problèmes conceptuels n’apparaissent que si j’introduis maintenant la “notion pré-systématique” de monnaie et si j’appelle “argent” dans mon vocabulaire = monnaie, ma “reconnaissance de dette” = monnaie scripturale et ma “fortune” = encore une fois, monnaie. Dans ce cas-là, au bout de l’opération, le montant de ma “monnaie” a été multipliée par 2,71 pour une raison qui, si elle n’est pas nécessairement scandaleuse, n’en est pas moins totalement mystérieuse.

Ah oui, mon concept de fortune, c’est évidemment la “masse monétaire M1″, là aussi une expression malheureuse, si argent et reconnaissance de dette sont déjà tous deux de la “monnaie”.

Revenons alors à la fameuse citation de Maurice Allais :

« Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiement ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écriture ».

Allons, allons Maurice : “moyens de paiement”, “encaisse disponible”, “dépôt”, “opération de crédit”, “monnaie”, “jeux d’écriture” : pas étonnant qu’une chatte n’y retrouve pas ses jeunes !

––––––––––––-
(1) Wolfgang Stegmüller, 1976 The Structure and Dynamics of Theories, New York : Springer-Verlag

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite.

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68 réponses à “Monnaie, « monnaie scripturale » et… monnaie”
  1. tigue dit :
    4 décembre 2008 à 07:06 Si il n’ y a qu’ un Boeuf a acheter au village, et que seul eusebe a l argent nécessaire pour l’ acheter il repartira avec le boeuf.
    Si il y a une Societé de 9 Casimir, qui veut ce Boeuf, il ne partira pas avec ce Boeuf, ni son argent, ni sa fortune ne suffisant pas a contrer l’ offre de la société .
    Au total, les quantités numériques d argent sont conservées, mais ce que l’ on peut acheter avec a diminué.
    La Societe peut ainsi acheter tout le village, et ce qu’ Eusebe pouvait acheter avec son argent, il ne le peut plus.
    Si il y a eu conservation de la quantité d’ argent, il n’ y a pas eu conservation de sa fonction (on ne peut rien acheter avec).
    La fonction de. ” l’ argent” a été transferee a “fortune”.
    C est de ce point de vue (création fonctionnelle de moyens de paiements), que Maurice Allais n’ a pas tout a fait tord, même si les termes qu’ il emploie mélangent les formes, ils conservent néanmoins les fonctions, ce que ne fait pas votre billet, même s’ il clarifie remarquablement les formes.

    Amicalement

  2. tigue dit :
    4 décembre 2008 à 07:30 Suite: le débat (absurde) sur la primauté de l’ oeuf ou de la poule, serait encore plus absurde si le concept de “poule” (ayant pour fonction de pondre un oeuf), était remplacé, par le nouveau concept, c a dire “la poule denuée de sa fonction”.

    Le débat n’ a plus de sens si il porte sur des objets dont les fonctions (”definissantes”) ont changé.
    Il est plus utile de redéfinir les objets a partir de leur fonctions.

    La fonction de l’ argent est remplie par un nouvel “argent”.

    C est ce nouvel argent qu’ il faut étudier, et il semble bien qu’ il soit crée ex nihilo.

    Il ne faut pas s’ interesser a des poules qui n’ ont de poule que le nom.

  3. et alors dit :
    4 décembre 2008 à 08:36 “Plusieurs d’entre vous se sont attaqués à la monnaie dans une perspective linguistique ou épistémologique, ce qui n’est pas un mauvais angle d’approche”…
    sémiologique aussi…
    Il me semble que nous sommes dans le même cas de figure que les physiciens quantiques qui ont aussi de grosses difficultés à communiquer…et se représenter ce qu’ils font…
    Certains ont peut-être une longueur d’avance “méthodologique” sur nous.
    Je suggère aux passionnés d’aller faire un tour sur le site : http://mugur-schachter.net/ . Il y est question de ” tissage des connaissances”, “d’épistémologie formalisée” et de ” méthode de conceptualisation relativisée” qui pourraient s’avérer utiles dans notre recherche de sens ( voir pour commencer “7b” dans “publications sur site” ) . Les “pro” de l’économie iront probablement plus vite que moi.
  4. MICHAUD dit :
    4 décembre 2008 à 09:39 Il me semble que la notion de monnaie en tant que subsitut ou intermédiaire d’échange de services ou de biens a pris son “autonomie”.
    Le concept s’est “émancipé” selon les lois de…… l’évolution.
    Il a “muté” en diverses formes de plus en plus complexes au point que ses concepteurs (au fait qui a “inventé” la monnaie?) ne le reconnaitraient plus.
    L’argent est de plus en plus une abstraction c’est pourquoi il est de plus en plus virtuel et volatil.
    Les meilleurs experts s’y perdent pendant ques les escrocs “légaux” en tirent la substantifique moelle.
    Le système n’est pas réformable dans un monde libéral.
    C’est pourquoi quand un dirigeant fait allusion au fait qu’il “n’envisage pas l’abandon de la propriété privée” afin de réformer le système on peut s’inquièter et
    penser que
    justement ce “dirigeant” voudrait REVISER cette notion fondamentale de nos sociétés modernes.

    Certains sites font leur choux gras de la description du “nouvel ordre mondial” et de sa tendance impérialiste.
    Est-ce que la crise ne serait pas le “signal” de la fin de récréation libérale et le début de “l’acceptation du bonheur insoutenanble” sous l’égide d’un empire organisé?

    Faut-il devenir conspirationnistes et accepter l’idée que les bouleversements en cours ont été voulus par quelqu’un ou quelque chose?

  5. tigue dit :
    4 décembre 2008 à 10:02 Il ne faut pas se perdre dans le souci de l’ action.
    C’ est le reproche qu’ on peut faire aux prosélytes qui réussiront a vendre leur salade quoiqu ‘il arrive, l’ enrobage étant secondaire (les ultra libéraux voudront “garantir” la propriété, les ultragauchistes, l’ abolir, etc…).
    En coupant les feuilles qui dépassent ici ou là, Ils entretiennent le même arbre, alors qu ‘ils croient le changer.

    Il ne faut pas laisser le débat “partir en sucette” maintenant, car nous tenons la bête, elle ne peut se faufiler, que si on la lache.
    Maintenant qu ‘ on la tient, Il faut penser.

    Comment prendre en compte dans le langage, le fait qu’une poule, dont l ‘essence est de pondre des oeufs, se transforme en un animal qui ne pond pas d’ oeufs, qui a des dents, et qui ressemble a une poule ?
    Comment rendre compte de l’ évolution d’ un concept ?
    Comment adapter la logique aristotélicienne a des concepts qui évoluent ? (quelle est la valeur de vérité de “telle proposition”, si “telle proposition” varie en fonction de l’espace considéré (avant-apres changement de cadre).

  6. Fred L. dit :
    4 décembre 2008 à 10:29 Pour l’instant je ne comprends pas votre exemple; non, M1 n’est pas votre “fortune”; M1 c’est la monnaie banque centrale, dans votre exemple il n’y a pas d’équivalent à M1; par ailleurs le salaire de départ, dans le monde réel, est payé en monnaie privée et non en monnaie centrale, c’est même une obligation légale; quant à savoir pourquoi on parle de monnaie tant pour la monnaie banque centrale (M1) que pour les monnaies banques privées (M3-M1), cela tient à ce qu’elles servent les mêmes fonctions et se convertissent l’une en l’autre (sauf dans le cas des réserves obligatoires, où seule la monnaie banque centrale est acceptée), si bien que la distinction n’a pas de sens dans la vie de tous les jours : si vous payez en liquide vous passez par la monnaie banque centrale, si vous faites un chèque un virement un carte de crédit, vous passez par des monnaies banques privées.

    Ce qui me frappe dans vos débats sur la monnaie, et c’est là qu’il n’y a malheureusement pas de miracle, c’est que, tout comme les économistes, vous vous fixez sur des exemples ad hoc et raisonnez à l’infini dessus, autrement dit vous construisez des modèles; un pas de plus et vous utiliserez les mathématiques qui rendront vos modèles incompréhensibles au tout venant, et vous serez alors vraiment devenus des économistes, vous poursuivrez à l’infini les mêmes querelles byzantines, etc.

  7. JMouss dit :
    4 décembre 2008 à 10:42 @ Paul
    Merci Paul. Avec ce billet, on avance.

    Le chapitre premier de “Mécanismes et politique monétaires” de André Chaineau (douzième édition, février 2000) commence ainsi (page 19) : “La monnaie est constituée par l’ensemble des moyens de paiement , …”
    Pour ma part,j’utilise la définition suivante : la monnaie est l’ensemble des moyens légaux de paiement . Maurice Allais traite d’ une création de moyens de paiement . Etes-vous d’accord avec ces définitions sensiblement identiques ?

    Ces définitions sont peut-être qualifiables de pré-systématiques elles sont néanmoins bien définies : le paiement n’est pas le troc ; il met en jeu des moyens ( légaux) de paiement, de la monnaie.

    Autre question : avec la définition de Maurice Allais, combien il y a-t-il de monnaie en circulation à l’instant où Eusèbe touche sa paie de 1000 € ? Combien il y en a-t-il quand Casimir s’en va avec ses 810 € ? Vous avez déjà fait le calcul, n’est-ce pas, 2,71 fois plus.

    Alors, je rentre le chiffon rouge du ex nihilo et je vous demande si vous ne pourriez pas dire, avec Maurice Allais : au total, le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie par de simples jeux d’écriture

    Allons, allons , Paul : argent, fortune et reconnaissance de dette, c’est une belle et juste analyse, mais, pitié pour vos lecteurs: ne continuez pas à ergoter: ceci ne contredit en rien les propos de Maurice Allais mais les conforte plutôt. Voilà qui va peut-être permettre à certains d’y retrouver une partie de leurs petits.

    Car, il en manque encore au moins deux, de petits :

    Le premier : personne ici, me semble-t-il, n’a dit que la création monétaire ex nihilo était un scandale criant ni même un scandale tout court. Il a même été dit, que sans référence à une réalité matérielle, on ne peut faire autrement. Ce qui a été dit et redit, c’est que l’exclusivité de la création monétaire ex nihilo à des intérêts privés, ignorants par définition des intérêts collectifs était ce scandale à dénoncer et à faire disparaitre.

    Le second : si Casimir est un homme très sérieux, vous savez bien que la banque Tirelire peut aller avec la reconnaissance de dette qu’ elle possède, chercher une peu ( jusqu’à 810 € ? vous saurez mieux répondre que moi) d’ argent du coté de la Banque Centrale. C’est le mécanisme du refinancement qui reste curieusement absent dans ce débat sur la monnaie. Eh, oui ; l’ l’argent aussi ( la monnaie centrale; au fait Eusèbe avait été payé en billets ? ) résulte d’un jeu d’écriture, mais je ne dis pas que c’est scandaleux.

    D’abord comprendre. ensuite, discuter de ce qui est admissible, ou pas. Avançons-nous sur la compréhension ?

    Personnellement,- mais j’admets pouvoir me tromper – je pense que la finance se calmerait fortement si elle n’avait plus la possibilité plus ou moins directe d’ élaborer ses ” moyens légaux de paiement . Au contraire, les sociétés se libéreraient d’un lourd carcan si elles s’emparaient de ce pouvoir.

  8. Dav dit :
    4 décembre 2008 à 10:43 Merci Paul pour cet exercice de clarification.

    Je n’ai que deux questions : si nous sommes d’accord pour dire qu’une reconnaissance de dette n’est pas la même chose que l’argent, alors pourquoi diable lui permettrait t-on d’être considérée comme de l’argent, c’est à dire d’en avoir tous les attributs ?

    Par ailleurs, puisque la monnaie des banques centrales, c’est déjà de la reconnaissance de dettes, doit-on en conclure qu’il n’y a plus du tout “d’argent” dans le système ?

    Elle se trouve là l’erreur de Maurice Allais et de Paul Grignon. Mais à mon avis, elle se trouve aussi là l’erreur de Boris Ascrizzi, car, de fait, nous considérons les reconnaissances de dettes comme de l’argent.

    Ma conclusion personnelle, c’est qu’il peut y avoir création d’argent ex nihilo à la fin du processus, si et seulement si, le crédit se porte sur un acte spéculatif (le crédit, c’est l’allumette, le pyromane, la spéculation) et que cette création est au final le fait des banques centrales.

    Ainsi, quand un investisseur fait un prêt immobilier auprès d’une banque commerciale pour faire construire une maison qu’il va vendre, il n’y a pas de création d’argent ex nihilo… la réserve de valeur que constitue la maison constitue une contre-partie décalée dans le temps.

    Quand un acheteur fait un prêt immobilier auprès d’une banque commerciale pour acheter sa résidence principale, il n’y a pas de création d’argent ex nihilo… mais une simple anticipation de l’argent que l’acheteur “crée” par son travail et qui lui sert à rembourser.

    Mais quand un spéculateur fait des prêts immobiliers à tire larigot pour acheter des biens sans y toucher (pas de travaux), puis les revendre en l’état avec une plus value, et refaire des prêts immobiliers, le tout ad libidum, alors, il y a création d’argent ex nihilo, car, dans ce cas-là, la seule façon de permettre une conservation des quantités, c’est la création d’argent “ex nihilo” au final… par les banques centrales.

  9. benoit dit :
    4 décembre 2008 à 10:45 Moi qui ne participe pas aux debats sur la monnaie,
    moi qui lit vos interventions en diagonale,
    et qui les survole de plus en plus vite,
    m’arretant rarement sur un commentaire pour le lire en entier,
    moi qui ait de + en + l’impression d’y comprendre de – en – ,
    et bien la, pour une fois… j’ai tout compris, moi !
    Ca vous etonne ?
    Merci Paul.
  10. A. dit :
    4 décembre 2008 à 10:54 @ Paul Jorion

    Vous pensez l’argent, ce que vous appellez fortune (le terme patrimoine serait plus idoine selon moi), et la reconnaissance de dette sous le concept général de monnaie.

    Le temps, les concepts d’actif et de liquidité n’apparaissent pas (certainement un oubli volontaire).

    Eusèbe détient 1000 sous forme d’actif totalement liquide. Par un accord avec la banque, il dépose 900 à la banque. Ces 900 constituent ce que Maurice Allais qualifie d’encaisse diponible puisqu’il peut les retirer à tout moment. La banque prête 810 à Casimir. La banque détient une créance qui est un actif illiquide puisqu’elle n’est pas en mesure de récupérer à sa guise ces 810. Cet actif illiquide a une propriété que l’actif liquide (l’argent) ne possède pas. Il est une réserve de valeur supérieure au montant nominal de cet actif puisqu’il engendrera des intérêts.

    Vous écrivez :
    “La fortune d’Eusèbe est de 1000 € (100 € dans sa poche, 900 € sur son compte à la banque) ; la fortune de la banque est de 900 € (90 € dans son coffre et 810 € dans la poche de Casimir) et la fortune de Casimir est de 810 € (dans sa poche). Le total des fortunes est de 1000 € + 900 € + 810 € = 2710 €. La somme des fortunes est 2,71 fois plus élevée que la somme d’argent. ”

    1000 € d’actif liquide + 900 € de passif (au sens comptable)de la banque sous forme liquide + 810 d’actif de la banque sous forme illiquide+ x la somme des intérêts actualisés au moment t où cette addition est formulée. Donc la Somme du patrimoine est > à 2,71 plus élevée que les 1000 € d’actifs de départ.

  11. Dav dit :
    4 décembre 2008 à 11:03 @A.

    Pour clarifier ce débat, je pense qu’il est nécessaire de bien séparer les deux questions et de ne pas les mélanger :

    – d’une part, la question des mécanismes monétaires et la façon dont fonctionne la conservation des quantités.

    – d’autre part, la question des intérêts perçus et la pression qu’ils exercent sur cette conservation des quantités.

    Si on mélange les deux questions, on est sûr de rien comprendre.
    Mais en effet, la question des intérêts perçus est essentielle.

  12. Moi dit :
    4 décembre 2008 à 11:04 Cet article est éclairant. Malgré tout je partage aussi le même questionnement que Dav. Ce qui est nommé “argent” n’est lui-même qu’un billet, une reconnaissance de dette. Quelle est donc dans l’exemple la différence en essence entre une reconnaissance de dette nommée “argent” et une reconnaissance de dette nommée “reconnaissance de dette”? Si ce n’est que d’un côté le débiteur est l’Etat et de l’autre une banque privée (voire même encore aussi l’Etat quand celui-ci garantit le dépôt d’Eusebe).
  13. Rumbo dit :
    4 décembre 2008 à 11:06 L’argent que touche Eusèbe est sensé avoir une contrepartie, c’est implicite. Si les banques, ainsi, ne prêtent QUE l’argent de leurs déposants en respectant les procédures légales, il n’y a rien à redire à ce stade. La démonstration ici est bonne, et, sauf erreur, il n’est pas question d’intérêts ici, ou pas encore. Il n’est pas évoqué non plus les garanties qu’aura nécéssairement donné Casimir pour emprunter, garanties qui, dans le fond, permettent d’ “enclencher” la “machine bancaire”. Sans ces garanties-là, pas de crédit, pas de monnaie.

    À partir du mot: – Fortune -, le cocktail et la combinatoire bancaires vont se mettre en branle. À mesure de la “complexité” grandissante des produits financiers, la réalité économique et sociale d’une part, puis le reflet financier d’autre part (reflet de plus en plus pseudo financier) vont diverger, jusqu’à, nous y sommes en plein, que l’ “avalanche” financière et bancaire, puis monétaire engloutisse les vrais acteurs économiques. Les seuls qui ont réellement voix au chapitre en matière financière et monétaire, et dont l’écrasante majorité ne le sait pas.

    C’est cette ignorance que l’ “on” fait persister, à dessein dirait-on, pour laisser la voie libre aux “spécialistes financiers” qui, c’est bien connu et on le voit de partout… ont toutes les compétences de nature à préserver la richesse produite par une équité toujours plus grande… La sécurité économique n’est-t-elle pas chaque fois mieux et clairement comprise par tous et beaucoup mieux assurée aujourd’hui qu’auparavant?…

    MICHAUD dit: 4 décembre 2008 à 09:39, le “conspirationisme” est une invention journalistique pour disqualifier ceux qui mettraient leur nez où il ne faut pas. Les “théories conspirationistes” sont souvent des délires, seulement, que je sache, les délires n’intéressent pas les chercheurs et investigateurs honnêtes et sérieux. Mais l’ “essentiel” est que cela permette aux “intéressés” qui lancent eux-mêmes ce genre de terminologie: “conspirationiste”, de jeter l’eau sale du bain avec le bébé qui s’y trouve, et en même temps de salir les chercheurs honnêtes pour les neutraliser, voire les inquiéter.

  14. A. dit :
    4 décembre 2008 à 11:41 @ Dav

    Les deux questions n’on font qu’une puisque le concept de monnaie intégre toutes ces dimensions.
    En effet, les 810 prêtés par Casimir sont, pour employer le vocabulaire de PJ, aussi bien argent que fortune. En effet, l’argent dont dispose Casimir est un actif totalement liquide (ou totalement fongible) qu’il peut utiliser sans coûts de transations. Ils sont en même temps une fortune, dont la propriété est transférée au cours de la durée du prêt entre la banque et Casimir. La fortune de la banque au moment t est une monnaie dont la forme est illiquide ou infongible. Elle ne peut procéder à un échange de cette créance pour acquérir un bien sans régler un coût consistant au transfert de cette créance à un tiers afin de d’obtenir de la monnaie liquide.
    L’intérêt à payer par Casimir est le prix de la réservation de ces 810 € par la Banque. Les 810 de fortunes de la Banque.
    sont bruts et les 810 nets incluent les intérêts car ils sont l’objet du contrat entre Casimir et la Banque.

    @ Moi :
    L’argent est totalement fongible. La reconnaissance de dette ne l’est pas. Tu ne peux pas la donner à la boulangère

  15. Dominique Larchey-Wendling dit :
    4 décembre 2008 à 11:42 Billet très clair … il a le mérite d’éclairez les notions variées et parfois contradictoire que recouvrent le mot monnaie.

    Mais j’en reviens à une remarque que j’avais déjà faite … je vais toutefois la reformuler dans la nouvelle terminologie que vous adoptez :

    Que se passe-t-il quand la fortune devient beaucoup plus importante en volume que l’argent, par utilisation récursive des prêts avec réserves fractionnaires (suite par exemple à une bulle économique qui suscite l’endettement) ? Lors d’un retournement, la bulle explose et en théorie la fortune doit être détruite … pas l’argent mais la fortune. Aussi, les actifs dont la valeur dépend de cette fortune doivent perdre de leur valeur : déflation, typiquement dans l’immobilier.

    Mais personne ne veut vraiment supporter une déflation, surtout pas ceux qui pensaient bénéficier de leur fortune pour profiter d’une heureuse retraite. Le seul choix alors de la banque centrale, qui ne peut indéfiniment créer de la dette publique pour injecter de l’argent, est de soutenir la fortune par la création d’argent ex-nihilo : la “planche à billet” ou la “monétisation de la dette”. Sur ContreInfo aujourd’hui :

    ———————–

    “… les autorités sont donc confrontées à une double impossibilité. Soit racheter autant que faire se peut les créances douteuses pour ralentir la déflation, la destruction de valeur, la disparition du crédit et leurs effets sur l’économie, soit laisser mourir les banques et les entreprises chargées de ces promesses irréalisables, et constater l’appauvrissement des salariés, l’étranglement des foyers endettés par l’immobilier, ce qui entraînerait alors la chute de pans entiers de l’économie.

    C’est évidemment la première voie qui a été choisie. Mais la question de son financement devient chaque jour plus cruciale. Les Etats disposent de deux solutions. La première, classique, consiste à emprunter en émettant des bons du Trésor. Elle devrait cependant être confrontée assez rapidement à l’éclaircissement des rangs des acheteurs potentiels, inquiets sur la solvabilité des émetteurs. La récente hausse des contrats d’assurance sur la dette américaine et britannique traduit déjà cette méfiance. La seconde, nettement plus innovante – ou iconoclaste, c’est selon – consiste à financer la dette par une émission de monnaie, ex nihilo.

    Ben Bernanke, le directeur de la Réserve Fédérale américaine, qui est crédité d’une réputation de spécialiste des mécanismes de la déflation, avait indiqué dès 2002 que dans ces circonstances, l’arme ultime de la « monétisation de la dette » devrait être employée. Ce terme technique désigne une pratique fort simple dans son principe, consistant à racheter les dettes de l’Etat ou du privé avec de la monnaie créée pour l’occasion par la banque centrale. Ce qu’en d’autre temps on aurait décrit comme l’usage de la « planche à billets ». Cette mesure, présentée comme une continuation de la politique monétaire actuelle sous la forme d’un « assouplissement quantitatif » n’en est pas moins un aveu d’échec. Elle contrevient à toutes les règles de la rigueur monétariste qui régnait ces dernières années parmi les économistes et les banquiers centraux – tout au moins en apparence, tant était grande leur sévérité intraitable contre tout risque d’inflation attribuée aux salaires, mais sans limite leur bienveillance concernant l’inflation des actifs et du crédit.”

    ————————–

    Ma question est … si la seule alternative après une explosion du rapport fortune/argent est d’assister à la destruction de valeur par la déflation (presque inacceptable en raison des risques sociaux et politiques qui en découlent) ou alors de procéder la “monétisation de la dette”, on ne peut pas affirmer que les notions de fortune et d’argent sont découplées, non ? Ou alors est-ce la résolution des conflits sémantiques sur le sens du mot monnaie qui conduit monétiser la dette ?

  16. Archimondain dit :
    4 décembre 2008 à 11:59 Merci !
    Mais je trouve encore cela trop compliqué. Toute ces histoires de fortunes, de reconnaissances de dette, etc…
    Pourquoi ne dit-on pas simplement que la banque prend les 810 appartenant à Eusèbe et les prête à Casimir ?

    Je sais bien que Jacque et beaucoup d’autres m’ont dit que c’était une erreur de penser que la banque prêtait l’argent des déposants. Mais si ce post est juste (et je crois bien qu’il l’est), force m’est de constater que Si, la banque prête bien l’argent des déposants. sur ces 2710 €, 1710 ne sont pas utilisés. (100+90 sont ‘utilisés’ pas Eusèbe et la banque. Si Camille n’utilise pas les 810 restant, une banque pourra alors encore en prêtter 90%, soit 729, augmentant la masse d’argent virtuelle, et ce récursivement jusqu’à une multiplication par 10.). Mais une multiplication par 10 de la masse monétaire n’est possible que parce que 1/10 de cet argent est réellement utilisé. (les intérêts étant donc perçus par rapport à une quantité 100 fois plus grande que la quantité d’argent prêté et directement utilisé).

  17. Dav dit :
    4 décembre 2008 à 12:07 @ A.

    Je ne suis pas sûr d’avoir bien compris votre exemple… pourriez-vous le détailler davantage étape, par étape ? ou le reformuler ?
    Par ailleurs, je suis d’accord, les deux questions sont liées, mais c’est juste une approche pédagogique, c’est plus simple de dissocier deux mécanismes, par exemple, en regardant comme ça marche sans intérêts perçus, puis comment ça marche avec les intérêts perçus.

    @ DLW.

    “Est-ce la résolution des conflits sémantiques sur le sens du mot monnaie qui conduit monétiser la dette ?”
    Ce serait la démonstration IRL d’une grossière faute théorique quant au concept même de ce qu’est vraiment la monnaie en tant que dettes.
    Je rejoins complètement ce questionnement/cette analyse.

  18. JeanNimes dit :
    4 décembre 2008 à 12:13 Je suis un Candide sur cette question de monnaie… j’ai donc le droit de poser toutes les questions idiotes qui me passent pas la tête en lisant cet article et les commentaires !

    1/ Le ratio patrimoine (mot que je préfère à fortune) / argent observé actuellement est de 9 à 10. Il s’est donc passé quelque chose entre l’exemple donné (ratio 2,7) et la situation actuelle… N’est-ce pas le mécanisme de titrisation en cascade qui a produit ce gonflement du ratio à partir d’une situation “saine” telle que décrite dans l’exemple ?

    2/ La situation décrite dans l’exemple est-elle complète ? Les commentaires sur les intérêts, le temps, la banque centrale et le rapport dette (privée ou publique)/argent paraissent montrer que nous ne sommes pas au bout de nos peines.

    3/ La situation décrite est-elle vraiment “saine” ? Les banques ont-elles vraiment le droit de prêter (tout ou partie) à des tiers les dépôts qui sont faits par les particuliers ou les entreprises ? Il me semble avoir lu que non sur le blog de Jean Bayard…

    4/ La circulation de l’argent induit semble-t-il une “inflation” fonction de sa vitesse… Le jeux des intérêts n’y est pas pour rien. Et quand on arrive à une circulation quasi-instantanée, le dénominateur (unité de temps entre deux opérations soumises à intérêts ou à majoration spéculative sur les intérêts) devient si petit que le ratio explose quel que soit le numérateur (patrimoine).

    Voilà c’était pour rappeler que l’économie (politique) est une science humaine comme les autres.

  19. Rumbo dit :
    4 décembre 2008 à 12:17 Juste une rajouture à mon commentaire ci-dessus sur cet exemple très aproprié de Paul. Normalement ce devrait être Eusèbe et Casimir les contrôleurs et les administrateurs de la banque Tirelire; ici ces deux sont le résumé de la société. Cette banque Tirelire n’existerait même pas s’ils ne produiaient pas les biens et les services. Pour ce qui est de la – naissance de l’argent -, ce sont eux deux, et personne d’autre, qui sont les propriétaires de la banque Tirelire devant la loi de la société. Naturellement, rien n’interdit que des banques se forment et travaillent en prêtant l’argent de leurs déposants, gros avantage d’une couverture monétaire de 100% (au minimum avec M1).

    À Dominique Larchey-Wendling dit: 4 décembre 2008 à 11:42

    On peut sûrement faire fortune avec de l’argent vrai, mais on ne fait fortune, dans cet ordre financier-là, qu’avec un argent faux antagoniste en tout point avec l’argent vrai. Beaucoup de gens pourraient devenir riches avec de l’argent vrai et ne le peuvent pas au final à cause de cette combinatoire financière, celle qui s’est écroulée sous nos yeux et que les tenants du système financier actuel font tout leur possible pour la restaurer d’une manière ou d’une autre.

  20. vladimir dit :
    4 décembre 2008 à 12:25 Une recente deconvenue :

    La perception d’un mandat au bureau de poste local reglé par un billet de 50 Euros douteux lors de son controle au bureau de tabac du coin, m’oblige a m’interroger sur la quantité exponentielle de faux billets en circulation.

    Etant en tant qu’usager incapable de proceder a une verification aux guichets des banques, postes etc.. puisque guichets coté public, non munis d’appareils de controle, nous en sommes reduits a faire confiance …

    Cette carence generale laisse entrevoir la possible tentation : l’Etat en passe de devenir faux monnayeur..

  21. chris dit :
    4 décembre 2008 à 12:35 Faut-il rapprocher le terme “création de monnaie” avec celui qu’utilisent les “entrepreneurs” pour décrire et justifier leur modèle :
    – création de richesses –
  22. pop dit :
    4 décembre 2008 à 12:55 Maurice Allais était un protectioniste qui ne disait pas son nom. Ensuite on sait depuis la crise de 1929 qu’il faut maitriser la masse monétaire et que le fonctionnement des banques est souvent irrationel.

    Ce dont on ne parle jamais c’est de la masse. Celle des populations. En 1940 les USA ne possédaient que 132 millions d’habitants, c’était une puissance moyenne. L’Angleterre était la première puissance mondiale. La destruction de l’Europe en 1914/1918 avait déja opéré un premier transfert des richesses et des populations européennes vers les USA. La seconde guerre mondiale acheva le transfert vers les USA des stocks d’or européens, les populations un peu moins, elles furent exterminées sur place. Voila comment les USA sont devenus la première puissance mondiale avec aujourd’hui plus de 300 millions d’habitants. Le vrai début de la crise c’est l’abandon de l’étalon or. Depuis les USA se font financer par les autres, d’abord le Japon, ensuite la Corée et aujourd’hui la Chine mais également l’Union Européenne. Si le Japon est englué dans sa trappe à liquidités depuis 1990 c’est en raison des accords dit du Plaza de 1985 qui avait pour but de casser la vigueur du dollar. Souvenez vous à l’époque on avait un dollar pour dix francs français, en hausse de 100% par rapport à 1980 où il ne fallait que 5 francs français pour acheter un dollar.

    Ce sont les masses de population qui font la différence. A une époque la Russie avait la même population que la France. Et puis la démographie russe explosa pendant que la France conservait une sorte de malthusianisme de riches catholiques.Le résultat ne s’est pas fait attendre: la Révolution Russe de 1917 et la création de l’URSS.

    Aujourd’hui on a peur des masses asiatiques. Les premières banques mondiales sont aujourd’hui chinoises. Si les européens ne s’étaient pas absurdement fait la guerre en 1914 puis en 1939 l’Europe serait aujourd’hui trois fois plus riche et les USA ressembleraient à une sorte d’Australie métissée par le Mexique, une puissance moyenne isolée, éloignée.

    Les USA d’aujourd’hui sont un peu comme l’Europe d’autrefois. La puissance et la désunion interne, la puissance militaire en plus….

  23. Moi dit :
    4 décembre 2008 à 13:24 A. dit “L’argent est totalement fongible. La reconnaissance de dette ne l’est pas. ”

    Cette différence ne me semble pas tenir. La reconnaissance de dette “non argent” (puisque l’argent est aussi une reconnaissance de dette) peut aussi servir à acheter le pain chez la boulangère (par carte magnétique). Pour parler de mon cas personnel, j’ai très rarement du cash sur moi, je paye tout par carte de banque y compris mon pain, le parcmètre, le cinéma, etc. Et je ne suis pas un cas exceptionnel.
    Mon compte courant (qui est la reconnaissance de dette de la banque lorsqu’il est créditeur) me semble totalement fongible. La seule limite est que le commerçant possède un appareil qui permet de payer en monnaie électronique (en Belgique, c’est très rare de tomber sur un commerçant qui n’en possède pas). Mais ce genre de problème peut aussi survenir avec de l’argent en billet, ainsi il m’est arrivé de me voir refuser l’entrée d’un autobus parce que je n’avais sur moi qu’un billet de 50€ et que le chauffeur n’avait pas la monnaie à me rendre sur le prix du ticket.

  24. Di Girolamo dit :
    4 décembre 2008 à 13:52 « La fortune d’Eusèbe est de 1000 € (100 € dans sa poche, 900 € sur son compte à la banque) ; la fortune de la banque est de 900 € (90 € dans son coffre et 810 € dans la poche de Casimir) et la fortune de Casimir est de 810 € (dans sa poche). »

    Eusèbe fait fortune en travaillant ; de même pour Casimir. La Banque fait fortune sur le dos d’Eugène et de Casimir.
    Conclusion : mieux vaut être banquier que travailleur.

  25. Chris dit :
    4 décembre 2008 à 14:17 J’ai parfois été découragé de la complexité de certains débats sur la monnaie tellement il y avait de paramètres imbriqués, aujourd’hui vous avez écrit cet article dans lequel l’explication semble très simple car vous avez “éliminé” de nombreux paramètres du raisonnement (certain ont évoqués l’absence de la notion des intérêts dans votre démonstration, je rajouterait l’absence de la notion de spéculation et également l’absence de la notion de valeur relative de la monnaie….), si le contenu semble tout à fait correct il y a beaucoup trop de manques pour qu’il soit valable.

    D’après moi c’est le fait d’avoir éliminé tout ces paramètres qui vous permet de dire “Dans mon raisonnement, “argent”, “reconnaissance de dette” et “fortune” sont des concepts théoriques : le sens de ces mots est sans ambiguïté.” car si on réintègre à votre raisonnement la notion d’intérêt, de spéculation et de valeur relative de la monnaie le concept de “Fortune” retrouve toute sont ambiguité.

  26. sylba dit :
    4 décembre 2008 à 14:26 @pop : il n’y a pas que les populations… c’est oublier les moyens de la puissance, en particulier le premier de ceux qui ont fait la différence : la disposition d’abondantes sources d’énergie après la révolution industrielle (charbon pour l’Angleterre, pétrole pour les Etats Unis) ; quid du renversement en cours avec la raréfaction générale des ressources ?

    @Paul : merci de nous conduire à nous extraire des impasses dues à une insuffisante distinction de ce à quoi se réfèrent les différents usages du terme “monnaie” ; je suis cependant gênée par le choix du mot “fortune” (mais aussi “patrimoine”), qui éveille l’idée d’une propriété pleine et entière ; je ne trouve pas pour le moment de terme plus approprié, mais il me semble qu’il s’agit de “droits à”, d’étendue variable et avec des qualités différentes, comme la liquidité, selon les acteurs, Eusèbe étant celui qui dispose des droits les mieux garantis (mais qui ne le mettent pas à l’abri de variations sur ce qu’il peut se procurer grâce à ces droits).
    Par ailleurs, la recherche de clarification amène à proposer des situations très simplifiées et stables, mais cela ne risque-t-il pas de conduire à perdre de vue la dynamique à la base de ces crises à répétition, fondées sur la variabilité (largement manipulée) des valeurs ?

  27. MICHAUD dit :
    4 décembre 2008 à 15:01 Comment décrire l’économie (et sa cousine la finance) sans prendre en compte le parametre “temps”?
    Tous les événements qui régissent les actions humaines sont mal décrits si on ne tiernt compte du fait que le temps “humain” s’écoule de façon non linéaire…en fonction des aléas de l’histoire.
    Et ce
    Que les aleas soient purement le fait des grands nombres ou que l’histoire soit “manipulée”.

    Or “l’histoire” accélère en période de crise.
    Autrement dit , si les stats peuvent sembler décrire correctement un modèle économique en temps de paix (ce qui fait la fortune des spéculateurs et des assureurs), elles ne le peuvent plus quand la peur motive les actes.
    C’est alors que la monnaie ,hors de contrôle, sort du modèle statistique.
    Quel aspect prend le diagramme représentant la fortune d’Eusèbe quand elle a été distribuée entre lui-même, son banquier et les divers allocataires de crédit en parallèle ou en cascade EN FONCTION DU TEMPS et selon les vécus de chacun.
    Le schéma très simple au départ devient vite arborescent et inintégrable même sans tenter de représenter le facteur temporel.
    Existe-t-il une représentation spatio-temporelle de la masse monetaire ( ou d’une fortune privée) à la façon des diagrammes amplitude/fréquence/temps de l’analyse du son d’un instrument???

  28. A. dit :
    4 décembre 2008 à 15:06 @ Moi

    Les sommes disponibles sur un compte courant sont liquides et peuvent être échangées sans coût. Que l’échange se fasse par pièce ou par carte bancaire ou autre.
    Par contre, un portefeuille d’action ou bien une épargne bloquée ne sont pas fongibles et leur transformation en liquidité nécessite soit du temps, soit de l’argent.

  29. jacques dit :
    4 décembre 2008 à 15:54 Je ne comprends pas.Pour moi , le concept de la fortune à un instant donné c’est l’argent qu’on a ,plus l’argent qu’on me doit ,moins l’argent que je dois. La fortune est le résultat d’une opération ou l’on doit retrouver le principe de conservation des quantités d’argent.
  30. expert dit :
    4 décembre 2008 à 15:54 Nous vous proposons un moment de détente, vous semblez en avoir besoin!

    “Il faut s’habituer à un pétrole cher.”
    “Le baril atteindra immanquablement le seuil des 200$ avant la fin de l’année.”
    “Nous sommes déjà entrés dans l’ère de l’après-pétrole.”
    “L’immobilier ne baissera pas.”
    “Les banques françaises sont solides. Elles font partie des établissements bancaires les plus contrôlés au monde.”
    “La crise du subprime ne touchera pas l’Europe.”
    “Les Etats-Unis sont à l’abri de toute récession grâce aux bienfaits du crédit pas cher.”
    “Le marché français de l’immobilier est sain et non spéculatif. Il faut se dépêcher d’acheter.”
    “Les résultats de Natixis seront peu impactés par la crise du subprime.”
    “Il n’y a pas de bulle immobilière en France.”
    “La France ne sera pas touchée par la récession.”
    “Le budget 2009 de l’Etat sera à l’équilibre pour la première fois depuis 30 ans.”
    “Nous assisterons à un atterrissage en douceur des prix de l’immobilier. Il n’y aura pas de baisse brutale.”
    “Il n’y aura plus de pétrole dans 10 ans.”
    “Les constructeurs automobiles français ne seront pas touchés par la crise, contrairement aux américains qui ne produisent que des gros véhicules gourmands en essence.”
    “Il y’a une pénurie de logements en France.”
    “La Chine ne sera pas touchée par la crise mondiale.”
    “Les banques françaises n’ont pas besoin d’une quelconque aide de l’Etat pour passer la crise. Elles ont suffisamment de fonds propres. Et toute augmentation de capital est pour l’instant exclue.”
    “La Banque des Noisettes affiche une excellente solidité financière. Charly a mené de main de maître de belles opérations d’acquisition de croissance externe ces dernières années. Les premiers fruits sont attendus pour 2008.”
    “L’Inde est un pays où les touristes sont en totale sécurité.”
    “Les banques françaises continueront à jouer leur rôle de financement de l’économie.”
    “Les prix des matières premières ne peuvent pas baisser.”
    “Le blé et le lait vont devenir des aliments de base très rares à cause du réchauffement de la planète.”
    “Les retraités américains ont un excellent niveau de vie parce qu’ils ont l’intelligence de placer l’intégralité de leurs économies en bourse.”
    “Le CAC 40 dépassera les 6000 points à la fin 2008.”

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  31. Michel MARTIN dit :
    4 décembre 2008 à 16:04 Il me semble que la plus grande confusion sur la monnaie provient du fait que ce soit à la fois un média et une marchandise. Est-ce que les concepts “argent”, “fortune” et “reconnaissance de dette” réduisent la confusion? Est-ce un premier pas qui permettrait d’avancer sur l’interdiction des paris sur l’évolution des prix (sur la valeur de l’argent dans le cas présent)?
  32. béber dit :
    4 décembre 2008 à 16:08 Si l’on peut fixer définitivement le sens d’un “concept théorique” , il n’en reste pas moins que l’interprétation peut ENCORE diverger suivant les CONNOTATIONS que l’on prête à celui qui cause.

    Intéressante que l’explication de la différence maison entre argent et fortune.

    Enfin , ces nuances me conviennent , donnant l’impression de comprendre…enfin du moins de situer l’origine du malaise qui touche tant d’économico-cancres perdus pour cause de langage incompréhensible.
    N’empêches, qu’ai je compris?

    Si, tout en triturant un casque de la guerre de 39/45, vous dites : « la vie peut dépendre de la profondeur d’un trou de balle! « , certains focaliseront sur votre façon de montrer une trace d’ impact , d’autres sur votre air lubrique…

    La situation d’eusèbe, cet inconnu , permet d’examiner la situation avec recul ( bon , les tendancieux, çà suffit ! recul en un seul mot !) .

    La fable bancaire permet de laisser méditer tout un chacun : que le dieu des cancres bénisse monsieur Jorion !.
    Inspirer par les aventures de la banque tirelire, j’imagine que si Casimir ne rend pas l’argent à la banque , la banque perd 810 euros + la possibilités de gagner des intérets sur 810 euros , et a du mal à rembourser les 900 euros d’eusèbe si celui-ci les exige .
    Dans ce cas , elle doit aller CHERCHER AILLEURS l’argent prété qui doit être rendu.
    Soit les 810 euros sont dans ses caisses, soit ils ne sont pas….Que les premiers de la classe me jettent leurs bons points en pleine poire si je suis dans l’erreur .

    Et si l’on passe de la fable au monde des subprimes … ,
    soit les états aux banques mal endettés passent à la caisse, soit ces mêmes états passent à la casse…. ?

    A mon idée, la situation actuelle ressemble a une histoire où casimir , celui qui ne rendrait pas l’argent emprunté à la banque , pourrait bien être l’employeur d’eusèbe….
    Mais bon , ce n’est qu’une intuition…de cancre , bien évidement.

  33. Wizzu dit :
    4 décembre 2008 à 16:12 Oui eh bien moi, je vais jouer les Candide, je ne comprends pas quelque chose dans ce beau raisonnement:

    [blockquote]la fortune de la banque est de 900 € (90 € dans son coffre et 810 € dans la poche de Casimir) et [b]la fortune de Casimir est de 810 € (dans sa poche)[/b]“[/blockquote]Depuis quand est-ce qu’une dette peut être considérée comme une fortune? Ca m’échappe complètement.

    Si Casimir doit ces 810 euros à la banque, ils ne lui appartiennent pas. Ils appartiennent à la banque: “L’argent qu’on vous doit vous appartient, vous en êtes légalement le propriétaire.” Casimir les reçoit en prêt. Il n’en est pas propriétaire. Donc ces 810 euros ne peuvent être considérés comme faisant partie de la fortune de Casimir. En matière comptable comme en termes de bon gros sens commun bien bourrin, une dette se déduit des liquidités disponibles pour calculer le patrimoine…. en quoi la “fortune” devrait-elle répondre à une logique différente?

    C’est à cause de ce genre de sophismes qui me paraissent à moi complètement absurdes, et qui fusent tous azimuth dans ces discussions, que le sujet finit par m’assommer.

    Voilà, c’était mon coup de gueule du jour. :-) (Mais je continuerai sans doute à lire le blog avec assiduité).

  34. Wizzu dit :
    4 décembre 2008 à 16:14 Zut, me suis mélangé les pinceaux avec le formatage. Désolé… :-(
  35. Mathieu dit :
    4 décembre 2008 à 16:29 Bonjour a tous.
    Lorsque Paul dit: “Eusèbe touche sa paie de 1000 €. Il en met 900 à la banque Tirelire et 100 dans sa poche. La banque Tirelire doit conserver des réserves fractionnaires de 10 % sur l’argent qu’Eusèbe a déposé sur son compte mais il reste 810 € [900 € – (900 € x 10%)] qu’elle peut prêter, et elle les prête effectivement à Casimir.”

    ma compréhension du mécanisme des réserves fractionnaires était autre, j’aurais dit:
    “Eusèbe touche sa paie de 1000 €. Il en met 900 à la banque Tirelire et 100 dans sa poche. La banque Tirelire doit conserver des réserves fractionnaires de 10 % sur l’argent qu’elle possède par rapport a ses prêts. Ses réserves ont augmenté de 900 €, elle peut donc prêter (900 / 10%) = 9 000 €, et elle les prête effectivement à Casimir.”

    Pour moi l’argent de casimir n’est jamais re-prêté, il constitue juste une partie des réserves fractionnaires de la banque, l’argent prêté est crée de façon scripturale au moment du prêt.
    Est ce qu’un esprit éclairé pourrait m’expliquer clairement en quoi mon raisonnement est faux?
    Merci bien

  36. Rumbo dit :
    4 décembre 2008 à 16:33 Intéressants les commentaires, de même les désignations diverses de Maurice Allais misent en exergue par Paul qui indiquent, donc, par le prisme de Maurice Allais, la surmultiplication des désignations qui semble égarer tant de monde.

    —>Enfin, s’agissant de la monnaie, je répète pour la éniemme fois, que tant qu’on ne recherchera pas, à la base, l’UNITÉ entre la PRODUCTION des biens et la MONNAIE, les cafouillages et les malentendus ne peuvent que perdurer.

    Car lorque cette UNITÉ entre – production – et – monnaie – restera intègre et non “tripotée” (dans tous les sens du terme), il sera possible pour ceux qui veulent obtenir des revenus par n’importe quels moyens aussi “sophistiqués” soient-ils, d’édifier des sytèmes d’une chrématistique (faire de l’argent par l’argent) de leur choix, mais: à leur SEUL et UNIQUE RISQUE, et à leurs seuls FRAIS en cas de baisse ou de perte.

    Ainsi, — Plus d’empoisonnement de l’économie par la finance et la bourse —.

    C’est là que le système financier et bancaire est spécialement coupable, car c’est lui, et lui seul actuellement qui décide de la politique du “crédit” à tenir y compris une augmentation notoire de la masse monétaire, augmentation qui sert à alimenter la spéculation des bourses et autres bulles et qui est une masse monétaire servant aux achats des déjà richissimes (voir, par ex. p. 107 et 108 la citation de François de Witt dans ‘mieux vivre votre argent’ dans: La Dette Publique, une Affaire rentable, de André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder, éd. Yves Michel, Mai 2008).

    Cette “politique du crédit” est maintenant infiltrée à peu près officiellement dans l’essentiel des instances gouvernementales occidentales (ce sont partout les mêmes hommes, ou des collègues, qu’on y retrouve, l’exemple de l’entourage d’ Obama qui a été soutenu par l’essentiel du monde financier, laisse perplexe). Les États et les gouvernements deviendraient ainsi l’instrument de la perennité de ce système financier et bancaire.
    L’heure est à toutes les plus grandes incertitudes.

  37. tigue dit :
    4 décembre 2008 à 16:46 Bonjour,
    j’ ai appelé du renfort, j’ espère qu ‘ elle va venir.

    http://mugur-schachter.net/pdf/presentation.pdf

  38. antoine dit :
    4 décembre 2008 à 16:46 1/
    L’exemple est parfaitement choisi. Il a le mérite de la clarté en ce qu’il permet de clarifier les bases du désaccord des uns et des autres (ce qui “manque” à l’exemple). C’est une super base. Si Paul Jorion ou un autre pouvait prendre sur lui de complexifier progressivement l’exemple et d’intégrer peu à peu ce qui manque, ce serait vraiment bien. En tout cas c’est une bonne base.

    A le lecture des commentaires, je me rends compte qu’il existe au moins deux positionnements qui n’ont rien de comparables:

    – Ceux qui adoptent la perspective moins dramatique de Paul. A la base le pb de la creation ex nihilo est une hypothèse curieuse à vérifier. Et il appert qu’en fait le problème a bien plus d’ampleur, de profondeur, qu’il ne semblait en avoir au départ, sans pour autant être à ce point décisif (rien n’exclut qu’il ne puisse le devenir).
    Il s’agit avant tout d’ASSAINIR le système. C’est je crois celle de JeanNimes aussi.

    – Ceux qui traitent la question de la monnaie dans la perspective d’une remise en cause totale de l’institution même DU SYSTEME FINANCIER tel qu’elle est ou qui se saisissent de ce point de départ pour petit à petit s’élever à une vue critique d’ensemble, comme un “mache-pieds”. A ceux-là je pense que le “simple” fait “d’interdire la pratique du pari sur les prix” ne suffira pas encore à rendre le système acceptable, car c’est la totalité du système qu’il faudrait remettre en question.
    (l’idee sous-jacente étant: si nous pouvons le démontrer notre point de vue de manière rationnelle, ou si nous pouvons démontrer que notre perspective est au moins aussi défendable que son alternative sur le plan moral, alors nous marquons un point décisif en allant frapper le système directement au coeur: la MONNAIE) .

    Je pense , entre autre, dans l’esprit, au commentaire de Di Girolamo:
    “Eusèbe fait fortune en travaillant ; de même pour Casimir. La Banque fait fortune sur le dos d’Eugène et de Casimir.
    Conclusion : mieux vaut être banquier que travailleur.”

    Ce point de vue est discutable et discuté mais il témoigne bien de la radicalité de cette perspective.
    (Mais qu’est ce qui constitue un “travail”- bonne chance sur celle-là- ? La banque ne “travaille” t-elle pas? Quel est le motif moral fondamental qui justifierait, en l’espèce, que “l’activité” de celui qui prête à la Banque soit traitée d’une façon particulière et “l’activité” de la Banque d’une autre? Personne, DANS L EXEMPLE, ne force le travailleur à prêter son argent à la banque. Ils ne sont pas “exploités” par la Banque qui ne prend rien “sur leur dos”. En fait il faudrait prouver qu’ils ont moins PARCE QU’elle a plus. Mais tel n’est pas le cas en l’espèce SI ON S ARRETE à l’exemple et au contexte donné par Paul).
    A ce qui vient d’être dit on pourrait soulever d’autres objections etc etc… Mais je ne mentionne cet exemple que pour mettre en évidence la radicalité de la perspective en question.
    Aussi longtemps que

    3/
    Pour ma part je n’ai pas encore d’avis sur la question. mais j’apprends beaucoup.

    Je constate que la question de savoir à quel titre nous nous permettons de traiter les “dettes” exactement comme de “l’argent” est une question fondamentale:
    Elle met l’accent sur les postulats discutables et ininterrogés de la théorie économique, qui voudrait, sous prétexte que deux choses partagent une même fonction et sont parfaitement indiscernables dans la réalité, leur accorder un traitement identique.
    Or, le refus de fonder les règles de la vie en communauté sur autre chose que la signification sociale des biens que ses membres sont amenés à échanger, et du sens que cet échange a POUR EUX au moment ou ils le font, est justement à la base de ce qu’on a pu appeler “la théorie des échanges bloqués”.

    Il fut un temps- certes lointain – ou c’était exclusivement la signification sociale d’un bien qui déterminait la manière dont il était possible d’en faire usage.
    Par exemple une “rente” n est pas un “salaire” qui n est pas un gain à la “lotterie” qui n’est pas la perception d’”honoraires” etc etc…, ce qui implique une théorie politique sous-jacente pour justifier un régime de responsabilité spécifique à chaque “cas”, contrairement à la théorie économique qui je m en rend maintenant compte ne voit là que circulation “d’avoirs”, terme neutre ne renvoyant à rien de signifiant… ces avoirs je crois sans en ête sûr qu’elle les pense dans la théorie sous la forme exclusive de “tout ce qui peut potentiellement s’échanger contre de la monnaie”).

    De même parler de “produits financiers” ne veut rien dire; et si on a pu leur accorder ne serait-ce qu’un droit à l’existence c’est parce qu’au préalable il a été décidé que rien ne ressemblait plus à une vente… qu’une vente (!), faisant fi de sa signification sociale intrinsèque (qui dépend à chaque fois du contexte de la vente, ce qui inclue la qualité du vendeur, de l’acheteur, du produit, et in fine une interprétation déterminée de la nature du lien civique, car ils sont aussi en même temps et AVANT TOUT des citoyens tenus à un certains nombre de devoirs mutuels) pour ne retenir que l’opération formelle elle-même (c’est ainsi qu’au fond toute vente devient, plus radicalement, une “mise aux enchère”, qu’il n’y a plus que des “X” indifférenciés qui s’échangent librement sur un “marché”).

    (Evidemment ceci impliquerait une remise en question de la structuration même du Droit. Car alors il n’y a pas de droit générique du commerce qui soit légitime, dont les “produits financiers” pourraient relever. Il n’y a à chaque fois qu’un droit de telle ou telle forme déterminée d’interaction sociale, et l on voit que l’idée même de “Constitution de l’Economie” pose problème, alors que celle de “Loi constitutionnelle sur la Finance” n’en pose pas)

    Le débat sur “nature” et “fonction” est donc un moment essentiel d’une tentative de clarification normative sans concession, et pas simplement une question sur le sexe des anges. Je n e crois pas que le problème dans l usage des termes

    Faudrait-il décrire à nouveaux frais la totalité du processus en repartant de concepts assurés qui feraient l’économie de “monnaie” et d’ “actifs machin chose” : patrimoine, dette, argent et d’autres à venir… La philosophie politique part du milieu de l’opinion pour s’élever au dessus de l’opinion. Partons de l’opinion et des concepts les mieux partagés. On verra bien ce qu’il finit par en sortir. C’est là je crois le point de départ que se donne Paul Jorion avec ce billet. C’est un super point de depart, si ce n’est le seul possible POUR NOUS qui discutons ensemble sur ce blog.

  39. tigue dit :
    4 décembre 2008 à 17:02 suite du renfort

    http://www.mugur-schachter.net/pdf/noyau.pdf

  40. Chris dit :
    4 décembre 2008 à 17:08 Plusieurs commentateurs ont remis en cause le calcul de la fortune et je suis d’accord avec eux.

    D’après Wikipédia, “En finance, la fortune est un patrimoine important” et un patrimoine est “ensemble des biens qu’il possède, évalués au prix du marché, moins ses dettes et autres engagements financiers (patrimoine net)”

    Donc si je me base sur cette définition de la fortune Casimir et la banque ont une fortune égale à 0, peut être était-ce volontaire afin de lancer le débat sur ce qu’est la fortune d’un individu, car dans l’exemple qui possède quoi?

    – Eusèbe a 100 € en poche et une reconnaissance dette de 900€ de la banque, est-ce que l’on peut dire qu’il possède 1000€, cette question dépend essentiellement du sérieux de Casimir à rembourser sa dette à la banque et à la banque de rembourser Eusèbe mais en tout cas pour l’instant il n’est pas en mesure de dépenser plus de 100€ (ce qu’il a en poche).
    – Casimir a 810€ en poche et il doit à la banque 810€, si on considère que Casimir va rembourser sa dette sa fortune est nulle mais en attendant qu’il la rembourse il a 810€ en poche qu’il peut dépenser.

    A mon avis Michaud à raison de dire qu’il faut prendre en compte le paramètre temps, car d’après moi il y a a une fortune “juridique” (au terme des remboursement) et une fortune “capacité à dépenser” (à l’instant) dont la différence correspond aux dettes.

    Ma conclusion serait donc que la fortune “juridique” est de 1000€ pour Eusèbe et zéro pour les autres, mais la fortune “capacité à dépenser” est de 100€ pour Eusèbe, 90€ pour la banque et 810€ pour Casimir.

  41. Pierre dit :
    4 décembre 2008 à 17:11 Et bien moi qui pensais que ma fortune était pour ce que je possédais + tout ce que l’on me devait mais, inversement, moins tout ce que je devais, je ne trouve pas ce 3° élément dans votre définition du mot fortune.
    Je vais donc relire votre explication parce que nous n’en sommes qu’aux prémisses et je commence mal.
    Pour moi, la banque a une fortune égale : 90 (qu’elle a gardés en caisse) + 810 (prêtés à Casimir) + les intérêts à venir sur les 810 qu’elle a prêtés mais moins les 900 qu’elle doit à Eusèbe. La fortune de la banque à ce stade est = la masse des intérêts futurs qu’elle attend (qu’elle espère) de Casimir.
    Quant à Casimir, sa fortune est égale – pour ce qui nous a été dit – aux 810 que la banque lui a prêtés moins 810 qu’il doit à la banque moins la masse d’intérêts futurs qu’il lui doit également. Sa fortune ou actif net est au départ négative.
    Quand Casimir va rembourser progressivement sa dette son actif net va d’abord tendre vers zéro puis va croître. Sa fortune va croître de deux façons : la réduction de sa dette et la valorisation (s’il y en a) de ce qu’il aura acheté avec cette dette.
  42. Archimondain dit :
    4 décembre 2008 à 17:45 Je me permets de reprendre ici un commentaire fait par A-J Holbecq sur le post : ‘Notre débat sur la monnaie : et si c’était à refaire ?’, car il me semble qu’il colle parfaitement à ce post-ci

    A-J Holbecq dit :

    […]
    “c’est la double inscription simultanée d’un même montant à l’actif et au passif du bilan de la banque qui constitue l’acte par lequel elle crée de la monnaie. Il y a en effet un accroissement de la quantité de monnaie détenue par les agents non financiers : cette monnaie ne résulte pas d’un transfert de ressources d’une épargne préalable, mais représente une capacité de dépenses supplémentaires pour le bénéficiaire sans que personne d’autre ne renonce à son pouvoir d’achat.”
    […]

    C’est bien avec cela que je suis en désaccord. Car cette double inscription simultanée n’est possible que parce que l’argent des dépots à partir duquel du ‘nouvel argent’ est créé n’est pas dépensé. Si il l’était, la banque ne pourrait rien créer du tout. Quand il est dit : ‘Cette monnaie représente une capacité de dépenses supplémentaires pour le bénéficiaire sans que personne d’autre ne renonce à son pouvoir d’achat’ je pense que ça n’est vrai qu’à une echelle individuelle. Effectivement, vous avez toujours accès à l’argent que vous déposez à la banque. Et si vous voulez le retirer c’est possible. Mais ça n’est possible que parce que peu de gens décident de la faire en même temps que vous. Ça n’est possible que parce l’argent totale ‘utilisé’ à peu près en même temps est toujours inférieur à l’argent résultant du ratio de reserve imposé aux banques.

    Je pense au contraire que la population prise dans sa globablité renonce à son pouvoir d’achat sans s’en rendre compte, car l’argent qui dort sur un compte n’est pas là. Il est prêté. (où si vous préféré, il est toujours là : +100, et en même temps le nouveau ne peut être créé que parce que le vôtre est là : -90). Le pire est que cet argent prêté ne sera pas plus ‘utilisé’ qu’avant. On achètera une voiture, puis la personne qui encaisse le chèque déposera l’argent sur un compte où celui-ci ne seras toujours pas utilisé, et la majeur partie de l’argent qui résulte du prêt sera à son tour prêté.

  43. Chris dit :
    4 décembre 2008 à 19:32 @ Archimondain

    effectivement le fait de déposer de l’argent à la banque est en fait un accord tacite et non contractuel que l’on s’engage à n’utiliser qu’une partie cet argent chaque mois (chaque mensualité payée par Casimir + la partie de réserve fractionnaire que cette mensualité représente est de nouveau disponible à la banque pour Eusèbe), le problème c’est que c’est la banque qui choisit le montant qu’Eusèbe peut récupérer chaque mois.

    La loi est totalement contradictoire car elle donne le droit à la banque de ne disposer que d’une partie des dépôts et en même temps elle donne le droit au déposant de disposer à tout moment de l’ensemble de ses dépôts.

  44. Stubborn dit :
    4 décembre 2008 à 19:39 @Dav. “Nous considérons les reconnaissances de dettes comme de l’argent.”

    Oui, mais ce n’est pas exactement de l’ordre du même. Et nous devrions préciser : attention au “comme” : il s’agit en fait d’une équivalence entre ce qui d’un côté appartient au virtuel (un réel hypothétique) et ce qui appartient au réel… disponible.

    @tigue.
    Vos liens sont très bien. Merci.

  45. zoupic dit :
    4 décembre 2008 à 21:39 Bonsoir et merci pour la suite du débat,

    Deux choses différentes :

    *Si Casimir arrive à une banque, celle ci peut prêter 9 fois plus que ce qu’elle a en réserves fractionnaire,
    Dans le cas de la Tirelire, ayant 900 elle pourrait prêter 9×900 ?? ca lui permet de garder un ratio de 1/10 des réserves?

    *Si Eusèbe dépose 1000 à la banque, la banque peut prêter 910.
    La banque se retrouve avec 100 en argent dans le coffre, elle a une reconnaissance de dette de 900 envers Eusèbe mais va émettre une reconnaissance de dette d’au moins 900 de Casimir.

    Où est-ce que j’ai faux?

    Deuxième question
    Si Casimir dépose son chèque de 910 à la banque suivante, combien celle ci inscrit-elle dans ses réserves, combien pourra-t-elle alors prêter au suivant?
    Au final, si on considère le système bancaire comme un seul établissement, quel est le facteur de démultiplication maximum que nous atteindrons dans un cas où l’argent tourne parfaitement?

  46. Bruche dit :
    4 décembre 2008 à 21:50 Bonjour à tous,

    D’abord une question : quelle est la définition précise de la “réserve fractionnaire” ?

    Ensuite, mon point de vue : je crains que l’exemple d’Eusèbe and co soit erroné, pour les raisons suivantes.
    – En guise de fortune, Casimir a une dette de 810.
    – La banque a une dette de 900.
    – Eusèbe croit avoir une fortune de 1000 mais il se met le doigt dans l’oeil. Supposez que tous les Eusèbe qui ont déposé leurs économies à la banque veuillent, dans un bel ensemble, dépenser simultanément tout ce qu’ils ont sur leur compte (je ne parle même pas de récupérer leurs avoirs sous forme de billets). Pensez-vous que la banque supportera le choc ?
    A mon avis, la fortune d’Eusèbe est comprise entre 100 (les billets qu’il a en poche) et 1000, mais je suis incapable de dire combien.

    Je quitte le mode destructif pour essayer quelques pistes de réflexion, tout en précisant que je n’ai aucune compétence en la matière et que j’amorce “à chaud” la réflexon sur le sujet.
    – Même dans un système d’échanges basé sur le troc, les choses n’ont que la valeur qu’on accepte de leur donner.
    – La notion de confiance me paraît inséparable de ce qui précède.
    – Comment introduire les notions de travail et de valeur ajoutée dans ce débat sur la monnaie ? Mais aussi les notions d’érosion et de destruction de la valeur ?
    – Je m’aperçois que j’utilise beaucoup le mot “valeur”…

    J’arrête de vous saoûler.
    @ +

  47. Archimondain dit :
    4 décembre 2008 à 22:36 @zoupic :
    * Les 900 de la banque résultent du dépôt de Eusèbe. Comme le montre la vidéo l’argent-dette, si vraiment la banque était autorisé à prêter 9 fois plus que les sommes déposées, elle pourraient alors prêter 9000, puis de ces 9000 on pourrait prêter 90000, et ainsi de suite jusqu’à l’infinie. Ce n’est pas ainsi que ce passent les choses.

    * Cela me parait plus proche de la vérité.

    D’après ce lien sur wikipedia, (fournit par A-J Holbecq dans un précédent post), avec un chèque de 910 à la banque suivante, si le ratio de réserve est de 10%, la banque pourra prêter 819, et inscrit 91 dans ces réserves fractionnaires.

    Si je ne me trompe pas, la somme de tout les crédits (si le premier dépôt est de n et le ratio de réserve de 1-q) est la somme des termes d’une suite géométrique de raison q et de premier terme n. comme q < 1, cette somme converge vers (n*q)/(1-q) quand le nombre de termes tend vers l’infinie. avec 1000 de premier dépôt et 10% de coefficient de réserve, ça donne 9000 de flux monétaire crédité au maximum.

  48. Archimondain dit :
    4 décembre 2008 à 23:18 Et voici le lien question :)
    MoneyCreation
  49. Benjamin dit :
    4 décembre 2008 à 23:30 Bonjour
    Je partage la meme interrogation que mathieu (voir commentaire 4 decembre 16h00)
    D’aprés la video de Grignon, la banque peut préter 9000 euros a partir d’un depot de 900 euros d’ou la création exnihilo dont parle Allais
    Selon M jourion la banque peut preter que 810 euros à partir d’un depot de 900 euros….
    QUI A RAISON Allais ou Jourion tel est la question?
  50. thelast dit :
    5 décembre 2008 à 05:40 Bonsoir à tous,

    Au final, si comme vous l’expliquez apres la circulation de la monnaie des fortunes sont créées quels en sont les problèmes?

    J’en vois deux:
    1- Si Casimir ne peut pas rembourser et ce de facon definitive
    2- Si Eusebe veut reccuperer son argent

    Si Casimir perd son travail ou s’il tombe malade il peut toujours negocier de façon raisonnée un différé de remboursement. S’il meurt ou devient handicapé il ne peut plus rembourser. La banque a un problème. Enfin elle a un problème si Eusèbe veut reccuperer son argent.

    Mais dans tous les cas si Eusebe veut reccuperer son argent, c’est tout de suite plus compliqué. La banque lui a juré ses grands dieux qu’il peut le reccuperer quand il veut; mais en fait, son argent s’est transformé en numéro sur un écran.
    Du coup le jour où Eusebe se pointe, la banque lui dit :
    – M. Eusèbe j’ai l’argent mais je ne peux te le donner que suivant les mensualités de Casimir (qui heureusement va bien)
    OU – M. Eusèbe le problème est sous contrôle, je vais voir si je peux trouver un prêteur….

    La banque et Casimir ont été plus malins car les deux ont tiré bénéfice du travail de Eusebe sans avoir grand chose à faire.

    La banque ne fait que profiter de concourts de circonstance:
    – Eusèbe lui est bien content de mettre son argent à la banque: Il considère qu’il est plus sur de le mettre à la banque que de le garder avec lui.
    – Casimir avait besoin de je ne sais quoi qu’il dit pouvoir rembourser s’il le possède déjà.

    Pour ma part, Eusebe a commis deux erreurs :
    La première est d’avoir confié ses avoirs à une tierce personne qui se fout de savoir ce que représente cet avoir.
    La deuxième est de faire d’un coup d’un seul un retrait massif – ce qui fait que personne ne peut le rembourser.

    Une bonne solution ne serait elle pas d’interdire Eusebe de faire des retraits trop importants? Imaginons pire… Supposons que par les lois en vigueur Eusèbe ne puisse pas depenser de facon inconsidérée. Dans ce cas, pourquoi aurait il besoin de faire des retraits importants?

  51. Chris dit :
    5 décembre 2008 à 08:50 @thelast
    une autre “bonne” solution serait d’obliger la banque à demander à Eusèbe s’il accepte de prêter une fraction se ses dépôts, quelle est la fraction qu’il accepte de prêter et sur quelle durée.
  52. sylba dit :
    5 décembre 2008 à 11:12 Je lis et relis les billets et les commentaires et ne cesse de me demander dans quelle mesure ces essais de clarification apportent des lueurs supplémentaires et simultanément quel est le risque qu’ils écartent encore un peu plus d’une réelle compréhension au travers d’une focalisation qui fait perdre de vue des relations essentielles.
    Deux points sur lesquels j’achoppe :
    concernant Eusèbe, sa banque et Casimir, le fait d’additionner les “fortunes” ne revient-il pas à la même erreur que celle, courante chez de jeunes élèves abordant les nombres relatifs, qui consiste à additionner les valeurs absolues en négligeant de tenir compte du “signe” des nombres positifs ou négatifs ?
    concernant certains raisonnements (dont ceux récurrents sur “l’oeuf et la poule”), ne sont-ils pas faussés à la base par le fait qu’ils concentrent l’attention sur ce qui se passe entre quelques protagonistes alors qu’ils ne peuvent être pensés correctement qu’au niveau de “populations” ?
  53. Shiva dit :
    5 décembre 2008 à 11:40 Bonjour,

    Une confusion semble subsister sur la vidéo de M. Grignon et les coefficients à multiplier ou diviser.
    Dans l’exemple pris de la création d’une nouvelle banque, le premier emprunt est accordé à partir d’un premier “dépôt de réserve”, fait par les créateurs de la banque, et non les déposants, à la banque centrale. A ce stade le coefficient “9 pour 1″ est appliqué, 1 en dépôt = 9 en prêt. Par la suite, lorsque le dépôt est effectué par un client à sa banque il est divisé (fractionné) par le ratio pour définir la réserve “1 pour 9″, le reste est prêté, re-déposé, re-fractionné, et ainsi de suite.
    Dans le film, la seule création “ex-nihilo” correspond à la première étape, le reste une démultiplication monétaire, temporaire.

    Au final, toute les personnes qui auront bénéficié d’un prêt, à partir du dépôt du premier client auront pu obtenir immédiatement ce qu’elles désiraient. Elle le paient plus cher pour l’obtenir plus vite et la différence va à la banque.

    Le ratio de “réserves obligatoires” (réserves fractionnaires) est de 2% dans la zone euro.
    Les dépôts de réserves (partie des prêts conservée par la banque) sont faits à la banque centrale et sont rémunérés par celle-ci.

    Je conserve des doutes sur la première partie de la démonstration de Paul Grignon et la multiplication par le coefficient du premier dépôt à la banque centrale. Je ne trouve rien n’explicite dans la loi française ou les règlements européens sur les établissements de crédit.
    Quelqu’un aurait-il quelque chose de probant sur le droit appliqué ou les pratiques constatées dans ce domaine ?

    Merci.

  54. Ybabel dit :
    5 décembre 2008 à 13:49 @Benjamin
    le débat a été tranché relativement unanimement. Pas de scandale dans la création monétaire. La vidéo de Grinon est abusivement simplificatrice (même si elle n’est pas fausse) en faisant croire que les banques sont les seules bénéficiaires de cette démultiplication monétaire (ce qui n’est pas le cas dans la pratique).
    @thelast
    ce n’est pas un problème dans un système global, car on considère que tout le monde ne va pas retirer en même temps. C’est un risque sciemment couru pour accélérer le développement économique. Pas d’arnaque ou de scandale la dedans.

    Pour ma part, et pour plusieurs autres aussi je pense ce débat a été fructueux !!! Il a éclairci les bases sur lesquelles ont peut continuer la réflexion.

  55. Wizzu dit :
    5 décembre 2008 à 14:03 Ouf! Après la lecture des commentaires de Chris et de Pierre, je suis soulagé de constater que je ne suis pas le seul avoir de sérieux doutes sur la façon dont a été présentée la notion de “fortune”, et les calculs consécutifs reposant sur cette notion.

    Pour moi, Paul, cette bizarre suite de calculs à partir d’une définition de la fortune très discutable, voire biaisée, jette un discrédit sur l’ensemble de l’exposé. Une seule prémisse fausse transforme tout syllogisme, rationnel ou non, cohérent ou non, en sophisme sans validité autre que rhétorique. Du coup, je me pose de sérieuses questions.

    Je trouve que ce blog et ses commentaires commencent à sentir la fumisterie. Beaucoup d’intervenants ont l’air d’avoir de sérieux problème de supériorité, et camouflent leur manque effectif de rigueur dans la pensée derrière un écran de fumée composé de discours abstrus qui n’ont de sensé que l’apparence.

    Merci à ceux qui semblent garder la raison et éviter la dérive.

  56. Alain A dit :
    5 décembre 2008 à 21:55 Il y a tellement de bouts de fils qui sortent de la pelote « monnaie » que l’on a du mal à les saisir tous à la fois, ce qui est pourtant nécessaire à la compréhension intellectuelle du phénomène.
    Ce qui m’étonne parfois c’est que certains trouvent scandaleux que la banque prélève un intérêt sur ce qu’elle a prêté à Casimir (p. ex. 6%) en oubliant que la banque paiera un intérêt à Casimir (p. ex. 3%). Les deux sont « pourtant » des rentiers au sens premier du mot, un petit et un gros (par la multiplication et le volume des prêts consentis).
    La multiplication de la fortune « ressentie » par nos 3 compères passe aussi, me semble-t-il, par une diminution de l’argent liquide (celui avec lequel on achète du pain à la boulangère, càd du travail humain sous forme de :marchandise utile) : Eusèbe garde 90, Casimir en à 810 (avec lesquels j’espère qu’il va développer de l’activité productrice…) mais la banque doit garder ses 90 E dans ses coffres. On peut supposer que la Banque Centrale compensera cette immobilisation par de l’émission d’argent (monnaie fiduciaire avec laquelle on achète en général le pain). Le système existant depuis plusieurs siècles, tout cela est dans un équilibre précaire ou 173 nations et banques centrales, milliers de banques commerciales et millions de possédants prêteurs interagissent. C’est à ce moment que je me rends compte que l’ai perdu beaucoup des fils qui sortent de la pelote…
  57. De passage dit :
    5 décembre 2008 à 22:54 Bonjour ou bonsoir,

    Je suis juste de passage sur ce site, que je trouve, comme la plupart des intervenants, très intéressant. Je ne suis pas précisément qualifié en science économique, mais j’ai un certain bagage en sciences sociales (ce qui inclut un intérêt de plusieurs années en économie politique). Si je me permets d’intervenir, c’est seulement pour apporter un petit grain de sable qui, me semble-t-il, pourrait ramener le débat à son fondement, quitte à en gripper certains rouages.

    A mon sens, il faut revenir au départ de l’exposé, et à ce brave Eusèbe qui, touchant ses 1000 euros de salaire et qui, vertueusement, en place 900 auprès de la banque Tirelire, n’en conservant que 100 dans sa poche. Pour la suite, on négligera le fait que, actuellement, la plupart des salariés ne touchent pas leur salaire directement en numéraire, mais que ce montant est généralement transféré, scripturalement, du compte de son employeur auprès de la banque Entreprise sur son propre compte auprès de la banque Tirelire : ceci engendre des questions très pertinentes au niveau de la définition de la monnaie, et de la création de celle-ci, mais ce n’est pas ce dont je veux parler ici.

    La question oubliée, le point aveugle, de tout ce débat est la suivante : ces mille euro qu’Eusèbe reçoit, à quelle valeur correspondent-ils ? On peut le dire autrement : quelle part de la richesse réellement produite et réellement consommée, ces mille euros représente-t-ils?

    On peut supposer, dans le sens du modèle, que le travail d’Eusèbe a créé une plus-value d’au moins mille euros (vraisemblablement plus, mille cent, mille cinq-cents, deux-milles euros, peu importe), et que ces mille euros représentent la quote-part que le mode production accorde à Eusèbe. Si c’est assez simple à comprendre, mais pas forcément simple à estimer, lorsqu’on entend des produits manufacturés, et que l’on peut déterminer des facteurs déterminants de la plus-value (valeur des capitaux entrant dans le processus, temps de travail, complexité du travail, etc.), ce devient beaucoup plus compliqué lorsque ces facteurs sont difficiles à déterminer (comme par exemple la part du travail intellectuel) : ce serait déjà tout un débat.

    On pourrait toutefois penser que les mille euros qu’Eusèbe apporte à la banque Tirelire ne proviennent pas d’une création de plus-value : Eusèbe pourrait tout simplement avoir simplement volé ces billets, par exemple en agressant quelqu’un (ce qui est bien sûr un travail, mais qui ne contribue pas vraiment, reconnaissons-le, à la production de richesse), il n’en resterait pas moins propriétaire de son larcin. Sans vouloir faire d’amalgame, Eusèbe peut très bien avoir prêté 800 euros à un ami (serait-ce Casimir, pourquoi pas?), qui lui aura rendu, intérêts compris, ces fameux mille euros : la question de la production de plus-value est ici plus obscure (peut-être que les 200 euros d’intérêts payés par Casimir auront permis à ce dernier de générer un plus-value de mille, deux mille euros, auquel cas les mille euros d’Eusèbe auront effectivement contribué à la création de valeur (serait-ce dans le trafic de stupéfiants); mais peut-être aussi qu’ils auront contribué à une destruction de valeur, si Casimir ne les a pas ou les a mal investis dans le processus de production (se contentant de les consommer) et conduisant ensuite son entreprise à la faillite, ou encore s’il les a simplement utilisé pour jouer à la loterie.

    D’une manière ou d’une autre, si l’on excepte le prêt réellement productif, ces fameux mille euros ne correspondent plus à une valeur matérielle, ce sont de pures fictions, analogues aux billets du Monopoly : ils n’en demeurent pas moins, du point de vue de la banque Tirelire, au moment où Eusèbe les y dépose, de la belle et bonne monnaie.

    Dès lors, peu importe le nominalisme, et que l’on appelle M1, M2 ou M3, ou encore capital ou fortune, etc. la monnaie. Le piège est en amont, et la seule question, à laquelle aucun des économistes que j’ai lus (sauf peut-être certaines pages de Keynes sur la monnaie) ne m’a pas apporté de réponse satisfaisante est la suivante : comment définir rigoureusement, je veux dire rationnellement et scientifiquement, la valeur ?

    Lorsqu’on aura une réponse, on pourra parler sérieusement des mille euros d’Eusèbe, pas avant, et parler alors, doctement, de la distinction entre des concepts théoriques et des notions pré-systématiques. Je veux simplement dire qu’il faudrait conceptualise la notion de valeur (et peut-être critiquer sérieusement les théories économistes d’avant et d’après M. Allais) avant que d’essayer de conceptualiser la notion de monnaie : mais peut-être cela a-t-il déjà été fait sur d’autres pages du blog, comme je l’ai dit en préambule, je suis juste de passage.

    Avec mes meilleures considérations pour la bonne tenue de vos débats, que j’espère ne pas avoir trop perturbés, je voudrais encore vous adresser mes amicales salutations.

  58. Dani dit :
    6 décembre 2008 à 00:48 @Paul :

    J’adhère à votre exercice de clarification et surtout au principe de dissociation des concepts. Par contre, je ne suis pas du tout convaincu par les “vocables” choisis. Le terme “monnaie” est ambigu, d’accord, mais des mots comme fortune (elle peut être non-monétaire), reconnaissance de dette (elle peut émaner d’un échange non bancaire entre privés) et même argent (probablement aussi ambigu que monnaie) portent en eux un risque de confusion semblable.

    Que se passe-t-il si 2 personnes échangent des reconnaissances de dettes aux montants identiques et vont les porter à l’escompte dans des banques ? Faut-il enregistrer ceci comme une augmentation de fortune pour chacun d’eux ?

    Mais la piste me semble juste… sûrement encore trop “simple”.

  59. moderato-cantabile dit :
    6 décembre 2008 à 18:33 @ de passage
    J’espère que vous repasserez, car je partage vos opinions. Avant de se poser des questions sur la valeur de la (des) monnaies il serait plus important de se poser des questions sur des valeurs, les réelles et les virtuelles et sur les règles qui gèrent nos sociétés, si jamais il en reste.
  60. juan nessy dit :
    6 décembre 2008 à 18:40 Pourquoi est ce qu’Eusèbe “travaille” ?
  61. Pierre025 dit :
    7 décembre 2008 à 11:35 C’est très intéressant ce que vous écrivez. Merci !
  62. Marc dit :
    8 décembre 2008 à 16:51 L’exemple de Paul montre que la fortune d’Eusèbe est et reste de 1000 € et que celle de Casimir est de 810 €.
    Si Casimir et Eusèbe sont des cigales et décident ensembles d’aller faire la fête au Cashbar, ils peuvent le même soir boire et manger pour 1810 € (Casimir payera en cash et Eusèbe sortira son chéquier). Bien sûr Casimir a toujours une dette envers la banque, mais il se mettra en faillite. Merci la banque tirelire, elle a permis à nos deux compères de dépenser ensembles 81% de plus que l’apport initial (si Eusèbe avait prêté 810 € à Casimir, il lui en resterait 190 et ensembles ils n’auraient pu dépenser que 1000 €).
    Si la monnaie est ce qui permet de consommer, il y a bien eu création monétaire ex nihilo de la banque Tirelire. C’est un paris sur l’espoir que Casimir sera fourmi et non cigale, qu’il investira cet argent dans une activité profitable à terme (par exemple étudier la finance) et pourra donc rembourser au lieu d’aller se soûler.

    Et ça n’est pas fini, le Cashbar a encaissé 1810 € de nos compères, et il déposera cette somme le lendemain à la Banque Tirelire….

  63. Dav dit :
    8 décembre 2008 à 17:10 @de passage

    Pour ma part, j’en suis arrivé à la conclusion que la notion de “valeur” relevait du champ de la métaphysique; le choix d’une foi en quelque chose.
    C’est aussi pour cela qu’elle est impossible à définir, justement parce que cette définition repose sur une foi.

    Dans la foi qui est la mienne, le meilleur étalon de la valeur, c’est le temps.
    C’est sans doute parce que, dans la foi qui est la mienne, c’est ce qu’il y a de plus précieux.

  64. thelast dit :
    10 décembre 2008 à 06:45 @Chris
    “une autre “bonne” solution serait d’obliger la banque à demander à Eusèbe s’il accepte de prêter une fraction se ses dépôts, quelle est la fraction qu’il accepte de prêter et sur quelle durée.”

    Ce faisant vous reduisez l’échange (de service) entre les personnes et au final l’un se retrouvera comme créancier de l’autre. La banque ne sera plus qu’un entremetteur.

    @Ybalbel
    “ce n’est pas un problème dans un système global, car on considère que tout le monde ne va pas retirer en même temps. C’est un risque sciemment couru pour accélérer le développement économique. Pas d’arnaque ou de scandale la dedans.”

    Je suis d’accord mais le problème actuel n’est il pas dans le fait que tout le monde souhaite une liquidité immediate?

  65. thelast dit :
    11 décembre 2008 à 05:35 enfin ce que je vois surtout c’est que Eusèbe a mis à la banque le fruit de son travail et que Casimir a fait les yeux doux à la banque.
    Cette dernière lui a refilé un papier (attestation de pret) échangeable contre des espèces sonnantes et trébuchantes.
    Ce qu’on peut comprendre c’est que si Eusèbe et Casimir veulent retirer ensemble leurs avoirs, la banque exerce une pression sur la banque emetrice de billets pour leur donner ces espèces (900€ pour Eusebe et 810 pour Casimir).

    J’interprète cela comme le fait que la banque a créé de l’argent une valeur à partir d’une promesse qui pourrait ne pas être tenue.
    Et que la banque émetrice de billets devient l’otage de la banque accordant des prêts car elle doit emettre autant de billets que l’autre banque emet des prêts.

    C’est à dire que si la quantité de prêts devient trop importante, la crédibilité du billet générée par la banque centrale est attaquée. Pour ma part, mon idée initiale de limiter les retraits ne me parait pas si stupide.
    cela permet tout de même des échanges, donne du temps à la banque pour resoudre les problèmes et reduit la consommation de façon non inégalitaire (le plafond peut même être assez haut). Tout le monde dit que la trajectoire que nous avons à l’heure actuelle n’est pas soutenable. alors pourquoi faudrait il la soutenir?

  66. Greg dit :
    11 décembre 2008 à 06:33 @thelast,

    Il me semble que la limitation de retrait existe déjà dans les faits. Essayer de retirer tout l’argent de votre compte en liquide pour voir… :)

  67. Curieux dit :
    12 mars 2009 à 15:22 Cher Paul,

    J’ai aimé lire votre article jusqu’à ce que je me bute à un os. Il s’agit de la notion de fortune.

    Vous dites: “La fortune, c’est l’argent dont on est propriétaire : elle additionne l’argent qu’on a et l’argent qu’on vous doit. (…). La fortune d’Eusèbe est de 1000 € (100 € dans sa poche, 900 € sur son compte à la banque) ; la fortune de la banque est de 900 € (90 € dans son coffre et 810 € dans la poche de Casimir) et la fortune de Casimir est de 810 € (dans sa poche). Le total des fortunes est de 1000 € + 900 € + 810 € = 2710 €. La somme des fortunes est 2,71 fois plus élevée que la somme d’argent.

    Le problème que j’ai par rapport à votre raisonnement sur la fortune, c’est que si je considère votre définition du concept théorique “fortune”, alors la fortune de la banque n’est pas de 900 € car elle (la banque) n’est pas propriétaire de ces 900 €. Elle en est la débitrice d’Eusèbe. En droit, le concept théorique du propriétaire et celui du débiteur sont radicalement différent. Il en va de même pour la fortune de Casimir qui n’est pas de 810 € car lui également est débiteur de la banque. D’ailleurs dans le langage courant, lorsqu’on emprunte de l’argent on dit:”ce n’est pas mon argent, c’est un emprunt que je dois rendre”. Ceci ne correspond absolument pas à la notion de propriété (usus, abusus et fructus).

    A partir de cela, je ne comprend absolument pas votre multiplication de la fortune, c’est à dire si j’ai bien compris, de l’argent (celui qu’on a et celui qu’on nous doit) dont on est propriétaire.

    Merci de m’apporter votre éclairage.

  68. Paul Jorion dit :
    12 mars 2009 à 15:50 Oui, c’était trop expéditif, il faut que je revienne sur tout ça. C’est d’ailleurs ce que je suis en train de faire aujourd’hui-même.
Publié dans Débat monétaire | Commentaires fermés sur 26 – Monnaie, « monnaie scripturale » et… monnaie

25 – Editorial 2

Dans les commentaires du  » temps qu’il fait  » du 10 juillet 2009, Paul Jorion,  à Oppossum qui écrit plus haut “C’est à dire que la duplication de l’argent a bien eu lieu ! C’est à dire qu’il y a à la fois l’argent des dépôts ET l’argent de emprunteurs.” pose la question suivante…

« Cet argent dupliqué peut-il être dupliqué
1) dans deux portefeuilles distincts (dans deux poches revolver) ?
2) dans un portefeuille et dans une reconnaissance de dette ?
3) dans deux reconnaissances de dette ? »

… et il rajoute

« c’est de l’option 1 qu’il faut que vous me convainquiez.« 
Et vous chers lecteurs, qu’en pensez-vous ?

Mais aussi: qu’est ce que « l’argent » pour Oppossum et Jorion ? seulement les pièces et les billets comme semble l’indiquer « dans deux poches revolver » ? Auquel cas la question en elle même n’a aucun sens… nous ne sommes pas dans un cas de physique quantique et des expériences d’Alain Aspect

Publié dans Editoriaux | Un commentaire

24 – Notre débat sur la monnaie : et si c’était à refaire ?

26 11 2008

Publié par Paul Jorion

Les experts reconnus vous diront qu’engager le dialogue avec les « amateurs éclairés » qui tentent de poser un œil critique sur leur discipline, est non seulement une perte de temps mais peut se révéler aussi une expérience dangereuse pour vous puisque votre nom se retrouve in fine associé aux thèses hétérodoxes dont vous avez accepté de débattre avec eux.

La discussion que nous avons engagée sur « la création monétaire » pourrait sembler leur donner raison. Arrivé au bout du parcours, j’ai trouvé beaucoup d’erreurs de raisonnement et parfois pire : quelques falsifications intentionnelles. La position où je me retrouve à l’arrivée est celle que j’avais au départ : celle des « experts » reconnus de la question, celle qu’exprime la théorie financière dominante telle qu’on la trouve exprimée dans les livres de référence de ma profession d’ingénieur financier.

Ai-je des regrets ? Non, et ceci pour plusieurs raisons. La première est que j’aurais pu continuer d’entretenir un doute : ma connaissance était-elle un véritable savoir ou bien l’aboutissement d’un endoctrinement ? Vous m’avez obligé de refaire le raisonnement entièrement, du début à la fin, et j’en ai éprouvé chacune des étapes au test de vos multiples objections. La deuxième, est mon intérêt en soi pour le fonctionnement de l’explication, je lui consacre mon livre à paraître et l’anthropologie des savoirs est celle à laquelle je m’identifie complètement. La troisième raison, est la découverte que j’ai faite à cette occasion du mécanisme de la manipulation de l’opinion par la désinformation. L’exemple est excellent : l’argent – un sujet qui nous touche tous de près ou de loin ; l’argent – un moyen que nous utilisons tous les jours sans que cela nous pose de problèmes ; les banques – qui nous prennent cet argent sous des prétextes multiples ; la monnaie – qui repose sur une « multiplication des pains » : la magie des « réserves fractionnaires » ; soit, au total, une combinaison fatale de mystère et de ressentiment qui nous fait suspecter l’existence d’un « scandale » et nous encourage à relâcher les principes que nous appliquons habituellement au raisonnement. J’ai pu constater ici que les « amateurs éclairés » ne prêtent pas suffisamment attention au fait qu’un maillon vicié dans le raisonnement (faux par naïveté ou par rouerie) l’invalide entièrement ; en ignorant cela ils tendent aux « experts » qu’ils critiquent les verges pour les battre.

Referais-je l’expérience ? Oui, parce que je reste convaincu qu’il existe des cas où les « amateurs éclairés » y voient en effet plus clair que les experts d’un savoir qui s’est fossilisé au fil des années. Oui, parce que je reste fasciné par le processus de la découverte : j’ai accepté autrefois un débat sur les OVNI, où j’ai découvert de la mauvaise foi dans les deux camps, j’ai ensuite accepté ici-même un débat sur 9/11 qui m’a permis de découvrir comment la morgue des experts les empêche de communiquer les résultats pourtant justes auxquels ils parviennent. Avis simplement à ceux qui ont quelque chose à vendre, de brun ou de noir : je ne vous tolérerai pas davantage.

Ce texte est un « article presslib’ » de Paul jorion. Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite.

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192 réponses à “Notre débat sur la monnaie : et si c’était à refaire ?”
  1. kabouli dit :
    26 novembre 2008 à 18:28 Il semble que les théories de Darwin aient rencontré auprès des experts de cette époque peu de succès et qu’elle se soient répandues d’abord dans des cercles populaires. Il en est de même des livres les auteurs ne pensent pas principalement a s’imposer à des experts mais d’être reconnus par l’intermédiaire d’un public éclairé plus avide de connaissances nouvelles que les communautés d’experts.
  2. et alors dit :
    26 novembre 2008 à 18:33 ouf…on continue…merci Paul …et celles et ceux qui n’ont rien à vendre…
    D’une part “Et si c’était à reFAIRE”… D’autre part “anthropologie des SAVOIR”…alors pourquoi pas une “anthropologie des SAVOIR-FAIRE”…penser/agir…
  3. Dav dit :
    26 novembre 2008 à 18:43 Monsieur Jorion,

    J’ai personnellement pris grand plaisir à construire ma propre analyse au long du fil de commentaires de votre précédent billet.
    J’en suis arrivé à déduire qu’il n’y avait aucun scandale à la création monétaire par les banques commerciales puisque c’est exactement le même principe qui guide la création monétaire tout court. A savoir une création ex nihilo, censément représentative d’une richesse crée (actuelle ou à venir, dans le cas des dettes). En somme, ça n’est pas un scandale, c’est plutôt une révélation du principe de la monnaie !

    Aussi, il me semble important que vous détailliez le plus possible, les biais de raisonnement et d’analyse que vous avez pu déceler, voire que vous rappeliez “l’orthodoxie” scientifique en la matière.

    Si la théorie financière dominante considère que la monnaie EST réelle dans son essence. Alors, il me semble n’avoir toujours pas compris en quoi elle a raison. J’irais même jusqu’à dire qu’il me semble avoir compris en quoi elle se trompe, non pas dans la description qu’elle en fait, mais dans l’analyse qu’elle en fait.

    Quoiqu’il en soit, merci.

  4. A-J Holbecq dit :
    26 novembre 2008 à 19:11 Je n’ai toujours pas compris ce qu’est ” la théorie financière dominante telle qu’on la trouve exprimée dans les livres de référence de ma profession d’ingénieur financier.”

    Le “scandale” n’est pas dans la création monétaire, il est dans le fait que cette création monétaire, distributrice d’intérêts, soit propriété du privé qui a donc de ce fait un pouvoir sur le “sang” qui irrigue l’économie .

  5. Dav dit :
    26 novembre 2008 à 19:13 Par ailleurs, j’ai remarqué deux biais dans l’analyse de Boris :

    1) son analogie est décalée. Dans son exemple, le ballon joue le rôle de la monnaie des banques centrales, or, c’est déjà de la monnaie… donc l’analogie souffre d’un décalage logique.

    2) Sur ce point précis : “le débat prouve que les partisans de la “création” ont une vision “exogène” de la “monnaie scripturale” comme le dit justement Fred L. Ils la “considèrent” (comme dans la citation de Allais) comme de l’argent et non comme une réserve de valeur. Ceci parce que l’on peut payer de manière “scripturale”.”

    “Ils la considèrent comme de l’argent, et non comme une réserve de valeur.”

    Encore heureux que nous considérons la monnaie scripturale comme de l’argent, quand elle exerce sa fonction de réserve de valeur !
    L’erreur de ce raisonnement est de penser que la monnaie change de nature en changeant de fonction. Ce n’est pas parce que la monnaie a trois fonctions, qu’elle a trois essences. Là, pour le coup, sur ce point précis, il y a une erreur logique flagrante.

    La monnaie a trois fonctions. Mais elle ne change pas de nature en changeant de fonction !

    A tous les moments de sa vie, la monnaie possède ses trois fonctions : l’échange, la réserve de valeur et l’outil comptable.

    non ?

  6. Greg dit :
    26 novembre 2008 à 19:29 Juste pour rsté précis, Boris a bien précisé me semble-t-il que le ballon n’est pas une métaphore de la monnaie centrale, mais un bien en tant que tel, il ne différenciait pas monnaie centrale de monnaie de banque commerciale.

    En tout cas merci Paul d’avoir permis ce type d’échange même si tout le monde n’a pas réussi a accorder son violon.

    Mais il est vrai qu’il serait bon que vous exposiez ce qu’il en ressort , et quel est exactement votre point de vue sur la monnaie et sa création. Celà eclaircirait surement tout le monde.

    DE plus quelqu’un avait proposé une sorte de FAQ répondant à certaines questions simples et pourtant primordiales, qu’en pensez-vous ?

  7. Dav dit :
    26 novembre 2008 à 19:36 Merci Greg de m’avoir corrigé.

    Effectivemment, c’est Loïc qui fait glisser l’analogie, et qui la “décale”.

  8. coco dit :
    26 novembre 2008 à 20:27 DE plus quelqu’un avait proposé une sorte de FAQ répondant à certaines questions simples et pourtant primordiales, qu’en pensez-vous ?

    OUI C’EST MOI….
    car je me rends compte que j’ai de grosses lacunes pour pouvoir suivre la discussion….
    et comme ça m’interesse…..

  9. gilles Bonafi dit :
    26 novembre 2008 à 20:36 Je vais à mon tour tenter de fournir une explication. L’argent n’est pas créé par les banques mais comme l’a fait remarqué Paul, par les banques centrales. Or, qu’est-ce qu’une banque centrale?
    C’est une institution qui a le monopole de la production de monnaie pour un pays et qui donc contrôle le taux d’intérêt, le stock de monnaie (donc l’inflation) et in fine la valeur de la monnaie. Mais, la banque centrale ne fait pas que créer l’argent, elle le prête avec un taux d’intérêt.
    On peut donc dire que chaque dollar créé par exemple représente sa valeur et un pourcentage de dette. C’est là que réside le problème car l’argent qui sert à rembourser ce pourcentage de dette provient de la banque centrale.
    Donc, cela produit obligatoirement une augmentation continue et exponentielle de la masse d’argent et donc de la dette.
    [C’est pour cela qu’une bataille politique impitoyable a eu lieu en 1913 aux USA concernant le vote du Federal Reserve act qui créait la FED (un groupe de banques privées) et lui donnant le monopole de la production de dollar. Donc, depuis 1913 les dollars sont des Federal Reserve note. JFK a voulu changer cela et le 4 juin 1963,il a signé l’acte exécutif numéro 111 110, abrogeant ainsi l’acte exécutif 10289, remettant la production de billets de banque dans les mains de l’Etat. Mais, après sa mort l’Executive order 111 110 a été suspendu. C’est pour cela que seuls certains billets de 1963 possèdent l’inscription « United States note ». Les seuls en 100 ans!]
    Mais le problème central est la création de dette à partir de la spéculation boursière.
    De 1914 à 1929 la masse monétaire US a ainsi été multipliée par trois. Cet argent a été l’occasion de créer un nouveau prêt appelé “Margin Loan” qui permettait aux américains de jouer à la bourse à crédit puisqu’ils n’avaient que 10% à payer.
    Nous connaissons la suite.
    Il en est de même aujourd’hui, en bien pire (62 000 milliards de CDS). Le problème vient donc des organismes financiers qui créent de l’argent virtuel.
    Cela fait des années que j’essaie de comprendre, mais après avoir lu un peu partout des avis divergents, je suis dans le doute. J’attends vos commentaires car j’ai beaucoup à apprendre.
  10. BDphile dit :
    26 novembre 2008 à 21:21 Paul Jorion,

    “l’argent – un moyen..”
    “un maillon vicié dans le raisonnement (faux par naïveté ou par rouerie) l’invalide entièrement”

    Quel serait ce maillon vicié ?
    Je suis incapable à ce stade de déceler ce maillon dans ce cas précis.

  11. Dani dit :
    26 novembre 2008 à 21:24 Personnellement, je ne vois pas de “scandale”, mais un mode de faire qui est par principe discutable. Au fond, les principes de fonctionnement de nos économies, et donc aussi le mode d’émission monétaire doit être soumis au débat et à la décision démocratique.
    Aujourd’hui, la base monétaire est émise par une banque centrale (plus ou moins privée ou publique selon les lieux) et cette base est multipliée en respectant des règles plutôt internationales en général (le principe de la multiplication des pains – j’apprécie beaucoup de voir revenir ma comparaison d’il y a quelques mois).

    Donc, le débat qui me semble plus intéressant que de trancher sur ce que signifie “au fond” ce système est celui de savoir s’il faut le conserver en l’état, ou si on peut envisager des réformes. Ce qui est international pourrait être national, l’émission de la base pourrait être fait sous d’autres contrôles et la multiplication pourrait obéir à d’autres règles. Au fond, j’ai l’impression que c’est là véritablement que commence le débat économique et surtout politique.

    J’ai très peu suivi l’évolution du débat depuis quelques temps (j’étais bien impliqué lors des premiers papiers) : j’ai donc quelques lectures en retard et je me suis promis de lire tous les commentaires parus avec les derniers billets de Paul sur le sujet. En tous les cas, je pense que votre attitude est la bonne, même si elle est parfois difficile à tenir.

    Et si vous écrivez un livre sur la monnaie… en prenant en compte le meilleur des débats ici, je me réjouis de le lire !

    Dani

  12. jacques dit :
    26 novembre 2008 à 22:12 Il semblerait que Mr Obama ait tranché le débat sur la monnaie par la nomination de Mr Paul Vocker comme conseiller économique .On en reviendrait à la théorie quantitative de le monnaie ( le monétarisme ).L’offre de monnaie est déterminée par la Banque Centrale et on multiplie les pains comme dirait Dani.
  13. Greg dit :
    26 novembre 2008 à 22:22 @coco,

    Vous n’etes pas le seul ;)
    Moi aussi j’ai beaucoup de mal à trancher dans les différents avis, point de vue, interpretations, semi-vérités…
    Il faudrait donc faire le point sur l’essentiel.

  14. Paul Jorion dit :
    26 novembre 2008 à 22:44 @ A-J Holbecq

    Le “scandale” n’est pas dans la création monétaire, il est dans le fait que cette création monétaire, distributrice d’intérêts, soit propriété du privé qui a donc de ce fait un pouvoir sur le “sang” qui irrigue l’économie.

    Rappelle-toi : j’écrivais dans Monnaie – intérêt – croissance :

    Ma question : y a–t–il « scandale » dans mon illustration ? Si oui, réside–t–il entièrement dans le rapport de force inégal au départ entre le propriétaire et le métayer (qu’on pourrait alors appeler « prolétaire » pour emprunter à un vocabulaire connu) ? Si la réponse à cette question est oui, le problème peut être entièrement reformulé dans les termes de Jean–Jacques Rousseau :

    « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire “Ceci est à moi”, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : “Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne” ».

  15. jacquemin dit :
    26 novembre 2008 à 22:59 Est-ce que l’impression non pas de natures différentes mais de temporalités différentes entre les monnaies :
    – pour la monnaie fiduciaire ( origine plus ancienne et avenir plus lointain , avec des valeurs voulues stables voire permanentes mais avec paradoxalement des datations de création plus floues ou moins indispensables)
    et
    -pour le solde création /destruction de la monnaie scripturale ( origines datées et avenirs convenus , avec des valeurs globales mobiles difficiles à cerner , avec des intérêts en plus à déflater , mais avec paradoxalement des datations précises de créations )
    est-ce que cette impression de novice à une quelconque pertinence ?

    En tout cas , ou pour chaque cas , les “transferts” de savoir grâce à ce blog sont à mon avis plutôt positifs et pas si bloqués ; s’ils en ont souvent l’air est- ce aussi à cause d’un ardu travail théorique sous-jacent ou bien d’ardentes et ultimes défensives avant la remise en cause d’autres travaux qui se croyaient terminés ?

    Je suis tombé en flash back sur le blog de mi juillet 2007 , du 12 notamment qui annonçait la “stratégie” bien ouverte et tous azimuths de cette stricte volonté de savoir de Paul Jorion : blog d’hier ou de demain , toujours étonnants mais très proches du couple indissociable théorie /pratique de la médecine , celle des sympathiques mandarins qui vont pieds nus .

  16. nuknuk66 dit :
    26 novembre 2008 à 23:08 Extraits de propos tenus en 1997 par Cornelius Castoriadis (source, Le Monde Diplomatique):

    ” Du point de vue de l’organisation politique, une société s’articule toujours, explicitement ou implicitement, en trois parties. 1) Ce que les Grecs auraient appelé oïkos, c’est-à-dire la « maison », la famille, la vie privée. 2) L’ agora, l’endroit public-privé où les individus se rencontrent, où ils discutent, où ils échangent, où ils forment des associations ou des entreprises, où l’on donne des représentations de théâtre, privées ou subventionnées, peu importe. C’est ce qu’on appelle, depuis le XVIIIe siècle, d’un terme qui prête à confusion, la société civile, confusion qui s’est encore accrue ces derniers temps. 3) L’ ecclesia, le lieu public-public, le pouvoir, le lieu où s’exerce, où existe, où est déposé le pouvoir politique.

    La relation entre ces trois sphères ne doit pas être établie de façon fixe et rigide, elle doit être souple, articulée. D’un autre côté, ces trois sphères ne peuvent pas être radicalement séparées.

    Le libéralisme actuel prétend qu’on peut séparer entièrement le domaine public du domaine privé. Or c’est impossible, et prétendre qu’on le réalise est un mensonge démagogique. Il n’y a pas de budget qui n’intervienne pas dans la vie privée publique, et même dans la vie privée. Et ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres. De même, il n’y a pas de pouvoir qui ne soit pas obligé d’établir un minimum de lois restrictives ; posant par exemple que le meurtre est interdit ou, dans le monde moderne, qu’il faut subventionner la santé ou l’éducation. Il doit y avoir dans ce domaine une espèce de jeu entre le pouvoir public et l’agora, c’est-à-dire la communauté.

    Ce n’est que dans un régime vraiment démocratique qu’on peut essayer d’établir une articulation correcte entre ces trois sphères, préservant au maximum la liberté privée, préservant aussi au maximum la liberté de l’agora, c’est-à-dire des activités publiques communes des individus, et qui fasse participer tout le monde au pouvoir public. Alors que ce pouvoir public appartient à une oligarchie et que son activité est clandestine en fait, puisque que les décisions essentielles sont toujours prises dans la coulisse.”

    Je n’ai pas compris grand chose à votre débat sur la monnaie sinon que je ne me risquerai pas à aborder le sujet.

    De toutes manières, monnaie ou pas, celle-ci n’est qu’un instrument, la réalité concrète restant la domination du producteur (et du “surnuméraire”) par celui qui détient le capital, d’une part, et l’organisation de la société humaine qui ne permet pas (et de moins en moins) l’émancipation du plus grand nombre, d’autre part.

    Le problème est que l’homme est ce qu’il est, et que les plus avides de pouvoir et/ou de richesses finiront toujours par se servir d’un système politique, aussi parfait soit il, pour le détourner à leur profit.

    La démocratie politique présentait de ce point de vue des garanties.

    Aujourd’hui, une oligarchie a pris les commandes du pouvoir, sous prétexte de complexité des mécanismes mis en place en matière monétaire, bancaire, économique…Cette oligarchie, c’est logique et humain, défend d’abord ses propres intérêts et a tendance à considérer le reste de la collectivité humaine comme, au mieux, une plèbe ennuyeuse mais qu’il faut bien occuper et nourrir, au pire comme quelque chose d’encombrant que l’on voudrait bien museler complètement.

    D’où cette dérive technocratique pour nous priver de tout pouvoir démocratique (TCE en 2005, Traité de Lisbonne voté par le Congrès, constitutionalisation des chois économique…). Pour notre bien, vraiment ?
    Certains le pensent de bonne foi. Mais certainement pour le leur.

    Comment s’étonner que les gens, privé de débats, écartés des choix qui sont faits par d’autres et auxquels ils ne sont pas associés, choix qui la plupart du temps ne sont même pas débattus lors des campagnes électorales et sur lesquels les leaders des grands partis politiques sont à peu près d’accord, cherchent, lorsqu’ils n’ont pas été complètement dépolitisés (c’est déjà le cas d’une bonne partie de la population), à se renseigner.
    Sur le web, à l’intérieur de notre sphère privée, puisqu’il n’y a plus d’agora.
    Il y a des charlatans, certes, des conspirationnistes, en grand nombre, des allumés, des prosélytes, des intuitifs, des sérieux cultivés (comme vous) et avec tout ça on essaie de se faire notre petite idée. Ces débats que vous laissez se développer sur votre site sont utiles, certainement.
    C’est pourquoi un film comme l’argent dette, même avec toutes les imperfections que vous avez pointées, est utile parce qu’il permet ce débat. Qui manque.
    Ce genre de films, ou d’écrits, mis au service de la connaissance du plus grand nombre, pour permettre de comprendre le fonctionnement de notre système économique, et en combattre les aspects les plus néfastes, seraient d’utilité publique.
    Pour une raison que je m’explique mal, il semble que les journaux préfèrent s’intéresser au recomptage de voix socialiste dans une section de Lille Nord plutôt que d’aborder ces thèmes.

    Or, seule l’éducation permet l’émancipation.

    Dernière observation: Il n’est plus du tout pas certain que la population se révolterait si l’on décidait du jour au lendemain de supprimer le droit de vote.

  17. gilles Bonafi dit :
    26 novembre 2008 à 23:34 Le problème de la monnaie est dans sa privatisation. Il faudrait plutôt la considérer comme “un bien commun” au même titre que l’eau, l’air ou les forêts. Nous n’avons pas encore trouvé d’autres moyens d’échange et il faudra un jour le faire(toujours ce satané cerveau reptilien qui veut posséder). Cependant, celui qui contrôle la monnaie d’un pays contrôle le pays. C’est triste à pleurer.
    Le raisonnement de Paul Grignon n’était pas faux sur le fond mais dans la forme. Il a eu cependant le mérite de relever 2 tares du système que nous connaissons bien, à savoir la dette et la croissance exponentielle. J’aimerai en ajouter une troisième, ce que j’appelle “l’effet Monopoly”. En effet, lorsque l’on joue au monopoly, on commence souvent à 5 ou 6, et, invariablement il finit par ne rester qu’un seul joueur qui a ruiné tous les autres. Il en va de même dans l’économie de marché actuelle, ce que Galbraith définit par le mot “escroquerie”.
    Pour en revenir à la monnaie, qu’elle est la solution? Nationalisation (on va nous traiter de bolchéviques)?Règlementation (non, non, non, la bête doit rester libre)?Un autre système peut-être?Oui mais lequel?
  18. Étienne Chouard dit :
    27 novembre 2008 à 00:22 Bonjour à tous.

    Hum, on recule par ici, ces temps-ci, et pourtant, je ne comprends pas du tout les « arguments nouveaux ».

    J’ai relu plusieurs fois a href=”http://www.pauljorion.com/blog/?p=1057″> le message de Boris, et les commentaires du fil allant dans le même sens, mais je ne comprends pas du tout ce qui, dans ce message, ni dans les billets récents, rend légitime et utile au pays 1) le fait que les banques privées créent la monnaie qu’elles prêtent moyennant un intérêt ruineux et 2) que cette création monétaire soit interdite à la puissance publique.

    Si on reste sur les idées simples, en simplifiant un peu mais pas trop, il me semble que :

    La monnaie est UN TITRE (matérialisé ou pas) qui représente (de façon considérée comme fiable et commode) une valeur (existante ou future) sur la base d’un ENGAGEMENT de payer :

    * Quand la BANQUE CENTRALE émet des billets et des pièces —la monnaie FIDUCIAIRE, de fiducia = confiance—, ce sont des titres MATÉRIALISÉS qui sont mis en circulation, des titres qui représentent UNE DETTE DE L’ÉTAT (ou, vu de l’autre côté, une créance contre l’État en faveur du porteur de la monnaie), une dette qui n’est pas programmée pour être remboursée, mais une dette quand même : c’est la CONFIANCE DANS LA FIABILITÉ DU DÉBITEUR qui fait la valeur de ce titre et qui permet aux acteurs de l’utiliser pour leurs échanges sans craindre pour leurs intérêts.

    * Quand les BANQUES PRIVÉES émettent des crédits pour alimenter des DAV (dépôts à vue) —la monnaie scripturale, de scriptura = écriture)—, ce sont des titres DÉMATÉRIALISÉS qui sont mis en circulation, des titres qui représentent UNE DETTE DE LA BANQUE (ou, vu de l’autre côté, une créance contre la banque en faveur du porteur de la monnaie) , une dette qui est programmée pour être remboursée, remboursement qui fera disparaître la monnaie en question : là aussi, c’est la CONFIANCE DANS LA FIABILITÉ DU DÉBITEUR qui fait la valeur de ce titre et qui permet aux acteurs de l’utiliser pour leurs échanges sans craindre pour leurs intérêts.

    _________________________

    Remarque importante : quand les banques privées prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas, elles créent donc DEUX DETTES (ce qui entraîne une difficulté à comprendre car des confusions sont alors possibles : de quelle dette parle-t-on ?) :

    1ère dette : en consentant un crédit, la banque commence par reconnaître SA PROPRE DETTE (la provision du compte, l’engagement de payer à d’autres acteurs les chèques et virements à hauteur de cette somme), et si j’ai bien compris, C’EST CETTE DETTE-LÀ QUI FAIT LA MONNAIE, ET PAS L’AUTRE (d’où un risque de confusion).

    Pour répondre à Boris, Paul et les autres, cette dette nouvelle de la banque envers son client CRÉE pour ce client un POUVOIR D’ACHAT TEMPORAIRE, pas du tout illusoire, bien réel, incontestablement créé ex nihilo (il me semble), même si c’est pour un temps seulement.

    Est-ce que ce fait n’est pas simplement incontestable ?

    2ème dette : et la banque consent à ainsi s’endetter en échange de LA DETTE RÉCIPROQUE DE SON CLIENT, dont le terme est simplement plus éloigné, et naturellement, c’est la différence de terme entre les deux dettes qui fait tout l’intérêt de la manœuvre pour le client.

    Sur le plan comptable (et c’est assez important pour comprendre le système), ces DEUX DETTES —celle de la banque (la monnaie) et celle du client (la contrepartie)— apparaissent au BILAN de la banque :
    – la dette de la banque apparaît au passif (à droite) du bilan de la banque,
    – alors que la dette du client (la créance de la banque contre lui) apparaît à l’actif du bilan de la banque (à gauche).

    Les deux montant sont égaux, équilibrés, et ce tour de magie (cette création de pouvoir d’achat immédiat pour le client) n’est possible que grâce à la certitude (au moins la conviction) de la banque d’être remboursée (par une prochaine destruction de pouvoir d’achat du client au moment du remboursement).

    Si le client ne peut pas rembourser (comme dans le cas des subprimes, par exemple), la banque se retrouve avec sa seule dette (envers les acteurs extérieurs), qui n’est plus équilibrée par la dette du client (devenu insolvable) : L’ACTIF (à gauche du BILAN) que représentait la confiance dans un client solvable PASSE AUX PERTES (à gauche du compte de RÉSULTAT).

    (À ce stade, j’hésite à admettre que la monnaie correspondant à la créance irrécouvrable soit alors DÉTRUITE, comme me le dit fortement Jean (Bayard), parce que je ne vois pas par quelle écriture comptable cela aurait lieu. Intuitivement, j’aurais plutôt tendance à penser qu’assumant désormais la contrepartie de cette monnaie en l’assumant en charge (au sens strict), la banque en devient le support à la place de son client et que cette monnaie (titre toujours aussi fiable pour les autres) continue à circuler. Mais Jean — notre spécialiste de la comptabilité des banques— semble très assuré que cette monnaie est détruite dans ce cas… On va en reparler ; ce sera intéressant de savoir par quelle opération comptable cette destruction de monnaie a lieu dans cette situation.)

    La réflexion de Paul et Boris sur les réserves fractionnaires me paraît complètement à part, presque hors sujet, puisqu’elle ne concerne que des limites imposées aux banques, sans modifier du tout le mécanisme (assez simple) décrit plus haut.

    Le fait que les dépôts ne font pas les crédits se déduit rigoureusement du simple fait que les banques ne peuvent pas du tout disposer de l’argent qu’elles détiennent sur des DAV (l’argent des dépôts à vue ne leur appartient pas et elles n’ont pas mandat de le prêter) et les règles de comptabilité l’interdisent rigoureusement (voir les explications de Jean Bayard).

    Le fait que la loi impose aux banques de ne pas prêter plus qu’un multiple X de leurs dépôts (ou qu’elles doivent avoir en dépôt une fraction Y de leur encours de crédit, cela revient au même) ne signifie nullement que ces dépôts peuvent être prêtés, ni en tout ni en partie (et ils ne peuvent absolument pas l’être, si j’ai bien compris).

    Par contre, la création monétaire des banques privées, sur le plan strictement comptable (et pas du tout en vertu d’une prétendue « théorie » paranoïaque), se fait mécaniquement en contrepartie d’un DAV (dépôt à vue), ce qui fait dire (sans erreur) que « ce sont les crédits qui font les dépôts ».

    C’est de la comptabilité, pas une « théorie » (il me semble).

    J’ai hâte que Jean Bayard ait réparé sa connexion internet et revienne argumenter un peu ici sur ce point central de la comptabilité des banques qu’il connaît particulièrement bien et du « pivot » comptable que sont les DAV dans la création monétaire par les banques privées.

    Surtout, je ne vois pas comment une éventuelle erreur (toujours possible… Qui ne se trompe jamais ? La belle affaire, que l’autre se soit trompé, ça n’en fait pas un âne, évidemment…) comment une simple erreur, donc, sur les différents ratios de réserves ou sur des dérives ou excès de certains “résistants”, pourrait discréditer l’analyse de fond de la création monétaire ex nihilo par les banques privées (création à mon sens tout à fait incontestable, jusqu’à la preuve du contraire, preuve que je ne trouve pas dans les derniers billets).

    ________________________

    Alors, qu’est-ce donc que cette prétendue « illusion » dont parle Paul dans son billet ?

    Si on prend illusion au sens de convention, contrat, règle d’un jeu qui représente la richesse sans être vraiment la richesse, d’accord.

    Mais si on prend illusion au sens de représentation fausse de la réalité, la création monétaire n’est pas du tout une illusion : quand un organe de confiance (État ou banque ou autre) crée de la monnaie, il crée immédiatement du pouvoir d’achat, pouvoir d’achat disponible tout de suite qui n’a rien d’une illusion.

    • Ce pouvoir d’achat est permanent si l’organe émetteur peut se permettre de ne jamais rembourser sa dette : c’est le cas de la monnaie permanente crée par l’État.

    • Ce pouvoir d’achat est temporaire si l’organe créateur de monnaie doit rembourser : c’est le cas des banques qui doivent détruire (au moment du remboursement) la monnaie qu’elles ont créée (au moment du prêt).

    À la rigueur, on peut admettre le mot d’« illusion » pour signaler le fait que le pouvoir d’achat de la monnaie est le plus souvent « voué à bientôt disparaître » (puisque l’essentiel de la monnaie est scripturale et surtout temporaire), mais l’effet anticipateur du crédit, lui, n’est pas du tout une illusion, il permet l’investissement et, finalement, plus tard, la création de plus de richesses réelles que la monnaie qu’il a fallu créer au départ.

    ________________________

    Mais surtout, et vous semblez évacuer le débat sans avoir réglé le point suivant, pourtant décisif : la création monétaire par les banques (et la destruction associée) ne poserait aucun problème si elles ne prélevaient pas au passage LA DÎME DE L’INTÉRÊT, revenu sans cause, imposé sans légitimité politique ni économique, et dont le montant est sans commune mesure avec le travail des banques dans le domaine des prêts.

    C’est la RENTE de l’intérêt qui devrait choquer tous les vrais libéraux.

    La création monétaire par les banques ne peut justifier que le versement d’honoraires, revenus proportionnels au travail (comme tout le monde, quoi), et en s’en tenant strictement au seul travail lié aux crédits concernés (et pas aux frais divers d’autre nature liés à la « diversification » des banques).

    L’intérêt perçu par les banques sur la création monétaire, ruineux pour la société toute entière, imposé sans aucun débat public, cet intérêt non nécessaire n’est pas légitime.

    Je ne comprends pas pourquoi il faudrait renoncer à ce débat ici.

    ________________________________

    Je trouve que les considérations sur les « armoires de ballons » et sur cette très mystérieuse (pour moi) « conservation des quantités » semblent confondre la richesse et la monnaie et sèment le trouble dans la réflexion, sans apporter d’éléments convaincants qui justifieraient qu’on cesse de s’intéresser à ce thème majeur pour l’humanité : il faut que la collectivité des hommes dispose du contrôle complet de sa monnaie, sans jamais abandonner ce contrôle à des centres de profit, sans quoi cette collectivité humaine va perdre immanquablement le contrôle de ses représentants politiques (et de sa liberté), tant il est vrai que la souveraineté politique DÉCOULE, dépend, de la souveraineté monétaire, et pas l’inverse.

    _________________________________

    Par ailleurs, le fait de mêler les considérations sur la crise financière actuelle au débat sur les mécanismes de fond de la création monétaire ajoute à la confusion : on n’a pas besoin (je ne sais pas si quelqu’un l’a fait) d’utiliser cette crise pour montrer la création de monnaie ex nihilo par les banques privées : cette création est un fait comptable avéré et décrit par (presque ?) tous les manuels, apparemment, j’en ai une trentaine à la maison : (presque ?) TOUS décrivent la création monétaire ex nihilo comme une exclusivité des banques privées pour ce qui concerne la monnaie scripturale.

    Mais attention : tous décrivent ce processus mais AUCUN MANUEL SCOLAIRE NE CRITIQUE CE PROCESSUS, et c’est précisément ce qui est très étonnant et qui conduit certains à parler de « secret » : ce qui est au moins très mal enseigné à l’école (et très mal mis en scène pour les citoyens par les journalistes), c’est la profonde ILLÉGITIMITÉ 1) de l’intérêt perçu sur la création monétaire par les banques privées et 2 ) de l’interdiction totale faite récemment aux États de créer sans charge d’intérêts la monnaie dont la collectivité a besoin.

    Sur ce dernier point, l’article 104 du traité de Maastricht (devenu article 128 du traité de Lisbonne) est simplement incontestable, c’est un fait : nos gouvernants ont abandonné définitivement le droit de créer eux-mêmes la monnaie dont le pays à besoin et ils se sont donc imposés par-là de payer (ils nous ont imposé de payer avec nos impôts) UN INTÉRÊT NON NÉCESSAIRE. Ce sabordage monétaire, sans débat honnête, a été verrouillé en 1992 au plus haut niveau du droit, à la fois constitutionnel et international, ce qui le rend pratiquement irréversible. Vous trouvez cela « démocratique » ?

    J’ai farfouillé dans tous mes manuels et je n’ai jamais trouvé cette approche critique (sauf à l’état de trace, parfois, sur une ligne ou deux), cette nécessaire invitation au débat, avec confrontation des thèses opposées et une discipline argumentative qui permettrait à chaque citoyen ainsi éclairé de peser les avantages et les inconvénients réels (pour le plus grand nombre) des propositions en présence.

    Donc, ceux qui prétendent qu’« il n’y a pas de secret », que « tout ça est enseigné en première année de fac », que tout cela relève de la « théorie du complot d’une bande de farfelus indignes d’une conversation avec les vrais spécialistes », tous ceux-là, souvent des professeurs drapés dans leur dignité, oublient de signaler ce point essentiel de L’ÉTUDE SANS CRITIQUE imposée par les manuels, de cette pédagogie de la soumission aux « experts du risque » que sont les banquiers et leurs techniciens, de cette école de la résignation qui règne aujourd’hui en matière monétaire (on voit comme il est encore difficile de résister, même averti).

    Or, cet enseignement (sur la monnaie), par nature, est forcément politique : il impacte toutes les décisions relatives au monde commun, tous les enjeux de la Cité.

    Et dire que cet enseignement « ne doit pas être politique », imposer que cet enseignement soit neutre, « uniquement descriptif de ce qui EST, sans jamais parler de ce qui POURRAIT ÊTRE, ou DEVRAIT ÊTRE », c’est évidemment très politique (l’exigence de ne pas faire de politique est d’ailleurs, généralement, une position très favorable aux conservateurs).

    Paul nous parle ici de son retour, après quelques égarements, à « la théorie financière dominante telle qu’on la trouve exprimée dans les livres de référence » : je suis bien curieux de connaître quelques livres de référence qui expliquent que les banques privées ne créent pas la monnaie ex nihilo (et comment ces livres expliquent les écritures dans les comptes de la banque décrites par Jean Bayard).

    _____________________________________

    Enfin, contrairement à ce que dit Boris, ceux qui réclament « que cesse l’abandon de la création monétaire aux banques privées moyennant un intérêt ruineux » ne réclament pas du tout, que je sache, le retour à l’étalon-or.

    Pas du tout.

    Le mécanisme de la création monétaire ex nihilo est formidable, tout le monde l’a compris, c’est un outil moderne qui n’est contesté par personne : ce qui pose problème… non, disons plutôt, ce qui est parfaitement inadmissible, encore une fois, c’est d’une part, de faire payer à la société toute entière un intérêt exorbitant (5% du revenu national chaque année, selon Maurice Allais) en échange d’un travail minuscule de certains acteurs privés privilégiés, et d’autre part, de priver l’État (c’est-à-dire nous tous) du droit de créer lui-même cette monnaie pour financer ses investissements publics sans subir une charge d’intérêt non nécessaire.

    De ce que j’ai lu et relu de son message, Boris ne démontre rien contre ces point essentiels, qui sont LE FOND, L’ESSENTIEL, du film de Paul Grignon, points que nous devrions pouvoir débattre ici sans monter en épingle des erreurs de détail, toujours possibles mais pas rédhibitoires.

    En d’autres termes, à mon avis, l’illusion n’est pas là où, à nouveau, malheureusement, Paul le pense ;-)

    Pardon d’avoir été si long.

    Amicalement.

    Étienne.

  19. zoupic dit :
    27 novembre 2008 à 00:37 Merci pour toutes vos précisions et votre patience.

    Question néanmoins : en situation de banquier, avec 1000€ de dépôts, sommes nous d’accord pour dire que le banquier a :

    – 1 flux d’intérêt sortant à payer au client qui les a déposé.
    – jusqu’à 9 flux d’intérêts rentrant pour les 9 prêts possibles

    Je ne suis pas sûr de moi, mais si je ne dis pas de bêtises, ça doit ressembler à ça. D’avance merci aux experts pour la correction.

  20. Rumbo dit :
    27 novembre 2008 à 01:31 Ce présent billet de Paul m’inspire les réflexions suivantes.
    Plutôt que d’être ou l’un ou l’autre, je préfererais être un prefessionnel éclairé doublé d’un amateur également éclairé, dans ma personne j’y mettrais simplement une cloison entre les deux. Je voudrais dire par là que les deux attitudes doivent être, en principe, de la même essence. S’il y a des thèses hétérodoxes, cela signifie qu’il y a des thèses orthodoxes. Mais ces deux sont soumises à la dualité. Ceux qui auraient falsifié intentionnellement ne peuvent être que des naïfs, des imbéciles, voire des pervers. Car ils n’imagineraint même pas que rapidement, ou à terme, la preuve ou la démonstration de leur falsification ne serait jamais faite? On plaint souvent ces pauvres hardis farfelus, francs tireurs, etc, mais génies méprisés, parfois injustement dénoncé et couverts d’opprobe, mais qui avaient raison avant l’heure et dont on a pu, avec le temps, s’aperçevoir (1) qu’ils avaient raison contre l’ “ordre” les “méthodes” établis et les intérêts en place, certes. Mais on ne parle vraiment jamais de ces innombrables loustics, sûrement bien plus nombreux que les précédents, qui ont frappé, en vain, aux portes des laboratoires, des instances officielles, dont les “savoirs” ou les “découvertes”, ou “preuves”, sont ipso-facto tombées, ainsi que leurs noms, aux oubliettes définitives.

    Donc, il y a erreur et vérité ici, et erreur et vérité là. Le plus difficile et risqué, mais indispensable est de vouloir joindre la vérité à partir de tous les “camps. Et là, je crois que Paul est vraiment dans l’attitude, le principe et le souci du vrai. Car au delà des ordinaires difficultés qu’il peut toujours y avoir à tout propos entre les personnes , la vérité ne s’oppose jamais à la vérité. Ce sont les intérêts (de tout ordre sans exception) qui, dans la grande majorité des cas, s’opposent à la vérité.

    Tient! Les intérêts! Oui, justement, les intérêts iniques bancaires, tout particulièrement les intérêts découlant, dans l’exemple du billet précédent reproduit de Boris, de tout ce que représentent dans les mécanismes bancaires les 17 ballons “hologrammes” faisant du tapèze et se dissolvant dans le vent d’où ils étaient venus, non sans avoir exigé des sommes indues d’intérêts fantoches et délétères.

    Ce qui ne cesse de m’étonner sous l’éclairage documenté, expérimenté et professionnel, outre celui de Paul, celui de certains des intervenants, c’est qu’on dirait que de vraie technique bancaire: point. Mais une combinatoire “savante” et “astucieuse”, jusqu’à la fuite en avant, jusqu’à certains grands banquiers entendus ces mois et ces semaines passées récentes déclarer que la titrisation est une très bonne chose, qui dilue comme souhaité les risques, donc de permettre de passer à “la vitesse supérieure” avec le principe de titrisation qu’ “on” va réussir à restaurer, etc, et en attendant: nous ne pouvons pas faire autrement que d’agir comme nous le faisons à présent…

    Je le répète, si le système financier et bancaire dans son ensemble devait fonctionner selon les lois – incorruptibles – comme celles modélisées de la physique et de la – thermodynamique -, le “système” aurait sauté depuis longtemps et nous aurions été anéantis dans un désert total. En thermodynamique, si l’on maîtrisait le phénomène de l’entropie, on aurait déjà l’usage du mouvement perpétuel. Or, on sait très bien que c’est impossible: on ne peut pas produire plus d’énergie qu’on en dépense, quelques soient les chemins et les détours qu’on prenne; mais on peut limiter sensiblement l’entropie sans jamais la réduire à zéro. Et bien en matière bancaire, financière et monétaire, c’est exactement ce que l’on fait! On précipite l’entropie. Les fameux “effets de levier”, la manipulation du “crédit”, entre autres, ne font que précipiter l’entropie, c’est à dire la dégradation intensifiée et amplifiée en même temps de tout le tissus social et économique. Sans doute le modèle bancaire ‘rothbardien’, rappelé à propos par Loïc Abadie, se rapprocherait-il le plus de la vérité dans le panel du sytème bancaire actuel.

    À part peut-être Armand, je suis assez étonné qu’on fasse si peu allusion ici dans les développements exprimés sur la monnaie sur le rapport, le lien premier, basique, consubstantiel de la monnaie avec la production de tous les biens. Production et monnaie sont l’architecture de base, la clé de voute, des échanges. La clé de la distribution, c’est la monnaie. Des “cerveaux de génie” élaborent le système financier et monétaire, et c’est la régréssion socio-économique

    (1) souvent après leur mort. Exemple typique, Frédéric Sauvage, premier inventeur de l’hélice de bateau en 1832 est mort à peu près clochard

  21. Archimondain dit :
    27 novembre 2008 à 02:00 A propos du scandale (titre accrocheur)
    Sous réserve que ma compréhension des choses soit correctes :

    @zoupic et … :

    Non justement, c’est là où le scandale n’a pas lieu d’être (où si il a lieu d’être, c’est pour d’autres raisons). Si on revient à l’analogie des ballons d’il y a 2 posts (un peu le Joe le Plombier du débat quelque part :) ), le système que vous décrivez correspond au fait qu’une personne dépose un et un seul ballon dans un placard et qu’elle est autorisé à fournir 9 morceaux de papiers correspondant chacun à une promesse de ballon, ce qui serait effectivement scandaleux, car les banques auraient alors un pouvoir directe de multiplication de ballons (enfin d’argent) afin de le prêter ensuite contre intérêt. Par la suite, les morceaux de papiers seraient détruits un fois ‘remboursées’, et la banque empocherait les intérêts. Ce n’est pas comme ça que les choses se passent. Pour donner 9 morceaux de papier, il faut 10 morceaux de papiers (ou 10 ballons, dans ce cas on prête directement les ballons et non les morceaux de papiers) certifiant que si l’on remonte leurs origines par la chaine du crédit, il y aura effectivement 10 ballons véritables au bout. Et parmi ces 10 morceaux de papier, on peux en prêter 9. La ‘création’ réside dans le fait que la personne qui possède ces 10 morceaux de papier, à l’illusion de toujours pouvoir y accéder, malgré le fait qu’ils aient été prêtés. En pratique, il ne peux pas y accéder. C’est comme le souligne Armand, c’est une promesse mensongère. On peut donc même aller jusqu’à dire qu’il N’Y A PAS DE CREATION D’ARGENT DU TOUT. Tant que trop de gens ne réclament pas l’argent qu’ils croient posséder en même temps, le système fonctionne, et fait tourner l’économie. Il n’y a création que si l’on comptabilise dans l’argent total, celui que les gens croient toujours posséder, mais qu’ils ne possèdent en fait pas.

    Cela implique comme le souligne Paul et bien d’autres, qu’il y a conservation des quantités (mais sur une promesse mensongère). En pratique, la études statistiques (domaine extrêmement puissant des mathématiques pour expliquer le monde) montrent que la promesse n’est pas mensongère puisque statistiquement, les gens ne vont pas réclamer leurs argent en même temps. Mais, les statistiques montrent aussi, que la promesse peut s’avérer mensongère, mais juste ‘très rarement’. On espère alors que ce très rarement n’arrivera pas :)

    L’argent reste une question philosophique, politique (à prendre dans le sens ‘philosophie appliquée’), et économique passionnante. Et le système actuel possèdent bien des travers. Mais parmi les travers directement liés aux principes du système de réserve fractionnaire. (donc sans parler de marchés financiers, de produits dérivés, etc…) de crédits/dépôts, j’ai beau me casser la tête à chercher un petit scandale, je dois bien admettre que je ne trouve rien de plus que ce que Loïc explique deux posts plus tôt, et qui reste en soit plutôt bénin tant que des lois encadrent intelligemment les choses. (ce qui n’a apparemment pas du tout été le cas ces dernières années).

  22. gilles Bonafi dit :
    27 novembre 2008 à 02:09 Comme je suis un enfant très turbulent je laisse ici quelques citations (avec les références) qui fâchent:
    -« Les banques créent de la monnaie très simplement. Lorsque le titulaire d’un compte obtient un prêt à court terme (moins d’un an), par exemple une avance sur salaire : dans ce cas, la banque inscrit au crédit du bénéficiaire la somme demandée (d’où le terme de crédit). Elle a créé de la monnaie scripturale à partir de rien. Une inscription sur un compte lui a suffit. »
    Source : Denis Clerc, professeur d’économie « Déchiffrer l’économie », Chapitre 4 La monnaie et le crédit, p. 163.

    -« Les particuliers — même paraît-il certains banquiers — ont du mal à comprendre que les banques aient le pouvoir de créer de la monnaie ! Pour eux, une banque est un endroit où ils déposent de l’argent en compte et c’est ce dépôt qui permettrait à la banque de consentir un crédit à un autre client. Les dépôts permettraient les crédits. Or, cette vue n’est pas conforme à la réalité, car ce sont les crédits qui font les dépôts. »
    Source : Banque de France

    -”Aujourd’hui, la monnaie est détachée de tout support matériel, on peut en créer à l’infini. »
    Source : Bernard Maris, professeur d’université en France et aux États-Unis, docteur en économie « Anti-manuel d’économie », éd. Bréal, oct. 2003, p. 219

    -« Le principal émetteur de monnaie, ce sont les banques. Pas la Banque centrale européenne (BCE), via la Banque de France qui, dans ce domaine, n’est en quelque sorte qu’un de ses établissements nationaux, comme les autres banques centrales des pays qui constituent la zone euro. La BCE émet les billets, pour lesquels elle a d’ailleurs un monopole légal et sévèrement respecté. Mais les moyens de paiement dont nous nous servons ne se réduisent pas aux billets. Nous utilisons quotidiennement des pièces (frappées par le Trésor public qui possède l’Hôtel des Monnaies) et surtout des chèques ou des cartes de paiement par lesquels nous transmettons au bénéficiaire une somme d’argent prélevée sur un compte bancaire que nous possédons. »
    Source: Denis Clerc, « Déchiffrer l’économie .»

    -« Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiements ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt, qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit, il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme de crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écritures.”
    Source : Maurice Allais, “Prix Nobel” de sciences économiques, « La crise monétaire d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires. », Éd. Clément Juglar, 1999, p. 63.
    Tu vois Paul, c’est toujours la même chose, thèse, antithèse, mais qui fera la synthèse?

  23. Rumbo dit :
    27 novembre 2008 à 02:11 Ayant été interrompu plusieurs fois par des conversations plus ou moins longues pendant la rédaction de mon précédent message, je n’avais pas encore détecter le message d’Étienne. Et quand je dis — À part peut-être Armand, je suis assez étonné qu’on fasse si peu allusion icédans les développements exprimés sur la monnaie sur le rapport, le lien premier, basique, consubstantiel de la monnaie avec la production de tous les biens. — J’ajoute, quoiqu’en retard, Armand et Étienne dont les interventions fouillées et circonstanciées ratissent toujours l’essentiel à élucider.
  24. Pierre-Yves D. dit :
    27 novembre 2008 à 04:50 AU secours Wittgenstein !

    je pense que c’est le “à partir de rien” qu’il faut interroger. Beaucoup des malentendus seraient alors dissipés, et certains points de vue à première vue divergeants, sur certains points particuliers, réconciliés. Il me semble en effet diffiicile d’affirmer tout de même que tous ceux qui affiment qu’il y a “création de monnaie scripturale ex nihilo” sont forcément dans le camp du faux. Il faut s’efforcer, de bien lire et analyser de quoi il est effectivement question dans chacune des nombreuses assertions qui utilisent le mot “ex nihilo” ou “à partir de rien”. Il y aurait une typologie à faire des occurences du terme dans ce blog. Il se peut même que l’on retrouve le rien et le contraire du à partir de rien chez les mêmes personnes, d’un commentaire à l’autre ou selon la pespective adoptée.

    Je commence par Maurice Allais. Celui-ci a tord lorsqu’il assimile la monnaie scripturale a de la fausse monnaie.
    Pour lui cette monnaie n’est plus RELATIVE à quoi que ce soit et c’est pourquoi elle est pour lui sans valeur.
    Son erreur vient de ce qu’il focalise son attention sur le jeu d’écriture sans s’intéresser à l’origine de la monnaie dans le système macro-économique avec ses dimensions sociales, symboliques C’est aussi une vision purement déterministe ou causaliste de la monnaie dans le sens où le futur n’est pas une donnée intégrée dans l’analyse de la valeur monétaire au moment où se crée de la monnaie. Le facteur humain dans ses dimensions sociales et institutionneles, est sous-estimé ou alors il revient seulement sous l’angle moral quand il évoque les faux monnayeurs que sont les créateurs de monnaie scripturale.

    Pour d’autres, qui considèrent tout autant que la monnaie bancaire est une création ex nihilo le mécanisme du crédit (hors la qestion des intérérêts) n’est pas remis en cause et ne constitue nullement une illusion. Ou alors si c’est une illusion c’est une illusion très efficace, qui fonctionne, tellement bien qu’elle fait “tourner” l’économie. Autant dire qu’entre elle et le réel c’est du pareil au même.
    Si l’on examine les dires des “ex-nihilistes” — et à cet égard le dernier billet d’Etienne Chouard me semble assez probant — ils évoquent le “à partir de rien” pour simplement signifier que la dette n’a pas encore été remboursée au moment où le crédit a été contracté. Etienne Chouard peut dire alors qu’un pouvoir d’achat est mis à la disposition du client sans que ce dernier n’ait encore remboursé sa dette. Le rien concerne donc en définitive le manque (encore) à gagner sur la somme prêtée à Ce client, en particulier, pendant toute la période pendant laquelle le prêt n’aura pas été remboursé.

    D’un point de vue macro-économique, par contre, la création de monnaie scripturale, ne se fait pas à partir de rien. Le prêt consenti, génériquement parlant, est gagé sur l’ensemble de la capacité d’une économie, avec sa banque centrale, ses banques, ses entreprises, ses ressources humaines et naturelles, à produire les ressources nécessaire au remboursement de la dette, des dettes qu’elle contracte. Et si s’il y a conservation des quantités c’est, à mon sens, précisément en vertu de cet origine macro-économique de la création monétaire. La conservation des quantités ne trouve pas son origine dans les dépôts ni non plus dans les réserves fractionnaires. Ces dernières sont simplement régulatrices du système mais elles ne sont pas la source de la monnaie crée scripturalement. La monnaie scripturale s’y réfère mais cela résulte d’un dispositif juridique duquel procède l’aspect mathématique. Evidemment, la loi des grands nombres est d’un précieux secours pour définir le contenu de la dite règle juridique qui s’applique aux banques.

    La conservation des quantités joue sur le retour sur investissement. On entre alors ici dans l’analyse sociale et économique, la valeur de la monnaie cripturale étant relative à l’activité d’un système symbolique, lequel ne peut exister sans institutions. La conservation des quantités est relative à un cycle, un circuit qui part de la banque, passe par le client, et y revient au bout d’un certain temps, fixé par avance. En ce sens, il n’y a pas de création ex nihilo de la monnaie. A l’instant précis où une écriture (manuscrite ou numérique) atteste de l’octroi du prêt, oui, il y a création ex nihilo, sur cette opération technique et comptable. Par contre selon une autre perspective, élargie, si l’on considère la monnaie scripturale qui est inscrite à l’actif de la banque est une VALEUR qui exprime une RELATION dans le TEMPS, entre deux contractants, alors il n’y a plus création ex nihilo. Et en dernier ressort, même la monnaie centrale n’est pas crée à partir de rien, de ce point de vue.

    C’est une analogie, sans doute approximative, mais tout ceci me fait penser au problème de la nature à la fois onde et corpusculaire de la matière. L’atome de matière scripturale semble venir de nul part, ne devoir son existence qu’à lui-même (théorie exogène) mais on peut aussi le voir comme un cycle-onde (théorie endogène). Paul nous rappelait quant à lui les principes de la termodynamique pour illustrer son propos. Je ne sais pas ce qu’il voulait dire exactement en utilisant sa métaphore, mais pour moi cela siginifie ce que je disais plus haut, à savoir que la réalité dans sa globalité — le système macro-économique — est le substrat supposé quantitativement stable de tous les états passés, présents et futurs de la monnaie. Bref, la monnaie est particularisée en unités de compte, mais cette particularisation a de multiples avatars tout comme l’énergie qui peut se dégrader dans un système clos. (Evidemment on peut se poser la question de savoir si l’univers est lui aussi un sytème clos). Les moyens de paiments changent. Les différentes monnaies voient aussi leur valeur fluctuer, voire se dégrader, tout comme le phénomène entropique, en fonction de l’évolution globale du système.

    Mais la métaphore a ses limites. Le système monde monétaire est-il un système clos ou bien ouvert ? Ce qui est entropique à un certain niveau le serait moins à un autre. Peut-être la crise est-elle la difficulté de passer d’un système clos à un système plus ouvert, plus large, où il y aurait possibilité de résister à l’entropie galopante du système actuel. D’autre part, le phénomène monétaire est-il comparable au phéonomène entropique ? Car il y a le facteur humain qui intervient, créateur par excellence ! (du moins dans ses bonnes heures.)

    Bon, voilà ce que j’ai compris, interprété, du débat pro et anti “ex nihilo”. J’hésite un peu à poser mon commentaire, car, à vrai dire je suis peu assuré. Mon exposé est peut être faux, et-ou , lacunaire. Sinon, quelqun a-t-il des nouvelles du “chevalier” Bayard ?

  25. fab dit :
    27 novembre 2008 à 06:06 Bonjour et un grand merci à Etienne Chouard : l’art et la manière d’aller à l’essentiel sans se laisser aspirer par le tourbillon de l’analyse de la complexité des mécanismes… (Un « déplieur » de papiers pliés en quatre, en huit ou plus !?)

    Tout débat est bénéfique.

    Je souhaite que des interventions comme celle de Mr. Chouard soient tout doucement médiatisées pour que le monde ait une réelle chance de changer…Tout doucement pour ne pas choquer et donc provoquer un rejet, aussi pour ne pas être récupérées par des extrémistes, et enfin et surtout pour ne pas une fois de plus nous convaincre, nous peuples « développés », que ce sont ceux qui ont les plus grandes oreilles qui entendent le mieux, ou ceux qui ont le télencéphale le plus développé qui s’en servent le mieux… (http://www.dailymotion.com/video/x13fp_ile-aux-fleurs)

  26. Dominique Larchey-Wendling dit :
    27 novembre 2008 à 07:34 Sur la thème de la nature de la monnaie scripturale “créée temporairement” ou “jeu d’écriture” (est-ce la ligne de fracture du débat ?), je voudrais juste faire remarquer, suite à la réflexion de PJ sur le caractère central de la notion d’intérêt dans la discussion, que justement, l’intérêt est perçu sur les 90000$ crées (dans l’exemple de Paul Grignon), et pas sur les 10000$ initiaux. Alors ces 90000$ peuvent-ils être virtuels si l’on perçoit un intérêt dessus ? Quelle que soit par ailleurs la nature de celui qui perçoit l’intérêt, les banques en redistribuant une partie aux déposants.

    Je pense par ailleurs qu’il faudrait évacuer les arguments moraux qui voient en la création monétaire un phénomène normal ou scandaleux … car cette question dépend trop de la position particulière que chacun occupe dans ce système, certains en profitant, d’autres en étant victime. La question intéressante est plutôt : est-ce un phénomène soutenable dans un environnement économique en contraction ou nécessite-t-il impérativement la croissance économique. La décroissance énergétique le rend-il fondamentalement instable comme l’écrit King Hubbert ?

  27. A-J Holbecq dit :
    27 novembre 2008 à 08:07 @Archimondain
    ” statistiquement, les gens ne vont pas réclamer leurs argent en même temps. “
    Mais qu’est ce que c’est pour vous que “l’argent” ? Uniquement des billets de banque ?
    Il est tout à fait évident qu’il n’y a pas autant de monnaie fiduciaire (billets et pièces) que “d’argent” (synonyme d’ailleurs de monnaie) dans les comptes des banques… il suffit de regarder n’importe quel bulletin de la Banque de France (monnaie zone euro) … par exemple juin 2008
    – Billets et pièces = 649,7 (émis par la BCE)
    – Dépots à vue = 3188,1 (émis par les banques commerciales)
    Total M1 = 3837,8
    Total M3 = 9022,1
    Crédits au secteur privé = 10610,5
    Créances sur le secteur privé = 12558,1
  28. Étienne Chouard dit :
    27 novembre 2008 à 08:56 Toujours passionnantes réflexions de Pierre-Yves D, merci.

    Pierre-Yves, quand vous dites :

    Je commence par Maurice Allais. Celui-ci a tort lorsqu’il assimile la monnaie scripturale a de la fausse monnaie. Pour lui cette monnaie n’est plus RELATIVE à quoi que ce soit et c’est pourquoi elle est pour lui sans valeur.

    Je crois comprendre ce que vous comprenez, mais je pense que vous vous trompez, vous aussi : Allais connaît très bien la valeur du temps et il sait que la monnaie scripturale est un titre de confiance en une richesse à venir, un pouvoir d’achat anticipé.

    Mais il pense que le pouvoir de créer cette monnaie est RÉGALIEN, il affirme — et c’est une pensée POLITIQUE, au sens le plus noble du terme —que c’est la puissance publique qui doit détenir l’exclusivité de ce pouvoir de création monétaire (et du bénéfice de ses revenus éventuels).

    Et donc, de ce point de vue, tout particulier qui s’aviserait de pratiquer ce pouvoir régalien peut être assimilé à n’importe quel faux-monnayeur, quand bien même aurait-il réussi par sa grande influence à circonvenir les parlementaires pour obtenir une loi — et a fortiori une constitution ! — qui rendrait légale cette fausse monnaie.

    Et ça se défend.

    Précisément, quand Allais souligne la façon maffieuse (le mot est de moi) dont les banques se sont emparées partout de ce pouvoir il y a quelques siècles, il prend en compte, IL N’OUBLIE PAS les racines malhonnêtes du droit de création monétaire des banques privées il souligne le vol originel d’un pouvoir décisif par quelques privilégiés particulièrement puissants, et il oppose la légalité actuelle (contestable) à une illégitimité intemporelle (imprescriptible). Les mots sont de moi, mais c’est, à mon sens, le fond de la pensée d’Allais, et l’intérêt de ce débat essentiel.

    ______________________

    Quant à l’expression ex nihilo, je n’y tiens pas plus que ça et il est abusif d’y voir une erreur d’analyse : avec le reproche d’utiliser l’expression « ex nihilo », on coupe les cheveux en quatre, en montant en épingle une expression à vocation pédagogique qui ne sert qu’à souligner la dématérialisation de la monnaie, et dont l’emploi ou pas ne change pas grand-chose à la description juste du mécanisme de la création monétaire (et de sa légitimité ou pas, selon l’acteur qui la prend en charge).

    D’ailleurs, « création ex nihilo » est un pléonasme : le mot « créer », par définition, porte en lui la naissance à partir de rien, même si c’est en contrepartie de quelque chose : le fait que l’anticipation soit gagée ne permet pas de dire que la monnaie préexistait : la monnaie — instrument d’échange et signe de pouvoir d’achat immédiat — est bien CRÉÉE au moment du prêt (et détruite au moment du remboursement).

    On pourrait donc aussi bien parler de « création monétaire », simplement. La pertinence de l’expression « ex nihilo » est un faux débat ; je pense que cette partie des conversations nous distrait de l’essentiel.

    Amicalement.

    Étienne.

  29. Greg dit :
    27 novembre 2008 à 09:02 @Archimondain,

    Vous pointez le coeur du problème d’après moi :
    “Pour donner 9 morceaux de papier, il faut 10 morceaux de papiers (ou 10 ballons, dans ce cas on prête directement les ballons et non les morceaux de papiers)”
    La réserve fractionnaire serait donc le ballon (ou le morceau de papier) restant dans le placard. A ce moment là, pas de création ex-nihilo.

    Pourtant ce que je comprend des “partisans” de la création ex-nihilo c’est bien qu’”une personne dépose un et un seul ballon dans un placard et qu’elle est autorisé à fournir 9 morceaux de papiers correspondant chacun à une promesse de ballon”
    Ce ballon constituant toujours la réserve fractionnaire mais ne nécessitant pas de posséder les 9 ballons autres ballons.

    Alors ou est la vérité ? Est-ce que pour prêter 10.000 la banque doit auparavant posséder 10.000 ? Ou bien uniquement la part constituant la réserve fractionnaire ?

  30. A. dit :
    27 novembre 2008 à 09:09 @ Holebeq
    – Sur le caractère privé de l’appropriation des intérêts :

    Ce n’est pas le plus scandaleux. Si la réflexion est poussée jusqu’au bout, c’est tout simplement une certaine forme de propriété privée qui est intolérable. En effet, la détention d’un actif immobilier enrichit son propriétaire sans effort alors que le locataire voit le loyer augmenter …
    Une formule de Proudhon me vient à l’esprit : “la propriété, c’est du vol”.
    Et puisqu’il semble que le coeur de cette discussion soit, in fine, la propriété, un rappel de Locke serait aussi éclairant que l’extrait de Rousseau cité. Ce qui fonde la propriété c’est le travail parce qu’il ajoute et par ce qu’il prolonge l’effort physique dans la terre. Locke précise, et peu de libéraux tendance libertarienne semblent s’en souvenir, que cet appropriation a deux limites : laisser aux autres une quantité et une qualité de biens nécessaires à leur autonomie. C’est là que réside le sandale de la propriété. Ce n’est pas la propriété qui est condamnable par principe, c’est son utilisation à des fins de domination en créant de la dépendance qui est condamnable. La valeur du bien immobilier croît sans effort au détriment du locataire qui consacre une part plus importante de son travail à l’augmentation du loyer et il n’a pas d’alternative.

  31. Albert dit :
    27 novembre 2008 à 09:12

    « La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici, nous avons réuni théorie et pratique : Rien ne fonctionne… et personne ne sait pourquoi ! »

    « Peu d’êtres sont capables d’exprimer posément une opinion différente des préjugés de leur milieu. La plupart des êtres sont mêmes incapables d’arriver à formuler de telles opinions. »

    « Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. »

    « Le problème aujourd’hui n’est pas l’énergie atomique, mais le cœur des hommes.»

    « La valeur d’un homme tient dans sa capacité à donner et non dans sa capacité à recevoir. »

    « L’État est notre serviteur et nous n’avons pas à en être les esclaves. »

    « Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don. »

    « Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. »

    « Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. »

    Albert Einstein

    Finalement, l’expérience humaine est une illusion d’optique de la conscience !

  32. A-J Holbecq dit :
    27 novembre 2008 à 09:39 C’est Thomas Mur , qui essaye de définir une écologie libérale, qui m’a envoyé ce qui suit

    Le libéral dit: vous trouvez un bâton par terre. Ce bâton n’est à personne, et n’est utile à personne. Vous le prenez, vous sortez votre couteau, vous le transformez en statuette. Votre travail est une manifestation de votre liberté. Et votre travail n’a été nuisible à personne (autrement vous êtes responsable, ce qui nécessite se s’arranger ou rembourser ou corriger).

    L’idéologie libérale explique : « vous vous êtes approprié ce morceau de la nature par votre travail ». Cette statuette vous appartient, elle n’est plus le bâton que tout le monde pouvait prendre. Puisqu’elle vous appartient, vous pouvez l’échanger. Mais vous pouvez aussi la donner. Et y compris à vos descendants. Ensuite, le monde est rempli de “statuettes” faites avec du travail sur des bouts de la nature, que dame nature a donnés gratuitement.

    Deuxième exemple : un berger a l’habitude de venir faire boire ses moutons dans une rivière. Toujours au même endroit. Et depuis des années. Une usine s’installe alors en amont et pollue l’eau. L’idéologie libérale explique : le berger était là avant, il utilisait l’eau en aval avant. Il s’était donc approprié par son travail la rivière en aval. Et l’usine n’avait donc pas le droit de dégrader la qualité de l’eau appropriée par le berger. L’usine est responsable et doit réparer le préjudice. Le droit libéral protégerait donc le berger. Notez que le préjudice doit être avéré : afin d’éviter toute législation liberticide, le libéralisme promeut une responsabilité que l’on vérifie à posteriori.

    Voici pour la conception libérale de la propriété. Ensuite, une fois les droits de propriété bien définis, chaque propriétaire est totalement maître de ses propriétés. En particulier, si un propriétaire détériore les bouts de la nature dont il est propriétaire, l’idéologie ne voit rien à y redire. Il serait donc imaginable que le propriétaire d’une grande forêt, non seulement la rase pour vendre du bois, mais en plus la pollue durablement avec des activités plus ou moins rémunératrices. Ce qui pourrait compenser la perte de valeur de terrain.

    Je ne pense pas que l’on puisse distinguer le fonctionnement de l’économie de la politique sociale; les deux sont intimement imbriqués. Proposer un antagonisme entre l’Etat et l’individu est une erreur, le groupe des individus (d’un pays) formant bien l’Etat. Qui plus est, laisser la propriété individuelle, et particulièrement celle des biens de production, grossir sans limite ne peut qu’aggraver les inégalités. Alors oui, la liberté de l’individu est importante, mais pas au point de lui permettre d’accumuler du capital sans limite et de devenir parfois aussi puissant qu’un Etat..

    C’est la raison pour laquelle je propose la possibilité de transmission d’un capital “mobilier” sur une seule génération: ainsi le cumul générationel ne pourra pas avoir lieu et les “jouissances” d’un descendant des générations futures seront bien issues des fruits de son apport sociétal et non pas des apports sociétaux réalisés par ses ancêtres

    Pour le premier exemple (le bâton) je dirais: ” Ce bâton que vous avez trouvé par terre est le symbole des biens naturels qui appartiennent donc à la collectivité et non à celui qui l’a trouvé. Mais celui qui l’a trouvé ainsi que celui qui l’a transformé doivent chacun obtenir une juste rétribution pour leur travail.

    Pour le second exemple, j’argumenterais seulement qu’il n’y a aucune raison qui puisse permettre à une usine de s’installer en amont, sauf si l’utilité collective est impérative sur les droits individuels du berger.

    Quant au droit à détruire la Nature dont on a la “propriété”, là encore je ne puis donner mon accord sur un concept aussi brutal. En effet, la Nature n’est pas propriété d’un seul, quelle que soit la petitesse de la fraction possédée. De plus, la Nature est un tout à l’échelle globale, et raser une forêt ou polluer un sol est un acte irresponsable et criminel, aussi bien envers ses contemporains qu’envers les générations futures. Enfin, même dans le cadre de l’idéologie libérale prônée dans l’exemple de Thomas, le droit à détruire la Nature dont on est “propriétaire” ne tient pas. De fait, la Nature, on le sait de mieux en mieux par les études scientifiques en environnement, fonctionne comme un tout à l’échelle globale, et donc en détruire une parcelle revient à porter préjudice à autrui, quelque part, ailleurs dans l’espace ou dans le temps, ce qui nous place dans le cas du berger et de l’usine.

    Dans ce cas, le destructeur de la Nature doit cesser sa destruction ou réparer les dégâts, dixit l’idéologie. Pour prendre une analogie, la Nature est comme une grosse pendule très compliquée donc chacun des millions de rouage est utile. Si les petits démons qui habitent la pendule étaient des libéraux au sens donné ici, ils s’approprieraient chacun un rouage ou un bout de rouage. Donner à chacun le droit de détruire sa propriété reviendrait fatalement à détruire totalement au moins un rouage au bout d’un certain temps. Fatalement, tous les autres rouages cesseraient de fonctionner correctement, et en fin de compte, les personnes intéressées à lire l’heure seraient lésées. Il y a donc bien un préjudice causé à autrui par la destruction des morceaux de rouage.

    Quand j’écris “je”, je veux dire “nous” les sociétalistes ( http://wiki.societal.org/ )

  33. Candide dit :
    27 novembre 2008 à 09:52 @ tous, et notamment Paul, PYD, AJH, Étienne (derniers billets)

    Quelques remarques :

    1) Je crois qu’il convient avant tout de s’entendre absolument sur la portée réelle du terme “ex nihilo”. À mon sens, ce terme s’applique à tout moyen de paiement créé mais non basé sur une contrepartie en monnaie réelle (monnaie BC, encore appelée fiduciaire) (et anciennement en or).

    Définir ainsi ce terme donne un tout autre éclairage au débat, le simplifie et l’ancre dans le réel et le mesurable.

    En revanche, réfuter le terme “ex nihilo” en arguant du fait que la création est gagée sur la production de richesse future, revient à mélanger des pommes et des oranges, c’est-à-dire une quantité réellement créée de pouvoir d’achat immédiat et une quantité virtuelle, non mesurable, invérifiable et non certaine.

    D’ailleurs, je signale que si cette production de richesse future n’a finalement pas lieu (ou pas complètement), des moyens de paiement auront ainsi été créés en trop, et donc pour le coup vraiment “ex nihilo”.

    2) Partant, dès qu’il y a création de moyens de paiement au-delà de la contrepartie existante en monnaie BC, ces moyens sont créés “ex nihilo”. Ce qui pose un problème, largement théorique mais qui s’est quand même parfois concrétisé dans l’Histoire.

    Bien sûr, c’est là qu’entre en jeu la loi des grands nombres (comme l’a bien expliqué PYD dans son dernier billet), qui veut que le risque d’une panique bancaire soit très faible. Et c’est bien là-dessus que les banques tablent.

    Ne serait-il pas préférable de parler dans ce cas de moyens de paiement (d’argent) “virtuel” ?

    3)

    Le fait que les dépôts ne font pas les crédits se déduit rigoureusement du simple fait que les banques ne peuvent pas du tout disposer de l’argent qu’elles détiennent sur des DAV (l’argent des dépôts à vue ne leur appartient pas et elles n’ont pas mandat de le prêter) et les règles de comptabilité l’interdisent rigoureusement (voir les explications de Jean Bayard).Le fait que la loi impose aux banques de ne pas prêter plus qu’un multiple X de leurs dépôts (ou qu’elles doivent avoir en dépôt une fraction Y de leur encours de crédit, cela revient au même) ne signifie nullement que ces dépôts peuvent être prêtés, ni en tout ni en partie (et ils ne peuvent absolument pas l’être, si j’ai bien compris).

    Mais c’est un mythe, une théorie, une illusion !!! Un danger ? je m’explique :

    Vous êtes salarié. Chaque mois, votre entreprise vous verse votre salaire sur votre compte bancaire. En espèces (monnaie BC) ? Non ! En monnaie scrupturale, évidemment.

    Or l’une des caractéristiques de la monnaie scripturale c’est que rien ne distingue un euro scriptural d’un autre euro scriptural, à la différence des billets, qui ont une existence matérielle (et sont numérotés).

    Supposons que vous et moi soyons clients de la même banque et que j’y contracte un prêt pour acheter une maison. La banque va-t-elle me verser ce prêt en espèces (monnaie BC) ? Non ! En monnaie scrupturale, évidemment.

    Partant, comment quiconque peut-il affirmer qu’une banque ne prête jamais les sommes déposées par ses clients ???

    En effet, tous ces euros scripturaux sont consolidés dans les comptes de la banque, notamment pour qu’elle puisse déterminer si elle satisfait ou non aux ratios prudentiels, et sont donc totalement indifférenciés et indifférenciables ! Leur séparation/ventilation en soldes de comptes bancaires est purement comptable, mais les euros scripturaux sont placés dans un seul et même pool, utilisable par la banque à différentes fins !

    Mais les dépôts en espèces, me direz-vous ? Ils sont immédiatement convertis en euros scripturaux et rejoignent le même pool, tout en augmentant marginalement les réserves fractionnaires de la banque…

    4)

    D’un point de vue macro-économique, par contre, la création de monnaie scripturale, ne se fait pas à partir de rien. Le prêt consenti, génériquement parlant, est gagé sur l’ensemble de la capacité d’une économie, avec sa banque centrale, ses banques, ses entreprises, ses ressources humaines et naturelles, à produire les ressources nécessaire au remboursement de la dette, des dettes qu’elle contracte. Et si s’il y a conservation des quantités c’est, à mon sens, précisément en vertu de cet origine macro-économique de la création monétaire.

    Question : Comment pouvez-vous affirmer qu’il y a toujours conservation des quantités ? N’est-ce pas là une réflexion théorique, une illusion, un mythe ?

    Voici un contre-exemple, qui, selon la formule de Paul, suffirait à invalider toute cette théorie s’il s’avérait exact :

    • je contracte un prêt pour acheter une maison. À la moitié du terme, je deviens insolvable. La banque saisit la maison, et la revend, à perte. Elle ne récupère donc pas la totalité du montant prêté.

    Où est la conservation des quantités ?

    Si vous me dites que la totalité de l’argent existe toujours, mais ailleurs, dans d’autres mains (d’abord celles de vendeur), je réponds que ces “autres mains” ne nous concernent pas puisque le problème posé est celui de la création/destruction de moyens de paiement au niveau des banques…

  34. Mister Chance dit :
    27 novembre 2008 à 10:08 Si avec 1 ballon on crée 9 “possibilités d’un ballon”, ce n’est donc pas “ex-nihilo” , mais basé sur l’équation “1=x”.
  35. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 10:16 @Archimondain,

    Vous ecrivez “cela implique comme le souligne Paul et bien d’autres, qu’il y a conservation des quantités (mais sur une promesse mensongère). En pratique, la études statistiques (domaine extrêmement puissant des mathématiques pour expliquer le monde) montrent que la promesse n’est pas mensongère puisque statistiquement, les gens ne vont pas réclamer leurs argent en même temps. Mais, les statistiques montrent aussi, que la promesse peut s’avérer mensongère, mais juste ‘très rarement’. On espère alors que ce très rarement n’arrivera pas”

    Si l’ on accepte l’ idée que je défendais dans un post précédent, (sur les ballons que peu a peu je remplace par des unités de crédit) http://www.pauljorion.com/blog/?p=1057#comment-11085 : en substance, je disais que la monnaie “impersonnelle” a été remplacée par une autre monnaie ” personnalisée” (le crédit), alors il est faux de dire qu ‘ en vertu de la loi des grands nombres tout le monde ne va pas retirer son argent en même temps.

    En effet, dans une déflation, tout le monde est obligé de retirer ses unités de crédit en même temps (remboursement urgent des dettes car la dette est de plus en plus lourde a supporter lorsque les salaires ou profits baissent).

    Ceci rappelle un débat sur le détournement du principe de l’ assurance avec des produits structurés construits avec des variables faussement indépendantes les unes des autres, qui lorsque le risque se réalise ne jouent pas le role de couverture si chèrement payé.

    Je constate que dans le debat sur la monnaie Loic Abadie est d’ accord pour dire que la dette (”l’ unité de credit” pour moi) est l’ étalon de la monnaie http://www.pauljorion.com/blog/?p=1057#comment-11132

    Il est fonctionnel de considérer que la dette (ou “unité de crédit” pour moi) est un des attributs de cet objet que nous essayons de voir : “la monnaie”.
    Il est fonctionnel de remarquer que “la monnaie impersonnelle” est remplacée par le credit-dette “personnalisé”, et que c’ est la ou il y a problème. Celui qui a acces au credit-dette est celui qui est riche ( il peut faire varier tous les prix a la baisse, et tout s’ approprier, quand les autres sont obligés de vendre).

    Avoir acces au credit-dette, c’ est recevoir de la richesse.

    Ce qu ‘il faut réguler c’ est cela, (Comme autrefois on a essayé de reguler la propriété privée (marxisme , libéralisme etc…))
    Il est faux de croire qu ‘un système purement étatique serait obligatoirement meilleur, comme le rappelle justement Loic.

    Voila a mon avis “la taille” du problème posé par la monnaie…ce n’ est pas simple, car on se rend compte, que cela relève de problemes philosophiques tres anciens : qu ‘est ce que l’ etre, que peut on connaitre…
    La lecture de Bertrand Russel, par les matheux pourrait peut etre nous eclairer ?

  36. Archimondain dit :
    27 novembre 2008 à 10:26 @A-J Holbecq
    ‘Qu’ est-ce que l’argent pour vous ?’.
    Pour moi l’argent représente le flux d’échange du travail (au sens philosophique du terme) de l’humanité. Comme aujourd’hui tout s’achète ou presque, l’argent a un immense pouvoir. Je développerais volontier sur la question, mais ce serait un peu long. Le fait qu’il soit papier ou scriptural ne change rien en soit. Cela n’est qu’une information. Il se trouve que quand l’argent dort sur des comptes en banque, il n’y dort en fait pas du tout. Il n’est plus là. Il est prêté. Même si la banque certifie le contraire. Les chiffres que vous donnez (qui représentent les divers agrégats monétaires à un instant t) suggère qu’il y a multiplication. Mais à mon avis, il n’y a multiplication que parce que l’on compte l’argent que les gens croient posséder et ne possède en fait pas. Si la masse monétaire augmente effectivement dans le temps, c’est à cause des nombreuses bulles inflationnistes, mais aussi parce que les richesses réels augmentent, elles aussi. (du moins selon les formules utilisées pour leurs calculs, car jamais les ressources naturelles ne sont inscrite dans la colone actif de la planète quand on estime le PIB de celle-ci). Il y a je pense une vrai réflexion à mener sur la légitimité et la signification des taux d’intérêts.

    @Greg
    D’après ce que j’ai compris, et pour ne pas faire mentir la citation de “Denis Clerc, professeur d’économie « Déchiffrer l’économie », Chapitre 4 La monnaie et le crédit, p. 163.” repérée par gilles Bonafi, oui, la banque peut inscrire 9 morceaux de papiers au compte d’un client alors qu’elle ne possède qu’un seul ballon. Mais au moment où ces ballons fictifs doivent sortir de la banque (retrait en espèce ou tranfsert vers une autre banque), alors celle-ci est dans l’obligation de fournir 9 vrais morceaux de papier (et pas ceux qu’elle a créé à partir de rien). En ce sens, la vidéo de Paul Grignon porte à une grande confusion, car à partir des 1111,11 de départ en banque centrale, elle peut effectivement créditer le compte d’un client de 10.000. Et celui-ci peut aussi faire un chèque avec (dans la vidéo, il achète une voiture par chèque). Tant que le chèque n’est pas encaissé, les 10.000 n’ont pas besoin de contraparties réelles. Evidement, la vidéo fait l’impasse la dessus, et ne précise pas que au moment de l’encaissement du chèque, les actionnaires seront dans l’obligation de rajouter 10.000 avant de les donner (ils leurs restera alors les réserves fractionnaires obligatoires).

  37. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 10:26 Autre remarque,

    De même que Paul, considère qu ‘il faut invalider un raisonnement qui contient une erreur, il me semble important d’ invalider d’ emblée toute théorie qui proposerait des solutions, sans avoir été bâtie préalablement sur une théorie (fonctionnelle) de la monnaie.

    C’ est là que ce situe le prosélytisme contre lequel il faut lutter.

  38. Honoré dit :
    27 novembre 2008 à 10:35

    « (…) je heurtais bien des idées. je rencontrai une violente opposition fomentée par le maire (…) je voulus en faire mon adjoint et le complice de ma bienfaisance. Oui, monsieur, ce fut dans cette tête, la plus dure de toutes, que je tentai de répandre les premières lumières (…) Enfin convaincu, cet homme devint mon prosélyte. »
    Honoré de Balzac, le Médecin de campagne, Pl., t. VIII, p. 349.

  39. Hippolyte dit :
    27 novembre 2008 à 10:44

    « Il (Voltaire) veut comme eux changer la religion régnante, il se conduit en fondateur de secte, il recrute et ligue des prosélytes, il écrit des lettres d’exhortation, de prédication et de direction, il fait circuler les mots d’ordre, il donne ” aux frères ” une devise; sa passion ressemble au zèle d’un apôtre et d’un prophète. »
    Hippolyte Taine, les Origines de la France contemporaine, ii, t. II, p. 93.

  40. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 10:48 “La science ne cherche pas à énoncer des vérités éternelles ou de dogmes immuables ; loin de prétendre que chaque étape est définitive et qu’elle a dit son dernier mot, elle cherche à cerner la vérité par approximations successives.”
    (Bertrand Russell / 1872-1970 / ABC de la relativité / 1925)
  41. Moi dit :
    27 novembre 2008 à 10:54 J’y comprends plus rien à ce débat et pour le coup je crois que c’est Paul Jorion qui entretient la confusion avec des phrases du genre “La position où je me retrouve à l’arrivée est celle que j’avais au départ : celle des « experts » reconnus de la question, celle qu’exprime la théorie financière dominante telle qu’on la trouve exprimée dans les livres de référence de ma profession d’ingénieur financier.”

    Les experts reconnus de l’économie, et même tous les manuels, disent qu’il y a bien création monétaire par les banques privées lorsqu’elles font un prêt. Ce qui se résume à “le crédit fait les dépots et non l’inverse”. Or, moi j’avais cru que Boris et Paul Jorion soutenaient qu’il n’y avait pas de création monétaire…

  42. Albert, Richard et Confucius dit :
    27 novembre 2008 à 11:10

    « Il est étrange que la science, qui jadis semblait inoffensive, se soit transformée en un cauchemar faisant trembler tout le monde. »
    Albert Einstein, Pensées intimes, Lettre à la reine Elisabeth de Belgique, 28 mars 1954.

    « La science c’est comme faire l’amour: parfois quelque chose d’utile en sort, mais ce n’est pas la raison pour laquelle nous le faisons. »
    Richard Phillips Feynman

    « Savoir que l’on sait ce que l’on sait, et savoir que l’on ne sait pas ce que l’on ne sait pas: voilà la véritable science. »
    Confucius, Doctrine, Le Lun-Yu.

  43. Greg dit :
    27 novembre 2008 à 11:21 @Archimondain,

    Merci beaucoup de cette clarification de 1ere importance pour moi :)
    Je n’avais pas bien intégré la contrepartie dans ma compréhension du phénomène.
    Je comprend mieux le point de vue selon lequel au niveau unitaire (un crédit), il n’y a pas de création monétaire ex nihilo par les banques commerciales. Et la conservation des quantités se justifie.

    Je comprend également qu’au niveau macro, cette création existe, du fait du différentiel temporel d’émission des crédits et de l’encaissement en bout de chaine de ceux-ci. Ensuite j’imagine qu’il ne s’agit que d’un jeu de compensation entre banques, jeux à somme plus ou moins nulle à long terme. Du coup le système pris dans son ensemble est créateur de monnaie…

    Merci de me corriger si je me trompe à nouveau ;)

  44. Stubborn dit :
    27 novembre 2008 à 11:30 @Paul Jorion.
    Si le premier avait effectivement dit “Ceci est à moi”, peut-être les pieux aurait-ils été arrachés, qui sait.
    Mais concrètement, je crains que le premier et les suivants n’aient plus exactement énoncé la phase : “Ceci est chez moi”. Et que devant ce sympathique chez, nul n’est rien trouvé à dire, bouclant ainsi la boucle, que : “prouvez-le”.
    Mais je m’en vais moi aussi commencer par le début : vous dire en premier lieu bonjour ; parcourir ensuite les précieuses archives de votre blog avant que d’ouvrir à nouveau ma bouche de néophyte en économie. Promis.
  45. A-J Holbecq dit :
    27 novembre 2008 à 11:35 @Archimondain

    je répète ma question, puisque vous avez écrit
    ” statistiquement, les gens ne vont pas réclamer leurs argent en même temps. “
    Qu’est ce que c’est “réclamer son argent” ? demander des billets de banque ? Dans ce cas c’est vrai, il n’y en a pas immédiatement pour tout le monde (il faudra attendre que les imprimeries tournent)
    Si c’est demander à ma banque de faire un virement à une autre banque, c’est déplacer le problème.
    Mais de toute façon, quelque soit la monnaie (l’argent) dont nous disposons (tous les “signes” stockés sur tous les genres de comptes) il en manque pour assurer les termes du contrat avec les fournisseurs de monnaie (d’argent) c’est à dire les banques … puisqu’elles ont, pour nous, créé toute cette monnaie, mais que seuls des crédits futurs créeront les intérêts dus…
    Lisez donc parmis certains bulletins de l’ADED les deux suivants sur http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=PageADED (en bas)
    – Pas d’argent sans endettement
    – Marché de dupes , dont j’extrait

    Mais qui paie les intérêts ?
    Si l’emprunteur est l’Etat, il fait payer les intérêts par le contribuable, c’est à dire par monsieur Toulmonde, à travers les impôts directs ou indirects.
    Si l’emprunteur est une entreprise, elle fait payer les intérêts par le consommateur en alourdissant les prix. Si elle n’y parvient pas il ne lui reste qu’à déposer son bilan.
    Si l’emprunteur est un particulier, il paie les intérêts deux fois. Une première fois en participant comme tout le monde au paiement des intérêts dus par l’Etat et les entreprises et une seconde fois à l’échéance en payant les intérêts de son propre emprunt.

    Nous le voyons, personne ne peut échapper au paiement des intérêts. L’Etat est toujours emprunteur. En avril 2004, sa dette s’élevait à 998,1 milliards d’euros. Les entreprises et les particuliers sont presque toujours emprunteurs à un moment de leur existence. A la même date, leurs dettes s’élevaient respectivement à 1114,1 et 611,6 milliards d’euros. La monnaie ne pouvant être obtenue que par l’emprunt, la nature du système veut que ces chiffres ne puissent qu’augmenter inexorablement et l’on reste sidéré de constater l’aveuglement (pour ne pas employer d’autres mots mieux adaptés) de nos « dirigeants » à vouloir résorber la dette par des économies car même si nous réduisions nos dépenses à zéro, nous serions tous morts et notre dette ne serait remboursée qu’à hauteur de 25%.

  46. Candide dit :
    27 novembre 2008 à 11:40 @ Greg et Archimondain

    Peut-être tout le problème réside-t-il dans ces “jeux à somme plus ou moins nulle à long terme”.

    La crise actuelle ne démontre-t-elle pas que la marge de variation par rapport à cette somme nulle peut être très importante et jeter à bas toute une économie ?

    On ne peut pas raisonner sainement en mélangeant des sommes calculées sur la base de valeurs instantanées à un temps T et des sommes virtuelles dont la valeur est estimée à un temps T+x. En effet, on ne connaît pas le taux de variation sur l’intervalle de temps x, et on risque donc d’avoir créé des moyens de paiement ex nihilo si à T+x la production de richesse future est inférieure à l’estimation (souvent un véritable pari !) effectuée en T.

  47. Dav dit :
    27 novembre 2008 à 11:41 @ tous

    Je n’ai malheureusement pas eu le temps de lire tous vos commentaires du matin, mais je compte bien me rattraper ce soir, connaissant toutes les pépites qu’on doit pouvoir y trouver. Je voudrais quand même rapidement vous faire part d’une révélation qui m’est apparu ce matin. C’est en réfléchissant aux suites de la crise que j’y ai vu plus clair (mon intention n’est pas de faire dévier le débat sur la monnaie) :

    Hyperinflation ou déflation : le débat sur les suites de la crise économique fait rage.
    L’erreur de chacun repose sur la compréhension de la nature de la monnaie.

    D’un côté, les hyperinflationnistes n’arrivent pas à comprendre que la monnaie n’a pas uniquement la fonction d’échanges, et que sa fonction spécifique de réserve de valeur lui permet de s’appuyer sur le vide (l’absence de contrepartie immédiate que constitue la dette) pour fabriquer de la monnaie. En ce sens, il n’arrive pas à saisir le principe de monnaie, en tant que dettes.

    Mais d’un autre côté, les déflationnistes, analysent la fonction de “réserve de valeur” de la monnaie, comme étant de nature distincte à sa fonction d’échanges (cash), alors ils commettent l’erreur de penser que ce n’est pas la même “monnaie”… Or, quand il y a un appel au cash, on demande à la monnaie de changer de fonction, c’est à ce moment-là qu’on se rend compte qu’il s’agit quand même de “monnaie”.

    Le mouvement de déflation n’est possible que si il y a un phénomène de compensation (en l’occurence, la dette publique) qui permet la création monétaire de nouvelle monnaie ayant la fonction de réserve de valeur (dettes, donc pour compenser). Dans le cas contraire, on est dans l’explosion d’un système monétaire, une hyperinflation causée par la dévaluation forte des monnaies.

    Les deux scenarii sont possibles parce qu’ils dépendent de l’ampleur du phénomène de compensation.

    Les deux visions sont possibles car elles reposent toutes les deux sur une mauvaise vision de ce qu’est la monnaie.
    Une distorsion entre les différents aspects symboliques qu’on lui confère.
    La monnaie n’a qu’une seule nature… mais trois fonctions.

    En ce sens, je crois qu’il faudrait proposer à Boris Ascrizzi, une fiche philo de terminale sur la distinction nature/fonction :)

  48. et alors dit :
    27 novembre 2008 à 11:47 Russell raconte dans son autobiographie comment, en réfléchissant sur la classe (l’ensemble) des classes qui ne sont pas membres d’elles-mêmes, il a eu pour la première fois l’impression de se trouver confronté au paradoxe sous une forme vraiment scientifique. Il explique comment, pendant deux ans, cette difficulté a bloqué sa pensée. Il dit n’avoir résolu ce paradoxe qu’à partir du moment où il décida qu’il n’avait d’autre solution qu’une interdiction : il ne faut pas construire des propositions autoréférentes. Il est intéressant de noter que même un esprit aussi éminent que Russell n’a su résoudre ce type de problème qu’en interdisant, de façon tout à fait dictatoriale, l’AUTORÉFÉRENCE. ( P. Watzlavick dans “Bateson, premier état d’un héritage”, seuil, 1988)
    Avant de “faire une synthèse”, peut-être conviendrait-il de repérer dans les commentaires ci-dessus les propositions auto-référencielles, et si possible de les éviter à l’avenir…
  49. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 11:51 vous parlez du paradoxe du barbier qui rase tous ceux qui ne se rasent pas eux même ?
  50. Georges et Victor dit :
    27 novembre 2008 à 11:56

    « Le mot nature a (…) deux acceptions très différentes : l’une suppose un sens actif et général; lorsqu’on nomme la nature purement et simplement, on en fait une espèce d’être idéal auquel on a coutume de rapporter, comme cause, tous les effets constants, tous les phénomènes de l’univers; l’autre acception ne présente qu’un sens passif et particulier, en sorte que lorsqu’on parle de la nature de l’homme, de celle des animaux (…) ce mot signifie (…) la quantité totale, la somme des qualités dont la nature, prise dans la première acception, a doué l’homme, les animaux (…)
    Georges Louis Leclerc, comte de Buffon, Hist. nat. des oiseaux, Disc. s. nat. ois.

    « (…) dans cette mêlée d’hommes, de doctrines et d’intérêts (…) le poète a une fonction sérieuse. Sans parler même ici de son influence civilisatrice, c’est à lui qu’il appartient d’élever, lorsqu’ils le méritent, les événements politiques à la dignité d’événements historiques. »
    Victor Hugo, les Voix intérieures, Préface.

  51. Armand dit :
    27 novembre 2008 à 12:01 @Étienne Chouard (27 novembre 2008 à 00:22 )

    Bravo pour ce post !

    Sur l’explication qu’avancera Jean Bayard, si je peux anticiper :

    1. La banque (bA) crée sa monnaie temporaire au bénéfice de son client emprunteur (A) et met la dette de celui-ci en contre-partie. La masse monétaire bancaire augmente immédiatement.

    2. Son client n’emprunte pas pour le plaisir de rembourser, notamment l’intérêt qui va nourrir son banquier : il achète.

    3. Sa monnaie temporaire est donc désormais sur le compte de son vendeur (B), dans une autre banque (bB) vraissemblablement. Le crédit de A a fait le dépôt de B.

    4. entre A et bA il n’y a plus qu’un compte courant plus ou moins à l’équilibre et une dette de A vis-à-vis de bA.

    5. entre B et bB il y a un compte courant exédentaire que B va utiliser : on se rend compte que cet argent là ne peut plus être détruit par A ni bA ; bB n’y touche pas, ne le reprête pas.

    6. A l’échelle du système bancaire dans son entier, tout reste en équilibre.

    7. Au fur et et à mesure du remboursement du capital, la dette de A diminue et la monnaie correspondante est détruite à l’échelle bancaire globale. La masse monétaire bancaire se réduit, l’équilibre bancaire global est toujours constaté.

    bA qui avait initialement constaté une fuite de sa monnaie la retrouve et l’annule dans le temps tandis que d’autres banques constatent une fuite correspondante. (bA s’enrichit des intérêts que A a dû gagner en plus du capital, au “détriment” de ceux qui lui ont payé son travail ou ses biens vendus)

    8. Si A défaille, alors sa banque bA se subsitue à lui pour rembourser le capital (et s’assoit sur les intérêts qu’elle aurait touché) via ses réserves. Il y a toujours équilibre. Mais bA s’appauvrit si la vente du gage est impossible ou d’un montant insuffisant.

    Les possesseurs de la monnaie initiale de A, qui a circulé, sont pas concernés.

    C’est ce point qu’avancera Jean, je pense. Si ce n’est A sur ses revenus c’est bA sur ses réserves ou la vente de la garantie.

    —-

    Evidemment les temps modernes conduisent à pousser le raisonnement :

    L’euphorie s’étant développée, ou l’escroquerie ayant été poussée trop loin ou trop vite ; bA a trop d’impayés, ses réserves sont liquidées. Elle vend des actifs, augmente son capital, émet un emprunt … enfin, si elle le peut.

    Sinon elle défaille et est reprise par une concurrente. A ce moment soit le nouveau propriétaire tape dans ses propres réserves (en comptant se refaire sur la durée), soit il rencontre encore des impayés, toujours plus nombreux. Ses confrères et concurents aussi. Les prix des garanties, toutes mises en vente, chutent. Les marchés sont gelés. Les réserves fondent.

    La monnaie temporaire ne peut plus être détruite puisque les créances ne peuvent plus être remboursées. L’Etat intervient … avec l’argent des contribuables. Nous en sommes là.

    Le cercle verteux du dégrisement continue.

    L’Etat ne peut plus lever d’argent par l’impôt car la récession réduit les bénéfices des sociétés et les revenus des contribuables, produit du chômage, qui réduit la consommation, qui produit des faillites, qui etc… Que l’Etat va tenter de contre-balancer : alors que ses recettes diminuent, ses engagement augmentent.

    L’Etat doit lever de l’argent par l’emprunt mais ceux qui ont du capital surveillent très attentivement le risque de non remboursement. Les taux des emprunts d’Etat, cours et longs, montent. Ce qui accroît le risque, ce qui fait monter les taux, accroît la récession, qui etc…

    C’est déjà demain.

    L’Etat ne peut plus lever d’argent, ni par l’impôt ni par l’emprunt : ceux qui ont du capital refusent de prêter, les taux des emprunts d’Etat, cours et longs, sont au plus haut. L’Etat doit imprimer la monnaie manquante. C’est la défaillance de sa monnaie. Les dettes sont remboursées en monnaie de singe.

    C’est après-demain.

  52. Claude dit :
    27 novembre 2008 à 12:01

    « L’ambiguïté, en outre, est souvent liée à l’absence de contexte linguistique ou « situationnel ». Chomsky ne nie pas cette évidence (Aspects [de la théorie de la syntaxe] p. 38). Mais pour qu’il puisse construire son système sur des définitions a priori et des règles de combinaison, il faudrait que l’objet qu’il traite soit, comme celui du mathématicien, autoréférentiel. »
    Claude Hagège, la Grammaire générative, Réflexions critiques, p. 140.

  53. Dav dit :
    27 novembre 2008 à 12:13 “en sorte que lorsqu’on parle de la nature de l’homme, de celle des animaux (…) ce mot signifie (…) la quantité totale, la somme des qualités dont la nature, prise dans la première acception, a doué l’homme, les animaux (…)”

    Merci.
    On pourrait dire, ainsi, s’agissant de la nature de la monnaie, que ce mot signifie la somme des qualités dont elle est dotée.
    Une seule nature, trois qualités (ce que j’appelais fonctions)…

    Et que Boris se mélange les pinceaux entre qualités et nature.

    Une bonne analogie serait sans doute celle d’une molécule et de son état (gazeux, solide, liquide).
    C’est pas parce qu’une molécule est à l’état gazeux qu’elle n’existe pas.
    Autrement dit, c’est pas parce que la monnaie est à l’état de réserve de valeur qu’elle n’est pas vraiment de la monnaie qui doit pouvoir se transformer très vite en “liquide”, si nécessaire :)

  54. Dav dit :
    27 novembre 2008 à 12:37 Pour pousser le mode provoc’ un peu plus loin, je dirais que nos esprits sont apparemment colonisés par l’illusion de la monnaie qui n’est pas vraiment de la monnaie. Pour renvoyer chacun à sa méprise, je retiens donc d’une part :

    “Il faut croire au Père Noël pour voir un scandale dans le fait qu’il n’existe pas”.
    Qui me semble exprimer très justement le biais des… “anti ex nihilo” pour le dire vite.

    “Il faut croire au Père Noël pour ne pas voir un scandale dans le fait que personne n’a pensé à acheter de cadeaux”.
    Qui me semble être une façon d’exprimer le biais de la façon de penser des plus “orthodoxes”.

  55. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 13:23 la poule est un animal qui pond des oeufs et qui vient elle même d’ un oeuf.

    Si il existe un animal qui pond des oeufs, mais qui ne viendrait pas lui même d’ un oeuf, alors c’ est autre chose qu’ une poule.
    Si il existe un objet qui donne une poule mais qui n’ aurait pas été pondu par une poule préalablement, alors ce n’ est pas un oeuf.

    L’ est un attribut de la poule, il n’ existe pas sans elle.

    La question de l existence de l’ un sans l’ autre, n’ a pas de sens.

  56. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 13:25 il fallait lire “L’ oeuf est un attribut de la poule”
  57. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 13:46 http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_Russell
  58. antoine dit :
    27 novembre 2008 à 14:47 Sur la distinction nature/fonction. Je ne crois pas qu’une fiche de terminale suffirait.

    En fait la distinction nature/fonction s’adosse à la totalité de l’histoire de la pensée occidentale.
    Ce qu’est la nature d’une chose (qu’est ce qu’une “chose”?) relève de la métaphysique (qu’est ce que l’essence de l’essence?), et implique des discussions de fond de Socrate à Heidegger (c’est LA recherche qui oriente toute sa vie, et au fond il n’est pas tellement eloigné de Wittgenstein…) en passant par la scolastique médiévale (quoddité/quiddité).
    Ca contrairement à ce que pensait Wittgenstein “saying that metaphysics is non sense IS non sense.

    L’idée et l’usage même qu’on fait du concept de “fonction” est typiquement moderne en revanche. Il pose des tonnes de difficultés en sociologie/anthropologie mais aussi en philosophie de la nature et en particulier en biologie (quand il s’agit de penser la pertinence du concept de “finalité”, l’exemple canonique étant celui du “système immunitaire”).

    Evidemment tout le problème vient de l’articulation des deux concepts “nature”/”fonction”. Et on redécouvre ici le problème “théorie normative” et “théorie descriptive/explicative”.

    1/ Est ce que NOUS fixons d’abord le rôle de la monnaie pour nous même (c’est une institution et nous décidons d’en faire ce que NOUS voulons en faire), auquel cas nature et fonction de la monnaie sont intimement soudés… Dans un second temps il faudra comparer ce qui se fait avec ce qui devrait se faire, et poser de nouvelles regles du jeu.
    (au sens strict de ce qui se passe quand on change les règles d’un sport collectif… on redistribue les capacités à agir des joueurs de manière à obtenir un certain résultat… voire les discussions sur une évolution éventuelle des regles du rugby… mais, et c’est là l’essentiel ceci implique que ce qui compte avant tout, le point de départ, ce ne sont pas les “règles” mais “l’institution” et sa signification sociale… nous n avons pas besoin d’un droit constitutionnel de l economie, nous avons besoin d’un droit constitutionnel de l’entreprise, d’un droit constitutionnel du systeme bancaire etc etc… ceci implique de renouer avec le thomisme et de rompre avec tout ce qui dérive ici de la philosophie moderne de la loi depuis Guillaume d’Ockam).

    2/Ou bien est ce que nous cherchons à décrire “la façon dont la monnaie est produite hic et nunc”? Et dans ce cas vient dans un second temps une appréciation morale qu’il faudra justifier, et de manière toute aussi rigoureuse qu’on le fait pour le reste (on peut partager l’analyse de Paul, qu’elle quelle soit et malgré tout, pour des raisons indépendantes, trouver tout cela parfaitement immoral/ incompatible avec l’idéal de respect mutuel entre égaux ou un idéal quelconque de la coopération socialel!!!). Et retour à la case 1/
    (j’ai parfois l’impression que Paul estime que nous devrions tous être d’accord sur ce qui constitue une faute morale ou pas, la question se résumant ensuite à comprendre ce qui se passe avec la monnaie pour savoir si oui ou non ce qui se passe effectivement rentre dans la case “faute morale”. D’ailleurs il faudrait déjà discuter en amont quel est le “point de vue moral” pertinent lorsque l’on parle d’un bien public).
    Quoiqu’il en soit dans cette perspective d’explicitation du réel, on ne peut que partir des fonctions observées de la monnaie A L INTERIEUR DU SYSTEME QUI EST LE NOTRE (jeu de rôles) , et pas de sa “nature”, qui sera de toute façon déduite, dans un second temps, des fonctions observées. Peut-être même est-il impossible de remonter de toutes les fonctions observées à UNE nature.

    Un manuel d’économie qui commence par un présupposé du type “la monnaie est X” et “la monnaie à pour fonctions a,b,c ” pose problème. Il empêche de situer CORRECTEMENT le niveau du discours…
    – Il essentialise ce qui au fond n’est qu’artificiel (la loi des grands nombres n’y change rien). De plus -car ces deux idées ne se recoupent pas exactement- il oublie qu’il ne fait que “décrire” l’état d’un système PARTICULIER. Et enfin, il donne la forme d’un jugement analytique à ce qui n’est qu’un jugement synthétique a posteriori, en mettant la conclusion au début (on se fout, du strict point de vue de l’analyse, de connaître l’histoire de la monnaie, les proriétés de l’or comme monnaie, puisqu’aujourd hui la monnaie est tout autre chose).
    – Plus grave, il commet un paralogisme plus ou moins involontaire entre les ordres normatifs et descriptifs.
    Un tel manuel commence mal et son manque de rigueur condamne sa crédibilité.

    Je reste persuadé que cette question est capitale… et que création ex nihilo ou pas, la question de savoir si la façon dont la monnaie est produite/circule est politiquement/moralement adéquate, n’est pas et ne sera jamais une question d’économie, ou alors déconomie normative c’est à dire de philosophie politique et morale appliquée.
    Par ailleurs, qu’on ne puisse pas décrire correctement “ce qui se passe” alors qu’il s’agit d’une institution humaine dépasse l’entendement! En sciences de la nature ce genre de chose est tout à fait légitime. Mais ne pas comprendre ce de quoi nous sommes les auteurs tend à montrer que la question est toujours déjà de facto normative (a chaque grammaire normative sa description de la réalité… reste à arbitrer entre elles, sur le plan normatif).
    Qui plus est, des institutions qui sont incompréhensibles pour les citoyens experts sont trop complexes pour un régime démocratique. La clarté prime l’efficience en politique. C’est un argument que les républicains n’ont jamais sous-estimés (plus les règles sont compliquées, plus les possibilités de manipulation des citoyens par d’autres citoyens sont élevées, et les conditions d’un contrôle efficace de l’institution par les citoyens ne sont pas no plus remplies).

    Me reste à prendre des cours de macro. Mais ca vaut le coup d’y consacrer une dizaine d’années.

  59. antoine dit :
    27 novembre 2008 à 15:00 Pour l intrusion des non specialistes dans le debat:

    L’argument classique est qu’on gagne en légitimité ce qu’on perd sur le plan épistémique lorsue les experts discutent entre eux. Toute la difficulté, et ce n est pas possible sur un blog, consiste alors à chercher “la meilleure formule”, avec l’établissement de différentes règles procédurales dans la tenue de ces débats. Il y a ainsi des discussions publiques fermées/ semi-ouvertes/ ouvertes…

    Toutefois on n a pu montrer que le fait d’intégrer les non spécialistes, parties prenantes ou pas, permettait de mettre l’accent sur des dimensions du problème que les spécialistes n’avaient pas perçu, ou jugeaient à tort évidentes par elles-mêmes (voire l’intégration – qui fut source de conflits terribles – des malades dans la gestion de l’épidémie de Sida). Sur le plan personnel le spécialiste gagne toujours beaucoup à ce genre de débat. Ne serait-ce que parce que ca l oblige à s’assurer de la valeur de ce qu’il sait… étant souvent obligé de se confronter à des objections “à la con” plus problématiques que prévues au départ (je parle d’expérience).

    Pour ma part, j’estime que si ce genre de débat permet ne serait ce que de montrer au non specialiste que la question est problématique, de montrer ce que fait exactement le chercheur, les raisons et les enjeux pratiques qu’il a à se poser des questions a priori abstraites, de présenter ses doutes, ses hesitations même si elles ne sont que ponctuelles, et de donner envie de se lancer soit même dans l aventure (comme c’est le cas pour moi), alors il vaut largement le coup.

  60. jacques dit :
    27 novembre 2008 à 15:12 @ nuknuk66,albert,hypolite et …..
    SVP Epargnez-nous les reproductions d’articles en entier et le dictionnaire des citations .Faites un joli dessin et Paul le publiera.Bien à vous.
  61. antoine dit :
    27 novembre 2008 à 15:13 Le problème est, et c’est la que tous les wittgensteiniens pleurent:
    “la poule est un animal qui pond des oeufs et qui vient elle même d’ un oeuf”.

    C’est tout simplement empiriquement faux au départ. Aucun épistemologue/ évolutionniste sérieux n’accordera ça.
    Cette poule n’existe pas, sauf à accepter l’hypothèse créationniste, et dans ce cas là le problème ne se pose pas car Dieu aurait créé la première poule sous forme de poule.

  62. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 15:22 L’apport du moyen de communication moderne (le blog) est de ce point de vue fantastique.
    En effet, l’ extrême toxicité du manipulateur, de l’ inculte qui veut avoir raison, du militant qui manipule les nmots et les concepts dans une grande assemblée, est “stérilisée dans l’ oeuf”, grâce a la puissance de l’ association:” rémanence de l’ écrit- fluidité quasi “oratoire” de l’ information .
    Cette association, ce couple, permet d’ anesthésier les braillards, de stimuler les timides, de gratter les orteils des grands esprits en les empêchant de dormir, car décidément le cube ne rentre pas dans l’ étoile.
  63. Candide dit :
    27 novembre 2008 à 15:37 @ Antoine

    C’est tout simplement empiriquement faux au départ. Aucun épistemologue/ évolutionniste sérieux n’accordera ça.
    Cette poule n’existe pas, sauf à accepter l’hypothèse créationniste, et dans ce cas là le problème ne se pose pas car Dieu aurait créé la première poule sous forme de poule.

    Pardon ? Et pourquoi donc, je vous prie ? Que voilà une faute de logique aussi flagrante qu’orgueilleuse !

    Si la poule peut donner un œuf et si l’œuf peut donner une poule, pourquoi Dieu n’aurait-il pas décidé de créer l’œuf en premier et d’en laisser sortir la poule ?

    N’aurait-il pas été plus simple et rapide pour le Grand Programmeur (clin d’œil à Paul) d’élaborer tout le code génétique de la poule et de laisser ensuite le programme s’exécuter seul à partir de l’œuf, plutôt que créer un être complet ?

  64. Rumbo dit :
    27 novembre 2008 à 15:48 antoine dit :
    27 novembre 2008 à 15:13

    Pour des raidons purement pratiques, je crois que pour éviter des questions-réponses (réponses?) par trop byzantines, il faut considérer que, ici bas, nous ne partons jamais de zéro. La génétique, le langage, la langue, les inventions, le savoir-faire, les expériences, les sciences et les techniques, etc, etc, sont pour nous un héritage (voulu ou pas n’est pas la question), nous l’avons et pouvons l’intégrer (il arrive qu’on le bouzille), le développer et l’affiner à notre tour soit laisser dans cet héritage général notre empreinte qui à son tour formatera en partie les suivants, etc.

  65. TL dit :
    27 novembre 2008 à 16:06 @ Antoine

    A la base, toute discipline est fondée par des amateurs, donc la légitimité des experts est dans une certaine mesure… une blague.

  66. Serfix dit :
    27 novembre 2008 à 16:09 Bonjour Paul,

    Je me permets de placer un billet suite à une précédente critique inqualifiable d’une intervenante habituelle (et trop souvent peu scrupuleuse) de ton blog. Blog qui est toujours d’une très grande qualité et que j’ai plaisir à lire.

    En effet, GHOSTDOG est la “seule” qui ne m’a pas encore présentée ses excuses par courriel pour ses écrits ici sur ton blog, après avoir simplement lu mes commentaires sous un billet de Loïc Abadie. Elle sait pertinemment de quoi je parle.

    Je place donc ce billet ici, au lieu de le placer sous celui de Loïc Abadie, afin de n’être plus critiqué “par derrière”. Elle pourra le faire ici et sans retenue …

    La dure réalité des choses : – Le bonheur des uns fait le malheur des autres !

    Ceux qui avaient renforcé leurs positions ArcelorMittal comme je l’avais fait moi-même après les importantes et subites chutes du 12 au 20 novembre 2008, regagnent maintenant de l’argent et en 5 jours à peine ! Le cours est en effet remonté de 38,59% et de 44,07% en une seule semaine! Malgré cette hausse de 44% en quelques jours, les investisseurs qui ne se sont pas renforcés durant la vague de baisse précédente devront encore attendre un peu, mais avec bien plus d’espoir et de certitude maintenant.

    Par contre, le numéro un mondial de l’acier ArcelorMittal va supprimer 9.000 emplois dans le monde dans le cadre d’un programme de réduction des coûts d’un milliard de dollars (775 millions d’euros), peut-on lire dans un communiqué de presse diffusé ce jeudi par le groupe lors de la réunion de son comité d’entreprise « extraordinaire » à Luxembourg.

    La mesure, qui vise 3% du personnel occupé dans le monde, prévoit que les départs se fassent sur base “volontaire”. Elle touchera d’abord les employés des secteurs non-productifs, travaillant dans les ventes, l’administration et les services généraux.

    En Europe, près de 6.000 emplois seraient concernés dans les installations…

    “C’est une décision très difficile à prendre pour l’entreprise, étant donné que l’ensemble de nos employés sont extrêmement importants pour nous. Toutefois, la réalité économique mondiale fait qu’il est raisonnable d’adopter de telles mesures”, a déclaré Bernard Fontana, Executive Vice President d’ArcelorMittal.

    “Notre priorité est maintenant de rencontrer tous nos intervenants pour expliquer les raisons de cette décision et les rassurer que le processus sera réalisé en conformité avec les considérations sociales”, a-t-il ajouté.
    Le groupe sidérurgique avait déjà annoncé mardi la suppression de quelque 2.400 salariés dans son usine américaine de Burns Harbor d’ici la mi-janvier.

    En Belgique, un nouveau plan stratégique, “Speed up”, est en préparation. Il devrait être présenté aux syndicats le 8 décembre. Le nombre d’emplois concernés n’est pas encore connu.

    La dure loi de la vie c’est qu’il y aura toujours des gagnants et des perdants. Un jour on perd, un autre on gagne.
    Je conseille donc à chacun de continuer à “apprendre” et d’être “humble” dans la victoire, car demain est un autre jour.

    Luc
    E-Mail : luc.vanmulders@scarlet.be

  67. Rumbo dit :
    27 novembre 2008 à 16:21 antoine dit :
    27 novembre 2008 à 14:47
    et
    antoine dit :
    27 novembre 2008 à 15:00

    Je les ai lu après celui de antoine à 15h13, et ils confirment,encore davantage à mon avis ma réponse ci-dessus à 15h48

  68. Dav dit :
    27 novembre 2008 à 16:27 @Antoine

    Merci pour votre intervention.
    Je voudrais corriger mon propos et l’interprétation que vous faites de mon propos.

    J’aurais du aussi éviter de faire ce qui constitue une pique, la référence à la Terminale renvoyant notre expert à l’école.
    ça suscite forcément une émotion nuisible à l’échange; un dénigrement de la pensée de l’autre.

    En revanche, je continue à dire que comprendre la différence (par définition) entre ce qu’on appelle nature/essence/réel et ce qu’on appelle fonction/qualité/représentation est très simple dans le cadre du réflexion théorique.
    Ce qui est très compliqué, c’est la question vertigineuse de l’accès au réel.
    Mais nul besoin de la poser, si, par convention, on admet que toute théorisation scientifique est vaine si l’on ne se donne pas pour convention d’admettre l’existence d’un réel. Il s’agit de dire : je sais que je ne peux pas atteindre le réel, je ne peux donc pas être sûr qu’il existe mais s’il n’existe pas, en parler est vain. Je rejoins votre citation : Dire que la métaphysique n’a pas de sens n’a pas de sens.

    Nous avons ici un cas de figure où il est très simple, dans le cadre de cette convention sur la définition du réel de bien distinguer nature/essence/réel et fonction/qualité/représentation et d’éclairer ainsi le fonctionnement “réel” et ses conséquences.

    C’est là que la physique prend le pas sur la philosophie.
    C’est là que le ballon devient différent du papier qui représente le ballon.

    Ensuite, il s’agit de prendre l’interrogation a rebours.
    Il nous est impossible de PROUVER ce qui fait effectivement partie du “réel”
    Il nous est en revanche tout à fait possible de PROUVER ce qui NE FAIT PAS partie du “réel”.
    Ainsi l’exemple des banques commerciales nous permet-il de démontrer de manière définitive que la monnaie NE FAIT PAS partie du réel.
    Ce n’est pas une grande surprise, je pense, mais ça a le mérite de la démonstration.

    Enfin, je ne comprends pas bien pourquoi vous voulez ne pas mettre à profit à la fois l’approche normative et l’approche descriptive/explicative pour saisir/expliquer/comprendre le phénomène.
    La théorie normative, en tant que bloc est défaillante dans l’appréhension de ce qui se passe.
    Les théories descriptives, en tant que blocs sont défaillantes dans l’appréhension de tout ce qui pourrait se passer.

    Maintenant que nous avons démontré que la monnaie ne FAISAIT PAS partie du réel, cela signifie qu’il faut lui appliquer A LA FOIS une lecture descriptive (qu’est-ce qui se passe?) ET des lectures normatives (qu’est-ce qui pourrait se passer ?).

    NB : je n’ai pas compris quelle définition vous faisiez de “fonction”; en revanche, il me semble que l’analogie de la molécule physique et de ses états (gazeux, liquide, solide). Peut-être alors est-il plus sage de parler d’états (de la monnaie) plutôt que de fonctions.
    Au final, cela revient au même. De la même façon qu’il s’agit toujours d’une molécule d’eau, quel que soit son état (glace, eau, vapeur), il s’agit toujours de monnaie, quel que soit son état (norme comptable, réserve de valeur ou cash)

  69. Rumbo dit :
    27 novembre 2008 à 16:50 A-J Holbecq dit :
    27 novembre 2008 à 11:35

    À part Armand qui garde toujours les “outils” à la main et approche souvent de très près les questions qui me paraissent essentielles, je m’aperçois, à la longue, que les réponses ne se bousculent pas vraiment quant aux questions lancinantes sur les intérêts bancaires à payer en toutes circonstances, ici posée par A-J Holbecq.

    Bien sûr, les échanges étant tellement fournis, j’ai pu manquer certaines explications d’importance, je prie de m’en excuser d’avance et je remercie d’avance ceux qui me feraient remarquer lesquelles. Mais, le plus souvent, la questions des intérêts bancaires n’est évoquée que pour étayer des explications, au demeurant intéressantes et instructives, mais dont l’objet est indirect ou autre, ne se rapportant pas à l’une des distorsions majeures, sinon LA distorsion majeure du système financier qui est celle du paiement des intérêts bancaires, leur soi-disant justification, et de toute façon, l’équilibre du système financier qui ne doit jamais souffrir d’atteintes gravissimes qui sont autant de préjudices énormes à toutes les sociétés productrices.

    Enfant, l’un des dessins animés qui m’avaient le plus impressionnné fut l’Apprenti Sorcier (Mickey), une réalisation magistrale de Walt Disney sous la musique de Paul Dukas. Voilà ce qui arrive par les “systèmes magiques”, ou à “effets magiques” qu’on ne contrôle (?) plus….

  70. François dit :
    27 novembre 2008 à 17:00 Ces commentaires dégénèrent et n’ont plus aucun intérêt.
    J’étais heureux de connaître le point de vue de Paul et les votres. Moi je reste à analyser tout ce qui s’est écrit ici et que je n’ai pas encore vraiment assimilé. Mais si vous voulez maintenant passer aux réglements de comptes après n’avoir pas gagné la partie, c’est sans intérêt.
    J’espère que Paul n’a pas été découragé ou déçu par les répercutions de son initiative.
  71. reve dit :
    27 novembre 2008 à 17:05 Il faudra un jour que l’on ose parler du protectionisme, la nouvelle tentation qui monte.

    En Europe nous avons un probleme avec l’Allemagne qui est un pays de “morts vivant” qui se realisent dans la production et l’exportation de biens a tres haute valeur ajoutee. La crise va durement les frapper mais leurs finances sont en ordre.

    La France est un pays qui parait plus dynamique car plus latin mais elle ne produit presque plus rien. Ses grands groupes realisent 80% de leurs activites a l’etranger, le commerce exterieur et les finances de la France sont de veritables catastrophes. Il y a trop de fonctionnaires et trop de peu de gens qui travaillent, tout cela n’est pas nouveau.

    Au sein de l’UE on voit mal comment la France et l’Allemagne pourraient harmoniser de telles differences. On observe deja la montee des tentations protectionistes de deux cotes du Rhin.

    Quand les USA auront quasi fait banqueroute apres avoir deja injecte plus de 8,000 milliards de dollars pour rien dans leurs canards boiteux, que l’automobile en absorbera encore quelques milliards pour rien egalement la morsure du protectionisme americain qui prend toujours des allures imperialistes aggravera les differents entre les europeens.

    Aura-on un mauvais remake des annees 1930 a l’echelle mondiale cette fois? Ou sera-il exclusivement aux depends de l’Europe avec un euro surevalue de deux fois ce qui l’est aujourd’hui?

  72. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 17:30 @ Rumbo
    @A J. Holbecq

    Savoir s ‘il est juste ou non qu ‘ existent des intérêts toujours payés par les mêmes, est peut être secondaire, si on accepte le fait que la monnaie a été peu a peu remplacée par une autre monnaie dont l’ unité de mesure, l’ étalon, est la dette.

    190910-6

    L’ accroissement de cette monnaie dépend des taux d’ intérêts. Ce qui compte, n’ est pas de savoir s’ il existe beaucoup de monnaie. C’ est de savoir si il existe un “accès équitable” (equitable = “a la mesure du travail et du talent individuel”) a cette monnaie, ou si cet accès est réservé a quelques uns (sorte de droit divin a s’ endetter) , leur permettant de faire baisser les prix (speculation a la baisse), et acheter tout l ‘outil productif (entreprises) que tous les actionnaires vendent compte tenu de la baisse des prix des actions de ces entreprises, provoquée par la spéculation de ceux qui ont accès au crédit ( a l’ endettement), c’ est a dire a la nouvelle monnaie.

    Il faut modéliser ce qu ‘est la monnaie.
    Tant qu ‘on aura pas compris ce que c’ est, on aura autant tord d’ être triste comme d’ être joyeux d’ avoir aperçu une des manifestations de son existence.

  73. Dav dit :
    27 novembre 2008 à 17:52 “Il faut modéliser ce qu ‘est la monnaie.
    Tant qu ‘on aura pas compris ce que c’ est, on aura autant tord d’ être triste comme d’ être joyeux d’ avoir aperçu une des manifestations de son existence.”

    Je suis d’accord avec vous tigue.

    Je voudrais reprendre un point de l’étape du raisonnement, via l’analogie entre la molécule et la monnaie.
    Autant l’exemple des ballons est excellent pour comprendre le phénomène de la création monétaire.
    Autant l’exemple des molécules me semble faire la maille pour comprendre la nature de la monnaie et surtout les biais de raisonnement qui se cache derrière cette compréhension de la nature.

    Nous avons donc notre molécule d’eau, et ses trois états (gazeux, liquide, solide) d’une part.
    Nous avons donc notre monnaie, et ses trois “états” (réserve, échange, compte), d’autre part.

    L’analogie est parfaite pour comprendre les problèmes de quantité que posent la création de monnaie, et son passage d’états en états.
    Je ne prendrais pas la peine de refaire la démonstration, je pense que ce n’est pas nécessaire.

    Ceci étant, il existe une grande différence entre la molécule d’eau et la monnaie.
    Nous ne pouvons pas prouver que la molécule d’eau n’est pas réelle.
    En revanche, nous pouvons aisément PROUVER que la monnaie N’EST PAS réelle. (c’est le fameux père-noël)
    C’est toute la logique de la démonstration sur la création de monnaie via les banques commerciales.
    La différence entre les mathématiques et la physique.

    Faisant cela, nous évitons de tomber dans le piège qui consisterait à considérer la monnaie comme “équivalent” à un phénomène physique.
    Cette approche en effet, discréditerait toutes les propositions visant à proposer de changer la nature de la monnaie puisque cela reviendrait dans ce cas (si la monnaie était un phénomène physique) à vouloir changer… le plomb en or :)

    Du coup, nous avons l’autorisation officielle et démontrée de nous attaquer à la nature de la monnaie, et de voir dans quelle mesure nous pouvons en modifier nous-même les états, voire, pourquoi pas, la nature.

  74. fab dit :
    27 novembre 2008 à 18:07 @ Tigue,

    Vous dites que vous voulez “modéliser ce qu’est la monnaie”. Ca me paraît être un objectif louable…Mais j’ai l’impression que le temps presse. Alors si vous avez une modélisation toute prête faites nous la connaître svp. Sinon je préfèrerais suivre les discussions d’AJH ou d’Etienne Chouard qui me paraissent plus concrètes. Bien que je trouve personnellement que nous sommes encore trop loin de la réalité, du concret, de l’urgence ! A mes yeux la monnaie, le système financier ne sont que des arbres qui cachent la forêt. En leur temps les esclaves, les “vrais”, trouvaient normal que leurs enfants soient aussi la propriété du “seigneur”…Ne commettons pas la même erreur à perdre trop de temps.

    Toutefois il faut agir avec prudence…

    “Hâtez-vous lentement” dit le proverbe… (Spéciale dédicace pour Jacques !)

  75. A-J Holbecq dit :
    27 novembre 2008 à 18:19 @Reve
    Débat en cours sur le protectionisme : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=47862 (ce n’est pas le seul évidemment)

    Allais propose la préférence communautaire pour au minimum 80% des volumes (je dis bien en volume, pas en “prix”) de chaque produit que nous savons fabriquer et les 20% restant par mise aux enchères entre les importateurs.

  76. Julien Alexandre dit :
    27 novembre 2008 à 18:20 @ tous : ne donnons pas à la monnaie plus d’attention qu’elle ne le mérite : c’est l’arbre qui cache la forêt.

    Si tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a pas de scandale dans le fait que les banques commerciales créent de la monnaie par le crédit, il faut se concentrer si l’on entend débattre des sujets qui font avancer les choses sur les questions suivantes, de façon non-exclusive :

    – Est-il préférable que les Etats empruntent leur capacité d’investissement moyennant le versement d’un intérêt, et financent leur fonctionnement par l’impôt? (je simplifie volontairement les mécanismes d’émission de bons du trésor et les transactions banques commerciales-banque centrales pour nous concentrer sur l’essentiel). C’est toute la question de la dette publique.

    – Est-il préférable que les banques centrales soient indépendantes des pouvoirs publics?

    – Est-il préférable de payer des intérêts dans le cadre de crédits à la consommation?

    – Est-il préférable que l’anticipation de richesse à l’origine de la création monétaire s’appuie sur un mécanisme d’évaluation qui puisse prendre en compte à l’actif toute création par le binome travail+soleil (pour reprendre l’expression de Paul) et au passif la destruction des ressources?

  77. A-J Holbecq dit :
    27 novembre 2008 à 18:30 ” Si tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a pas de scandale dans le fait que les banques commerciales créent de la monnaie par le crédit, “
    Je ne fais pas partie de cette catégorie …
  78. Julien Alexandre dit :
    27 novembre 2008 à 18:36 @ AJH : je sais bien, mais ceci ne doit pas nous empêcher d’avancer ou du moins d’embrasser d’autres sujets, non?
  79. fab dit :
    27 novembre 2008 à 18:39 @ Julien Alexandre,

    Volontiers ! Surtout si ces autres sujets ont de fortes poitrines !

    Désolé ! Mais je craque ! Ca n’avance pas…

  80. reve dit :
    27 novembre 2008 à 18:46 Maurice Allais se trompe. 80% des echanges reserves a notre zone c’est de l’hyper protectionisme. En Union Europeenne les pays qui s’en sortent le mieux sont ceux qui d’un cote sont entierement ouverts vers l’exterieur et de l’autre cote qui organisent la solidarite interne correctement sans gabegie. Exemples: Pays-Bas, Belgique, Allemagne. Comme par hasard ils disposent des trois premiers ports d’Europe. Rotterdam, Anvers et Hambourg….

    La France qui possedent la plus grande facade maritime a laisse tomber ses ports, parceque comme pour la presse un certain syndicat y fait sa loi absurde, stupide, contre productive et hyper protectioniste….

  81. Julien Alexandre dit :
    27 novembre 2008 à 18:58 @ AJH : j’ajouterais simplement que les banques ont joué le rôle de substitution à “la bonne réputation”. J’ajoutes aussi que l’usure a été interdite pendant 13 siècles avant d’être réintroduite après la Révolution et n’a commencé à être réglementée qu’au XXème siècle.

    Mes grands-parents et même mes parents achetaient à crédit sans le concours des banques, jusqu’au milieu des années 1970. Crédit auprès de l’épicier, du garagiste ou autres. L’épicier leur faisait confiance parce que mes grands-parents avaient deux choses : une propriété, gage de leur solvabilité (même si le bien en lui-même ne constituait pas une garantie formelle), et une “bonne réputation”. L’épicier pouvait se permettre de faire crédit parce qu’il avait le capital lui octroyant cette liberté. Si jamais mes grands-parents avaient fait défaut dans leur paiement, ils en seraient morts de honte. A cette époque, cela voulait encore dire quelque-chose.

    Dans le courant des années 1970, les choses ont changé (on pourra revenir sur les causes), et l’épicier a commencé à douter du bien fondé du crédit et à être plus près de ses sous, jusqu’au jour où il n’a plus souhaité accorder de crédit : sur la devanture, on pouvait lire “Paiement au comptant, la maison ne fait plus crédit”.

    N’est pas cela le “scandale”?

  82. A-J Holbecq dit :
    27 novembre 2008 à 19:11 @Julien Alexandre

    :-) … je n’ai pas dit que je ne voulais pas débattre d’autres sujets .. c’est l’affirmation de “tout le monde est d’accord…” qui m’a fait réagir.

  83. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 20:34 “@ Tigue,Vous dites que vous voulez “modéliser ce qu’est la monnaie”. Ca me paraît être un objectif louable…Mais j’ai l’impression que le temps presse. Alors si vous avez une modélisation toute prête faites nous la connaître svp. Sinon je préfèrerais suivre les discussions d’AJH ou d’Etienne Chouard qui me paraissent plus concrètes. Bien que je trouve personnellement que nous sommes encore trop loin de la réalité, du concret, de l’urgence ! A mes yeux la monnaie, le système financier ne sont que des arbres qui cachent la forêt. En leur temps les esclaves, les “vrais”, trouvaient normal que leurs enfants soient aussi la propriété du “seigneur”…Ne commettons pas la même erreur à perdre trop de temps.
    Toutefois il faut agir avec prudence…
    “Hâtez-vous lentement” dit le proverbe… (Spéciale dédicace pour Jacques !)”

    Mais suivez les discussions, d’ AJH ou d ‘ Etienne Chouard, c’est très bien !
    Vous pouvez aussi vous hater, puisqu ‘il y a urgence.
    Mais urgence a faire quoi ?
    Une manif pour reveiller les gens ?

    A nous tous, nous n’ arrivons (et c’ est déjà pas mal !) qu’ a mesurer la taille du problème, a comprendre qu’ il nous renvoie a ce que nous sommes, a nos propre faiblesses, au manque d’ un langage et d’ une logique permettant d’ exprimer la convergence d’ idées somme toute, assez proches.

    Alors qu ‘attendre d’ un haut parleur et des foules surexcitées par des slogans accrocheurs, sinon la même chose mais avec un bilan calamiteux une fois le calme revenu….

    Sur le plan politique, il n’ y a rien a attendre des partis actuels, empêtrés dans les querelles de personnes, et les concessions-alliances conduisant a la paralysie.
    Le renouveau ne peut venir que des progrès de la connaissance tels qu’ ils se sont manifestés ici par moments, afin de donner des idées aux politiques qui n’ en ont plus. Cela ne se décrète pas, et cela prend du temps.

    Puisque Fab veut du concret : Pour avoir du temps, il faut protéger certains secteurs vitaux, et recourir massivement a l’ endettement pour les défendre.
    Il n’est pas nécessaire de nationaliser, il suffit de laisser les actionnaires se faire essorer, puis acheter le secteur au franc symbolique.
    Ensuite les états endettés devront s’ arranger avec les états prêteurs pour accepter un gigantesque transfert de richesse, c’ est a dire un gigantesque transfert de “droit a s’ endetter” (transfert de technologie des CDS, CDO etc…), quand pour eux même ce droit serait limité (abolition des paradis fiscaux, limitation des paris autres que pour se couvrir etc…, autorisation des flux originaires des pays preteurs…)

    Ce qu ‘il faut viser, c’ est le gain de temps : protection des plus faibles, accès a l’ énergie, pour éviter le chaos, et avancer enfin au même rythme sur le plan de la connaissance…

    Si la dette est l’ étalon de la monnaie, et si ces pays sont créditeurs, il faut les laisser s’ endetter et s’ enrichir.

  84. Grégory dit :
    27 novembre 2008 à 22:19 Excellente, excellente, excellente attitude, Paul. La seule possible. Il nous faut plus d’experts comme vous!

    Du coup je suis interessé par le débat sur le 11 septembre, sur lequel “ma religion est faite” dans le sens inverse de ce que vous entendez. J’y verrais peut être des choses neuves ?

  85. Archimondain dit :
    27 novembre 2008 à 22:41 @ A-J Holbecq
    Vous dites :

    @Archimondain

    je répète ma question, puisque vous avez écrit
    ” statistiquement, les gens ne vont pas réclamer leur argent en même temps. “
    Qu’est ce que c’est “réclamer son argent” ? demander des billets de banque ? Dans ce cas c’est vrai, il n’y en a pas immédiatement pour tout le monde (il faudra attendre que les imprimeries tournent)
    Si c’est demander à ma banque de faire un virement à une autre banque, c’est déplacer le problème.

    Le virement à d’autres banques doit selon moi être identique en terme de trésorerie pour la banque, au fait de le demander en cash. Si je me trompe faites le moi savoir. Et si je me trompe, et que la banque, au moment où vous transférez 10.000, peut effectivement se contenter de transférer les 1111,11 qu’elle possède en banque centrale, vers le compte ‘banque centrale’ d’une autre banque (et que ces 10.000 peuvent très bien être créés ex-nihilo), alors je pense effectivement que le processus est absolument honteux. Mais il semblerait que ce n’est pas comme ça que se passent les choses, et que toutes les citations, écrits de spécialistes, etc… relatant la création ex-nihilo en faveur du ’scandale’, entretiennent la confusion entre la création ex-nihilo de 10.000 avec seulement 1111,11 en banque centrale et l’utilisation de cette création ex-nihilo, qui ne peut à l’extérieur pas être transféré tel qu’elle.

    La question des intérêts dont parle l’extrait que vous présentez est je pense différente. Peut-être scandaleuse, honteuse, mais c’est pour moi une autre question. Je vais ici en donner des éléments de réflexion, qui valent ce qu’ils valent :

    – Le crédit en soi ne m’apparait pas mauvais. Il est une marque de confiance en l’avenir, un investissement sur le futur.

    – Cependant, le crédit est le monopole de groupes privés, qui ont fait de l’argent une marchandise et le monnayent contre de l’argent. Cela est possible parce que dans un laps de temps donné, beaucoup de personnes possèdent de l’argent qui n’est pas utilisé. Je ne vois pas au nom de quoi le fait de posséder de l’argent devrait donner le droit à en posséder plus. Pourtant c’est bien ainsi que les choses se passent. L’argent a un prix : Les intérêts. Les gens en vendent et en achètent. Les gagnants sont forcément ceux qui en ont beaucoup. Il est amusant que beaucoup aient lancé le sujet des paradoxes induits dans le cadre de l’auto-référencement. Le fait de fixer un prix à la chose qui sert à fixer les prix est un très bel exemple d’auto-référencement, qui mènerait à de nombreux paradoxes, si ceux-ci n’étaient pas écartés par le temps.

    – Je m’explique en commençant par une analogie. La flèche de Xénon doit parcourir une infinité de distances pour arriver à sa cible. Pourtant en pratique elle arrive bien en un temps fini. C’est parce que la suite de quantités de temps nécessaire à la flèche pour atteindre son but sont de plus en plus petites à mesure que ces distances infinies s’ajoutent. Il en va de même pour l’argent. Acheter 1000$ avec des $ au prix de 1111$ n’a pas de sens en soi. Car les 1111$ pourraiten être achetés plus cher, puis plus cher, etc… Mais c’est bien le temps qui rentre ici en jeu. Les 1000$ une fois achetés, on les possède tout de suite, les 1111$ on les remboursera demain. Ce que les banques vendent avec notre argent, c’est du temps.

    – Raccourci un peu tiré par les cheveux mais intéressant : Ceux qui ont de l’argent ont du temps. Les autres doivent donner de leurs temps pour travailler afin d’en gagner. Je n’invente rien, et c’est là un scandale connu depuis fort longtemps, et profondément injuste : Ceux qui ont de l’argent peuvent le vendre pour en avoir d’avantage. Nous sommes tous aujourd’hui lancé dans une compétition pour le profit, pour la croissance. En France et au États-unis, on a encore de la chance, on ne part pas de trop loin comparé à certains coins du monde.

    J’ai lu un jour quelque part une idée de système où l’argent apporterait des intérêts négatifs plutôt que positifs au fur et à mesure que le temps passe. Ça parait un peu ridicule comme ça, mais je me demande si il n’y a pas une idée à creuser :)

  86. Gilles Bonafi dit :
    27 novembre 2008 à 23:41 Petites remarques sur le crédit. Nous restons à chaque fois sur un schéma dépassé de crédit classique. Or, le crédit actuel prend souvent la forme d’une réserve bancaire ou d’organismes proposant des réserves d’argent qui en règle générale ne sont jamais remboursées. C’est un crédit perpétuel. Ainsi, de 2000 à 2008, la dette totale des ménages américains a augmenté de 22 % et les trois quart de cette dette ne sont pas des crédits classiques, mais plutôt des crédits types revolving. Qui peut m’expliquer les règles qui sont appliquées à ce type de crédit? Paul, je compte sur toi.
  87. Pierre-Yves D. dit :
    27 novembre 2008 à 23:56 @ Candide,

    je ne pas dit qu’il y a TOUJOURS conservation des quantités.
    Je le dis d’un point de vue pratique et statistique.
    L’univers de la monnaie est un univers probabiliste. La raison en est simple. L’économie, dont la monnaie est un aspect,
    a trait à la création de richesses, mais ces richesses doivent leur valeur en dernier ressort aux humains, lesquels sont les utilisateurs de ces richesses et ceux qui en définissent tous les critères. Or si les phénomènes naturels sont déjà difficilement prévisibles, les phénomènes humains, eux, le sont encore plus encore, surtout lorsque le système socio-économique devient instable.

    Lorsque le système est dans son assiette, que la croissance est là, que les divers agents économiques se répartissent de façon relativement équilibrée les revenus occasionnés par la production, il y a conservation des quantités.
    La conservation des quantités est une propriété du système
    quand celui-ci fonctionne “normalement”.

    Je suis d’accord avec vous pour dire que cette normalité est toute relative. Lorsque le système touche ses limites, comme aujourd’hui, lorsque survient une insolvabilité de certains agents économiques, il y a rupture plus ou moins grande
    du cycle de la création-destruction de monnaie occasionnée par les opérations de crédit bancaire.

    Aujourd’hui ce ne sont plus seulement certains agents économiques humains qui sont défaillant dans la chaîne du crédit, mais ce sont les conditions physiques mêmes du système macro-économique qui deviennent problématiques. Dilapidation des ressources non renouvelables, dégradations des milieux naturels. La logique de croissance inhérente au système financier et capitaliste touche ou va bientôt toucher certaines limites ou seuils physiques au delà duquel son développement est ou sera compromis. Il lui faut donc de nouvelles règles, lesquelles orienteront — si nous en prenons le chemin — l’économie vers d’autres finalités, avec d’autres valeurs pivots.

    Ce sont avant tout les critères d’attribution des crédits qui devraient alors être revus. Avec l’aide d’une constitution pour l’économie ou tout autre dispositif qui ferait mentir la tendance du système actuel à profiter des crises pour simplement s’autoréguler. C’est là-dessus qu’il faut s’employer à lever des illusions auprès de certains dirigeants et de la plupart de nos concitoyens.

    Bref, ce n’est pas le crédit qui est en cause. Evidemment, la privatisation du service que constituent les opérations de crédit ne facilitent pas la tâche, car les investisseurs, comme le dit Paul, cherchent souvent à augmenter leur part du gâteau et visent d’abord une rentabilité à court terme. Mais le problème ne se situe pas au niveau de la technique bancaire. Je ne dis pas que le crédit puisse se faire selon des modalités diverses dont certaines sont peut-être à développer ou encore à inventer. Mais la priorité est de modifier les règles du jeu du système macro-économique. Et là je rejoins Holbecq, vous-même et beaucoup d’autre. Le problème est émminement politique. L’économie est politique ou n’est pas.
    On en revient donc toujours à un problème de la régulation. QUe les banques soient privatisées ou étatiques ne change rien au problème si les projets sociétaux sous-tendus par les crédits demeurent inchangés ou si peu.

  88. Paul Jorion dit :
    28 novembre 2008 à 03:34 @ Archimondain

    Dans mon article Le rapport entre la valeur et le prix (1990) :

    La seule chose qui soit authentiquement rare pour des êtres mortels, c’est en effet le temps, dont chacun dispose de manière égalitaire et pour une durée imprévisible. Ceci dit, la possibilité existe pour chacun d’améliorer la qualité du temps dont il dispose en accédant au temps des autres et en le subordonnant ainsi au sien propre. Il est possible de reprendre le concept d’aliénation dans cette perspective, en le redéfinissant à partir de la notion de commandement chez Smith : l’aliénation d’une personne est la mesure du commandement qu’elle subit de la part d’autres personnes, autrement dit, c’est la mesure dans laquelle l’emploi de son temps est subordonné à l’emploi du temps de ces autres personnes.

    La richesse donne un pouvoir qui est celui du commandement sur d’autres : par la richesse on accède au temps des autres, et l’on étend d’autant la qualité du sien propre. Celui qui peut imposer à autrui qu’il lui donne de son temps, celui–là le domine dans les relations sociales. La richesse est le moyen qui permet d’obtenir cela.

  89. François dit :
    28 novembre 2008 à 05:31 ;) en effet! c’est pourquoi je vais m’évader 4 semaines hors du temps, loin de l’inconfort du confort illusoire du besoin de savoir ces choses urgentes et des permissivités trompeuses (des commentaires) de ce blog.

    Le monde sans doute aura changé. Mais vous Paul, vous êtes décidément constamment en vacances “ethnologiques” parmi nous?

  90. fab dit :
    28 novembre 2008 à 08:29 @ Tigue,

    Il me semble déceler de l’agressivité dans vos propos, ou pour le moins la certitude a priori que la seule voie possible est celle de l’analyse économique. Me trompe-je ?
    L’économie est un outil : l’outil qui sert à la gestion de l’activité qui occupe la partie que nous considérons comme la plus importante de l’humanité : la consommation.
    Nous nous considérons comme développés : au niveau industriel cela paraît incontestable. Et cette supériorité nous a convaincu que nous l’étions aussi intellectuellement.
    Nous pouvons donc, de ce fait, imposer notre mode de vie au reste, plus nombreux, de l’humanité…car ils ne savent pas ce qu’ils font ! Pour rester poli ! Et cela continuera à fonctionner tant qu’ils resteront « en dessous »…Toujours pour rester soft.

    « Mais urgence à faire quoi ?
    Une manif pour réveiller les gens ? »
    Je pense que l’urgence est dans le fait de savoir ou pas profiter de la crise, et pourquoi ne pas envisager d’éveiller les gens plutôt que de les réveiller par une manif…avec les risques que cela comporte ?
    D’où l’urgence à se poser la question : si nous ne sommes plus occupés à consommer, qu’allons-nous faire ??? Que pouvons-nous faire ???
    Ce qui me semble urgent aussi est de ne pas s’attarder sur l’outil ! Certes avec une scie vous pouvez couper du bois, construire des maisons, des ponts…mais vous pouvez aussi détruire un écosystème, couper des têtes, construire des bateaux pour transporter des esclaves…L’économie, la monnaie, le système financier ne sont que des outils ! Certains les manient mieux que d’autres et/ou à meilleur escient que d’autres.

    « A nous tous, nous n’arrivons (et c’est déjà pas mal !) qu’à mesurer la taille du problème …»
    Je ne suis pas si sûr que le nous tous dont vous parlez ait réellement pris conscience de l’ampleur du problème, et donc les gens dont vous parlez, ceux des manifs, encore moins…

    Quant à surexciter des foules avec un micro…

    « Sur le plan politique, il n’y a rien à attendre des partis actuels, empêtrés dans les querelles de personnes, et les concessions-alliances conduisant à la paralysie.
    Le renouveau ne peut venir que des progrès de la connaissance tels qu’ils se sont manifestés ici par moments, afin de donner des idées aux politiques qui n’en ont plus. Cela ne se décrète pas, et cela prend du temps. »
    Voila un sujet de réflexion concret ! De quels politiques parlez-vous ? Pensez-vous sincèrement que ces « acteurs », pour rester poli, que l’on nous propose aux élections, soient réellement ceux qui dirigent l’humanité ? C’est un spectacle, un autre opium du peuple ! Il y avait le grand bal tous les 7 ans mais ça ne suffisait plus à motiver les troupes, maintenant c’est grand bal tous les 5 ans. Et en plus on nous assène le grand bal américain… en plus du foot, de la téléréalité…et de l’économie-réalité ! Pensez-vous réellement que les questions que vous vous posez, monétaires, économiques, philosophiques soient nouvelles ??? Que personne ne s’y est intéressé avant vous ? Si oui, alors je vous avoue qu’il n’y a plus d’urgence à réagir et je vais de ce pas avaler ma pilule du bonheur…
    J’espère que non
    @ Reve
    Certains affirment sans preuve que Maurice Allais se trompe, que pensent-ils de son frère, Alphonse (1854-1905) :
    C’est l’humanité qui a perdu l’homme. Dire que cet idiot-là aurait pu être le plus heureux des animaux, s’il avait su se tenir tranquille. Mais non… il a inventé la civilisation
    A quoi bon prendre la vie au sérieux, puisque de toute façon nous n’en sortirons pas vivants ?

    @ Gregory

    J’avoue que votre message « sous-entendu » me fait penser à une publicité pour la théorie du complot…

  91. Dav dit :
    28 novembre 2008 à 11:11 Pour répondre aux désirs de quelques-uns, je voudrais expliquer la démarche qui me fait insister sur la nature de la monnaie.
    Sur cette distinction réel/représentation du réel ou signifié/signifiant ou phénomène/modèle.

    J’ai l’intuition que la juste appréhension de la nature de la monnaie nous permet d’aboutir très facilement à la “condamnation” de la spéculation… Non pas en tant que condamnation morale. Mais en tant que condamnation logique.

    Autrement dit, il me semble que nous pouvons démontrer clairement en quoi la spéculation est absurde (qu’elle repose sur un mauvais raisonnement logique, ce qu’il est possible de faire) ce qui est une base beaucoup plus solide que de démontrer qu’elle est néfaste (qu’elle repose sur un mauvais raisonnement moral, ce qui n’est pas possible de faire).

    Puisque nous avons réussi à démontrer que la monnaie n’était pas réelle, en nous appuyant sur l’exemple des banques commerciales qui créent de la monnaie (à l’état de réserve de valeur).
    Puisque nous ne pouvons pas démontrer que le ballon n’est pas réel.
    Nous pouvons établir une distinction logique entre le ballon et le bout de papier qui représente le ballon.
    Entre l’objet physique et sa modélisation mathématique.
    Entre la “richesse” (attention au sens de ce mot piège) et la monnaie.

    En somme, nous avons des bases solides pour affirmer selon notre culture :
    La monnaie est un média de l’échange… (en s’appuyant sur la distinction signifiant/signifié ou réel/représentation)
    ou
    La monnaie est une modélisation mathématique du système physique de l’échange (en s’appuyant sur le distingo phénomène/modèle)

    Ainsi, que nous ayons une culture littéraire ou mathématique, nous en arrivons à dire la même chose.

    Voici comment nous pouvons, à partir de là, en déduire que la spéculation (contrairement à “l’investissement”) est théoriquement absurde, dans le cadre du système physique de l’échange. Je vais la faire courte; ça veut dire qu’il y aura des failles sur lesquelles il faudra sans doute revenir… (surtout qu’il est possible qu’au final, l’ensemble du raisonnement soit faux, même si, bien sûr, j’en doute :) ).

    Puisque la monnaie est une modélisation mathématique du système physique de l’échange, cela signifie que le système physique peut tout à fait exister sans que sa modélisation n’existe. Autrement dit, la monnaie n’est pas un phénomène émergent du système physique de l’échange (comme on peut souvent le lire dans les revues économiques), elle est une modélisation mathématique émergente du système physique de l’échange; ce qui est très différent. Autrement dit, c’est l’homme qui intervient sur le système physique de l’échange, par la modélisation mathématique (le recours à l’abstraction), pour le faciliter ou l’améliorer.

    De là, nous pouvons en déduire, je pense, un deuxième savoir démontré :
    La nature de la monnaie est de faciliter l’échange (d’en être le média au sens technologique du terme)
    ou
    La nature de la modélisation mathématique du système physique de l’échange est de contourner les difficultés du système physique de l’échange (toujours par le recours à l’abstraction).

    Du coup, la question des intérêts ou de la spéculation ne se pose plus en tant que question morale, mais en tant que question logique : est-ce que les intérêts bancaires ou la spéculation facilitent l’échange ou contournent les difficultés du système physique de l’échange ?

    En ce qui concerne les intérêts bancaires, la question est complexe, car il faut distinguer le service rendu, son coût et surtout son ratio par rapport à la notion d’investissement… je vais laisser cette question de côté pour l’instant, si vous le permettez.

    En ce qui concerne la spéculation, la question me parait enfantine, par contre… encore nous faut-il démontrer que la spéculation parasite le système d’échanges sans jamais le stimuler (j’ai bien dit jamais : d’où son caractère absurde) !

    Mais pour cela, comme d’habitude, il va nous falloir bien définir ce qu’est la spéculation, ne serait-ce que parce que la spéculation, au sens propre, c’est ce que nous faisons tous à tout moment. Je rappelle que la spéculation, c’est simplement la mise en miroir de l’autre.

    Donc, quelle est cette spéculation qui serait absurde ?
    Et bien, c’est celle qui consiste à confondre l’amélioration de l’échange et l’amélioration du média de l’échange.
    (Celle qui tombe au fond dans le piège du déterminisme technologique, mais ceci est un autre débat)

    En effet, vous serez d’accord avec moi pour dire que l’amélioration de la modélisation mathématique du système physique de l’échange n’est pas la même chose que l’amélioration du système physique de l’échange.

    Or, que penser d’une logique qui consisterait simplement à augmenter la masse monétaire sans jamais augmenter les échanges ?
    C’est cela que nous pouvons appeler “spéculation” (mais je chercherais un autre mot pour le dire… spécillusion un truc comme ça…)

    En fait, on pourra nommer spéculation l’activité qui consiste à augmenter le nombre de représentations du ballon, sans jamais augmenter le nombre de ballons… par opposition à l’activité qu’on pourra nommer investissement, qui consiste à augmenter temporairement le nombre de représentations du ballons, afin de stimuler la production de ballons. (J’esquive volontairement pour l’instant le débat sur le bien fondé de cette production, c’est juste pour bien définir la différence entre spéculation et investissement).

    On va maintenant pouvoir prendre notre temps pour démontrer tranquillement que la multiplication quantitative des petits papiers conduit simplement à une dévaluation mathématique de la valeur des petits papiers sans création de “richesse” parce qu’elle tombe dans le panneau qui nous fait croire que la monnaie EST la “richesse”, que le media EST l’échange, que le modèle EST le phénomène, que le signifié EST le signifiant, que le Réel EST la représentation, choisissez la formule qui vous convient.

  92. A. dit :
    28 novembre 2008 à 11:28 @ Dav :

    “J’ai l’intuition que la juste appréhension de la nature de la monnaie nous permet d’aboutir très facilement à la “condamnation” de la spéculation… Non pas en tant que condamnation morale. Mais en tant que condamnation logique.”

    L’intérêt de ce débat est qu’en réfléchissant à la question de la monnaie, nous sommes obligés de raisonner dans un cadre qui ne se cantonne pas à l’économie puisque cette dernière en dépend.

    En l’occurence, je crois qu’il faut se méfier de la logique. On tombe, il me semble, dans l’argument ontologique sous l’effet de la lancée de notre entendement. On cherche ici la cause de la cause par laquelle la logique nous permet d’accèder à la cause première. Mais cette cause inconditionnée, qui n’est le prédicat de rien du tout, est un vue de l’esprit. Elle est nénamoins utile à des fins épistémologiques pour construire un système cohérent.

    Il faudrait se concentrer sur les signification implicites et explicites. La monnaie est d’abors et avant tout un rapport social. Comprendre la monnaie est une tentative de psychanalyser la société.

    En écrivant cela

  93. Dav dit :
    28 novembre 2008 à 11:30 Je vais tout de suite prendre un exemple, parce que ma démonstration spéculation/investissement me parait encore un peu faible pour l’instant, donc autant la reprendre, il s’agit de la renforcer ou de la démolir :

    Voici un exemple qui la renforce :

    Dans l’étude de cas sur les ballons et les petits papiers, on voit bien que la fabrication des petits papiers facilite les échanges, mais au bout d’un moment on voit bien aussi que chaque ballon ne “vaut” plus un petit papier. Il y a une dévaluation monétaire de fait. Le fait que la monnaie soit à l’état de réserve de valeur ne change rien à cet dévaluation de fait.

    Au bout de la chaine, si on a fabriqué de nouveaux ballons correspondant aux petits papiers, alors on a investi.
    Au bout de la chaine, si on n’a pas fabriqué de nouveaux ballons correspondant aux petits papiers, alors on a spéculé.

    En cas d’investissement, la valeur de la monnaie reste stable, tandis que la sanction de la spéculation devrait être logiquement la dévaluation de la monnaie. J’en tirerais une conclusion étonnante, mais logique (qui pose plein d’autres questions au demeurant) :

    En cas d’échec de l’investissement, il est totalement illogique en terme de modélisation mathématique de rembourser la partie du prêt qui repose les nouveaux petits papiers qui n’ont pas reçu leur pendant “ballons”.

    Autrement dit, il serait a priori “logique” de que l’impossibilité du remboursement rende la partie du prêt sans contrepartie caduque.

  94. Dav dit :
    28 novembre 2008 à 11:39 @A.

    Vous dites : “En l’occurence, je crois qu’il faut se méfier de la logique. On tombe, il me semble, dans l’argument ontologique sous l’effet de la lancée de notre entendement. On cherche ici la cause de la cause par laquelle la logique nous permet d’accèder à la cause première. Mais cette cause inconditionnée, qui n’est le prédicat de rien du tout, est un vue de l’esprit. Elle est nénamoins utile à des fins épistémologiques pour construire un système cohérent.”

    Je suis désolé A., mais je ne comprends pas ce que veut dire “argument ontologique”, ni “cause inconditionnée”, ni “prédicat”…
    Mais il me semble a priori que ce que vous dites n’est pas très éloigné de ce que j’exprime en disant “on ne peut pas atteindre le réel”, et qui rejoint la remarque d’Etienne d’ailleurs. En ce sens, je vous rejoins. Mais quoi d’autre que la logique pour fonder un raisonnement ?

    Du coup, je suis d’accord si vous me dites qu’il faut se méfier de la logique, à condition qu’il ne s’agisse pas de s’en défier.
    A partir de là, il s’agit de faire la différence entre un raisonnement faux (une erreur logique) et une raisonnement limité (le cadre logique).

  95. A. dit :
    28 novembre 2008 à 11:54 @ dav :
    L’argument ontologique est le raisonnement pas lequel Descartes prouve l’existence de Dieu. Je ne vais pas entrer dans le détail de la démonstration (que je nsuis pas de maîtriser). Pour faire simple, l’existence de Dieu est affirmée en raison de la possibilité du concept de Dieu. Par extension, l’argument ontologique définit la manière dont l’entendement est conduit par sa structure même à remonter à une cause, et de cause en cause, on arrive à une cause première : Dieu en philosophie, la main invisible du marché en économie.

    De ce raisonnement on en déduit des exposés normatifs du genre : il faut + de concurrence pour faire baisser les prix ou l’existence de Dieu assure l’existence de tout ce qui est hors de moi (spatialement et “non-spatialement”).

    Dans ce cadre du marché ainsi pensé, tout est cohérent puisque l’entendement est parvenu à trouver la cause première qui fait que l’économie, en tant que science pure (au sens d’économie pure de Walras, est logiquement pensable sans contradiction interne.

    Sur le reste du message : nous sommes d’accord.

  96. Dav dit :
    28 novembre 2008 à 12:13 Je reprends le bout de gras :

    “En cas d’échec de l’investissement, il est totalement illogique en terme de modélisation mathématique de rembourser la partie du prêt qui repose sur les nouveaux petits papiers qui n’ont pas reçu leur pendant “ballons”. Autrement dit, il serait a priori “logique” que l’impossibilité du remboursement rende caduque la partie du prêt sans contrepartie.”

    Qu’est-ce que ça voudrait dire en pratique avec un leverage ratio de 9?
    Cela voudrait dire que la banque qui, sur 100 petits papiers, en prêteraient 900, ne pourrait pas prétendre en récupérer plus de 100 en cas de défaut de paiement. Comme dirait l’autre étonnant, non ?

    A vous.

  97. Dav dit :
    28 novembre 2008 à 12:19 @A.

    Ok, je comprends mieux maintenant. Auquel cas, il suffit juste de vérifier que nous ne sommes pas dans ce cas…
    Que nous ne faisons pas des contorsions pour atteindre un but que nous nous sommes fixé à l’avance (comme l’a fait Descartes).
    Au contraire, nous avons procédé dans l’autre sens… par exclusion.

    Nous n’avons pas démontré que Dieu (la monnaie) existait, nous avons fait le contraire.
    En ayant démontré que la monnaie n’existait pas, il nous est plus facile d’éviter les biais que vous dénoncez.

  98. antoine dit :
    28 novembre 2008 à 12:48 @ Candide

    C’est une question d’éxegèse je crois. Puisqu on etait dans le creationnisme. Mais peut etre des creationnistes partagent ils l idee que Dieu créé le code génétique quoique j en doute. J ai la flemme de vérifier j avoue.

  99. Candide dit :
    28 novembre 2008 à 13:07 @ Antoine

    Moi aussi, j’ai la flemme, et d’ailleurs, très franchement… ;-)

  100. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 13:08 Voici une contribution de Gilles :

    “Pour en finir définitivement ( je lis et rien n’avance) sachez que notre conception de la monnaie a changé. La monnaie est composée de 4 entités distinctes :
    -l’argent en circulation : 1% de la monnaie
    -la masse monétaire : 11%
    -les dettes sécurisées : 13%
    -les produits dérivés : 75%
    Est-ce que l’on a “pensé” à cela avant d’écrire.”

    Je reprends ici ce commentaire qui m’interpelle.
    Qu’est-ce que ça signifie : 4 entités distinctes ?
    Est-ce que ça veut dire, qu’à un moment, ce n’est plus de la monnaie, ce serait “autre chose” ?
    Ou est-ce que ça veut dire que ce n’est pas la même monnaie, une autre monnaie ?
    Ou s’agit-il d’une même monnaie qui prendrait quatre formes différentes, auquel cas, quelles seraient les caractéristiques de ces quatre formes ?

    Merci à vous et à ceux que le sujet intéresse.

  101. Gilles Bonafi dit :
    29 novembre 2008 à 14:06 Bonjour Dav et les autres,
    il s’agit bien sûr de 4 formes de monnaies différentes. Je suis sidéré de voir à quel point nous avons une vision conventionnelle de la monnaie. Le problème provient en particulier de la 4ème “entité” car elle échappe à tout contrôle, contrôles qui ont été détruits je rappelle:
    “La SEC donc, l’organisme qui devait surveiller les marchés, est passée de 147 employés à 1 seul.
    Cette information a été donnée par Peter Welsh, représentant du Vermont au Congrès.
    Elle a d’ailleurs été reprise par Lynn Turner chef comptable de la SEC (donc, quelqu’un de fiable!) qui, témoignant sous serment a déclaré (lisez bien ce qui va suivre!):
    «Je pense qu’un écrémage systématique – appelez ceci comme vous voudrez – parmi les fonctionnaires a eu lieu dans cette administration, afin de saper ses capacités de contrôle.»
    Tu peux Dav trouver ceci dans mon article “krach mondial – les raisons cachées”. Mais dès que l’on parle de cela l’on devient un affreux théoricien du complot!
    Pour en revenir à notre 4ème “entité”, il faut savoir que la majeure partie des produits dérivés qui représentent 75 % de la monnaie sont financés à crédit. Oui, tu as bien lu!
    Ils sont financés grâce au système des “Margin Loan” où comptes sur marge. Tu comprends mieux le “tsunami” dans lequel nous sommes et bientôt, tout va être emporté. Paul et les autres n’en parlent pas. Pourquoi, je n’ai pas la réponse mais je commence à me poser pas mal de questions!
  102. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 15:14 Je crois Gilles, qu’il faut qu’on soit plus précis.

    Par exemple… si tout ce bazard, c’est de la monnaie, pourquoi parler de masse monétaire pour une catégorie bien précise de monnaie ?

    Et puis, l’argent en circulation, je vois bien ce que c’est.
    Les dettes, maintenant, je vois mieux ce que c’est.
    Mais un “produit dérivé”, pour l’instant, je n’ai qu’une vague idée de ce terme…
    Et une moins bonne idée encore de la manière dont vous parvenez à en estimer la “masse”.

    Je m’excuse de vous faire redéfinir ainsi votre propos, mais il me semble que la différence majeure entre les différents points de vue rationnels qui sont émis ici reposent sur des glissements sémantiques.

  103. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 15:15 Et puis j’oubliais le plus important :

    Etes-vous sûr qu’un produit dérivé soit de la “monnaie” ? Si oui, en quoi ?

  104. tigue dit :
    29 novembre 2008 à 15:21 Les produits dérivés sont des générateurs de liquidités, permettant de faire monter ou baisser le prix de ce qu’ on veut, et s’ approprier tout outil productif en faisant baisser le cours puis en déclenchant la vente panique d’ un titre de propriété (actions), par ailleurs, cela permet de s’ approprier tous les petits ballons du monde.
  105. Julien Alexandre dit :
    29 novembre 2008 à 15:24 @ Dav: j’ai lu avec intérêt votre argumentation sur la “condamnation logique” de la spéculation. Au final, j’en retiens que la monnaie n’a pas de valeur intrinsèque autre que la confiance que nous lui accordons comme moyen d’échange. Dès lors spéculer sur la quantité de monnaie ne crée pas de richesse. C’est en effet logique… et ne vallait peut-être pas les efforts que vous avez consentis pour le démontrer.

    @ Gilles Bonafi : je comprends pas oú vous voulez en venir à travers vos derniers posts… Votre distinction entre 4 formes de monnaie n’a pas de sens. Vous semblez croire qu’un produit dérivé est une forme parrallèle de monnaie. Ou que l’argent en circulation ne fait pas partie dela masse monétaire…

    Quant à votre dernier commentaire sur la SEC et les raisons cachées de la crise , sans vouloir faire de procés d’intention, je les place leur apport au débat au même niveau que vos posts sur JFK et les “United States Notes” de 1963. J’en profites d’ailleurs pour vous dire que contrairement à ce que vous affirmez les “United States Notes” n’ont pas existé qu’en 1963 mais bien à plusieurs reprises dans l’histoire américaine, et qu’elles ont eu cours jusqu’en 1971. Je me demande comment Rumbo a pu rebondir sur votre commentaire en affirmant avoir été en possession d’un tel $ au Canada. La durée de vie d’un billet est de 10 ans environ… Une pièce de collection?

    Où l’on voit bien que rigueur et volontée de démontrer qu’on nous cache des choses (tout en récusant l’étiquette de comploteur…) sont 2 orientations difficiles à concilier!
    Bien respectueusement

  106. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 15:38 “Les produits dérivés sont des générateurs de liquidités, permettant de faire monter ou baisser le prix de ce qu’ on veut, et s’ approprier tout outil productif en faisant baisser le cours puis en déclenchant la vente panique d’ un titre de propriété (actions), par ailleurs, cela permet de s’ approprier tous les petits ballons du monde.”

    Pour l’instant, je n’ai pas compris. Et j’aimerais mieux cerner votre description/explication/intuition.

    Pourriez-vous me présenter un exemple de produit dérivé ?

    Est-ce que je peux traduire générateurs de liquidités, par générateurs de monnaie à l’état liquide (ayant la fonction d’échanges) ?

    “Le prix de ce qu’on veut”, cela inclut bien sûr les devises, genre carry trade; y’a-t-il des interdits ?

    Comment le produit dérivé permet-il de “s’approprier” un “outil productif” (par exemple des usines) ? Je ne comprends pas un mécanisme que ne laisse pas sous-entendre le terme “dérivé” ?

    Et enfin, quel est le mécanisme d’achat des produits dérivés ?

    J’ai bien des intuitions/réponses sur ces questions, mais je voudrais approfondir l’analyse qu’on peut porter sur ces produits. Quel est en la part d’investissement (0, un peu) et de spéculation (partielle, totale) ?

    Et nous n’avons pas répondu à la question, peut-on considérer les produits dérivés comme de la monnaie ? Si oui/non, pourquoi ?

  107. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 16:00 @Tigue (j’ai repris votre billet, ici, où nous pourrons croiser les angles):

    Comment rapprocher mon “n’existe pas” précedent, de votre : “existe indépendamment de celui qui l’ observe” ?

    Si nous sommes tous les deux d’accord pour évacuer le solipsisme qui consiste à penser que le monde n’existe pas en dehors de nous (nous, observateur), alors il me semble que le rapprochement n’est pas difficile. Et dussions-nous mettre par convention, ce petit vertige aristotélicien à la poubelle que ça ne me gênerait pas plus que ça.

    Il y aurait donc :
    Les choses qui existent, que nous ne percevons pas. Nous les reconnaissons au fait que nous ne pouvons pas prouver qu’elles n’existent pas (ni ne pouvons prouver qu’elles existent au reste, mais ça n’a que peu d’importance).

    Les choses qui existent, que nous percevons. Nous les reconnaissons au fait que nous ne pouvons pas prouver qu’elles n’existent pas, et nous devons garder à l’esprit qu’elles existent pour nous sous la forme d’une représentation.

    Les représentations, qui n’existent pas, mais que nous percevons. Nous les reconnaissons au fait que nous pouvons prouver qu’elles n’existent pas, mais que nous ne pouvons pas prouver que les effets qu’elles produisent n’existent pas.

    Soit une catégorisation assez simple :
    Métaphysique
    Physique
    Mathématique

    De là, je dirais que la richesse relève de la métaphysique, le bien ou le service rendus de la physique, et la monnaie des mathématiques.

    Est ce une classe particulière d’ objets ? une classe pour laquelle la logique aristotelicienne est inopérante (ni vrai , ni faux).
    Comment rendre compte de la vérité relative à l’ espace considéré (au contexte ?), comment rendre compte de la vérité absolue, inateignable, ce qui prend la valeur: {mon “n’ existe pas pour nous” et votre “existe independament”}.

    Je doute qu ‘une télé appartienne cette dernière catégorie (4eme), j’ y verrais plutot des trucs plus spirituels…
    Mais nous risquons de gonfler passablement les lecteurs…

    Au total, il me semble qu ‘existent des phénomènes sur lesquels agissent les observateurs, mais qui n’ existent pas sans eux. Ces phenomenes sont le reel. A nous de decouvrir la fonction qui permet d’ agir sur ce reel et les relais physiques qui le permettent. L’ etude de la fonctionalité des phénomènes semble plus féconde, que l’ étude des seules manifestations de ces phénomènes dans un cadre donné.

  108. Gilles Bonafi dit :
    29 novembre 2008 à 16:02 Les produits dérivés sont de la monnaie car lorsque je gagne ou je perds avec ces produits financiers il s’agit d’argent réel. Par exemple la société générale a perdu 5 milliards qui étaient bien réels.
    En ce qui concerne les exemples de produits dérivés, je vais prendre l’exemple des CDS qui pose particulièrement problème.
    Les CDS sont des contrats financiers bilatéraux entre acheteurs et vendeurs de protection. L’acheteur de protection verse une prime, exprimée en points de base (un centième d’un point de pourcentage) par an en fonction du montant notionnel de l’actif, au vendeur de protection qui promet de compenser les pertes de l’actif de référence en cas d’événement de crédit.
    Il s’agit d’une transaction non-financée : sans obligation de mettre de côté des fonds pour garantir la transaction, le vendeur de protection reçoit des primes périodiques et augmente ses avoirs sans nul investissement en capital si aucun événement de crédit n’a lieu jusqu’à maturité du contrat. Dans le cas contraire, c’est très coûteux, il est contraint de faire un paiement contingent, donc de fournir des fonds (en monnaie réelle). Il s’agit donc d’une exposition hors-bilan (c’est pour cela que le pire est à venir !)
    En ce qui concerne les comptes sur marge (Margin Loan) voici un exemple qui va t’éclairer.
    Imaginons que tu achètes 1000 actions BNP à 50 euros, tu devrais donc débourser 50000 euros. Or, l’exigence de couverture d’un contrat de Margin Loan te permet de ne faire qu’une couverture de 10% (les taux de couverture varient en fonction du risque, de 1 à 50 %) soit 5000 euros. Tu as donc un prêt de 45000 euros et ceci est de l’argent réel car en cas de défaillance, il faudra rembourser.
    Le problème de ces contrats se nomme “appel de marge”.
    En effet, , les cours peuvent chuter. Lorsque la valeur des avoirs (la valeur des actions, moins ce que l’on doit au courtier) chute au-dessous de la couverture de maintien, le courtier envoie un ” appel de marge “. Cet appel de marge oblige à vendre les placements ou à déposer des fonds dans le compte.
    En gros, tu peux tout perdre et c’est ce qui se passe en ce moment.
    C’est étrange que personne ne soulève ce problème. Paul où es-tu?
  109. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 16:04 Oups… vous m’excuserez d’avoir oublié d’effacer mon copier/coller…
    Le message s’arrête donc à Mathématiques, vous l’aurez compris.

    ET pour parler de votre télévision, on peut imaginer que l’objet fait partie de la deuxième catégorie, mais que les représentations via lesquelles nous y avons accès (à cet objet physique) font partie de la troisième.

  110. tigue dit :
    29 novembre 2008 à 16:12 Paul a écrit énormément sur ce sujet.
    Par exemple, la crise des subprimes est due a un effet domino incluant ces produits.
    Un exemple de produit dérivé est le CDS : credit default swap.
    C est une assurance contre le défaut de paiement d’ une dette d’ entreprise par exemple.
    Le problème est qu’ il existe un détournement du principe de l’ assurance, avec l’ autorisation de spéculer sur les variations numériques de ces Cds (on joue alors qu’ on a pas de risque a couvrir ).
    Ce type de produit génère un montant notionnel (somme de tous les engagements) total supérieur a 500 000 milliards de dollars.
    Le volume des sommes dégagées par cette industrie sont fantastiques.
    Ces produits dérivés utilisés dans le secteur immobilier américain (mbs, cdo entre autres…), ont permi de financer la bulle immobilière et la consommation des ménages avec l’ argent des investisseurs a la recherche de placements pour leurs liquidités (chinois notemment).
    La baisse des prix immobiliers provoque des pertes sur la valeur de ces produits (les dettes immobilieres ont été transformees en titres-profuits derives-produits synthetiques négociables comme les actions).
    Les banques, les fonds de pension, les entreprises, acheteuses de ces titres perdant de l’ argent et devant se recapitaliser.

    Si vous étiez propriétaire d’ une entreprise et qu’ un fonds vous propose 4 fois le prix, vous lui vendez, et vous êtes payés avec de la monnaie qui vient majoritairement de là. De même si vous êtes une entreprise cotée en bourse et qu’ un tel zinzin, s’ intéresse a vous, il peut provoquer de façon durable la baisse du prix de l’ action et contraindre a déclencher un mouvement de vente, qui par effet boule de neige accelerera la chute des cours.
    Si par exemple, un gouvernement etranger est derrière le zinzin, cela pose problème.

  111. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 16:13 @Merci Gilles.

    Je vais tranquillement prendre le temps de digérer la partie technique de votre message…

    “Les produits dérivés sont de la monnaie car lorsque je gagne ou je perds avec ces produits financiers il s’agit d’argent réel. Par exemple la société générale a perdu 5 milliards qui étaient bien réels.”

    Trois questions :
    En imaginant bien sûr que la mise de départ n’est pas à crédit, histoire d’avoir un “produit dérivé” témoin :)

    Lorsque je gagne de l’argent avec ces produits financiers, d’où vient l’argent que je gagne ?
    Y a-t-il une augmentation de la quantité de monnaie existante dans le système ?
    Lorsque je perds de l’argent, cet argent est-il détruit ?

  112. A-J Holbecq dit :
    29 novembre 2008 à 16:14 Si on veut parler de la même chose, il faut rester dans la définition “communément admise” de la monnaie.

    Chaîneau définit la “masse monétaire” de la manière suivante

    La masse monétaire est la somme des actifs monétaires que détiennent les agents économiques pour la réalisation de leurs transactions présentes et futures. Elle représente la somme de leurs encaisses

    A ce propos, je vous suggère de voir (graphique) les évolutions des masses monétaires aux USA depuis 1959

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Components_of_the_United_States_money_supply2.svg

  113. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 16:39 @Merci tigue

    Vous dites : “Les volumes des sommes dégagées par cette industrie sont fantastiques. Ces produits dérivés utilisés dans le secteur immobilier américain (mbs, cdo entre autres…), ont permis de financer la bulle immobilière et la consommation des ménages avec l’argent des investisseurs à la recherche de placements pour leurs liquidités (chinois notamment). La baisse des prix immobiliers provoque des pertes sur la valeur de ces produits (les dettes immobilières ont été transformées en titres-produits dérivés-produits synthétiques négociables comme les actions).
    Les banques, les fonds de pension, les entreprises, acheteuses de ces titres perdant de l’argent et devant se recapitaliser.”

    D’après vous tigue, que se serait-il passé en l’absence de possibilité pour l’Etat de s’endetter (et donc de créer de la monnaie en tant que réserve de valeur, sous la forme de dettes) ?
    Que se passerait-il si l’état cessait de gager une richesse hypothétique future en contrepartie de la fantastique masse monétaire qui se répercutent aujourd’hui sur elle, via les bons du trésor ?

    Pourrait-on en déduire comme je suis tenté de le faire qu’il y aurait eu simplement des pertes d’argent sur les produits toxiques et une gigantesque inflation sur tout le reste ? Démontrant ainsi un formidable excès de masse monétaire ?

  114. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 16:42 @AJH.

    Je crains qu’en ne prenant une définition conventionnelle de la monnaie, on ne vous renvoie très vite en contre-argumentaire une définition conventionnelle de la circulation de la monnaie (flux, réserve de valeur, tout ça)…

    Je pense qu’on gagne à oublier (pour l’instant), les définitions conventionnelles, et à faire, entre nous, ce travail de redéfinition permanente des termes que nous employons, au moment où nous les employons.

    J’imagine qu’au final, a posteriori, on retombera en partie sur les définitions conventionnelles.

  115. Rumbo dit :
    29 novembre 2008 à 17:10 Dav et Gilles Bonafi:

    Un produit dérivé c’est, en principe, comme des actions. À part certains produits dont Gilles donne l’exemple ci-dessus avec les CDS, le processus de titrisation des prêts est une transformation de ceux-ci en actions dont les cours montent et descendent indépendament du montant où elles ont été achetées en monnaie. Mais ce qu’explique Tique montre la fausseté de pareilles “formules” – toutes mélangées – (autre image: de l’huile végétale alimentaire et de l’huile de moteur sont toutes de l’huile, peut-on pour autant cuisiner avec un pareil mélange d’huiles?…). Si c’était du “béton”, je poursuis l’image en disant que, en tant que professionnel du bâtiment, je ne donnerais jamais une garantie décennale à un pareil “béton”. Les Mines ou Véritas encore moins!….

  116. tigue dit :
    29 novembre 2008 à 17:12 @Dav:
    Les inflationnistes pensent que les prix des valeurs réelles vont forcément augmenter avec a terme le risque d’ hyperinflation (comme pendant la république de weimar).
    Les deflationistes pensent que la croissance artificielle financée a crédit se tarissant par la fermeture des vannes du crédit, il y aura des faillites dues notament a une baisse generalisee de la consommation (pas d’ accès au crédit= baisse de la conso aux us), donc baisse des prix (course au low cost) et donc des salaires, fermant la boucle du cycle déflationniste (déflation longue a” la japonaise”) Le transformation de la dette privée en dette publique, intervient quand l’ état renfloue, aide les citoyens…
    Les us peuvent faire ce transfert tant que les taux longs ( independants de la fed) sont bas, si ceux ci montent, la dette deviendra insupportable, et la interviendrait la tentation d’ eponger la dette par l’ inflation (mais il s’ ensuivrait une déflation).

    Mais comme le dit justement Paul, chaque crise est différente, et je pense personnellement, que ces notions déflation (deflation=baisse de l offre de monnaie) ou inflation,sont déjà obsolètes pour décrire ce qui se passe (il y a bien pour le moment “une déflation” du prix des actions, du prix des matières premieres, du prix de l’ immobilier…). Si l’ on accepte notre nouvelle définition “fonctionnelle” de la monnaie, l’ offre baisse localement (contraction du crédit) mais pas pour les zinzins qui continuent a tout acheter, pendant que les “humains” vendent.

  117. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 17:43 Merci pour votre réponse. Je vais détailler un peu l’interprétation que j’en fais.
    On va retomber sur des évidences, mais des évidences un peu mieux démontrées, cette fois, je pense.

    Nous avons donc eu ici un formidable accroissement de la masse monétaire sans création de richesses réelles. Le symptôme de ce formidable accroissement était l’inflation du prix des actifs dans la phase précédent le déclencheur de la crise… et maintenant, le symptôme de ce formidable accroissement de la masse monétaire sans création de “richesses” c’est, non pas la déflation, mais l’accroissement de la dette publique, dans lequel va se “stocker” l’excédent de masse monétaire.

    D’après moi, on en arrive à démontrer que ce formidable dysfonctionnement n’est pas dû au système de la création monétaire par le crédit, puisqu’on a vu que cette création pouvait soit permettre la création d’une richesse réelle (un investissement), soit permettre la création de la représentation d’une richesse (une spéculation) et qu’elle pouvait donc rester “neutre” en matière monétaire (conservation correcte du ratio richesse réelle/masse monétaire).

    J’en arrive donc à cette conclusion simple :

    Ce n’est pas le système de création monétaire qui est en cause dans la crise économique (on pourra lui attribuer d’autres maux, peut-être, comme la crise écologique… mais j’esquive ce débat pour l’instant).
    C’est le fait qu’on ait appliqué ce système de création monétaire à des représentations de richesse, et non pas à ce qu’on estime être des richesses réelles.

    Nous avons ainsi fabriqué un gigantesque système de dévaluation monétaire, à effet retard, par une augmentation massive de la masse monétaire sans contrepartie, et que nous sommes aujourd’hui contraint de stocker dans les dettes publiques, à l’état de réserve de valeur.

    J’irais jusqu’à envisager que le caractère cyclique de l’économie qu’on nous vend comme étant naturel, n’est en fait que l’enfant (naturel) de cette spéculation (le fait que nous considérions la représentation de la richesse comme une richesse en elle-même).

    Si nous sommes capables de démontrer ça, alors il nous faudra regarder comment/si nous pouvons cesser de considérer la représentation de nos richesses comme étant des richesses en elles-même.
    A ce titre, s’être débarrassée de l’étalon-or me semble plutôt aller dans le bon sens, contrairement à la manie que nous avons eu de tout déréguler.

  118. Gilles Bonafi dit :
    29 novembre 2008 à 17:45 Bonkour à tous,
    je vous envoie mon dernier article qui résume ce que je pense.

    La vérité sur la crise

    Sur le blog de Paul Jorion (un des économistes qui a annoncé la crise actuelle) a eu lieu un véritable débat sur la monnaie. Or, qu’est-ce que la monnaie ? La querelle est avant tout centrée sur la vidéo de Paul Grignon « l’argent dette. »
    Paul Grignon (ainsi que d’autres économistes dont Maurice Allais) déclare que les banques créent de la monnaie à partir de dettes. Le débat a été animé et Paul Jorion a affirmé que le raisonnement de Paul Grignon était faux.
    Pour ma part, je pense que le raisonnement de Paul Grignon est vrai dans le fond et faux sur la forme. En effet, il y a bien création d’argent à partir de dettes et je vais m’en expliquer.
    Notre conception de la monnaie a changé car il faut désormais introduire les produits dérivés dans sa définition. La monnaie est donc composée de 4 entités distinctes :
    -l’argent en circulation : 1% (de la monnaie)
    -la masse monétaire : 11%
    -les dettes sécurisées : 13%
    -les produits dérivés : 75%

    On le voit, les produits dérivés représentent l’essentiel de la masse monétaire, 630 000 milliards de dollars. Cela dépasse l’entendement car il s’agit de 13 fois le PIB mondial. Ils posent donc problèmes, d’énormes problèmes.
    Je vais illustrer ici pourquoi.
    Les produits dérivés sont de la monnaie car lorsque l’on gagne ou que l’on perd avec ces produits financiers il s’agit d’argent réel. Par exemple la société générale a perdu 5 milliards d’euros qui étaient bien réels.
    En ce qui concerne les exemples de produits dérivés, je vais choisir 2 exemples : les CDS (Credit default swap) qui sont au cœur de la tempête et représentent 62 000 milliards de dollars dans le monde et les comptes sur marge (Margin Loan) qui illustrent le dysfonctionnement de la bourse.
    Les CDS sont des contrats financiers entre acheteurs et vendeurs de protection. Il n’y a aucun fond pour garantir ces contrats et en cas de difficultés, le vendeur de protection est obligé de fournir de l’argent bien réel. Ces opération n’apparaissent pas dans le bilan des organismes financiers (on appelle cela une « exposition hors bilan ») et c’est pour cela que le pire est à venir !
    J’ai affirmé dans mon article « Barack Obama, dernier président des USA » :
    « L’OCC (Comptroller of the Currency, l’autorité de tutelle des banques) déclarait le 30 juin 2008 que les banques commerciales US possédaient 182 100 milliards de dollars de produits dérivés. Son dernier rapport (30 septembre 2008) précise que JP Morgan Chase détiendrait 43 000 milliards de dollars en produits dérivés et Citigroup 17 500 milliards soit plus que le PIB mondial. Les sommes en jeu sont colossales et, pour rappel, les entreprises sont interconnectées à l’aide de CDS pour un montant de 62 000 milliards de dollars. Les premières défaillances ont commencé, nous assisterons donc bientôt, par effet domino, à l’implosion du système. »
    J’ai d’ailleurs indiqué que la fermeture des bourses aurait lieu bientôt car je pensais que Citigroup s’effondrerait. Mais ce n’est que partie remise et malgré les sommes colossales investies pour renflouer les banques, elles s’écrouleront.
    En ce qui concerne les comptes sur marge (Margin Loan) voici un exemple qui va vous éclairer car il faut comprendre à quel point la bourse fonctionne de manière irrationnelle.
    Imaginons que l’on achète 1000 actions x ou y à 50 euros, il faut donc débourser 50000 euros. Or, l’exigence de couverture d’un contrat de Margin Loan permet de ne faire qu’une couverture de 10% (les taux de couverture varient en fonction du risque, de 1 à 50 %) soit 5000 euros. Nous avons donc un prêt de 45000 euros et ceci est de l’argent réel car en cas de défaillance, il faudra rembourser.
    Le problème de ces contrats se nomme “appel de marge”.
    En effet, les cours peuvent chuter. Lorsque la valeur des avoirs (la valeur des actions, moins ce que l’on doit au courtier) chute, le courtier envoie un ” appel de marge “. Cet appel de marge oblige à vendre les placements ou à déposer des fonds dans le compte.
    En gros, on peut tout perdre et c’est ce qui se passe en ce moment.
    J’espère vous avoir éclairé sur les arcanes de la finance.
    Il va falloir maintenant se réveiller car le navire est en train de sombrer et comme l’explique J.K. Galbraith :
    « L’économie de marché est volontiers décrite comme un héritage ancien. En l’occurrence, c’est une escroquerie, ou plus exactement une erreur communément admise. Trop de gens apprennent l’économie dans des manuels qui entretiennent encore les dogmes de la production concurrentielle des biens et des services et de la capacité d’acheter sans entraves. En fait, il peut n’y avoir qu’un ou quelques vendeurs assez puissants et persuasifs pour déterminer ce que les gens achètent, mangent et boivent. » Les nouveaux mensonges du capitalisme Publiée dans le Nouvel Observateur (4/11/05) Interview de John Kenneth Galbraith par François Armanet.

    Gilles Bonafi

  119. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 17:59 @Gilles

    Si j’étais vous, je renforcerais le début de l’analyse. Si j’ai bien compris ce que vous m’avez expliqué, le problème n’est pas dans le système de création monétaire en lui-même via le crédit, mais dans l’objet du crédit.

    Il n’y a “création monétaire” qu’en raison du fait qu’il n’y a pas eu création de véritable richesses en face.

  120. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 18:03 En somme, si on avait appliqué le crédit à des vraie richesses (entreprise, production…), nous aurions eu une grande augmentation de la production (fabrication de “richesses” stimulées par le crédit) mais pas d’augmentation du ratio masse monétaire/richesse (ou petits papiers/ballons, si vous préférez).

    En revanche, parce qu’on a appliqué le crédit à de fausses richesses (monnaie et assimilée), nous avons eu une grande augmentation de la monnaie et assimilée et ce faisant du ratio masse monétaire/richesse.

  121. Gilles Bonafi dit :
    29 novembre 2008 à 18:38 La réponse à tout celà est donnée par A-J Holbecq :

    “Si on veut parler de la même chose, il faut rester dans la définition “communément admise” de la monnaie.

    Chaîneau définit la “masse monétaire” de la manière suivante

    La masse monétaire est la somme des actifs monétaires que détiennent les agents économiques pour la réalisation de leurs transactions présentes et futures. Elle représente la somme de leurs encaisses.”

    C’est un problème de définition de la monnaie, et que cela plaise ou pas, les produits dérivés sont partie intégrante de celle-ci. L’argent que je gagne ou que je perds avec ces produits est réel, ils sont donc de la monnaie. L’essentiel du problème est là et non dans les crédits bancaires classiques.
    L’humanité avance en donnant des coups de pied aux “choses communément admises”.

  122. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 19:34 Ce n’est pas ce que j’ai voulu vous dire.

    Ce que j’ai voulu vous dire, c’est que l’augmentation de la masse monétaire n’est pas le fait du crédit en lui-même.
    L’augmentation est le fait de l’objet de ce crédit.

    En ce sens, la démonstration de Grignon est très médiocre et votre texte me semble devoir être plus précis.
    L’absurdité ne réside pas dans le principe du crédit ou du leverage ratio, mais dans le fait que ce crédit, ou ce leverage ratio puisse se porter sur la monnaie elle-même.

    Ce passage par exemple : “Pour ma part, je pense que le raisonnement de Paul Grignon est vrai dans le fond et faux sur la forme. En effet, il y a bien création d’argent à partir de dettes et je vais m’en expliquer.”

    or, ce que vous nous expliquez n’est valable que dans le cadre de la spéculation spécifique (produits dérivés)… dans tous les autres cas, il y a création d’argent à partir du crédit, mais ensuite soit une création de richesse qui compense (équivalence dans le cadre d’un investissement sur une richesse réelle), soit un remboursement qui compense (destruction dans le cadre d’un crédit à la conso par exemple).

    Vous avez une allumette (le crédit).
    Vous avez un cuisinier (l’investissement) et un pyromane (la spéculation).
    Vous avez un incendie (la crise).
    Et vous êtes en train d’accuser l’allumette, en prenant pour exemple un pyromane.

    C’est cela qui me parait fragile dans votre démonstration. Vous prêtez un flan sur lequel il est facile de s’appuyer pour rendre caduque l’ensemble de votre raisonnement.

    Et pourtant, vous tenez déjà le vrai coupable !

  123. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 19:48 En fait, la démonstration de Grignon n’est précieuse que pour comprendre le mécanisme de création initial de la monnaie (c’est à dire que cette création est effectivement ex nihilo).
    Mais la démonstration de Grignon est bien trop faible concernant les compensations existantes à ce mécanisme de création et notamment la mécanique de destruction monétaire qui est inclus dans le principe de base.
    C’est pourquoi dans un débat contradictoire, il y aura toujours quelqu’un pour la reprendre de volée, à juste titre, si on fait la confusion entre ce qui relève de la spéculation pure, et le crédit en tant que moteur de l’investissement.
  124. Julien Alexandre dit :
    29 novembre 2008 à 19:51 @ Dav : j’ai synthétisé dans mon précédent post en 2 phrases ce que vous continuez à développer en 5 pages. S’évertuer à démontrer que le problème réside dans le reflet imparfait de la richesse que donne la monnaie, c’est réinventer la roue! Relisez les posts de Paul Jorion!

    @ Gilles : je vous renvois également à ce post. Votre distinction des monnaies n’a aucun sens. Je ne vois absolument pas ce que vous pensez ainsi démontrer.

  125. RST dit :
    29 novembre 2008 à 19:53 Lecteur régulier de ce blog, je dois faire part une fois de plus de ma grande déception face à la tournure des événements relatifs au “débat” sur la monnaie.

    Comme certains l’ont déjà dit, nous devons être reconnaissant à P.Jorion d’avoir permis ce débat. Je pense cependant qu’il a complètement dégénéré (le débat) et que cela est fort préjudiciable pour le débat lui même et sa crédibilité et pour les lecteurs comme moi qui cherchent de l’information et n’ont pas vraiment de temps à perdre.

    Autant l’expertise (même amateur) d’intervenants comme A-J Holbecq, Jean Jégu, Etienne Chouard ou “Etienne” du “18 octobre 2008 à 18:04″ (voir ici à la fin de http://www.pauljorion.com/blog/?p=684#comment-8453 ) est précieuse et permet à chacun de progresser, autant les commentaires de certains intervenants sont totalement contre productifs et doivent décourager de nombreux lecteurs.

    Je conseillerai donc à certains d’aller continuer leur conversation sur un forum mieux adapté et surtout de commencer par consulter ce qui existe déjà au sujet de la monnaie avant de se lancer dans de grandes théories plus irréelles les unes que les autres ?

    Pour mémoire par exemple, le livre de D.Plihon (La monnaie et ses mécanismes), celui de A-J Holbecq et P.Derudder (La dette publique, une affaire rentable) et des sites très bien faits comme Chômage et monnaie (http://www.chomage-et-monnaie.org/ ) ou celui de Jean Jégu (http://pagesperso-orange.fr/jegu.jean/ ). Il y en a d’autres.

    Je vais finir par croire qu’il y a effectivement une conspiration dont l’objectif est d’enfumer tout le monde et de rendre le sujet le moins compréhensible possible.

    Voila, c’était un coup de gueule qui n’engage que moi.

  126. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 20:22 @Julien Alexandre

    Vous n’avez pas fait l’effort de lire Gilles attentivement. Il ne fait pas de distinctions dans les monnaies. Il a parlé d’entités, de formes différentes d’une même chose qui s’appelle la monnaie.
    Pour le reste, ça roule apparemment.

    @RST

    Et me voilà de nouveau reléguer au rang de “certains”. La légitimité est décidément une chose bien cruelle.
    Qu’est-ce que vous n’avez pas compris dans mes démonstrations ? Qu’avez-vous trouvé d’incorrect ou d’absurde ?

  127. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 20:35 je veux dire, à part la faute énorme de grammaire.
  128. Dav dit :
    29 novembre 2008 à 22:11 Ainsi donc, reprenons. A partir du (très) long travail de démonstration qui précède, en y ajoutant une pincée de démonstrations non présentées ici, j’aboutirais à cette ébauche-là pour une vision constitutionnelle de la monnaie :

    Considérant que l’échange de services est au coeur de ce qui fonde une société humaine, reposant sur une répartition libre des tâches de chacun,

    Considérant que nous pouvons appeler richesses, ces services qui sont au coeur de ce qui fondent les sociétés humaines.

    Considérant que la monnaie est une abstraction qui facilite les échanges de richesses.

    Considérant que la monnaie ne peut être considérée comme une richesse par elle-même.

    Nous reconnaissons le droit des sociétés humaines à définir librement pour elles-mêmes et par elles-mêmes un système monétaire, selon la forme qui leur convient, dans la limite des articles suivants.

    – En aucun cas, la monnaie choisie dans le cadre de ce système monétaire ne pourra être une richesse par elle-même. Nul ne pourra prendre pour monnaie une ressource naturelle, ou un service universel.

    – Toutes les activités visant à faire croître la quantité de monnaie, sans accroissement des richesses, sera proscrite.

  129. Gilles Bonafi dit :
    30 novembre 2008 à 16:36 La crise de 1929 et celle d’aujourd’hui ont une seule et même origine: la spéculation outrancière sans rapport avec la réalité. A chaque fois, les organismes de contrôle ne jouent pas leur rôle, ou, lorsqu’ils le jouent, c’est pour siffler la fin de partie. Milton friedman a ainsi déclaré:
    «La Fed est largement responsable de l’ampleur de la crise de 1929. Au lieu d’user de son pouvoir pour compenser la crise, elle réduisit d’un tiers la masse monétaire entre 1929 et 1933.»Cette affirmation a été écrite dans ses mémoires «Two lucky people» publiées le 28 mai 1999. Le problème est dans la masse monétaire et sa définition. Autant que je me souvienne, la crise de 1929 a débuté avec un krach boursier car les petits porteurs avaient acheté des actions grâce au système des “Margin loans”. Donc en finançant à crédit leurs achats d’actions. Le problème des produits dérivés est prégnant lorsque cela se passe mal, comme aujourd’hui. “Rst” affirme que l’on désire “enfumer” tout le monde, en gros que nous sommes des simplets conspirationnistes. Ce que je sens, c’est que notre définition de la monnaie est inexacte et que certains produits comme les CDS posent problème. Mais en parler est déjà faire preuve “d’ignorance” et surtout “contre productif”. Je vais donc me taire définitivement tout en vous laissant méditer sur les travaux de Nassim Nicholas Taleb philosophe et expert en mathématiques financières (qui reste mon mentor) et qui affirme avoir une approche non mathématique du risque et de l’incertain et n’avoir aucune confiance dans les modèles financiers utilisés par les universitaires.
    Il affirme ainsi:”« cela signifie que la pensée rationnelle sert très peu à éviter les risques. Elle semble essentiellement servir à rationaliser nos actes en leur injectant un peu de logique. » Son travail est basé sur le fait que l’évitement des risques n’est pas un acte rationnel mais intuitif, basé sur l’émotion qui remet en question les dogmes établis.
  130. antoine dit :
    30 novembre 2008 à 17:46 Dav: Quelques remarques.

    1/
    “Toutes les activités visant à faire croître la quantité de monnaie, sans accroissement de richesses, sera proscrite”
    Mais pourquoi donc? A quel titre? (Je me fais ici l’avocat du diable…)
    Qu’y a t-il d’ intrinsèquement injuste dans cette pratique (si aucun groupe privé, par exemple, n’en avait de jure ou de facto le monopole?)
    Quels droits, exactement, sont ainsi violés? Et les droits de qui en particulier?
    De même, pourquoi interdire de parier sur les prix, dans la mesure ou les gens savent que les gens qui gèrent leur argent (si on peut dire ça comme ça) essaient de le faire fructifier DE CETTE MANIERE (libre à eux d’accepter ou pas).

    Pourquoi ne pas plutôt autoriser cette pratique, mais sous conditions, de la même façon que vous autorisez “les sociétés humaines” à choisir leur système monétaire, mais dans certaines limites? En quoi le choix plus limité que vous avez fait n’est-il pas arbitraire?

    2/
    J’ai du mal avec le “Nous reconnaissons le droit des sociétés humaines”…
    a/Qui est ce “Nous”. Pour qui ce “Nous” condescendant se prend t-il?
    b/Les deux premiers “considérants” semblent impliquer que ces points de départ reposent sur quelque chose de tel qu’ une démonstration rigoureuse. Ca me pose au moins 3 types de pbs:
    – Je sens confusément que la “preuve” implique d’une part la description d’un état de fait (la forme qu’a prise le système monnétaire tel qu’il est aujour’hui), et d’autre part des préjugés ideologiquement/ culturellement très déterminés sur ce qui constitue le coeur d’une société humaine (franchement en l’état c’est inacceptable pour toute communauté qui refuse la séparation des ordres “économiques” “politiques” et “religieux”), et qui ne vont absolument pas de soi. Bref… les athés imposent leur conception des choses… Mais peut etre qu’une reformulation plus simple, moins “sacrée” arrangerait les choses.
    – J’avoue que le mélange des deux ordres descriptif/ normatif ne me plait pas. Une loi constitutionnelle ca créé du neuf ex nihilo. Ca ne créé pas des regles pour un truc qui est déjà largement institutionnalisé, et qui est justement ce dont on discute.
    – Dans le même ordre d’idée: je n ai jamais rencontré “l’homme”. J’ai rencontré les anglais, les français, Paul, Pierre, Jacques… De même je n’ai jamais rencontré les “sociétés humaines”… ni d’entités non humaines qui vivraient en société (qu’on ne me sorte pas les fourmis ou les abeilles… cf. l’argumentaire imparable du Leviathan… le passage du terme de “communauté” à celui de “société” dans l’histoire des idées politiques est d’ailleurs un point lourd de signification, qui reste assez peut étudié).

    Une loi constitutionnelle de l’économie devrait à mon sens montrer qu’elle est “à l avantage mutuel” de tous les GROUPES (toutes les Nations puisqu’on parle de monnaie) ou qu’elle “maximise le sort des GROUPES les plus démunis” (Nations si on parle de monnaie) etc etc… ET IL S EN FAUT DE BEAUCOUP QUE LE CHOIX DE L UN OU DE L AUTRE IMPLIQUE LES MEMES REGLES AU FINAL!!!
    Autrement dit s’appuyer sur une base contractualiste (stratégie de justification cohérentiste), plutôt que de poser dans l’éther des “principes” prétendûment issus d’une démonstration rigoureuse (stratégie de justification absolutiste).

    3/
    Sur la forme votre exposé rappelle moins une “loi constitutionnelle” qu’un “jugement”. La différence n’est pas mince. On ne donne pas impunément à l’institution de la Loi (ordre législatif) la forme d’un délibéré (ordre judiciaire). Ca ne me plait pas du tout…

    Par ailleurs il n’y a de loi constitutionnelle que PARTICULIERE à une communauté (qu’on parle de la tradition antique ou moderne). Ici vous proposez quelque chose qui ressemble à une loi constitutionnelle UNIVERSELLE. Et c’est un pb intrinsèque à l’idée de constitution économique AUQUEL JE N AVAIS PAS PRETE ATTENTION. Parce qu’on parle évidemment d’un systeme mondial.
    De plus donner la forme “Declaration des Droits de l’Homme” à un texte qui s’adresse au PEUPLES pose également un serieux problème logiques. Le problème est sans doute soluble mais force est de constater que l’on touche là aux limites de la théorie politique. Cf l’échec de Rawls lui même sur CETTE question du Droit des Peuples qu’il a quand même bien fait avancer. Et Dieu sait que ca lui tenait à coeur!

    Enfin, une loi constitutionnelle pose les principe d’organisation de base AINSI que les institutions de base. Elle n’est pas régulatrice d’institutions qui lui prééxisteraient. Elle doit donc ETRE beaucoup plus précise. A mon sens parler de constitution économique est abusif… Il faudrait parler de la création d’un nouveau droit international de la Finance c’est à dire d’une nouvelle institutionnalisation de la Finance mondiale. Que l’économie se réduise à la Finance est bien évidemment faux. Plus centrale est la question de la distribution des avantages et des charges de la coopération sociale ( et donc de la rémunération du “travail”, entre autres).

    Plutôt que d’interdire le pari sur les matières premières, pourquoi ne pas rediscuter au fond la question de la justification des titres d’acquisition originelle de ces dernière (ces ressources appartiennent t-elles à tous à l’origine… ou à personne?). Ou encore pourquoi ne pas autoriser QUE la “coopérative” comme mode d’organisation de la production agro-alimentaire “de base” etc etc…
    Bref la question d ‘une constitution de l’économie, outre de me paraitre douteuse en ce qu’elle oublie qu’elle est AUTANT une guerre entre les hommes que le produit d’une coopération entre les homme (quid de la compétition pour la puissance entre les nations?), me parait soit insuffisament fondée sur le plan théorique soit insuffisament précise sur le plan pratique.

    Cela dit l’idée de faire des conditions de production de la masse monétaire une question normative centrale est une idee brillante qui mérite de faire son chemin.

  131. Dav dit :
    30 novembre 2008 à 18:33 @Gilles, nul besoin de vous décourager, je rejoins complètement votre constat… je mets en doute simplement un point qui me semble fragile dans la façon dont vous le démontrez.

    @Antoine, merci de faire vivre mon post.

    En guise de préambule aux réponses que je vais vous faire, j’aimerais vous faire part de l’intuition qui me pousse, je m’en rends compte, à articuler la réflexion de la façon dont je le fais.

    Mon intuition est que les théories économiques vont pouvoir mettre à profit cette crise pour entamer leur révolution copernicienne et déplacer le centre de leurs analyses. J’ai l’intuition que la crise que nous vivons est d’une ampleur suffisante pour ébranler les visions dominantes, et que si cette crise n’y suffit pas, la crise des ressources qui va s’enchainer devrait finir le travail. Cette crise nous présente des conditions d’observation et de perception inédites, et ce sont ces conditions inédites qui vont permettre aux économistes de faire leur mue, et de sortir de l’archaïsme que je perçois spontanément à chaque fois que je me penche pour observer à leur fenêtre.
    Les définitions classiques sont ébranlées par l’observation, non pas parce que le phénomène est complexe, mais parce que les clefs d’analyse n’arrivent pas à bouger; Cette crise, c’est le ciel de Kepler des Sciences Economiques, le moment de prouver les dires des Copernic, jusqu’ici relégués aux rangs de farfelues.

    Pour faire suite à cette première ébauche, vous noterez que j’ai soigneusement évité la question de l’étalon, parce que je pense qu’il est possible de démontrer ce que dit Paul Jorion, à savoir que le seul étalon valable, c’est le temps de travail, mais que pour démontrer cela, après avoir cadré la réflexion sur la monnaie, il va falloir s’attaquer à la question des ressources, que j’ai, là encore, soigneusement évité jusque ici.

    Vous me demandez :
    1/
    “Toutes les activités visant à faire croître la quantité de monnaie, sans accroissement de richesses, sera proscrite”
    Mais pourquoi donc? A quel titre? (Je me fais ici l’avocat du diable…) Qu’y a t-il d’ intrinsèquement injuste dans cette pratique (si aucun groupe privé, par exemple, n’en avait de jure ou de facto le monopole?)
    Quels droits, exactement, sont ainsi violés? Et les droits de qui en particulier?
    De même, pourquoi interdire de parier sur les prix, dans la mesure ou les gens savent que les gens qui gèrent leur argent (si on peut dire ça comme ça) essaient de le faire fructifier DE CETTE MANIERE (libre à eux d’accepter ou pas).”

    Vous avez aussi remarqué que j’ai soigneusement évité le terrain moral dans mes démonstrations précédentes. Je me suis contenté de pure logique, dans un cadre logique que j’ai également pris soin de définir. Je n’ai pas non plus pris de partie sur des questions comme le monopole de création, la création publique ou privée.
    En revanche, je suis arrivé à la conclusion de l’interdiction de ce que j’appelle la spéculation (là encore, j’ai pris soin de le définir par opposition à l’investissement), non pas en raison d’un caractère injuste, mais simplement en démontrant par la modélisation que c’est un principe absurde, dans son essence même.
    Par le déséquilibre mathématique que le principe engendre, on peut le soupçonner d’être le principal responsable des secousses cycliques du système économique dans lequel nous évoluons, et qui, comme par hasard, surgit de façon violente chaque fois que la bride est lâchée. Du coup, ce n’est pas son caractère injuste que je m’applique à souligner, mais l’absurdité économique que le procédé représente. Et c’est la raison pour laquelle, je considère son interdiction totale comme une rationalisation du système, et non pas comme une moralisation du système.
    S’il le faut, je pense que je pourrais reprendre la démonstration et qu’il ne sera pas difficile aux plus experts d’entre vous d’appuyer mes dires par des exemples en situation; par de l’observation/description qui demande une technicité de haute volée que je ne possède pas.

    Passons dans un post suivant aux autres points que vous relevez.

  132. leduc dit :
    30 novembre 2008 à 18:56 Ce qui est génial avec la création monétaire, c’est que cela permet aisément aux banquiers de gagner des intérêts et de prêter de l’argent qui ne leur appartient pas. Parce que finalement, que ce soit l’argent des déposant, de l’argent crée par le crédit (ne pourrait on pas dire qu’il est alloué comme des variables dynamique dans un programme informatique et qu’il n’aura de durée que celle de l’appel d’une routine et la libération de ces ressources lorsqu’on quitte cette routine ? Pourrait ont dire que finalement la différence entre la monnaie centrale papier et l’argent crédit ce ne serait finalement que leur durée de vie ?), de l’argent emprunté sur les marchés, quelque soit la façon dont les banquiers prêtent l’argent finalement cet argent ne leur appartient pas. C’est beaucoup plus facile de jouer, “créer” et spéculer sur de l’argent qui ne vous appartient pas en fait. Nulle doute que si les banquiers étaient simplement des riches milliardaires qui prêteraient leur propre argent, injecteraient cet argent dans l’économie, les choses ne se passeraient sans doute pas de la même façon. Les milliardaires aujourd’hui, sans doute spéculent ils, sans doute ont ils des fonds divers pour placer leur argent, mais je ne vois pas un Warren Buffet ou un autre être propriétaire d’une banque et prêter son propre argent aux autres. Il préfèrera toujours la spéculation pure et dure et passer par des intermédiaires. Au pire ce sont toujours essentiellement les autres qui morfleront et pas eux.
    Ah la la….
    En tout cas le bon sens populaire, même s’il ne comprend rien aux lois compliquées de la finance comprend bien que quand une banque va mal, il vaut mieux retirer son argent et avoir des billets plutôt que des comptes en banques remplis de chiffres qui seront bloqués, des chèques refusés, des cartes bleues refusées. Le bon sens populaire même s’il ne comprend rien à la finance sent bien que l’argent papier a sens doute plus de garantie que les comptes en banques des établissements bancaires. Encore que s’ils savaient qu’en dernière alternative, même la monnaie papier a une valeur de plus en plus conventionnelle, de confiance, qui ne repose sur plus aucune valeur comme l’étalon or, alors…. Enfin l’état est toujours plus AAA que la plupart des établissement bancaire, lui il pourra toujours taxer le contribuable pour se renflouer même si cela coûte très cher au final peut-être pour toute la société.
  133. Dav dit :
    30 novembre 2008 à 19:01 Vous dites Antoine :

    “J’ai du mal avec le “Nous reconnaissons le droit des sociétés humaines”…
    a/Qui est ce “Nous”. Pour qui ce “Nous” condescendant se prend t-il?”

    Je vous comprends. Pour ma part, je ne me fais pas d’illusions. De la même manière que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen a répondu à un contexte philosophique et politique particulier, et qu’il peut être légitimement perçu comme un objet de l’occident, une “déclaration des droits économiques de l’homme” ne pourra que relever du même procédé quelque peu normatif et descendant; il reste à espérer que ce “nous”, soit le plus large possible.
    Nous sommes déjà passé de 7 à 20. Dans l’idéal, ce “nous” représenterait les peuples qui se reconnaissent dans les idéaux de l’ONU, quand bien même ses idéaux sont parfois… lointains.

    Pour autant, l’objet d’une constitution, c’est d’être normatif, mais le fait qu’elle s’appuie sur des connaissances scientifiques le moins arbitraires possibles, et si possibles largement partagées, me semble un moindre mal.

    “b/Les deux premiers “considérants” semblent impliquer que ces points de départ reposent sur quelque chose de tel qu’ une démonstration rigoureuse. Ca me pose au moins 3 types de pbs:

    Pour la défense du texte, je rappellerais qu’il s’agit simplement d’une définition économique et qui ne considère qu’un champ très restreint de l’activité humaine, à savoir les échanges.

    Le premier considérant est clairement un postulat que je n’ai pas démontré. C’est peut-être possible de le faire, de façon logique, mais pour le coup, il me semble que c’est clairement un choix moral que je fais.
    Il s’agit clairement d’un rejet de l’individualisme pronée par les idées anarchistes d’une part, et un rejet de l’organisation étatique du travail qui constitue un danger pour la liberté individuelle.
    Maintenant, je suis d’accord avec vous, ce point-là peut tout à fait se discuter.

    Le second considérant est une simplement une définition de la richesse, pour bien la distinguer de la monnaie. Je suis passé vite sur la démonstration et la définition de richesse, mais le travail sur la question des ressources devrait me permettre d’y revenir. Je pense qu’au final, nous nous retrouverons sur ce point.

    Vous dites : – J’avoue que le mélange des deux ordres descriptif/ normatif ne me plait pas. Une loi constitutionnelle ca créé du neuf ex nihilo. Ca ne créé pas des regles pour un truc qui est déjà largement institutionnalisé, et qui est justement ce dont on discute.

    Là, je ne suis pas d’accord. Une loi constitutionnelle crée rarement du neuf. Elle entérine plus souvent les évolutions d’une époque. Par exemple la suppression de l’esclavage. C’est la philosophie qui crée l’idée, la constitution n’est qu’un vecteur de propagation de l’idée… donc, tout à fait normatif en effet.

    Vous dites : – dans le même ordre d’idée: je n ai jamais rencontré “l’homme”. J’ai rencontré les anglais, les français, Paul, Pierre, Jacques… De même je n’ai jamais rencontré les “sociétés humaines”… ni d’entités non humaines qui vivraient en société (qu’on ne me sorte pas les fourmis ou les abeilles… cf. l’argumentaire imparable du Leviathan… le passage du terme de “communauté” à celui de “société” dans l’histoire des idées politiques est d’ailleurs un point lourd de signification, qui reste assez peut étudié).

    Je comprends aussi ce passage mais le problème est donc de trouver un terme qui permettent d’inclure tous les groupes humains sans exception.

    Vous dites : une loi constitutionnelle de l’économie devrait à mon sens montrer qu’elle est “à l avantage mutuel” de tous les GROUPES (toutes les Nations puisqu’on parle de monnaie) ou qu’elle “maximise le sort des GROUPES les plus démunis” (Nations si on parle de monnaie) etc etc…

    A votre sens. Le problème est d’une part de conserver le droit d’une “société humaine” (sic) de ne pas s’inclure dans le système… de lui conserver le droit de vivre en marge et d’autre part de ne pas faire preuve de cette condescendance que vous dénoncez à juste titre et que nous pratiquerions forcément en identifiant/stigmatisant des “démunis”.
    On pourrait donc se contenter d’une déclaration de principe en préambule. “Considérant qu’un système d’échanges doit pouvoir se réaliser dans des conditions de respect des engagements mutuels et d’équité entre les peuples”…
    Un truc comme ça, mais en mieux écrit.

    Vous dites : autrement dit s’appuyer sur une base contractualiste (stratégie de justification cohérentiste), plutôt que de poser dans l’éther des “principes” prétendûment issus d’une démonstration rigoureuse (stratégie de justification absolutiste).

    Là, j’avoue qu’il faudrait me le reformuler, parce que je comprends bien la deuxième partie (que je pratique, bien que ne considérant pas qu’il s’agit d’une stratégie de justification “absolutiste”), mais pas le modèle de la première.

    La suite arrive.

  134. Dav dit :
    30 novembre 2008 à 19:13 Vous dites Antoine :

    3/ Sur la forme votre exposé rappelle moins une “loi constitutionnelle” qu’un “jugement”. La différence n’est pas mince. On ne donne pas impunément à l’institution de la Loi (ordre législatif) la forme d’un délibéré (ordre judiciaire). Ca ne me plait pas du tout…

    Je vais vous dire un secret, mais ne le répétez pas. C’est la première fois que je réfléchis à la rédaction d’une constitution ou d’une déclaration de droits. :)

    En revanche, si on reprend notre bloc constitutionnel et la DDH, il y a clairement des interdits identifiés.
    Cette déclaration ne sera judiciarisée que si un système pénal lui est associé. Il faut bien sûr s’en garder.

    Vous dites : plutôt que d’interdire le pari sur les matières premières, pourquoi ne pas rediscuter au fond la question de la justification des titres d’acquisition originelle de ces dernière (ces ressources appartiennent t-elles à tous à l’origine… ou à personne?). Ou encore pourquoi ne pas autoriser QUE la “coopérative” comme mode d’organisation de la production agro-alimentaire “de base” etc etc…
    Bref la question d ‘une constitution de l’économie, outre de me paraitre douteuse en ce qu’elle oublie qu’elle est AUTANT une guerre entre les hommes que le produit d’une coopération entre les homme (quid de la compétition pour la puissance entre les nations?), me parait soit insuffisament fondée sur le plan théorique soit insuffisament précise sur le plan pratique.

    Voilà, Antoine, vous mettez précisément le doigt sur la lacune des démonstrations précédentes. Elles ne font pas mention de la question des ressources. Mais il s’agissait de traiter cette question de manière séparée à la question de la monnaie, pour tout décentrer. Je pense que ce sera plus clair, une fois que la démonstration sur la question des ressources aura été clairement exprimée.

    En effet, s’agissant notamment de toutes les ressources difficilement renouvelables, la question de la définition de la richesse s’impose très vite à nous, une fois posée les bases de l’interdiction de la spéculation.

    Mais cela va aussi expliquer pourquoi je me suis appliqué à ne jamais parler de biens, mais toujours de services.

    Vous dites : cela dit l’idée de faire des conditions de production de la masse monétaire une question normative centrale est une idée brillante qui mérite de faire son chemin.

    Merci.
    Et merci de m’avoir prêté quelques minutes votre GPS.

  135. Dav dit :
    30 novembre 2008 à 19:26 Une dernière chose quand même. Vous dites “prétendument démontrée”.

    Je me suis soigneusement appliqué à “démontrer” en acceptant que cette démonstration puisse être fausse.
    Je suis tout à fait prêt à reprendre une cheminement qui paraitrait douteux.
    A condition qu’on ne me ressorte pas la seule convention de départ à ce travail : le refus de faire reposer mes réflexions sur le socle vertigineux du solipsisme.

  136. Gilles Bonafi dit :
    30 novembre 2008 à 22:51 @Julien Alexandre
    Je ne veux plus rien dire mais je suis obligé de répondre aux affirmations sur le dollar de 1963. Il est vrai que les United States Notes ont existé jusqu’au 21 janvier 1971 pour être très précis mais,seuls les billets de 100 dollars ont été imprimés en 1966 et conservés dans les coffres du trésor jusqu’à cette date pour se conformer à la loi de 1878.
    En 1963, John F. Kennedy autorisa l’émission de nouveaux United States Notes adossés aux réserves d’argent du gouvernement fédéral, et quelques 4 milliards de dollars en petites coupures furent émises. Celà fut décidé le 4 juin 1963 par John F. Kennedy par l’ordre exécutif numéro 111 110 abrogeant ainsi l’acte exécutif 10289.
    Je sais de quoi je parle et avant d’affirmer, il faut se renseigner. Je ne voulais pas rentrer dans le détail, mais j’y suis obligé. Pour info les United States notes sont rouges et non vert. Vous pouvez trouver les preuves de ce que j’avance sur “http://www.friesian.com/notes.htm”. Voilà la vérité est rétablie et je peux définitivement me taire.
  137. Étienne Chouard dit :
    30 novembre 2008 à 23:57 Cher Paul,

    Vous nous dites que vous êtes revenu à votre position de départ, mais sans nous dire les arguments qui vous ont conduit à prendre cette position. C’est troublant, car les discussions de cet été progressaient pas à pas, au moyen d’arguments détaillés âprement contestés et défendus, ce qui permettait à chacun de comprendre les positions respectives des protagonistes et éventuellement de s’y rallier, de façon éclairée.

    Là, nous sommes plusieurs à ne pas comprendre les causes de ce dernier revirement (peut-être avisé, je ne l’exclus pas, bien entendu, mais on ne sait pas encore pourquoi il était avisé).

    Vous dites ici :

    La position où je me retrouve à l’arrivée est celle que j’avais au départ : celle des « experts » reconnus de la question, celle qu’exprime la théorie financière dominante telle qu’on la trouve exprimée dans les livres de référence de ma profession d’ingénieur financier.

    Dans un billet précédent (Le vrai débat sur la monnaie peut commencer), vous résumiez les grandes lignes de votre position actuelle (c’est moi qui met en gras ce que je trouve étonnant) :

    Voici où je me situe aujourd’hui – à la lumière de notre débat :

    1. Le « simple bon sens » est de peu de secours en finance. Mieux, comme en mécanique quantique, il constitue souvent un obstacle à la compréhension.

    2. La dématérialisation de la monnaie n’a aucune implication sur la conservation des quantités ; la dématérialisation porte sur la qualité du support, la conservation des quantités est un principe (comme l’entropie, par exemple).

    3. Les apparentes « créations ex nihilo », de même que les « disparitions ex nihilo » sont communes en finance : le calcul de la « valeur actuelle » d’un produit financier (somme des valeurs escomptées de ses flux futurs) semble impliquer une « disparition ex nihilo ». À l’analyse, aucun des processus où ces créations et disparitions apparentes ont lieu n’enfreint la conservation des quantités. [Ce serait bien de détailler ce point de la « conservation des quantités », Paul, et sa pertinence (pour montrer que les banques privées ne créent pas la monnaie scripturale qu’elles prêtent et qu’elles ne détruisent pas la monnaie qu’on leur rembourse) : il est difficile à comprendre. ÉC]

    4. La seule « création ex nihilo » de monnaie est celle qu’opèrent les banques centrales. [Ça, c’est très étonnant, Paul : je n’ai jamais lu ça nulle part. ÉC] La création de richesse par le travail détermine la quantité de monnaie qui doit être créée au niveau central.

    5. Le niveau des réserves fractionnaires déterminera une démultiplication comptable des sommes déposées dans les banques ; cette démultiplication n’enfreint pas le principe de conservation des quantités : le montant mobilisable instantanément demeure égal à celui des sommes déposées.

    6. La création / destruction de monnaie par des opérations scripturales respecte également la conservation des quantités : les intérêts exigés sont prélevés sur des flux extérieurs au processus en-soi.

    Ce que je dis là n’invalide en rien les revendications que je vous vois exprimer en rapport avec la création de monnaie, et auxquelles je souscris en général. Ceci dit, je suis dans l’impossibilité de les fonder comme vous le proposez alors, à savoir à partir d’une critique de l’intermédiation opérée par les banques commerciales …

    _______________

    Pourriez-vous (vous comprendrez que c’est important pour appuyer vos dires) nous donner des exemples de ces « experts reconnus de la question » auxquels vous faites allusion dans votre bille, s’exprimant dans des « livres de référence » (lesquels ?), qui affirmeraient (et démontreraient ?) que la monnaie scripturale n’est pas créée par les banques privées, et que ces banques privées, comme n’importe quel établissement financier donc, ne peuvent prêter (ou ne prêtent principalement, je ne sais pas ce qu’ils en disent) que l’argent qui est déposé chez elles ?

    Pourriez-vous nous faire connaître des citations utiles de ces experts (ingénieurs financiers) ?

    Pourriez-vous nous conseiller des titres de manuels à lire ?

    D’avance (pour ces précieuses informations comme pour le reste), merci.

    Étienne.

    ___________________________

    PS : (”reproche” très amical) Le fait de publier tant de billets différents (avec forcément autant de conversations distinctes) à un rythme soutenu (presque un billet par jour pendant une semaine, parfois) sur un seul et même sujet (essentiel mais controversé) est proprement décourageant : on n’arrive pas à suivre, tout le monde parle en même temps mais à des endroits différents et donc sans être entendu de tout le monde…

    Et en plus, le précieux robot qui nous signale par mail les nouveaux messages ne délivre plus, désormais, plus de 10 avis à la fois… ce qui fait rater de nombreux commentaires, il faut aller contrôler manuellement l’évolution de 10 ou 15 conversations… Il est difficile de suivre un échange soutenu dans de telles conditions. Il vaudrait mieux développer un seul (long) fil où vous interviendriez plusieurs fois dans le cours de la dicussion, je crois que ce serait mieux. Il est également urgent d’au moins mettre à jour la compilation sur la monnaie, avec un surlignage, si possible (c’est moi qui tarde à le faire, pardon).

    ___________________________

    PPS : Jean Bayard, toujours en panne de connexion Internet, me charge d’une mission : préciser pour les amis du blog de Paul que :

    Les crédits font les dépôts dans les banques

    alors que

    Les dépôts font les crédits dans les établissements financiers

    puisque ce qui distingue les “établissements financiers” des “banques”, c’est précisément le droit exclusif de créer la monnaie scripturale, création monétaire accordée par l’État aux seules “banques”.

  138. Paul Jorion dit :
    1 décembre 2008 à 08:35 @ Etienne Chouard

    Vous nous dites que vous êtes revenu à votre position de départ, mais sans nous dire les arguments qui vous ont conduit à prendre cette position. C’est troublant, car les discussions de cet été progressaient pas à pas, au moyen d’arguments détaillés âprement contestés et défendus, ce qui permettait à chacun de comprendre les positions respectives des protagonistes et éventuellement de s’y rallier, de façon éclairée.

    Je ne prends pas nécessairement position sur tous les arguments avancés par des commentateurs.

    PJ : 3. Les apparentes « créations ex nihilo », de même que les « disparitions ex nihilo » sont communes en finance : le calcul de la « valeur actuelle » d’un produit financier (somme des valeurs escomptées de ses flux futurs) semble impliquer une « disparition ex nihilo ». À l’analyse, aucun des processus où ces créations et disparitions apparentes ont lieu n’enfreint la conservation des quantités. [Ce serait bien de détailler ce point de la « conservation des quantités », Paul, et sa pertinence (pour montrer que les banques privées ne créent pas la monnaie scripturale qu’elles prêtent et qu’elles ne détruisent pas la monnaie qu’on leur rembourse) : il est difficile à comprendre. ÉC]

    Ce sont des jeux d’écriture correspondant à la méthodologie comptable « à double entrée », c’est un langage servant à représenter des flux monétaires : le cinéma muet ne signifie pas que les acteurs ne savaient pas parler à l’époque, les films en noir et blanc ne veulent pas dire que le monde était gris à l’époque où ils furent tournés.

    PJ : 4. La seule « création ex nihilo » de monnaie est celle qu’opèrent les banques centrales. [Ça, c’est très étonnant, Paul : je n’ai jamais lu ça nulle part. ÉC] La création de richesse par le travail détermine la quantité de monnaie qui doit être créée au niveau central.

    Ce n’est pourtant pas très original : c’est la vue communément admise dans le monde financier.

    Pourriez-vous (vous comprendrez que c’est important pour appuyer vos dires) nous donner des exemples de ces « experts reconnus de la question » auxquels vous faites allusion dans votre billet, s’exprimant dans des « livres de référence » (lesquels ?), qui affirmeraient (et démontreraient ?) que la monnaie scripturale n’est pas créée par les banques privées, et que ces banques privées, comme n’importe quel établissement financier donc, ne peuvent prêter (ou ne prêtent principalement, je ne sais pas ce qu’ils en disent) que l’argent qui est déposé chez elles ?

    Ce sont les manuels de finance qu’on trouve dans les bibliothèques des ingénieurs financiers : ce ne sont pas des livres « de réflexion », ce sont des ouvrages techniques qui vous expliquent comment trouver l’argent que vous allez prêter : emprunts que vous contractez vous-même, lignes de crédit auprès de contreparties, mise en pension de titres, dépôts de clients, titrisation des emprunts de votre portefeuille, etc. Ces livres ne disent pas explicitement que l’argent ne peut pas être créé « ex nihilo », la création « ex nihilo » n’apparaît simplement pas dans la liste des opérations qui permettent de trouver des fonds à prêter. Ces livres ne réfutent pas non plus la création « ex nihilo » : elle n’existe pas à leurs yeux, et n’existant pas, il n’ont rien à en dire.

    Le mécanisme des réserves fractionnaires est expliqué mais dans un autre chapitre de ces livres : au titre des obligations à respecter vis–à–vis des régulateurs, ce n’est pas considéré comme une méthode de création de crédit mais au contraire comme une création de réserves, c’est–à–dire comme une restriction au crédit.

  139. A. dit :
    1 décembre 2008 à 08:50 @Dav : réponse au message du 28 novembre

    Je n’ai plus sous yeux ce que j’ai écrit exactement mais vous avez compris métaphoriquement mon propos qui était littéral.
    Le marché est une nouvelle forme de Providence. L’harmonie des intérêts par ce biais est une foutaise. Ce la n’a rien de scientifique, c’est de la métaphysique et la doctrine classique (Smith) et marginaliste (Je pense en particulier à Walras) me semble reposer sur cette opinion. La version autrichienne est plus subtile mais tombe dans le travers historiciste qu’elle entend dénoncer.
    Le discours économique est un discours ambivalent : idéologique et scientifique. La monnaie est un rapport social. Faire monter le prix des actifs “artificiellement” (le mot est mal choisi car il ne pourrait grimper “naturellement car tout est affaire de convention plus ou moins explicite) repose sur un choix de société : Enrichissez-vous en devenant propriétaire puisque le partage du produit total tend à être accaparé par un nombre de plus en plus réduits de personnes. En fait, selon que vous êtes propriétaire ou non, le même billet de banque n’a pas la même valeur.

  140. A-J Holbecq dit :
    1 décembre 2008 à 09:43 @Paul Jorion et tous

    Extrait Encyclopædia Universalis 2006 (je n’ai gardé que les paragra^phes qui nous intéressent…)

    Situons le raisonnement dans une économie nationale. Soit la banque de dépôt B1. L’entreprise E, qui emploie le travailleur A, demande à sa banque (B1) de verser un salaire de 100 unités de monnaie à A, en paiement du bien a, son produit de la période considérée. Afin de mettre le processus de la création monétaire en pleine lumière, supposons que la banque B1 ne dispose chez elle d’aucun dépôt préalable, dans lequel elle pourrait puiser le salaire de A. En effet, l’utilisation par une banque d’un dépôt préalable ne définirait pas une création monétaire. Il est évident que le raisonnement serait pris dans un cercle vicieux si les créations monétaires n’existaient pas ; en effet, en l’absence de toute création monétaire, le public ne pourrait disposer d’aucune somme positive de monnaie bancaire ; en conséquence, les dépôts constitués dans les banques seraient forcément nuls. Il est donc logiquement nécessaire de reconnaître que les banques prêtent au public des sommes de monnaie que le public ne leur a pas prêtées. C’est justement le cas de B1, qui paie le salaire de A en créant 100 unités de monnaie.

    Les économistes ont longtemps pensé que toute monnaie bancaire est créée par les banques centrales, encore appelées instituts d’émission. Depuis au moins un siècle, les auteurs reconnaissent que les banques de dépôt (ou banques secondaires) sont, elles aussi, créatrices de monnaie. Partout dans le monde, la monnaie scripturale, émise par les banques de dépôt, a même nettement pris le pas sur la monnaie fiduciaire, émise par les banques centrales. Une observation un peu plus avancée établit le fait que les banques de dépôt ont le monopole de l’émission monétaire, sauf en ce qui concerne les opérations sur devises. En outre, s’il est vrai que des billets de banque circulent dans le public, ceux-ci sont « injectés » dans l’économie, comme d’ailleurs les pièces de monnaie, par des annulations équivalentes de dépôts dans les banques secondaires.

    Lorsque les banques créent une somme de monnaie, elles « monétisent » une partie équivalente de la production de leur pays ; ce faisant, les banques reçoivent en dépôt un produit équivalent, qui est en attente d’être écoulé. C’est le produit nouveau de chaque période qui est la contrepartie des nouvelles créations monétaires.

  141. Moi dit :
    1 décembre 2008 à 11:37 Paul Jorion dit “Le mécanisme des réserves fractionnaires est expliqué mais dans un autre chapitre de ces livres : au titre des obligations à respecter vis–à–vis des régulateurs, ce n’est pas considéré comme une méthode de création de crédit mais au contraire comme une création de réserves, c’est–à–dire comme une restriction au crédit.”

    Pourquoi faut-il restreindre le crédit s’il y a conservation des quantités? Il me semble que s’il n’y a pas création monétaire, une banque sera déjà automatiquement restreinte dans sa faculté à prêter par sa faculté à emprunter (à une autre banque ou au client déposant).
    Cette restriction par le mécanisme des réserves fractionnaires n’est pas une méthode, certes, mais c’est la preuve qu’il y a d’une manière ou d’une autre création monétaire. Non? (je dis “d’une manière ou d’une autre” parce que je me demande si on ne peut pas envisager une création monétaire avec conservation des quantités, en faisant par ex. jouer la vitesse de circulation de la monnaie).

  142. A. dit :
    1 décembre 2008 à 11:50 @ moi :
    “Pourquoi faut-il restreindre le crédit s’il y a conservation des quantités?”
    Pour ne pas déformer la struture des prix et celle de la production.
  143. Dav dit :
    1 décembre 2008 à 11:51 Voici les étapes du raisonnement développé jusqu’ici; raisonnement dont le principe est de repartir de zéro.
    De réinventer la roue, comme me fait remarquer quelqu’un.
    Ainsi donc,

    – à partir d’un cadre logique définissant trois catégories d’objets; métaphysiques, physiques et mathématiques.
    – à partir de la démonstration que la monnaie appartiendrait uniquement à la catégorie des objets mathématiques.
    – à partir de la démonstration que les richesses appartiendraient uniquement à la catégorie des objets physiques.
    – il a été possible de prouver que la spéculation était irrationnelle, car mathématiquement absurde.
    – la situation d’observation que constitue la crise actuelle confirme la démonstration. De même que l’analyse des crises précédentes.
    – De là, il a été possible de dire que la lutte contre la spéculation était une rationalisation du système physique de l’échange.

    Quelles sont les lacunes de la démonstration jusqu’ici ?

    a- Nous n’avons pas défini la situation d’échange dans laquelle apparait la monnaie, la considérant à tort comme évidente.

    b- Nous n’avons que partiellement défini les richesses sur lesquelles se fondent la monnaie, en n’étudiant pas le fait qu’une richesse puisse être directement considérée comme une… monnaie d’échanges. C’est typiquement le cas d’une situation sans monnaie comme le troc.

    c- Nous n’avons pas posé la question des ressources de l’échange, alors même que cette question a toujours été considérée comme première dans les théories économiques, et que cette question pose directement la question de la richesse en tant que monnaie d’échanges.

    d- Nous n’avons pas répondu à la question de l’étalon qui permet de mesurer la valeur d’une monnaie, autrement dit la capacité d’une monnaie à bien représenter une richesse.

    J’espère que vous avez remarqué que j’ai le souci de m’appuyer sur le dialogue pour interroger les cohérences et les incohérences de mon propre cheminement, tout en construisant un déroulé logique ne reposant que sur mes propres représentations.

    a- Je vais donc revenir sur la situation d’échange. Qu’est-ce qu’une situation d’échange dans laquelle la monnaie apparaît ?

    Contrairement à la monnaie, objet mathématique sans couleur politique originelle (comme nous avons tenté de le démontrer), la situation d’échange pose la question de la relation d’homme à homme, d’individu à individu. La caractérisation de cette relation pose donc la question de la domination et du pouvoir. Voici le procédé qui va nous permettre de mieux caractériser la situation d’échange : nous allons nous demander quand la monnaie apparaît-elle vraiment (le vraiment est important) ?

    Dans une situation de domination violente, le processus de “l’échange” n’en est pas un. La situation violente peut faire… l’économie de la monnaie si j’ose dire. Une spoliation, un vol, une captation ou l’esclavage n’ont pas besoin de recourir à la conceptualisation que constitue la monnaie. Pas de véritable échange, pas de monnaie.

    Dans une situation de domination symbolique, le processus de “l’échange” n’en est pas un. La situation de violence symbolique peut faire l’économie de la monnaie (c’est le cas du gourou, du messie, du seigneur ou du roi, nourris pas leurs serviteurs) mais il peut aussi, plus souvent, puisque la domination symbolique s’appuie sur nos représentations, se servir de la monnaie comme instrument de domination symbolique (typiquement : acheter une femme, ou se payer des serviteurs quand le contraire n’est pas possible)

    Dans une situation d’échange équilibrée sans temporalité, l’échange est un échange simple. On l’appelle le troc. Toujours pas de monnaie.

    Dans une situation d’échange équilibrée décalée dans le temps, l’échange devient un échange complexe. Le recours a la monnaie devient pertinent. L’abstraction permet de faciliter l’échange, et, en théorie, de veiller à la sauvegarde de l’équilibre initial.

    En somme, nous en arrivons à déduire que la nature de la monnaie est de permettre les échanges équilibrés décalés dans le temps. Et que, dans toutes les autres situations d’échange, le recours a la monnaie est sans fondement.
    L’objet logique de la monnaie est donc de représenter une situation d’échange équilibrée.
    La sauvegarde ou non de cette logique initiale repose ensuite sur une volonté morale et la complexité de l’exercice d’une volonté morale.

    Voilà un bel enseignement sur la nature de la monnaie, mais la démonstration reste lacunaire, puisque nous n’avons pas considéré l’objet de l’échange, à savoir ce que nous appelons par convention, une richesse.

    Ce sera l’objet d’un post suivant.

  144. Moi dit :
    1 décembre 2008 à 14:29 A. dit : “Pour ne pas déformer la struture des prix et celle de la production.”

    Pouvez-vous expliciter svp? (je ne suis pas économiste)
    S’il y a conservation des quantités comment cela déformera-t-il la structure des prix (inflation?)? Par ailleurs, je ne comprends pas non plus comment la masse monétaire augmente avec en même temps conservation des quantités.

  145. BLAGNY Christophe dit :
    1 décembre 2008 à 14:40 EN RESUME LA CREATION MONETAIRE PAR LES BANQUES PRIVEES N’EST PAS GRATUITE, LE BANQUIER EN EST RESPONSABLE SUR SES FONDS PROPRES.

    Les banques privées lorsqu’elles proposent des crédits aux particuliers ou aux entreprises créent ex-nihilo la plus grande partie de l’argent qu’elles prêtent, cependant elles doivent avoir sur leur compte à la banque centrale (BCE) une reserve prudentielle en monnaie banque centrale correspondant à une fraction du crédit accordé. Cette fraction ou cette réserve est defini selon les accords Bale 2.
    Prenons un exemple simplifié au maximun, si un banquier accorde un crédit de 100 000 Euros il faudra qu’il possede rééllement une fraction de l’argent qu ‘il prête à savoir ici dans l’exemple 8%( le pourcentage depend du type de crédit) c’est à dire 8000 Euros en monnaie banque centrale c’est à dire 8000 euros sur son compte à la BCE.
    Les 92 000 Euros restant sont créer ex nihilo mais cette creation n’est pas GRATUITE pour la banque car si le particulier ou l’entreprise fait faillite c’est la banque qui a octroyé le crédit qui doit rembourser sur ses fonds propres . En effet tout argent créé par le crédit doit être détruit au fur et à mesure des remboursements du dit crédit, c’est une règle INCONTOURNABLE sinon c’est l’hyperinflation et au final la faillite du système monétaire. ( la masse monétaire est un équilibre dynamique entre ce qui est créé par le crédit et ce qui est détruit par le remboursement de celui-ci).
    Donc une banque qui accorde un crédit prend un risque car si l’emprunteur est défaillant c’est elle- même qui doit détruire la monnaie qu’elle a créé et cette destruction se fait au détriment de ses fonds propres qui sont de la monnaie banque centrale qu’elle ne peut d’aucune manière créer ex nihilo.
    Au final la création ex-nihilo de la monnaie scripturale par les banques privées N’EST PAS GRATUITE, le banquier en est responsable sur ces deniers propres c’est pourquoi le risque associé à cette création est remuneré par l’intéret.
    Il faut simplement remarquer que l’argent de l’intèret lui n’existe pas et que de ce fait il ne peut être prélevé que sur de l’argent provenant de nouveaux crédits.
    Il me semble que c’est l’essentiel à retenir en des termes simples et comprehensibles pour les non initiés.
    J’attends vos remarques.

  146. A-J Holbecq dit :
    1 décembre 2008 à 14:45 Conservation des quantités de quoi ?
    De la masse monétaire ? Dans ce cas ce prémice est faux … les masses monétaires augmentent bien très régulièrement dans tous les pays du monde car ce sont les crédits nouveaux supplémentaires aux crédits “de remplacement” de ceux arrivant à échéance (crédits supplémentaires nécessités en partie par les intérêts à payer) qui font augmenter les masses monétaires .
    Bon, ca va peut être diminuer en cette fin d’année 2008 et en 2009, puisque les banques seront frileuses pour émettre des crédits supplémentaires ou simlement nouveaux: c’est ça la crainte actuelle du système.
  147. A-J Holbecq dit :
    1 décembre 2008 à 14:55 @BLAGNY Christophe

    Tout a fait exact, sauf que le banquier garanti le prêt qu’il octroi par une hypothèque, un nantissement, ue assurance et la caution de la belle-mère … parfois les 4 ensemble.
    Ce qui est anormal (amoral ?) c’est l’intérêt sur cette création monétaire, alors que des honoraires ne le seraient pas .. enfin c’est ce que je pense.

  148. Moi dit :
    1 décembre 2008 à 15:14 BLAGNY Christophe dit : “En effet tout argent créé par le crédit doit être détruit au fur et à mesure des remboursements du dit crédit, c’est une règle INCONTOURNABLE sinon c’est l’hyperinflation et au final la faillite du système monétaire.”

    Merci pour votre post, je crois comprendre un peu mieux. Donc, il n’y a pas création monétaire réelle (laissons de côté la question des intérêts) pour autant que les prêts sont remboursés. Mais j’ai alors deux questions:

    1) la masse monétaire augmente, ce qui signifie que l’on prête plus rapidement que l’on ne rembourse. Cela génère-t-il de l’inflation comme lorsque l’on fait tourner la planche à billets? Autrement dit, ce différentiel entre la création et la destruction de monnaie scripturale s’apparente-t-il à une création monétaire réelle (de monnaie fiduciaire)?

    2) si une banque fait faillite parce que ses débiteurs lui font défaut et qu’elle perd ainsi plus que sa fraction de réserve à la BCE, on suppose que des créditeurs de la banque (déposants par ex.) vont y perdre de l’argent. Imaginons d’autre part que ces crédits dépassent largement le montant contenu dans le fonds de garantie et que l’état rembourse alors ces crédits dûs par la banque défaillante, cela revient-il à faire tourner la planche à billets?

  149. Dav dit :
    1 décembre 2008 à 15:43 b – Qu’est-ce qu’une richesse ?

    Ainsi, nous avons démontré que, dans le système physique de l’échange, la monnaie était la représentation d’une chose qu’on échange, ce que nous avons appelé par commodité une “richesse” (sans doute maladroitement car le terme prête à confusion). Nous avons ainsi pu démontrer l’absurdité mathématique du principe de la spéculation qui consiste à considérer la monnaie en tant que “richesse”.

    Pour autant, pour que cette distinction soit lisible, encore faut-il avoir bien travaillé à la définition de ce que nous appelons une richesse, dans le cadre logique que nous nous sommes fixé.

    Ce qu’on appelle ici richesse est ainsi l’objet de l’échange, vierge de toute valeur (les différentes représentations possibles d’un objet par la monnaie, on les appelle en général des valeurs)
    La meilleure formule que j’ai pu trouver est : la richesse est un objet sans la valeur de l’échange; autrement dit l’objet réel (objet physique au sens large… on verra que cela s’applique à la notion de service) AVANT toute représentation par une valeur.

    Prenons un exemple simple :
    Un verre d’eau est un objet sans la valeur de l’échange.
    Dans le désert, pour un homme assoiffé, il aura une grande valeur.
    Dans un cocktail, pour un homme repu, il aura une moins grande valeur.
    Au milieu d’une île déserte, sans vie, inaccessible, il n’aura aucune valeur.

    – Je ne peux pas prouver que le verre d’eau n’existe pas (physique)
    – J’ai la preuve que sa valeur est une représentation (mathématique)
    – Sa valeur peut être exprimée hors de tout système de représentation par la monnaie.

    Prenons un autre exemple simple :
    (la possibilité de) pratiquer un massage cardiaque est une richesse.
    A la piscine, pour un maître-nageur, il aura une grande valeur.
    A la morgue, pour un croque-mort, il aura moins de valeur.
    Au milieu d’une île déserte, sans vie, inaccessible, il n’aura aucune valeur.

    – Je ne peux pas prouver que le massage cardiaque n’existe pas une fois qu’il a été échangé (pratiqué)
    – J’ai la preuve que sa valeur est une représentation (mathématique)
    – Sa valeur peut être exprimée hors de tout système de représentation par la monnaie.

    Prenons un dernier exemple :
    Avoir un coffre rempli d’or est-il une richesse ?
    Dans un Etat qui reconnaît les pièces frappées, il aura une certaine valeur.
    Dans un autre Etat qui reconnaît l’or, il aura une autre valeur.
    Au milieu d’une île déserte, sans vie, inaccessible, il n’aura aucune valeur.

    – Je ne peux pas prouver que le coffre rempli d’or n’existe pas.
    – J’ai la preuve que sa valeur est une représentation (mathématique)…
    Mais alors, le coffre rempli d’or est une richesse, me direz-vous… oui, on pourrait le penser. On le considère comme tel, d’ailleurs.
    La différence essentielle est que le coffre rempli d’or acquiert le statut apparent de richesse (d’objet de l’échange) parce qu’on lui a attribué le statut de monnaie au préalable. (il a déjà une valeur qui repose sur des représentations). Ce préalable change tout, et il n’existe pas dans le cas du verre d’eau ou du massage cardiaque.
    – Sa valeur ne peut pas être exprimée en dehors de tout système de représentation par la monnaie.

    Pour s’amuser, on pourrait ainsi conclure : Qu’est-ce qu’une richesse qui n’est pas une richesse ? Une monnaie.

    Pour autant, ce travail de définition de la monnaie pose un problème majeur, qui n’a pas encore été traité.
    Ce problème majeur, qui influe sur la valeur des choses en dehors de tout système de représentation par la monnaie s’appelle la ressource.

    Ce sera l’objet du post suivant, dès que possible.

  150. RST dit :
    1 décembre 2008 à 15:46 @ BLAGNY Christophe

    Je pense que vous faites une confusion entre les ratios (le fameux 8%) proposés (mais pas obligatoires si je ne me trompe pas) par les règles prudentielles (Bâle) qui demandent un certain rapport entre les engagements et les fonds propres et les réserves obligatoires en monnaie banque centrale qui tournent autour de 2 %.

    Ce sont 2 choses différentes, si je ne me trompe pas.
    Je suis surpris que A-J Holbecq ne l’ait pas relevé ;-)

  151. Étienne Chouard dit :
    1 décembre 2008 à 15:47 @ Christophe Blagny,

    C’est un des points centraux du débat (enfin « débat », si on peut dire, puisque, pour tout débat public, quelques blog encore libres sont le lieu unique d’une échange entre soi, très loin des audimats massifs confisqués par les voleurs de parole) :

    Le prix de ce risque semble simplement exorbitant(*), et ce d’autant plus que le prétendu risque est, la plupart du temps, réduit à rien, à la fois par une succession de garanties, matérielles et personnelles, sans parler de cette nouvelle escroquerie qu’est la titrisation, qui consiste à refiler aux voisins le risque, en tranches et en douce, sans que ce risque dilué ne puisse plus être jamais mesuré, et en pariant que le goût du jeu et de l’argent facile rendra tout ce beau monde peu regardant sur les risques en question (ces mêmes risques que vous mettez en exergue comme fondements d’une juste revenu), sans parler non plus de l’absence de risque à grande échelle puisque la faillite générale des « banquiers titriseurs » et « financiers passeurs » sera toujours finalement évitée par l’État (pas toujours empoté ni incapable, donc) pour éviter une crise systémique, État détesté des libéraux et qui, pourtant, couvre de milliards les gredins, au lieu de les envoyer à Alcatraz en reprenant la maîtrise de sa fonction régalienne.

    L’intérêt comme « prix du risque » assumé par les « professionnels du risque » que seraient les banques, c’est une blague ?

    Étienne.

    ____________________

    (*) Songez que les prix immobiliers sont quasiment doublés sur les emprunts à long terme par le coût de l’intérêt… alors que toutes les garanties immobilières réduisent le risque à rien (à condition que les banquiers s’abstiennent de prêter aux indigents, évidemment, comme ils l’ont fait avec les subprimes, mais ce n’est pas le cas normal, n’est-ce pas ?).

    À tous les lecteurs de ce blog : si vous deviez en dire le volume, en ordre de grandeur, à COMBIEN évalueriez-vous le MANQUE À GAGNER (non nécessaire !), chaque année, de l’abandon de la fonction régalienne de création monétaire à des agents privés privilégiés ?

    Autrement dit, quel est LE RENDEMENT NET ANNUEL DE L’INTÉRÊT sur l’ensemble des dettes qui sont la contrepartie de la MONNAIE SCRIPTURALE ?

  152. RST dit :
    1 décembre 2008 à 15:48 Pour clarifier mon post précedent, il y a 2 choses différentes que je simplifie si dessous :
    1) les reserves obligatoires en monnaie banque centrale (de l’ordre de 2 %)
    2) les règles prudentielles (Bale II) : 8 %
  153. A. dit :
    1 décembre 2008 à 16:42 On parle de création monétaire mais je n’ai vu apparaître nulle part les termes de “neutralité” de la monnaie ou de “monnaie active”.

    @Moi
    Je n’ai pas compris la formule : ” […] la conservation des quantités”.
    L’intérêt est, comme les réserves fractionnaires, une restriction de crédit :

    1- Trop d’émission de monnaie peut ne pas avoir comme contre-partie de création de richesse
    2- Elle peut stimuler, à court terme l’économie, en modifiant la structure des prix et de la production :

    Exemple l’immobilier : L’excès de création monétaire a alimenté une hausse des prix immobiliers créant une bulle spéculative reposant sur les anticipations haussières par le mécanisme suivant : baisse des taux, solvabilisation d’une frange supplémentaire de la population, demande excessive par rapport à l’offre, hausse des prix immobiliers, anticipations haussières, stimultation de la demande etc …
    Au fur et à mesure, les aspirants à la propriété se font moins nombreux et cette bulle repose finalement sur du vent puisqu’il arrive un moment, difficile à déterminer, où les prix augmenteront qu’en fonction de la quantité de monnaie créee et non plus en fonction de l’offre et de la demande.
    Au final : création d’emplois dans l’immobilier, augmentation de la rente des propriétaires au détriment des locataires dont les salaires sont indexés sur l’inflation qui exclut le logement. Cette perte de pouvoir d’achat des locataires se fait au détriment des autres postes de consommation et il n’y a pas nécessairement compensation par le biais du surplus de rente du propriétaire car ce dernier aura plutôt tendance à épargner.
    La bulle éclate : attentisme des acteurs. Le blocage du marché entraîne la suppression d’emplois chez les agents immobiliers (je ne les plains pas) et chez ceux qui vivent du bâtiment (dignes d’être plaints) mais les loyers (hélas) ne suivent pas la tendance à la baisse des prix.

    C’est le flot d’argent qui a innondé l’économie ces derniers grâce aux taux d’intérêt bas qui a rendu possible cette bulle. Si il n’y avait pas d’intérêt, le flot d’argent, selon l’utilisation qui en serait faite, pourrait soutenir un moment des secteurs qui sans ce dernier ne connaitraient pas un essor, voire s’effondrerait.

  154. Dav dit :
    1 décembre 2008 à 16:55 @A.

    En réponse à votre message de ce matin. Oui, il me semble que je suis d’accord avec vous quand vous dites :
    “Le marché est une nouvelle forme de Providence. L’harmonie des intérêts par ce biais est une foutaise. Ce la n’a rien de scientifique, c’est de la métaphysique et la doctrine classique (Smith) et marginaliste (Je pense en particulier à Walras) me semble reposer sur cette opinion. La version autrichienne est plus subtile mais tombe dans le travers historiciste qu’elle entend dénoncer.
    Le discours économique est un discours ambivalent : idéologique et scientifique. ”

    Mais il me semble que vous vous trompez quand vous dites “cela n’a rien de scientifique”. Il me semble que cela repose sur des raisonnements faux ou biaisés, et que ce sont ces raisonnements faux ou biaisés qu’il faut démolir, en ayant une approche scientifique.

    Si, comme je le crois, la majorité des économistes continuent de penser que la terre est au centre de l’univers, en s’appuyant sur des observations trompeuses, alors il me semble que c’est par la démonstration et l’observation qu’il faut d’abord démontrer qu’ils se trompent.
    Seulement ensuite, nous pourrons accuser le clergé d’aujourd’hui de faire preuve d’obscurantisme. :)
    A moins que nous ne nous trouvions incapables de démontrer quoi que ce soit, et alors il faudra juste choisir une chapelle.

    Voilà pourquoi, pour ma part, ma réflexion se porte sur l’univers. La monnaie, rien que ça.
    étant bien entendu que cette réflexion n’est sans doute pas très originale., mais qu’au moins, elle est pleinement mienne.

  155. Dav dit :
    1 décembre 2008 à 17:00 @ A.

    J’ai oublié de vous remercier pour votre dernier post est à la fois éclairant et précieux.

  156. BLAGNY Christophe dit :
    1 décembre 2008 à 17:12 RTS a fait une tres bonne remarque mais j’ai tellement voulu simplifié au maximun que j’en ai oublié cette differenciation qui est importante c’est vrai mais qui ne remet pas en cause le mecanisme général de la création monetaire par les banques privées. Merci donc à RTS.
    Par rapport à la remarque d’Etienne sur les interets trop élevé par rapport aux risques réels je ne peux qu’être d’accord.
    Merci pour cette remarque fort judicieuse.
    Une question: Est ce qu’une banque centrale peut faire faillite ?
  157. A-J Holbecq dit :
    1 décembre 2008 à 17:43 @RST

    Oui, vous avez raison de relever cette erreur dans le commentaire de Blagny… je n’avais pas fait attention voulant seulement réagir sur le problème des intérêts (que je considère indus car la banque ne prends pas de véritables risques, ce qu’a bien développé Etienne ensuite)
    Bâle 2, pour être un peu plus précis, impose entre 4 et 8% de fonds propres selon la “risquicité” (hum?) des prêts que fait la banque ou l’établissement financier…

  158. Moi dit :
    1 décembre 2008 à 18:35 A. dit: “Je n’ai pas compris la formule : ” […] la conservation des quantités”.”

    J’ai bien peur de ne pas la comprendre moi non plus. C’est Paul Jorion qui utilise cette formule et je l’avais comprise comme le fait que la quantité d’argent réel n’est pas augmenté par la création de monnaie scripturale. Maintenant, de deux choses l’une: ou bien la monnaie scripturale ne fait pas varier la quantité de monnaie réelle et dans ce cas je ne m’explique pas l’inflation des prix qu’elle provoque (votre exemple de l’immobilier), ou bien il s’agit d’une création monétaire réelle, tout comme avec la monnaie fiduciaire, et on tient la formule de la conservation des quantités comme erronée. Réflexion faite, il y a peut-être une troisième solution qui permet de réconcilier la conservation des quantités et la modification de la structure des prix: l’inflation des prix constatée dans certains secteurs (l’immobilier) n’est pas de l’inflation réelle mais un transfert d’argent d’un secteur à un autre et dans ce cas il faut aussi constater une déflation des prix (ou un appauvrissement) quelqu’autre part.

    PS: je laisse tomber la possibilité de tenir la formule de conservation des quantités comme erronée, ayant reçu de notre hôte une explication courte mais limpide (du genre de l’oeuf de Colomb). Je ne m’explique par contre toujours pas clairement la modification constatée dans la structure des prix.

  159. Rumbo dit :
    1 décembre 2008 à 18:50 En plus, dans un entretien à la radio de cette année, Daniel Cohen dit que les banques respectent très peu Bâle 2 (je peux retrouver la citation et j’ai déjà dû en parler sur le blog).
  160. A-J Holbecq dit :
    1 décembre 2008 à 19:15 @Moi

    PS: je laisse tomber la possibilité de tenir la formule de conservation des quantités comme erronée, ayant reçu de notre hôte une explication courte mais limpide (du genre de l’oeuf de Colomb).

    Vous avez de la chance … je ne vois toujours pas ce que Paul veut dire par “conservation des quantités” .. à vrai dire, je me demande même “de quoi” …

  161. BLAGNY Christophe dit :
    1 décembre 2008 à 19:26 Paul Jorion dit :”Ces livres ne réfutent pas non plus la création « ex nihilo » : elle n’existe pas à leurs yeux, et n’existant pas, il n’ont rien à en dire” .Je crois que Monsieur Paul Jorion joue avec les mots car il est bien évident que vous ne trouverez dans aucun manuel traitant d’ingenieurerie financiere l’expression ex nihilo car d’un point de vue comptable et financier ça ne veut STRICTEMENT RIEN DIRE DU TOUT puisqu’il y a toujours une contre-partie à cette création. Il n’empêche que ça permet aux vulgarisateurs de marquer les esprits afin de comprendre l’ensemble du mécanisme d’une maniere un peu plus litteraire ce qui est trés important pour ce qui ne comprennent rien à la comptabilité financiere.
  162. Stubborn dit :
    1 décembre 2008 à 19:55 @Etienne Chouard
    Question : en quoi la fraude (intérêts injustifiés, création ex-nihilo) définirait-elle davantage la nature de la monnaie que la monnaie sans fraude ?
  163. antoine dit :
    1 décembre 2008 à 20:18 Mais la “théorie” comptable ELLE-MEME pose problème… Qu’est ce qu’un actif comptable?
    Et cette question là N’EST PAS elle-même une question de comptabilité.

    J’ajoute que la comptabilité n’étant qu’un art, son développement par les professionnels obéit à un souci de rationalisation et de simplification du travail du professionnel. Exactement au même titre que la réflexion doctrinale sur le droit a toujours eu pour but la rationalisation et la simplification, l’homogénéisation du travail des juristes. Sauf que le point de vue du juriste n’est pas le point de vue du citoyen (en tant que construction normative), et que la rationalité technique juridique n’est pas la rationalité normative du politique. Il en est résulté, et il en résulte toujours, un grand n’importe quoi s’agissant de la cohérence de la théorie de la propriété en droit français, et ce depuis le XIXe.

    La question est donc: quel est l’intérêt du point de vue comptable pour le problème qui nous occupe?
    Il semble que l’art comptable implique toujours déjà une certaine interprétation de la réalité (par exemple, nous considérons parfois comme des entrées ce que les américains considèreraient comme des sorties… et si au final le résultat est le même, il reste que tout ceci repose au fond sur une interprétation politiquement déterminée du monde social), et il semble aussi – à vérifier- que l’art comptable produise des effets de réalité (ou comment un simple jeu d’écriture peut avoir un “effet performatif”).
    Devrait-on exiger également qu’on exclue ou qu’on “suspende” ou qu’on mette entre parenthèse un temps le point de vue comptable afin d’y voir plus clair?

    Il se pourrait bien que parler de création “ex nihilo” ne soit en rien un procédé pédagogique et littéraire, mais qu’elle soit, au pire, une interprétation alternative, également légitime, de la réalité et au mieux une description adéquate de cette réalité. Ce qui impliquerait que le point de vue comptable soit LUI-MEME la fiction littéraire (ce que je ne suis pas loin de penser… une fiction utile au professionnel certes, mais une simple fiction quand même, ce qui ne veut pas dire u’elle soit sans rapport avec la réalité qu’elle est prétendûment censée décrire… ou pas).

    @Dav
    Je n’ai pas encore le temps de me pencher plus avant sur votre démonstration. Mais je n’oublierai pas de la faire.

  164. Archimondain dit :
    2 décembre 2008 à 21:56 @A-J Holbecq
    L’extrait d’Universalis que vous présentez est fort intéressant.
    Si le contenu de cet extrait est vrai, alors il y a bien pour moi création monétaire.

    Je remarque cependant qu’il est en contradiction avec ce que dit Paul, ainsi qu’avec ce que vous dites vous même dans les commentaires du post suivant (ou alors j’ai mal compris) :

    Les 90 de dépôts permettent à UNE banque de prêter 81, UNE fois. Ces 81, se retrouvant dans une autre banque vont permettre à celle ci de prêter 72,9 … etc.

    Si la banque veut prêter 10 de plus par création monétaire (ce qui va augmenter son actif), elle doit augmenter son passif de 10 également, soit par des dépôts de nouveaux clients, soit par des fonds propres (les capitaux propres sont au passif, alors que les réserves obligatoires sont à l’actif).

    Or l’extrait que vous présentez précise bien :

    supposons que la banque B1 ne dispose chez elle d’aucun dépôt préalable, dans lequel elle pourrait puiser le salaire de A. […]. Il est donc logiquement nécessaire de reconnaître que les banques prêtent au public des sommes de monnaie que le public ne leur a pas prêtées. C’est justement le cas de B1, qui paie le salaire de A en créant 100 unités de monnaie.

    la partie du raisonnement que j’ai remplacé par […] me parait un peu douteux. Mais il en ressort clairement que selon l’auteur, la banque a le droit de prêter de l’argent alors qu’elle ne possède rien du tout (pas de réserves fractionnaires… rien). Si jamais cela était vrai, la seul explication que je vois qui pourrait mettre vos propos et cet article d’accord serait le fait que la banque emprunte l’argent qu’elle prête, à la banque centrale, contre intérêt et pour une durée limité. (et dans ce cas il n’y aurait pas de création et il y aurait conservation des quantités. Si vous voulez savoir ce que j’entends pas conservation des quantités, je peux le faire dans un autre commentaire).

    Avez-vous une autre explication ? Ais-je bien compris le sens des deux citations (la votre et celle d’Universalis) que je reproduis ici.

    Merci d’avance.

  165. Rumbo dit :
    2 décembre 2008 à 22:47 antoine dit :
    1 décembre 2008 à 20:18

    “”Mais la “théorie” comptable ELLE-MEME pose problème… Qu’est ce qu’un actif comptable?
    Et cette question là N’EST PAS elle-même une question de comptabilité.
    J’ajoute que la comptabilité n’étant qu’un art, son développement par les professionnels obéit à un souci de rationalisation et de simplification du travail du professionnel (….)” »

    Voilà qui vient – à propos -, voir le lien ci-dessous.
    Dans une période comme à présent, beaucoup sont capables de changer de “thermomètre” si la “température” ne leur convient plus. Dans l’industrie, les normes industrielles ont, normalement, force de loi. Mais en finance si 2 + 2 = 4 devient génant, on s’arrangera, par exemple, pour que 3 + 3 fassent aussi 4 ?… etc. Il y a longtemps qu’en finances, les chiffres ne collent plus, ne reflètent plus les réalités économiques et sociales. Maintenant, si l’on fait dérapper les normes comptables, que celles-ci devienent élastiques selon les cirsconstances, ce serait alors un signal accentué de “déglinguerie” générale…sauf pour certains bien entendu. Voir:

    http://www.france-catholique.fr/Le-paradoxe-des-normes-comptables.html

  166. Dav dit :
    3 décembre 2008 à 11:53 Antoine, vous dites :

    “Il se pourrait bien que parler de création “ex nihilo” ne soit en rien un procédé pédagogique et littéraire, mais qu’elle soit, au pire, une interprétation alternative, également légitime, de la réalité et au mieux une description adéquate de cette réalité. Ce qui impliquerait que le point de vue comptable soit LUI-MEME la fiction littéraire (ce que je ne suis pas loin de penser… une fiction utile au professionnel certes, mais une simple fiction quand même, ce qui ne veut pas dire u’elle soit sans rapport avec la réalité qu’elle est prétendûment censée décrire… ou pas).”

    Je suis tout à fait d’accord avec ça. Parler de création “ex nihilo” est la description adéquate de la réalité pour bien comprendre qu’en l’occurrence, cette création peut aboutir à une création de richesse (investissement), ou pas (spéculation), voire dans le cas du prêt à la consommation, cette création peut être simplement une anticipation de l’existant (remboursement).

    Vous dites : “Je n’ai pas encore le temps de me pencher plus avant sur votre démonstration. Mais je n’oublierai pas de la faire.”
    Merci. Pour ma part, j’essaie de trouver un peu de temps très vite pour terminer mon voyage au pays de la monnaie.

  167. A-J Holbecq dit :
    3 décembre 2008 à 12:15 @Archimondain

    Dans l’encyclopédie universalis, le rédacteur part d’un exemple où il n’y a rien, simplement une banque qui attends son premier client, afin de démontrer plus facilement que c’est la double inscription simultanée d’un même montant à l’actif et au passif du bilan de la banque qui constitue l’acte par lequel elle crée de la monnaie.

    Il y a ensuite un tas de règles qui s’imposent aux banques, par exemple:

    1 – Des limites à l’acquisition par la banque, pour elle-même, d’actifs réels (biens immobiliers, actifs financiers)
    2 – Satisfaire aux règles dites de “Bâle 2″ qui imposent à la banque de détenir un certain montant de capitaux propres (capital apporté par les actionnaires et réserves). Le montant varie entre 4% et 8%… nous prendrons 8% dans la suite de notre présentation
    3 – Disposer d’un compte à la banque Centrale, où elle est tenue de déposer les “réserves obligatoires” qui, dans la zone euro, représentent au minimum un montant équivalent à 2% des dépôts de ses clients.
    4 – Assurer la distribution de la monnaie manuelle (billets), laquelle monnaie est une monnaie “banque centrale” (les banques commerciales ne peuvent pas imprimer de “billets de banque” et sont donc obligées de s’en procurer auprès de la banque centrale)
    5 – La possibilité de création monétaire est dépendante du « bon vouloir » des autres agents économiques : les banques ne peuvent dire oui que si on leur demande de la monnaie. L’initiative émane donc des clients de la banque
    6 – L’équilibre de son bilan comptable.

    Ai-je répondu à votre question?

    Mais je l’ai déjà dit; je ne suis pas un “expert” en comptabilité … mes démonstrations (comptables) peuvent être assez peu fiables: vivement le retour de Jean Bayard…

  168. Dav dit :
    3 décembre 2008 à 12:38 c- Qu’est-ce que une ressource ?

    Je continue mes analyses monomaniaques et monnaiecentrées…

    En réfléchissant doucement à l’outil de médiation de l’échange que constitue la monnaie, je me suis aperçu que la monnaie était la représentation d’une richesse à échanger et que sa nature était de faciliter les échanges équilibrées complexes. J’ai donc été amené logiquement à définir les systèmes d’échange possibles, ainsi que ce qu’on pouvait considérer comme étant une richesse.

    Dans mon travail de définition de la richesse, j’ai découvert une distinction logique entre les objets sans valeur de l’échange et la monnaie en tant qu’outil de la médiation. A ce titre, j’aurais dû conclure que le terme “monnaie d’échanges” était tautologique, par la confusion qu’il faisait entre la modélisation et le phénomène.
    Par définition, un objet sans valeur de l’échange n’est pas une monnaie, et une monnaie ne peut pas être un objet sans valeur de l’échange.

    J’ai fait cette distinction à partir du constat que, dans le cas d’objets sans valeur de l’échange, la valeur était donnée a posteriori, mais qu’elle pouvait être donnée, en dehors de tout système monétaire. Ainsi, un verre d’eau n’a pas de valeur en lui-même, mais on peut lui donner une valeur a posteriori, en dehors de tout système monétaire. Sur quoi donc pouvait reposer cette valeur si ça n’était pas sur un système monétaire ?

    La question est donc : qu’est-ce qui confère une valeur à un objet sans valeur de l’échange ?

    Je me suis rendu compte qu’ainsi, je remonte aux origines de l’économie : à la question de la ressource, mais que, ce faisant, parce que j’ai choisi de centrer ma réflexion sur la monnaie, je prends cette question des ressources à rebours, sans me faire piéger par elles, sans être trop contraint par elles. En ne considérant pas la ressource comme l’élément central de la réflexion, il me semble qu’on peut contourner la tentation de faire reposer l’ensemble de la modélisation sur la question de la nature humaine, c’est à dire sur la question du rapport de l’homme à la ressource.

    Je ne traiterais pas cette question, considérant que le rapport de l’homme à la ressource relève d’une liberté, d’un champ des possibles, de choix moraux, et ce n’est pas l’objet de ce travail que d’investir un sujet pour lequel toute démonstration est impossible, voire nuisible. Je considère donc que le rapport de l’homme a la ressource est indéterminé, et qu’il peut donc être aussi bien l’abeille ou le criquet. Etant donné que rien ne peut démontrer de manière certaine que l’homme soit, dans son essence, accapareur ou partageur, il me semble logique de ne pas tenir compte des possibles de la nature humain en tant que déterminant de l’analyse.

    J’en déduirais une chose simple, mais fondamentale, c’est que le champ de l’économie se limite ainsi à une analyse de la modélisation du système physique de l’échange, et que le rapport à la ressource, le comportement des hommes vis à vis de la ressource ou leur inscription dans l’échange, relève du champ social et politique, mais nullement des sciences économiques. C’est en soi, déjà, une… révolution pour rester sur les métaphores stellaires.

    Ainsi donc, qu’est-ce qu’une ressource ?

    Je vais d’emblée m’excuser parce que cette partie du travail me semble moins aboutie… mais elle pourra peut-être être retravaillée plus tard.

    J’ai finalement identifié uniquement deux types de ressources qui me paraissent couvrir l’ensemble de la question.
    – D’une part, les ressources difficilement renouvelables
    – D’autre part, les ressources facilement renouvelables

    Dans ces expressions, le mot renouvelable ne prend pas en considération le type de rapport de l’homme à la ressource. La question n’est pas tant de savoir si l’homme s’inscrit dans une démarche de renouvellement de la ressource, ou dans une démarche d’exploitation de la ressource; question pour laquelle j’ai dit qu’elle ne relevait pas du champ des sciences économiques. Il s’agit juste de distinguer une typologie physique ou biologique des ressources.

    En effet, il est impossible de dire scientifiquement, voire de prédire qu’une ressource n’est pas du tout renouvelable.
    De même, il est impossible de dire scientifiquement, voire de prédire qu’une ressource est éternellement renouvelable.

    Il est donc impossible de déterminer de manière définir la catégorie d’une ressource.
    Ainsi, voilà ce qui donne la valeur d’une richesse en dehors d’un système monétaire : le caractère facilement renouvelable ou difficilement renouvelable d’une ressource, mais ce caractère est en lui-même tout à fait insuffisant pour fabriquer une valeur essentielle aux choses.

    Le pétrole est une ressource difficilement renouvelable, qui n’a eu aucune valeur pendant des milliers d’années.
    Un savoir-faire est une ressource facilement renouvelable mais dont la valeur est très variable, selon le contexte.

    En fait, non seulement la caractérisation de la ressource est impossible, de façon définitive, mais en plus, elle n’est pas le déterminant direct de la valeur que l’on donne à l’objet sans valeur de l’échange. Cette valeur dépend, là encore, du contexte social et politique de l’échange et donc exclusivement de nos représentations.
    C’est pourquoi la valeur des ressources ne peut pas être considérée comme donnée, dans le temps, puisque le contexte fait varier cette valeur, sans qu’il soit possible de la déterminer avec précision et surtout de manière définitive. C’est exactement la raison pour laquelle, une ressource est la dernière chose qui peut jouer le rôle d’étalon des richesses. Très précisément parce que sa valeur est toujours indéterminée, en elle-même, et qu’elle dépend de nos représentations et surtout des effets sur le réel de nos représentations. En somme, la ressource est disqualifiée en tant que référent du système physique de l’échange, et ce, même si elle le structure !

    L’homme est-il une ressource ?

    Si il serait facile de démontrer que l’homme peut prendre la fonction de ressource, on ne peut pas considérer qu’il est en lui-même une ressource, puisque, dans le système physique de l’échange, sa nature première n’est pas d’être ce qui est échangé. On en déduira qu’il n’est une ressource que lorsque se produit un déplacement du système physique de l’échange, et que l’homme devient alors une ressource en tant que représentations, exactement de la même manière qu’une monnaie peut devenir une richesse, par l’intermédiaire de nos représentations.

    Le temps est-il une ressource ?

    Là encore, il serait facile de démontrer que le temps peut prendre la fonction de ressource, mais on ne peut pas considérer qu’il est lui-même une ressource, puisque, dans le système physique de l’échange, sa nature première est d’être une dimension fondamentale. En cas d’absence de temps, le système physique de l’échange n’existe pas, même en présence de tous les autres déterminants. Le temps est le seul élément indispensable du système physique de l’échange, puisqu’on peut se passer d’une ressource (don), on peut se passer de monnaie (troc), on peut même se passer d’un des deux membres de l’échange à condition de pouvoir recourir à la temporalité. En somme, tous les déterminants sont dispensables, sauf le temps, parce que l’échange est un système physique dynamique.

    Il nous reste donc une dernière question à traiter : la question de l’étalon. Et sur laquelle je pense que je vais retomber sur les intuitions de Paul, concernant le temps, en tant que seul étalon logique valable. C’est une partie assez faible, mais je préfère vous la livrer tel quel, quitte à la retravailler.

    d- Quel est l’étalon logique de la monnaie dans un système physique d’échange ?

    Alors, puisque la ressource est disqualifiée en tant qu’étalon, quel est l’élément logique le plus à même de modéliser la valeur d’un échange ?
    Le temps, la dernière dimension qu’il nous reste à étudier serait-il un bon candidat ?

    La durée de la mobilisation de la ressource

    Pour qu’une ressource puisse intégrer le système physique de l’échange, il est nécessaire qu’elle soit mobilisée.
    Autrement dit : pas de mobilisation de la ressource, pas d’échange de la ressource.
    Cette mobilisation de la ressource ne peut se faire que par l’action humaine directe ou ayant recours à un média (machine, robot, usine…).
    Et cela, quelle que soit la nature de cette mobilisation (abeille ou criquet) dont j’ai dit que je ne parlerais pas.
    Le seul élément fixe dont la valeur peut potentiellement changer de façon mathématique ou logique en l’absence de représentations, et qui puisse ainsi répondre à une démarche de rationalisation de l’échange (extraire le système de l’échange de tout système de représentation), c’est le temps.
    Bien sûr, ça pose la question du caractère “relatif” du temps… mais ça en fait, dirons-nous, le moins mauvais candidat.

    La durée de l’échange

    Par ailleurs, on a vu que la monnaie était la représentation d’une richesse. Or, le temps agit comme agent corrupteur de la richesse.
    Plus le temps passe, plus la richesse fabriquée se détériore ou s’amenuise, surtout quand la richesse est un objet, et non pas un service.
    On pourrait donc en déduire assez vite que la valeur de la monnaie représentant un bien physique (corruptible) devrait diminuer dans le temps, contrairement à la valeur de la monnaie représentant un service (incorruptible, a priori) qui devrait pouvoir rester un petit peu plus fixe, dans le temps.

    Voilà pour ce travail de réflexion logique, autour du thème de la monnaie.
    Je pense que je vais le reprendre tranquillement pour le corriger et l’approfondir, mais sans plus vous ennuyer ici, et reprendre une forme plus classique d’échanges avec vous. J’espère qu’il aura apporté sa petite pierre à l’édifice.
    Pour ma part, il m’a grandement aidé à découvrir les atouts et les limites des intuitions que je possédais, jusque-là.
    Et il me pose beaucoup de questions quant à ce que sont, au fond, les sciences économiques.

    ++

  169. Dav dit :
    3 décembre 2008 à 12:47 Je terminerais par une conclusion qui me semble importante quand même.

    L’homme n’a eu de cesse que de sortir de la caverne.
    Pour moi, sortir de la caverne, c’est établir clairement une distinction logique entre ce qui relève d’une réalité qu’on ne peut pas atteindre (métaphysique), et ce qui relève de façon prouvée d’ombres projetées sur les murs de notre caverne.

  170. A-J Holbecq dit :
    3 décembre 2008 à 12:55 Pour en finir avec le coup des réserves fractionnaires et de la création monétaire, je voudrais juste que vous jetiez un coup d’oeil sur cette simple page de la FED

    Cliquer pour accéder à frtoday_depositCreation.pdf

    qu’on retrouve un peu développé ici
    http://en.wikipedia.org/wiki/Money_creation

  171. A-J Holbecq dit :
    3 décembre 2008 à 13:02 @DAV
    Puis-je vous suggérer de lire de Yoland Bresson ” Une clémente économie” (ed l’esprit frappeur)… vous y retrouverez la démonstration forte du lien entre le temps et la monnaie, entre le temps et le revenu.
  172. Laurent S dit :
    3 décembre 2008 à 17:53 J’ai survolé les interventions (c’est-à-dire que j’ai lue celles des sénateurs), aussi je m’excuse pour les éventuelles redites.

    Concernant les manuels d’ingénieurs financiers que potassait P Jorion, il est tout à fait normal qu’ils n’abordent pas la création monétaire car une banque pour financer ses achats ne peut pas créer de l’argent pour elle-même. Si une banque veut un nouveau siège social ou acheter toutes les actions de Microsoft, elle ne va pas s’accorder un crédit de x milliards d’euros, ce serait trop facile, dans ce cas pourquoi ne rachèterait-elle pas ses concurrents et le monde entier ? Comme n’importe qui une banque ou ses agents comme Jérôme Kerviel ne peuvent dépenser que ce qu’ils ont mêmes s’ils maîtrisent (mais pas toujours) bien plus de moyens pour s’en procurer. Par contre si un tiers vient voir une banque pour un prêt, alors il y a bien création monétaire car cet argent n’est pris à personne. Pour reprendre le mauvais exemple des ballons, c’est un peu comme si la banque violait les lois de conservation de la physique : elle crée un « trou » de 10 ballons dans l’univers là où il n’avait rien en promettant à Dieu de le reboucher plus tard avec les mêmes 10 ballons (en se servant au passage d’intérêts) et Dieu ne bronche pas car à son échelle ce n’est qu’une fluctuations quantique du vide. Sauf quand ça se passe mal et que la banque centrale est obligée de descendre de son crucifix pour multiplier les pains.

    Pour revenir à une question récurrente de AJ Holbecq sur la justification des intérêts pour la banque alors qu’elle ne possède pas l’argent qu’elle prête, je suis d’accord pour trouver cela amoral et elle devrait en fait reverser une partie des intérêts à la banque centrale. Mais si on se place du point de vue de l’emprunteur je pense qu’il faut maintenir les intérêts. Par exemple pour me loger, j’ai le choix de louer et d’épargner jusqu’à ce je puisse payer cash ma maison, ou d’emprunter et rembourser la somme empruntée majorée d’intérêts. Cette majoration est grosso modo équivalente au loyer perdu dans le 1er choix. Il me semble qu’abandonner les intérêts sur les emprunts déresponsabilise l’emprunteur et facilite les bulles immobilières et spéculatives, facilite l’emballement de la production (c’est-à-dire le gaspillage). Comme derrière tout euro il doit y avoir du travail sous forme de bien ou service, créer un euro à l’avance doit induire un coût à son bénéficiaire sinon cela dévalorise le travail.

    On doit créer de la monnaie pour ne pas sous-utiliser l’appareil de production et empêcher une pauvreté artificielle comme dans l’exemple de Schwannenkirchen. Mais on peut peut-être interpréter les intérêts comme une priorité sociale de celui qui sort de l’argent issu d’un travail passé face à celui qui en sort sur la promesse d’un travail futur.

  173. Archimondain dit :
    3 décembre 2008 à 20:57 Cependant, et conformément aux arguments de A-J Holbecq ainsi que conformément au lien qu’il donne sur wikipedia, pour créer ce ‘creux’ de 10 ballons, la banque doit en posséder 11.

    On peut alors légitimement se demander si il s’agit bien d’un creux…
    Et je ne fais là qu’utiliser les arguments de ceux qui prêchent en faveur de la création ex-nihilo. Je ne dis pas : ‘non vous dites n’importe quoi’. Je dis : ‘Et bien en fonction de vos hypothèses, il en découle naturellement que la création ex-nihilo n’en est en fait pas une’.

  174. A-J Holbecq dit :
    4 décembre 2008 à 08:39 @Archimondain
    Relire : http://www.pauljorion.com/blog/?p=1067#comment-11584
    et, une dernière fois
    http://books.google.fr/books?id=Ipc1I0sIa28C&printsec=frontcover ( à partir de la page 57 ) qui explique à peu près
    “c’est la double inscription simultanée d’un même montant à l’actif et au passif du bilan de la banque qui constitue l’acte par lequel elle crée de la monnaie. Il y a en effet un accroissement de la quantité de monnaie détenue par les agents non financiers : cette monnaie ne résulte pas d’un transfert de ressources d’une épargne préalable, mais représente une capacité de dépenses supplémentaires pour le bénéficiaire sans que personne d’autre ne renonce à son pouvoir d’achat.”

    Il emble que beaucoup aient du mal à comprendre que les banques sont des entreprises dont la finalité est la fabrication de monnaie.
    Puis je aussi suggèrer de relire attentivement le site de Jean Jégu …
    http://pagesperso-orange.fr/jegu.jean/navi1.html

  175. jean bayard dit :
    4 décembre 2008 à 09:43 @vous tous et plus particulièrement @ Etienne, @ Candide et @ Armand (leurs billets du 27 novembre, journée riche en réflexions de toutes sortes) sans oublier Paul qui me déroute car je ne sais plus ce qu’il pense.

    Bonjour,

    Un changement de FAI m’a privé pendant quelques jours de connexion et empêché de répondre à vos demandes, instantes de la part de certains. Je suis très sensible à l’honneur que vous me faites en vous référant bien souvent à mes travaux et merci tout particulièrement à mon ami Etienne Chouard qui semble avoir adopté quelques unes de mes thèses. Mon nouveau fournisseur m’ayant fait faux bond le 03 12, je suis obligé de faire passer ce billet à partir d’un cybercafé.

    Voici, peut-être pêle-mêle quelques réflexions qui me sont venues à la lecture de vos billets sur la monnaie.

    1 – Limite de création monétaire (et autres engagements) imposée par le ratio de solvabilité

    Sachez tout d’abord qu’il existe une limite légale à la création monétaire par les banques. Cette limite est fixée par le ratio de solvabilité, dit ratio Cooke (USA) et Bâle II (en Europe, sauf erreur de ma part) : Le rapport entre le montant de leurs fonds propres et celui de l’ensemble des risques qu’ils encourent du fait de leurs opérations doit être au moins égal à 8%. Cela veut dire qu’elles peuvent prendre des engagements allant jusqu’à 12,5 fois leurs fonds propres, ce qui est déjà énorme. Et de surcroît, ce texte vise aussi bien les autres IFM, banques d’affaires notamment, non créateurs de monnaie parce les autorités ne font pas la différence (voir ci-dessous).

    C’est ce ratio qui a “pété à la gueule” (pardonnez-moi l’expression) des banquiers centraux dans l’affaire des subprimes.

    2 – Principe de la création monétaire ex-nihilo

    En ce qui me concerne, le principe de la création monétaire ex-nihilo (à partir de rien, c’est-à-dire sans monnaie pré-existante) est irréfutable. Je pense que les crédits font les dépôts dans les banques, tandis que les dépôts font les crédits dans les établissements financiers. C’est fondamental et pourtant les autorités monétaires refusent de faire cette distinction, bien au contraire puisqu’elles cherchent à entretenir la confusion qui règne dans les esprits, avec le succès que l’on peut voir partout. Voici comment est rédigée la loi :

    La loi française du 24 janvier 1984 précise que les établissements de crédit sont des personnes qui effectuent à titre de profession habituelle des opérations de banque. Celles-ci comprennent la réception de fonds du public, les opérations de crédit, ainsi que la mise à disposition de la clientèle ou la gestion de moyens de paiement. Sont considérés comme fonds reçus du public les fonds qu’une personne recueille d’un tiers, notamment sous forme de dépôts, avec le droit d’en disposer pour son propre compte, mais à charge pour elle de les restituer. Constitue une opération de crédit pour l’application de la présente loi tout acte par lequel une personne agissant à titre onéreux met ou promet de mettre des fonds à la disposition d’une autre personne….

    Les directives européennes en matière de réglementation bancaire se sont largement inspirées de cette loi.

    Il s’agit là d’une imposture, car les autorités éludent totalement le principe central de la création monétaire par les banques et ne font aucune distinction entre les banques qui créent la monnaie et les établissements financiers qui ne peuvent que la faire circuler. La création monétaire est un sujet tabou !

    A présent, je voudrais compléter le billet d’Etienne daté du 27 novembre et répondre en même temps aux questions posées par Candide et Armand. Pour cela, je dois vous expliquer d’abord comment s’opère à mon sens la création monétaire, aussi simplement que je le pourrai.

    Tout d’abord, les banques de dépôts sont les seules à disposer du pouvoir de création monétaire, car elles sont domiciliataires des règlements ordonnés par leurs clients et les seules à avoir accès à la compensation. C’est un point névralgique du système. C’est la différence qui existe entre le sujet et l’objet, si je puis m’exprimer ainsi. La banque tire sur elle-même, tandis que le client tire sur sa banque.

    Les banques créent et détruisent la monnaie dans toutes leurs relations avec les agents non bancaires :

    – par les concours qu’elles apportent à l’économie, c’est-à-dire aux agents non bancaire, y compris les établissements financiers,
    – par leur activité propre (soit notamment : acquisition de biens immobiliers et mobiliers, produits dérivés, spéculations tous azimuts, dépenses et recettes d’exploitation, ..)

    Pour ce faire, elles utilisent jusqu’à en abuser les comptes de DAV de leurs débiteurs et de leurs créditeurs, qui servent de comptes “pivot” à toutes leurs opérations, soit directement si ces agents ont un compte ouvert chez elles soit indirectement par la compensation. Il faut savoir que les trésoriers de banque ont reçu pour instruction dans les années 80 de ne plus émettre de chèques tirés sur la Banque de France en règlement de leurs dettes, mais de tirer sur elles-mêmes. Je suppose que c’est à ce moment-là qu’elles ont compris qu’elles pouvaient utiliser les systèmes de télé-compensation pour s’affranchir de la dépendance au pouvoir monétaire, ce qu’elles font à présent sans contrôle ni retenue puisque personne dans les hautes sphères des banques centrales n’en sait rien ou ne veut rien savoir. Elles se trouvent néanmoins dans l’obligation de passer par la Banque centrale pour de nombreuses opérations de transferts de fonds importants (TBF).

    Ainsi par exemple, pour payer les salaires de leur personnel les banques créditent purement et simplement les comptes DAV de leurs salariés, et inversement, elles débitent leurs clients des intérêts, agios et autres frais qui leur reviennent. Ce faisant, dans un cas elles créent de la monnaie et dans l’autre la détruisent. Ces opérations sont faites directement puisqu’elles tiennent leurs comptes. Le mécanisme de la compensation (voie indirecte) est plus complexe, mais aboutit au même résultat. On en déduit que :

    les banques de dépôts monétisent leurs pertes et démonétisent leurs profits

    Mais, comme les banques à l’instar des entreprises ont vocation à faire des bénéfices, on peut dire qu’elles détruisent la monnaie quand elles font des profits et la créent quand elles font des pertes.

    Ce qui m’amène naturellement à la question restée pendante d’Etienne : que devient la monnaie lorsque la créance (qui a servi à son émission) devient irrécouvrable ?

    La perte sert à présent de contrepartie, puisque la créance disparaît. La monnaie est détruite par les bénéfices sur lesquels cette perte s’impute. Si toutefois la perte est trop importante (cas des banques affectés par la crise immobilière américaine), le ratio de solvabilité met les banques dans l’obligation de relever leur capital. L’augmentation de capital entraîne ipso facto destruction monétaire puisque les comptes des agents non bancaires (actionnaires anciens ou nouveaux) seront débités, directement ou indirectement comme il est dit au-dessus.

    3 –Monnaie centrale et théorie du multiplicateur

    De tous les travaux d’analyses que j’ai menés sur les circuits comptables empruntés par la monnaie, je crois pouvoir avancer que dans les transactions spécifiquement interbancaires, il ne s’échange pas de monnaie centrale, excepté quand l’Institut d’émission est partie prenante (compte DAV du Trésor public domicilié chez lui, principalement). Après compensation et règlement des positions correspondantes des banques entre elles, la super banque ne sert que de simple chambre d’enregistrement comptable.

    Les banques ayant accès à la compensation (banques domiciliataires uniquement), liquident leurs positions entre elles dans une monnaie de contrepartie (que j’ai supposé longtemps être secondaire) qu’elles créent pour la circonstance. La fonction de cette monnaie de contrepartie, ou contre-monnaie, est de maintenir quoi qu’il arrive, le lien entre les valeurs d’actif à l’origine de l’émission monétaire et la monnaie passant sans cesse d’une banque à une autre. Les banques en position débitrice empruntent dans cette monnaie aux banques en position créditrice, la somme de toutes les positions étant par définition égale à zéro. Cette contre-monnaie est captive ; elle est imposée par le système et ne peut absolument pas servir de monnaie d’échange.

    Si l’on excepte les transactions faites entre les banques et le Trésor, on s’aperçoit que la monnaie centrale n’a pas cours entre les banques, comme on le pense, c’est pourquoi je ne crois pas à la théorie du multiplicateur qui n’est pour moi qu’une vue de l’esprit. La banque émet d’abord la monnaie et approvisionne ensuite son compte conformément aux obligations de réserves. Et également ensuite s’approvisionne en monnaie fiduciaire que toute nouvelle création implique. Et puis, que penser de l’application pratique de cette théorie, quand on sait que la monnaie centrale est abondante (France), sinon surabondante (USA) ? L’émission monétaire ne devrait avoir ainsi aucune limite.

    On retrouve à l’origine de cette méprise, l’imposture du pouvoir monétaire qui ne veut pas entendre parler de création monétaire en dehors d’elle (voir en tête du § 2, plus haut, la loi de 1984), et qui prétend également qu’il ne s’échange que de la monnaie centrale entre banques.

    Dans la panoplie des moyens de tromper l’opinion, et ils sont nombreux, on retrouve l’erreur soigneusement entretenue, laissant supposer que les banques emploient l’épargne de leurs clients afin de consentir des prêts. Ceci dans l’intention partout présente d’éviter l’inflation, enfin son spectre ! Cela n’est pas possible, car l’épargne bancaire est placée dans des parkings monétaires sans utilité pour l’économie. La banque ne peut pas disposer de l’épargne de ses clients, car elle n’a pas de contrepartie monétaire puisqu’elle a déjà celle des créances et autres éléments d’actif à l’origine de sa création. Je me suis livré à une étude poussée des obligations dans lesquelles se trouvent les banques quand elles doivent transférer l’épargne réglementée (Codevi, maintenant LDD, par exemple) de leurs clients. J’apporte la preuve comptable que les banques créent de nouveaux signes monétaires pour remplir leurs obligations !

    Au sommet des institutions monétaires, on n’a pas affaire à des imbéciles. Ils ne peuvent pas ignorer cette particularité.

    Nous sommes bernés par le pouvoir monétaire de la façon la plus révoltante. Profitant d’un système très complexe et difficile d’accès, il utilise sa toute-puissance de manière indécente et éhontée. Nous sommes bernés quand :

    a) il refuse d’introduire dans la loi le principe central de la création monétaire par les banques,
    b) il fait et laisse croire que la monnaie échangée entre banques est de la monnaie centrale, seule monnaie ayant cours dans le pays, selon lui,
    c) il entretient le mythe du multiplicateur, pour faire croire que les banques sont limitées dans leur capacité à émettre des signes monétaires, tout en agitant le spectre de l’inflation,
    d) il prétend que les banques utilisent la monnaie qu’elles reçoivent en dépôts (à charge pour elles de la restituer à leurs clients sur leur demande), alors qu’elle ne peut circuler que sur l’ordre des déposants,
    e) que l’épargne sert à financer l’investissement, ce qui est parfaitement impossible pour l’épargne bancaire puisqu’elle est immobilisée dans les parkings monétaires, sans utilité pour l’économie,
    f) qu’il fait croire que les banques peuvent transférer l’épargne réglementée de leurs clients, comme si elles en disposaient naturellement, les obligeant ainsi à créer en définitive de nouveaux signes monétaires,
    g) il parle des effets de second tour, peu connus du public (effets de second tour veut dire qu’il ne faut surtout pas laisser les salaires augmenter dès que l’inflation montre le bout de son nez), ce qui est la preuve du cynisme du pouvoir monétaire,
    h) il fonde toute sa politique monétaire sur la théorie quantitative de la monnaie, théorie dont je conteste la validité en période d’abondance comme c’est le cas dans nos pays industrialisés,
    i) et enfin, beaucoup plus grave, il inocule et entretient dans le corps économique tout entier un mal que l’on peut appeler le syndrome de l’inflation, qui n’est qu’un spectre agité avec le succès que l’on sait, avec pour effet la dépendance de tous les peuples envers les puissances monétaires, aggravée par les accords de Maastricht en Europe,
    j) il se sert de la monnaie comme le moyen de notre oppression.

    Comment appelez-vous ça ? J’y vois personnellement une atteinte à nos libertés.

    Le pouvoir monétaire est entre les mains d’une poignée d’individus sans scrupule entourés d’une garde rapprochée, qui font la loi pour l’asservissement des peuples. Trouvez-vous cela acceptable ? on se croirait toujours au moyen âge, à l’époque des serfs !

    Vous avez sans doute remarqué, comme moi, qu’il n’est plus question d’inflation depuis quelques mois. C’est qu’il y a le feu à la maison ! Comment parler d’inflation, alors que sortent des milliards comme des lapins d’un chapeau sans fond ! On a remisé la théorie quantitative de la monnaie pour la circonstance. Et à quoi servent ces milliards aux USA ? non pas à corriger les dégâts causés aux malheureux propriétaires spoliés, mais à renflouer ceux qui sont les responsables du désastre ! Il faut quand même le faire, au mépris de la justice la plus élémentaire ! (*)

    L’édifice a été fortement ébranlé et je crois que le moment est propice (et il ne se renouvellera sûrement pas de sitôt) à une action populaire d’envergure pour qu’enfin le pouvoir monétaire soit rendu au peuple.

    Je viens de rédiger un papier intitulé “Comment sortir de la crise” que je ne puis insérer sur mon site avant le 15 prochain, sauf contretemps. Toutefois, si Paul m’y autorise je pourrais le publier sur son blog (8 pages). Je reviens à mon cybercafé demain.

    Etienne, tu devrais être content, ainsi que bien d’autres. Je propose la suppression des taux d’intérêt et son remplacement par l’indexation des prêts et emprunts sur un indice approprié : celui de l’érosion monétaire. Et, je crois vraiment que ça peut marcher.

    Pardonnez-moi d’avoir été un peu long, mais j’avais beaucoup à dire et à rattraper mon retard.

    Bien amicalement à tous, à toutes et à bientôt

    Jean

    (*) Le gouvernement américain aurait été mieux inspiré d’obliger les banques à renégocier les contrats de prêts subprime, plutôt que de les renflouer à coups de centaines de milliards de dollars. Il ne fait plus de doute que l’on préfère soigner le capital plutôt que la misère humaine !

    Mais, il n’est pas trop tard pour bien faire.

    En redonnant à ceux qui ont tout perdu, les moyens financiers de récupérer leur bien ou d’acquérir un nouveau logement, en obligeant les banques à leur consentir de nouveaux prêts à bas taux fixe, cette fois, tout en mettant à la charge de L’Etat une fraction des intérêts si nécessaire, le nouveau président des Etats-Unis ferait œuvre d’utilité publique et gagnerait certainement en popularité.

    Cette mesure aurait pour effet :

    – de permettre aux banques de recéder les biens hypothéqués qu’elles détiennent et de redresser leurs comptes,
    – de relancer le marché immobilier,
    – de réduire le soutien financier aux banques responsables de la crise,
    – et, enfin, d’apporter un peu de justice et d’équité dans cette sinistre affaire.

    Les contribuables américains ne verraient sûrement pas d’objection, au contraire, à voir leurs impôts profiter aux malheureuses victimes spoliées, plutôt qu’aux banques responsables de la catastrophe.

    Il ne faut pas perdre de vue le fait que, si l’on n’y prend garde, les centaines de milliards de dollars destinés à redresser les comptes des banques, peuvent aussi leur servir à se “refaire” lorsque l’on constatera que les provisions pour créances douteuses ont été excessivement majorées !

    @Etienne

    Suite à ton billet du 30 novembre relatif au message que tu as transmis de ma part disant en conclusion: puisque ce qui distingue les “établissements financiers” des “banques”, c’est précisément le droit exclusif de créer la monnaie scripturale, création monétaire accordée par l’État aux seules “banques”, je ne crois pas que l’Etat ait accordé ce droit aux banques, mais plutôt qu’elles se le sont approprié.

  176. Dav dit :
    4 décembre 2008 à 11:40 @AJ. Holbecq

    Je le note; merci pour la référence.
    C’est en effet le bon moment pour replonger dans des livres et continuer d’approfondir ce sujet passionnant :)

  177. christophe dit :
    4 décembre 2008 à 17:45 Monsieur Jean Bayard l’explication est impressionnante mais difficile. C’est la premiere fois que je lis une explication comme celle ci sur le net, Je pensais avoir compris mais là je dois dire que je n’y comprends plus rien du tout ! Etes vous sûr de ce que vous avancez, quelles sont vos sources, qui pense comme vous (professionnel reconnu) ou n’est-ce qu’une interpretation personnelle ?
  178. Paul Jorion dit :
    4 décembre 2008 à 22:55 @ Jean Bayard

    Paul qui me déroute car je ne sais plus ce qu’il pense.

    Je vais tenter de m’expliquer. Merci d’abord d’avoir pris la peine de rédiger un exposé un peu plus long que d’ordinaire, ce qui t’as offert le moyen d’articuler différents éléments en un ensemble.

    Ceci m’a permis en particulier de voir que la création monétaire ex nihilo par les banques commerciales est un principe que tu découvres comme aboutissement d’un raisonnement et non comme, par exemple, en fonction du témoignage d’un agent dont le métier serait de participer à ce processus. Tu considères d’ailleurs que ceux qui seraient impliqués dans ce processus nieraient son existence – en raison de l’intérêt de l’institution financière à le cacher (certains textes officiels participeraient à cette négation).

    Si je suis bien ton raisonnement, la création monétaire ex nihilo est une nécessité logique, résultant du fait que – contrairement à une idée très répandue – les banques commerciales n’ont pas le droit de prêter les sommes déposées par leurs clients sur leurs comptes à vue, ” l’épargne bancaire [étant] placée dans des parkings monétaires sans utilité pour l’économie “.

    Je m’aperçois que pour toi ce principe que les banques commerciales n’ont pas le droit de prêter les sommes déposées par leurs clients sur leurs comptes à vue, est lui aussi l’aboutissement d’un raisonnement, par opposition, encore une fois, au témoignage d’un agent dont le métier serait de participer à ce processus. Le fait que ” les banques [n’]emploient [pas] l’épargne de leurs clients afin de consentir des prêts ” est une conséquence selon toi du fait que ” La banque ne peut pas disposer de l’épargne de ses clients, car elle n’a pas de contrepartie monétaire puisqu’elle a déjà celle des créances et autres éléments d’actif à l’origine de sa création “.

    Je te concède volontiers que dans ce cadre-là, celui où les banques ne peuvent pas prêter l’argent déposé par leurs clients, ” la théorie du multiplicateur […] n’est […] qu’une vue de l’esprit “, puisqu’elle n’a aucun cadre où s’appliquer.

    Tu m’accorderas, je suppose, que les deux principes mentionnés ” création monétaire ex nihilo par les banques commerciales ” et ” les banques n’emploient pas l’épargne de leurs clients afin de consentir des prêts ” ne doivent pas nécessairement être découverts comme aboutissement d’un raisonnement et pourraient très bien être des faits corroborés par un témoignage (comme je l’ai signalé au passage). Je suis d’accord aussi que si le but principal de l’industrie financière est de nous ” berner ” en ” profitant d’un système très complexe et difficile d’accès “, tout témoignage d’un insider niant ces deux principes serait a priori suspect.

    J’ai donc compris qu’aucun témoignage ne pourra te convaincre de la fausseté des deux principes auxquels tu es parvenu par le raisonnement, et que la seule manière de t’en persuader est celle – plus ardue – consistant à montrer (j’y parviendrai par étapes) que, contrairement à ce que tu penses, ” le système est moins complexe et moins difficile d’accès ” qu’on ne l’imagine généralement.

  179. fab dit :
    5 décembre 2008 à 08:55 @ Messieurs Bayard et Jorion,

    Merci Monsieur Bayard pour cet exposé clair et précis.
    Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement…J’ai les poils qui se hérissent à chaque fois que j’entends parler de sciences économiques, de la même façon que lorsqu’un garagiste laisse à croire que la vidange ou le changement de plaquettes de freins s’apparente à une science ! Mai bon, peut-on vraiment lui en vouloir, c’est son fond de commerce !?
    A qui ? Et bien au garagiste ! L’économiste c’est pas pareil ! C’est différent quoi !
    Les mécanismes économiques se sont complexifiés ou l’ont été à dessein, mais cela reste une construction sur des bases on ne peut plus simples, alors à quoi bon essayer de couper des cheveux en quatre pour au final se rendre compte que le mécanisme est simple (ressource, échange, temps) ? Démontez, si vous le voulez, le moteur d’une formule 1 ou d’un avion de chasse, vous en apprendrez énormément sur les techniques utilisées, que l’on peut appeler science si l’on veut…mais je doute qu’une fois élevés au rang de scientifiques de la mécanique vous sachiez mieux vidanger que le garagiste du coin…Seul votre tarif horaire risque d’augmenter proportionnellement à votre science.
    Et pour ceux qui restent persuadés du bienfondé de leur analyse, je pense que même après plusieurs années de décorticage, vos conclusions, pour logiques qu’elles soient, auront du mal à passer le filtre présenté par Madame Mugur-Schächter (http://mugur-schachter.net/pdf/noyau.pdf). Non ? Avez-vous lu en entier la page proposée ? Si vous l’avez fait, ne pensez-vous pas que l’on puisse donner les clés de l’analyse et de la critique de l’économie à cette scientifique, que ses conclusions ne souffriront aucune controverse : scientifique, économique, linguistique, épistémologique, philosophique, ethnique, éthique, ontologique, quantique ou ‘pataphysique ??? « Les relativisations descriptionnelles qui caractérisent cette méthode excluent a priori – par construction – toute possibilité de fausse absolutisation. »), dit-elle en préambule. Ca calme, non ?

    Monsieur Bayard, j’attends donc avec impatience* vos conseils pour sortir de la crise. En espérant que ceux qui la connaissent depuis des siècles ne soient pas encore un fois exclus du système, et que nous n’ayons pas au final le choix entre l’anthrax et le choléra…

    * « L’édifice a été fortement ébranlé et je crois que le moment est propice (et il ne se renouvellera sûrement pas de sitôt) à une action populaire d’envergure pour qu’enfin le pouvoir monétaire soit rendu au peuple. » J’aime à penser que cette phrase restera.

  180. jean bayard dit :
    5 décembre 2008 à 14:43 Bonjour à tous
    @Paul
    Merci de tes observations et j’attends que ta patience s’exerce à mon endroit avec succès, dans un sens ou dans l’autre.
    Tu serais aimable de corriger une coquille que j’ai laissé passer dans mon texte:les crédits font les dépôts dans les banques alors que les dépôts font les crédits dans les établissements financiers. Enfin, j’attends que tu me donnes l’autorisation de publier mon papier “comment sortir de la crise” tant que je n’ai pas accès de chez moi à Internet. C’est d’un cybercafé que j’envoie ce billet et ce n’est pas facile. J’ai demandé à Etienne de l’insérer ici dès autorisation. Merci d’avance.
    @ Fab
    Vous pouvez m’appeler Jean, cela me ferait plaisir. Quant au texte “comment sortir de la crise”, vous le lirez ici avec l’autorisation de Paul ou bien à partir du 15 prochain sur mon site, sauf faux bond de mon nouveau FAI.
    A bientôt
    jean
  181. nadine dit :
    5 décembre 2008 à 18:11 @ jean bayard

    Aprés vous avoir lu, je suis allé sur votre site que je trouve trés interessant mais je n’arrive toujours pas à comprendre votre phrase :”car l’épargne bancaire est placée dans des parkings monétaires sans utilité pour l’économie”.
    Je pensais que l’épargne etait reinjecté dans l’économie avec un intéret pour l’épargnant ?
    Si vous pouviez expliquer pourquoi ce n’est pas ainsi ça m’aidera à comprendre l’ensemble du raisonnement.
    En vous remerciant.

  182. Brieuc Le Fèvre dit :
    5 décembre 2008 à 20:41 Bonjour à tous,

    J’ai eu vent de ce fil de discussion par Etienne Chouard, qui l’a transmis au groupe des sociétalistes, dont je fais partie. Je vois que les pro et les anti “ex nihilo” sont bien fermes sur leurs appuis.

    Je vois aussi de longs développements, très instructifs, mais qui parfois rendent difficile l’excision de l’information, ou de l’interrogation, pertinente.

    Enfin, j’ai parfois le sentiment que certains arguments se rapportent au sexe des anges…

    En conclusion, il reste quelques interrogations, auxquelles chacun trouvera facilement la réponse:

    – La monnaie moderne est-elle une réalité matérielle, ou un symbole de la richesse réelle?

    -Si c’est un symbole, elle ne peut être produite physiquement, même si elle est parfois “endossée” par un substrat réel (billet, pièce, titre au porteur, etc).

    -Si elle ne peut être produite physiquement, alors elle est par nature tirée du néant, et non pas de la réalité tangible qui nous entoure.

    Donc, et je pense que tout le monde est d’accord sur ce point, la monnaie moderne est une pure création de l’esprit humain. Elle n’existe pas en tant qu’elle même, quand bien même il existerait une production physique par le travail de l’Homme (découplage entre monnaie et valeur).

    Dès lors, une grande question reste en suspens au fil des débats sur le présent blog: QUI crée la monnaie à partir de rien? Cette question est éminemment politique, car elle implique de décider subséquemment qui DEVRAIT dans l’idéal émettre la monnaie, pour quels usages, à quelles conditions, etc.

    Or, c’est bien ce débat-là qui est escamoté dans notre monde. Et c’est bien cet escamotage qui nous conduit, collectivement, à suivre des préceptes et des voies qui conduisent l’humanité à sa perte.

    Donc, il me semble que, quel que soit le mécanisme par lequel la monnaie est créée puis distribuée aux acteurs économiques, celui-ci ne répond absolument pas aux exigences du développement humain. C’est donc qu’il est nécessaire de le modifier. Et vite.

    Brieuc

  183. Rumbo dit :
    5 décembre 2008 à 23:20 Brieuc Le Fèvre @ 5 décembre 2008 à 20h41
    dit:

    “”- La monnaie moderne est-elle une réalité matérielle, ou un symbole de la richesse réelle?

    -Si c’est un symbole, elle ne peut être produite physiquement, même si elle est parfois “endossée” par un substrat réel (billet, pièce, titre au porteur, etc).

    -Si elle ne peut être produite physiquement, alors elle est par nature tirée du néant, et non pas de la réalité tangible qui nous entoure.

    Donc, et je pense que tout le monde est d’accord sur ce point, la monnaie moderne est une pure création de l’esprit humain. Elle n’existe pas en tant qu’elle même, quand bien même il existerait une production physique par le travail de l’Homme (découplage entre monnaie et valeur).” »

    J’ai peut-être raté un sens de ce que tu dis. Car, attention: “si la monnaie peut être produite physiquement,
    alors —> elle est par nature tirée du néant, et non pas de la réalité tangible qui nous entoure.”
    Mais si, la monnaie doit être tirée de la réalité ! C’est la réalité produite l’ “étalon” qui détermine la monnaie.

    Sans entrer dans le système financier actuel, on peut affirmer que la monnaie immatérielle est “tirée du néant” PARCE QU’IL Y A une production physique accomplie. Cette production physique EST fait donc partie de la réalité tangible qui nous entoure et qui permet, parce qu’il y a cette réalité produite, qu’il y ait alors un REFLET de la dite production, ce reflet est donc monétaire, et il est concrètement le vrai pouvoir d’achat, sans prendre dans les poches de personne et sans oublier personne.

    Aujourd’hui, il n’en est rien. Le crédit est payant et cher, avec les intérêts à verser en plus des remboursements, le crédit est généralement octroyé par anticipation de la production et la création de la monnaie qui y correspond est, ici, l’objet des commentaires.

    Je résumerais en un seul mot, non pas QUI crée la monnaie, mais QUOI la crée, ce qui me paraît plus “fondamental” et objectif. C’est QUOI qui nécessite la création de la monnaie? C’est la nécessité d’acquerir un permis légal d’acheter les biens offerts sur le marché parce que demandés. Si je produis moi-même, j’ai besoin d’acheter certaines choses que je ne fabrique pas. Ce que je fabrique ne me coûte rien, ou seulement des matières premières. Donc j’ai besoin de permis d’acheter ce que je ne fais pas, mon client qui ne fabrique pas ce que je fabrique a besoin de permis d’acheter pour acheter mes produits, etc. Tous les producteurs sont “en règle” pour avoir des permis d’acheter, par rapport à ce qu’ils produisent des choses que les autres ne font pas.

    Si cette base de la monnaie est pratiquée, il ne doit pas y avoir ces périodes (assez fréquentes) où les permis d’acheter manquent alors que les produits surabondent.

    Si nous ne pouvions pas acheter des produits par manque de produits, le problème n’aurait rien à voir avec le problème de la rareté monétaire. Rareté dans les poches de ceux qui en ont besoin, car actuellement la monnaie surabonde mais elle n’est JAMAIS LÀ OÙ IL FAUT !

    Si nous ne pouvons pas acheter des produits par manque de monnaie, c’est là toute la question lancinante et douloureuse comme une plaie purulente qui ne guérit jamais, avec les conséquences sociales dramatiques de détériorations suraiguës des rapports entre les hommes, ce qui se comprendrait mieux par manque de produits et services, mais qui ne se comprend nullement par manque de monnaie puisque les produits et les services existent en abondance et ne demandent qu’à trouver preneur, preneur solvable s’entend.

    L’investigation monétaire montre au minimum le résultat affligeant que le pouvoir d’achat est siphoné par le fonctionement du système financier à intérêts voleurs, parfaitement injustifiés. Par comparaison imagée, c’est comme si un train en partance avec 600 places ne pouvait pas embarquer les 600 voyageurs se présentant tous en règle avec l’argent (alias la production) de leur billet payé, et que la compagnie (alias les banques) déclare: nous ne pouvons prendre que 300 voyageurs car nous n’avons imprimé que 300 billets (alias politique du “crédit”). Aussitôt: bousculades et bagarres violentes, surcoût grimpant en flèche, des voyageurs préférant ne pas partir et revendre leur billets faisant monter les enchères trois ou quatre fois son prix d’achat, etc… le train finalement part avec 200 personnes gromelantes, 400 sièges vides pourtant ayant pu être payés, laissant le pugilat de 400 personnes frustrées sur les quais… Et au prochain départ, la compagnie aura augmenté ses billets en conséquence… Voici une allégorie du monde contemporain.

    Les producteurs fabriquent tous les produits nécessaires à la vie, mais, très curieusement, sauf un seul !! La monnaie. Nous sommes largement capables de faire ce que font les banquiers en tant qu’entrepreneurs privés et actionnaires sur le dos de la société, mais nous pouvons faire très bien et même mieux leur travail pour la Justice de la société toute entière!
    Ça vaut le coup de se bouger un peut quand même?

  184. Candide dit :
    6 décembre 2008 à 13:22 @ Jean Bayard et Rumbo (notamment)

    Je ne suis toujours pas convaincu par cette idée de “dépôts intouchables” et d’”argent qui dort sur des parkings monnétaires”. Elle sous-entend l’existence de cloisonnements étanches dans les comptes des banques, ce qui me semble complètement contre-intuitif.

    En outre, la définition de la monnaie comme reflet de la richesse (actuelle ou future) me paraît pour le moins contestable, car cette équivalence est par définition instable. Un même objet peut avoir un prix très différent en fonction des circonstances, voire du lieu.

  185. Rumbo dit :
    6 décembre 2008 à 18:40 Candide dit :
    6 décembre 2008 à 13:22

    Si je lis, j’espère le plus attentivement possible jean Bayard, vu son expérience de comptabilité bancaire, je ne porte pas outre mesure d’attention aux “dépôts intouchables d’argent qui dorment sur les pakings bancaires” ; peut-être pourrons-nous glâner, ici et là, quelques éléments supplémentaires permettant de mieux situer cette assertion de Jean Bayard.

    D’autre part, il est toujours possible que l’équivalence: production-monnaie qui, à mon sens, est primordiale, soit “instable”, le contraire étonnerait quelque peu. Mais c’est là ce qui serait l’essence et la pratique d’un organisme de création monétaire et son contrôle non privé pour un espace économique donné: régional, national, ou pluri-national, ou encore de réseaux économiques, d’accompagner et de réagir efficacement et positivement, pour l’intérêt général du bien commun dans la Justice, au niveau de la création et de l’émission monétaire relativement aux fluctuations de toute nature.

    Précison importante: quand je dis: équivalence rigide entre production et monnaie, ou: préserver l’unité entre la production et la monnaie, cela veut dire la même chose. Il s’agit là de la production industrielle et agricole – NOUVELLE – à laquelle DOIT CORRESPONDRE la CRÉATION D’UN ARGENT – NOUVEAU -, et ceci, bien sûr, une fois balancées et soldées toutes les dépenses de production de l’exercice en question. Précision encore, les ventes et transferts d’objets d’occasions ne rentrent pas dans cette égalité, donc son calcul.

  186. Brieuc Le Fèvre dit :
    7 décembre 2008 à 12:47 @Rumbo,

    En quelques secondes (je n’ai pas le temps de lire tout, ni de développer mes réponses en ce dimanche midi, repas de famille oblige ;-) )

    La monnaie est immatérielle. Je parle de son essence même. Le fait qu’elle doive représenter quelque chose de physique pour avoir un sens est la plus absolue vérité, et c’est ce que vous dites.

    Par contre, il est absolument certain que la monnaie n’est en rien nécessaire pour échanger du travail. C’est un moyen pratique, certes, mais pas indispensable. Et c’est en cela qu’elle est une pure création humaine ; le travail ne crée pas la monnaie, mais la richesse. La monnaie représente la richesse. Et en ce sens, vous avez raison quand vous réorientez ma question vers “pour QUOI la monnaie est-elle faite”, plutôt que “par QUI est-elle faite”.

    Ceci dit, je file à table. Bon dimanche à tous!!!

    Brieuc

  187. Brieuc Le Fèvre dit :
    7 décembre 2008 à 18:01 @Rumbo et Candide,

    Après avoir lu l’intégralité des post suivant le mien du 5 décembre, je me joins à Rumbo sur toute la ligne: la monnaie doit représenter une réalité matérielle, parce que son rôle premier est de permettre l’échange du travail.

    Candide, je suis aussi d’accord avec vos propos: l’équivalence monnaie-production dépend du temps et du lieu de l’échange. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai l’habitude de dire que la monnaie est une représentation symbolique et conventionnelle de la valeur du travail.

    Et en mixant les deux, je me trouve aussi d’accord avec moi-même (ouf! J’échappe à la schizophrénie cette fois encore! ;-) ), à savoir que la monnaie est une pure création humaine, sans réalité objective, et qui doit donc, pour avoir un sens, se rattacher à une production réelle. Ceci me permet de penser que le fondement même du capitalisme financier (créer de l’argent à partir de l’argent) est une aberration, de même que l’idée qu’une “croissance” bénéficiant à l’humanité puisse se dégager de la spéculation, des produits dérivés, des paradis fiscaux, etc.

    La monnaie doit être créée par la production, et éventuellement pour la production, c’est à dire par anticipation (crédit), et sans intérêt.

    Ce qui, pour nous ramener au sujet principal de ce fil, implique de retirer aux banques privées le privilège de créer la monnaie (pour ceux qui croient à cette version, et j’en suis), ou à leur reprendre le privilège d’être seules à décider de l’allocation de la monnaie aux initiatives humaines (pour ceux qui pensent que la monnaie préexiste à son prêt par une banque privée). Dans les deux cas, il sera nécessaire, pour le bien commun, de repenser sérieusement le fonctionnement du circuit monétaire.

    Brieuc

    Brieuc

  188. jean bayard dit :
    9 décembre 2008 à 10:25 Bonjour à tous,
    @Nadine et @Candide
    Toujours en panne de connexion, jusqu’à la fin de la semaine si tout va bien du côté d’Orange.
    Il m’est difficile de vous répondre d’un cybercafé. Si vous voulez bien attendre le début de la semaine prochaine, j’essairai de répondre à vos questions sur les parkings monétaires.
    Merci et à bientôt
    jean
  189. Jean Bayard dit :
    12 décembre 2008 à 20:16 Bonjour @ tous

    J’ai enfin retrouvé mes marques avec la connexion sur le Net.

    Voici, à mon avis, ce qui distingue les banques créatrices de monnaie des établissements financiers qui ne peuvent que la faire circuler.

    Pour créer la monnaie, les banques doivent remplir les conditions suivantes :

    a) elles doivent être banques de dépôts, puisqu’elles émettent de la monnaie scripturale en créditant le compte de dépôt à vue (DAV) de leur client, c’est pourquoi l’on dit que “les crédits font les dépôts”,
    b) elles mettent des moyens de paiement à la disposition de leurs clients,
    c) elles sont domiciliataires, c’est-à-dire que leurs clients peuvent tirer sur leurs caisses (leur domicile),
    d) tout comme elles peuvent tirer sur elles-mêmes, ou sur leurs caisses ce qui revient au même,
    e) elles ont accès à la compensation du fait qu’elles sont domiciliataires des transactions de leurs clients, et par abus de position de leurs opérations pour propre compte,
    f) elles ne sont donc pas dans l’obligation d’utiliser leur compte ouvert à la Banque Centrale, et ne se privent pas de cette liberté chaque fois que cela leur est possible, c’est-à-dire le plus souvent.

    Les établissements financiers ne peuvent que faire circuler la monnaie, car ils sont sous la dépendance d’un compte de banque approvisionné pour effectuer leurs opérations : d’emprunts pour se fournir en monnaie et de prêts d’argent à la clientèle. Ainsi, peut-on dire que “les dépôts font les crédits” chez les établissements financiers. Ils ne remplissent en principe aucune des conditions exposées ci-dessus pour créer la monnaie.

    Il existe toutefois une exception, existait devrais-je dire, ce sont les comptes chèques postaux (CCP), avant l’avènement de la Banque Postale, laquelle bénéficie à présent du statut de banque, si je ne me trompe.

    Voici comment fonctionnait les CCP, étant précisé que ceux-ci répondaient aux conditions a) b) et c) ci-dessus, sauf qu’ils n’ont jamais prêté d’argent, vous allez voir pourquoi. L’Etat français a toujours disposé des fonds drainés par les CCP, principalement la monnaie scripturale, mais aussi les espèces dans la mesure où celles-ci étaient en excédent.

    Tous les chèques et virements tirés sur une banque quelconque à l’ordre des CCP, étaient endossés à l’ordre du Trésor Public, crédités à son compte à la Banque de France, puis traités en compensation. Inversement, tous les chèques et virements tirés sur les CCP à l’ordre d’une banque quelconque, étaient traités en compensation puis débités au compte du Trésor à la Banque de France.

    Si vous faites le bilan des opérations, vous vous apercevrez que le Trésor a disposé ainsi de toute l’épargne de la clientèle des CCP. Si cette épargne est liquide, à la différence de celle qui est dans les parkings monétaires bancaires, c’est qu’elle a toujours été sur un compte extérieur aux CCP, celui du Trésor qui s’en est servi tout naturellement. C’était le but de l’opération !

    A fin 1996, le solde des comptes réciproques, d’une part au passif du bilan du Trésor Public au compte « Dépôts des services financiers de La Poste » et d’autre part à l’actif du bilan de La Poste au compte « Dépôts au Trésor », s’élevait à 176,8 milliards de francs. En 7 ans (89/96) il s’est accru de 13%. (source Banque de France – Bulletin Hors Série 1996). C’est la dernière publication dont j’ai eu connaissance.

    Maintenant je vais essayer de vous expliquer pourquoi, de mon point de vue, la monnaie qui se trouve en compte de dépôts à vue (disponibilités) ou à terme (épargne) en banque ne peut pas circuler, sauf sur ordre des titulaires de ces comptes.

    En créditant le compte de son client d’un prêt qu’elle lui a consenti (1.000 unités monétaires, par exemple) la banque a constaté une créance à son actif. Vous remarquerez qu’elle ne peut pas disposer de la monnaie qu’elle vient de créer, car la contrepartie : la créance inscrite à l’actif de la banque, n’est pas de la monnaie. Si cette somme ne peut quitter la banque que sur ordre de son client. Si celui-ci émet un chèque à l’ordre d’un fournisseur, il en résultera nécessairement une dette de cette banque envers une banque concurrente de même montant. Cette opération n’est jamais isolée, bien entendu, elle est comprise dans un ensemble de transactions, mais elle est “re-traçable”. Notre banque devra à une consœur ce qu’elle devait à son client. La monnaie ne perd jamais sa contrepartie, jusqu’au remboursement partiel ou total de la créance détenue par la banque sur son client.

    Dans tout le système bancaire, les disponibilités en comptes de DAV de tous les clients appartiennent à ces clients, pas aux banques. Puisque ces disponibilités ont pour contrepartie des créances et autres actifs (à l’origine de l’émission monétaire). Profitant de la complexité du système, le pouvoir monétaire nous trompe quand il prétend le contraire.

    Enfin, quand les clients de la banque procèdent à des virements de leurs comptes de DAV à leurs comptes d’épargne, la contrepartie des créances et autres actifs de la banque n’est plus la somme des DAV mais celle des DAV + les dépôts d’épargne. C’est pourquoi, l’épargne bancaire est une épargne morte, placée dans des parkings monétaires sans utilité pour l’économie, contrairement à ce que l’on croit.

    Si les banques ne peuvent pas disposer des fonds de leurs clients, c’est qu’ils n’ont pas de contrepartie en monnaie, dans une banque extérieure comme dans l’exemple des CCP. Si la Banque centrale imposait aux banques de faire passer chez elle toutes leurs transactions (encaissements et paiement), il en serait tout autrement. Mais ce n’est pas le cas.

    Ainsi que je l’ai déjà écrit ici, c’est toute la différence entre le sujet et l’objet, si je puis dire, la banque tire sur elle-même, tandis que l’établissement financier tire sur sa banque.

    En fait, les banques ont réussi à échapper au contrôle de la Banque centrale (et celle-ci ne va pas le clamer sur les toits !) quand elles émettent de la monnaie, et aussi profitant des lacunes de la réglementation, quand elles utilisent le système à leurs fins propres, ce qui est inadmissible. L’affaire des subprimes est là pour nous le rappeler. Les seules limites à l’émission monétaire par les banques sont : la demande de monnaie et le ratio de solvabilité.

    Merci de votre attention. J’espère avoir répondu à votre attente.
    jean

  190. nadine dit :
    12 décembre 2008 à 22:03 @Jean Bayard

    Merci Monsieur Bayard pour cette expertise qui force le respect mais je ne crois pas à la création monetaire par les banques néanmoins vous me faites douter (Il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis comme on dit).
    Si les banques font de la création monétaire en faisant du crédit, comment se fait il que la bulle du crédit n’est pas engendré une hyperinflation et que justement à l’heure actuelle certains economistes préconisent la monetisation de la dette en faisant tourner “la planche à billet”? C’est donc que les banques ont créé de la dette et non pas de la monnaie sinon pourquoi monétiser?
    En attendant votre réponse merci.

  191. Jean Bayard dit :
    13 décembre 2008 à 09:31 @ Nadine
    Bonjour,
    Vous mettez le doigt sur le point le plus important, crucial même, du fonctionnement de nos économies. J’ai pu vérifier que la sphère réelle de l’activité de production (celle qui est à l’origine de l’inflation des prix) manque cruellement de monnaie, tandis que la sphère de l’activité financière et monétaire en regorge. Je vous recommande d’aller faire un tour sur mon site Internet et de lire l’exposé sur la macroéconomie. Vous comprendrez alors pourquoi l’épargne bancaire ralentit l’allure de marche de l’activité de production tandis que le crédit l’accélère. C’est précisément parce que l’épargne en banque est gelée par le système (parkings monétaires) qu’elle fait défaut à l’économie (activité de production).
    jean
  192. D. Butant dit :
    13 décembre 2008 à 14:12 Les habits neufs de l’empereur

    @Paul Jorion et @Jean Bayard

    J’ai suivi de loin en loin le débat sur la monnaie mais bien avant le début de la crise. Et nous revoici, presqu’au départ !

    L’expert, témoin et agent participant aux processus complexes de circulation d’argent, assure que
    la discussion engagée sur « la création monétaire » pourrait sembler donner raison aux non-experts, mais qu’il n’en est rien.

    Les non-experts avancent qu’une partie de l’argent est créée à partir de “rien”
    (c’est à peu près çà ? Ca fait un peu bizarre en l’écrivant en français de base !!).

    Je me permets d’intervenir juste avec ce conte (pourquoi pas ?, évidemment c’est moins distingué qu’avec des citations bibliques).

    Vous rappelez vous de ce conte ? Un tailleur, expert très réputé, est appellé auprès d’un gouvernant, pour réaliser les habits les plus extraordinaires qu’on ait jamais vus. Toute la cour s’extasie sur les habits neufs de l’empereur !
    Seul , un enfant s’exclame : l’empereur est nu !

    Dans le conte, je crois que ça se finit bien , tout le monde finit par se rendre à l’évidence !!

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23 – Le vrai débat sur la monnaie peut commencer

Publié par Paul Jorion , Vendredi 21 novembre 2008

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Merci pour vos réponses à Création monétaire, l’illustration de Paul Grignon. J’ai lu vos commentaires et j’ai suivi les liens et la conclusion en est claire : mes deux correspondants avaient raison d’attirer mon attention sur le raisonnement de Paul Grignon car il est faux. Son erreur repose sur un malentendu initial quant à la signification de « réserves fractionnaires » qui lui fait transformer un capital 1.111,12 $ mis en réserve auprès de la banque centrale en un crédit de 10.000 $, suivi d’un deuxième calcul, cette fois-ci fondé sur une interprétation correcte des « réserves fractionnaires », mais débouchant sur un chiffre erroné : 100.000 $ au lieu de 90.000 $.

Les banques commerciales peuvent emprunter auprès de la banque centrale et elles peuvent prêter à partir des dépôts de leurs clients à condition de maintenir des « réserves fractionnaires » sur ces dépôts. Ceci a un effet multiplicateur dû à la vitesse de circulation et pose en effet un problème si tous décident de retirer simultanément leur argent (panique bancaire). Mais tout ceci n’a rien d’inquiétant puisqu’il s’agit simplement – comme je l’expliquais dans un de mes billets (17 février 08) de ce qui distingue un organisme de crédit comme une banque, d’un simple coffre-fort.

Je ne peux manquer de m’étonner bien entendu du nombre de personnes – y compris des experts ayant pignon sur rue – commettant la même erreur que Grignon ou des erreurs apparentées mais je m’abstiendrai bien de trancher sur la question : naïveté ou malveillance ?

La boucle est donc bouclée. Je viens de relire mon premier billet sur la monnaie (7 février 08) : Le scandale des banques qui « créent » de l’argent et je pourrais le citer in extenso sans y changer une virgule. Il commençait, je vous le rappelle ainsi :

Comme on le sait lorsque l’on lit ici mes billets, je ne me prive pas de critiquer la finance quand cela me semble justifié. Cela ne signifie pas pour autant que je souscrive à toute critique exprimée vis–à–vis du système financier. Je lis de plus en plus souvent par exemple, que « les banques commerciales créent de l’argent », et qu’il y aurait là un scandale à dénoncer. Or, cette proposition est fausse : les banques commerciales ne créent pas d’argent.

Pour une bonne synthèse de ma position, je peux vous renvoyer à l’un de mes billets intermédiaires (23 mai 08), La monnaie : le point de notre débat (II) :

Voici où je me situe aujourd’hui – à la lumière de notre débat :

1. Le « simple bon sens » est de peu de secours en finance. Mieux, comme en mécanique quantique, il constitue souvent un obstacle à la compréhension.

2. La dématérialisation de la monnaie n’a aucune implication sur la conservation des quantités ; la dématérialisation porte sur la qualité du support, la conservation des quantités est un principe (comme l’ entropie, par exemple).

3. Les apparentes « créations ex nihilo », de même que les « disparitions ex nihilo » sont communes en finance : le calcul de la « valeur actuelle » d’un produit financier (somme des valeurs escomptées de ses flux futurs) semble impliquer une « disparition ex nihilo ». A l’analyse, aucun des processus où ces créations et disparitions apparentes ont lieu n’enfreint la conservation des quantités.

4. La seule « création ex nihilo » de monnaie est celle qu’opèrent les banques centrales. La création de richesse par le travail détermine la quantité de monnaie qui doit être créée au niveau central.

5. Le niveau des réserves fractionnaires déterminera une démultiplication comptable des sommes déposées dans les banques ; cette démultiplication n’enfreint pas le principe de conservation des quantités : le montant mobilisable instantanément demeure égal à celui des sommes déposées.

6. La création / destruction de monnaie par des opérations scripturales respecte également la conservation des quantités : les intérêts exigés sont prélevés sur des flux extérieurs au processus en-soi.

Ce que je dis là n’invalide en rien les revendications que je vous vois exprimer en rapport avec la création de monnaie, et auxquelles je souscris en général. Ceci dit, je suis dans l’impossibilité de les fonder comme vous le proposez alors, à savoir à partir d’une critique de l’intermédiation opérée par les banques commerciales …

Le vrai débat sur la monnaie peut donc commencer, portant sur le rapport entre les banques centrales et les états pour ce qui touche à la dette publique, les politiques des banques centrales et leur « indépendance », les intérêts payés dans le cas du crédit à la consommation, les opérations spéculatives des banques sur leurs « fonds propres », etc. Les sujets ne manquent hélas pas et nous avons du pain sur la planche !

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite

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54 réponses à “Le vrai débat sur la monnaie peut commencer”
  1. Candide dit :
    22 novembre 2008 à 00:12 Dans ce cas, il serait “capital” de prévenir Paul Grignon (et le site Banksters) pour qu’il modifie sa vidéo en conséquence…
  2. Bonafi gilles dit :
    22 novembre 2008 à 00:59 Bonjour Paul,
    nous voici enfin au coeur du problème et le débat peut enfin commencer.Je cite tes propos:
    “Je lis de plus en plus souvent par exemple, que « les banques commerciales créent de l’argent », et qu’il y aurait là un scandale à dénoncer. Or, cette proposition est fausse : les banques commerciales ne créent pas d’argent.” Or Maurice Allais dans son ouvrage « La crise mondiale d’aujourd’hui », paru en 1999 déclare:
    “Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiement ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écriture. Reposant essentiellement sur la couverture fractionnaire des dépôts, il est fondamentalement instable.”
    Donc, nous avons là 2 avis totalement contradictoires.
    Je pense qu’il y a une erreur fondamentale dans la plupart des critiques concernant la création d’argent par les banques. En effet, il ne faut pas confondre banque commerciale et banque centrale car, bien évidemment seule les banques centrales crée de la monnaie et tu l’affirmes toi-même:
    “La seule « création ex nihilo » de monnaie est celle qu’opèrent les banques centrales”. L’erreur de Paul Grignon est là.
    Par contre, il existe un problème autrement plus grave concernant la création de monnaie. Le dollar n’appartient plus aux USA depuis 1913 ( crétion de la FED) mais a un groupe de banques privées ce qui est contraire à la constitution américaine. Ce sont donc ces organismes privés qui dirigent de facto le pays en contrôlant sa masse monétaire et d’ailleurs les présidents qui ont voulu toucher à ceci sont morts. Ceci serait nettement plus intéressant à débattre.
  3. Greg dit :
    22 novembre 2008 à 02:58 Je ne suis pas si sur que ces deux avis soient réélement contradictoire.
    Ce que dit M.Allais c’est que “le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiement ex nihilo”.
    Une création de MOYENS de paiements, pas de monnaie…

    Les jeux d’écritures donnent l’impression que la monnaie est créée ex nihilo, cependant cette illusion prend fin une fois le crédit soldé et le bilan équilibré, l’écriture est détruite, ne reste plus que l’interêt.
    Et c’est là la deuxième illusion : les interêts. Ils ressemblent à une création monaitaire, mais ne sont finalement que le reflet d’une concentration de cette monnaie vers un seul agent.
    Et cette monnaie là représente bien une richesse produite.

    La banque centrale émet un monnaie reflétant en principe la richesse produite, cette monnaie circule dans le circuit économique sous forme de salaire, de consommation, d’investissement, puis se retrouve inévitablement captée par les banques commerciales par le biais du crédit en échange d’une promesse de richesses futures.

  4. Loïc Abadie dit :
    22 novembre 2008 à 04:08 Bonjour, quelques remarques sur la video de Grignon et les solutions qu’il propose.

    1) Il s’agit pour moi très clairement d’une propagande pour les théories du complot, qui se fait en deux étapes :

    – Grignon propose une vidéo simple à comprendre et très pédagogique (toute propagande réussie comporte une part de vérité), et glisse quelques allusions discrètes ou citations hors contexte bien « choisies » pour suggérer l’existence d’une « organisation maléfique de banquiers » rêvant d’établir une dictature sur toute la planète.
    – Ensuite la vidéo de Grignon est reprise en boucle par des sectes politiques extrémistes qui s’en servent pour illustrer leurs théories du complot et pour désigner l’horrible « bouc émissaire responsable de tous les maux » (le banquier).
    Paul Grignon sait parfaitement où il va en laissant faire les « basses besognes » par d’autres.

    2) Sur les « solutions », ce que propose Grignon est pour moi un vrai cauchemar : Il s’agirait de donner à l’état un contrôle absolu à la fois sur la monnaie et le crédit. Dans ce type de situation, nous aurions donc des fonctionnaires, des dirigeants et des élus qui concentreraient entre leurs mains un pouvoir immense.
    Ils pourraient décider des entreprises, des associations, des ménages et des agents économiques qui bénéficieraient du crédit, de ceux qui n’y auraient pas accès.
    Ils pourraient couper le robinet du crédit à une entreprise (par exemple un groupe de presse) qui ne leur plairait pas, ou inversement en favoriser une autre.
    Lorsque l’on donne un pouvoir aussi immense à des décideurs, ils ne s’en servent en général pas pour le bien collectif (il faut être vraiment naïf pour croire qu’un tel pouvoir serait bien utilisé). Donc cela reviendrait au mieux à réaliser une république bananière, et au pire cela dériverait rapidement vers une dictature socialiste.
    Si une solution de type Grignon devait être mise en œuvre chez nous, inutile de dire que je m’exilerai vite vers un autre pays.

    3) Le système actuel de réserve fractionnaire offre l’avantage d’un pouvoir dilué sur la monnaie et le crédit (entre de nombreux organismes bancaires par exemple). Il a plutôt bien fonctionné en dehors des périodes d’excès comme les décennies 90-2000, et peut être amendé pour éviter la formation de nouvelles bulles de crédit par quelques mesures simples :
    – Imposer aux banques un leverage ratio (total du bilan / capitaux propres) très strict, par exemple entre 5 et 10 (aucune contrainte aujourd’hui en Europe).
    – Eventuellement imposer aux banques un second critère portant sur les dépôts : par exemple interdiction de prêter plus de 60 ou 70% des dépôts de la clientèle, avec nécessité de garder un volant de liquidités important (30% ou plus).
    Des mesures de ce type suffiraient à rendre impossible de nouveaux excès.

    Il faudrait sans doute les inscrire de façon solennelle (référendum et constitution), pour leur donner un caractère un peu “sacré” et que les dirigeants à venir ne fassent pas sauter ces garde-fous trop vite…Je dis modestement «pas trop vite », parce que je sais bien qu’ils sauteront tôt ou tard à la fin d’un prochain cycle de croissance et de calme, les foules et leurs élus finissent toujours par oublier les leçons du passé.
    Au moins cela pourrait nous garantir quelques décennies sans excès et ce n’est pas si mal !

    Une dernière remarque : Les garde-fous, quels qu’ils soient, ne changeront rien à l’issue de la crise actuelle, parce que les excès ont déjà été commis, et que la montagne de dette existante ne disparaîtra pas sous l’effet de nouvelles règlementations. Les garde-fous ne peuvent au mieux que préparer l’après-crise.

  5. LeSurHumain dit :
    22 novembre 2008 à 05:07 @ Loïc Abadie

    Il s’agit pour moi très clairement d’une propagande pour les théories du complot, qui se fait en deux étapes :

    – Grignon propose une vidéo simple à comprendre et très pédagogique (toute propagande réussie comporte une part de vérité), et glisse quelques allusions discrètes ou citations hors contexte bien « choisies » pour suggérer l’existence d’une « organisation maléfique de banquiers » rêvant d’établir une dictature sur toute la planète.
    – Ensuite la vidéo de Grignon est reprise en boucle par des sectes politiques extrémistes qui s’en servent pour illustrer leurs théories du complot et pour désigner l’horrible « bouc émissaire responsable de tous les maux » (le banquier).
    Paul Grignon sait parfaitement où il va en laissant faire les « basses besognes » par d’autres.

    « Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. […]
    L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain. »
    Napoléon Bonaparte, (1769-1821)

  6. LeSurHumain dit :
    22 novembre 2008 à 05:10 @ Loïc Abadie

    « Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, au magazine Time, et aux autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion depuis presque quarante ans. Il aurait été pour nous impossible de développer notre projet pour le monde si nous avions été exposés aux lumières de la publicité durant ces années.
    Mais le monde est aujourd’hui plus sophistiqué et préparé à l’entrée dans un gouvernement mondial.
    La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l’autodétermination nationale des siècles passés. »
    David Rockefeller, Commission Trilatérale 1991

  7. LeSurHumain dit :
    22 novembre 2008 à 06:01 @ Paul Jorion dit: 21 novembre 2008 à 23:29

    “We are grateful to the Washington Post, the New York Times, Time magazine and other great publications whose directors have attended our meetings and respected the promises of discretion for almost forty years. It would have been impossible for us to develop our plan for the world if we had been subject to the bright lights of publicity during those years. But, the world is now more sophisticated and prepared to march towards a world-government. The supranational sovereignty of an intellectual elite and world bankers is surely preferable to the National autodetermination practiced in past centuries.”

    Source : Discours à la Commission Trilatérale, juin 1991, Baden Baden, dans Matrix of Power: How the World Has Been Controlled by Powerful Men Without Your Knowledge, paru en 2000.

  8. LeSurHumain dit :
    22 novembre 2008 à 06:11 @ Loïc Abadie

    « Quelques-uns croient même que nous (la famille Rockefeller) faisons partie d’une cabale secrète travaillant contre les meilleurs intérêts des É-U, caractérisant ma famille et moi en tant qu’internationalistes et conspirant avec d’autres autour de la Terre pour construire une politique globale plus intégrée ainsi qu’une structure économique – un seul monde si vous voulez.
    Si cela est l’accusation, je suis coupable et fier de l’être… »

    David Rockefeller, Memoirs, David Rockefeller, éd. Random House; 1st Trade Ed edition, October 15, 2002 (ISBN 978-0679405887), p. 405.

  9. Paul Jorion dit :
    22 novembre 2008 à 06:28 Effectivement, grâce à Google et Wikipedia, il est possible de trouver la source de ces citations très aisément.

    Pour la citation du Président Garfield : [http://www.themoneymasters.com/]
    vient de la vidéo The Money Masters (1995), documentaire historique de Patrick Carmack.
    Seule source pour cette citation selon Wikipedia.

    Le même site est la source de la citation de Sir Josiah Stamp.
    Source de cette citation inconnue selon Wikipedia.

    Patrick Carmack est félicité sur son site par Milton Friedman.

    Citation de David Rockefeller , remerciant le Washington Post… : [http://video.google.com/videoplay?docid=-8701863412120241475]

    vient de la vidéo The Matrix of Power (2000) de Jordan Maxwell

    Selon Wikipedia Jordan Maxwell est un chercheur indépendant dans les disciplines de l’astro-théologie, la religion, les sociétés secrètes et l’occulte.

    Maxwell estime que sa recherche révèle l’existence d’une société secrète qui contrôle le gouvernement et […] pratique en secret l’ancienne religion Canaanite…

  10. tigue dit :
    22 novembre 2008 à 08:05 N’ y a t il pas une erreur fondamentale, a essayer de s’ intéresser à “QUI doit fabriquer la monnaie”, plutôt qu ‘ a “QUi a accès a la monnaie ?”.
    Le problème soulevé par Loic est intéressant. Que ce soit l’ état ou un groupe de banques privées qui génère la monnaie, il reste le problème de l’ accès a cette monnaie, c’est a mon sens un problème bien plus important.

    Si la monnaie est “produite” en quantité infinie, mais que l’ accès a celle ci est “équitable au regard de critères a définir”, alors pas de problème.
    Si la monnaie est produite en quantité infinie, mais que l’ accès a celle ci est favorisé pour certaines structures, alors il y a un grave problème, qui est à terme, celui du contrôle de tous les prix par la structure favorisée.

    Il est facile de constater que de grosses compagnies ayant acces au credit peuvent faire baisser le cours d’ une action cible (vente a decouvert) pour delester les propriétaires de leurs titres (vente panique), puis les racheter a bas prix, et devenir majoritaires dans la compagnie, puis augmenter les prix de ce que la société cible produit,

    http://www.latribune.fr/bourse/20081119trib000311916/exclusif—une-trentaine-de-groupes-francais-negocies-contre-leur-gre-a-wall-street.html

    le “consommateur finit par ne plus pouvoir acheter les produits ( même a credit), l’ entreprise (vitale) est renflouée par les impôts et la dette disparaît, spoliant le déposant (prêteur qui voir fleurir de nouveaux frais bancaires ), le contribuable, l’ épargnant qui (pas de chance !) avait des actions notamment dans le dans la banque …c’ est le même, zut alors!

    On revient alors a se dire que celui qui a tiré les marrons du feu est celui qui a su etre successivement au bon moment dans la peau du banquier, dans celle de l’ actionnaire, dans celle du contribuable (pour ne pas etre imposable bien entendu), dans celle du consommateur ( qui achète ce qui est moins cher, et qui veut un gros salaire pour son travail a lui).
    Ce portrait correspond a l’ investisseur avisé Americain ou Européen ou Français.
    C’ est la société que nous avons choisi avec le traité européen, et dont les bases viennent d’ être rappelées par le G20.
    L’ affreux banquier au doigts crochus…c’ est nous-même, on a qu ‘à changer.

  11. et alors dit :
    22 novembre 2008 à 09:04 théorie et pratique et en réponse à beaucoup de sus-commentaires

    Le 21 novembre 2008, les médias américains rapportent que le Président-élu Barack Obama a décidé de nommer Geithner au poste de secrétaire au Trésor (http://fr.wikipedia.org/wiki/Timothy_Geithner)…

    Cette nouvelle a fait passer au second plan les difficultés de la banque Citigroup, qui avaient lourdement pesé sur la séance. Après avoir perdu la moitié de sa valeur en deux jours, l’action de la banque new-yorkaise a encore chuté de 19,96% à 3,77 dollars.
    Dans le reste du secteur financier, JPMorgan Chase a perdu 2,82% à 22,72 dollars.
    La plupart des autres banques, en forte baisse en séance, ont fini en hausse: Bank of America a pris 1,96% à 11,47 dollars et Goldman Sachs 2,52% à 53,31 dollars.
    http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?&news=6116483

  12. fab dit :
    22 novembre 2008 à 09:09 @ Paul Jorion,

    Bonjour,

    Si toutefois votre avis concernant la création monétaire ex nihilo n’est pas totalement arrêté, et qu’il y a donc un espoir qu’il change à nouveau, je vous propose ce lien que vous connaissez j’en suis sûr, mais n’avez peut-être pas pris le temps de lire entièrement…
    http://www.bayard-macroeconomie.com/lamonnaie.htm

    Quant à la théorie du complot évoquée par Loïc Abadie c’est la solution de facilité, la muleta agitée devant le nez du taureau…Si le pouvoir financier était entre les mains des fonctionnaires alors il serait utilisé à mauvais escient…Alors qu’entre les mains des banquiers, NOUS NE RISQUONS RIEN ! Rassurez-vous braves gens ! The show must go on…

    Je le dis à nouveau : ce n’est pas parce que les banquiers ont entre leurs mains le monde entier, qu’ils dirigent les politiques etc, bref que quelques personnes mènent le jeu actuel auquel joue l’humanité, que pour autant on puisse affirmer que l’objectif de ces gens-là soit mauvais. Peut-être agissent-ils pour notre bien à tous, il ne faut jamais l’oublier lorsque l’on s’apprête à démonter le système en place. Que se passerait-il si l’on nous enlevait notre jeu, notre occupation ?

    Donc :

    Non à la théorie du complot, mais attention aux apprentis sorciers.

  13. Bonafi gilles dit :
    22 novembre 2008 à 09:13 Bonjour Paul,
    nous voici enfin au coeur du problème et le débat peut enfin commencer.Je cite tes propos:
    “Je lis de plus en plus souvent par exemple, que « les banques commerciales créent de l’argent », et qu’il y aurait là un scandale à dénoncer. Or, cette proposition est fausse : les banques commerciales ne créent pas d’argent.” Or Maurice Allais dans son ouvrage « La crise mondiale d’aujourd’hui », paru en 1999 déclare:
    “Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiement ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écriture. Reposant essentiellement sur la couverture fractionnaire des dépôts, il est fondamentalement instable.”
    Donc, nous avons là 2 avis totalement contradictoires.
    Je pense qu’il y a une erreur fondamentale dans la plupart des critiques concernant la création d’argent par les banques. En effet, il ne faut pas confondre banque commerciale et banque centrale car, bien évidemment seules les banques centrales créent de la monnaie (ex nihilo) et tu l’affirmes toi-même:
    “La seule « création ex nihilo » de monnaie est celle qu’opèrent les banques centrales”. L’erreur de Paul Grignon est là.
    Par contre, il existe un problème autrement plus grave concernant la création de monnaie. Le dollar n’appartient plus aux USA depuis 1913 ( création de la FED) mais à un groupe de banques privées, ce qui est contraire à la constitution américaine. Ce sont donc ces organismes privés qui dirigent de facto le pays en contrôlant sa masse monétaire et d’ailleurs les présidents qui ont voulu toucher à ceci en sont morts. Celà serait nettement plus intéressant à débattre.(version corrigée).
  14. Bonafi gilles dit :
    22 novembre 2008 à 10:47 Pour en finir avec les théories du complot, il convient d’étudier les faits. Ce n’est pas le gouvernement US qui contrôle sa monnaie mais la FED. En ce qui concerne les preuves, il en existe une et elle se trouve sur les dollars de 1963. On y retrouve inscrit “United States Note”. Juste après l’assassinat de Kennedy les mots “Federal Reserve Note” réapparaissent comme par magie. En effet, le 4 juin 1963 le président John Fitzgerald Kennedy signait l’executive order n°11110 permettant au gouvernement US de créer sa monnaie sans passer par la FED (il a été suspendu après sa mort). L’utilisation de citations peuvent prêter à confusion, la vérité historique, elle, ne peut pas être changée.
  15. ghostdog dit :
    22 novembre 2008 à 11:26 Bonjour à tous !

    Pour une fois je vais être d’accord avec M.Abadie, j’ai regardé la vidéo et j’y trouve pour ma part des relents nauséabonds d’antisémitisme …Pour ma part, cela constitue un motif de total rejet car cela décrédibilise totalement les propos.

    Je crois qu’il s’agit d’une erreur GRAVISSIME d’analyse que de stigmatiser par ex en France les Rotschild et par ailleurs quand on voit ce que cela a donné en 1939, je crois qu’il est de notre devoir de le dénoncer haut et fort.

    Par contre, il est important de garder en tête les mécanismes de domination sociale des possesseurs de capitaux. Ils défendent leurs intérêts, ce qui me semble assez logique et cela n’a rien à voir avec une secte (je suis désolée mais cette vision est franchement ridicule).

    Le néo-libéralisme comme le montre très justement Paul, a créé de toutes pièces une “science économique” qui nie l’existence des classes sociales et les rapports de force qu’elles entraînent (CF : La Crise, chap 12 p 261). Ce qui n’est pas sans conséquence mais qui appartient pour moi de l’ordre “des régles du jeux”.

    Je ne suis donc pas surprise de la résurgence de ces théories “fumeuses et dangeureuses”, elles sont le prix à payer.

    Le système capitaliste ne peut faire l’économie d’une réflexion sur le rapport de force entre salariés et actionnaires et sur la nécessaire répartition des richesses.

    @Le surhumain,

    Vous savez à quel point j’apprécie vos petites saillies sous forme de citations malheureusement là je ne peux vous suivre. Est-ce un hasard, si ce billet de Paul, fait suite à “Titanic”, billet dans lequel il nous met en garde sur le ventre encore fécond (de la bête immonde) ?

    Je ne le crois pas…sachons lire entre les lignes et gardons-nous de devoir dire un jour…”nous ne savions pas”…Ce n’est pas vrai, nous savons.

  16. Armand dit :
    22 novembre 2008 à 12:15 @Loïc,

    Ton point 2/ ne tient pas la route.

    Que ce soit des fonctionnaires qui foirent et abusent, comme dans le passé, ou des privés, comme maintenant, ce sont des hommes.

    Les « Nous le Peuple » se feront toujours baiser, parce qu’ils sont intrinsèquement cons et intellectuellement paresseux. Ils abandonnent le pouvoir monétaire (ainsi d’autres formes de pouvoir) à d’autres, élus ou ou non ; s’en désintéressent ; se font niquer puis se plaignent que ceux-ci en aient abusé.

    Le problème est la nature humaine.

    C’est pourquoi je pense qu’il faut réduire au minimum l’intervention humaine en cette matière. L’or a de très grand atouts pour être une monnaie. Il est en particulier très difficile de la photocopier à l’échelle ndustrielle et ceux qui le souhaitent peuvent la conserver sous leur contrôle direct, ne rien déléguer.

  17. karluss dit :
    22 novembre 2008 à 13:22 chapeau !
    vous devenez de plus en plus “classe” ; et même Loïc Abadie intervient, excellent !
    continuez, dans le sens du vrai et d’un humanisme fondateur. Comme beaucoup, je ne peux pas intervenir, mais on s’accroche.
    en route vers le “surhomme” ;-)
  18. Armand dit :
    22 novembre 2008 à 13:37 @Paul, sur le thème du billet

    Tout est dans l’ambiguïté du mot « argent ». Le problème est donc mal posé, mieux vaut décrire les mécanismes.

    1. Si l’on entend « monnaie centrale » i.e. réserves sous forme électronique des banques commerciales à la banque centrale ou billets imprimés –M0, la monnaie de base donc– alors, évidemment, par construction, les banques commerciales ne créent pas d’argent. Pas cette forme d’argent. Elles en ont même l’interdiction : elles n’ont pas le droit d’imprimer leurs propres « billets de banque ».

    Grâce au (à cause du) système de réserves fractionnaires, elles ont le droit d’accorder des crédits sur un volume plus important que ces réserves, de les chiffrer dans la même unité (l’EuroPeso, l’USpeso, …), de les inscrire sur les comptes de leurs clients, sans avoir tout l’argent, dans cette définition, correspondant en promettant à ces clients via les relevés bancaires de leur en remettre tout ou partie en billets de la banque centrale, à vue et à leur simple demande, conformément à la loi. Elle savent cette promesse mensongère et intenable, mais elle est légale. Leurs clients ne le savent pas tous et, de toutes façons, s’en foutent. Enfin, tant que tout va bien.

    Elles ont le droit de créer leurs instruments de paiement (virements,chèques, cartes) permettant à leurs clients de se refiler ces promesses mensongères et intenables, ce qui évite la faillite immédiate de ce système … tant qu’une minorité ne décide pas d’aller exercer son droit de conversion de la promesse en billets de banque centrale.

    Maurice Allais a parfaitement raison et l’écrit très précisément.

    Les banques doivent pomper dans leurs réserves pour couvrir les impayés ; elles augmentent leurs réserves des intérêts perçus. Quand tout va bien leurs réserves augmentent, le cercle vicieux de l’effet de levier du crédit se développe exponentiellement. Puis boom. Quand les réserves ne sont plus suffisantes, non pas seulement pour couvrir les défaillances qui augmentent, mais pour maintenir les ratios légaux, certains « Nous le Peuple » un peu plus vifs que les autres se retirent alors du jeu avant l’effondrement.

    2. Si l’on entend par argent « moyens de paiement généralement acceptés » alors on ajoute la « monnaie bancaire » à la monnaie centrale. Et, sous cette définition, les banques commerciales créent de l’argent en accordant des crédits (et le détruisent, sauf les intérêts, au fur et à mesure des remboursements) ; c’est même, par nature, le coeur de leur activité

    Quand A vend à B et que B prend un crédit de 1 000, A se retrouve avec 1 000 sur son compte bancaire, qui existent donc en argent de type 2 mais pas entièrement en argent de type 1. Il y a eu création de monnaie bancaire.

    Si A achète à C et paye 1 000 par virement, chèque ou carte, C se retrouve avec ses 1 000 ; il n’y a pas eu création monétaire dans cette opération, mais A a simplement refilé à C un paquet de 1 000 qui était déjà une illusion en gande partie.

    Si A retire ses 1 000 en billets sa banque va devoir leur appliquer à l’inverse l’effet de levier (ou les emprunter à sa banque centrale). S’il paye cash C et que celui-ci les dépose dans sa banque, celle-ci y ré-appliquer l’effet de levier (ou les prêter à la banque de A). Il y eu potentiellement un problème de solvabilité du système bancaire : sa quantité de monnaie émise (les crédits) n’a pas changé, ses garanties ont diminué temporairement.

    Si tous les A, ou même simplement une minorité de A, de bonne foi, voulaient leurs 1 000 en billets, l’illusion de la monnaie bancaire se ferait jour.

    C’est tout l’intérêt de la vidéo de Paul Grignon de démonter, même avec des erreurs, ce mécanisme. Dès que l’on confond une promesse avec ce qu’elle promet on se trompe ou on peut être trompé. C’est valable, comme il l’illustre, avec de la monnaie tangible comme de l’or si on se contente de le déposer contre reçu.

    3. On pourrait étendre « argent » aux monnaies privées, type miles gratuits des compagnies aériennes, et aux points des cartes de fidélité. Mais l’unité de compte n’est pas la même et la capacité d’échange est restreinte, on note plus facilement la différence.

    Bref, les monnaies basées sur du papier-dette ne sont que des contrats, des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient et qui profitent à ceux qui les émettent.

  19. Jack dit :
    22 novembre 2008 à 15:20 Sur le prétendu secret de la création monétaire par les banques, voici un extrait d’un livre d’initaition à l’économie datant de 1986 où c’est très bien expliqué.

    “Qui crée la monnaie ?

    La Banque de France, banque centrale ou banque d’émission, est en France le seul organisme habilité à émettre des billets.
    En revanche les pièces métalliques françaises, de celle de 5 centimes à la pièce de 100 francs sont émises par le Trésor qui est l’émanation financière de l’État.

    Nous avons vu que la plus grande partie de la monnaie disponible en France prend la forme de monnaie scripturale, or celle-ci est créée par les banques.

    BNP, Société Générale, Crédit Lyonnais ou CIC… les agences des grandes banques se sont multipliées et existent dans les plus petites villes de France. Une banque, c’est d’abord un « organisme où l’on dépose de l’argent, et qui vous remet un carnet de chèques pour régler vos dépenses », Mais c’est aussi un organisme qui accorde des crédits, c’est-à-dire qui prête de l’argent remboursable à une échéance donnée moyennant l’engagement de rembourser le nominal du crédit augmenté des intérêts.

    Il reste à voir comment les banques peuvent créer de la monnaie. Une idée courante mais fausse consiste à penser que les montants inscrits dans les comptes des banques sont équivalents aux montants des billets qui ont été déposés par les clients des banques. La principale raison pour laquelle les banques créent de la monnaie tient à ce qu’elles accordent des crédits.

    Aujourd’hui, avec la montée du poids de la monnaie scripturale dans l’ensemble de la masse monétaire en circulation, les banques commerciales sont devenues la principale source de création de monnaie.

    Si les banques accordent facilement des crédits supérieurs aux dépôts qu’elles détiennent c’est parce que :

    – Les dépôts effectués par la clientèle présentent une certaine stabilité; en pratique les retraits journaliers ne représentent qu’une faible partie du total des dépôts. Cette caractéristique s’est accentuée avec l’extension de la pratique des règlements par chèque et la réduction parallèle du pourcentage des transactions payées en billets et en pièces.

    – En cas de besoins de « monnaie papier » (billets de la Banque de France, par suite, par exemple, d’un accroissement de demande de conversion de monnaie scripturale en monnaie papier) les banques disposent de différents moyens pour se procurer rapidement ces liquidités. Elles peuvent pour cela recourir au marché monétaire ou au réescompte auprès de la Banque de France

    Le marché monétaire est le marché de l’argent à court terme entre les banques et les autres organismes financiers (Caisse de retraite, Caisse des dépôts et consignations…). Ainsi, si la BNP manque de billets elle pourra en emprunter à la Société Générale ou au Crédit Lyonnais moyennant bien sûr le paiement d’un prix : le taux d’intérêt du marché monétaire.

    Le réescompte auprès de la Banque de France consiste à échanger des créances sur des clients contre des liquidités moyennant un prix correspondant au taux de réescompte multiplié par la valeur nominale de la créance. Par exemple, si la Banque X a fait signer des « traites » ou lettres de change aux particuliers ou aux entreprises auxquelles elle a prêté de l’argent, elle pourra obtenir avant l’échéance de ces créances des liquidités auprès de la Banque de France.

    Actuellement, la pratique du réescompte tend à se restreindre. La principale source de liquidité des banques françaises, indépendamment des dépôts effectués à leurs guichets, passe par le recours au marché monétaire.

    Débats entre économistes

    La monnaie est un sujet de discussion important entre les économistes. Si un vaste accord se fait sur l’ensemble des aspects précédents, les débats sont nombreux sur au moins deux thèmes : quel est le rôle de la monnaie sur l’inflation et la croissance économique, quelles doivent être l’ampleur et les modalités de l’intervention de l’État sur le système bancaire?

    Le lecteur ne s’étonnera pas de ce que le courant ultra-libéral préconise une intervention limitée, voire inexistante de l’État de façon à respecter au maximum les mécanismes spontanés du marché (offre et demande de monnaie), alors
    que les économistes plus dirigistes font valoir que le pouvoir de création monétaire dont disposent de fait les banques est un privilège exorbitant qu’il convient d’encadrer strictement en fonction de critères d’intérêt général.”

    Initiation à L’économie
    Janine Brémond et Marie-Martine Salort
    Hatier 1986

    Page 101 et suivantes

  20. Rumbo dit :
    22 novembre 2008 à 15:24 Rien à rajouter à ce que dit Armand @ ci-dessus 22 novembre à 13h37 (et suis en général d’accord avec lui pour l’essentiel)

    Bonafi gilles dit :
    @ 22 novembre 2008 à 10:47
    C’est vrai. Étant au Canada, j’ai eu en main deux billets dollars-US (dont je ne me souviens plus la valeur numéraire), l’un portant: ‘Federal Reserve Note’ et l’autre: ‘United States Note’

  21. Shiva dit :
    22 novembre 2008 à 16:46 Bonjour,

    Si on se place à l’échelle d’un épargnant, et au niveau comptable le prêt accordé de la part d’une banque commerciale correspondent à une création temporaire d’argent. On ne peu donc pas parler de création véritable.

    Je crois qu’il faut situer la réflexion, et c’est tout l’intérêt de la vidéo de P. Grignon, sur un plan à la fois global et dans la durée. La “masse” du crédit total, titrisé, est bien une masse monétaire, qui dans le système actuel n’est pas vouée à disparaitre mais plutôt à augmenter exponentiellement.

    – combien d’êtres humains touchent les intérêts de cette “dette globale” contractée par tous ?
    – le ratio est-il de: 1/10, 1/1 000, 1/100 000, 1/100 000 000, ou moins que ça ?

    Si l’on devait s’apercevoir qu’un millier de personnes récoltent 40% des intérêts du crédit mondial, la mainmise d’un groupuscule sur la finance ne ferait aucun doute…

  22. Greg dit :
    22 novembre 2008 à 17:25 @Shiva,

    Tout a fait d’accord.
    Si je comprend bien le mécanisme du crédit il ne crée aucune monnaie, aucune richesse ex nihilo, au finale il concentre les richesses par le biais des interêts qui eux sont rééls, la question est donc bien celle de la concentraion.
    Et cette concentration, créant les déséquilibres que l’on constate depuis 30 ans risque bien de s’accélérer pendant cette crise.

    Il me semble bien que c’est le coeur de la crise : La masse monétaire représentée par le crédit total ne croit plus exponentiellement, les promesses ont donc de moins en moins de valeur, la seule monnaie qui compte devient la masse M0.

    C’est comme un grand jeu de chaises musicales, tout le monde court le plus vte possible après cette monnaie, mais tout le monde sait qu’il n’y en aura pas pour tout le monde…
    L’inflation guette, il apparaitra vite que c’est la seule solution accpetable pour faire perdurer le système en remettant les compteurs de la dette à zéro.

  23. Utopiste dit :
    22 novembre 2008 à 17:27 @ Loic Abadie

    qui dit
    “2) Sur les « solutions », ce que propose Grignon est pour moi un vrai cauchemar : Il s’agirait de donner à l’état un contrôle absolu à la fois sur la monnaie et le crédit. ”

    En vertu de quoi le contrôle de la monnaie et du credit ne pourrait rentrer dans les fonctions régaliennes de l’etat? On lui confie bien la police, la justice , l’education , la santé. Est ce le mauvais choix? Par contre, la crise financiere actuelle ne plaide pas pour laisser le contrôle de la monnaie et du credit à l’extérieur de l’etat.
    Il est vrai que beaucoup d’etats n’arrivent pas à assurer les fonctions regaliennes essentielles. Mais ce n’est pas parce que des états sont defaillants que ce n’est pas le meilleur principe.

    D’autre part, la notion d’usure (interêt ) abordée dans la video me semble être la première creation de monnaie sans contrepartie sous forme de richesse.
    Si on revenait à interdire l’usure c’est à dire l’intêret, y-a t il un fonctionnement possible?
    Il est clair que seul l’etat pourra assumer le rôle de banque en se remunerant non par l’intêret des prêts mais par l’impot.
    Il serait alors beaucoup plus facile de controler la masse d’argent ou de monnaie en circulation et de s’assurer que cette masse correspond à des richesses réelles. Un tel système assécherait une grande partie de la spéculation.

    Raisonnement simpliste? utopiste?

  24. Armand dit :
    22 novembre 2008 à 17:31 @Jack : comme en vingt ans les choses peuvent changer ! « Actuellement, la pratique du réescompte tend à se restreindre. La principale source de liquidité des banques françaises, indépendamment des dépôts effectués à leurs guichets, passe par le recours au marché monétaire » est complètement inversé, tout dans le réescompte –qui a changé de nom et de forme entre temps !

    Je me conçois comme libéral, au sens ou chacun doit pouvoir exercer au maximum ses libertés et assumer les conséquences de ses choix, pas comme un dirigiste et pourtant je suis opposé à ce privilège exorbitant !

    @Rumbo : il ne manque à ta collection qu’un exemplaire des premières « Federal Reserve Notes » qui portaient la mention « convertible en or ». Ainsi la consitution US était respectée qui dispose, en son Article I, section 10, premier alinéa que seuls les dollars-or et les dollars-argent ont cours légal dans les états (www.constitution.org/constit_.htm). Cette mention disparut bien vite … ce qui pose le problème de la constitutionnalité du dollar actuel, i.e. des bouts de papier-dette de la FED.

  25. zoupic dit :
    22 novembre 2008 à 17:49 Bonjour Paul, bonjour les autres,

    Pas vraiment de nouveau.

    Depuis 73 en France ce sont les banques privées qui contrôlent cette création, elle est décuplée et n’est plus liée à la création de VA ou à l’augmentation de la production de bien physiques ou services, mais à la simple capacité à s’endetter.
    L’augmentation de masse monétaire temporaire générée par un crédit est censée disparaître une fois celui-ci remboursé. Il me semble que les intérêts sont une augmentation de la masse qui ne disparaîtront pas.

    Enfin, si la banque peut prêter 9 fois ce que j’y dépose (et toucher 9x le taux convenu), pourquoi je ne toucherai pas environ 8x plus d’intérêts que ce qu’ils me donnent. N’est-ce pas mon argent qui leur permet (dans la théorie au moins) de prêter autant??????

    Que ce soit l’Etat, ou les banques à chaque fois on arrive à des abus, c’est la nature humaine.
    Comme tout, il faut trouver l’équilibre 50-50 privé-public pour que l’ensemble de la population progresse au même rythme sans quoi la crise et la rupture finissent par arriver.

    Quels sont les moyens du public aujourd’hui pour créer de la monnaie? Quelles sont les alternatives à l’€ géré et créé par les banques privées?
    SEL, monnaie locales, troc, systèmes de points (miles) pour le solidaire?

    Comment ramener l’équilibre en faisant pencher la balance du côté du peuple? Quels outils sont à disposition ou quelle alternative pour en gérer d’autres?

    Ensuite vient la question de la répartition. pouvoir de création, d’accord, mais à qui distribue-t-on les billes et selon quels critères?

  26. TL dit :
    22 novembre 2008 à 18:41 On joue un peu sur les mots…

    Les banques commerciales prêtent de l’argent :
    – emprunté auprès de la banque centrale,
    – ou emprunté auprès de la clientèle.
    BASTA. Le reste est une question de marge d’intérêt.

    La monnaie est une convention, sous sa forme centrale, ou secondaire.

    Une monnaie a du pouvoir tant que l’économie à laquelle elle est rattachée est en bonne santé, et que la banque (centrale ou commerciale) qui l’émet (ou non, suivant la définition retenue de la monnaie) ne fait l’objet d’attaques spéculatives fatales.

    Les banques commerciales créent DES monnaies (secondaires – une monnaie BNP, une monnaie SG…) qui sont des droits à percevoir de la monnaie centrale si on le désire, et si la banque concernée en a les moyens.
    La monnaie centrale étant elle-même un droit à acquérir des actifs produits ou financiers, les monnaies secondaires sont donc “des droits à percevoir des droits à acquérir des actifs produits ou financiers si on le désire…”

  27. Dani dit :
    22 novembre 2008 à 20:51 @Paul Jorion :

    Je n’ai pas encore pris le temps de lire tous les commentaires qui précèdent, mais j’ai l’impression que le débat est posé dans les mêmes termes qu’il y a quelques mois, sans progrès manifeste.

    La banque centrale crée une monnaie centrale (de base) en conservant une contrepartie comme garantie ou une créance contre le destinataire de la monnaie. Ensuite, sur cette base et dans certaines limites, les banques commerciales créent des MOYENS DE PAIEMENTS ou démultiplient la monnaie par le crédit (selon comment on souhaite présenter la chose). La création de la banque centrale comme celles des banques commerciales sont pourtant mesurées par la même unité, soit la monnaie officielle de l’Etat en question (ou du groupe d’Etats réunis par la même banque centrale).

    Mais en fin de compte, l’ensemble des agents économiques établit ses comptes dans l’unité de compte en question (euros, dollars, francs, …) EN NE FAISANT AUCUNE DIFFERENCE ENTRE LA MONNAIE CENTRALE ET LES MOYENS DE PAIEMENT ISSUS DU CREDIT.

    Ce n’est qu’à l’occasion de crises qu’on se remet à faire la différence entre monnaie fiduciaire et moyens de paiement/monnaie scripturale issu/e des banques commerciales.

    Il me semble que ce point est trop souvent laissé de côté : au fond, qu’est-ce qui empêcherait de faire une différence entre les deux choses ? Du moins, une différence perceptible par l’agent économique lambda…. Les banques commerciales ont AU MOINS le privilège de faire croire qu’elles mettent à disposition de leurs clients de la vraie monnaie !

  28. Armand dit :
    22 novembre 2008 à 22:48 @Dani (et à tous les autres)

    Sur un autre système, qui fut en vigueur il n’y a pas si longtemps, le mieux, à mon avis, est de lire Antal Fekete

    Home

    c’est très dense et très érudit.

    Je conseille “Interest and Discount” dans la section “Scolarly Economics” ; ainsi que le rappel historique du fonctionnement réel de l’économie et du crédit, notamment via la “Real Bills Doctrine”, sous un régime de monnaie-or dans la section “Popular Economics”, choix “Monetary Reform: Gold and Bills of Exchange”.

    Dans cette section se trouve aussi sa lettre à Ron PAUL en 2003-06-25 “Stop Greenspan From Plunging America Into A Depression”

  29. daniel Dresse dit :
    22 novembre 2008 à 23:56 @ Armand

    Merci pour votre démonstration (22/11 à 13h37), c’est la plus claire du lot et j’ai tout compris (le sens de vos propos je veux dire). Je m’en étonne, j’ai en effet plutôt tendance à me compter parmi le tout venant ?

    – Par contre quand, parlant du même tout venant, vous évoquez « les intrinsèquement cons et intellectuellement paresseux » je me demande si, en matière de nature humaine, vous n’évoquez par un seul problème : le vôtre.

    – La pleine liberté de ses pratiques sexuelles étant une conquête imprescriptible de la démocratie libérale, je vous laisse par ailleurs le choix jubilatoire de baptiser votre poupée gonflable « Nous le Peuple » (désolé mon brave, le coup de pied à l’âne dans l’arrière train du politiquement correct doit pouvoir fonctionner dans les deux sens).

    – N’oubliez pas bien sûr la protection d’usage, le HIV Populi étant un virus de nature très contagieuse, qui affaiblit inexorablement le corps qu’il investit. Infecté, c’est mon cas depuis plus d’un demi-siècle, vous ne trouverez votre salut que dans une trithérapie contraignante : Liberté Egalité Fraternité, 3 comprimés –un bleu un blanc un rouge- matin midi et soir, jusqu’à guérison complète. Je ne vous cache pas que votre cas me semble sévère, courage mon brave !

    @ Loïc Abadie

    Vous, vous avez la subtilité doctrinale d’une groupie de Bernard Tapie dans les années quatre vingt, Mais je n’irai pas vous chercher plus de poux que cela pour autant, car je pense que vous êtes quelqu’un de fondamentalement HONNETE. Je ne vous cache d’ailleurs pas que le débat, qui a opposé ici récemment le copain Benoit et les anti-Vous-mêmes, m’a paru mortellement oiseux.

    Par HONNETE, j’entends une personne qui passe beaucoup de temps à rendre intelligibles et interprétables des données que je serais incapable d’aller collecter et analyser tout seul, pour prendre mon cas personnel.

    Votre honnêteté étant dûment établie, vous pouvez bien tirer de votre travail les conclusions que vous voulez, rien ne m’oblige à ne pas penser le contraire. Je sens aussi chez vous la psychologie indestructible du gars qui se régale des procès d’intention faits à votre endroit. Je connais bien ça, j’ai à peu près le même défaut. Vos détracteurs perdent leur temps.

    Je ne vais donc pas vous gaspiller ce dernier plus longtemps. Si vous adoptez un couple de lévriers russes, faites moi plaisir, appelez-les donc Hayek et Friedman ! De mon côté, j’ai l’intention de prendre en pension deux chiots pitbull nommés « Etat » et « Jacobin ».

    A titre anecdotique, je vous aime bien tous les deux.

    D.D.

  30. Armand dit :
    23 novembre 2008 à 00:40 @daniel Dresse

    J’évoque simplement la nature humaine qui n’a pas évolué depuis l’empire romain, « panem et circenses » ; je me compte dans les « Nous le Peuple » et essaie effectivement de me soigner en particulier de façon prophylactique en me souvenant que dans concitoyen il y a citoyen.

    Si tu lis l’anglais, le lien que je donne vers le site d’Antal Feteke vaut son pesant … d’or ; sa lettre de 2003 à Ron Paul, au bas de la page, te sera d’une actualité aussi claire que mes modestes posts, ainsi que le reste de ses publications d’ailleurs ; lui propose une solution argumentée, ce que cherchent Paul et bien d’autres ici dans le cadre d’une constitution.

  31. daniel Dresse dit :
    23 novembre 2008 à 03:51 Je l’ai lu, “Harraps” en main. Je viens juste de terminer et n’ai pas compris grand chose… Je reviendrai donc à la charge plus tard, demain sans doute. La suffisance d’aucuns -je ne parle pas spécialement pour vous, je dis en général- est le meilleur stimulant pour arriver à comprendre. pour cette nuit -je devrais dire ce matin- c’est bon ! Il est certain qu’au train où vont les choses, nous irons tous au paradis…
  32. leduc dit :
    23 novembre 2008 à 04:49 Il y a d’autres aspects intéressants liés à la création monétaire qu’on pourrait développer. Est-il vrai ainsi qu’une trop grande création monétaire amène une inflation plus forte ?. Il y a aussi la distinction possible entre inflation et le fameux IPC l’indice des prix à la consommation. Aux yeux de certains il y a bien longtemps que l’inflation fait rage, mais seulement dans tout ce qui concerne les valeurs d’investissement, tandis que l’IPC permet habilement de masquer cet effet en ce qui concerne les biens de consommation et d’afficher une certaine relative stabilité des prix. La stabilité des prix ne serait alors qu’une vaste escroquerie, scindant l’économie en deux avec d’un côté les biens de consommations et de l’autre tout ce qui concerne les investissement, placements, et ainsi il y aurait vraiment deux ordre et deux mesures différentes. (cas typique de l’immobilier qui serait un bien de nécessité première pour la population en général, alors que cela serait un bien de placement et d’investissements pour une petite minorité au point de fausser les lois du marchés ?)
    Il y a aussi de graves questions qui suscitent des divergences profondes chez nombres de spécialistes concernant les futures tendances inflationistes et déflationistes qui risquent d’affecter l’économie, sur leur enchainement chronologique et leur degré d’intensité et bien sur leur influence sur la crise actuelle.
    Pour aller jusqu’au bout, au delà de la stabilité des systèmes financiers, on peut aussi s’interroger sur la stabilité même des systèmes monétaires car il apparait de plus en plus un peu partout que nombres devises ont des fluctuations de plus en plus grandes au risque de déstabiliser encore un peu plus certaines économies nationales
    Messieurs, il y a beaucoup de sujets connexes à la monnaie qui méritent un peu de vos lumières et éclaircissements :)
  33. TL dit :
    23 novembre 2008 à 12:49 Le déflateur du PIB est un bien meilleur indicateur de prix en effet que l’indice des prix à la consommation, qui exclut l’immobilier (!!!).

    Hormis ce problème, il n’y a pas durablement “refoulement” de l’inflation dans les seuls biens d’investissement. Puisque les prix de ces biens font partie des coûts des entreprises, à terme cela rejaillit sur l’IPC. Avec un malheureux décalage, qui fait que la Banque Centrale peut mener une politique monétaire reposant sur une base de raisonnement fausse (suivant que l’IPC est supérieure ou inférieure à l’indice global des prix).

    Le problème de la théorie quantitative de la monnaie (”l’inflation est partout et toujours d’origine monétaire”) est peut-être le plus gros que la pseudo-science économique ait réussi à se créer en 600 ans. Il s’agit d’une erreur colportée par 99% des économistes, qui fait quasiment partie de la discipline elle-même.
    Armand, dont je partage nombre de réflexions, cherche néanmoins à utiliser l’or comme étalon de référence de la monnaie, ce qui est dans le meilleur des cas inutile, et au pire profondément néfaste : à terme on n’aura pas assez d’or pour gager toute la monnaie dont a besoin une économie en croissance (verte si possible), et la Grande Dépression a été provoquée par une contraction fulgurante de la masse monétaire aux USA, car la Fed refusait d’émettre plus de monnaie qu’elle n’avait d’or en réserve… en se privant de refinancer des banques saines, elle a provoqué la plus grande catastrophe économique du XX° siècle.
    Aftalion l’a dit : il faut inverser la causalité explicative : c’est P qui implique M, quand les prix augmentent il faut plus de monnaie pour payer, d’où la corrélation entre les courbes de prix et de monnaie dans le temps.

    Enfin, il faudrait sans doute un indice d’inflation élargi qui incorpore également les prix des actifs financiers, et ce d’autant plus que ceux-ci représentent une large part de l’actif des agents économiques de par le monde.

  34. Fred L. dit :
    23 novembre 2008 à 13:16 Vous mélangez plusieurs questions : caractère endogène ou exogène de la monnaie, neutralité ou non de la monnaie, légitimité du taux d’intérêt, système bancaire privé ou public, etc.

    La monnaie est l’objet le plus complexe de la théorie économique et le moins bien compris des économistes. Or tout le problème, c’est qu’on s’aperçoit aujourd’hui qu’elle est cruciale d’un point de vue politique parce qu’elle détermine le partage de la valeur dans nos économies alors même qu’elle échappe à toute régulation démocratique et sert donc une conjonction d’intérêts particuliers à laquelle elle offre une rente prélevée sur la production.

    Peut-on organiser le système autrement ? Certainement. Chacun peut y réfléchir, par exemple en relisant Keynes qui prônait l’euthanasie des rentiers, ie l’abaissement volontaire du taux d’intérêt pour que le capital devienne si peu rare que l’on aboutirait à l’utopie de Marx d’un monde de la valeur travail, et ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres.

    Seulement, du fait de la mondialisation, le pouvoir monétaire échappe à tous les états, pour autant qu’ils soient autre chose que ce que Marx appelait le bras armé du capital (comme aujourd’hui aux Etats-Unis), de sorte que nous n’avons aucun moyen politique, nous qui nous disons citoyens d’une démocratie, d’intervenir sur ces questions (et beaucoup d’autres, comme les guerres, l’impérialisme, l’écologie, l’immigration, etc).

    Ce n’est pas le moindre des paradoxes que Mitterrand (qui ne comprenait rien au pouvoir de l’économie) ait favorisé la création d’une monnaie unique (ce qui pourrait être un progrès si elle était gouvernée autrement), qui tue aujourd’hui toute tentative d’autonomie politique d’un pays isolé.

    Avant de vouloir réformer la monnaie, il faudrait peut-être comprendre comment acquérir un pouvoir que nous n’avons jamais eu, celui de gouverner le système d’une manière démocratique.

    Votre débat reproduit un très vieux débat économique, entre les partisans d’une conception endogène de la monnaie (banking school, Keynes par certains côtés, Marx par d’autres) et ceux d’une conception exogène (currency school, théorie quantitative de la monnaie, monétarisme). – Le point important, et qui devient notable lorsqu’il y a un retournement dans la vision collective du futur, c’est que la monnaie est un ensemble de promesse sur la production future, tant que ces promesses se vérifient on a l’illusion que la monnaie est extérieure, n’étant qu’un instrument d’échange, quand ces promesses sont erronées, soit en positif soit en négatif, on s’aperçoit q

  35. Fred L. dit :
    23 novembre 2008 à 13:19 Désolé, le dernier § est hors propos et n’aurait pas dû figurer car trop technique :)
  36. E.PERRET dit :
    23 novembre 2008 à 13:34 C’est pourtant pas compliqué a comprendre

    Il est légitime que Les privées utilisent des mécanismes des banques privés, ce n’est pas a l’état de dire qui a le droit d’emprunter quoi.

    En revanche que les États payes des intérêts a des banques privés plutôt que de faire l’argent eux même est scandaleux.
    Concrètement : C’est un banquier de paris qui va dire si un pont dans le gards est justifier ou pas ?
    Alors a quoi cela sert d’etre elu dans le Gards

    Vous vous égarez les amis

  37. catherine dit :
    23 novembre 2008 à 15:14 Si ça vous dit, il y a dans les archives sonores de ce site alternatif de ma belle région sinistrée, la possibilité d’écouter les conférences qui ont eu lieu dans la région , la dernière en date, lundi soir celle d’Halimi serge, directeur du Monde Diplomatique nous apprenait que 0,2% de la population mondiale contrôle la moitié de la capitalisation boursière de la planéte, quand on parle des marchés financiers, il est bon d’avoir ce chiffre en tête n’est-ce-pas, allez voir il y a plein de conférences intéressantes, Morin, Lordon, etc..

    http://www.passerellesud.org/

  38. Roland dit :
    23 novembre 2008 à 15:55 Bonjour, Je dois dire que, pas économiste mais qui a beaucoup et encore lu sur le problème, avec tentative de comprendre, La, je pense que ça part en délire. Je résume :
    Nous voici enfin au coeur du problème et le débat peut enfin commencer. Je cite tes propos:
    “Je lis de plus en plus souvent par exemple, que « les banques commerciales créent de l’argent », et qu’il y aurait là un scandale à dénoncer. Or, cette proposition est fausse : les banques commerciales ne créent pas d’argent.” – Si – les banques centrales aussi, si besoin. Le tout sous contrôle, certes, des banques centrales, mais qui ont allègrement laissé filler la masse, l’idéologie des ‘’gardiens’’ étant dominante – Trichet – Greepance. ‘’Ce n’est pas le gouvernement US qui contrôle sa monnaie mais la FED.’’ ? pouvoir totalitaire ?
    Lire : La monnaie et ses mécanismes, Dominique Plihon – La découverte.
    @ Loïc Abadie dit : « d’une propagande pour les théories du complot, » toujours facile d’utiliser l’argument pour décrédibiliser l’autre ! « Sur les « solutions », ce que propose Grignon est pour moi un vrai cauchemar : ……… et au pire cela dériverait rapidement vers une dictature socialiste ». Forcément dictature, c’est vraie que dictature ne s’applique pas à la droite ‘’libérale’’… Amérique Latine, Indonésie, Afrique du Sud, Pinochet, etc… SVP un peu de retenu, certain peuvent souhaiter que le système ‘’faire de l’argent avec de l’argent’’ perdure sans trot changer (a la marge), ce n’est pas forcement l’avis de tous. LA solution ? Vaste débat.
    – Imposer aux banques un leverage ratio (total du bilan / capitaux propres) très strict, par exemple entre 5 et 10 (aucune contrainte aujourd’hui en Europe). Alors, c’est quoi ça, sinon de la création 5 – 10 de monnaie (c’est l’histoire même de la monnaie papier), et certaine banques aux US et dit-on ailleurs sont a 20 et même 50, d’où cet énorme emballement des ‘’pourries’’ insolvables = valeur 0, qu’il faut apurer, d’où pas de confiance.
  39. Armand dit :
    23 novembre 2008 à 17:29 @TL :

    l’IPC français prend en compte l’immobilier, pour … 13.7% incluant ce qui lui est lié (électricité, eau, chauffage, …)
    http://www.insee.fr/fr/themes/indicateur.asp?id=29&type=1&page=info_ipc.htm
    et son homologue US , le CPI, aussi, mais de façon indirecte par le loyer équivalent qui a notablement sous-estimé l’augmentation des prix.

    Pourquoi l’étalon-or serait-il inutile ?

    La Révolution Industrielle s’est déroulée sous le régime de la monnaie-or, avec stabilité des prix.

    La grande dépression provoquée par l’or ? La FED avait déjà violé la constitution US, coupé la convertibilité or et émis bien plus de son papier qu’elle n’avait d’or. Elle avait ainsi créé et laissé gonfler d’abord la bulle immobilière (Floride) puis la bulle de Wall-Street après l’éclatement de la première et « injection de liquidités » comme on ne disait pas encore à l’époque pour tenter de rattraper les dégâts.

    Après l’éclatement de cette seconde bulle la FED a réagit aussi vite et aussi fort que la FED d’aujourd’hui (j’ai perdu ma référence, quelque chose comme une baisse de 6.5% à 2% en 6 mois de son taux directeur) ; au contraire je pense que si la monnaie avait été contrainte par un étalon de mesure stable, la folie séculative engendré par le crédit ne se serait jamais autant dévelopée.

    Je ne vois pas pourquoi il faudrait augmenter la quantité de monnaie au même rythme que la quantité de richesse. C’est le dogme actuel de la théorie quantitative de la monnaie. Elle masque les mouvements de prix pour en assurer la stabilité, ce à quoi elle échoue d’ailleurs. Elle ne fait que les perturber. Or les prix sont un signal économique fondamental pour l’entrepreneur qui doit investir. Si ce signal est faussé, c’est un mauvais investissement en puissance. Si des prix sont artificiellement maintenus stables ou en même en hausse par de l’argent quasi gratuit alors qu’il y a déjà surproduction, le problème ne fera qu’empirer et l’éclatement conduira à une crise plus grave encore. C’est ce que nous vivons.

    J’avais déjà posté ici que, même si cette théorie était vraie, les deux mesures de quantité de richesse et de monnaie ne pourraient être réalisées que par des sondes statistiques, dont on connait l’extrême précision, et la célérité de mesure. Il s’agit d’un dogme qui relève de l’axiome du choix, pas d’une théorie qui serait vérifiable par l’expérience, surtout que nous en sommes les cobayes.

    Tu devrais consulter le site de Feteke ; on y trouve des choses forts intéressantes, notamment au plan historique, sur l’or étalon ou monnaie

  40. catherine dit :
    23 novembre 2008 à 17:40 Loïc Abadie,

    On ne peut pas refaire sempiternellement le même débat, on se moque un peu des mots, ils sont trompeurs, tout le monde le sait, complot pas complot, je laisse de côté si vous voulez.

    En revanche , un fait précis, 0,2% de la population mondiale contrôle la moitié de la capitalisation boursière de la planète, quand on parle des marchés financiers, il est bon d’avoir ce chiffre en tête n’est-ce-pas, de plus je reprends les propos de Mr Halimi, ” le pouvoir des marchés d’accaparer, de contrôler, de faire pression sur la collectivité et les états est la principale régression que nous vivons depuis trente ans, nous mesurons à peine ce qu’elle va nous coûter, que nous a-t-elle rapporté, qu’a-t-elle signifié?

    Elle a contredit un siècle de progrès économique et social, mais si cette force des marchés est déchaînée dans sa prise d’otage planétaire comme elle l’ était hier dans sa prédation de la valeur ajoutée c’est surtout car les états ont rompu ses chaînes, pour lui permettre d’aller dans une certaine direction connue d’avance, inégalitaire, en invoquant ensuite la force du destin ou l’idée qu’on y peut rien;, qu’on ne peut pas faire autrement, qu’il n’y a pas d’autre politique possible. En réalité, ce nouveau capitalisme a une histoire.Ce sont des politiques précises décidées avec des intentions précises qui ont débouchées sur la situation actuelle. Des politiques précises décidées avec des intentions précises au service d’une classe sociale précise et pas une fatalité qu’on nomme au choix dans les médias ou ailleurs, mondialisation, 3ème révolution industrielle, village global, libre échange, essor des valeurs individualistes, désir d’autonomie etc….”

    Plus que de complot, le mot qui fâche, disons alors qu’il s’agit de la rencontre de circonstances particulières avec une volonté particulière au service d’une intention précise celle de faire du profit avant tout, peut-être serons-nous d’accord!

    Il faut lire peut-être Upton Sinclair et Jack London pour se souvenir que “jouer “à la bourse n’est pas anodin, que les dividendes se paient avec du sang”symbolique”ou “réel “et au détriment de la dignité humaine, je peux comprendre votre désir de ne pas perdre vos acquis financiers, mais tous ces petits intérêts personnels mis bout à bout aboutissent à la dégradation de la vie sous toutes ces formes et il faudra bien un jour répondre de cela.

    Derrière des chiffres ronflants des comptes bancaires , il y a des vies qui s’éteignent, qui se perdent, qui s’épuisent, il faut s’en souvenir, c’est un vrai holocauste dont la responsabilité est diluée certes mais pas atténuée pour autant, nous devons nous souvenir de ce que coûte chaque euro gagné, c’est autant de perdu pour la dignité humaine.

    Peut-être que si demain les petits porteurs renonçaient à leurs actifs ça générerait quelque chose, je rêve peut-être, je ne sais pas?

    Il ne s’agit pas de vous juger en tant qu’individu précis je ne vous connais pas, mais il n’y a pas de raison a priori pour que vous soyez plus ou moins mauvais qu’un autre n’est-ce-pas, votre comportement boursier en revanche , peut être qualifié de mauvais car il a des conséquences très nuisibles sur la société, en vous faisant le défenseur ou conseilleur je ne sais pas trop des petits porteurs ça n’est pas neutre, ça a des conséquences.

    Je vous reconnais un certain courage en venant sur ce forum et en défendant vos points de vue, des points de vue ça peut toujours se changer n’est-ce-pas, surtout si l’on a le désir que vous manifestez semble-t-il de confronter votre parole à la parole de l’autre, ça augure d’ouvertures possibles….

  41. Armand dit :
    23 novembre 2008 à 18:32 @TL (22 novembre 2008 à 18:41)

    BASTA ?! le pouvoir de création monétaire est extrêment puissant. Le peuple doit le contrôler de très près.

    Sinon mes amis banquiers commerciaux et moi-même, banquier d’affaire, allons repérer des actifs intéressant, pas trop chers.

    Mes amis banquiers vont m’accorder un crédit à pas cher, avec de la monnaie qu’il créeront à cette occasion, pour acheter ces actifs les premiers. Je ferai ainsi monter les prix, même si pour cela on doit se revendre la chose entre nous.

    Quand ce sera devenu bullesque, je revendrai au plus haut à de pauvres gens qui se seront endettés auprès de mes amis. Je rembourserai l’emprunt et me serai enrichi de la différence. Sans n’avoir jamais eu d’argent, ni mes amis d’ailleurs.

    Si par malheur les pauvres gens ne peuvent pas rembourser, je rachèterai à la barre du tribunal, à des taux hyper-bas à cause de la déflation. Sinon mes amis continueront d’encaisser de jolis intérêts calculés sur un montant élevé et à un taux élevé.

    Qui a le contrôle de la monnaie peut s’approprier des richesses par le seul jeu de l’inflation puis de la déflation. C’est pour cela que le débat sur la monnaie est fondamental, au moins pour prendre conscience de son importance et des conséquences encourues à s’en désintéresser.

  42. Xa dit :
    23 novembre 2008 à 22:38 Bonjour Paul,

    La vidéo de Paul Grignon m’a aussi bien longtemps turlupiné, et je suis ravi d’avoir un résumé de l’erreur qui s’est glissée dans la vidéo, estampillé “avis d’experts”.
    Cependant, je trouve que l’explication n’est pas énoncée clairement: vous parlez d’un résultat de 90.000 au lieu de 100.000. Dans le cas de Paul Grignon, la banque fait un dépôt à la Banque centrale de 1111,12 dollars, elle aboutit donc à un résultat de 10.000 dollars. Le résultat de 90.000 dollars s’obtient à partir d’un dépôt de 10.000 dollars à la banque centrale.

    Pourriez-vous clarifier cela dans le texte ?

  43. daniel Dresse dit :
    24 novembre 2008 à 01:41 Votre abnégation vous honore –vis-à-vis de certaines personnes s’entend. Moi je renonce et, d’une manière plus générale, je me sens de moins en moins à l’aise ici. Depuis que je m’efforce –depuis plusieurs années maintenant- de comprendre toutes ces questions économiques et financières, j’ai l’impression de devenir moi aussi insensiblement un trotteur avec des œillères. L’angle de vision du monde adopté dans ces débats finit par m’effrayer.

    La seule contribution qui m’a un peu décillé les yeux ces dernières semaines a été celle de Jean Baptiste, le 21 novembre (14h11). En très peu de mots, il a tout dit. Nous sommes censés en outre réfléchir sur ce que pourrait être une constitution économique. Bien ! S’il s’agit d’une constitution des robins -je voulais dire des experts- gracieusement octroyée aux imbéciles, j’ai presque envie de dire à quoi bon une de plus ?

    Avant de prendre congés, laissez moi vous glisser un dernier commentaire sur l’une des phrases ultimes de votre billet (charmant par ailleurs). Ne vous faites pas avoir non plus avec ces histoires de « petits porteurs ».
    Le « petit porteur » comme le « capitalisme populaire », son frère siamois, est un mythe, bon a nourrir un scénario fade pour concepteur de chez Walt Disney. Le petit porteur, dans l’écrasante majorité des cas, n’est qu’une tirelire anonyme qui s’en remet complètement à un intermédiaire –généralement une OPCVM de type SICAV- pour gérer ses pièces jaunes.
    S’il a la chance de posséder directement une miette de capital dans une société, c’est le pigeon que l’on fera voter dans une assemblée générale, après lui avoir collé une heure avant dans les mains un rapport suffisamment informé pour le faire voter dans le bon sens. Les esprits « réalistes » pourront bien me dire qu’il en est à peu près de même dans toute élection dite démocratique, et je leur répondrai alors « : « c’est exact et ce n’est pas un hasard ».

    Je sais bien que le « petit porteur », comme tout ce qui est petit et porteur, est presque l’archétype de l’obsessionnelle « solution individuelle » chère aux ultralibéraux (c’est marrant comme ceux-ci –tout comme les ultras gauchistes- ont le chic pour se caser parallèlement dans la fonction publique).
    Tout ceci est à vomir.
    Sortie de bal.

    Bien à Vous.
    D.D.

  44. Rumbo dit :
    24 novembre 2008 à 10:10 Loïc Abadie dit :
    22 novembre 2008 à 04:08

    Vous ne croyez pas, ne serait-ce qu’historiquement pour passer dans une “pièce habitable” beaucoup plus aérée naturellement (de la nature), qu’une couverture à 100%-monnaie, déjà, et gérée par des banques commerciales faisant (enfin!) leur vrai métier, préserverait du “tout-État”? Et que la création monétaire et son émission ne relevant que d’un organisme (genre statut ministère de la Justice avec financiers asermentés) garantirait contre le tout-marché et tout-finance?
    Vous pouvez voir si vous ne connaissiez pas: http://assoc.pagespro-orange.fr/aded/

  45. A. dit :
    24 novembre 2008 à 13:31 Bonjour,

    Je prends à la volée un débat qui a commencé il y a quelques mois et dont je viens de parcourrir les posts. Je vais certainement revenir, de manière peut-être maladroite, sur certains points qui semblaient déjà tranchés.

    Paul Joiron écrit en conclusion :
    “Le vrai débat sur la monnaie peut donc commencer, portant sur le rapport entre les banques centrales et les états pour ce qui touche à la dette publique, les politiques des banques centrales et leur « indépendance », les intérêts payés dans le cas du crédit à la consommation, les opérations spéculatives des banques sur leurs « fonds propres », etc. Les sujets ne manquent hélas pas et nous avons du pain sur la planche !”

    Il me semble que :

    1- Considérant que la monnaie est un rapport social (cf. l’extrait d’Adam SMith que P.J a cité dan l’un de ses billets), la question des institutions et des rapports de force devrait être un point focal.

    2- (Au risque de dire d’énormes inepties, mais l’anonymat préserve du ridicule). C’est le cadre conceptuel de cette discussion qu’il faudrait reposer. La monnaie pourrait s’analyser comme une langue : elle serait le signifiant et la valeur du bien qu’elle désigne est le signifié. Il ne s’agirait moins d’observer un phénomène (ici la création de la monnaie) que de tirer au clair les conceptions sémantiques que l’on utilise pour traiter de ce sujet.

    3- Cette discussion sur la monnaie me fait penser à la conception de la religion pour Durkheim. La religion est la forme hypostasiée de la société. Parallèlement, la monnaie est la réification de la croyance en la valeur comme rapport social.

    4- Comme la grammaire est l’ombre du monde, la monnaie, en tant que “signe” est le reflet de l’ordre social.

  46. Boris dit :
    24 novembre 2008 à 17:23 Le problème avec “l’illusion des banques qui créent l’argent” et de ses arguments imbriqués, c’est qu’il est impossible de débattre de l’expression “les crédits font les dépôts” sans se voir opposé l’argument des “réserves fractionnaires” dont il sera impossible de débattre sans se voir opposer le terme “ex nihilo” cité par Allais, puis le phénomène de la “panique bancaire”. Le débat tourne autour du pot comme une théorie qui ne veut être contredite.

    Si, comme je le pense, le postulat mathématique est faux, les citations sorties de leur contexte, les expressions populaires prises au premier degré, alors j’y vois des préjugés. En débattant du signifié, on en oublie le signifiant, or «le concept de chien n’aboie pas».

    @ Armand
    Dans le billet sur la vidéo de Paul Grignon, vous dites :

    Ce calcul ne me semble pas correct ; il suppose que « les dépôts font les prêts », c’est-à-dire que le banquier re-prête, en partie au moins, ce que ses clients lui déposent. Et ce, de façon récursive. Or c’est le contraire : « les prêts font les dépôts »

    Mais “Les dépôts font les crédits” est une expression. Dans ce cahier de Travaux Pratiques pour élèves de 1ere, fiche 8 Les exercices 1.1 a et b enseignent distinctement les deux expressions, deux processus “comptables”. On pourrait dire “les passifs font les actifs”, “les actifs font les passifs” ; un œuf de poule donnera naissance à une poule qui pondra des œufs. Pourquoi affirmer telle une vérité «c’est le contraire : les crédits font les dépôts» ! Les oeufs font les poules mais les poules ne font pas d’oeufs ?

    @ Xa
    Les 1.111,12$ sont les “réserves fractionnaires” mais pour prêter 10.000$, il faut 10.000$. Paul dit : Les 10.000$ peuvent être empruntés auprès de la Banque centrale ou auprès des déposants. J’ajouterai auprès du marché interbancaire à court terme c’est-à-dire auprès des autres banques (sans collatéral contrairement au cas d’un emprunt auprès de la Banque centrale). Les 10.000$ mettront en circulation par dépôts-crédits successifs 90.000$. Le “multiplicateur” que Paul explique à l’aide d’une grille en commentaire dans ce billet . Cependant là non plus pas de “scandale” car il y a conservation des quantités.
    Mon fils dépose 10 ballons dans son placard. Sa sœur emprunte 9 ballons qu’elle remplace par 9 morceaux de papier sur lesquels elle écrit “je remplace le ballon dans cinq minutes”. Puis ma fille dépose les 9 ballons dans son placard. J’arrive à mon tour et lui emprunte 8 ballons que je remplace par des bouts de papiers.
    Non, à ce moment là il n’y a pas 27 ballons dans mon appartement. Il n’y a toujours que 10 ballons et 17 ballons “scripturaux” ont été “créés” mais pas ex nihilo. Oui, en cas de panique dans l’appartement, mes enfants ne trouveront qu’1 ballon chacun dans leur placard et je serai sûrement désigné comme responsable. Mais si au bout de cinq minutes ma fille replace 1 ballon et échange ses bouts de papier par les miens, lorsqu’à mon tour je replacerai mes 8 ballons tout sera revenu à la normale. Les dettes auront été détruites.

    – La “monnaie scripturale” ou monnaie “qui passe de compte en compte au lieu de circuler de la main à la main”, selon Maurice Ansiaux qui invente le terme en 1912, est une “monnaie de compte” : des créances-dettes qui s’annulent.

    – Oui la “panique bancaire” est un fait réel qui ne peut être nié. Mais remettons les “réserves fractionnaires” dans leur contexte : la loi des grands nombres, un calcul statistique de probabilités. Or les paniques bancaires ne doivent rien au hasard, elles sont des événements humains légitimes.

    Ainsi “la panique bancaire” n’est pas un argument qui prouve le caractère “ex nihilo” mais son utilisation dans le débat prouve que les partisans de la “création” ont une vision “exogène” de la “monnaie scripturale” comme le dit justement Fred L. Ils la “considère” (comme dans la citation de Allais) comme de l’argent et non comme une réserve de valeur. Ceci parce que l’on peut payer de manière “scripturale”. Pas touche au grisbi que je viens de déposer en “monnaie de compte”, c’est ma propriété ! Le système bancaire ne peut plus être perçu comme une machine à déthésauriser “l’argent qui dort” (déposé en compte et qui n’est pas utilisé tout de suite comme moyen de transaction) : une “monnaie endogène” qui circule vite, c’est un coffre fort troué tenu par des banquiers faiseurs de “fausses promesses”. Et l’on répond par les agrégats des “masses monétaires”. Mais il faut croire au Père Noël pour voir un scandale dans le fait qu’il n’existe pas.

    De ce que j’ai lu des partisans de “l’illusion des banques qui créent l’argent”, ils préconisent le retour à l’étalon-or (voir au bimétallisme) telle la Currency school dont les héritiers naturels sont les monétaristes, Milton Friedman. Et l’encyclopédie Universalis nous dit « Depuis au moins un siècle, les auteurs reconnaissent que les banques de dépôt sont, elles aussi, créatrices de monnaie. », un argument qui revient souvent comme une preuve du bien fondé de la “création ex nihilo”. Mais j’y vois surtout un constat : “Depuis un siècle” des économistes débattent. Pros contre antis étalon-or puis Keynes versus Friedman. Les libéraux ont gagné, “les banques créent l’argent”. Et « l’intérêt constitue la rétribution de l’investisseur pour l’inconvénient de s’être temporairement départi de son capital» touche pas à mon grisbi te dis-je ! Et l’on peut croire que les Banques centrales triomphent de l’inflation en augmentant leur taux directeur.

    Comment peut-on reprocher à Greenspan d’avoir cru à des chimères, au plan Paulson de sauver les banquiers plutôt que les banques, au G20 de se féliciter de ne rien remettre en cause, à la croissance d’être vaine, au développement d’être durable, quand on colonise soi même son imaginaire de “l’illusion des banques qui créent l’argent” ?

  47. BDphile dit :
    25 novembre 2008 à 15:25 Tous,

    La difficulté du débat et de ses avancés provient peut être de l’étendue de notions recouvertes par le sujet.
    (le travail, les acteurs, les intérêts, la création, les prix, la valeur, le risque, le temps, les buts, les causes, la morale, les mathématiques, …)

    Pour certains acteurs, la monnaie serait un moyen.
    Pour d’autres serait une finalité.

    Un système qui mélange moyen et finalité peut il être stable et juste ?

    Si l’on souhaite amoindrir les dérives de ce système peut être faut il axer ses efforts sur cette articulation moyen/finalité.

    Malheureusement les acteurs de ce couple ont tellement besoin les uns des autres que cela rend toute possibilité de réforme impossible (à mes yeux) sinon celles qui renforcent le couple.

  48. Jean-Baptiste dit :
    27 novembre 2008 à 01:07 Je fais une réflexion sur la répartition des richesses capital/travail en partant d’une hypothèse que la croissance moyenne est entre 2 et 3% en moyenne dans nos sociétés occidentales en moyenne sur 30 ans. D’autre part je part du fait que l’on travaille en moyenne 30 ans et je calcule quelle est la part de la richesse dont peut disposer chacun. Je parle de disposition de la richesse et non de répartition du revenu pour débattre du droit de la propriété privée face au travail.
    J’admets aussi que suite aux aléas de l’Histoire le fait d’hériter de quelques chose ne veut pas dire que vous disposer à tout coup de l’ensemble des richesses produites par vos ancêtres ni que ceux qui hérite ne dispose pas du travail des autres mais j’essaye de montrer que ceux qui disposent de la richesse aujourd’hui vont encore plus disposer de la richesse produite par le travail des autres.

    En partant d’une croissance de 2% par an le gain sur 30 ans est de 1.02^30=1.81
    En partant d’une croissance de 3% par an le gain sur 30 ans est de 1.03^30=2.42

    Donc première chose quelqu’un qui travaille et qui dispose de ce qu’il produit n’a au mieux ajouté que 1.42 sur 2.42 soit 1.42/2.42=0.58 soit de 58% de la richesse repartie uniformément à la fin
    au moins bien a ajouté que 0.81 sur 1.81 soit 0.81/1.81=0.44 soit de 44% de la richesse repartie uniformément à la fin.

    Donc entre 42% et 56% de la richesse n’est pas du au travail réellement produit par les personnes durant leur carrière.
    De plus ce n’est qu’un résultat à la fin au départ on part de 0
    Donc si on divise par 2 pour avoir la médiane on ne dispose en moyenne dans sa vie plus que
    de entre 21% et 28% de la richesse que l’on a produite.

    On disposerait au départ de 0% de la richesse en commençant à travailler et au mieux de 58% de la richesse uniformément répartie.

    On peut dans ce cas parler des héritages. Mais là déjà tout le monde n’en a pas !

    Donc certains disposent de la richesse restante.

    Aujourd’hui on considère que ce sont des investisseurs qui disposent de la richesse et qu’ils demandent à ce titre la moitié du bénéfice produit

    Donc si pour travailler on a besoin d’un investisseur

    On recommence il reste
    1.42-(1.42/2)-1{le 1 est l’état de depart dont on en disposait pas}=0.71 à diviser par 2.42 soit 29% donc on ne dispose plus que de 29% de la richesse uniformément répartie puisque pour travailler on a eu besoin d’un investisseur
    0.81-(0.81/2)-1{le 1 est l’état de depart dont on en disposait pas}=-0.10 à diviser par 1.81 donc on n’a donc perdu de l’argent que l’on avait même pas au départ et on a travailler pour s’endetter !

    On peut donc se poser beaucoup de questions
    1°) En effet ce qui peut fonctionner avec une croissance à 3% permet par son travail de disposer finalement d’une partie de la richesse mais très inférieure à la distribution uniforme de la richesse
    2°) Avec une croissance à 2% vous travaillez pour pouvoir vous endetter !
    3°) Pourquoi certains disposent de la richesse qu’il n’ont pas produite si même en tant qu’investisseur
    ils ne permettent pas de redistribuer la richesse avec le travail.

    Résultat : plus la croissance est faible, plus le richesse va au capital au point même d’endetter le travailleur pour avoir le “droit” de travailler
    et pour ne disposer à la fin que d’une part infime de la richesse au mieux!

    Ceux qui évitent cela :
    Disposer d’un héritage
    Disposer d’une rémunération plus forte que ce que l’on produit réellement et socialement admise ce qui n’est pas le cas pour les employés en général puisqu’on leur attribue seulement une part de ce qu’ils produisent

    Les plus pauvres étant ramenés au paradigme “produisez la richesse dont vous voulez disposer”
    ne peuvent que devenir plus pauvres et n’en n’ont mathématiquement pas la possibilité sauf à avoir des capacités de travail surnaturelles.

  49. A-J Holbecq dit :
    2 décembre 2008 à 10:29 Malgré nos demandes réitérées Paul ne peut pas justifier son affirmation sur la conservation des quantités de monnaie (tous les chiffres, toutes les statistiques prouvent d’ailleurs le contraire), et c’est normal qu’il ne puisse le faire car il n’y a aucune conservation des quantités de monnaie.
    Et non plus, ce n’est pas la banque Centrale qui émets toute la monnaie supplémentaire correspondant à l’augmentation de richesse par le travail … “nous” l’avons amplement démontré..

    “Le vrai débat sur la monnaie” ne peut pas encore commencer tant que ceux qui veulent le lancer n’auront pas compris que c’est bien le système bancaire dans son ensemble qui est “créateur” de monnaie (et monnaie n’est pas synonyme de richesse, mais de “moyen de paiement”).

    Je vous livre une définition de la monnaie, qu’on m’a signalé ce matin:

    La monnaie n’est finalement qu’une dette de banque qui circule, un élément du passif bancaire accepté comme moyen de paiement. L’essentiel est que cette créance puisse ensuite être librement utilisée sur les marchés, en clair qu’elle soit reconnue comme une véritable monnaie.

    et aussi

    Un acte de création monétaire consiste a transformer des créances sans pouvoir libératoire (titres de crédit, actions, obligations) en moyen de paiement. C’est donc nécessairement un acte qui mets en relation un agent non financier – particulier, entreprise, collectivité publique – et une institution disposant d’un pouvoir monétaire, c’est-à-dire émettant une créance sur elle-même qui sera accepté comme moyen de paiement.

    Avec ceci notre vrai débat sur la monnaie (sur la nécessité de laisser ce droit de création dans des mains privées, d’imposer aux Etats de se financer auprès d’elles, mais surtout sur la justification de l’intérêt) pourrait-il enfin commencer ?

  50. Paul Jorion dit :
    2 décembre 2008 à 17:19 @ A-J. Holbecq

    Les différents chiffres relatifs aux masses monétaires comptent plusieurs fois les mêmes flux monétaires, ils ne prouvent pas une infraction à un principe de « conservation des quantités ». On en a déjà parlé.

    Tu reproduis deux citations (je passe sur le fait qu’elles sont anonymes et hors-contexte) à l’appui de ta thèse – qui semble être que chaque banque est son propre émetteur de monnaie et n’en fait qu’à sa guise – mais regarde ce qu’elles disent :

    Un acte de création monétaire consiste à transformer des créances sans pouvoir libératoire (titres de crédit, actions, obligations) en moyen de paiement.

    Quel serait le principe qui s’appliquerait à cette vraie « transformation », fausse « création », sinon un principe de « conservation des quantités » ? Aucun ? A l’arbitraire des banques ?

  51. A-J Holbecq dit :
    2 décembre 2008 à 17:41 En ce qui cncerne les masses monétaires, malheureusement je ne puis intégrer d’images … il faut donc aller voir celle ci : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Components_of_the_United_States_money_supply2.svg

    Mais tu as raison … il n’y a de monnaie directement utilisable que dans M1 (monnaie centrale + DAV) … mais regarde aussi la “pente” de M2 et M3 car c’est de la “quasi monnaie”

    Je pensais que les extraits pourraient nous “réconcillier” sur la définition de la monnaie .. désolé de m’être trompé . Pour info les extraits viennent de ce livre qui explique, parfois un peu différemment de ce qu’on voit habituellement, la création monétaire ( les extraits accessible, à partir de la page 55).
    http://books.google.fr/books?id=Ipc1I0sIa28C&printsec=frontcover

  52. Stubborn dit :
    2 décembre 2008 à 17:46 @A-J Holbecq
    Choisissant ces définitions de la monnaie vous aboutissez à identifier la monnaie à une institution : la banque. Or il me semble que ni la banque ni la finance ne fondent une société marchande et ses valeurs (ex. : la rareté). Les banques tricotent, ficellent, embrouillent, si vous voulez, mais elle ne fondent pas. Je pense donc pour ma (petite) part que nous devons plutôt réfléchir en amont du système bancaire, loin de l’impasse des ex nihilo, et au-delà de ce qui nous enferme (ex. : un légitime sentiment d’injustice).
  53. A-J Holbecq dit :
    2 décembre 2008 à 17:52 @Stubborn

    Tout à fait d’accord, mais notre débat était sur la monnaie (cf le titre du billet). Je ne demanderais pas mieux que soient ouverts de nouveaux débats sur les modèles économiques ou de développement par exemple…

  54. jean-pierre dit :
    2 décembre 2008 à 20:58 Je suis allé sur ce blog par hasard et je viens de lire une partie des commentaires sur la création monetaire. J’enseigne l’économie depuis plus de 20 ans et la création monetaire par le crédit est un chapitre comme un autre. Ne compliquez pas trop ce qui à la base est tres simple. Je n’ai pas le temps de donner mon explication mais en gros c’est ce que dit Mr Holbecq .
    Bon debat à tous.
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22 – « Ex nihilo » : un dernier mot

22 11 2008

Publié par Paul Jorion

Ce texte est un « article presslib’ » (*)  :

Les derniers échanges, à la une, ici sur le blog, et en coulisses, par courriels interposés, m’ont fait comprendre dans quelle rage profonde la crise actuelle fait plonger certains d’entre vous, rage entretenue par la frustration de voir le monde politique, prisonnier de ses querelles de personnes, se désintéresser pratiquement complètement de la question.

Votre indignation est telle que certains d’entre vous excusent des faits que je révèle ici pour les dénoncer : dans le meilleur des cas, des raccourcis dans la recherche de la vérité et, dans le pire des cas, des falsifications délibérées. La justesse de la « cause » justifierait des escroqueries intellectuelles dues à l’incompétence, à la rouerie, voire aux deux combinées, du moment qu’elles fassent avancer la « cause » dans la bonne direction.

A ceux-là je réponds : « ¡No pasarán! » Pas de compromis possible : pas de raccourcis dans la recherche de la vérité, la maison ne vend pas de ce produit ! Je ne me retrouve pas seul et cela me réconforte. La journée d’hier m’a donné l’occasion d’échanger pour la première fois des messages avec Loïc Abadie. Je savais que nos analyses en général se rejoignent, je savais aussi que nos raisons souvent divergent, mais sur ce point-là en particulier, je sais maintenant que nos points de vue sont absolument identiques, et que nous pouvons compter l’un sur l’autre pour coordonner nos efforts. Nous y veillerons !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite

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93 réponses à “« Ex nihilo » : un dernier mot”
  1. Vincent 1er Jedi dit :
    22 novembre 2008 à 23:51 Oui
  2. Bonafi gilles dit :
    23 novembre 2008 à 00:35 Paul, je reprends tes propos:”escroqueries intellectuelles dues à l’incompétence, à la rouerie, voire aux deux combinées”. Paul Grignon et Maurice Allais apprécieront. N’oublions pas que ce dernier a déclaré:
    « Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement condamnée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents. »Voici la source:
    La Crise mondiale d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires, Maurice Allais, éd. Clément Juglar, 1999, p. 110.
    Même si je pense que toute création de monnaie dépend avant tout de l’augmentation de la base monétaire par la banque centrale, l’on ne peut balayer comme cela le travail de Paul Grignon qui s’appuie sur celui de Maurice Allais. Murray Rothbard (école autrichienne) a lui aussi comparé la création de monnaie à de la magie.Source:Fractional Reserve Banking, Murray Rothbard in The Freeman, 1995. Par ailleurs, un des gros problèmes aux USA est celui de la dette des ménages qui bat tous les records.
    En conclusion, je me pose de plus en plus de questions, et, j’envie ceux qui peuvent juger les autres et qui ont donc des certitudes.
  3. Armand dit :
    23 novembre 2008 à 00:48 « la recherche de la vérité » : vaste programme, Paul, comme disait le Grand Charles ; peut-être n’existe-t-elle pas ; que sa perception dépend du point de vue et que, en toute honnêté, chacun la très voit différemment ; c’est bien l’intérêt d’un blog ouvert par rapport à des médias uni-directionnels.

    selon que tu seras en x, y ou z …

    http://www.amazon.fr/gp/product/images/2100523066/ref=dp_image_text_0/280-1592864-3955227

  4. Greg dit :
    23 novembre 2008 à 01:04 J’avoue que j’ai un peu de mal à comprendre ce que l’erreur de Paul Grignon change fondamentalement au débat sur la monnaie. Au final, que l’effet de levier induit par les régles prudentielles soit de 1:9 ou de 1:90, l’effet me semble être identique : Captation de la richesse produite via les intérêts perçus qui permettent alors d’émettre encore plus de crédit et donc de capter encore plus de richesses.

    Le droit à créer une monnaie scripturale accordé aux banques commerciales a, je suppose, pour but premier une fluidification de l’économie en permettant aux agents de cette économie de créer de la richesse.
    Il semble bien que ce but ai été détourné, intentionnellement ou non, et que ce rôle fludificateur ne soit devenu un boulet pour l’économie.

    Je ne préjugerai pas des intentions de Paul Grignon et d’autres ayant dénoncé ce système, j’aimerais juste comprendre en quoi cette erreur change la donne ? Y a-t-il un point qui m’aurait échappé ?

  5. nuknuk66 dit :
    23 novembre 2008 à 01:46 D’accord. Mais le savoir ne doit pas être réservé à quelques uns. Il est absolument indispensable que, comme l’ont fait les philosophes des Lumières, certains se donnent la peine de faire comprendre aux populations, en les vulgarisant, des principes tels que la monnaie, les devises…Que des choix (qui paraissent de prime abord curieux) comme celui de retirer à l’Etat le droit de “battre monnaie” puissent être débattus, argumentés, compris.
    S’abriter devant la complexité de la théorie pour refuser de l’expliquer simplement est un aveu d’échec: en effet, cela signifie que le contrôle démocratique n’a pu s’exercer, puisque les députés, en dignes représentants de leurs citoyens, n’étaient pas mieux armés pour les comprendre (parfois même moins armés si j’en juge par mon député local). Et que nous sommes à la merci de lobbies et groupes de pressions qui habillerons leur expertise derrières une opacité de plus en plus importante pour se rendre indispensables.
    “Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément” (Boileau). Vite ! le retour des comptes philosophiques et des encyclopédistes !!!
    Autre observation :S’il n’y a pas aujourd’hui de ruée sur les banques, c’est tout simplement parce que les gens ne pourraient rien en retirer que de l’argent papier dont ils seraient ensuite bien embarrassés…et qu’il est aujourd’hui obligatoire de disposer d’un compte en banque, pour toutes sortes d’opérations (chèque, virement EDF, eau, téléphone, mutuelle…).
    Même les RMistes sont obligés d’avoir un compte de dépot à la poste pour le versement mensuel de leur subsides et payer leurs abonnements !!!
    Bref, nous sommes pieds et poings liés à un systéme dont l’intérêt de la majorité de la population serait d’obtenir la mise à mort…une fois qu’elle aura l’idée de par quoi le remplacer.
    Même si je crois à l’accélération de l’histoire en certains moments de crises. Les débuts de la révolution française, la commune de Paris, la constitution des soviets en 1917…comment la perception des choses bascule pour la population, qo pour la première fois s’implique…
  6. Pierre-Yves D. dit :
    23 novembre 2008 à 02:09 @ Bonafi Gilles

    “Maurice Allais” est un nom. Il me semble que ce n’est pas parce que Maurice Allais est prix nobel et jouit d’une certaine notoriété que ses dires seraient paroles d’Evangile et, surtout, j’y insiste, qu’ils seraient dénués, parfois, à certains égards, de raccourcis de langage ou manque de rigueur, voire de contradictions. Et cela n’invalide pas d’ailleurs pas a priori certains de ses raisonnements qui sont faits sous ce nom. Je cite ici Maurice Allais, mais cela peut évidemment concerner n’importe qui. Einstein a été le génie que l’on sait, mais ce n’est pas pour autant que tout de qu’il a dit avait toujours le même degré de pertinence … dans les domaines scientifiques et non scientifiques.

    Ainsi, si je rapproche les deux citations que vous avez produites de Maurice Allais :

    “Fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiement ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire …”

    « Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement condamnée par la loi…”

    Il ne me semble pas qu’il dise exactement la même chose dans les deux cas. Stricto sensu, dans la première occurence ce sont les “moyens de paiement” qui sont créés “ex nihilo”. Dans la deuxième, c’est la “création monétaire” qui est “ex nihilo”.

    Quand il évoque des “moyens de paiement”, il n’implique pas nécessairement que les dits moyens de paiement ne se rapportent pas à quelque chose de déjà existant. Il mentionne d’aileurs lui-même le phénomène multiplicateur, c’est que donc quelque chose est multiplié….

    Donc, de la première assertion à la deuxième il y a un glissement de sens. Du moyen de paiement crée à partir de rien il passe à la monnaie crée à partir de rien, d’où son évocation de la fausse monnaie dans le dernier cas. De plus, si l’on rapproche ses deux assertions, cela revient à assimiler le mécanisme du crédit à la fabrication de fausse monnaie ! Un peu fort de café tout de même ! Ou alors je n’ai rien compris. Mais je ne suis qu’un béotien. Je ne demande qu’à comprendre.

  7. LeSurHumain dit :
    23 novembre 2008 à 03:50

    « La masse monétaire englobe les différentes formes de monnaie existant dans un pays à un moment donné pour assurer le financement de ses activités. Elle se répartit entre des individus et les collectivités, privées et publiques. Tout le stock monétaire n’est pas constamment utilisé et il y a lieu de distinguer la circulation monétaire (…) et la masse monétaire (…) »
    H. Germain-Martin, in Jean Romeuf, Dictionnaire des sciences économiques (1956-1958), article Monnaie.

    Mais que ce passe-t-il vraiment lorsque la circulation monétaire (la somme des moyens de paiement en circulation) est “supérieure” à la masse monétaire (l’ensemble des valeurs susceptibles d’être convertis en liquidités) réelle ?

    Et pourquoi donc le M3 n’est plus publié par la “Réserve fédérale des Etats-Unis” depuis le 24 Mars 2006 ?

    Selon la Fed dans son communiqué laconique du 10 novembre 2005, révisé le 9 mars 2006 :

    “M3 does not appear to convey any additional information about economic activity that is not already embodied in M2 and has not played a role in the monetary policy process for many years. Consequently, the Board judged that the costs of collecting the underlying data and publishing M3 outweigh the benefits.”

    Mais c’est du “foutage de gueule” à l’état pur !!!

    Pour finir, je conclurai avec une pointe d’humour (dans la série “la finance pour les nuls”) par un exercice sur la circulation monétaire pris dans un manuel d’économie :

    Afin de séduire Mlle Ginette, M. Albert, modeste employé, imagine le stratagème suivant. Rassemblant ses maigres économies, il loue pour la journée une Rolls-Royce avec chauffeur et s’offrent tous les signes extérieurs de la richesse (costumes, manucure, etc.). Satisfait de son travestissement, il passe chercher Mlle Ginette à la sortie de son travail et se rend en sa compagnie chez le plus grand bijoutier de la place Vendôme. Là, il achète, en toute simplicité, un bijou pour sa bien-aimée et règle par chèque bancaire (sans remplir l’ordre, pour en laisser le soin au bijoutier), pour un montant de 150.000 €. Le vendeur, habitué à ménager la susceptibilité d’une clientèle de luxe, ne lui fait pas l’affront d’une vérification d’identité. Bien plus, tout à sa joie d’avoir réalisé une marge de 75.000 € sur cette transaction, il veut dépenser sans attendre le produit de sa vente. Muni du chèque, il se précipite chez l’un de ses amis, concessionnaire de bateaux, pour acheter enfin le catamaran de ses rêves. L’affaire est conclue pour un prix de 150.000 € ; le bijoutier paye en transférant le chèque, car son ami lui fait confiance. Ravi à son tour d’avoir réalisé un bénéfice de 75.000 €, le concessionnaire doit voir son ami l’agent immobilier pour lui acheter studio valant 150.000 €. Se créer ainsi une chaîne de 10 personnes ayant accepté de recevoir le chèque en paiement d’une transaction. Hélas, le 11ème vendeur refuse de faire confiance au 10ème : après vérification, on découvre qu’il s’agit d’un chèque sans provision. Que faire ?

    A) Chaque intermédiaire se retourne contre le précédent ; toutes les transactions sont annulées ; chaque vendeur perd 75.000 € et le plaisir de posséder un objet longtemps convoité ; on lance les polices du monde entier aux trousses de M. Albert…

    B) Les 10 premiers intermédiaires se réunissent : ils comprennent que la solution a petit à petit induit une perte totale de 750.000 € et ils savent que M. Albert est insolvable. Ils décident donc de se cotiser, chacun versant 1/10 de la somme, soit 15.000 €, pour dédommager le 11ème vendeur et préserver un gain résiduel de 60.000 €, sans révéler l’escroquerie du modeste employé.

    Cet apologue sans prétention permet de découvrir certains traits essentiels de la monnaie et sa morale économique concerne directement les responsables de la politique monétaire :

    * La monnaie a de la valeur parce qu’elle circule, mais elle circule parce que l’on croit qu’elle a de la valeur. Tant que le chèque de M. Albert a circulé, il a fonctionné comme de la monnaie. Il a circulé tant que les intermédiaires ont accepté en paiement cette reconnaissance de dette. L’acceptation reposait sur la valeur accordée à la signature est à elle seule. La monnaie est le résultat d’une convention ; au-delà ou en deçà de cette convention, il n’y a rien.

    * La monnaie est un lien social entre les agents économiques, elle fonctionne comme un langage. Les protagonistes de notre fable ont compris que ce qui importait, c’était l’échange de biens et services entre eux. Sans ce chèque en bois, les transactions n’auraient pas eu lieu, les agents ne se seraient pas enrichis. Lorsque le doute s’installe, la crise monétaire provoque l’implosion du système d’échange : toutes les relations qui constituent la trame de l’économie sont annulées. Chacun découvre, parfois trop tard, qu’il dépend de tous les autres et que le fonctionnement de l’ensemble présuppose l’existence d’un lien : la monnaie.

    P. Combemale, JJ Quilès, L’Economie par le circuit, Nathan.

  8. LeSurHumain dit :
    23 novembre 2008 à 06:29 Loïc Abadie dans “Le rôle des agrégats monétaires” dit le samedi 10 mai 2008 :

    (…)
    – A l’autre bout de la chaîne, nous avons l’agrégat M3, qui prend en compte une définition de la monnaie beaucoup plus large. La Fed a cessé de publier ses données sur M3 en 2006, on en était alors à un niveau de 10200 milliards de $. En extrapolant les tendances de 2006 et l’évolution d’un autre agrégat (M2), on peut estimer que nous sommes aujourd’hui à environ 13000 milliards de $ pour M3 (presque 10 fois plus que M1).

    Contrairement à M1, M3 est actuellement en croissance rapide (13 à 15%/an), et on observe la même tendance en Europe.

    Un point essentiel à signaler : M3 est lié essentiellement à la partie « crédit » de la création monétaire (justement celle que les banques centrales ne contrôlent pas directement).
    Ceux qui affirment que la FED fait « fonctionner la planche à billets » ou “fabrique de la monnaie anarchiquement” parce que M3 augmente n’ont pas compris ce qu’est l’agrégat M3, et ce qui contrôle son évolution.

    Les liens entre M3 (monnaie au sens large) et inflation.

    Beaucoup de partisans des thèses inflationnistes avancent en argument que la forte hausse actuelle de M3 serait un signe d’inflation. En réalité, dans une situation comme la situation actuelle ou la situation du Japon dans les années 80-90, il n’y a aucun rapport entre M3 et niveau d’inflation : la monnaie « M3 » est créée par les ménages et acteurs économiques qui accumulent les emprunts, pas par la banque centrale.

    Voici un graphique extrait d’un article très intéressant publié sur gold eagle par Heinrich Léopold.

    Il montre l’évolution d’un agrégat analogue à M3 et de l’inflation au Japon entre 1980 et 2000. J ‘ai vérifié les informations publiées sur d’autres sources, ce graphique est exact.

    La forte croissance de la masse monétaire large (type M3) au Japon n’a non seulement pas provoqué d’inflation, mais a été suivi d’une décennie de stagnation des prix à la consommation associée à l’implosion de la bulle de crédit japonaise. Dès que la crise du crédit s’est accentuée au Japon à partir 1991, M3 a brutalement stoppé son expansion.

    L’inflation d’aujourd’hui est provoquée par la forte demande des pays émergents, principalement en matières premières, certainement pas par la politique monétaire des USA. Si cette demande continue de croître rapidement, les pressions inflationnistes persisteront, sinon (cad si les émergents sont touchés par la crise en cours), elles disparaîtront pour laisser la place à une récession déflationniste.

    La FED peut-elle conduire délibérément une politique inflationniste ?

    Nous avons vu que la FED ne crée que très peu de monnaie aujourd’hui, contrairement aux idées reçues. On peut se demander si elle va changer de politique à l’avenir.

    En théorie, la FED a le pouvoir de relancer l’inflation : elle pourrait par exemple tripler la masse de $ existants en billets et pièces (ce qui est sous son contrôle) et faire « exploser » à la hausse la quantité de monnaie au sens strict (M1) : la valeur théorique du $ serait divisée par 3, et on multiplierait ensuite les salaires par 3…les épargnants seraient globalement ruinés, mais la dette en excès aurait été gommée par l’inflation.

    En pratique, cette solution “sympathique” est impossible à appliquer pour deux raisons :

    – Si la FED se lançait dans cette «aventure», les marchés et les pays étrangers perdraient toute confiance dans le $ : la chute de sa valeur dépasseraient largement ce qui aurait été prévu, et les américains ne pourraient plus acheter à l’étranger les produits dont ils ont besoin (et perdraient toute crédibilité économique sur le plan international).

    – L’inflation ferait flamber les taux d’intérêt, ce qui reviendrait à assommer définitivement les emprunteurs et à détruire d’un coup tous les efforts de la FED en matière de baisse des taux. A titre d’exemple, prenons un prêt de 200 000$ sur 30 ans, à annuités constantes :

    A 6% d’intérêt, l’annuité de ce prêt est de 14 579$…mais à 15% d’intérêt (taux habituels sur les emprunts observés en situation de forte inflation) elle double à plus de 30 000$.

    Donc à l’avenir, la FED ne pourra pas vraiment utiliser sa planche à billets, même si elle aimerait pouvoir le faire !

    Et l’état ?

    Il a une marge de manœuvre plus grande que la FED : la dette publique US est d’environ 10 000 milliards de $ soit environ 11 fois ce qui est au bilan de la FED. En situation de forte récession, il est très probable que les dirigeants laisseront filer les déficits, sur le modèle japonais (il y a une « marge » entre le ratio dette publique / PIB à 65% des USA et celui du Japon qui dépasse 130%).

    Il y aura à la fois moins de rentrées fiscales à cause du PIB qui chute, et plus de dépenses pour :
    – venir en aide aux institutions bancaires en difficulté, si nécessaire en nationalisant une partie des mauvais crédits.
    – venir en aide aux personnes les plus durement touchées par la crise
    – tenter de relancer l’économie par divers “plans”.

    Mais là aussi, la marge de manœuvre sera réduite : tout déficit excessif se soldera aussi par une perte de confiance dans la solidité financière de l’état, donc du $ (le $ étant une monnaie papier garantie au final par des bons du trésor, donc par la capacité de remboursement de l’état émetteur).
    On revient à la menace de hausse des taux d’intérêt et de perte de pouvoir d’achat qui ne ferait qu’aggraver la crise initiale.

    Au final, ce ne seront pas les politiques, mais le marché et les détenteurs (américains ou étrangers) de bons du trésor US qui décideront de cette marge de manœuvre, par leur appétit d’achat envers les bons du trésor US. Elle sera au maximum de quelques points de PIB de déficit public en plus, soit quelques centaines de milliards de $ annuels (et encore, à condition que les recettes fiscales ne chutent pas trop).

    Une chose est sûre : Si cela peut “adoucir” un peu le choc en étalant la crise, rien ne pourra compenser l’absence des 4000 milliards de $ annuels de dettes supplémentaires qui ont “nourri le système” jusqu’ici.

    @ Paul Jorion et Loïc Abadie

    Pourquoi le M3 n’est-il plus publié par la “Réserve fédérale des Etats-Unis” depuis le 24 Mars 2006 ?

  9. tigue dit :
    23 novembre 2008 à 08:05 Chouette votre histoire !
    Tout le monde a eu ce qu’ il voulait, sauf que le dernier vendeur n’ a pas reçu sa part de plus value de l’ escroquerie collective ( 10 fois 60000 égale 600000 euros), de même , le premier acheteur-escroc, endosse la responsabilité de 150000 euros de vol, alors que le vendeur bijoutier n’ a pas été lésé (il fait meme un benefice de 60000).
    Au total dans ce système, c est celui qui refuse de faire crédit (il ne prend pas le risque de faire partie d’ une escroquerie) qui fait le moins de bénéfice, quand tous les autres se sont enrichis. Dans certe histoire, ce dernier vendeur sera juste indemnisé avec une monnaie de moindre valeur (600000 créés exnihilo ?).
    La monnaie en question a perdu de la valeur au fur et a mesure, que les transactions se réalisaient.
    Le bouquet final est l’ indemnisation du dernier vendeur en monnaie de singe.
    Cette histoire ne pose pas de problème moral des lors que chacun a un accès equitable a l’ escroquerie collective envers “le groupe”.
    Ces individus (surtout le dernier vendeur qui voit monter le risque de défaut) auront bien “vite” fait (2005-2008) de se rendre compte, qu avec ce systeme, le plus petit s’ approprie le même luxe que le plus grand, et que donc, la quantité de monnaie possedee par untel n’ est pas en rapport avec la condition sociale du “petit” relativement au “grand” (maison subprime, tv plasma etc…).
    Dans la chaîne, il y a quelques investisseurs avisés qui ont profité du crédit pour s’ approprier ce qui survivrait a la perte de valeur de la monnaie : eau, gaz, électricité, entreprises etc….
    Ce qui pose un problème bien plus grand, est que ces “quelques investisseurs avisés” soient des sociétés ayant un accès incroyable au crédit, ( fonds souverains et dérivés déguisés en hedge funds “apolitiques”) pas des humains, que leur but
    ne soit pas la recherche d’ enrichissement, mais le pouvoir.
    La clé de la comprehension de ce qu est la monnaie, est dans l’ analyse de sa fonctionalité: “s’ appropier, diriger” . Si la fonctionalité de “L’acces au crédit” est identique a celle de la monnaie, alors, vous tenez votre définition, c’est le fil qui explique tout.
  10. Di Girolamo dit :
    23 novembre 2008 à 08:13 Il ne faudrait pas que ces “querelles” monétaires puissent se comparer analogiquement à celles du PS qui compte et recompte ses voix , et fassent en définitive parti de ce grand divertissement pascalien : les attentions trop soutenues sur des problèmes précis nous empêchant de percevoir (et de nous occuper ) du tout potentiellement calamiteux : “la maison brûle ”
    http://www.eco-echos.com/dotclear/index.php?2008/11/22/381-ps-lorsqu-une-epreuve-en-cache-une-autre#co
  11. tigue dit :
    23 novembre 2008 à 09:12 Ce ne sont pas des querelles monétaires, et il est possible que celui qui emportera la mise idéologique, sera celui ou celle qui saura tirer les conséquences en terme de programme politique pragmatique, des recherches publiées ici ou ailleurs, ayant trait a la crise de civilisation que nous vivons.
    Toute consideration faite dans l’ espace restreint du dogme marxiste est vouée a l’ échec, et a la schizophrénie de groupe (inadéquation des postulats de départ avec l’ experience:exemple syndicaliste qui defend les avantages acquis ici au detriment du travailleur chinois (protectionnisme) , ou du jeune stagiaire financeur de retraite qu’ il n’ aura jamais). Certains intervenants d’ extrême gauche (pas tous heureusement) sont plus rapides pour comprendre cet enjeu, et récupèrent les bénéfices idéologiques a la très grande joie de ceux qui profitent de ce système a l’ agonie (les fascismes se rejoignent)
    La vision du monde ne se clarifie pas soudainement avec un vote, mais avec un mouchoir et un tournevis…
    pour essuyer le petit bout de la lorgnette et changer la lentille déformée a l’ autre bout.
  12. et alors dit :
    23 novembre 2008 à 09:56 @ tigue
    “La vision du monde ne se clarifie pas soudainement avec un vote, mais avec un mouchoir et un tournevis…
    pour essuyer le petit bout de la lorgnette et changer la lentille déformée a l’ autre bout.”
    le problème c’est que c’est pas de la physique et de l’optique, mais du “complexe”, du “systémique”, du “bio-éco…logique”, “turbulent”.
  13. Armand dit :
    23 novembre 2008 à 10:20 @nuknuk66 : tu n’es pas complètement pieds et poings liés par l’obligation d’avoir un compte en banque. Rien ne t’empêche de vider systématiquement ton compte à la moindre encaisse, de n’y remettre que le strict minimum pour faire face aux paiements en cours et de régler le plus possible en espèces.

    Crois-moi les banquiers n’aiment vraiment pas ça. C’est ce que j’appelle la révolution pacifique et légale. Un moyen de voter avec ses pieds (et sa tête) tous les jours s’il le faut.

  14. Ton vieux copain Michel dit :
    23 novembre 2008 à 10:30 Je me demande pourquoi, dans le débat sur la création de la monnaie, on parle toujours de la Fed et pas des autres banques centrales. Le mécanisme à l’oeuvre n’y est-il pas le même? Quelqu’un peut m’expliquer?
  15. LeSurHumain dit :
    23 novembre 2008 à 11:10 @ Ton vieux copain Michel

    Loïc Abadie poursuit sur la Fed dans “On y voit plus clair dans la politique de la FED” le mercredi 19 novembre 2008 :

    Depuis environ 2 mois, la FED est visiblement en train d’adopter une politique monétaire déjà expérimentée au Japon de 2001 à 2005 dans le cadre de la lutte contre la déflation, appelée “quantitative easing”. C’est un terme dont on va sans doute entendre parler de plus en plus dans les mois qui viennent).

    Cette politique (une nouvelle invention totalement inutile issue des théories keynésiennes) consiste à fournir au système bancaire beaucoup plus de liquidités que ce dont il a besoin via une augmentation massive du bilan de la banque centrale, dans l’espoir que les banques se mettront à prêter plus et relanceront ainsi l’économie.

    Les banques US sont déjà “noyées sous les liquidités” et “parquent” une partie de ces réserves en excès chez la FED :

    Plus simplement, il s’agit d’une nième tentative de fuite en avant dans le crédit pour tenter de relancer un modèle économique totalement périmé.

    Voici le bilan de la FED depuis le début 2008 :

    Nous voyons très bien la politique de gonflement très important du bilan de la FED depuis 2 mois (celui ci est passé de 900 à 2200 milliards de $).

    Si on se reporte à l’expérience japonaise, il y a encore de la marge, vu que la banque centrale du Japon avait à l’époque “grossi” son bilan jusqu’à 30% du PIB. Pour la FED cela correspondrait à un bilan d’environ 4500 milliards de $.

    Qu’est ce que le “quantitative easing” japonais a produit comme résultats ?

    Pas grand chose si l’on en croit un article… de la réserve fédérale, à une époque (en 2006) où elle n’imaginait pas se lancer un jour dans ce type de politique. La FED d’alors disait donc : “While there is little evidence that quantitative easing stimulated overall lending activity, there does appear to be some evidence that quantitative easing disproportionately supported the weakest Japanese banks.”

    En clair : le “quantitative easing” n’a pas été efficace en matière de relance du crédit, et a surtout servi à soutenir les banques les plus mauvaises (donc à retarder les réformes structurelles indispensables). Avec 2 ans de recul supplémentaires, nous constatons que le Japon est en train de replonger dans la récession et que la menace de déflation y est plus présente que jamais.

    Un article de reuters sur le quantitative easing aux USA.

    Que pouvons nous retirer de cette évolution nouvelle dans la politique monétaire de la FED ?

    1) Nous avons confirmation (pour ceux qui en doutaient) que la FED est bien en train de tenter (à mon avis sans aucun espoir de réussite) de lutter, comme le Japon l’a fait, contre la déflation naissante via la politique de quantitative easing, et reconnaît donc plus que jamais la réalité de cette menace.

    2) L’expérience japonaise de 2001-2005 a montré que l’inflation et la croissance n’avaient pas été relancées de façon significative par cette politique. Ce qui est logique : en l’absence d’emprunteur intéressé, le crédit ne repart pas même si les liquidités sont abondantes. La petite reprise de l’économie japonaise après 2003 doit bien plus à la conjoncture mondiale qu’à la politique monétaire (le Japon étant de nouveau en récession depuis 2008).

    La croissance ne se décrète pas par du “pilotage monétaire” ou de la “stimulation de consommateurs”…Pour cela il faut travailler et produire, c’est tout.

    3) La FED reconnaît implicitement que sa politique de taux 0 a échoué puisqu’elle en est réduite à essayer autre chose.

    La dernière bulle de cette crise, la bulle de l’intervention étatiste sur le crédit et des utopies keynésiennes, implosera à son tour comme les autres bulles, d’une façon ou d’une autre.

  16. fab dit :
    23 novembre 2008 à 11:16 @ Paul Jorion

    Bonjour,

    “Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément” (Boileau) : A VOUS L’HONNEUR.
    Boileau…Boileau…Ce nom ne m’inspire pas…

    Vous avez raison : LE VRAI DEBAT SUR LA MONNAIE PEUT COMMENCER.

    Cependant, n’oubliez pas que même vous n’avez que votre propre cerveau pour juger de votre compétence et de votre intelligence…Attention à la pente…Et aux raccourcis que vous-même dénoncez : je ne tomberai pas dans le piège de laisser penser que le pouvoir politique soit prisonnier de quoi que ce soit ! Il est le “bras armé” du pouvoir financier, mais en aucun cas prisonnier. ET il ne se désintéresse pas de la question monétaire ! Il NOUS en désintéresse, il nous divertit ! La nuance est d’importance. Sans préjuger du fait que ce soit bien ou mal.

    Vous ne voulez pas admettre que quelques personnes aient pris le pouvoir du jeu monétaire, et agitez le spectre de la théorie du complot. Soit, c’est votre droit, mais n’allez pas je vous prie jusqu’à essayer de noyer le poisson et de nous laisser croire que les politiques sont aussi stupides et insouciants qu’ils en ont l’air. Ou alors expliquez-nous la misère des pays sous-développés (la théorie du complot comme vous la nommez dirait que les politiques ont choisi le terme « en voie de développement » pour donner une idée de mouvement, l’idée qu’à force d’efforts ils finiront bien par y arriver…) disposant de ressources naturelle et humaine importantes (que faut-il de plus pour qu’un pays se développe… ???) et la misère économique (et morale et intellectuelle ?) des pays dits développés…

    Le vrai débat sur la monnaie peut commencer !

    Comment en sommes nous arrivés là ??? Nous sommes tous conscients qu’il y a des fraudes, des manipulations dans la plupart des jeux (football, pmu, cyclisme etc etc) mais nous ne voulons surtout pas l’admettre pour le jeu des jeux, le jeu de l’argent ! Il est dur de reconnaître que l’on est manipulé et encore plus dur d’admettre que ça ne nous déplaît pas tant que ça ! On admet la supercherie pour les autres mais pas pour soi : on admet qu’à la bourse il y a des requins, des manipulateurs, que de l’argent y est blanchi…Mais admettre que la supercherie commence à la base, la création monétaire, et que cette supercherie est la contrepartie de notre mise à disposition du pouvoir monétaire…Tenez ! Prenez cette monnaie et consommez…
    La théorie du complot ajouterait : et attention à ceux qui ne veulent plus jouer (on pourrait même citer les noms de présidents de pays du sud « sortis » du jeu…) !

    LE vrai débat sur la monnaie peut commencer…

  17. Bonafi gilles dit :
    23 novembre 2008 à 11:32 Ce débat sur la monnaie démontre 2 choses:
    -personne n’est d’accord.
    -personne ne peut donner une explication simple des mécanismes complexes en jeu.
    Pour en revenir à l’essentiel ” la maison brûle”, merci Di Girolamo. Les USA risquent la cessation de paiement et le dollar disparaitra (Lou Dobs l’a déclaré sur CNN en juin 2006 et Robert A. Pastor, vice-président du groupe de travail élaborant les structures de l’Union nord-américaine au sein du CFR a écrit un livre qui explique tout “Toward North american community” paru en août 2001 ). Nous assistons en ce moment même a la prise de contrôle des plus grands groupes industriels par les titans de Wall Steet. John Maynard Keynes dans les années 40 pensait que la solution à la crise pouvait venir uniquement d’un processus de « désarmement financier, » qui remette vigoureusement en cause l’hégémonie des institutions financières de Wall Street, notamment leur contrôle sur la politique monétaire.
    Pour terminer, voici une citation (avec les sources) qui résume la situation actuelle.

    J. K. Galbraith: “L’économie de marché est volontiers décrite comme un héritage ancien. En l’occurrence, c’est une escroquerie, ou plus exactement une erreur communément admise. Trop de gens apprennent l’économie dans des manuels qui entretiennent encore les dogmes de la production concurrentielle des biens et des services et de la capacité d’acheter sans entraves. En fait, il peut n’y avoir qu’un ou quelques vendeurs assez puissants et persuasifs pour déterminer ce que les gens achètent, mangent et boivent”.
    Les nouveaux mensonges du capitalisme Publiée dans le Nouvel Observateur (4/11/05) Interview de John Kenneth Galbraith par François Armanet.

  18. béber dit :
    23 novembre 2008 à 11:52 J’adore vous lire.

    Le net , son océan , ses îles, ses tribus … dont il faut tenter de comprendre le langage.

    J’adore , telle une bouteille à la mer, poser mon culot sur la plage , et attendre que la marée monte pour éffacer ce qui était et qui pourtant vivra longtemps , en mémoire pour l’éternité .

    L’aventurier que je suis, après avoir ouvert la fenêtre à côté de l’ordi, histoire de prendre l’air , ne sait qu’une chose , au fond ,( de l’océan ), tout invite à se poser la même question :

    ” l’homme est il un être trés con doué d’intelligence ou un être intelligent capable des pires conneries? “.

    La recherche de la vérité passe par l’étude des bugs de l’intelligence.

    La vérité passe par les prédispositions à la perception de la vérité.

    Dans l’univers financier , il me semble avoir compris qu’il y a là aussi des “évidences” propres à toute culture .
    Des dogmes qui n’étant pas discutables puisqu’”évidents ” et partagés ne sont remis en question , sauf quand surviennent les crises.

    La remise en question vient toujours d’ un certain type de personnes.
    Ceux qui viennent d’une autre culture.

    Elle est babel mon hsitoire ?

    Merci à la p’tite mary pour l’histoire de la confiture .
    Cà suffira pour continuer le voyage .

  19. Ton vieux copain Michel dit :
    23 novembre 2008 à 11:53 Bonafi Gilles écrit: “Nous assistons en ce moment même a la prise de contrôle des plus grands groupes industriels par les titans de Wall Steet”. Je dois avoir raté un épisode car pour moi, les titans de Wall Street sont tous en train de s’effondrer comme des châteaux de cartes et certains ne survivent que grâce la perfusion de l’Etat américain. Citycorp ne pèse plus que 20 milliards d’USD soit moins que la majroité des entreprises du CAC 40 et sans les 25 milliards d’apport du Trésor ellle serait déjà en faillite. Goldman Sachs ne pèse plus que la moitié de ce que Warren Buffet l’a payée en croyant faire une bonne affaire. Morgan Stanley pèse moins qu’un vendeur de petits pois comme Colruyt (distributeur belge). Comme l’a dit James Cramer il y a six mois: “toutes ces banques seront bientôt des penny stocks”. Alors, votre référence aux “titans” qui cherchent sans doute contrôler le monde, elle me fait un peu rire. Ce ne sont plus que des nains et ils sont aux abois.
  20. Abdel dit :
    23 novembre 2008 à 12:22 Allez un peu de détente made in Groland :

    http://www.youtube.com/watch?v=JW5VrTGUSn8

  21. tigue dit :
    23 novembre 2008 à 12:31 Bonne idee, un peu de detente. Ecoutez cela, pour rester cool, et pour apprendre a dire, sans le dire, ce qui va sans dire…
    http://www.dailymotion.com/video/x6ko4l_daniel-guichard-je-viens-pas-te-par_music
  22. Armand dit :
    23 novembre 2008 à 12:40 @LeSurHumain (23 novembre 2008 à 06:29)

    Loïc se trompe. L’inflation n’est pas la hausse des prix, et encore moins celle de certains prix auxquels on est sensible, comme on le dit par raccourci.

    L’inflation est un processus qui a pour origine (la cause) l’augmentation du rapport de la quantité de monnaie relativement à la quantité de richesse disponible (biens et services achetables) et pour conséquence (l’effet) l’augmentation du niveau général des prix. C’est-à-dire qu’il faut (esayer de) prendre en compte l’évolution de l’ensemble de tous les prix.

    L’explication est simple : l’argent étant, ou semblant, plus facile d’accès car moins cher si les taux sont bas, moins thésaurisé / épargné en situation d’euphorie, ou encore brûlant les doigts en période de haute inflation (cercle vicieux), etc… les acteurs économiques acheteurs ont une plus grande propension à le dépenser. Les acteurs économiques vendeurs (souvent les mêmes !) qui s’en rendent évidemment compte ont alors tendance à demander davantage de monnaie, ils augmentent leurs prix tant que cela ne réduit pas leur volume d’affaire ou plutôt leur bénéfice (on accepte volontier de vendre moins mais beaucoup plus cher si cela accroît le bénéfice)

    Il peut ainsi y avoir inflation alors même que la quantité de monnaie diminuerait, mais moins vite que la quantité de richesses produites. Il peut aussi y avoir inflation alors même que certains prix restent stables voire diminuent.

    En toute rigueur il faudrait également (essayer de) tenir compte de la vitesse de circulation de la monnaie , c’est-à-dire du nombre d’échanges conclus par unité de temps et par unité de monnaie (une même unité de monnaie dépensée 3 fois par unité de temps engendre le même effet que 3 unités de monnaie dépensées 3 fois plus lentement, en une unité de temps chacune).

    Ce phénomène ne se déclenche pas immédiatement ni uniformément ; on peut assister à l’augmentation vertigineuse de certains prix (une bulle) alors que les autres restent sage, voire diminuent.

    Loïc parle d’inflation mesurée par l’IPC –l’Indice des Prix à la Consommation qui ne prend en compte, comme son nom l’indique, qu’une partie des prix. Loïc méconnait les variations de prix des actifs, notamment financiers (actions, obligations) et immobiliers. Tout comme les banquiers centraux. Or cette inflation-là s’estime par l’agrégat M3 qui montait bien pendant ces périodes bullesques. Il commence à se replier maintenant, reflètant le dégonflement / explosion de ces bulles :

    http://www.nowandfutures.com/key_stats.html
    et
    http://www.shadowstats.com/alternate_data

    La FED a explicitement exclu ces prix de « l’inflation » qu’elle est censée contrôler (waaaaaaarf !). La BCE s’était auto-assignée pour M3 un objectif de 4.5% qu’elle n’a jamais tenu ; elle y a renoncé il y a peu. Pourquoi 4.5% ? parce que 4.5% = 2% + 2% +0.5% et ce n’est pas une blague : les 2% qu’ont voté démocratiquement les « Nous le Peuple » lors de Maastricht, 0.5% de marge d’erreur ; je vous laisse chercher la raison –toujours aussi scientifique, forcément– des 2% restants.

    C’est un débat constant : « les banquiers centraux doivent-ils tenir compte des prix des actifs ? » et si oui, comment ? Ainsi, dire que l’IPC est assez sage, donc que les prix en général, le sont alors même que M3 explose s’est se tromper et plus encore tromper les autres.

    L’escroquerie pyramidale monétaire crée la monnaie par le crédit, donc est responsable de l’augmentation de sa quantité ; de surcroît elle oriente ce flux de fausse monnaie, par la nature du crédit consenti, vers ce qu’elle choisit : un coup la bourse, une autre fois l’obligataire, puis après l’immobilier. Dans ce système vicié, l’effet de l’inflation commence toujours par l’augmentation des prix des actifs, ce que refusent de prendre en compte les empafés centraux. Cela déclenche toutes ces bulles.

    Lorsque les mafieux bénéficiaires de cette fausse-monnaie commencent à la dépenser sans compter dans le circuit quotidien des « Nous le Peuple », et que ceux-ci sont encouragés par les reportages de télé-propagande, les interviews de radio-mensonge et les « enquêtes » de journal-manipulation à, eux aussi, « s’enrichir » de façon à ne pas déclencher la révolution (« travailler plus pour gagner plus »), ils subissent et accélèrent l’avant dernière phase de l’augmentation des prix : celle de ce qui leur est nécessaire, voire vital. Quelques temps plus tard l’IPC monte doc avec un décalage. Les Nous le Peuple » se réveillent. C’est trop tard. La marée de fausse monnaie vient de les atteindre. Qui constate une déflation des prix à la consommation ?

    Pour conclure le cycle, les « Nous le Peuple » vont alors manifester pour une augmentation des salaires, mais les empafés centraux ont déjà dit qu’ils la combattraient (dans leur novlangue orwélienne : « l’inflation de second tour »). Ils ont déjà serré les boulons.

    Enfin je rappelle que ces indices ne sont que des statistiques. Il faut par conséquent avoir à l’esprit le mot de Benjamin Disraeli « il y a trois formes de mensonges : les petits, les gros et les statistiques », voire celui de Churchill « je ne crois qu’aux statistiques que j’ai pu moi-même manipuler ».

    Ainsi l’IPC a vu sa méthode de calcul évoluer –pour de bonnes raisons bien sûr–, voir les liens précédents ; dans son calcul interviennent notament :

    – les célèbres corrections saisonnières, un lissage pour aténuer la volatilité. On peut toujours décider de lisser plus ou moins selon l’air du temps … mais le ménage qui paie ne constate pas de lissage des prix.

    – le mécanisme de substitution : une crise des farines animales ? le prix du boeuf chute ? vous êtes réputé ne plus manger que du boeuf, l’indice enregistre une baisse de sa composante viande ; la crise passe, le prix du boeuf remonte ? Ouf ! c’est le poulet à la dioxine : vous ne mangerez donc plus que du poulet, la composante viande continue à baisser. Le poulet revient ? Ouf ! du veau aux hormones est découvert, etc…

    – le mécanisme des « ajustements hédoniques » : le prix du PC est à 490 comme il y a 6 mois ? mais le processeur tourne à 2.3 GHz contre 1.8 Ghz, vous en avez donc davantage pour le même prix (même si vous n’en avez pas besoin et que vous vous contenteriez de l’ancienne génération), statistiquement on va alors considérer que cela équivaut à une baisse de prix de 3.1416 % ; plus tard il y aura 1Go de RAM plutôt que 512 Mo ? hop -1,618 % sur le prix statistique ; ensuite 80 Go de disque à la place de 40 Go ? Ho Ho : -9.81 % sur le prix statistique … mais le ménage qui achète un PC le paie toujours 490 même si statistiquement il n’est plus qu’à 300 (on dit même que le PC statistique hollandais a désormais un prix négatif à force d’hédonisation)

    Bref il s’agit ici au mieux d’un indice du prix de la survie, plutôt que de celui de la vie. Il sert de base à diverses augmentation légales, que l’on peut ainsi minimiser, autre manière de payer les errements de quelques uns.

    Il faut également prendre en compte le décalage entre la mesure « estimopifométrique » de ces prix et leur remontée vers les décideurs. Ils ont toujours au moins un coup de retard.

  23. tigue dit :
    23 novembre 2008 à 12:44 @ et alors :
    “….le problème c’est que c’est pas de la physique et de l’optique, mais du “complexe”, du “systémique”, du “bio-éco…logique”, “turbulent””.

    y a t-y de la pomme dedans ?
    http://www.dailymotion.com/video/x3bu2t_les-tontons-flingueurs-alcool

  24. coco dit :
    23 novembre 2008 à 12:45 Même si je n’écris pas souvent
    je suis quand même régulièrement le site de Paul Jorion
    et là j’avoue que je me sens dépassé

    Aussi j’aimerais soumettre une idée…
    est-ce que sur ce blog il ne pourrait pas y avoir un genre de F.a.Q.
    qui répondent simplement (si c’est possible) à des questions (certainement ingénues) du style:

    1-En quoi est-ce un problème que les banques crèent de l’argent à partir de “rien” ?

    2-La dette d’un état est-elle vraiment un problème ?

    3- Et à qui la devons-nous ?
    (je n’imagine pas des messieurs, genre “Rockfeller”, demander à la France de rembourser les 1000 milliards de dettes (environ…)
    qu’est-ce qu’ils en feraient ????)

    4-Pourquoi ai-je pu emprunter 90000€ à une banque pour acheter un bien immobilier et non pour les placer en partie sur un livret A (ou autres trucs sans risque…) La banque dans ce dernier cas ne prendrait aucun risque (il serait sûr, si j’étais insolvable de retrouver sa mise) et moi je gagnerais les 4% d’intérêts (moins les 2% d’inflation).
    et comme ça tout le monde pourrait s’enrichir sans risque

    5-Et puisque justement, les banques crèent de l’argent à partir de “rien”, pourquoi, dans le but de justement d’enrichir tout le monde, pourquoi ne créent-ils pas des livrets sans risques à des taux de 8-10% ?

    5-Finalement pourquoi l’argent n’est-il pas gratuit ou du moins moins cher à obtenir?

    etc…

    j’imagine que ces questions vont en faire sourir plus d’un…

    pourtant je ne me juge pas plus bête que la moyenne mais c’est vrai que les questions d’argent
    pendant mon cursus scolaire je n’en ai pas vraiment entendu parler
    et n’étant pas riche, je ne me suis toujours contenté de ce que j’avais
    sans vraiment réfléchir sur le pourquoi du comment.

    merci

  25. Dav dit :
    23 novembre 2008 à 14:12 Monsieur Jorion,

    Je pense en effet que l’idéologie doit être absente de la recherche de la vérité, et que, contrairement à ce qu’en disent les nouveaux sophistes, de vérité, il n’y en a qu’une et quand bien même elle est relative à un contexte, elle n’est pas subjective, ce que les gens confondent souvent.
    Attention toutefois aux idéologies qui nous imprègnent et dont on ne peut s’affranchir facilement. Loïc Abadie, à ce titre, fait souvent preuve d’un libéralisme tout à fait dogmatique, quand il faudrait continuer à se poser des questions et se libérer tout à fait des deux idéologies du 20ème.

    Un autre point : on nous fait croire en la complexité du système pour ne pas devoir l’expliquer.
    Pour autant, le bon sens et des mots simples, sont souvent une explication juste, même en ce qui concerne les lois fondamentales de l’univers… pour ce qui est des grandes lignes, le bon sens fait parfaitement l’affaire.

    Un exemple, ici, concernant la monnaie :

    La monnaie est un instrument qui facilite les échanges de services entre les individus d’une société.
    Une société humaine repose sur l’échange et le partage de services.
    La monnaie permet de réguler l’échange des services entre les individus d’une société.
    La monnaie mesure la valeur que la société attribue à ces services.

    En l’absence de monnaie, les échanges de services se réalisent sous la forme du troc. Pour que le troc fonctionne, il faut que l’échange corresponde à un besoin réciproque de deux individus, au même moment. Dans le cas où l’un des deux individus n’est pas intéressé par l’échange, le troc ne se réalise pas.

    La monnaie sert alors d’intermédiaire. Elle est échangeable contre tous les services de la société. L’individu qui ne souhaite pas réaliser un échange par le troc, peut échanger son service contre de la monnaie. Il pourra à son tour échanger cette monnaie contre un autre service.

    Pour être efficace dans son rôle d’intermédiaire, la monnaie doit être reconnue par tous les individus de la société, elle doit pouvoir se stocker facilement, et elle doit être divisible afin de pouvoir exprimer une échelle complexe de valeurs (tous les services n’ayant pas la même valeur).

    Les métaux comme l’or ou l’argent s’abîment difficilement, ils se conservent bien. Ce sont des métaux rares, donc ils permettent des paiements de grande valeur avec une quantité raisonnable de métal et ils sont divisibles en petits fragments (ce n’est pas le cas d’un diamant par exemple). C’est la raison pour laquelle les premières monnaies furent métalliques.

    A l’origine, la monnaie papier est une représentation de la monnaie métallique. Cela veut dire que chaque billet en papier émis correspond à un stock de métal existant, qu’on appelle une contre-partie.
    Pour chaque billet, de l’or peut être reçu en échange.

    Aujourd’hui, la monnaie papier ne repose plus sur le stock d’or. Elle repose sur la dette, c’est à dire que la contrepartie est la richesse que l’on va créer (dans l’idéal, grâce à l’effet levier de la dette)

    En somme, c’est très simple à comprendre. Cela explique facilement pourquoi l’endettement est un principe qui libère les capacités à créer de la richesse, mais cela explique aussi pourquoi il faut veiller à la fiabilité de cette contrepartie !

    Quand la dette atteint des niveaux insoutenables, elle constitue soit une escroquerie, soit la contrepartie d’un travail des générations futures… dans les deux cas, elle est à la fois une injustice et un danger social

    C’est pour cela que le système monétaire ne peut que s’effondrer et qu’il faut remettre des gardes-fous quant à la création monétaire.

  26. moderato-cantabile dit :
    23 novembre 2008 à 14:22 Bonjour Coco,
    J’adhère entièrement à votre demande, quitte à encore facher les contributeurs habituels de ce blog. Je n’ai que de l’admiration pour l’étendue de leur vaste culture et en même temps j’ai l’impression qu’ils détiennent l’art de compliquer les questions sans avoir la sagesse d’apporter des réponses.
    Sauf peut être Loïc Abadie, mais en ce qui le concerne les questions tout comme les réponses visent ses profits personnels, sans éclairer au dela d’une petite minorité de gens, dont certains seraient respectables dans leur innocence.
  27. syl dit :
    23 novembre 2008 à 14:39 j’ai dans mes vagues souvenirs l’histoire d’un certain John LAW dans les années 1750….un quelconque rapport avec la question qui nous occupe aujourd’hui ?
  28. Bonafi gilles dit :
    23 novembre 2008 à 14:51 Réponse à “ton vieux copain Michel”.
    Tu affirmes:”pour moi, les titans de Wall Street sont tous en train de s’effondrer “. Voici quelques preuves qui vont t’éclairer.
    La banque privée Edmond de Rothschild s’est vu doté (malgré la crise) d’un apport d’argent frais de 10,3 milliards. Le bénéfice de la banque est en hausse de 28% et atteint les 246 millions.
    Le groupe du baron Benjamin de Rothschild a d’ailleurs recruté John Paulson (qui a recruté Alan Greenspan, étrange non?).
    Pour rappel, John Paulson a encaissé 3,7 milliards de dollars en misant sur la crise des subprimes.
    Trois géants financiers mondiaux : Citigroup, JP Morgan Chase et Goldman Sachs sont en train d’émerger sur les cadavres des autres.
    Pour info, le rapport de l’OCC (Comptroller of the Currency, l’autorité de tutelle des banques) du 30 septembre indique que PJ Morgan Chase détiendrait 43 000 milliards de dollars en produits dérivés (et non 17 000 comme l’annonçait Paul Jorion), soit l’équivalent du PIB mondial. Petit rappel historique, en 1929, la famille Kennedy avait une fortune estimée à 4 millions de dollars. En 1935, elle était évaluée à 20 millions de dollars.
    J’ai tout à coup envie de chanter la chanson:”ma petite entreprise connait pas la crise”!
  29. tigue dit :
    23 novembre 2008 à 15:32 @Dav,
    Je ne suis pas d’ accord avec la simplification que vous faites de ce qu’ est ” la vérité”.
    Vous constaterez bien vite que rien n’ est sûr, même dans les sciences les plus dures…
    La seule chose utile, ce qui reste, c est la cohérence d ‘ une théorie avec l’ expérience, et sa fonctionalité pour prévoir .
    Il ne faut pas être à ce point ingénu pour croire cette théorie, mais savoir qu’ elle permet d’ approcher la vérité, si tant est qu’ elle existe, (ou qu’ elle soit intelligible).
    Il est assez épatant que tous les esprits ici présents (dont Paul) n’ aient pas réussi a s’ accorder sur cette evidence, si limpide a vous seul.
    Il est vrai que le tableau de sophistes anachroniques prenant le thé, pendant que Rome brûle, permet d’ expliquer, de façon bien comode, l’ absence de réponse définitive a cette question tellement simple : “qu’ est ce que la monnaie ?”.
    De la réponse simple que vous faîtes a la question, vous ne tirez rien d’ utile, de fonctionnel, par rapport au projet “constitution pour l’économie”. Creusez un peu la question, vous verrez que c est pas si simple a ce niveau.
    Toutefois votre réponse est vraie, c est d’ ailleurs celle que je donne a mon petit Paul.
    Il a 6 ans et demi.
  30. BDphile dit :
    23 novembre 2008 à 15:44 Le débat sur la monnaie,
    Suite à la lecture de vos billets, à tous,

    Si “la maison brule”, si nous sommes sommes de plus en plus nombreux conscients ou vivants d’un certain mal-être social, le débat sur la monnaie pourrait il envisager la suppression pure et simple de cette dernière.

    Point de révolution et conscients que des étapes seraient alors nécessaires à l’aboutissement d’un tel projet, ne serait il pas judicieux de percevoir ces étapes et non pas continuellement l’aménagement du système ?

    Si cette idée est jugée utopique, l’est elle plus que de souhaiter notre système d’échange basé sur la monnaie juste, équitable ou simplement en accord avec la devise française liberté, égalité, fraternité ?

  31. fab dit :
    23 novembre 2008 à 16:16 @ coco, 23 novembre 2008 à 12:45

    Bonjour Coco,

    Un essai pour répondre à tes questions, en espérant être corrigé si je me trompe ou si je ne suis pas assez clair :

    1- Si la création monétaire était, réellement, règlementée par la banque centrale, et que la banque centrale était réellement entre les mains de l’état, alors il n’y aurait aucun problème à ce que les banques créent la monnaie. Elles auraient alors le « simple » rôle du banquier au Monopoly : distribuer l’argent.
    2- A priori non, la dette publique n’est pas un problème, bien au contraire, puisqu’elle correspond à une création de monnaie injectée dans le système : emploi-production-consommation. Ce sont les intérêts de cette dette qui sont de l’escroquerie…
    3- Encore une fois ce sont les intérêts qui intéressent les prêteurs : http://www.societal.org/docs/dette-publique.htm
    Ne pas oublier que les pays riches détiennent une bonne part de la dette des pays pauvres, et que donc ils les tiennent en laisse…et les empêchent de se développer…ces pays en (mauvaise) voie de développement !
    4- Les taux d’emprunts dépendent de l’utilisation faite avec l’argent prêté…
    5- Et qui irait fabriquer l’ordinateur sur lequel vous lisez ces somptueuses lignes ?
    6- Quant à l’argent gratuit c’est une piste à explorer, une espèce de retour vers le futur…

    Il existe des variantes intéressantes au système actuel, mais à mon avis, pour qu’elles aient une chance de voir le jour et d’être bénéfiques à l’ensemble de l’humanité, il faut avant tout une prise de conscience collective…Ca peut sembler utopique, mais je ne pense pas que ce soit irréalisable…En cela ta proposition de Foire Aux Questions est excellente…A condition que les spécialistes veuillent bien essayer de vulgariser leur science et leurs réflexions : ça s’appelle le partage ! Condition sine qua non pour un changement valable…

  32. Dav dit :
    23 novembre 2008 à 16:17 @tigue

    au delà de la rhétorique, vous ne pointez pas du doigt ce qui est faux dans la démonstration simple de ce qu’est la monnaie.

    “la cohérence d’une théorie avec l’expérience et sa fonctionnalité pour prévoir”
    mais qui parle de théorie ?
    On parle de l’explication simple d’un phénomène simple.

    Par exemple, quand je dis : la respiration, c’est un échange de gaz qui permet de vivre.
    De cette explication simple d’un phénomène simple, on peut tirer beaucoup d’enseignement sans qu’il soit nécessaire de compliquer l’analyse.

    Il en va de même pour la monnaie.

    Et si je suis le seul à avoir compris (quoique mes nièces le comprennent quand elles jouent à la marchande), c’est probablement que je suis génial ou alors que la tendance à se laisser prendre au piège des détails est bien partagée.

  33. BDphile dit :
    23 novembre 2008 à 16:25 @Dav
    Tout d’abord merci et bravo pour le site en lien de votre pseudo.

    Concernant votre billet explicatif de la monnaie je ne comprends pas qu’à partir de tels constats on veuille garder un tel système in fine.
    “C’est pour cela que le système monétaire ne peut que s’effondrer et qu’il faut remettre des gardes-fous quant à la création monétaire.”

    C’est pour moi du même ordre que s’entêter à vouloir réussir sa recette de champignon vénéneux sous prétexte que c’est la seule espèce de champignon qui reste encore.

  34. Dav dit :
    23 novembre 2008 à 16:37 Merci beaucoup BDphile, cela va m’encourager à continuer ma petite collecte.

    Si vous parlez de la suppression de la monnaie, alors l’image du Fugu (Sushi) est meilleure que celle du champignon vénéneux. Bien préparé, le Fugu est savoureux et il n’est mortel que lorsqu’il est mal préparé.

    L’explication modeste que je propose permet de comprendre assez simplement les limites du troc et les avantages de la monnaie pour permettre l’échange de services entre les individus d’une société.

    La monnaie est avant-tout un outil qui facilite l’échange.
    C’est seulement après que cela se complique et que le Fugu est mal préparé; la valeur des services n’est pas toujours prise en compte (élever un enfant, prendre soin de ses vieux), mais ça, c’est culturel, ça ne dépend pas de l’outil, en lui-même.

  35. syl dit :
    23 novembre 2008 à 17:02 je réitère…sur le thème finalement rien de très nouveau sous le soleil

    Wikipedia : le système de Law

    “Le système de Law est un système économique développé par l’Écossais John Law. Il recommande l’utilisation de papier monnaie plutôt que de monnaie métal, le papier-monnaie ayant l’avantage de circuler facilement entre les individus et c’est cette circulation qui crée la richesse réelle d’une économie.
    Ce système sera tenté en France, de 1716 à 1720, d’abord avec succès, succès qui permet à la Banque générale – organisme strictement financier – de grossir jusqu’à absorber les compagnies et l’activité coloniale française de sa société sœur, la compagnie perpétuelle des Indes. Mais la vassalité de ce système à l’État français, en lui demandant de prendre à sa charge les dettes des finances françaises, et la spéculation qui se joue sur les actions de la compagnie de Law vont finalement en ruiner le système. Lorsque les actionnaires, en 1720, demanderont subitement à récupérer leur or, celui-ci a déjà disparu pour renflouer les caisses de l’État, et les richesses coloniales ne sont pas encore arrivées : le système doit admettre sa banqueroute.

    Le système de Law a permis de prendre en charge une partie de la dette de l’État. Celui-ci, momentanément plus libre de ses mouvements, a pu soutenir la guerre contre l’Espagne. Plus discrètement, cette bouffée d’air financière lui a permis de corrompre certains ministres autrichiens, et sans doute les troupes irlandaises envoyées par l’Espagne pour appuyer la conspiration de Pontcallec.
    Cependant, la chute du système rend la France durablement méfiante à l’égard du papier-monnaie : il aura ruiné bon nombre d’actionnaires, tout en enrichissant considérablement ceux qui avaient su revendre à temps. Le système de Law a donc permis une certaine mobilité sociale, mais a également suscité des rancœurs tenaces.”

    le but c’est d’échanger

    la question c’est “quoi échanger ?”

    biens matériels — or –papier monnaie–monnaie numérique –dette ?

  36. BDphile dit :
    23 novembre 2008 à 17:07 Dav,
    Je connais le Fugu, il y a un épisode des simpsons où ce dernier aurait pu causer la mort d’homer ^^
    Mais le remplacer au champignon vénéneux change tout mon propos.

    Vous semblez vouloir démontrer à quel point la monnaie est indispensable.
    Pour moi ce n’est pas un Fugu.
    Il n’y a pas moyen de trouver une recette qui la rende compatible avec l’épanouissement de tous dans l’environnement actuel.

    Si le rôle de la monnaie était uniquement de faciliter l’échange alors son volume serait au maximum du total de ce qu’il est possible d’échanger+la croissance ?

    Quel intérêt du contrôle de création de monnaie s’il n’y a pas d’intérêts ?

    Enfin et c’est à mes yeux le plus important, la société doit elle absolument se baser sur l’échange ?

    Tout le problème devient alors la capacité de la société à satisfaire les besoins de ceux qui la compose (je crois que c’est actuellement le cas) sans que ces derniers ne sombrent dans la décadence (de l’importance de la responsabilité).

    Mais ce dernier point devient très hors sujet ;)

  37. Di Girolamo dit :
    23 novembre 2008 à 17:09 Ce que j’essaie de dire dans mes commentaires c’est que la crise monétaire…. la perte de la biodiversité, le dérèglement du climat, la raréfaction des matières premières, la pollution généralisée, l’accroissement de l’inégalité des richesses et de la pauvreté , la crise sociale et morale… etc bien que faisant partie intégrante du problème posé par béber :”” l’homme est il un être trés con doué d’intelligence ou un être intelligent capable des pires conneries? “et qui dure depuis que l’homme est l’homme ,

    du fait de la physique et du caractère limité de la planète , nous place AUJOURD’HUI devant une butée , la fin d’une époque, et l’obligation de prendre et résoudre ces problèmes d’un coup et tous ensembles

    Il ne s’agit plus de “pinailler” sur la monnaie ou sur la réintroduction de l’ours , ou la création de bandes enherbées ou de centrales solaires , il s’agit de faire la révolution : on ne peut plus avoir deux maisons un 4×4 pour des raisons physiques ; la physique rejoint le morale ; c’est une autre société qu’il faut construire et c’est comme ça qu’on réorganisera le système monétaire et non l’inverse .

    Bref pour solutionner ce problème de la monnaie, les économistes doivent le faire dans un cadre éclaté, décloisonné, en collaboration avec tous les autres acteurs, tous les citoyens, puisqu’on ne peut résoudre un problème sectoriel sans changer le tout . Et que les bouts de ficelles et les rustines, les faux semblant se heurtent aujourd’hui au principe de réalité physique : notre organisation sociétale ne durera plus bien longtemps.

    La piste concrète de travail est donc la création d’un nouvel outil politique public transversal et décloisonné dédié à la recherche sociétale et très largement participatif.

    Mais ce que je dis est peut être très con ….. ce qui ne m’empêche bien sûr pas d’être capable des pires conneries!

  38. Dav dit :
    23 novembre 2008 à 17:27 @bdphile

    Dans le livre de Arto Paasilina qui s’appelle “Prisonniers du paradis”, la société mise en place par les rescapés d’une île déserte choisit pour monnaie (c’est à dire pour contre-partie des services que chacun rend à la communauté)… des verres d’alcool de dattes !

    La monnaie n’est qu’un outil inventé par l’homme, tout comme le marteau.
    C’est un outil assez neutre dont les hommes se servent… ses travers sont les travers… de l’homme.

    Quant à une société qui ne serait pas basée sur l’échange, cela reviendrait à dire que chacun est capable de tout faire lui-même et qu’on ne peut plus s’appuyer sur les compétences des autres ! Quelle tristesse !

    Alors, mis à part les nombreux cas où j’ai plaisir à rendre service, il faut quand même admettre que je rends souvent davantage service à quelqu’un quand je suis sûr d’obtenir quelque chose en échange… ce qui est bien naturel.

    Mais quoiqu’il en soit, on entre déjà dans des questions sur la nature humaine.
    Et ça n’a pas grand chose à voir avec la monnaie en tant qu’outil de l’échange.

    Le problème est qu’aujourd’hui, on a réduit le principe de l’échange, à l’échange de biens matériels…
    Voilà pourquoi je proposerais de supprimer toute référence à la notion de biens dans les définitions économiques, partant du principe qu’un bien, c’est un service.

  39. BDphile dit :
    23 novembre 2008 à 17:40 Syl,

    Merci pour votre texte également.
    On pourrait poursuivre votre liste sur “quoi échanger?” bien longuement (des services, des guerres,…)

    Mais pourquoi échanger ? si ce n’est générer du profit.

    Qu’importe le moyen de l’échange finalement tant qu’il génère du profit, du rendement, des plus values…
    Il doit tout atteindre sous prétexte de tout fluidifier, tout rendre possible et surtout plus de profit.

    Mais alors quelle limite ?
    Aujourd’hui il pleut chez tous les fournisseurs de services financiers des assurances et produits de service d’aide à la personne et au quotidien.
    Votre fils ne tondra plus la pelouse sans rémunération, vous n’apporterez plus d’eau à la vieille voisine sans rémunération, …c’est la publicité qui le leur dit.

    Que deviennent les relations humaines ? la valeur qu’on leur accorde et à l’être même ?
    Tout est profit.

    A l’extrême et en BD:
    “La véridique histoire des compteurs à air” de Cardon, éditions de la Courtille (1973)
    http://www.bulledair.com/index.php?rubrique=album&album=veridique_histoire_compteurs_air

  40. BDphile dit :
    23 novembre 2008 à 18:10 Di Girolamo,
    Dav,

    Laissons de côté la nature humaine si vous le voulez bien.
    Si nous caressons le rêve de la voir changer, changeons le cadre dans lequel elle s’inscrit en société pour lui permettre de s’exprimer plus sereinement et laissons le temps agir.

    Le tout est de définir ce cadre.
    Je perçois dans vos textes un certain fatalisme, une résignation envers les moyens de l’échange.

    La monnaie est un outil fabriqué par l’homme mais comme tous les outils il peut servir d’arme.
    Après avoir eu des fonctions pratiques qui ont permis une émergence accélérée de la société d’aujourd’hui il est peut être temps de remettre en cause sa nécessité.

    “Quant à une société qui ne serait pas basée sur l’échange, cela reviendrait à dire que chacun est capable de tout faire lui-même et qu’on ne peut plus s’appuyer sur les compétences des autres ! Quelle tristesse !”

    En effet je n’est pas été très clair, j’entendais l’échange dans le cadre actuel, càd contre rémunération.
    une société non basée sur CET échange serait une société de la gratuité.
    Mais pas de repli sur soi, d’auto-suffisance égocentrée.

    Cela revient à dire que tout le monde produit suffisamment pour satisfaire les besoins de chacun afin qu’il n’y ai pas de dissensions dues aux pénuries.
    Cette condition me semble remplie aujourd’hui et depuis longtemps à vrai dire.

    Toute amélioration de productivité lassant d’autant plus de temps à chacun d’explorer les chemins qui lui tiennent à coeur, sans autres contraintes que le respect du besoin de production initial et de la liberté de tous.

  41. syl dit :
    23 novembre 2008 à 18:12 @BDphile

    échanger pour le profit des ceux qui sont dans l’échange très bien
    échanger pour le profit de tiers pas glop

    la découverte en un an de séjour aux USA pour une total novice en économie c’est que l’économie américaine consiste à échanger entre Américains de l’argent emprunté aux Chinois pour utiliser brièvement des produits le plus souvent inutiles dont la durée de vie est soigneusement calculée pour être la plus rentable possible et fabriqués par une main d’oeuvre à bas prix (les mêmes Chinois qui maintenant délocalisent au Vietnam)

    la croissance américaine qui s’appuie sur une prétendue “consommation intérieure” n’est en fait que le produit des intérêts de cet argent et ne repose plus sur rien de tangible, matériel, palpable….réel quoi … sauf peut être l’industrie automobile dont on connaît la santé florissante

    et là bing “le roi est nu”

    désolée mais dans ma logique bassement terre à terre je ne comprends pas comment ce système a pu fonctionner aussi longtemps
    les explications de Paul m’ont permis de mieux comprendre comment techniquement ces chimères sont devenues réalité pour certains

    mais parfois je me demande où est la vraie vie ?

    alors malheureusement me reviennent à l’esprit les mots de Primo Levi qui disait que chaque matin au réveil avant d’ouvrir les yeux il n’était jamais certain qu’il n’allait pas se réveiller à Auschwitz

    et si un matin nous nous réveillions dans une usine chinoise délocalisée en Bretagne ?

  42. BDphile dit :
    23 novembre 2008 à 18:45 Syl,

    “échanger pour le profit des ceux qui sont dans l’échange très bien”

    C’est en fait tout ce que je combat.
    L’intention est louable, le rêve américain dans son idéal, mais cela crée de fait des hiérarchies entre ceux qui ont les moyens de l’échange et ceux qui n’en ont pas, comme des capacités de négociations.

    Plus que de se réveiller dans une usine chinoise en bretagne, je souhaiterai éviter un dénouement du type “me menace pour vider le frigo ou prendre un jerrican d’eau” (et je ne mentionne pas de sujet).

    Je déplore cette ambiance fin du monde mais je constate dans ma vie de tous les jours l’ambiance “coeur de pierre”.
    L’émotion même sincère ne permet pas les moyens d’actions.
    Seules la souffrance réelle le permet.

    D’ailleurs ce blog existe et connait son succès par à la crise financière, la souffrance du portefeuille.

  43. Dav dit :
    23 novembre 2008 à 19:12 @Bdphile

    à mon avis, dans tout ce que vous dénoncez, c’est à dire les problèmes de répartition des richesses créées, ou de la productivité qui pourraient nous permettre de chacun moins “travailler” (j’entends par là, mener une activité qui n’apporte rien à la collectivité), le problème ne vient pas de la monnaie.

    Il est impossible de se passer de monnaies d’échanges, dusse cette monnaie d’échanges s’appeler la générosité de chacun, parce que rien n’est vraiment “gratuit”. Un peu de temps, quelques efforts, même minimes, tout nous coûte…

    En théorie, à l’origine, la monnaie est un outil de justice, c’est cette vertu là qu’il faut lui redonner. Ne l’oublions pas. Il faut modifier la forme de l’outil, la façon dont on s’en sert, pas le jeter à la casse.

    La monnaie est un outil de régulation des échanges.
    Le libéralisme a failli, faute de croire au besoin de régulation, pourquoi tomber dans les mêmes excès ?

    Aussi bizarre et lointain que cela puisse paraître à nos yeux d’aujourd’hui, la monnaie est un outil de justice.

  44. Ton vieux copain Michel dit :
    23 novembre 2008 à 19:15 Bonafi gilles dit : 23 novembre 2008 à 14:51
    “Trois géants financiers mondiaux : Citigroup, JP Morgan Chase et Goldman Sachs sont en train d’émerger sur les cadavres des autres.”

    C’est de la pure rigolade. Citygroup est sous perfusion. Sa capitalisation était de 240 milliards d’USD en 2006. Elle n’est plus que de 20 milliards d’USD. Ses dettes sont gigantesques. Ce week-end, son CEO discute avec les autorités américaines, ou plutôt les supplie pour avoir une rallonge. Goldman Sachs a perdu 75% de sa valeur. Vendredi à la cloture, elle valait 53 USD. Il y a un an, elle valait 230 USD. Sa capitalisation actuelle est de 21 milliards d’USD. Un grand nombre d’entreprises du CAC 40 valent davantage. Si elles en avaient envie, les grandes entreprises du Fortune 500 pourraient racheter ces banques et pas l’inverse. Pour rappel, la capitalisation d’Exxon Mobil est près de 400 milliards d’USD.

    Quand va-t-on cesser de répandre des fausses infos? Je signale que l’allusion répétée aux Rothschild montre bien d’où vient le vent. On sent immédiatement l’extrême-droite à l’odeur qu’elle dégage.

  45. Jack dit :
    23 novembre 2008 à 19:18 Actuellement c’est le ratio tier one qui limite la création de crédit des banques (et donc de la monnaie scripturale). C’est le rapport entre le total des crédits accordés et les fonds propres de la banque. Le ratio doit être supérieur à un certain pourcentage selon les normes Bâle en application. Les fonds propres ne peuvent bien sur pas être alimenté par les dépots ni une fraction des depots…

    “Le ratio tier one, aussi qualifié de «ratio de solvabilité», compare le total des crédits accordés par une banque avec le montant des capitaux propres de l’établissement. Il sert donc, d’une part, à limiter l’offre de crédit de chaque établissement et, d’autre part, à sécuriser la banque dans un environnement normal, avec l’idée qu’un volume minimal de capitaux propres suffit pour encaisser une montée des défaillances de crédit. Pour être précis, il existe plusieurs ratios : le ratio tier one à proprement parler, et un ratio encore plus strict qui ne prend en compte que le capital «dur».”

    http://www.investir.fr/index.php4?coe_i_id=1682

  46. Paul Jorion dit :
    23 novembre 2008 à 21:14 Le débat se déplace vers les bonnes questions, dont celle-ci : d’où viennent les intérêts qui sont payés comme compensation des avances consenties par les banques ?

    1. Pour le crédit productif, il s’agit d’une partie de la richesse créée grâce aux avances : c’est la part qui revient à l’investisseur. Comme il s’agit d’avances dont le collatéral est la richesse créée, l’intérêt a été créé par les avances elles-mêmes.

    2. Pour le crédit à la consommation, les intérêts sont puisés sur les salaires des emprunteurs. Ces salaires ont été ponctionnés sur de la richesse créée ailleurs.

  47. reve dit :
    23 novembre 2008 à 21:32 Paul Jorion, Vous decrivez admirablement la mecanique financiere et bancaire et vous avez raison sur presque tout. Mais on ne voit pas tres bien ou vous voulez en venir. Car devant cette mecanique il y a des humains aux comportements contradictoires et irrationnels. Meme si on redige une Constitution mondiale pour l’economie, la finance, le commerce, cela n’aura aucun impact sur les problematiques demographiques ou geopolitiques. Si la raison l’emportait depuis longtemps on le saurait! On fait quoi en Afrique du Sud ou le raciste s’est inverse? Au Moyen Orient ou l’Etat Palestinien existe deja (la Jordanie) mais les arabes ne veulent pas de la paix, aux USA qui continuent a se construire sur l’immigration, en Russie ou au Japon ou c’est exactement le contraire, et la Chine et l’Inde avec leurs 3 milliards d’habitants, on les fait vivre comment? Toutes ces populations, on ne va pas les faire rever en leur vendant du bio (organic food), des voiturettes a trois roues, et toute la tarte a la creme du durable et de l’ecolo. Si la finance derape c’est peut etre parceque les reves sont forcement fous et les societes completement bloquees, non? Ce qui est frappant dans ce blog c’est la volonte de serrer encore plus les boulons. Tout le monde dans son coin veut serrer les boulons.
  48. BDphile dit :
    23 novembre 2008 à 22:05 Dav,

    En effet la monnaie n’est que le moyen de l’échange, le problème vient de la structuration de ces échanges, de la façon dont on les envisage, les crée, leur but.

    On pourrait s’en passer :)

    Lorsque vous entendiez “moins travailler”, je pensais à la diminution de la part nécessaire au bien être de tous. Celle laissée ensuite à la liberté d’action de chacun est aussi du travail d’une certaine façon et conduit aussi “à apporter à la collectivité” directmeent ou indirectement (ne serait que des être épanouis et ce n’est pas rien)

    Et voici un exemple parlant au sein même d’une réussite récente du capitalisme:
    L’innovation chez Google,
    Google excelle dans sa capacité à générer de nouvelles idées grâce à sa règle du « 70-20-10 » : chaque employé, et tout particulièrement les ingénieurs, est incité à consacrer 70% de son temps à son métier de base, 20% à des activités apparentées et 10% à des sujets de son choix.
    Souvent ça ne va pas loin sinon à avoir des employés épanouis.
    Parfois cela conduit à d’énorme projets repris par la société et sur lesquels elle poursuit son développement.

    A méditer ;)

  49. Pierre-Yves D. dit :
    23 novembre 2008 à 22:24 “Meme si on redige une Constitution mondiale pour l’economie, la finance, le commerce, cela n’aura aucun impact sur les problematiques demographiques ou geopolitiques. Si la raison l’emportait depuis longtemps on le saurait! ”

    Rédiger une constitution pour l’économie ce n’est pas du tout “resserer les boulons”.
    C’est tout le contraire. C’est expliciter un certain nombre de principes qui visent justement à transcender les problématiques locales. Si les blocs, les pays comme vous le dites très bien ont des intérêts divergeants, des problèmatiques spécifiques, c’est parce qu’il n’existe pas de règles permettant d’atténuer voire de faire disparaître certains graves problèmes. Dans un monde dérégulé c’est chacun pour soi, mais dans un monde avec de meilleures règles fondées elles-mêmes sur un petit nombre de principes, les conflits ne peuvent que s’apaiser.

    Or nous vivons un moment rare aujourd’hui. Devant la montée des périls, la nécessité de trouver de meilleures règles devient impérieuse. Pour l’instant nous en sommes encore au niveau des incantations. Mais si la situation s’aggrave il faudra passer à des choses plus sérieuses. Evidemment, je vois d’ici poindre l’objection : “oui, mais une aggravation peut mener au pire !”.
    J’en suis conscient, comme beaucoup ici. Mais avons-nous le choix ? Se lamenter ne sert strictement à rien.
    Tout ce que nous pouvons faire c’est à mon avis :

    1. essayer de nous faire une idée précise de la situation. Faire un travail sur la compréhension de la crise, et, à travers elle, du monde dans lequel nous vivons. Eventuellement, si très motivé, un travail sur soi, si l’on découvre qu’il n’y a pas adéquation entre nos modes de vie et notre compréhension du monde.

    2. faire chacun à notre niveau faire ce que nous pensons être capable de faire.
    A ce propos il n’y a pas de solutions toutes faites. Pour les uns ce sera sensibiliser certains de leurs concitoyens aux problèmes de l’économie dans une perspective globale. Pour d’autres, comme moi, venir sur ce blog pour enrichir, renouveler, informer ma réflexion. Pour d’autres oeuvrer directement à la mise en place de solutions originales. Pour d’autres de faire de la politique et d’apporter leur contribution. …… Ou encore faire tout cela en même temps pour les plus motivés, les plus
    inspirés.

    Concernant la Chine, détrompez-vous ! Elle s’est mise au bio (une goutte d’eau évidemment à l’échelle du milliard d’habitants, mais déjà considérable s’agissant d’un pays si vaste) et en exporte déjà !! J’ai un ami chinois qui travaille dans une sorte d’agence provinciale pour les échanges économiques extérieurs. Et bien, il y a trois ans de cela il est venu en France pour rencontrer des repsonables du développement bio, à Lyon.

    Les autorités chinoises encouragent le développement durable. Ils ont pris conscience que leur croissance ne sera pas tenable très longtemps si autant de dégradations des milieux et ressources continuent. Le problème de la Chine est qu’en raison de la nature autoritaire du régime politique, il n’y a pas de contre-pouvoirs. Les caciques locaux n’appliquent pas ou très mal les directives centrales. Si ces derniers, piliers du régime, sont réprimendés, voire condamnés à mort dans certains cas, cela ne traite pas le problème de fond. Sauf si la crise s’aggrave comme aujourd’hui et que les tensions sociales s’exacerbent. Les autorités devront adapter leur politique et elles commencent à le faire. Comme l’a indiqué Paul Jorion, elles ont devancé les USA pour lancer un plan de relance. L’erreur c’est de considérer qu’il y a NOUS et EUX. En réalité, tous les pays de la planète sont dans une même galère. Pour gagner le rivage et espérer boire une eau claire il va bien falloir que tout le monde rame dans le même sens. Question de survie.
    Ces vingt denières années un discours récurrent consistait à nous dire qu’il fallait s’adapter au cours irrésistible de la mondialisation, comme si celle-ci s’imposait comme une loi de la physique. Ce discours et cette réalité ont vécu.
    Tout se tient. La mondialisation en est elle-même est révisable, et commence déjà à l’être.

  50. BDphile dit :
    23 novembre 2008 à 23:05 Paul Jorion,

    Tant pour le crédit productif que pour celui à la consommation, les intérêts seraient fonctions du futur ?
    L’engouement pour le futur produit créé (pour le productif).
    Le travail encore à accomplir et à rémunérer (pour la conso).
    Ou les intérêts passent peut être avant la dette ?

    Les intérêts seraient en quelque sorte une prise d’otage du futur ?

    Est il judicieux de comprendre aussi votre “ailleurs” final comme un “plus tard” ?

    C’est le point sur lequel je me suis arrêté lors du visionnage de la vidéo de Paul Grignon:
    Le mécanisme décrit du remboursement des intérêts.

    Comment une masse croissante de prêts+intérêts peut elle être remboursée dans un environnement d’inflation et de stagnation des salaires ?
    Comment une masse croissante d’avances sur production peut elle être créée ?
    Comment écouler cette production croissante chez des consommateurs dont le porte monnaie se réduit ?

    Les grandes crises sont elles tout simplement la remise à zéro des compteurs avant de repartir sur des bases assainies? soit 20 à 30 ans chaque fois en gros…avec les vies sacrifiées (au sens propre ou figuré) que cela implique.

    Est il possible de sortir d’un tel cercle infernal sans envisager la suppression du crédit+intérêt ?
    (bien que je prône une société de gratuité mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs ^^)

  51. Archimondain dit :
    23 novembre 2008 à 23:30 Les intérêts semblent légitimes, car cela a d’avantage de valeur d’acheter quelque chose tout de suite plutôt que demain (un tient vaut mieux que deux tu l’aura). Ce qui est illégitime, c’est de percevoir des intérêts sur de l’argent qui n’existe qu’à partir d’une promesse de remboursement. (le prêteur n’a jamais eu cet argent). Ce n’est pas parce que cet argent sera détruit qu’il n’est pas créé ex-nihilo. Si. il est bien créé ex-nihilo, même si ce n’est que temporairement. (et ce temporairement peut durer plusieurs années…)
  52. Gilles Bonafi dit :
    23 novembre 2008 à 23:57 @ton vieux copain Michel
    Merci, c’est la première fois qu’on assimile mes propos à ceux de l’extrême droite (je suis fils de réfugié politique). Désolé pour Rothschild, j’aurai bien aimé trouver des renseignements sur Rockefeller, mais il n’y a pas grand chose. Au lieu de faire des commentaires qui sont pour le moins des raccourcis, il fallait relever ce qui suivait, c’est à dire que selon le rapport de l’OCC (Comptroller of the Currency, l’autorité de tutelle des banques) du 30 septembre indique PJ Morgan Chase détiendrait 43 000 milliards de dollars en produits dérivés soit à elle seule l’équivalent du PIB mondial. Pour Citigroup, citer son nom fut volontaire car il reste encore un géant (qui venait de racheter Wachovia) et lorsqu’il chutera, la concentration s’amplifiera. Il faut relire Jean Ziegler (extrême droite ?) qui affirme: « Nous assistons à une reféodalisation du monde, à la captation de la richesse par un petit groupe d’hommes. » En effet, souligne-t-il, « en 2003, les 500 plus puissantes transnationales privées contrôlaient 52 % du produit mondial brut. »
  53. reve dit :
    24 novembre 2008 à 00:12 La lecture des commentaires des internautes francais qui lisent ce blog est effrayante. On dirait les doleances de vieux chatelains qui ne se sont pas rendus compte que leur chateau ne leur appartient plus. Aujourd’hui la France compte pour du beurre et en Europe et dans le monde. Elle n’est plus percue que comme une sorte de tiers monde elegant qui n’a meme pas ete capable de conserver ses bistrots, son tabac et ses alcools. Vos avis, personne ne les lira jamais, le reste de l’Europe et du monde en a strictement rien a faire. Ne reste que la dette. S’il y a vraiment quelque chose a faire en France c’est bien comprendre que nous ne sommes plus rien ou presque. Une fois que l’on a compris que l’on est au plus bas, on ne peut que remonter….. Mais pour le moment ce n’est pas le cas.
  54. BDphile dit :
    24 novembre 2008 à 00:20 Archimondain,
    Tout semble légitime qu’on on naît dans un système de pensée qui vous à (dé)formé tout au long de votre vie.

    Il est particulièrement difficile d’envisager un autre schéma sociétal sans immédiatement se poser les barrières de celui dans lequel on a toujours été habitué à vivre.

    Par ex Dav disait :
    “Alors, mis à part les nombreux cas où j’ai plaisir à rendre service, il faut quand même admettre que je rends souvent davantage service à quelqu’un quand je suis sûr d’obtenir quelque chose en échange… ce qui est bien naturel.”

    Ce qui n’a pas lieu d’être dans le cas d’un environnement de gratuité que je décrivais. Cet automatisme de pensée là n’existerait même pas. Il ne serait pas “naturel” ;)

    Faut il toujours se contenter d’envisager et d’agir “à la marge” ?
    Comment agir “à la marge” peut être une étape permettant d’aller plus loin, faire parti d’un plan de transformation plus profond ?

  55. Greg dit :
    24 novembre 2008 à 00:21 Tout à fait d’accord avec Archimondain.
    JE sens que l’on va reparler du crédit social… :)
  56. Candide dit :
    24 novembre 2008 à 00:25

    Ce qui est illégitime, c’est de percevoir des intérêts sur de l’argent qui n’existe qu’à partir d’une promesse de remboursement. (le prêteur n’a jamais eu cet argent). Ce n’est pas parce que cet argent sera détruit qu’il n’est pas créé ex-nihilo. Si. il est bien créé ex-nihilo, même si ce n’est que temporairement. (et ce temporairement peut durer plusieurs années…)

    Ce à quoi toute banque vous répondra que cet argent correspond bel et bien à de la monnaie réelle, uniquement dématérialisée pour des raisons pratiques, car elle aurait les moyens de vous le fournir sous forme de billets de banque si nécessaire.

    En effet, tant qu’une quantité trop importante d’emprunteurs (ou plus généralement de clients) ne réclame pas un prêt sous forme de monnaie réelle (ou n’effectue pas de retrait en espèces), ses réserves fractionnaires en monnaie centrales sont parfaitement suffisantes.

    Et nous touchons là au cœur du problème qui nous occupe sur ce fil et d’autres, celui du pari que font et qu’on toujours fait les établissements bancaires : celui de la faible probabilité d’une “panique bancaire”, ou même d’un nombre important de retraits en espèces (la vidéo de Grignon est exacte sur ce point). C’est cela qui permet la multiplication des prêts, et donc de la quantité de monnaie scripturale en circulation, me semble-t-il.

  57. Greg dit :
    24 novembre 2008 à 00:27 @Paul,

    Quand vous dites “Pour le crédit à la consommation, les intérêts sont puisés sur les salaires des emprunteurs. Ces salaires ont été ponctionnés sur de la richesse créée ailleurs.”

    Est-ce à dire que les interêts seraient prelevés deux fois ?
    Un fois pour l’investissement, et une deuxième fois sur les salaires qui ne sont autres que le fruit de cet investissement ?

    Où l’on reparle également de l’interdiction des interêts sur le crédit à la consommation… :)

  58. BDphile dit :
    24 novembre 2008 à 00:35 Ton vieux copain michel,
    Gilles Bonafi,

    Je crains que la recherche du Grand méchant loup plus gros que les autres ne soit un peu vaine.

    pour faire un parallèle avec le monde de la BD, lors de vente aux enchères de planches originales par ex, l’acheteur n’est pas forcément celui qu’on croit.

    Par ex l’acquereur de la dernière planche d’Uderzo vendue à Drouot pour 312 000€ frais inclus est une galerie qui dit simplement qu’elle n’est peut être que receveuse d’ordre…mais peut être pas (Galerie Slomka, lui même collectionneur).
    on peut s’amuser à faire tourner de vrai fausses transactions avec soi même pour faire des côtes artificielles entre autre…jusqu’à ce qu’on véritable acheteur se décide à s’y faire duper…

    Nous vivons dans un monde où il est impossible de savoir qui a quoi et fait quoi et pour qui et pourquoi.

    Le marché de l’art en général, s’il peut être considéré comme une mini réplique du Marché avec un grand M est alors très intéressant à observer.

  59. BDphile dit :
    24 novembre 2008 à 01:11 Candide,
    Greg,

    S’il y a un effet multiplicateur de crédit, alors il y a un effet multiplicateur d’intérêts.

    Ce système est fou mais tant qu’il y a encore d’infimes raisons de croire en lui il perdurera.
    Quitte à voir passer quelques bank run.
    Qui pense encore à northern rock ? Les islandais ont ils/auront ils plus de difficultés à vivre que nous ?

    faillites de banques US:
    http://www.fdic.gov/bank/individual/failed/banklist.html

  60. Rumbo dit :
    24 novembre 2008 à 01:24 Paul Jorion
    @ 23 novembre 2008 à 21h14

    Aujourd’hui, dans le billet de Paul Jorion: ‘Création Monétaire, l’illustration de Paul Grignon’,
    j’ai posé (d’ailleurs reposé) ce problème recopié collé ci-dessous

    @ Rumbo 23 novembre 2008 à 16h13:
    – J’ajoute et je répète, car je pense que c’est le fond du fond du problème, que les banques ne créent jamais l’argent des intérêts à leur verser en plus du remboursement des dettes. Si cela est possible de rembourser, et même banal individuellement (quoique provisoirement), cela est arithmétiquement IMPOSSIBLE collectivement. Sinon, il faut le démontrer par point et par mesure –

    Et voilà que:
    BDphile dit
    23 novembre 2008 à 23:05

    “”Comment une masse croissante de prêts+intérêts peut elle être remboursée dans un environnement d’inflation et de stagnation des salaires ?”
    —>réponse: Que la couverture monétaire soit de 100%monnaie (et non pas au dessous ou au dessus, mais de 100% exactement) et que les banques ne prêtent QUE l’argent de leurs déposants. La création (et destruction) monétaire étant du ressort d’un office ou organisme de représentation nationale, régionale, ou d’un espace économique considéré, créateur, émetteur et contrôleur de la monnaie, cet organisme pourrait être plurinational, ou régional, ou de réseaux (peu importe l’échelle), cet organisme ayant bien entendu TOUTES les compétences bancaires, financières et monétaires.
    “”Comment une masse croissante d’avances sur production peut elle être créée ?” »
    Cette question et la suivante:
    “”Comment écouler cette production croissante chez des consommateurs dont le porte monnaie se réduit?” »
    Vont ensemble
    —>réponse: Par la DÉCENTRALISATION maximum. Soit, le chemin INVERSE des multinationales et des empires financiers transnationaux, c’est à dire une déglobalisation, ou démondialisation en continu. Car la concentration économique, industrielle et agricole, bancaire, financière et monétaire on l’a vu partout, siphone tous les revenus des producteurs, surtout petits et moyens, des salariés, etc. Exemple, il y avait en Afrique des régions très productives de cultures vivrières vitales aux populations que les accords de Lomé et leurs suites ont détruit pour les remplacer par des cultures de rentes, souvent monocultures pour l’exportation, ce qui se révèle un drame pour la maîtrise des ressources, en particulier alimentaires, de nombreux pays africains. L’exemple vaut, selon chaque pays et provinces et leurs particularités, et ce, dans le monde entier.

    Les grandes crises sont elles tout simplement la remise à zéro des compteurs avant de repartir sur des bases assainies? soit 20 à 30 ans chaque fois en gros…avec les vies sacrifiées (au sens propre ou figuré) que cela implique.

    Est il possible de sortir d’un tel cercle infernal sans envisager la suppression du crédit+intérêt ?
    (bien que je prône une société de gratuité mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs ^^)” »
    —>réponse: bien sûr que oui. Sauf que crédit se diviserait en deux et ne recouvrerait plus les mêmes réalités si pré- caires d’aujourd’hui: le premier type de crédit proviendrait uniquement de l’épargne, de l’argent en supplément, déjà existant, cela existe déjà d’ailleurs, c’est très courant; donc dans ce premier cas c’est un crédit de ‘tout repos’, sans ‘politique-du-crédit-bancaire’ source de tous les risques de dangers et de malversations. Avec le crédit venant de l’épargne le montant des intérêts ne détermine pas la masse monétaire, les intérêts, s’il y en a et quelqu’ils soient, vont d’un usager à l’autre sans que le bilan monétaire et social en subisse les conséquences. Le second crédit proviendrait de l’office de création et d’émission monétaire régional ou national, idéal alors pour le financement public, – sans intérêts – (donc frais minimum), comme il s’agit là de consommation publique, il n’est plus question d’intérêt à payer, c’est la demande, la vraie, qui fixe l’émission monétaire dans ces cas là pour: les écoles, les hopitaux, les ponts et chaussées, etc, etc. etc. Le système fiscal actuel n’aurait plus sa raison d’être, car la maîtrise par la société productrice de la création et de l’émission monétaire remplacerait très avantageusement pour chacun d’entre nous le sytème fiscal actuel, vrai boulet inutile à traîner.
    On peut maginer qu’un office national de création monétaire ne reviendrait pas plus cher, plutôt moins, que le ministère de la Justice. Les financiers qui y travailleraient pourraient d’ailleurs être payés statutairement comme les juges et travailler sous serment. Vous vous rendez compte? Il n’y aurait plus cette charges écrasante des dette publique, nationales, municipales, etc, et tout le budget du ministère des finances (au moins) serait économisé. Ce serait une régénération sur tous les plans. Qui dit mieux? Et surtout qui pourrait faire mieux?

    La grande fausseté et source d’ “embrouilles” de certaines discussions du genre faut-il privatiser, faut-il nationaliser n’a désormais strictement plus aucune importance. Une compagnie fonctionnera-t-elle mieux si elle est publique ou privée? Cela doit devenir sans objet. L’objet entre tous est que la compagnie fonctionne en accord selon la demande des gens et les exigences environnementales, et non pas selon le système proposé qui, nécéssairement, comporte des intérêts économiques ou/et politiques qui n’ont jamais rien à voir avec la demande des gens. C’est encore bien plus vrai face au tout État, et maintenant face aux transnationales industrielles et financières globalisées qui réablissent de facto le socialisme obligatoire et complètement inadapté aux hommes, aux enfants, aux familles, aux animaux, à l’environnement, à l’écosystème, gaspillages d’énergie, etc.

    Souvent, la réalité, les réalités ne correspondent nullement à ce que nous nous imaginons, ou projetons même avec les meilleures intentions du monde. Aussi, il faut s’en tenir à une tehnique financière et monétaire REFLETANT EXACTEMENT les réalités économiques productives. Production des biens et des services et émission monétaire doivent s’égaler dès le début de tout processus de production jusqu’à son achat final et son usage final. La finance s’y rapportant doit suivre le même processus que la production de façon à ce qu’à l’arrivée le pouvoir d’achat soit garantie et vrai, sans prendre dans la poche de personne; et surtout sans que l’occasion d’y prendre se rencontre.

  61. Archimondain dit :
    24 novembre 2008 à 01:26 @ BDphile

    tss tss. Voyons voyons la gratuité ce n’est même plus de l’utopie. C’est de l’ArchiUtopie. Il va falloir expliciter le système que vous prônez, car si tout est gratuit, moi je n’en demande pas tant. Disons une villa sur la côte d’azure…
    Mais attendez que je réfléchisse… puisque c’est gratuit, pourquoi ne pas en prendre une deuxième pour mes futures enfants. Hum… Allons, ne soyons pas mesquin, j’ajoute un ou deux ports de pêche. J’ai toujours aimé le poisson :) Et pour le week-end, je réserve une salle de ciné à cannes pour mes potes et moi. (gratuitement).

  62. BDphile dit :
    24 novembre 2008 à 02:03 Rumbo,

    Merci pour cette réponse.
    Je n’ai pas bien compris comment la décentralisation permet l’absorption de la production toujours croissante mais
    le reste est clair et j’y souscris en partie.

    En partie seulement car pour moi ce ne serait qu’une étape.

    En effet quel(s) avantage(s) d’avoir de la monnaie à partir du moment où les échanges privés sont à somme nul (ou légèrement impactés par les projets de financement publique) et où le financement publique gère sans intérêts des besoins en adéquation avec la demande et les possibilités environnementales ?

    Autant supprimer la monnaie ce serait encore plus simple à gérer.
    Il ne resterait que les postes de gestion des projets, des besoins et des possibilités, en bref, l’essentiel.

    En bref je ne comprends pas l’utilité de la monnaie et des techniques financières dans ce système.

  63. BDphile dit :
    24 novembre 2008 à 02:56 Archimondain,

    L’ex d’une réponse de Dav plus haut, reprise dans un post que je vous avais adressé, s’applique à votre réponse également.
    Il faut placer son schéma de pensée à l’intérieur d’une société où tout est gratuit et ne pas penser cette société en étant dans celle où tout s’achète.

    Lorsque tout est gratuit, tout est à vous, vous voulez 2 ports de pèche ?
    Prenez les.
    Mais qu’en faites vous maintenant ?
    Le poisson produit ne vous rapportera rien de plus que ce que vous pourriez manger.
    (sauf à aimer priver les autres).
    Vous ne pouvez être qu’à un endroit à la fois et tous les ports de pèche du monde vous sont ouverts.

    Quant aux séances de cinéma pour vous et vos proches et au reste cela ne relève pas du payant ou du gratuit mais des défauts de l’homme à tout vouloir pour soi et rien pour les autres.
    Sous quel prétexte priveriez vous quelqu’un qui a envi de voir le film de le faire ?
    (d’ailleurs le plaisir d’une séance est une expérience collective mais passons ce détail dans lequel mon diable s’est logé)
    Après tout si vous voulez une séance privée faite là dans une de vos villas de la côte ;)

    Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi vous en construiriez une autre pour d’hypothétiques enfants à qui vous priveriez le plaisir de le faire selon leurs goûts puisque ce sera gratuit et peut être n’en auront même pas envi.

    De quelles peurs voulez-vous vous protéger là ?
    De celles d’un monde ou tout est payant et ou l’on craint pour ses enfants jusqu’à nier leurs aspirations ?

    Enfin pour l’utopie je vous renvois à mon premier message sur ce file.

    C’est comme pour l’air, il est gratuit, il appartient à tout le monde.
    Et si on pouvait facilement s’en arroger la distribution il deviendrait comme la terre ou l’eau.
    Jusqu’à ce qu’il soit si pollué ou qu’une innovation détournée ne fasse de la BD de Cardon mentionnée plus haut une triste réalité.

    Think different
    (et le premier qui me répond Apple ou Pepsi aura un CDS sur Citygroup ou GM, au choix)
    :)

  64. fab dit :
    24 novembre 2008 à 08:39 @ BDphile,

    Bonjour,

    J’ai survolé vos messages et ils ont retenu mon attention. Avez-vous établi un plan général de votre “utopie” ? Et pour reprendre un exemple cité, qui va produire le film, fabriquer la caméra et la salle de cinéma ? Et qu’est-ce qui le poussera à le faire ?

    Merci

  65. BDphile dit :
    24 novembre 2008 à 10:17 fab,

    bonjour :)
    J’avais écrit et effacé dix fois un post scriptum à mon dernier message qui commençait ainsi:
    PS: Paul, pardon pour les digressions dont je fais état…

    Puis Paul à laisser le billet “les commentateurs”.
    J’ai la faiblesse/la présomption? de me retrouver dans la réponse de Et alors par exemple.
    Je ne souhaite pas être vu comme un prosélyte.

    Néanmoins je suis partagé avec l’envi de vous répondre car oui j’ai une idée relativement précise du “plan général” final.

    Grâce à tous, j’entrevois les étapes pour parvenir à cette finalité.
    Dans cette perspective j’attends la réponse de Rumbo par ex.
    Et des réponses de Paul m’ont déjà donné des pistes.

    Je ne souhaite pas brouiller l’intérêt des billets et toutes les participations du blog en les noyant dans plus de digressions.
    Comment vous répondre plus avant ?
    Je ne sais que faire.

  66. Greg dit :
    24 novembre 2008 à 10:33 @Rumbo,

    Je vois que vous avez enfin réussi à parler du crédit social sans le nommer ni même évoquer le major Douglas, belle performance :)
    C’est surement une méthode moins prosélyte (pour en revenir au dernier billet de Paul)
    Ceci dit j’ironise une peu, mais j’attends toujours que quelqu’un réfute cette “théorie” de la monnaie et du crédit.
    Je ne vois pas de faille (ou alors peut-être l’intervention humaine lors de l’acceptation du crédit…Cela devient en effet un pouvoir incommensurable dans un tel système)

    Je déplace le débat, mais nous parlons beaucoup de la FED, un peu de la BCE, mais qu’en est il de la Chine ?
    Quel est leur mécanisme de création monétaire ? Il sont en passe de devenir -plus rapidement que prévu- la 1ère économie mondiale, alors comment est créée la monnaie chinoise ?

  67. Rumbo dit :
    24 novembre 2008 à 13:05 Greg dit :
    24 novembre 2008 à 10:33

    “”Je déplace le débat, mais nous parlons beaucoup de la FED, un peu de la BCE, mais qu’en est il de la Chine ?
    Quel est leur mécanisme de création monétaire ? Il sont en passe de devenir -plus rapidement que prévu- la 1ère économie mondiale, alors comment est créée la monnaie chinoise ?” »

    Je crois que Paul en a déjà parlé il y a peu de mois et a déjà fait la comparaison entre la Chine et les États-Unis du point de vue économique et financier. Ces deux puissances, d’après Paul, seraient à présent, depuis que l’Amérique a viré sociale-démocrate, dans la même “vallée”, et non plus chacune dans une vallée différente, simplement elles sont encore chacune sur les versants opposés de la même vallée. Maintenant, il y a, à cette heure, tellement d’incertitudes et de paramètres inconnus, cachés sous d’autres paramètres qu’on croit bien connaître, qu’il est encore trop tôt pour lancer les paris.

    Mais, s’agissant de votre question copiée ci-dessus, c’est l’une des questions les plus importantes du moment. Car, foin des dogmes monétaristes, ultra-libéraux, etc, moribonds et envasés, la Chine, dans la mesure où elle est capable de développer son marché intérieur (comme c’est “curieux” qu’elle ne l’ait pas fait plus tôt!) sans tenir compte, ou à peu près, du ressac mondial, car mondialiste (1), verra son authentique développement s’accélérer (2). Et je serais très désireux d’avoir des indications les moins floues possible sur le fonctionnement bancaire de la Chine actuelle. Il y aurait sûrement là de quoi s’en inspirer (si c’est le cas, pourquoi si tard?). Pour le première fois, la Chine se trouve à peu près à égalité avec les principales autres “puissances” au niveau mondial. C’est, à ce niveau, un changement du tout au tout. Seulement, Dieu fasse que l’on ne change pas simplement de “maître du monde”, et qu’après la vampirisation du monde par les anglo-saxons, ce soit le tour de la Chine de le faire?…

    Ceci étant bien compris, étant sensibilisé par la “pensée et la logique chinoise” et au delà des convoitises pesantes, risquées, donc des affrontements d’intérêts très domageables hélas “habituels” dans l’histoire, il devrait y avoir, avec la Chine et l’Asie en général, des éléments de mode d’être et de penser féconds et créatifs pour nous, pour autant que les Asiatiques ne voudraient copier que nos défauts en délaissant leur qualités, et nous idem en sens inverse.

    (1) l’histoire économique du Japon (jusqu’à la fin du XXème siècle) est très instructive à cet égard, elle dément pour l’essentiel, tous nos poncifs libéraux, mondialistes, etc

    (2) là où le bas blesse, c’est que l’environnement et l’écosystème vont faire, encore une fois (une fois de trop?) les frais des pots cassés… Et d’ailleurs avec la globalisation c’est pareil, sans doute pire encore.

  68. Archimondain dit :
    24 novembre 2008 à 13:37 @BDphile
    Je vous remercie de me remettre (gentiment) à ma place. Mes exemples sont effectivement un peu terre à terre, voire un peu ridicules. J’apprécierai très surement vivre dans le monde tel que vous le voyez. Et je me contenterai bien d’avoir de quoi dormir et manger raisonnablement (bon… si je peux avoir le Wifi c’est quand même mieux).

    Mais vous reconnaîtrez tout de même que les choses en elles-mêmes ne sont pas gratuites. Elles coûtent le travail nécessaire à leurs productions. Là dessus, je suis peut-être pessimiste, mais je vois mal les hommes s’accorder harmonieusement sur le don gratuit de leurs biens et services (à moins que chacun ne vive en autarcie, mais je pense que l’on y perdrait beaucoup). Vous remarquerez que je ne parle pas d’échange (car à ce moment il n’est plus question de gratuité), mais bien de don. C’est à dire sans aucune demande en retour.

    Vous dites avoir une idée assez précise du système que vous préconisez. Je serais curieux de le connaître. Pour ma part, je pense qu’une société à l’intérieur de laquelle certaines choses sont gratuites (les choses vitales à la survit) est d’avantage envisageable, même si c’est déjà en soit une Grosse utopie.

  69. Armand dit :
    24 novembre 2008 à 16:10 @Greg (24 novembre 2008 à 10:33 )

    La Chine dispose d’une banque nationale (tout comme la Suisse d’ailleurs), la PBoC la Banque du Peuple Chinois, donc moins indépendante du pouvoir politique qu’une banque centrale … un peu ce que nous voulons faire en demandant un contrôle plus démocratique !

    la PBoC crée la monnaie du peuple, le renminbi, de la même manière : en l’imprimant. Mais avec une garantie sensiblement différente de celle des banques centrales qui utilisent un bon du trésor (une dette sociale intérieure), elle utilise, en partie, les réserves de change accumulées par ses exportations et placées en bons du trésor ou autres obligations étrangères (des dettes sociales extérieures). Ceci illustre bien ce que nous disions ici sur la création monétaire où une banque peut aussi utiliser des conversion de devises (c’est qu’elles ne font qu’à la marge chez nous).

    Les banques chinoises sont indépendantes mais l’Etat est dedans (comme à l’Ouest désormais !). Avec ton compte tu as une carte de retrait, gratuite, qui fonctionne dans les distributeurs des autres banques. Les Chinois préfèrent le liquide aux chèques ou cartes bancaires : il y a des machine à compter et recompter les billets presque partout.

    La PBoC a relevé le taux de réserves obligatoires des banques chinoises jusqu’à 17.5% (je n’ai pas repointé depuis cet été), en acceptant que ces réserves soit en devises étrangères. Ainsi, coup double : (i) ce taux est deux fois plus important que pour nos banques à nous (nos banques centrales ne modifient jamais ce taux et préférent jouer sur leur taux directeur, je me demande encore pourquoi) ce qui constitue un excellent moyen de refroidir la création de crédit et de renforcer le bilan des banques et (ii) la PBoC n’a pas a convertir ces devises étrangères en renminbi, ce qui les stérilise, en évitant d’augmenter la masse monétaire de base et donc de pousser l’inflation.

  70. Paul Nollen dit :
    24 novembre 2008 à 16:27 Bonafi gilles a dit

    “Même si je pense que toute création de monnaie dépend avant tout de l’augmentation de la base monétaire par la banque centrale, …”

    Hélas,

    http://www.debtdeflation.com/blogs/2008/11/02/debtwatch-no-28-november-2008-what-is-really-going-on/ (the blog of prof steve Keen)

    Were it true, movements in Base Money and/or changes in reserve ratios would precede movements in credit/broad money. In fact, the sequencing is the reverse: movements in credit money precede changes in Base Money by roughly a year.

    The empirical and theoretical issues behind this are ones I intend explaining in the long-promised post on the dynamics of credit money.

    Cordiallement

    Paul Nollen

  71. Mathieu dit :
    24 novembre 2008 à 17:34 Bonjour Paul, lorsque vous dites:
    “Le débat se déplace vers les bonnes questions, dont celle-ci : d’où viennent les intérêts qui sont payés comme compensation des avances consenties par les banques ?

    1. Pour le crédit productif, il s’agit d’une partie de la richesse créée grâce aux avances : c’est la part qui revient à l’investisseur. Comme il s’agit d’avances dont le collatéral est la richesse créée, l’intérêt a été créé par les avances elles-mêmes.

    2. Pour le crédit à la consommation, les intérêts sont puisés sur les salaires des emprunteurs. Ces salaires ont été ponctionnés sur de la richesse créée ailleurs.”

    Vous oubliez (enfin, vous ne mentionnez pas) que l’intérêt est de la monnaie (dans le sens moyen de paiement) qui n’existe pas encore. il doit être ponctionne sur de la monnaie ailleurs, c’est a dire sur une dette.
    En cela je trouve extrêmement importante la remarque de Rumbo:
    “@ Rumbo 23 novembre 2008 à 16h13:
    – J’ajoute et je répète, car je pense que c’est le fond du fond du problème, que les banques ne créent jamais l’argent des intérêts à leur verser en plus du remboursement des dettes. Si cela est possible de rembourser, et même banal individuellement (quoique provisoirement), cela est arithmétiquement IMPOSSIBLE collectivement. Sinon, il faut le démontrer par point et par mesure”

    A moins que quelqu’un me démontre le contraire (ou que les banques centrales se mettent a créer la monnaie centrale correspondante a la somme des intérêts de la zone monétaire dont elles ont la responsabilité multiplie par le ratio de réserve obligatoire des établissements de crédit), ce système sera mathématiquement non viable.

    PS: désolé pour mes phrases aux limites de l’incompréhensible, je ne suis pas un littéraire et je fais de mon mieux :)

  72. A-J Holbecq dit :
    24 novembre 2008 à 17:57 Bonjour

    Je suis d’accord avec Paul lorsqu’il se réponds lui-même à sa question d’où viennent les intérêts qui sont payés comme compensation des avances consenties par les banques ? en écrivant

    1. Pour le crédit productif, il s’agit d’une partie de la richesse créée grâce aux avances : c’est la part qui revient à l’investisseur. Comme il s’agit d’avances dont le collatéral est la richesse créée, l’intérêt a été créé par les avances elles-mêmes.

    2. Pour le crédit à la consommation, les intérêts sont puisés sur les salaires des emprunteurs. Ces salaires ont été ponctionnés sur de la richesse créée ailleurs.”

    Mais le ” d’où viennent les intérêts” n’a rien à voir avec une autre formulation qui serait d’où vient – globalement – la monnaie des intérêts? … et dans ce cas, il n’y a pour moi aucun doute : d’une création monétaire nouvelle comme l’explique tout à fait justement Rumbo!
    Puisque chaque création monétaire antérieure (le capital créé et prêté) est remboursée par le bénéficiaire (en théorie évidemment), il manque bien la quantité de monnaie globale correspondant à l’ensemble des intérêts des prêts en cours.

    Cordialement
    AJH

  73. Candide dit :
    24 novembre 2008 à 19:22 @ AJH et Rumbo,

    Mais le ” d’où viennent les intérêts” n’a rien à voir avec une autre formulation qui serait d’où vient – globalement – la monnaie des intérêts? … et dans ce cas, il n’y a pour moi aucun doute : d’une création monétaire nouvelle comme l’explique tout à fait justement Rumbo!
    Puisque chaque création monétaire antérieure (le capital créé et prêté) est remboursée par le bénéficiaire (en théorie évidemment), il manque bien la quantité de monnaie globale correspondant à l’ensemble des intérêts des prêts en cours.

    Pas nécessairement, me semble-t-il. Rien n’interdit de penser que cet argent puisse provenir d’un autre prêt dont le capital serait en circulation.

    On en arrive là au jeu de chaises musicales que nous avons déjà évoqué, dans lequel aucune catastrophe majeure n’arrive tant que la musique continue de jouer.

    En revanche, si la musique s’arrêtait, c’est-à-dire si tous les prêts devenaient intégralement remboursables au même moment, il manquerait dans ce cas les intérêts correspondant à une partie des emprunts. Dans quelle proportion, je ne sais pas…

  74. A-J Holbecq dit :
    24 novembre 2008 à 20:06 @Candide

    Il est parfois difficile de se faire comprendre précisément ;-)

    ” Rien n’interdit de penser que cet argent puisse provenir d’un autre prêt dont le capital serait en circulation.”…
    C’est même plus que cela: Cet argent (celui des intérêts) ne peut QUE provenir d’autres prêts dont le capital est en circulation, et si la musique s’arrêtait il manquerait dans ce cas toute la monnaie correspondant aux intérêts non encore versés (ou épargnés en vue de versement)

  75. Fred L. dit :
    24 novembre 2008 à 20:14 Du point de vue de la théorie économique, la réponse à votre question ‘d’où viennent les intérêt?’ serait la suivante : en régime permanent, la ‘règle d’or’ formulée par Allais et reprise par Phelps dit que le taux de croissance et le taux d’intérêt réel doivent coïncider. Autrement dit l’intérêt c’est la contrepartie de la croissance dans un régime de propriété privée du capital. – Dire que le taux d’intérêt est une rente est donc vrai, c’est une rente liée à la possession du capital et tenant au fait que le capital est à la fois rare (d’où l’idée de Keynes de socialiser l’investissement pour le rendre abondant) et privé (d’où l’idée de Marx de nationaliser les moyens de production pour le partager également). – Bien entendu, tout cela ne prend pas en compte l’autre aspect de la question : la financiarisation de l’économie (ainsi que l’ensemble des évolutions politiques des trente dernières années) a fait croître cette rente de manière explosive et quand la bulle a éclaté (et là il faut relire Keynes, puis passer des heures à percer la jungle financière actuelle), on s’est aperçu qu’au sens le plus large, la monnaie (ou plutôt le réseau de dettes créé) avait perdu toute commune mesure avec une quelconque projection dans le futur de la capacité de production du système économique, d’où la contraction actuelle et sa violence.
  76. Gérard P. dit :
    24 novembre 2008 à 21:26 Pour aider à la réflexion :

    1) Un artisan emprunte 5 à une banque pour acheter de la matière première.
    2) Il travaille cette matière première et crée un produit.
    3) La vente de ce produit lui donne un prix de 10.
    4) Ce prix lui permet de rembourser son emprunt de 5, de payer les intérêts de 3 et de conserver 2.

    L’acheteur du produit a emprunté 10 à un ami.

    La banque a créé de la monnaie (5) par le prêt à l’artisan.
    Le prêt de 10 par l’ami de l’acheteur ne crée pas de monnaie.
    Mais si cet ami à lui-même emprunté 10 à la banque, la banque a créé de la monnaie (10).

    Le travail de la matière première par l’artisan a créé une richesse dont la vente permet à l’artisan d’exécuter ses obligations vis-à-vis de la banque, c’est-à-dire de rembourser son emprunt et de payer les intérêts.
    La vente n’a été possible que grâce à un prêt consenti par un ami à l’acheteur. Cet ami a emprunté à la banque.

    Autrement dit :
    C’est la conjugaison du travail et de la matière première qui a permis de créer une valeur.
    C’est la réalisation (vente) de cette valeur qui a permis le remboursement de l’emprunt et le paiement des intérêts.
    C’est le crédit bancaire (injection de monnaie ou création monétaire) qui a permis la réalisation (vente) de cette valeur.

  77. benoit dit :
    26 novembre 2008 à 22:54 LA MEME RIVE DU FLEUVE…
    @ Paul
    Absent, puis mon ordinateur en révision, je découvre tes derniers billets.

    (…)
    Votre indignation est telle que certains d’entre vous excusent des faits que je révèle ici pour les dénoncer : dans le meilleur des cas, des raccourcis dans la recherche de la vérité et, dans le pire des cas, des falsifications délibérées. La justesse de la « cause » justifierait des escroqueries intellectuelles dues à l’incompétence, à la rouerie, voire aux deux combinées, du moment qu’elles fassent avancer la « cause » dans la bonne direction.

    A ceux-là je réponds : « No pasarán ! » Pas de compromis possible : pas de raccourcis dans la recherche de la vérité, la maison ne vend pas de ce produit ! Je ne me retrouve pas seul et cela me réconforte. La journée d’hier m’a donné l’occasion d’échanger pour la première fois des messages avec Loïc Abadie. Je savais que nos analyses en général se rejoignent, je savais aussi que nos raisons souvent divergent, mais sur ce point-là en particulier, je sais maintenant que nos points de vue sont absolument identiques, et que nous pouvons compter l’un sur l’autre pour coordonner nos efforts. Nous y veillerons !
    (Paul Jorion)

    … je me réjouis Paul, de lire ces lignes, tu t’en doutes.
    Tu témoignes d’un dialogue convergent avec Loïc, tu écris “nous y veillerons” en parlant de l’honneteté intellectuelle, qualité qui vous est commune, ce dont j’ai toujours été convaincu.
    Quelles sont les réactions sur le blog à ce sujet ?
    Il n’y en a pas. Les soixante-seize commentaires existant au moment où j’écris ce commentaire, n’abordent pas le sujet. Comment interpréter ce silence ? Je ne sais pas. Je dois dire que je suis assez surpris, alors que je ne devrais pourtant pas trop m’en étonner.
    Quand même… pas un ?

    Il suffit de nous souvenir. Il y a quelques jours seulement, quand tes propos ont laissé entendre, ou ont pu laissé croire que tu avais jugé que Loïc était “du mauvais côté”, on a pu croire alors qu’une prime était offerte à qui achèverait l’horrible Abadie ! C’était l’Hallali ! Quelques rares voix, mal à l’aise, ont protesté. Avec peu d’effet. Ton hésitation à intervenir sur le blog pour fixer des règles de dialogue a laissé un vide où la colère s’est engouffrée. Ton silence aurait-il été pris pour un accord tacite ? En coulisse, tu tentais bien de modérer les immodérés, mais qui le savait ? Sur le blog le mal était fait, continuait et semblait convenir au maitre des lieux. Apparemment.
    Hélas…

    Si j’ai pu contribuer au fil des mois, à ce qu’un dialogue entre Paul Jorion et Loïc Abadie se noue, mes interventions n’auront pas été inutiles.
    Tu sais, Paul, j’ai toujours aimé faire le pont entre les personnes qui n’habitent pas la même rive du fleuve (rives d’opinions, de Cultures, de modes de vie, classes sociales, langues, couleurs de peau, pays, climats, etc.) Mon aptitude à rapprocher, à servir de “Go-between”, est peu utilisée par le corps social. Elle me vaut parfois l’incompréhension, accusé d’être du bord de “l’adversaire”… Parfois, plus rarement, elle est comprise.
    Dans la société thaïe la recherche de paix et de dialogue est valorisée par le contexte culturel, l’attaque personnelle est réprouvée par la collectivité. Leur “être ensemble” est une source d’inspiration constante.
    Benoit.

    PS – Pour ceux que les évènements de Thaïlande intéressent, un mot.
    Les Occidentaux distinguent conceptuellement la fin et les moyens. Les Thaïs pensent differemment : j’ai entendu les commentaires suivants ces jours-ci, au sein de ma famille thaïe, ainsi qu’a l’extérieur.

    La “cause Jaune” est juste, mais la méthode, elle, ne l’est pas : paroles trop agressives et trop répétées ; maintenant ces paroles aboutissent à la violence.

    Les Thaïs établissent un lien consubstanciel entre la parole et l’acte. Le fond et la forme sont un. Si le fond et la forme divergent, c’est la forme qui l’emportera in fine. Car la fin finit par se diluer dans les moyens, le réel l’emporte sur l’intention.

  78. Pierre-Yves D. dit :
    26 novembre 2008 à 23:49 @ Benoît

    je ne crois pas qu’il faille s’inquiéter de ce silence, même si votre question mérite d’être posée.
    Les propos parfois peu amènes adressés à Loïc Abadie n’ont jamais été insultants. C”était ce qu’il dit, et ce qu’il fait sur son blog et l’interprétation politique que l’on peut en faire qui posaient problème à un certain nombre d’entre nous.

    La plupart, sinon tous les posts visant Abadie, ne concernaient pas les analyses techniques, les diagnostics concernant la crise et le fonctionnement de la finance, mais le contenu politique et intellectuel du positionnement de son blog, ce qui est tout autre chose. Libre à lui d’avoir ses opinions, comme Paul a les siennes, et nous tous également, mais il me semble légitime qu’on puisse contester quelque opinion que ce soit, évidemment en apportant des arguments. Il ne me semble pas d’ailleurs que Paul remette en cause ce principe. Paul a pratiqué un peu le même métier que Loïc. Leur bagage technique concernant l’ingéniérie financière, doit être assez proche, du moins je le présume. Bref, il parlent un langage commun et ont donc des choses à ce dire, au moins dans ce domaine particulier.

    Pour ma part j’ai apprécié que M. Abadie soit venu sur le blog de Paul pour confronter, exposer sa position. Je le lui ai d’ailleurs exprimé dans les commentaires qui lui étaient adressés.
    Je ne peux parler au nom des autres, mais il me semble que c’est le cas d’un certain nombre d’autres commentateurs, y compris de ceux qui avaient exprimé des avis un peu virulents.

    Je me suis réjoui également qu’un dialogue se soit instauré entre Paul et Loïc. Dans la période difficile que nous traversons, les passerelles sont plus que jamais nécessaires. Même si je ne partage pas une bonne part de la vision du monde — néo libérale et un peu darwinienne socialement – de Loïc Abadie, je lui reconnais une honnêteté intellectuelle évidente et un souci de se faire comprendre même s’il n’a pas répondu à toutes les objections qui lui étaient adressées. Mais, il a sans doute d’autre chats à fouetter comme avait dit un commentateur.

    Bref, c’est un homme de bonne volonté. Et il n’y en a jamais assez ! Il semble aussi bien maîtriser son sujet — la finance — et il a les idées claires concernant les problèmes économiques. Ses éclairages ne peuvent donc qu’enrichir le débat. Et c’est en confrontant les arguments les plus opposés que l’on progresse le mieux dans l’intelligence des problèmes. Même si il existe des limites à partir desquelles les divergences politiques sont telles qu’il y a forcément des positions tranchées, voire des oppositions.

    Je souscris à votre conclusion concernant le lien qui existe en forme et contenu. Si la forme n’est pas bonne c’est que le contenu, quelque part, pose problème. J’espère avoir répondu à vos interrogations.

  79. Pierre-Yves D. dit :
    27 novembre 2008 à 00:01 @ Benoît;
    j’ai peut-être été un peu vite en besogne. Je dois ajouter que les divergences concernaient aussi l’analyse des causes de la crise, ou, plus exactement, la façon de les hierarchiser, voire de les éluder pour certaines. Abadie niait par exemple le fait que nous sortions d’une phase de dérégulation. Il a objecté que l’Etat était beaucoup intervenu. Ce qui n’était pas faux. Mais disions-nous alors, intervenu, pour mettre en place un certain laissez-faire, lequel était tout de même la tendance générale, objection à laquelle il n’a pas vraiment répondu,à ma connaissance. De même il insistait sur le facteur psychologique pour expliquer le gonflement des bulles. Ses analyses ne sont pas forcément fausses, mais, à mon avis insuffisantes, voire biaisées si l’on a une autre compréhension de cette crise.
  80. benoit dit :
    27 novembre 2008 à 05:56 @ Pierre-Yves
    Merci pour votre reponse.
    Avez-vous remarqué, Pierre-Yves ?
    Le débat sur la monnaie a repris. Loïc y donne son point de vue.
    Le vilain petit canard “Abadie” est devenu… “Loïc”, des “@ Loïc”, des “merci, Loïc” émaillent les files des deux derniers jours.
    Un bac est apparu sur le fleuve. Il relie tranquillement les deux rives, comme s’il en avait toujours été ainsi… ;-)
    Je ressens une joie.

    Hier soir, Alain A. s’exprimait ainsi (26.11, 19:14) :

    Maintenant que j’ai lu bien plus de commentaires [debat sur la monnaie], je constate que celui avec lequel je suis le plus d’accord est Loïc, qui dit exactement comme moi, mais avec d’autres mots. (…) Alors que j’avais critiqué vertement Loïc pour ses valeurs opposées aux miennes, nous voilà totalement d’accord avec lui sur l’analyse de l’essence et l’utilité similaire des deux monnaies. (…)
    (Alain A., file du billet ” L’illusion des banques qui creent l’argent…” 25 nov. )

    @ Alain A.
    Merci Alain.
    Une remarque :
    Ce que nous appellons souvent, par de hâtifs raccourcis, “valeurs”, ne serait-ce pas la plupart du temps nos choix politiques, nos options sociales ? Options qui interviennent en bout de chaîne de vie (options qui souvent évoluent au cours d’une vie, reconnaissons-le, et c’est légitime quand elles ne paraissent plus cohérentes avec… nos valeurs justement, ou bien avec la réalité).
    Nos “valeurs” (ce qui compte vraiment pour nous) sont en début de chaine, je veux dire par là : dans l’intime, dans la part secrète de chacun, dans ses souffrances et ses espoirs, dans son histoire, dans les morts de sa vie. Ces valeurs insoupconnées apparaissent rarement à la vue de tous. La littérature en témoigne inlassablement.

    @ tous
    Une question :
    Assener à une personne : “Tu ne partages pas les mêmes valeurs que moi” me semble être une parole extrèmement violente, car elle touche a l’ordre de quelque chose qui est “la petite bougie fragile” de chacun, la part d’âme inaltérable, inconnue d’autrui.
    Ne pourrions-nous pas considérer cette “petite flamme” en chacun comme territoire sacré ?

  81. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 07:56 @Benoît
    Merci pour ce commentaire humain.
    Cette attitude consistant a avoir à l’ esprit, qu ‘il existe toujours un fragment de vérité lorsqu ‘un autre individu sincère s’ exprime, ressemble a de l’ humilité.
    Il faut rechercher ce fragment de vérité et le comprendre dans le contexte de l’ individu.

    Il ne faut toutefois pas perdre de vue la base rationnelle de cette attitude; elle permet d éprouver ses connaissances, a l’ épreuve des multiples capteurs du réel que nous sommes tous individuellement.

  82. tigue dit :
    27 novembre 2008 à 08:56 suite :
    Cette attitude “ouverte” sur les autres (”les capteurs du reel”), ne peut se concevoir que si l’ on n’ adhère pas trop a ses propres théories. Si l’ on adhère trop, a ses propres théories, on a du mal a trouver ce qu ‘il peut y avoir de vrai dans la théorie d’ un autre.
    Il est plus pratique de ne pas croire a ses propres théories, mais de croire au lent processus de perfection de ces théories, par le patient travail de confrontation de cette théorie au réel.
    Qu ‘est ce que le réel ?
    C’ est au moins une fonction (au sens mathématique) des “capteurs du reel”.
    Tester la fonctionnalité des théories, pour approcher la vérité, semble inévitable dans tous les cas.
  83. Pierre-Yves D. dit :
    27 novembre 2008 à 14:14 @ Benoît;;
    oui le débat sur la monnaie a semblé un moment éteint, la fin de la partie a même semblée quelques instants sonnée, mais un peu commes des braises qui couvent sous la cendre il suffit d’un coup de vent pour qu’il reparte de plus belle, jusqu’à nouvel ordre, jusqu’au prochain billet de Paul. Le débat sur la monnaie apparaît chaotique mais c’est parce qu’il y a beaucoup de tempêtes sous nos crânes. Paul désespère peut-être, ou pas, j’en sais rien.
    En tous cas, il reste le commun dénominateur de nous tous et nous et nous ne le remercierons jamais assez pour cette expérience pédagogique, intellectuelle, inédite, très rare sinon unique sur le net (pour ma part c’est la première fois que je rencontre un blog de ce type), qu’il nous donne à tous. Nous recueillerons sans doute encore les fruits de cette expérience bien des années plus tard.
    La situation de ceux qui ont déjà les idées bien en place est sans doute la plus difficile à tenir, car comme le disait Paul dans son dernier Billet il y a des réputations académiques ou autres, en jeu. Ceci dit Paul mène ce jeu d’une main de maître ! Même si cela frise parfois le numéro d’équilibriste. Mais fait-on de grandes choses, si l’on ne prend jamais de risques ?

    Ceux, qui comme moi, ni expert, ni amateur très éclairé, en sont encore au stade du tatonnement pour se forger une compréhension et naviguent un peu à vue. Mais ce n’est pas d’avoir toujours raison qui est intéressant, mais d’effectuer cette traversée en compagnie de Paul et de tous. Oui c’est heureux que Loïc Abadie soit des notres. Le désir de la connaissance peut transcender les clivages politiques. Je suis d’accord avec vous, une personnalité ne se réduit pas à ses opinions politiques, et même à une vision sociale.
    On peut tout à fait respecter et même apprécier, aimer une personne, tout en ne partageant pas certaines de ses idées. Le camp auquel appartient une personne n’est pas une propriété de la personne, mais seulement un des multiples attributs qui identifient une personne relativement à une évolution. Aussi être très critique envers des idées que l’on ne partage pas ne doit, en principe ,pas atteindre la personne. Bien évidemment, il faut savoir y mettre les formes. Mais il n’en reste pas moins que dans certains situations, ce qui n’est pas le cas ici, car nous sommes ici pour échanger des arguments, des idées, nous sommmes acculés à choisir un camp pour mettre nos idées en adéquation avec notre vie réelle et le contexte du moment.

    C’est une chose de respecter l’échange et donc d’accorder toute légitimité à l’expression des idées d’une personne avec laquelle on débat, mais c’en est une autre que de réfuter avec toute la conviction qui nous anime ces même idées. Je ne vois pas de contradiction à cela. Or s’agissant d’économie politique, il est des débats qui obligent à prendre parti, tout ce qui concerne la notion de justice sociale, par exemple. Personne ne peut être indifférent au fait économique et social du partage ou de la concentration des richesses. Mais, il est vrai, certaines religions enseignent la soumission à la fatalité, au sort que la société nous réserve. De même certaines théories économiques.

  84. Serfix dit :
    28 novembre 2008 à 13:01 @ Benoit,
    @ Pierre -Yves,

    D’après vos écrits vous êtes des humanistes de très grand talent ! Le respect de l’échange, le désir de la connaissance, la justice sociale …

    Deux Chevaliers des temps modernes ! Bravo et merci pour vos écrits.

    Loïc lui, relie tranquillement deux rives, comme s’il en avait toujours été ainsi (des mots de Benoit).

    Luc, le libéral qui aime apprendre …

  85. benoit dit :
    29 novembre 2008 à 06:11 Merci tigue.
    Merci Pierre-Yves pour cette discussion.
    … et merci Luc pour tes mots a faire rougir.

    ” Paul Jorion reste le commun dénominateur de nous tous, et nous ne le remercierons jamais assez pour cette expérience pédagogique, intellectuelle, inédite, très rare sinon unique sur le net (pour ma part c’est la première fois que je rencontre un blog de ce type), qu’il nous donne à tous. Nous recueillerons sans doute encore les fruits de cette expérience bien des années plus tard.
    Ce n’est pas d’avoir toujours raison qui est intéressant, mais d’effectuer cette traversée en compagnie de Paul et de tous. Oui, c’est heureux que Loïc Abadie soit des notres. Le désir de la connaissance peut transcender les clivages politiques.
    Je suis d’accord avec vous, une personnalité ne se réduit pas à ses opinions politiques, et même à une vision sociale. On peut tout à fait respecter et même apprécier, aimer une personne, tout en ne partageant pas certaines de ses idées.”
    (Pierre-Yves)

    Parfois je m’inquiete, je me fais du souci. Mes reflexions, mes preoccupations touchant a la relation, a notre facon d’etre ensemble, de nous parler, de nous exprimer, de nous considerer, ont-elles leur place sur le blog de Paul ? Bien sur, je ne m’exprime pas que sur ce sujet, ma curiosite touche a beaucoup des domaines abordes par Paul et par vous. Cependant j’y reviens souvent, il est vrai : il faut dire que c’est le domaine principal de mes recherches, ici en Thailande (et avant, en France). Alors les reactions ci-dessus de Tigue, de Pierre-Yves, de Luc, me rassurent un peu.

    Certains pourraient penser, et ils n’auraient pas tout a fait tort, que je devrais plutot “m’expatrier” sur les sites de la c.n.v., d’Alice Miller, ou de “psy-machin-chose”.
    Mais non, c’est ici que j’aime etre, lire, ecrire, comprendre, apprendre. En votre compagnie, en celle de Paul, je me sens un peu “un honnete homme” du XXI eme siecle, trans-disciplines. Vos billets en langue francaise sont mon quotidien d’expatrie en Thailande.
    Cela me prend de mon temps certes, alors que je travaille en parallele sur un manuscrit qui prend peut-etre a cause de cela un peu de retard. Je n’ai d’ailleurs pas un besoin “irrepressible” d’ecrire sur internet. Je pourrais m’en passer. C’est le blog de Paul qui m’a donne cette envie. Paul, l’anthropologue en vol non-identifie… ;-)
    Alors, j’espere ne pas trop vous ennuyer, ou prendre trop d’espace parmi vous.

  86. Monique dit :
    29 novembre 2008 à 20:27 Bonsoir à tous,

    @ Benoit

    Que j’aime ce que vous dites et le ton que vous employez pour le dire !

  87. tigue dit :
    29 novembre 2008 à 20:57 Ouaouhhh !
    Il a la cote, le Benoit !
  88. tigue dit :
    29 novembre 2008 à 21:18 un peu de coolitude pour agrémenter tout ça…
    http://www.youtube.com/watch?v=eClZA5IHLUc
  89. benoit dit :
    1 décembre 2008 à 05:06 JEANNE

    “A la fin d’un atelier, une participante, Jeanne, s’approche de moi :

    Jeanne : Marshall, tu es génial !
    Marshall : Je n’arrive pas à apprécier ton compliment autant que je le voudrais.
    Jeanne : Que veux-tu dire ?
    Marshall : Depuis que je suis né, on m’a attribué toutes sortes de qualificatifs, mais je ne me souviens pas avoir appris quoi que ce soit lorsqu’on me disait ce que je suis. J’aimerais apprécier ton remerciement et en apprendre quelque chose, mais il me faudrait plus de renseignements.
    Jeanne : Lesquels, par exemple ?
    Marshall : D’abord, j’aimerais savoir ce qui t’a plu dans ce que j’ai dit ou ce que j’ai fait.
    Jeanne : Eh bien, tu es tellement intelligent.
    Marshall : Je crains que tu ne viennes de porter un autre jugement, mais il ne me renseigne pas davantage sur les actes ou les paroles qui t’ont fait du bien.

    Jeanne dut réfléchir un instant, puis me montra deux passages dans les notes qu’elle avait prises pendant l’atelier.

    Jeanne : Voilà, ce sont ces deux choses que tu as dites.
    Marshall : Ah, ainsi c’est le fait que j’ai dit ces deux choses que tu apprécies.
    Jeanne : Oui.
    Marshall : A présent, j’aimerais connaitre les sentiments que t’inspirent ces deux choses.
    Jeanne : Je me sens pleine d’espoir et soulagée.
    Marshall : Et maintenant, j’aimerais savoir quels besoins dans ce que j’ai dit ont été satisfaits chez toi.
    Jeanne : J’ai un fils de 18 ans avec qui je n’arrive pas à communiquer. Je cherchais désespérément quelque chose qui pourrait m’aider à établir un rapport d’affection plus profond avec lui, et ces deux choses que tu as dites m’ont fourni l’orientation que je cherchais.

    Une fois que j’eus entendu ces trois informations – ce que j’avais dit (ou fait), ce qu’elle avait ressenti et quels besoins avaient été satisfaits chez elle -, je fus en mesure de goûter pleinement ce qu’elle avait apprécié.”
    Extrait de : Marshall Rosenberg – “Les mots sont des fenêtres”.

  90. benoit dit :
    1 décembre 2008 à 05:11 LE SILENCE ET LES MOTS

    Bonsoir à tous,
    @ Benoit
    Que j’aime ce que vous dites et le ton que vous employez pour le dire !
    Monique

    Comme Jeanne, chère Monique, si le coeur vous en dit de m’en dire un peu plus, vous me ferez infiniment plaisir.

    Pourquoi ? Parce que j’écris loin du monde et dans la solitude. J’écris en français au milieu d’une communauté qui ne partage pas ma langue, et bien que je sois en affinité avec elle et qu’elle me soutienne sans faillir, elle ne peut me donner son sentiment sur les textes que j’écris, notamment sur le manuscrit où je raconte mon aventure parmi eux.

    Mes proches et amis, en France ? Ils ne réagissent pas à ce que je leur fais parvenir. Parfois, un ou deux jugements me démoralisent ou me rendent dubitatif. Mais la réaction la plus fréquente demeure le silence. C’est peut-être d’ailleurs le silence de ceux qui devraient être “normalement” les moins indifférents à mon existence qui me laisse le plus en désarroi.

    Alors je doute.
    Ecrire ? Bah…, pour qui ?

    Outre de l’intérêt d’autrui, je doute de la qualité de mon écriture : parti brutalement sur les routes à l’âge de dix-sept ans, sans un sou, je suis devenu maçon. A l’époque, sur les hauts plateaux du Rouergue, on travaillait 60 heures par semaine, sous la neige, sous la glace, sans être arrêté jamais par le mauvais temps. Pas d’études universitaires, donc. Pas de confrontation à un milieu littéraire. Pas de repères, je suis autodidacte.

    Parviendrai-je à reprendre l’écriture de mon manuscrit que j’ai laissé tomber récemment par découragement, faute de réactions positives ? J’ai essayé d’y décrire ce qu’un homme ressent vraiment, mais ne confie à personne. C’est l’histoire d’un homme bouleversé par sa première année de vie en Thaïlande. De fait, 80% du manuscrit est déjà écrit.

    Monique, vous comprendrez que votre commentaire, bien que bref, m’a infiniment touché.
    Sa rareté ajoute à sa valeur.
    Luc également est sensible à ce que j’écris, mais il ne m’a pas dit précisemment en quoi ni pourquoi (je lui ai demandé).
    Oui, les mots “sentis” des autres… comme ils me manquent !

    Je me suis un peu confié à vous.
    Benoît.

  91. tigue dit :
    1 décembre 2008 à 07:52 Cher Benoit,
    Je m’ étais promis d’ arrêter de réfléchir a la crise économique (pour des tas de raisons), et voilà que je tombe sur votre commentaire, en réponse a ma blague sur votre echange avec Monique (c était pour combler un silence )
    Le dialogue que vous rapportez entre Marshall et Jeanne, contient la méthode intereogative du philosophe Socrate, qui approfondissait le questionnement de ses semblables (pas les savants, mais les hommes du commun, c est très important), jusqu’ a ce que celui ci se rende compte de son ignorance (ces certitudes apparentes ne sont finalement que des opinions).
    Le questionnement insistant fait se préciser la taille du probleme, et sans y répondre, on en sait déjà plus.
    Votre place est ici.
  92. Candide dit :
    1 décembre 2008 à 11:44 @ Benoit

    Bonjour !

    Pas simple, la vie, pour les thaïlandais en ces temps troublés… J’espère que quelque chose de meilleur en sortira.

    Mais revenons-en à votre message. Vous dites…

    Mes proches et amis, en France ? Ils ne réagissent pas à ce que je leur fais parvenir. Parfois, un ou deux jugements me démoralisent ou me rendent dubitatif. Mais la réaction la plus fréquente demeure le silence. C’est peut-être d’ailleurs le silence de ceux qui devraient être “normalement” les moins indifférents à mon existence qui me laisse le plus en désarroi.

    Parviendrai-je à reprendre l’écriture de mon manuscrit que j’ai laissé tomber récemment par découragement, faute de réactions positives ? J’ai essayé d’y décrire ce qu’un homme ressent vraiment, mais ne confie à personne. C’est l’histoire d’un homme bouleversé par sa première année de vie en Thaïlande. De fait, 80% du manuscrit est déjà écrit.

    À mon très humble avis, vous ne devez surtout pas vous laisser démoraliser par le silence et l’absence de réactions positives de vos proches.

    Si je me souviens bien, votre départ n’a pas été très bien perçu par ces mêmes proches, lesquels ne sont donc peut-être pas à même d’accueillir le récit de votre expérience avec tout l’intérêt et la bienveillance qu’il mérite. Sans parler du fait que, plus concrètement, ils ne vivent pas dans le même univers que vous…

    En outre, même si “quelque part” vous avez envie que votre expérience soit comprise par eux (peut-être pour essayer d’effacer les conséquences négatives de votre départ), je pense que votre ouvrage a une portée infiniment plus générale et s’adresse à tout un chacun, comme la plupart des récits “initiatiques”…

    Sortez contempler le Mékong pendant quelques minutes. Regardez ses eaux couler et écoutez ce qu’elles vous disent. S’adressent-elles uniquement à vous ou à quelques personnes ? Non, elles ont pour destination l’océan…

    Alors relevez la tête et regardez au loin. C’est là que se trouve votre objectif…

  93. benoit dit :
    1 décembre 2008 à 12:43 ;-)

    Cher Benoit…
    Votre place est ici.

    Merci, mon ami tigue.

    De votre réaction, Candide, j’en ai eu les larmes aux yeux :

    Sortez contempler le Mékong pendant quelques minutes. Regardez ses eaux couler et écoutez ce qu’elles vous disent. S’adressent-elles uniquement à vous ou à quelques personnes ? Non, elles ont pour destination l’océan…
    Alors relevez la tête et regardez au loin. C’est là que se trouve votre objectif…

    Vos paroles, comme une fleche, droit au coeur. Candide, le voyage… Le jardin…
    Merci, merci.

Publié dans Uncategorized | Tagué | Commentaires fermés sur 22 – « Ex nihilo » : un dernier mot

21 – Création monétaire, l’illustration de Paul Grignon

20 11 2008

Publié par Paul Jorion

Deux d’entre vous m’ont contacté – indépendamment l’un de l’autre – pour me signaler ce qui leur semble, sinon une erreur dans le film de Paul Grignon Money as Debt (en français, L’argent Dette), du moins un raisonnement en contradiction avec les vues qui se sont dégagées de notre discussion dans Tout notre débat sur la monnaie.

Le film présente une banque commerciale hypothétique, avant-même qu’aucun client n’ait déposé d’argent sur un compte et montre qu’avec un dépôt de 1.111,12 $ qu’elle consent auprès de sa banque centrale, en tant que réserve en monnaie centrale, elle pourra bientôt avoir en dépôt sur des comptes clients – et donc comptabilisés – 100.000 $, soit un effet multiplicateur de 90 par rapport à la somme déposée par elle auprès de sa banque centrale. Les 1.111,12 $ ont été avancés par les investisseurs de la banque commerciale, et font donc partie de son capital.

Le raisonnement en question débute à la 13ème minute et 36ème seconde de la version en anglais et à la 6ème minute et 30ème seconde de la version en français (IIème partie) accessible ci-dessous.

Voici la traduction du texte en français.

Le raisonnement est le suivant : la banque centrale exige un “taux de réserve” (”reserve ratio”) de 1 pour 9, soit 11,11… %. Ceci permet à la banque commerciale d’émettre du crédit pour un montant de 10.000 $. Ensuite, le mécanisme des “réserves fractionnaires”, dont on nous dit qu’il est par définition l’inverse du “taux de réserve”, soit dans ce cas-ci de 9 pour 1, permet – si chacun de ceux qui bénéficient de la circulation du crédit initial de 10.000 $ déposent la somme reçue par eux sur un compte – qu’une somme (très proche) de 100.000 $ se retrouve sur les comptes. La bénéficiaire de la première opération dépose 10.000 $ sur son compte dont 90 %, soit 9.000 $, peuvent être re-prêtés par la banque, etc. La version française appelle “taux de réserve” : “ratio de réserve” et “réserves fractionnaires” : “réserves fractionnelles”.

La question de la validité du raisonnement ne porte évidemment pas sur des questions pratiques, comme de savoir s’il est réaliste par exemple que chacun redépose la somme qu’il reçoit sur un compte de la même banque, etc. L’exemple est idéalisé et cela chacun le comprend. La question porte sur le coefficient de 90 : 1.111,12 $ x 9 x 10 = 100.000 $.

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite

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59 réponses à “Création monétaire, l’illustration de Paul Grignon”
  1. LeSurHumain dit :
    20 novembre 2008 à 17:01 Petite précision sur l’Argent-Dette de Paul Grignon : ce film dure 52 minutes dans sa version intégrale ; la version proposée sur YouTube est divisé en 7 parties ; l’extrait que nous propose Paul est la 2ème partie.
  2. Et-aussi dit :
    20 novembre 2008 à 17:06 L’Argent-Dette, d’accord, mais il y a aussi l’Argent-Bête…

    http://www.lesmotsontunsens.com/video-l-argent-bete-argent-dette-la-vraie-histoire-de-la-crise-financiere-2508

    A voir…

  3. Dominique Larchey-Wendling dit :
    20 novembre 2008 à 17:10 Si je comprends bien l’explication du film, il y a deux ratio de réserves sont en fait égaux à 9 pour 1 mais pourraient être différents :
    celui de la banque centrale r1 et celui de la banque de dépôts r2 avec r1 = r2 = 9/1.

    Le ratio de réserve de la banque auprès de la banque centrale r1= 9/1. Avec x=1111.111 = 10/9*1000 déposés à la banque
    centrale, la banque de dépôt à le droit d’émettre un crédit de y de sorte que y/x = r1, donc y=10000.

    Ces y=10000 sont ensuite donnés à l’emprunter qui les cèdent en échange d’un bien au vendeur qui lui-même les
    redépose à la banque de dépôts.

    La banque de dépôts possède alors y=10000 en plus et est alors autorisée à émettre un nouveau
    crédit de valeur z de sorte que z/(y-z) = 9/1 = r2, donc z = 9000. Elle émet un crédit de 9000 avec 1000 en réserve.

    Puis ces 9000 retourne dans le cycle économique et reviennent à la banque qui peut de nouveau
    prêter k de sorte que k/(z-k) = 9/1 = r2 …

    Ce qui donne une asymptote pour le total de

    10000*(1+(r2/(1+r2))+(r2/(1+r2))²+….) = 10000*1/(1-r2/(1+r2)) = 10000*(1+r2) = 10000*10

    Le calcul est donc 1111,12*r1*(1+r2) …

    Une question … la banque de dépôts n’aurait elle pas plutôt intérêt à redéposer les 10000 du vendeur auprès de la
    banque central pour émettre un nouveau prêt de 90000 ? La législation doit l’en empêcher j’imagine … sinon on
    pourrait multiplier l’argent à l’infini comme ça. Le collatéral déposable en banque central ne doit pas être de n’importe
    quelle nature …

  4. fab dit :
    20 novembre 2008 à 18:01 Bonjour,

    Une question toute simple : qu’est-ce qui empêche un état de récupérer le droit de création monétaire et de limiter le rôle des banques à la gestion de l’argent ?

    Merci.

  5. Candide dit :
    20 novembre 2008 à 18:09 Dans l’UE, l’article 104 du Traité de Maastricht, notamment…
  6. fab dit :
    20 novembre 2008 à 18:25 Merci pour la précision, mais posée différement : comment les banques ont-elles obtenu ce privilège et un état, hors UE par exemple,pour faire simple, ne pourrait-il pas le supprimer ?
  7. Alain A dit :
    20 novembre 2008 à 18:32 La meilleure explication que j’ai trouvée sur cette question, celle qui m’a personnellement convaincu, se trouve dans un texte assez long et détaillé de Attac 78 Nord – France, “Incursion dans un domaine trop réservé”. Je me permets de copier ci-dessous les § correspondant à la vidéo. Mais allez lire d’autres passages du doc de 53 pages, déjà ancien, publié sur : http://www.attac78nord.org/IMG/pdf/monnaie_attac_au_19_10_04_.pdf et vous verrez qu’on n’est pas tous seuls, bande de Jeff…

    La création ex nihilo par les banques

    Expliquons cet effet à l’aide d’un exemple : Imaginons que vous fassiez un dépôt de 1.000 euros en billets (monnaie centrale dite aussi “de premier niveau”) auprès de votre banque. Non seulement cette banque peut alors disposer à son gré de ces 1.000 euros, tout en sachant qu’elle vous les doit (c’est inscrit dans sa comptabilité), mais en plus, du fait de ce dépôt, elle est autorisée à ouvrir, pour un autre client, un crédit d’un montant légèrement inférieur, la différence étant ce qui correspond aux “réserves obligatoires”. Si cette réserve est fixée à 10 pour 100, soit un “ratio de réserve” ou “taux de couverture” c = 0,1, votre dépôt de 1.000 euros permet à votre banque d’ouvrir 1.000 x (1 – 0,1) = 900 euros de crédit supplémentaire (ou crédit de second niveau) pour un autre client. Celui-ci, en le dépensant, tire un chèque qui va fatalement aboutir à une banque, la même ou une autre, et celle-ci pourra alors ouvrir, elle aussi, un crédit supplémentaire de 900 moins les 90 de réserve obligatoire, soit 810 euros de crédit de troisième niveau Cette banque aura de ce fait 900 + 810 = 1.710 euros sur son compte de dépôt. Au quatrième niveau de cette chaîne de crédits, une autre banque créera de même 729 euros, une cinquième 656 euros, etc. Il s’agit d’une série mathématique dont la théorie montre que la somme de tous ces crédits ouverts à partir des 1.000 euros initiaux est 1/c, soit ici 1/0,1 = 10 fois la somme de départ. Autrement dit, si l’obligation de réserve impose un taux de couverture c, les banques peuvent multiplier les crédits qu’elles créent par le facteur multiplicateur N = 1/c.
    Jusque dans les années 1970 chaque pays était libre de fixer son propre taux de couverture. Mais l’activité des banques étant devenue de plus en plus internationale, il a fallu harmoniser ces taux. Un premier accord a été signé à Bâle, en 1974, puis une valeur commune a été adoptée d’abord par une dizaine de grands pays occidentaux, et acceptée ensuite par plus de 100 pays, en 1988, il s’agit du ratio Cooke, qui fixait la réserve obligatoire à c = 8%. Ce système donnait donc alors aux banques secondaires la possibilité de multiplier par 12,5 le montant de la monnaie scripturale en circulation.
    La seule limite à cette création est le risque que court la banque, si elle prête à des clients incapables de la rembourser, d’être entraînée dans leur faillite. Cette “couverture” n’avait pas d’autre raison d’être que d’éviter ce danger aux banques.

    Un pouvoir arbitraire, méconnu et dangereux

    Ce privilège de prêter N fois plus que ce qui leur est confié confère aux banques privées et autres institutions de crédit un pouvoir arbitraire sur l’économie : elles ont le choix des clients pour qui elles créent cette monnaie, et elles en tirent tout le bénéfice grâce aux intérêts qu’elles en exigent. Alors qu’elles n’en supportent pas tous les risques parce que les crédits qui sont ainsi ouverts constituent une monnaie privée sans garantie légale, contrairement à la monnaie centrale.
    C’est un énorme pouvoir dissimulé, donc méconnu, parce que monnaie privée et monnaie centrale alimentent les mêmes comptes à vue, qui permettent de tirer les mêmes chèques. Ainsi monnaie privée et monnaie légale se confondent à l’usage, les crédits créés ex nihilo servent bel et bien de monnaie pour ceux qui reçoivent des chèques en paiement, quelle que soit la façon dont ont été provisionnés les comptes sur lesquels ces chèques sont tirés. Tout va bien tant que les clients ont confiance dans ce système bancaire. Mais quand ils viennent tous en même temps retirer “du liquide” soit-disant équivalent à leurs avoirs, c’est l’effondrement du système et la ruine pour tous ses clients, comme cela s’est vu fin 2001 en Argentine, s’était produit en 1998 en Russie, un peu plus tôt en Thaïlande, et en Malaisie, et en Indonésie, etc. Où la prochaine fois ?

    La réponse à cette dernière question a été donnée depuis la parution de cette excellente synthèse sur la monnaie…

  8. Dominique Larchey-Wendling dit :
    20 novembre 2008 à 18:36 D’après wikipédia :

    Monnaie Banque Centrale : “les espèces (pièces et billets) plus les soldes des comptes des banques dans les livres de la banque centrale, aussi appelés « réserves »”

    Donc dans l’exemple 10000 est le solde du compte de la banque de dépôts.

    Autre citation de Wikipédia “Création monétaire” :

    “Il est de ce fait tout à fait évident que cette monnaie créée par une première banque peut se retrouver dans une ou plusieurs autres banques, augmentant de ce fait la capacité des autres banques à créer à leur tour de la monnaie ; c’est l’effet multiplicateur du crédit, et qui fait dire que « l’ensemble du système bancaire privé est créateur de monnaie ex-nihilo ». De fait, la monnaie de crédit, représente en France plus de six fois la monnaie banque centrale.”

    6 fois pour la France et non 10 fois comme dans l’exemple mais bien-sûr ça dépend de la valeur du ratio r2 …

    Donc ce que raconte Wikipédia semble cohérent avec l’exemple de Grignon. Manque peut-être à ce film une explication sur la nature du collatéral de 1111.12 que la banque central accepte afin de provisionner un solde de 10000 sur le compte de la banque de dépôts. Il est évident que cela ne peut être de la monnaie de crédit … Peut-être que la définition du collatéral accepté évolue dans le temps … Le système ne me semble viable que si la BC exige que ce collatéral soit de l’OR afin de garder un contrôle sur la masse monétaire globale, qui serait un multiple de la valeur de l’OR qu’elle possède dans ses coffres … Si ça se trouve, la Fed accepte maintenant du subprime comme collatéral …

  9. fab dit :
    20 novembre 2008 à 18:44 Merci, et on peut ajouter à cela, sauf erreur de compréhension de ma part, l’argent que l’état emprunte aux banques et qu’il doit rembourser avec intérêts ! La dette publique est acceptable, voire vitale pour l’économie. Mais pas les intérêts de cette dette.
    Alors comment expliquer que des voix politiques ne s’élèvent pas contre ces faits ?
    C’est une question et pas un appel à la révolution ! Restant pour l’instant persuadé qu’un état oeuvre pour le bien-être de la population, même si les moyens employés peuvent rester obscures pour le citoyen…
  10. il professore dit :
    20 novembre 2008 à 19:04 l’argent bête: “qui est semblable à la bête? qui peut combattre contre elle?” la bible, livre de saint jean (l’apocalypse) en parlant de révolution ne vous inquiétez pas elle a commencé et comme le dit bien milan kundera dans l’art du roman, une révolution n’est jamais perçue en temps réel par ceux dont elle change la vie. Ils ne peuvent que se rendre compte qu’une révolution est passée. les gens commencent à refuser le service minimum pendant les grèves, bientôt le travail le dimanche, et le travail à soixante ans… il y a plein de nouvelles frontières à conquérir. L’une d’elle c’est la transformation de l’argent dette en argent autre chose de plus réel comme peut être l’argent énergie (idée en l’air qui me vient juste comme exemple, il y a sûrement des corruptions possibles du système de l’argent énergie). Le compte en banque des gens qui passent leur vie à faire des choses pour les autres sera alors celui d’un millionaire en argent dette qui a pris la facheuse habitude de s’évaporer à la bourse!
  11. il professore dit :
    20 novembre 2008 à 19:06 C’est peut être aussi simple de passer de l’argent dette à l’argent autre chose, que de passer du franc à l’euro mais ça ne passera sans doute pas de mon vivant. On verra
  12. LeSurHumain dit :
    20 novembre 2008 à 19:09 @ fab

    Alors comment expliquer que des voix politiques ne s’élèvent pas contre ces faits ?

    Parce que les politiques ne sont pas, pour la plupart ou depuis peu, au courant de ces faits !

    Un “appel à mobilisation citoyenne”, par voie postale ou par pétition électronique, existe depuis peu sur “le site de la dette publique” (public-debt.org), pour tenter de faire prendre conscience à nos élus de tout cela !

  13. bese dit :
    20 novembre 2008 à 19:10 Pourquoi la création monétaire est-elle aussi obscure pour le citoyen, comme pour un certain nombre d’étudiants en économie ? Si c’est pour le bien-être de la population, on devrait trouver l’explication quelque part mais j’ai pas encore trouvé.
    Ce qui est sûr, c’est que la création monétaire a des impacts énormes sur notre économie et devrait être l’attention de tous en cette période de crise.
  14. fab dit :
    20 novembre 2008 à 19:22 Merci @ everybody !
    Mais ma question concernant les politiques reste en suspens…
    La notion d’argent est floue pour nombre d’entre nous, c’est une évidence, et on peut même s’interroger sur une volonté politique de maintenir ce flou. Cependant, il me semble raisonnable de supposer que les politiques ont a leur disposition de nombreux spécialistes es économie…
    Alors pourquoi cette absence de réaction ? Quel serait la conséquence dangereuse pour la société de la réattribution à l’état du pouvoir de créer la monnaie ?
  15. LeSurHumain dit :
    20 novembre 2008 à 19:27

    “Le système bancaire moderne fabrique de l’argent à partir de rien. Ce processus est peut-être le tour de dextérité le plus étonnant qui fut jamais inventé. La banque fut conçue dans l’iniquité et est née dans le pêché. Les banquiers possèdent la Terre. Prenez la leur, mais laissez-leur le pouvoir de créer l’argent et en un tour de mains ils créeront assez d’argent pour la racheter. Otez-leur ce pouvoir, et toutes les grandes fortunes comme la mienne disparaîtront et ce serait bénéfique car nous aurions alors un monde meilleur et plus heureux. Mais si vous voulez continuer à être les esclaves des banques et à payer le prix de votre propre esclavage laissez donc les banquiers continuer à créer l’argent et à contrôler les crédits.”
    Sir Josiah Stamp, Directeur de la Banque d’Angleterre 1928-1941
    (réputé 2ème fortune d’Angleterre à cette époque)

  16. Candide dit :
    20 novembre 2008 à 19:30 @ fab

    On craint notamment que l’État n’en fasse mauvais usage, c’est-à-dire plus précisément un usage abusif, et ne relance ainsi l’inflation.

  17. bese dit :
    20 novembre 2008 à 19:36 En partant de l’analyse d’Etienne Chouard sur l’élection de nos dirigeants : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Tirage_au_sort.pdf
    Ils doivent leurs victoires à des appuis financiers et ne reconnaissent pas leurs erreurs. La réponse est peut être là.
    Quand on regarde le cas Obama, ça éclaire aussi : http://www.bakchich.info:8080/article5867.html
  18. Gibus dit :
    20 novembre 2008 à 19:59 petite devinette

    un crypto-marxiste célèbre à écrit:

    “Plus que jamais, des réformes, très profondes et radicales, sont nécessaires :
    – réforme du système du crédit ;
    – stabilisation de la valeur réelle de l’unité de compte ;
    – réforme des marchés boursiers ;
    – réforme du système monétaire international.”
    …….
    Cette réforme doit s’appuyer sur deux principes tout à fait fondamentaux :
    – La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que
    la monnaie de base par la Banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent
    les « faux droits » résultant actuellement de la création de monnaie bancaire.
    – Tout financement d’investissement à un terme donné doit être assuré par des emprunts à
    des termes plus longs, ou tout au moins de même terme.”
    …..
    “Une telle réforme aurait l’avantage de la clarté et de la transparence. Aujourd’hui, les revenus provenant de la création
    monétaire sont distribués de façon anonyme entre une foule de parties prenantes, sans que personne ne puisse
    réellement identifier qui en profite. Ces revenus ne font que susciter iniquité et instabilité et, en favorisant les
    investissements non réellement rentables pour la collectivité, ils ne font que susciter un gaspillage de capital. Dans son
    essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique, je n’hésite pas à le dire pour
    bien faire comprendre ce qui est réellement en cause, à la création de monnaie par les faux monnayeurs, si justement
    condamnée par la loi. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La différence est que ceux qui en profitent sont
    différents.”

    Maurice Allais 1998 « Prix Nobel » d’économie 1988

  19. LeSurHumain dit :
    20 novembre 2008 à 20:16

    “Je n’ai jamais vu personne ayant pu, avec logique et rationalité, justifier que le gouvernement fédéral emprunte pour utiliser son propre argent… Je pense que le temps viendra où les gens demanderont que cela soit changé. Je pense que le temps viendra dans ce pays où ils viendront nous accuser, vous, moi, et toute personne liée au Congrès, d’être resté assis sans rien faire et d’avoir permis à un système aussi stupide d’être perpétué.”
    Wright Patman, membre démocrate du Congrès 1928-1976,
    président du comité de la Banque et de la Monnaie 1963-1975

  20. fab dit :
    20 novembre 2008 à 20:21 Re !

    Pour soutenir Sir Stamp :

    “Je considère que les institutions bancaires sont plus dangereuses qu’une armée…
    Si jamais le peuple américain autorise les institutions financières à contrôler leur masse monétaire…
    Les banques et les corporations qui se développeront autour d’elles vont dépouiller les gens de leurs possessions jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront sans domicile sur le continent que leurs pères avaient conquis.”
    Thomas Jefferson, 1743-1826, 3ème président des USA.

    Pour ce qui est de l’inflation, en France en tous cas, je ne suis pas sûr que sa “relance” soit néfaste à l’économie…Mais c’est un autre vaste sujet.

    Quant aux appuis financiers aux politiques, ils existent, c’est une certitude. Et sauf preuve du contraire le pouvoir financier dirige le politique.

    Mais la question reste posée : qu’est-ce qui empêche des formations politiques nouvelles, “extrêmes”, et donc a priori dégagée de l’emprise du pouvoir financier, de mettre en avant les mécanismes monétaires ???

  21. fab dit :
    20 novembre 2008 à 20:28 Hola ! Même pas le temps de répondre et déjà le soutien d’un prix Nobel, français qui plus est, et d’un congresman !
    Et on ne les a pas entendus ces grands hommes ?
    Bon, et bien la question est plus que jamais posée !
    La nuit porte conseil…
  22. LeSurHumain dit :
    20 novembre 2008 à 20:38

    “Il est appréciable que le peuple de cette nation ne comprenne rien au système bancaire et monétaire.
    Car si tel était le cas, je pense que nous serions confrontés à une révolution avant demain matin.”
    Henry Ford

  23. Yogi dit :
    20 novembre 2008 à 22:40 @LeSurHumain : J’aimerais quand même bien savoir si ce sont de vraies citations, ie si on peut sourcer jusqu’au livre, au discours ou à la coupure de presse d’origine.
  24. Fred L. dit :
    20 novembre 2008 à 22:54 Le fait que la monnaie soit aujourd’hui une dette et repose sur la confiance n’est pas en soi un problème (et pourrait être un avantage, puisque cela pourrait permettre à la collectivité de se projeter dans le futur).

    Le problème, c’est que sous l’influence du monétarisme, on a retiré le privilège de la création monétaire aux états pour le transférer aux banques centrales. L’argument était que les gouvernements avaient tendance à en abuser, profitant de l’effet de relance kéynésienne (à court terme) et laissant à leurs successeurs le soin de réguler l’inflation qui en résultait (à long terme) : ce sont les cycles politicoéconomiques. S’ajoute à cela que pour aller vers une monnaie commune (l’euro) en l’absence d’état européen, il n’y semblait pas y avoir d’autre solution.

    Cela dit, le monétarisme était aveugle à d’autres arguments allant en sens contraire: les états payent des intérêts sur la monnaie qu’ils empruntent, d’où la dette publique croissante; la banque centrale a un conflit d’intérêt elle aussi, puisqu’elle est l’agent des banques privées qu’elle est censée réguler, d’où la prise d’otage actuelle; sans parler du fait que cela diminue encore le pouvoir du politique, si tant est qu’il existe encore aujourd’hui, du fait de la mondialisation.

    Quant à la création monétaire ex nihilo, encore une fois c’est qu’enseigne tout cours de théorie monétaire et cela n’a rien de secret. Ce qui est problématique – et impensé par la théorie économique – c’est que le taux d’intérêt perd ses justification libérale : il ne peut plus être la rémunération de l’abstinence que représentait l’épargne, préalable nécessaire dans un système de monnaie marchandise.

  25. Gibus dit :
    20 novembre 2008 à 23:12 @ Yogi

    références pour les agnostiques:

    Maurice Allais “Nouveaux combats pour l’Europe : 1995-2002″, aux pages 227 à 258.
    éditions Clément-Juglar, 62, avenue de Suffren, 75015 Paris.

    Ce fut d’abord un article publié dans Le Figaro des 12, 19 et 26 octobre 1998, dans la rubrique Opinions ; puis il fut repris et annoté dans le livre publié aux éditions Clément Juglar.

    Merci à Étienne Chouard

  26. Rumbo dit :
    21 novembre 2008 à 00:39 L’ensemble des interrogations, des commentaires et messages ci-dessus, au moins, sont des témoignages de gens qui ont été, outre ce blog, aux autres bonnes sources. Leurs questionnements et réflexions sont autant de reflets et traces de ces sources indispensables.
    Aussi voici un rappel d’importance pour un changement de paradigme, qui en réalité, est un changement vers le bon sens naturel et premier, base des conditons et du statut de la monnaie qui est cet élément central, véritable “homéostat” socio-économique et clé de voute de l’équilibre économique et social. Voir sur ce blog, l’avant dernier des 18 messages de ce billet du 26 juin 2008 à 15h05:

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=634

  27. fab dit :
    21 novembre 2008 à 05:21 @ Fred,

    Bonjour ! Sans vouloir aborder un sujet trop technique qui a déjà dû être traité sur ce blog, je ne suis pas persuadé que la réelle création monétaire soit aux mains des banques centrales. Sauf à considérer que celles-ci sont aux mains des banques privées, à l’instar de la Fed…
    D’autre part, il semblerait que la mainmise du pouvoir financier sur l’économie soit antérieure à l’euro.

    Encore une fois, sachant que la création monétaire ex nihilo et ses méfaits sont connus depuis longtemps par les économistes, mais ignorés du grand public, comment expliquer qu’aucun de ces économistes n’interpelle ouvertement les politiques à ce sujet ???

  28. LeSurHumain dit :
    21 novembre 2008 à 07:59 @ Yogi

    J’aimerais quand même bien savoir si ce sont de vraies citations, ie si on peut sourcer jusqu’au livre, au discours ou à la coupure de presse d’origine.

    revolution-lente.com
    bankster.tv

    Pour conclure, j’en rajouterais juste une petite dernière (déjà citée mais émanant d’un “Nobel” français) que Gibus m’a soufflé de la plume :

    “Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents .”
    Maurice Allais, Prix Nobel de Sciences Économiques 1988.

  29. Ton vieux copain Michel dit :
    21 novembre 2008 à 09:44 C’est un élément un peu hors sujet (la création de la monnaie) mais il faut préciser que les idées d’Allais ont été exploitées par l’extrême-droite politique. La question est donc de savoir ce que l’extrême-droite y trouvait de si séduisant.
  30. Fred L. dit :
    21 novembre 2008 à 09:57 @Fab

    Tout à fait d’accord sur le premier point.

    Le monétarisme pensait que la création de monnaie était entre les mains des banques centrales, via le contrôle des réserves obligatoires et le multiplicateur de crédit (expliqué dans la vidéo). Sauf que c’est faux : il est entre les mains de tout le système économique : les banques qui prêtent, les entreprises qui empruntent, l’Etat qui gère sa dette, les ménages qui s’endettent, les actions de la banque centrale, etc.

    La grande nouveauté depuis les années 70 c’est que les banques ont trouvé de multiples moyens de se libérer de la contrainte des réserves obligatoires, via la titrisation, le hors bilan, l’effet de levier, etc. ce qui leur a permis de n’en faire qu’à leur tête, avec la bénédiction des banques centrales.

    Quant aux méfaits de la création monétaire ex nihilo, j’attends qu’on m’explique de quoi il s’agit. Cela pourrait aussi bien avoir des effets bénéfiques, c’est comme pour tout, on peut en faire un usage malfaisant… ou non.

  31. vet69 dit :
    21 novembre 2008 à 11:13 Pour répondre à une demande intéressante d’un des intervenants : pourquoi les hommes politiques ne font rien! Aux USA, on le sait, ce sont les multinationales et la réserve fédérale privée qui met en place et contrôlent les gouvernements depuis le président Wilson. Et comme les USA avec leur dollars dirigent le système monétaire mondiale, ils entraînent les autres états dans ce type de contrôle des politiques. En France, c’est avec POMPIDOU (ex directeur de la banque rothschild) et VGE (dont le fils est actuellement le président de LA COMPAGNIE FINANCIÈRE EDMOND DE ROTHSCHILD) qui ont placé une loi début janvier 1973 qui implique l’obligation d’emprunter l’argent pour soi-disant éviter l’inflation (quand l’état crèe sa propre monnaie), et le traité de maastrich avec l’article 104 impose cela à tous les états membres (est-ce valables avec le traité de Lisbonne??). Les relations des politiques influents et des marchés financiers sont tenues secrètes même si on commence à deviner ce qui se passe dans les fameuse réunions des Bilderberg (regardez l’emploi du temps de Pierre jouyet en juin 2008 sur le site de la diplomatie française le 7/8 juin : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/ministere_817/ministre-les-secretaires-etat_818/jean-pierre-jouyet_16629/agendas-precedents_17801/juin-2008_63326.html et regarder quel poste depuis novembre a pris Pierre Jouyet : la haute autorité des marchés financiers). En fait depuis quelques décennies, nos politiques ne contrôlent plus l’économie de leurs pays!
  32. jean jégu dit :
    21 novembre 2008 à 11:30 @ Fred

    Je suis entièrement d’accord avec votre conception de l’origine de la monnaie. C’est en effet une question connue de ceux qui ont pris le temps d’examiner techniquement la question. Malheureusement beaucoup qui auraient dû le faire ou devraient aujourd’hui le faire n’ont pas fait réellement la démarche. Il nous faut donc les y encourager. Paul est de ceux-là et je suis persuadé qu’il le fait actuellement. Comme preuve la question très pertinente qu’il a posée à propos de la vidéo.

    Personnellement je n’ai pas encore regardé à nouveau ce travail de Paul Grignon. Mais , même s’il devait y avoir une erreur dans tel détail de la démonstration ( ce qui n’est pas exclus compte-tenu de l’extrême complexité du système et de sa nature évolutive ) l’explication générale reste celle admise par les experts en la matière. Bravo donc aussi à Paul Grignon.

    Mon intervention ici se veut une réaction à votre dernier paragraphe, juste dans le but, non pas de le contredire mais d’enfoncer le clou:

    Quant aux méfaits de la création monétaire ex nihilo, j’attends qu’on m’explique de quoi il s’agit. Cela pourrait aussi bien avoir des effets bénéfiques, c’est comme pour tout, on peut en faire un usage malfaisant… ou non.

    Effectivement la création monétaire ex nihilo est aujourd’hui inévitable puisqu’aucune monnaie n’est plus rattachée à une quantité réelle quelconque. “Tout notre débat sur la monnaie”, à mon sens, n’avait aucunement pour but d’en exposer les méfaits mais d’en expliquer les mécanismes. C’est un préalable nécessaire à la suite qui devrait être l’exposé des méfaits de la création monétaire ex nihilo par des organismes exclusivement au service d’intérêts privés. Au contraire on pourrait retirer sans aucun doute de larges bienfaits de la création monétaire ex nihilo par des organismes d’abord au service de l’intérêt collectif”. C’est de cela qu’il est urgent de débattre.

    Je sais : il s’agit là de l’ affirmation d’une conviction que ne partageront pas bien des lecteurs de ce blog. A chacun de faire honnêtement sa propre recherche dans le respect de celle des autres et en jetant un oeil sur leurs analyses. Ce n’est pas, par exemple, parce que l’extrême-droite aurait récupéré la pensée de Maurice Allais que celle-ci est fausse. D’autant qu’elle me semble aussi bien récupérable par l’extrême-gauche, qui bizarrement ne s’y intéresse guère !

    @ vet69

    Le temps de préparer ce post et je découvre le vôtre. Confirmation claire et documentée de la prépondérance totale mais parfaitement ignorée – jusqu’ici ? – d’organismes au service d’intérêts privés. Merci.

  33. LeSurHumain dit :
    21 novembre 2008 à 11:46 @ jean jégu

    J’ai proposé une solution simple à Paul pour pouvoir prévisualiser les commentaires avant de les soumettre !

    Pas de réponse.

  34. Le Dass dit :
    21 novembre 2008 à 12:11 Bonjour,

    Lecteur assidu de ce blog depuis plusieurs mois, je me permets d’intervenir pour la première fois, pour répondre à la question posée par Paul concernant l’illustration proposée dans “l’argent-dette” que j’avais découvert par ailleurs (et fait découvrir à mes collègues travaillant dans l’éducation permanente).

    J’ai retrouvé mon cours d’économie politique de l’université.

    “La quantité de monnaie bancaire (nldr : pas les billets et pièces) nouvelle créee par le processus multiplicatif des dépôts et des prêts, est obtenue en multipliant le montant du crédit initial par l’inverse du coefficient de réserve”
    (Fondements d’économie politique, Jacquemin, Tulkens, Mercier, éd. De Boeck, 2001, p.323)

    Dans l’exemple de “l’argent dette” le montant du crédit initial est de 10 000 euros, et le coefficient de réserve de 1/9.
    Le montant total de nouvelle monnaie crée est donc de 90 000 euros (et non 100 000 comme signalé dans ce film).
    Par rapport au capital de départ de l’institution bancaire (1111.12 euros), la multiplication de monnaie a un coefficient de 81 (et non 90 comme signalé dans l’argent-dette).

    Mais ceci est bien supérieur à la multiplication par 9 du capital de départ déposé à la banque centrale, comme le laisse supposer les commentaires d’Armand dans le débat sur la monnaie du blog de Paul (commentaire n°10 dans la discussion mise sur support pdf signalé par Paul en début d’article).

    Le multiplicateur s’applique en effet à la totalité de la monnaie placée en banque centrale, donc y compris les dépôts faits par les banques qui reçoivent l’argent initialement prêté en réserve des nouveaux prêts qu’elles vont émettre. Le lien suivant reste donc tout à fait valable (voir schéma en bleu : http://www.europe2020.org/spip.php?article499〈=fr )

    Bon, j’espère que c’est plus ou moins clair maintenant :

    Avec un capital de départ de 1111.12, une banque va permettre au système d’émettre jusqu’à 90 000 de monnaie bancaire.

    Tout ceci moyennant le fait que le bouquin d’économie politique rédigé par trois profs d’université et enseigné à tous les économistes passant par l’UCL (enfin, de mon temps, en tout cas) soit correct.

    Merci à Paul pour son excellent blog et aux lecteurs/spectateurs d’avoir permis de corriger cette approximation.

    J’en profite en même temps pour lancer une question à l’auteur : “que pensez-vous de la création de monnaies alternatives ?” (cfr, les ressources présentes sur ce site, que je n’ai pas toutes lues : http://www.gtmonnaie.be/ , et la position défendue ici par Lietaer sur cette piste pour stabiliser le système : http://www.lietaer.com/images/White_Paper_on_Systemic_Bank_Crises_Nov08.pdf ). En même temps, j’ai pas lu l’entièreté des 375 pages de débats sur la monnaie et je ferais peut-être bien de commencer par là ;-).

    Bonne chance à tous dans la joyeuse période qui s’annonce.

  35. Boris dit :
    21 novembre 2008 à 12:19 A mon sens, je considère 1111,12$ comme la prémisse de “l’équation” 1.111,12$ x 9 x 10 = 100.000$

    Or 1.111,12$ est un argument que je qualifierais de “juridique”. C’est-à-dire issu d’une règle prudentielle ; 9 aussi, idem pour 10. Quant à “l’équation”, elle est à mon sens “comptable”.
    “Comptablement”, le crédit est une écriture qui créé, au passif d’une banque, un actif chez une autre. “Les crédits font les dépôts”.

    Là où la vidéo me gêne c’est qu’elle tronque de son exemple la destruction de la dette. Idem pour la partie de l’exemple d’Attac citée par Alain A, sauf que celui-ci a comme prémisse un dépôt. Il est alors plus facile de concevoir le “principe de conservation” des quantités comme l’écrit Paul Jorion dans le document pdf.

    Où y a-t-il conservation des quantités dans la vidéo de Paul Grignon ? Nulle part, c’est ce qui me gène.
    Pourquoi Attac et Paul Grignon qui abordent tous deux “l’effet multiplicateur” semblent-ils (à mon sens) à ce point contradictoires ?

    Quelle est la valeur d’un argument “juridique” dans un raisonnement “économique” exprimé par les “mathématiques” (la forme “comptable”) ?
    Paul Jorion cite son ami dans le billet “Titanic” : «Il me dit que ça va craquer sans tarder, Paul, et à une échelle qui dépasse nos imaginations.»
    Est-il possible de lui répondre «Que nenni, rien ne va craquer. J’ai payé des arrhes (la forme “comptable”) pour mon chalet à Noël. “Juridiquement”, ça ne craquera pas avant mes vacances d’Hiver.» ?

    Je suppose que je suis l’un des deux d’entre “Nous” qui a contacté Paul au sujet de cette vidéo.
    Pour moi, “Pour pouvoir prêter de l’argent, la banque doit se procurer les fonds correspondants.” comme l’écrit l’association des banques belges
    Cela ne remet pas en cause :
    – ni les ratios prudentiels
    – ni les règles comptables
    – ni les expressions “les crédits font les dépôts”, “les banques créent l’argent scripturale”
    – ni l’effet multiplicateur

    Mais cela s’applique tout autant à l’exemple de la vidéo. Pour prêter 9 x 1.111,12$ , la banque doit se procurer 10.000$ et être couverte “juridiquement” par la règle prudentielle du “taux de réserve”, calculé proportionnellement au volume des crédits et qui s’applique à son capital.

    La banque ne prête pas son capital déposé par les actionnaires ?
    Pour moi, 10.000$ est la prémisse, pas 1.111,12$.

  36. Damned dit :
    21 novembre 2008 à 14:39 Si les cheminements de la création monétaire restent complexes par nature, les astuces du bonneteau sur la place du marché le sont également. Le premier mécanisme est légal, parce que la réserve fractionnaire l’est aussi (comprendre aussi taux ou ratio de réserve dans l’exemple repris par Paul). Le bonneteau est une escroquerie, parce que le législateur n’encadre que les acteurs du marché qui travaillent pour son profit. Soit la réélection des édiles et la jouissance de privilèges inhérents à ce statut.
    La fraude consiste simplement à faire croire aux déposants qu’ils pourront à tout instant retirer leur argent « numérique » en monnaie fiduciaire, seule monnaie à avoir un cour légal. Or, la banque ne disposant pas de tout cet argent, il s’agit d’une escroquerie légalisée. Ainsi, la fraude sert les intérêts du législateur en figeant ses statuts, mais pas les droits légitimes des déposants s’ils veulent disposer de leur argent tous en même temps. Le banquier est bien content, car en cas de « soucis » (doux euphémisme), le législateur sauvera son client, la banque …
  37. Armand dit :
    21 novembre 2008 à 14:58 Ce calcul ne me semble pas correct ; il suppose que « les dépôts font les prêts », c’est-à-dire que le banquier re-prête, en partie au moins, ce que ses clients lui déposent. Et ce, de façon récursive.

    Or c’est le contraire : « les prêts font les dépôts » : le banquier ne prête plus l’argent qui est déposé par ses clients car il s’agit déjà d’argent prêté. C’est-à-dire de monnaie bancaire créée ex-nihilo par lui ou un autre banquier en contre-partie d’une dette et de l’engagement du bénéficiaire de rembourser cet emprunt (et les intérêts afférents).

    A partir de ses actifs, de son capital, de ses réserves en monnaie centrale propre ou qu’il emprunte à sa banque centrale ou à ses concurrents en excédent, le banquier peut créer autant de monnaie bancaire qu’il le souhaite dans la limite de « règles prudentielles », appelation orwellienne pour ne pas dire la vérité factuelle du « coefficient multiplicateur » i.e. de l’effet de levier sur ces réserves obligatoires. Si ce taux est de 8% alors le banquier peut créer 12 fois plus de sa monnaie qu’il n’a d’actifs pour la garantir. Le taux dépend de la nature de la volatilité de l’actif sous-jacent, d’où la classification en « tiers-1/2/3 ». Cette monnaie porte le même nom

    Si l’emprunteur défaille alors le banquier doit taper dans ses réserves pour combler le trou. Si trop de clients défaillent le banquier est de plus en plus mal. Si ses « actifs » se révèlent plus ou moins vérolés, sur-estimés, ou plus illiquides que prévus (le fourre-tout des tiers-3), le banquier défaille.

    Dans un tel système à réserves fractionnaires, une banque n’est rien d’autre qu’un hedge fund.

    De même si certains clients se mettent à réfléchir (remplacer « confiance » par « crédulité », finir les phrases : « l’Etat garantit les dépôts » par « l’Etat –aux caisses vides– garantit les dépôts avec l’argent des con-tribuables », « les banques ne se font pas confiance entre elles » … « alors pourquoi moi je leur ferais confiance ? », etc…) ou simplement à avoir peur sans comprendre et viennent retirer leurs avoirs, ou même un partie de façon à être autonome pendant deux ou trois mois (quelle procédure, paperasses et délais pour la « garantie bancaire », qui garantit le garant ?), le banquier ne peut faire face.

    C’est le cercle vertueux auquel nous assistons aujourd’hui en réaction au cercle vicieux de la création d’illusions (appellation orwellienne : « effet de richesse »).

    Seule exception : le dépôt en monnaie centrale, i.e. en espèces, i.e. en billets de (la) banque (centrale). Dans ce cas le banquier accroît sa réserve de base et peut lui appliquer ce coefficient multiplicateur pour créer un prêt et donc davantage de sa monnaie.

    Il me semblait également que le mécanisme de compensation inter bancaire où se soldent chaque nuit les paiements bancaires du jour se faisait par transfert de monnaie centrale entre comptes de ces banques à la banque centrale. D’où un effet de levier possible pour celles qui étaient créditrices nettes et l’effet de levier inverse pour les autres. Mais Jean Bayard a attiré notre attention sur le fait que cette compensation se réalisait probablement en monnaie bancaire, c’est-à-dire que ça restait en famille. Raison de plus pour ne pas prêter ce qui a déjà été multiplié. En tout état de cause Paul Grignon ne tient pas compte de la banque qui pert de l’argent lors du dépôt dans une autre.

    Bref, selon moi tout cela relève de l’escroquerie pyamidale en bande organisée.

    A la base la banque centrale achète un emprunt d’Etat en créant sa propre monnaie centrale ex-nihilo, avec cet emprunt en garantie. Si elle imprime les billets correspondant, ce ne seront que des fractions d’un reconnaissance de dette (l’emprunt du Trésor) une promesse de richesse future qui permet d’acheter des richesses présentes. Ces billets sont au porteur, donc librement échangeables et la loi leur donne « cours légal » en obligeant à les accepter ; c’est seulement ça qui fait leur « valeur » : une contrainte légale.

    Le second étage de la pyramide est celui du système bancaire à réserves fractionnaires qui multiplie la monnaie centale en créant sa propre monnaie bancaire à pouvoir d’achat immédiat qu’il promet de convertir, à vue, contre des billets de la banque centrale qu’il sait ne pas avoir en quantité suffisante. Cette illusion de monnaie, ce mensonge, possède en garantie, encore et toujours, une promesse de remboursement futur. Cet étage vend les moyens de se refiler cette promesse : les instruments de paiement bancaires (chèque, cartes, virement), qui n’ont pas cours légal.

    Le troisième étage a imploser, c’était la finance. R.I.P.

  38. Paul Jorion dit :
    21 novembre 2008 à 18:03 @ Jean Jégu

    Effectivement la création monétaire ex nihilo est aujourd’hui inévitable puisqu’aucune monnaie n’est plus rattachée à une quantité réelle quelconque.

    Cette phrase semble suggérer que l’expression « création monétaire ex nihilo » renvoie simplement à la fin de l’étalon-or en 1971. Si c’est le cas, comment se fait-il que cela n’a jamais été dit dans nos discussions ? Les arguments en faveur de l’idée d’une « création monétaire ex nihilo » ont tous été fondés sur le mécanisme des réserves fractionnaires (Maurice Allais) – qui n’implique aucune création monétaire et reflète uniquement la manière dont fonctionne nécessairement tout système impliquant le crédit – ou sur un changement de support pour la monnaie : « opérations scripturales » – une évolution purement anecdotique, qui n’entraîne aucun changement fonctionnel.

    Mais, même s’il devait y avoir une erreur dans tel détail de la démonstration (ce qui n’est pas exclu compte-tenu de l’extrême complexité du système et de sa nature évolutive ) l’explication générale reste celle admise par les experts en la matière. Bravo donc aussi à Paul Grignon.

    Je ne suis pas d’accord sur ce point : si la démonstration est fausse, l’explication générale s’effondre entièrement.

    Petit rappel avant de terminer. Le dysfonctionnement actuel de la finance est généralisé. La solution des problèmes est essentielle et peut avoir lieu mais nos ressources en matière de réflexion – même mises en commun – ne sont pas infinies. Il faut donc éliminer de nos priorités les questions qui ne se posent pas. Celles qui reposent sur une interprétation incorrecte des faits en font partie. Encore une fois : l’effort de réflexion doit se concentrer là où il est requis de manière urgente en ce moment.

  39. Armand dit :
    21 novembre 2008 à 18:56 « si la démonstration est fausse, l’explication générale s’effondre entièrement. » : pas nécessairement, Paul, certains détails peuvent être faux ou discutables mais le cadre général correct et en tout cas pédagogique. Tout comme comme une erreur dans la démonstration d’un théorême ne prouve pas qu’il est faux.
  40. LeSurHumain dit :
    21 novembre 2008 à 19:48 Si je puis me permettre :

    La problématique qui nous préoccupe actuellement n’est peut-être pas la « création monétaire ex nihilo » en soi, mais plutôt :
    Est-il possible de rendre la « création monétaire ex nihilo » fonctionnelle et au service du bien commun, et ce durablement ?

  41. Paul Jorion dit :
    21 novembre 2008 à 20:02 @ Armand

    Le mécanisme que vous décrivez, dans votre commentaire précédant celui-ci est sans rapport avec celui que rapporte Paul Grignon, qui multiple les effets de deux interprétations des « réserves fractionnaires », l’un portant sur la monnaie centrale, l’autre sur les dépôts. Selon vous le multiplicateur est de 9 et non de 90 comme dans l’explication de Grignon. C’est une différence énorme, celle qui pourrait séparer une « escroquerie à la petite semaine », comme s’exprime l’un de mes correspondants, d’un scandale véritable.

    Paul Feyerabend : « … il convient de ne pas violer l’un des principes fondamentaux de la méthodologie scientifique, à savoir de prendre les réfutations au sérieux » (Against Method 1974 : 109).

  42. jacques dit :
    21 novembre 2008 à 22:02 J’ai le sentiment a vous lire que l’activité d’une banque consiste en la création de monnaie artificielle à la rubrique Emplois du Bilan, équilibrée par des actifs douteux et insuffisants et par un besoin en fond de roulement assuré en dernier ressort par une Banque Centrale, elle-meme garantie par le contribuable.Une LBO colossale garantie par le contribuable. Une falaise de crédit et une montagne de papier .Ca sent le roussi.On sait que la catastrophe arrivera et on la sent proche………
  43. Paul Jorion dit :
    21 novembre 2008 à 23:29 Je voudrais attirer l’attention sur le fait qu’aucune réponse n’a été apportée à la question de Yogi quant à la validité des citations de David Rockefeller, « Rothschild Brothers », etc. rapportées ci-dessus :

    J’aimerais quand même bien savoir si ce sont de vraies citations, ie si on peut sourcer jusqu’au livre, au discours ou à la coupure de presse d’origine.

    Les citations sont en effet simplement suivies d’un nom et les références sont circulaires : un site sur la toile renvoyant à un autre : aucun moyen de vérification n’est offert.

  44. Candide dit :
    21 novembre 2008 à 23:41 J’ai moi-même soulevé cette question il y a plusieurs semaines dans un autre fil de discussion, sans obtenir de réponse. Cette incertitude est ennuyeuse…
  45. jacques dit :
    22 novembre 2008 à 00:24 @ Paul,Candide et Yogi

    Citation Henry Ford

    Sous le signe de l’abondance /Louis Even
    chapitre 49=L’histoire du controle bancaire aux USA
    http://www.michaeljournal.org/sign49.htm

  46. Nicolas Bernabeu dit :
    22 novembre 2008 à 00:41 Voilà des exemples de citations potentiellement vérifiables par tous :

    “Quelques-uns croient même que nous (la famille Rockefeller) faisons partie d’une cabale secrète travaillant contre les meilleurs intérêts des É-U, caractérisant ma famille et moi en tant qu’internationalistes et conspirant avec d’autres autour de la Terre pour construire une politique globale plus intégrée ainsi qu’une structure économique – un seul monde si vous voulez. Si cela est l’accusation, je suis coupable et fier de l’être” (David Rockefeller, MEMOIRES, page 405).

    “Je prévois une ère d’instabilité politique et financière dont on peut espérer qu’elle sera suivie de l’émergence d’un nouvel ordre mondial” (George Soros dans son livre « La vérité sur la crise financière », page 204).

    “Quelque chose doit remplacer les gouvernements, et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire” (David Rockefeller, interview dans Newseek de février 1999).

    Les citations vérifiables visuellement sont aussi des preuves, par exemple le Président Eisenhower : http://fr.youtube.com/watch?v=IUsXFf2v4j4

    Pour en revenir sur le sujet, le film Zeitgeist Addendum passe ses 30 premières minutes à expliquer la création monétaire à partir des réserves fractionnaires : http://www.zeitgeistmovie.com/
    Ils concluent que le facteur multiplicateur est potentiellement de 9 au maximum.

  47. Nikademus dit :
    22 novembre 2008 à 01:09 @ Nicolas Bernabeu

    Soyez serieux! Ce que l’on vous demande ce sont les références exactes et précises des citations du texte de Paul Grignon, pas des renvois à quelqu’un qui a dit que Ford a dit que… sans références!!! Il faut un texte : un ouvrage écrit par lui et consultable dans une bibliothèque, un article d’époque citant une déclaration d’Henry Ford, ou alors pour les personnes citées contemporaines une vidéo.

    Si je vous dis que Nicolas Sarkozy a dit que “Je déteste les pauvres et je ferai tout pour leur nuire”, vous allez demander la référence précise, la vidéo, le discours, et pas me croire sur parole, ni un de mes amis, ni quelqu’un qui l’aura écrit dans un livre sans référence aucune!! Et vous aurez raison : Sarkozy ne l’a pas dit, même si c’est vraisemblable qu’il le pense, donc c’est faux, et diffamatoire!!! Et je le retire, moi, sur le champ.

    Faites de même, s’il-vous-plaît.

  48. Nicolas Bernabeu dit :
    22 novembre 2008 à 01:59 @ Nikademus :

    Vous vous tromper d’interlocuteur…

    Personne ne peut faire des citations plus précises que les miennes : il vous suffit d’ouvrir à la page indiquée ou de regarder la personne parler de vos propres yeux…

    Vous ne voulez pas non plus qu’on vous envoie les livres par colis ? Achetez-les vous-mêmes…

  49. Nikademus dit :
    22 novembre 2008 à 04:00 @ Nicolas Bernabeu
    Excusez-moi si j’ai été un peu brusque.
    J’ai juste voulu dire que ce site, ne renvoie qu’à quelqu’un qui dit que Henri Ford a dit que…, sans référence aucune. Ce qui ne prouve rien.
    Par ailleurs, la référence que vous donnez à Newsweek ne permet pas de localiser précisément la citation faite par Paul Grignon en ce qui concerne le seul David Rockefeller:

    Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, au magazine Time, et aux autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion depuis presque quarante ans. Il aurait été pour nous impossible de développer notre projet pour le monde si nous avions été exposés aux lumières de la publicité durant ces années. Mais le monde est aujourd’hui plus sophistiqué et préparé à l’entrée dans un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l’autodétermination nationale des siècles passés. — David Rockefeller, s’adressant à la Commission Trilatérale, 1991

    Avez-vous des liens plus précis à nous fournir pour nous éclairer?

  50. bankster.tv dit :
    22 novembre 2008 à 14:55 Paul Grignon a utilisé Modern Money Mechanics, document officiel de la Fed de Chicago:
    Voir ses références ici (pour citations, calcul, et tout le reste) http://paulgrignon.netfirms.com/MoneyasDebt/references.htm

    Le meme document est utilisé (cette fois ci, cité visuellement dans ZeitGeist Addendum)
    http://dotsub.com/view/7281f5dc-d4b1-4315-abb7-143becd34f49

    Les citations sont également toutes répertoriés.

    En espérant que ce message ne subisse pas le sort de TOUS les autres que j’ai posté ici.

    Au lieu de chercher a remettre la légitimé du problème en question, des gens intelligents comme vous l’êtes tous ici, feriez mieux de chercher une solution !

    Regardez aussi le Dr Andre Gernez, America Freedom to Fascism, Alex Jones End Game, etc…

  51. Archimondain dit :
    22 novembre 2008 à 20:36 Bonjour à tous.

    Il est effectivement important de savoir d’où viennent ces citations. Ainsi, dans le lien posté par Bankster, on apprend que l’une des citations de Woodrow Wilson est en fait un mélange de plusieurs phrases qu’il a dites ou écrites à différents moment de sa vie. J’ai de même retrouvé il y a peu les sources qu’un certain discourt de Kennedy (qui fleurit sur le web) accusant les sociétés secrètes qui dirigeraient le monde. Il apparait que remis dans son contexte, Kennedy parle clairement du bloc soviétique et non de quelques commissions trilatérales ou autre groupe bildengerg. D’autre part, certaines citations surement facilement retrouvables comme celle de Maurice Allais (la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs) me sembles erronées, car l’argent créé par les banques doit être remboursé à terme, et cela même si le client fait défaut, auquel cas la banque devra rembourser de sa poche. Les faux-monnayeurs ne s’embarrassent évidement pas d’une telle contrainte.

    Cependant, je n’ai personnellement besoin d’aucune citation pour me convaincre que ce système actuel est primitif, injuste et stupide. Ce qui fait la richesse n’est pas l’argent, mais ce que l’on peut acheter avec. Cependant, des banques privées ont le contrôle du moyen d’échange des richesses. (mais cela n’est qu’un moyen d’échange, une simple information. Rien qui a une véritable valeur en soi). Ce moyen d’échange sans lequel nous sommes paralysée, a pris évidement une valeur énorme, et cela au seul profit des gens qui le contrôlent. Je ne comprend pas comment on peut ’savoir’ que les banques prêtent avec intérêt de l’argent qui n’a jamais existé et trouver cela normal. (qu’elles puissent multiplier la monnaie fiduciaire par 10 ou par 100 ne change pour moi pas grand chose). Cela dépasse mon entendement. Évidement, on peut toujours dire que la banque prend un risque et qu’il est normal que des gens soient rémunérés pour le travail (véritable travail cette fois) de calcul de risque nécessaire au bon fonctionnement de l’économie. Très bien, et j’imagine que malgré cet immense privilège qu’ont les banques de contrôler les moyens d’échange, quand elles font mal leur travail, elles ne peuvent s’en prendre qu’à elles-mêmes. Mais pas du tout. L’état dans ce cas injecte des milliards pour sauver les banques.

    Dites-moi, j’ai une question. Les caisses de l’état français sont vides. Alors les dizaines de milliards qu’il a donnés aux banques, d’où viennent-il ? Si quelqu’un m’affirme qu’il les a empruntés contre intérêt à d’autres banques (et peut-être même indirectement aux même banques), et bien… je crois qu’il ne me restera plus qu’à retourner tranquillement dans ma caverne pour manger et à boire sans plus me soucier de rien. Privé de liberté, La consommation est bien la seul chose qui nous reste…

    Sauf si évidement, quelqu’un réussit à me convaincre du bien-fondé d’un tel système. Je reste ouvert à toute argumentation :)

  52. Nikademus dit :
    23 novembre 2008 à 03:22 Tous les liens des quelques citations vérifiées sont ceux fournis sur le site de Paul Grignon: http://paulgrignon.netfirms.com/MoneyasDebt/references.htm
    Devant le caractère non probant de l’expérience, j’ai arrêté mon relevé à ceux que vous lirez ci-dessous.

    “Since I entered politics, I have chiefly had men’s views confided to me privately. Some of the biggest men in the United States, in the Field of commerce and manufacture, are afraid of something. They know that there is a power somewhere so organized, so subtle, so watchful, so interlocked, so complete, so pervasive, that they better not speak above their breath when they speak in condemnation of it.” (“Certains des plus grands hommes des Etats-Unis, dans le domaine du commerce et de la production, ont peur de quelque chose. Ils savent qu’il existe quelque part une puissance si organisée, si subtile, si vigilante, si cohérente, si complète, si persuasive… qu’ils font bien, lorsqu’ils en parlent, de parler doucement. “) Woodrow Wilson, The New Freedom (1913)

    http://www.gutenberg.org/etext/14811 : le livre est téléchargeable en entier. L’ouvrage de Wilson est une compilation de discours prononcés pendant sa campagne électorale. Comme la suite immédiate du texte l’indique, il n’entend pas dénoncer une organisation toute puissante, cachée et secrète mais des organisations, nommément les monopoles de chaque branche de l’industrie, et auxquels se heurtent tout ceux qui voudraient se faire nouveaux entrepreneurs. Dès le début, dans le même ouvrage, bien loin de s’en prendre à des personnes, ou des groupes, il indique tout au contraire :

    “So what we have to discuss is, not wrongs which individuals intentionally do,—I do not believe there are a great many of those,—but the wrongs of a system. I want to record my protest against any discussion of this matter which would seem to indicate that there are bodies of our fellow-citizens who are trying to grind us down and do us injustice. There are some men of that sort. I don’t know how they sleep o’ nights, but there are men of that kind. Thank God, they are not numerous. The truth is, we are all caught in a great economic system which is heartless.” (Ma traduction: « Donc, ce que nous devons discuter est, non pas des méfaits que des individus accompliraient intentionnellement, — je ne crois pas qu’ils soient si nombreux, – mais les méfaits d’un système. Je veux vous prendre pour témoin de ma protestation à l’encontre de toute discussion sur cette question qui tendrait à impliquer que des groupes de nos concitoyens essaieraient de nous détruire et de nous nuire. Il existe des gens de cette sorte. Je ne sais pas comment ils dorment la nuit, mais il existe des gens de cette sorte. Dieu merci, ils ne sont pas nombreux. La vérité est que nous sommes tous pris dans un gigantesque système économique qui est sans cœur. »)

    “Permit me to issue and control the money of a nation, and I care not who makes its laws.” (“Donnez-moi le contrôle sur la monnaie d’une nation,
    et je n’aurai pas à m’occuper de ceux qui font ses lois. ») Mayer Amschel Rothschild, International Banker

    http://en.wikipedia.org/wiki/Category:The_Rothschilds : lien cassé ?
    http://www.everything2.com/index.pl?node=ridiculous : lien sans rapport ??, ou plaisanterie ???
    http://www.brainyquote.com/quotes/quotes/m/mayeramsch170274.html : lien sur un site de citations qui ne donne aucune référence

    “I am afraid that the ordinary citizen will not like to be told that banks can and do create money …And they who control the credit of the nation direct the policy of Governments and hold in the hollow of their hands the destiny of the people” (“J’ai bien peur que le citoyen ordinaire n’aimerait pas qu’on lui dise que les banques peuvent créer de la monnaie, et le font…. Et ceux qui contrôlent le crédit de la nation dirigent la politique du gouvernement et portent au creux de leurs mains la destinée du peuple.») Reginald McKenna, past Chairman of the Board, Midlands Bank of England

    http://www.answers.com/topic/reginald-mckenna : lien renvoyant à une simple biographie de l’homme : pas de citations, pas de références.

    “The modern banking system manufactures money out of nothing. The process is perhaps the most astounding piece of sleight of hand that was ever invented. Banking was conceived in iniquity and born in sin. Bankers own the Earth. Take it away from them, but leave them the power to create money, and with the flick of the pen they will create enough money to buy it back again…
    Take this great power away from them and all great fortunes like mine will disappear, and they ought to disappear, for then this would be a better and happier world to live in. But if you want to continue to be slaves of the banks and pay the cost of your own slavery, then let bankers continue to create money and control credit’.” (“Le système bancaire moderne fabrique de l’argent à partir de rien. Ce processus est peut-être le tour de dextérité le plus étonnant qui fut jamais inventé. La banque fut conçue dans l’iniquité et est née dans le pêché. Les banquiers possèdent la Terre. Prenez la leur, mais laissez-leur le pouvoir de créer l’argent et en un tour de mains ils créeront assez d’argent pour la racheter. Otez-leur ce pouvoir, et toutes les grandes fortunes comme la mienne disparaîtront et ce serait bénéfique car nous aurions alors un monde meilleur et plus heureux. Mais si vous voulez continuer à être les esclaves des banques et à payer le prix de votre propre esclavage laissez donc les banquiers continuer à créer l’argent et à contrôler les crédits. Sir Josiah Stamp Director, Bank of England 1928-1941 (reputed to be the 2nd richest man in Britain at the time)

    http://en.wikipedia.org/wiki/Josiah_Stamp,_1st_Baron_Stamp : la citation est donnée comme en attente de référence
    http://members.shaw.ca/theultimatescam/index.htm : la citation est donnée sans aucune référence

    “I am a most unhappy man. I have unwittingly ruined my country. A great industrial nation is controlled by its system of credit. Our system of credit is concentrated. The growth of the nation, therefore, and all our activities are in the hands of a few men. We have come to be one of the worst ruled, one of the most completely controlled and dominated Governments in the civilized world, no longer a Government by free opinion, no longer a Government by conviction and the vote of the majority, but a Government by the opinion and duress of a small group of dominant men.” (“Je suis un homme des plus malheureux. J’ai inconsciemment ruiné mon pays. Une grande nation industrielle est contrôlée par son système de crédit. Notre système de crédit est concentré dans le privé. La croissance de notre nation, en conséquence, ainsi que toutes nos activités, sont entre les mains de quelques hommes. Nous en sommes venus à être un des gouvernements les plus mal dirigés du monde civilisé un des plus contrôlés et dominés non pas par la conviction et le vote de la majorité mais par l’opinion et la force d’un petit groupe d’hommes dominants. ») Woodrow Wilson

    Le site de Paul Grignon admet lui-même que la citation est fabriquée à partir d’éléments extraits du livre précité et que les deux premières phrases sont complètement inventées bien qu’il aurait pu les penser…

    “All of the perplexities, confusion, and distress in America arises, not from the defects of the Constitution or Confederation, not from want of honor or virtue, so much as from downright ignorance of the nature of coin, credit, and circulation.” (“Toute la perplexité, la confusion, et la détresse en Amérique ne provient pas des défauts de la Constitution ou de la Confédération ni du désir d’honneur ou de vertu mais de notre ignorance profonde de la nature des devises, du crédit, et de la circulation.”) John Adams, Founding Father of the American Constitution
    “Whoever controls the volume of money in our country is absolute master of all industry and commerce…and when you realize that the entire system is very easily controlled, one way or another, by a few powerful men at the top, you will not have to be told how periods of inflation and depression originate.” (“Celui qui contrôle le volume de la monnaie dans notre pays est maître absolu de toute l’industrie et tout le commerce… et quand vous réalisez que le système entier est très facilement contrôlé, d’une manière ou d’une autre, par une très petite élite de puissants, vous n’aurez pas besoin qu’on vous explique comment les périodes d’inflation et de déflation apparaissent”) James A. Garfield, assassinated president of the United States
    The Government should create, issue, and circulate all the currency and credits needed to satisfy the spending power of the Government and the buying power of consumers. By the adoption of these principles, the taxpayers will be saved immense sums of interest. The privilege of creating and issuing money is not only the supreme prerogative of government, but it is the government’s greatest creative opportunity.” (“Le gouvernement devrait créer, émettre, et faire circuler toutes les devises et tous les crédits nécessaires pour satisfaire les dépenses du gouvernement et le pouvoir d’achat des consommateurs. En adoptant ces principes, les contribuables économiseraient d’immenses sommes d’argent en intérêts. Le privilège de créer et d’émettre de la monnaie n’est pas seulement la prérogative suprême du gouvernement, mais c’est aussi sa plus grande opportunité.”) Abraham Lincoln, assassinated president of the United States

    http://www.themoneymasters.com/presiden.htm : lien cassé ?
    http://www.wealth4freedom.com/truth/2/bankquotes.htm : lien cassé ?

    “We are grateful to the Washington Post, the New York Times, Time magazine and other great publications whose directors have attended our meetings and respected the promises of discretion for almost forty years. It would have been impossible for us to develop our plan for the world if we had been subject to the bright lights of publicity during those years. But, the world is now more sophisticated and prepared to march towards a world-government. The supranational sovereignty of an intellectual elite and world bankers is surely preferable to the National autodetermination practiced in past centuries” (“Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, au magazine Time, et aux autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion depuis presque quarante ans Il aurait été pour nous impossible de développer notre projet pour le monde si nous avions été exposés aux lumières de la publicité durant ces années. Mais le monde est aujourd’hui plus sophistiqué et préparé à l’entrée dans un gouvernement mondial.La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l’autodétermination nationale des siècles passés.”) David Rockefeller in an address to a Trilateral Commission meeting in June of 1991. Producer’s Comment: More sources attribute this quote as occurring at a at Bilderberger meeting in Baden-Baden Germany in 1991

    http://www.freedomdomain.com/nwoquote.htm : lien cassé?

  53. jean jégu dit :
    23 novembre 2008 à 14:42 @ Paul J ( post du 21 novembre 18:03 )

    Pardon pour la lenteur de ma réaction.

    L’idée que la création monétaire “ex nihilo” est inévitable depuis la destruction du lien à l’or, n’implique évidemment pas qu’elle ait été évitée avant cette destruction . Ce type de création ( i.e. apparition de monnaie ( scripturale ) n’existant préalablement nulle part ) se pratiquait déjà bien avant. Mais rendons à César, ce qui lui appartient : j’ ai lu cette idée, qui m’est apparue lumineuse, que depuis 1971 on ne peut faire autrement ; je pense même que c’est ici sur votre blog. Sans doute AJ Holbecq en est-il l’auteur, mais j’avoue ne pas avoir réussi à retrouver le texte probant.

    Que le changement de support pour la monnaie soit purement anecdotique, j’en suis bien d’accord : des plaquettes en plastic feraient tout aussi bien l’affaire. Mais dire que le mécanisme des réserves fractionnaires n’implique aucune création monétaire … me surprend. C’est totalement contraire à ce que j’en ai compris; Mais peut-être est-ce vous qui avez raison … Après tout, chacun peut se tromper, moi comme vous.

    La vidéo mise en cause annonce un ” multiplicateur de crédit” de 9×9 ( presque 100 000 dollars ; en fait 1111,12 x9 X 9 = 90 000 ). Comme le dit Armand : cette présentation ne me semble pas correcte, car le multiplicateur de crédit s’applique …au crédit. Le premier crédit est de 10 000. Le multiplicateur est donc de 9. De plus, il me semble que si le raisonnement présenté ici est “statistiquement ” valable, la réalité concrète est plus subtile. Elle repose essentiellement sur l’ “augmentation du total des dépôts” (les dépôts nets : dépôts – retraits) dans une banque. Si cette augmentation est par exemple de 1000, ces 1000 arrivent, par le mécanisme de la compensation, sur le compte de la dite banque en Banque Centrale (donc en monnaie centrale ou “de base”). Conformément à la règle des réserves fractionnaires ces 1000 en monnaie de base constituent pour la banque la possibilité de créer 1000×9 = 9000 en monnaie bancaire, ce dont évidemment elle ne se prive pas, si du moins elle trouve des emprunteurs. L’ erreur dans la vidéo ternit donc formellement la démonstration ; elle n’autorise pas à nier le phénomène de la création monétaire via le multiplicateur de crédit. D’autre part, l’ensemble fait toujours appel au mécanisme dit du “refinancement” par lequel les banques se procurent la monnaie centrale supplémentaire dont elles ont besoin , monnaie émise exclusivement et ex nihilo par la Banque Centrale. Enfin, vous savez bien qu’il n’y a pas une Banque Centrale, mais des Banques Centrales et des flux monétaires internationaux considérables. Alors, qui nous expliquera tout cela de façon simple, claire et sans erreur ? . Vraiment, à mon sens, le travail de Paul Grignon, s’il est perfectible, n’est pas dénué de tout mérite.

    D’accord pour éliminer les questions qui ne se posent pas : pour moi celle de la création monétaire ne se pose plus depuis plusieurs années. Que ce soit “ex nihilo” n’a guère d’ importance ; c’est plutôt une bonne nouvelle puisque cela nous libère de la contrainte liée à la quantité finie d’or. J’en suis convaincu et n’en parlerai donc plus. L’important est d’examiner dans quelles conditions s’exerce ce pouvoir de création monétaire.

    Pour l’interprétation incorrecte des faits, faites-vous allusion à la mienne ou à celle de Paul Grignon ? Pour moi, je serais prêt à rectifier de telles interprétations dès que j’en serais convaincu. Mais pour continuer utilement la discussion, il faudrait que je comprenne pourquoi vous persistez à nier ce qui apparait – presque – partout comme un fait certain, même si sa complexité en rend l’expression difficile. Il ne s’agit pas de rechercher des coupables, les déterminismes de l’histoire sont trop prégnants pour cela ; il s’agit de comprendre pour être en mesure d’agir utilement.

    Merci de la liberté que vous m’ avez accordé sur votre blog. Je crois à l’utilité de confrontations respectueuses comme celles que vous acceptez.

  54. Armand dit :
    23 novembre 2008 à 14:59 @Jean, merci de souligner que le pluriel est désormais aussi de mise concernant les banques centrales (le cary trade) ; nous ne l’utilisions que pour les banques commerciales, en parlant du système bancaire dans son ensemble, et de l’évaluation, nécessairement à cette échelle, des masses monétaires centrale et bancaire.
  55. Rumbo dit :
    23 novembre 2008 à 15:44 Jean Jégu @ du 23 novembre 2008 à 14h42

    Je ne peux à l’instant “dépiauter” tous les message, mais j’adhère entièrement à celui de Jean Jégu ci-dessus.

    J’ajoute et je répète, car je pense que c’est le fond du fond du problème, que les banques ne créent jamais l’argent des intérêts à leur verser en plus du remboursement des dettes. Si cela est possible, et même banal individuellement (quoique provisoirement), cela est arithmétiquement IMPOSSIBLE collectivement. Sinon, il faut le démontrer par point et par mesure.

  56. BDphile dit :
    23 novembre 2008 à 16:13 Pour enfoncer le clou,
    Si le fond du problème n’est pas tant celui des leviers de création monétaire que celui des intérêts ou rendements, au choix ;) , alors le principe même de création devient obsolète si l’intérêt ne l’accompagne pas.

    Du problème des gains et de l’avidité humaine et des espoirs de réforme qu’on place en eux.

  57. A-J Holbecq dit :
    24 novembre 2008 à 18:25 @Rumbo

    Je voudrais préciser, non pour toi mais pour d’éventuels lecteurs, ton précédent post.

    Le système bancaire – pris dans son ensemble – crée toujours l’argent des intérêts à lui verser en plus du remboursement des crédits initiaux sous forme de nouveaux crédits correspondant à une demande supplémentaire, car, si non, les emprunteurs – pris dans leur ensemble – ne pourraient pas les payer en plus des remboursements correspondants à la destruction comptable du “capital” initialement créé et prêté.

    Au niveau d’une seule banque , qui émets une certaine quantité de monnaie lors d’un crédit accepté, il est certain qu’il n’y aurait aucun sens pour elle de fournir en même temps les intérêts que l’emprunteur lui doit… si ce n’est pas un nouveau crédit qui sera lui-même productif d’intérêts: c’est d’ailleurs un peu le principe du crédit revolving.

  58. liervol dit :
    25 novembre 2008 à 07:35 Les crédits font les dépôts, ce n’est pas le ex nihilo qui me gêne le plus, mais la rémunération de ces banques, ces intérêts sur des sommes qui n’existaient pas mais qui sont bien réels et trop chers si on considére justement que c’est une création ex nihilo, à partir de rien et qui ne sera payé à personne sauf à la banque puisque pas d’épargnant à rémunérer pour ces sommes là. Ce n’est pas étonnant alors que les profits des banques ont été ce qu’ils furent ces dernières années, et qu’elles ont toutes été si cupides qu’elles ont fait des prêts à outrance dans le seul but de gagner toujours plus. Les subprimes avec des taux d’intérêts moins chers auraient pu être financés par les emprunteurs, seulement les banques avaient déjà revendu en obligations ces prêts, baisser les taux de ces prêts subprimes c’était abandonner leurs marges, c’était ne pas trouver de preneur sur ces obligations car elles n’auraient pas été aussi rentables pour ceux qui étaient succeptibles de les acheter. A trop vouloir gagner le système s’est effondré.
    Il en est de même pour la dette des états comme celle de la france, soit disant qu’une banque centrale préserve de l’inflation, hors l’inflation nous l’avons quand même c’est les intérêts, ces milliards qu’on jette chaque année et qui constituent le total de l’impôt sur le revenu, alors qu’ils seraient plus utiles ailleurs. La planche à billet des états n’était pas pire au moins l’inflation profitait à l’économie et ce n’est pas les rentiers qui en étaient bénéficiaires mais bien ceux qui travaillaient. Nous avons laissé créer un monde qui profite aux gens du passé au dépend de ceux du présent et du futur.
  59. denis dit :
    2 juillet 2009 à 20:44 chers amis, oui la vidéo est correcte en terme mathématique. et vos raisonnements manquent l’essentiel. ‘la ‘banque” comme vous dites n’a pas besoin de clients pour emprunter. elle a un seul client autorisé et contrôlé ( tout comme la banque, voir credit lyonnais à la fin humhum) avec un trading account sur une place physique comme londres zurich ou new york pour la qualité du service ( acheter vendre les t bonds, obligations diverses à un prix fixé en créant la monnaie en échange et affichant les projets et leur business plan) mais le tout sur un compte offshore. elle procède aux achat/vente de T bonds vs le cash à partir du montant de la fraction initiale ( soit les 1111.12 mais qui était déja des tranches de 500m$ il y a 15 ans, et aujourd’hui quelques billions). on fabrique d’abord et avant tout l’argent nécessaires à des grands projets controlés et au financement de toute les agences gouvernementales et internationales. ce ne sont pas le crédit de monsieur dupond pour acheter sa bagnole que l’on met en place, le truc des 1111.12$ c est un exemple pour couper les zéros inutiles) . par contre un tranche de la dette créée est effectivement budgéter pour répondre au besoin de financement de monsieur dupont dans l’année au travers le réseau bancaire et al compens. figurez vous que l’on ne va pas procéder au levier et à l’émission de bonds du trésor vs le cash à fabriquer à chaque fois qu’un pingouin dépose 1000 euros ou emprunte 3000. c’est un budget sur un trading global.
    parenthèse: quand on planifie une crise il suffit de trader (fabriquer, créer) moins sur les comptes spéciaux pour réduire les budgets et raréfier le produit (les sous, le blé, le pognon ) lequel ne s’auto suffit pas à rembourser puisqu’en effet il n’existe que dans notre esprit et n’existe que par son taux % lequel est impayable du à la raréfaction par la diminution de cash par l’arret programmé des comptes de trading. il y a 15 ans c’était le crédit lyonnais qui opérait , puis la balle est passé chez bnp paribas pour les français (apres quelques histoires pourtant bien simple mais dont vous n’avez visiblement pas même envisagé la quintessence si vous avez pris le x *9*9 tel quel… )

    continuons de dormir, c est bon

    le contrat de trading est toujours signé avec le banquier et les officiers du trésor et de la banque centrale. puisque effectivement il génère par la loi 8991% par opération. sont ensuite splitter les “benéfices” en réalité les nouveau $ dans chaque agence et projet. c est le budget. les impots direct et indirects sont justes la pour vous faire faire croire que vous êtes libres, et ca marche bien je dois dire… personne ne semble s’apercevoir que l’argent est une vue de l’esprit, que en aucune façon son travail ( hum bom pas de commentaire ici de la femme de ménage au pdg de world company) n’est relié à cet argent, qu’aucun travailleur ne fabrique aucun argent (mis à part les imprimeurs et autres dessinateurs) , que si demain je décide que l’argent sont des bananes , tout le monde va courir après les bananes. et si je décrète que ce sont des bananes en plastiques, alors les singes seront plus malins que les hommes car il savent que ça ne se mange pas que ça ne sert à rien, et il vont s’en désintéresser et prendre le contrôle.

    cette video est excellente monsieur dame, simplement elle ne va pas au bout de bout, mais elle donne la mathématique exacte si . je crois que ce petit film est déjà un monument en lui même pour ouvrir les esprits.
    crawl before you walk before you run , c’est ce que répétait 20 fois par jour le fonctionnaire qui signait les contrats de trading en banque de mon temps.

Publié dans Uncategorized | Commentaires fermés sur 21 – Création monétaire, l’illustration de Paul Grignon

20 – Tout notre débat sur la monnaie

31 juillet 2008

Publié par Paul Jorion

 

Etienne Chouard – qui n’a pas besoin d’être présenté – a créé sur son site Internet un texte “pdf”, contenant – sur plus de trois cents pages ! – notre débat sur la monnaie.

Il écrit en introduction :

Avec l’accord de Paul, je publie cette sélection sur la monnaie que j’ai composée pour permettre une impression facile et soignée d’un travail collectif de longue haleine que je trouve d’une rare intelligence et d’un formidable intérêt pédagogique : chaque citoyen devrait prendre conscience des enjeux et mécanismes de la monnaie : à mon sens, la liberté ou la servitude dépend de cette prise de conscience.

J’ai donc ici copié bout à bout tous les articles de Paul Jorion relatifs à la monnaie, suivis des échanges qui sont souvent d’une qualité exceptionnelle.

Je remercie ici Etienne publiquement (mes remerciements privés ont eu lieu hier, quand il m’annonça son intention). Mieux, il tiendra ce texte à jour et nous encourage à lui signaler les passages que nous considérons particulièrement importants afin qu’il les surligne.

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite

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135 réponses à “Tout notre débat sur la monnaie”
  1. Salva dit :
    31 juillet 2008 à 19:17 Puisque le système de monnaie publique est nettement préférable au système de la monnaie privée, pourquoi les gouvernements n’y viennent-ils pas ? Est-ce de façon délibérée ?

     

    Et j’ai d’autres questions qui me turlupinent : depuis quand la France ne peut plus emprunter à sa Banque de France, depuis 1992 et le traité de Maastricht (et son article 104), depuis 1973 (y aurait-il eu une loi votée cette année-là ?) ?

    Et comment cela se passait-il avant cette interdiction ? La France ne payait pas d’intérêts pour emprunter, ce qui expliquerait qu’elle n’était pas en déficit jusqu’en 1974…

    Pourquoi alors la France a emprunté aux USA au moment de sa reconstruction d’après-guerre alors qu’elle pouvait faire tourner la planche à billets (je pense , notamment au plan Marshall qui était conditionné à la création de l’OECE , devenu l’OCDE en 1962) ?

    J’ai lu dans ce blog que la Fed reversait 98% des intérêts à l’Etat américain, dans ce cas, c’est un système proche du vôtre.

    Beaucoup de questions ! Pouvez-vous m’éclairer, merci !

  2. Dani dit :
    31 juillet 2008 à 21:34 @Salva :

     

    Pourquoi les gouvernements n’y viennent pas… ? Je tente une hypothèse : il ne peuvent pas, ce ne sont pas eux qui ont le pouvoir… du moins pas seuls…

    L’Etat français ne peut plus emprunter à sa banque centrale depuis janvier 1973. Intéressant, non ?

    L’emprunt aux Etats-Unis en 1945. Dur d’imaginer l’usage de la planche à billets dans une situation de fin de guerre, avec une monnaie non-convertible et un risque d’inflation énorme. La situation n’a rien à voir avec celle que nous connaissons aujourd’hui.

  3. Dani dit :
    31 juillet 2008 à 21:35 @Paul Jorion et Etienne Chouard :

     

    Merci pour cette mise à disposition “présentée” des débats. Je vais pouvoir m’y replonger et tenter de comprendre certains détails qui m’échappent.

  4. zoupic dit :
    1 août 2008 à 02:17 L’Etat français ne peut plus emprunter à sa banque centrale depuis janvier 1973.

     

    Ce serait sous Pompidou, loi passée par Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre de l’économie.
    Revalidé par Maastricht
    Reclouté par le traité Européen.

    Comment cela se passait avant ? L’Etat empruntait à la Banque de France.
    Il ne payait pas d’intérêt et détruisait probablement le crédit une fois la valeur remboursée. Des alternatives existent : écosociétalisme, crédit social, ou encore Benjamin Franklin en Caroline avec un système de monnaie local. Je pense que les SEL, les micro-crédits, le local fonctionnent également sur des ensembles à taille plus réduite.

    Ils ont confié la gestion de la monnaie aux banques privées, supposées plus spécialistes que les politiques pour gérer la création de monnaie selon l’augmentation de valeur ajoutée nationale, dans le but d’aider, on imagine.

    Aux USA, la FED, banque privée et institut séparé et indépendant du gouvernement s’en occupe depuis 1913. La FED a été créée par Rockefeller et ses camarades banquiers en secret sur une île. Le nouveau président en arrivant au pouvoir donne son plan au patron de la FED qui lui dit OUI / NON, ça on peut faire, ça on peut pas faire. C’était Greenspan le tôlier de ce monde pendant 20 ans.

    Quant au plan Marshall, si les Français avaient fait tourner leur presse à billets à toute allure, ils auraient dévalué (système de taux de change fixe de la conférence de Bretton Woods), ou d’une autre manière, augmenté l’offre monétaire, baissant ainsi sa valeur, si le rythme d’impression des billets ne suit pas l’économie.

    A la place, les Américains nous ont proposé un coup de main, un Jackpot, un pot de bienvenue pour devenir comme eux, et être plus contre le bloc de l’Est. Les vainqueurs écrivent l’histoire.

    Bretton Woods : Les économistes réfléchissent Keynes (UK) VS Right (US) (Je vous rassure, Right a gagné..)

    C’est d’ailleurs beau, puisque entre 44 et 71, ce sont les Américains qui gèrent le change GOLD DOLLAR, et tout le monde utilise les dollars, pour que ce soit plus simple, bien sûr. Si les Américains font tourner la planche à billets, sans compter les impressions, on est dans la situation de faux monnayeurs, leur monnaie ne se dévalue pas, les nôtres si, ou nous coûte des réserves considérables en or pour compenser la perte. On a tous un peu financé le Vietnam.

    En 71, après l’intervention de je ne sais plus quel politique français, ils décident d’arrêter. Depuis des mecs avec des grands chapeaux nous vendent du vent au prix de vent +4%.

  5. egdltp dit :
    1 août 2008 à 08:29 Pour la fin de la convertibilité or du dollar, c’est Nixon qui face à des petits malins, tels la France, a décidé unilatéralement de supprimer cette possibilité voyant la différence entre les stocks de Fort Knox et les montants en circulation. La confiance dans les USA était alors telle que cela n’a pas eu d’impact.

     

    De Gaulle avait demandé à la Banque de France de convertir dès que possible les dollars en or afin de reconstituer les stocks. Cette pratique a continué jusqu’à la fin de la convertibilité. Les USA sont des “faux monnayeurs” depuis longtemps. Cela leur explose à la tronche aujourd’hui.

  6. A-J Holbecq dit :
    1 août 2008 à 10:19 A ce sujet, j’en profite pour vous signaler un “échange” sur le blog de VGE qui fut l’initiateur de la loi de janvier 1973

     

    Message initial (N°16)

    Sa réponse et mes 2 commentaires

    J’espère qu’il ira un peu plus loin que sa réponse initiale…

  7. RST dit :
    1 août 2008 à 12:13 @ A-J Holbecq
    Vous devriez être déclaré ″d’utilité publique″ ou quelque chose dans le genre. Après avoir publié ce bouquin fantastique sur la dette (et la création monétaire) dont la lecture devrait être rendue obligatoire, voilà maintenant que vous faites réagir un des principaux acteurs et responsables (donc coupable) de la situation.
    Toutes mes félicitations et mes remerciements de citoyen. Vraiment.

     

    La réponse de VGE est sidérante : ″une réforme moderne qui a transposé en France la pratique en vigueur dans tous les grands pays″ ou comment faire en sorte que la ″réforme″ devienne une fin en soit. N’est-ce pas là l’une des graves perversions de notre époque : la réforme, pour la réforme, peu importe son contenu, peu importe sa pertinence !

    Otez-moi d’un doute. VGE ce brillant ministre du Général de Gaulle puis de Pompidou, avant de devenir le 3ème président de la 5ème République, n’a pas bien compris votre question, ou bien il l’a comprise mais a fait une réponse en ″langue de bois″. Ne me dites pas qu’il ne maitrise pas le sujet ?

    J’attends la suite avec une impatience non contenue.

    Ne serait-il pas possible de lui demander de lire votre livre afin qu’il nous donne son point de vue ?
    Pensez-vous qu’il serait utile que nous (les lecteurs du blog de Paul par exemple) allions le lui demander courtoisement en tant que citoyen concerné ? L’effet de nombre peut avoir un certain impact ? Ou cela risque d’être contre-productif s’il pense être l’objet d’un “complot” ?
    Qu’en pensez-vous ?

    Je vais en tous les cas signaler ce dialogue sur tous les blogs où j’ai parlé de votre livre.

    Encore une fois, MERCI pour ce que vous faites

  8. A-J Holbecq dit :
    1 août 2008 à 17:42 @RST

     

    C’est moi qui vous remercie de vos louanges, et si louanges il doit y avoir, je ne les mérite certainement pas seul.

    VGE n’a, à ce moment, pas encore répondu: on peut penser qu’il est en vacance ou qu’il prèfère laisser le temps faire oublier mes commentaires (je suis bien certain qu’il maitrise le sujet et avait très bien compris ma question, mais personne n’aime avoir tort), ou alors son équipe cherche avec quel message “langue de bois” il est possible de “noyer le poisson”…

    Attendons encore un peu, mais (pour info) , sur ce sujet, Philippe Derudder est en train de finaliser une lettre à tous les élus que nous souhaiterons, lorsqu’elle sera prête (et après la rentrée) que les citoyens les plus nombreux envoient à leurs élus (”harcèlement politique”), un genre de “marketing viral”, quoi ;-)

  9. RST dit :
    1 août 2008 à 19:58 @A-J Holbecq
    Excellente initiative que celle de la lettre. Comment en serons-nous informés ?
    En ce qui me concerne je me ferai un devoir et un plaisir de l’envoyer à mon député maire M. P.Ollier, accessoirement président de la commission des finances à l’assemblé nationale, si je ne m’abuse.

     

    Avez-vous l’intention de faire appel à des associations de type ATTAC qui ont une certaine pratique de ce genre d’opérations ?

    Comme je vous l’ai déjà dit, à mon niveau, j’essaye de diffuser le message sur les blogs que je fréquente. C’est une goutte d’eau dans l’océan mais ça permet de se sentir moins inutile (et accessoirement d’affiner et de préciser sa pensée et ses arguments).

    J’ai attaqué un dialogue avec un jeune membre du Nouveau Centre. Mais c’est difficile et je me retrouve un peu à court d’arguments. Si vous avez le temps :) de passer jeter un œil… et un commentaire. C’est ici.

  10. yann dit :
    1 août 2008 à 20:35 @A-J Holbecq

     

    Est-il possible que VGE n’écrive pas vraiment sur son blog ?
    Sans vouloir être impertinent il se fait vieux et son emploi du temps doit être relativement rempli, alors est-ce qu’il écrit vraiment sur son blog…

    @RST

    Il est trés difficile d’aborder des sujets auquel personne ne pense naturellement. Il est d’ailleurs curieux que l’on se soit si peu posé de questions sur la nature de la monnaie alors qu’elle est au centre de nos sociétés modernes. Mais qu’en on parle de çà il y a des discours de type pavlovien, des réponses automatiques qui ne proviennent d’aucune réflexion qui nous viennent en retour. Mon expérience personnelle est qu’en général on prend quelques insultes à la figure avant que l’interlocuteur ne cesse toute discussion, mais des fois ça marche. On peu instiller le doute qui poussera peut-être la personne en question à se poser des questions sur ce même sujet.

  11. zoupic dit :
    1 août 2008 à 23:04 @RST
    je lui ai mis un “p’tit” mot. Ton copain mélange un peu tout, mais il tient bien ses positions.
    @AJH
    Tous avec vous sur ce coup là. à suivre..
  12. Étienne Chouard dit :
    2 août 2008 à 00:32 Bonsoir à tous,

     

    Si vous n’avez pas déjà lu ce document de Ellen H. Brown, il va sans doute vous passionner :

    « Que les procès commencent : Les banques s’attendent à un déluge de litiges »

    Y aurait-il un espoir de reprendre nous-mêmes aux barons voleurs la maîtrise de notre monnaie ?

    Bonne nuit :o)

    Étienne.

  13. Étienne Chouard dit :
    2 août 2008 à 00:34 Oups, j’ai oublié : merci à ce cher Instit qui nous a signalé ce document sur le forum :

     

    http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=3968#p3968

  14. Paul Jorion dit :
    2 août 2008 à 01:26 Comme je l’annonçais il y a deux jours, j’ai déjeuné hier avec Ellen H. Brown, l’auteur du texte auquel nous renvoie Etienne et que egdltp avait déjà signalé.

     

    Comme je m’en doutais, nous sommes effectivement sur la même longueur d’ondes. Nous avons échangé des exemplaires de nos livres : de mon côté L’implosion, du sien : Web of Debt. The Shocking Truth About Our Money System And How We Can Break Free, La toile de la dette. La vérité choquante sur notre système monétaire et comment nous pouvons nous libérer, son livre sur la monnaie – que je m’empresse de dévorer.

  15. zoupic dit :
    2 août 2008 à 04:09 Bonjour, une pensée nocturne :

     

    Si certains pays de la zone Euro ont une dette considérable, et empruntent en conséquence aux banques privées françaises ou autres, cela provoque une inflation monétaire au niveau de l’euro sur tous les pays de la zone. En conséquence, de la même façon que nous avons payé le Vietnam, une inflation due à notre dette, serait répercutée sur tous les pays de la zone euro.

    Les autres pays seront contents de venir partager un peu l’inflation due à notre dette. :)

    Ça devrait convaincre d’autres citoyens, au cas où.

  16. A-J Holbecq dit :
    2 août 2008 à 09:38 Paul

     

    Une idée du matin…

    Il faudrait créer un groupe (une association de fait, ouverte), réunissant tous ceux, comme Ellen H. Brown, Robertson, Buntz, M. Kennedy, Allais, les créditistes, (et beaucoup d’autres), et nous tous, qui demandons un retour d’une part conséquente de la création monétaire par les Etats et, via leur Banque Centrale (ou non), afin qu’au moins nous puissions nous “compter”.

    L’idéal serait un site “spip” sur lequel chacun pourrait intervenir dans sa langue… Chacun pourrait garder les spécificités de ses demandes et propositions, autour d’une seule “base” (revendication) minimale à définir. Ensuite, des “extérieurs” pourraient venir intégrer le groupe ou soutenir les propositions qui leurs conviennent le mieux.

    Malheureusement, autant je lis l’anglais couramment, autant écrire dans cette langue est pour moi un vrai calvaire ;) … je ne saurais donc être le “coordinateur” d’une telle proposition internationale .

  17. A-J Holbecq dit :
    2 août 2008 à 09:46 @RST

     

    Lorsque cette lettre sera finalisée (le but est de “macher le travail” à ceux qui souhaiteront l’envoyer), chacun en sera informé par les différents sites (les miens, E. Chouard, Paul s’il le souhaite, mais j’espère que de nombreux sites et blog reprendrons l’info .. merci Zoupic et les autres)

    Je vais aller voir sur le lien cité

    @Yann

    VGE a une équipe qui doit au moins lui demander son avis avant la rédacion des réponses ou des messages (c’est d’ailleurs indiqué “Quelques réponses de VGE – Par Equipe VGE” )…

  18. A-J Holbecq dit :
    2 août 2008 à 16:20 Bonjour

     

    Je lis la page http://webofdebt.wordpress.com/monetary-proposal/ d’ Ellen H. Brown et je repère ceci

    Ever since the dollar went off the gold standard in 1933, all of our money except coins and a few rare U.S. Notes has been created privately by banks (including the private Federal Reserve) and lent to the government and the people.

    alors que sur wikipedia anglais

    The Federal Reserve System is an independent government institution that has private aspects, but is neither a private organization, nor operates for a profit. It derives its authority and public purpose from the Federal Reserve Act passed by Congress in 1913. As an independent institution, the Federal Reserve has the authority to act on its own without prior approval from Congress or the President.

    et

    … it is a quasi-public (government entity with private components) banking system composed of (1) the presidentially appointed Board of Governors of the Federal Reserve System in Washington, D.C.; (2) the Federal Open Market Committee; (3) 12 regional Federal Reserve Banks located in major cities throughout the nation acting as fiscal agents for the U.S. Treasury, each with its own nine-member board of directors; (4) numerous private U.S. member banks, which subscribe to required amounts of non-transferable stock in their regional Federal Reserve Banks; and (5) various advisory councils.

    L’émission de monnaie fiduciaire par la FED est donc considérée par Ellen comme totalement “privée” : c’est une petite différence par rapport à la Banque de France qui est propriété de l’Etat français et je pense, sans connaitre les statuts des différentes autres banques centrales de la zone euro, qu’il en est de même pour toutes.

    Les intérêts payés par les banques commerciales à la BCE (en particulier lors de l’obtention par elles de monnaie fiduciaire) sont inclus dans le bilan de celle-ci et les bénéfices résultants répartis à proportion des différentes Banques Centrales Nationales.

    Peux-tu, Paul, nous éclairer plus précisément, éventuellement après échange avec Ellen… merci d’avance !

  19. Étienne Chouard dit :
    2 août 2008 à 19:02 Cher André-Jacques,

     

    je crois que tu peux lui poser directement la question là :

    http://webofdebt.wordpress.com/questions-and-answers/

    Aussi mal à l’aise que toi, je vais analyser ton message anglais avec une réelle bienveillance :)

    Étienne.

  20. Ellen H. Brown dit :
    2 août 2008 à 19:33 @ A-J Holbecq

     

    That’s from the Federal Reserve’s website. So is this:

    The twelve regional Federal Reserve Banks, which were established by Congress as the operating arms of the nation’s central banking system, are organized much like private corporations–possibly leading to some confusion about “ownership.” For example, the Reserve Banks issue shares of stock to member banks. However, owning Reserve Bank stock is quite different from owning stock in a private company. The Reserve Banks are not operated for profit, and ownership of a certain amount of stock is, by law, a condition of membership in the System. The stock may not be sold, traded, or pledged as security for a loan; dividends are, by law, 6 percent per year.
    The Federal Reserve’s income is derived primarily from the interest on U.S. government securities that it has acquired through open market operations. Other sources of income are the interest on foreign currency investments held by the System; fees received for services provided to depository institutions, such as check clearing, funds transfers, and automated clearinghouse operations; and interest on loans to depository institutions (the rate on which is the so-called discount rate). After paying its expenses, the Federal Reserve turns the rest of its earnings over to the U.S. Treasury.

    If you read the Federal Reserve Act, you’ll see that ALL the shareholders are banks; there is absolutely no public ownership at all. (There was a provision for some government-issued stock in case the banks didn’t pay up, but they did.) The banks get a guaranteed 6% return on their investment every year, and the Fed pays its expenses out of the interest it “earns” on the bonds it buys from the government with the money it prints up. In my book, a corporation wholly owned by banks, with private un-elected bank representatives on its boards making decisions about who gets the money it issues (see here http://www.federalreserve.gov/generalinfo/listdirectors/), paying all its expenses out of profits from its lending activities plus a 6 percent return to its shareholders, is a private for-profit corporation. True, its chairman is appointed by the government; but he’s not answerable to the government. Congress just listens with bated breath like the rest of us to what he’s going to do.

  21. A-J Holbecq dit :
    2 août 2008 à 20:11 Thank you, Ellen, for these informations.
    There is indeed a big difference between the “Banque de France” (central bank) and the Fed: it’s that, for France, the shareholder is the nation;
    Could you give us additional details concerning the issue of U.S. banknotes ?
  22. Rumbo dit :
    2 août 2008 à 20:32 Accéder à l’intimité de la pensée de VGE serait, encore aujourd’hui, du plus haut intérêt compte tenu du rôle qu’il a joué après le gaullisme, avant, pendant, et après (selon ses entretiens, déclarations, etc) avoir été président de la République, poste où il a été élu en 1974 à ~50 000 voix près…

     

    L’essence de la création monétaire est un domaine trop “naturel” pour que nous en ayons eu une idée adéquate, claire et directe, sans questionnements hors de propos, tellement le public en a été éloigné depuis presque toujours. Mais une fois qu’on a perçu l’ – adéquation – de la création monétaire relativement à la production humaine, on ne peut plus rester dans l’ “état” précédent. Je crois que les réponses “à la VGE” sont celles, précisément, qui ont conduit les “affaires”, et les conduisent toujours aujourd’hui avec ce que l’on voit, libéralisme débridé et dérèglemantations en plus étant venu ajouter à ce problème un point aveugle de plus. Les discusisons que j’ai eu avec des libéraux de tout poil me confirment qu’il y a là un véritable point aveugle autour duquel on tourne en rond, à tatons, de façon quasi désespérante. En simplifiant, l’argent étant considéré comme une marchandise, ce qui éjecte, au sujet de la monnaie, son rôle de symbole de permis d’échanger, mais elle ne peut être, par nature, une simple marchandise de plus. Car au niveau du simple troc, une fois que les deux parties ont échangé leurs produits, le solde est égal à 0, et les parties sont, en principe, satisfaites de l’éhange. Ce qui n’est nullement le cas avec l’argent “moderne”, pourtant autrement performant dans le choix des échanges, mais le système d’intérêts ne satisfait personne, hormis une poignée de quelques uns.

    Il faut mettre en réserve et étudier soigneusement celui qui à décortiqué le mieux ce sujet monétaire et la formation des prix (certain aurait même dit qu’il a été le “Einstein” de l’économie), quoiqu’il en soit, en voici la source qui est en anglais. J’en profite pour lancer un appel pour que le major Douglas soit traduit en français. Voir:

    http://douglassocialcredit.com/origins.php

    Tout à fait d’accord avec l’idée de André Jacques (parce que en ce qui concerne l’anglais, je “rame” pas loin des 100%!..)

  23. zoupic dit :
    2 août 2008 à 20:51 It looks like a bad us movie.. on dirait un mauvais film us.

     

    Pour transmettre le message comptez sur les freemen et moi :
    http://freemen.autresmondes.eu/freemengoogle.php

    Relisez ma question sur l’inflation monétaire française, par rapport aux autres pays non endettés. on doit même pouvoir calculer de combien le paiement des intérêts de notre dette et de notre rythme de vie, influe sur l’offre monétaire.

    Même chose pour le subprime, en comptant toutes les injections liquides + actions de la FED+BCE+ autres banques, sur la masse monétaire, ça doit pouvoir nous dire de combien les injections censées redonner confiance ont accentué l’inflation déjà renaissante.

    C’est avec ces chiffres clés qu’on peut expliquer à lambda l’ampleur du dysfonctionnement.

  24. Ellen H. Brown dit :
    2 août 2008 à 21:29 Hi A-J,

     

    when the U.S. government needs money, it issues bonds, which are delivered to certain bond dealers (Goldman Sachs, etc.) for auction to the public. Any not bought by the public are “bought” by the Federal Reserve with Federal Reserve Notes printed by the Bureau of Engraving and Printing at the behest of the Federal Reserve (”Fed”). The cost to the Fed is about 4 cents a bill (perhaps a bit more now), regardless of face value. The seigniorage goes to the Fed. The government pays interest on these bonds, which the Fed refunds after deducting all its expenses. Cheers, Ellen

    PS: What happens when the Banque de France issues money? Is it delivered outright to the government or “lent” at interest?

  25. RST dit :
    2 août 2008 à 22:03 Bonsoir à tous

     

    Dans ma “croisade” en faveur du bouquin de AJ Holbecq et P.Derudder on m’a rétorqué comme argument (en plus du fait que j’étais un farfelu) que l’ Etat n’emprunte pas “aux banques commerciales” : il emprunte à des particuliers en émettant des titres.
    C’est ici: http://econo.free.fr/index.php?option=com_wrapper&Itemid=53

    Je me rends compte que je suis souvent à court d’arguments, faute des compétences nécessaires (mais je me soigne).

    Je ne vois pas en quoi cette réponse est pertinente et en quoi cela change le fond du problème ?
    Votre aide sera la bienvenue

  26. RST dit :
    2 août 2008 à 22:09 Précision sur mon message précédent.

     

    La réponse complète de mon contradicteur était:
    “Vous ne comprenez toujours pas. L’Etat n’a pas besoin d’argent, il a besoin de ressources : l’argent n’est qu’un intermédiaire de ce mécanisme. Et il n’emprunte pas “aux banques commerciales” : il emprunte à des particuliers en émettant des titres. En vous focalisant sur des mécanismes que vous ne saisissez pas, vous loupez l’essentiel. Et moi, je me demande pourquoi les questions monétaires sont toujours l’occasion pour des farfelus de s’imaginer qu’il y a un trésor caché quelque part.”

    Si vous vous rendez sur le site mentionné, il faut vous rendre dans “Salon de lecture” et ouvrir le sujet “La dette publique une affaire rentable”

  27. A-J Holbecq dit :
    3 août 2008 à 07:31 @ Ellen

     

    Thanks for yours answers

    It is relatively the same in Europe.

    When the French government needs money, it issues bonds (via “France Tresor” http://www.aft.gouv.fr/?lang=en ), which are also delivered to commercials banks for auction to the public or others.

    The seigniorage of the banknotes goes to the European Central Bank (BCE), but as the ECB is a company whose shareholders are the central banks of various countries, net profits on the € are pro rata shared for the country of the eurozone, and because the National Central Banks are 100% the property of States (at least for France), profits (including in fact seigniorage) finally returned to the French State

    We request that the seigniorage of any money (credit and notes) back to the community… or at least that the state should not pay interest.

    @RST

    Le temps me manque pour intervenir sur tous les blogs et poursuivre à chaque fois une discussion qui s’ensuit (contre de toute façon des interlocuteurs “bloqués” dans leurs paradigmes.)

    J’adore ” L’Etat n’a pas besoin d’argent, il a besoin de ressources : l’argent n’est qu’un intermédiaire de ce mécanisme.” … ( types de ressources: http://fr.wikipedia.org/wiki/Ressource )

    La dette n’est pas détenue seulement par les particuliers (voir http://www.aft.gouv.fr/IMG/jpg/0805_oat_porteurs_fr.jpg issu de cette page http://www.aft.gouv.fr/article_960.html?id_article=960&id_rubrique=163 ), mais de toute façon, à l’origine, la monnaie en circulation (qui permet par exemple l’achat de titre d’OPCVM détenant des OAT) est originaire de l’émission monétaire par le crédit des banques privées. In fine, l’Etat emprunte bien (par intermédiaire) aux banques privées.

    Mais encore une fois, le problème n’est pas seulement là… il est dans la logique qui fait que la Nation (le Trésor Public) a moins de droits que n’importe quelle banque commerciale et ne peut se financer auprès d’une entité qui lui appartient en propre (la BdF), ce qui aboutit à ce qu’il doive payer des intérêts au privé (n’importe lequel des détenteurs de la dette, particuliers ou non).

    Il faut noter que l’Etat, au lieu d’emprunter pour couvrir les déficits budgétaires (de l’ordre de 40 à 50 milliards par an), pourrait choisir d’imposer plus les plus riches (ceux qui “achètent” de la dette) … c’est encore évidemment un choix qui privilégie ceux-ci…

  28. yann dit :
    3 août 2008 à 07:40 @RST

     

    Cette réponse qui vous est faite montre qu’il y a encore des gens qui croient que les banques font des avances grâce à leur dépôts. Il me semble que les particuliers achètent les titres d’état au travers les banques non, les particuliers n’achètent pas directement ces titres à l’état. Ce sont les banques qui achètent les titres en masse et ensuite en revendent une partie, vu la quantité de titre émis je vois mal des particuliers faire leurs petites emplettes comme s’ils allaient au supermarché. Quant au titre de farfelu dont on vous affuble c’est en général la marque d’une gène pour celui qui l’émet cela permet de clore un débat sans avoir à construire un raisonnement de démonstration. Pendant le débat sur la constitution européenne les “nonistes” dont je fais partie se faisaient aussi traiter de la sorte, voire bien pire, et sans que jamais nos adversaires ne répondent directement à nos arguments.

  29. yann dit :
    3 août 2008 à 07:58 @RST

     

    Au fait le site des éconoclastes n’est pas si iconoclaste que ce qu’il prétend être, c’est un peu comme la revue Alternatives Economiques qui n’est alternatives que de nom. Je me souviens de la critique que j’ai lu du livre de Gréau par exemple, elle simplifiait complètement son contenu et traitait le livre en question d’anti-américain. Pour qui à lu “L’avenir du capitalisme” c’est complètement grotesque comme critique.

    Par exemple regardez la critique simpliste que les éconoclastes ont fait du livre de Todd, L’illusion économique.

    Donc ne vous inquiétez pas trop de leur mauvaise foi : elle est congénitale.

  30. Benoit dit :
    3 août 2008 à 08:19 @ A-J Holbecq

     

    Cher Monsieur Holbecq, j’ai lu votre échange avec Monsieur Valery Giscard d’Estaing.
    Je n’ai pas de compétences pour m’exprimer sur le fond.

    La forme de votre échange appelle toutefois, selon les critères d’une bonne communication, une remarque qui peut nous être utile à tous, nous qui partageons sur le blog de Paul une réflexion sur des sujets qui nous tiennent tant à coeur. Animés de sentiments tout à la fois désintéressés et passionnés, nous manquons parfois de temps de recul dans nos expressions écrites. Il peut alors nous arriver de froisser nos interlocuteurs sans le vouloir et sans bénéfice, je veux dire sans faire avancer la cause. Moi le premier, il m’arrive de me mordre les doigts de ma maladresse (comme avec Karluss il y a quelques jours sur ce Blog, j’étais un peu “vif”). Et ce, malgré le fait que la communication dite “non-violente” soit devenue pour moi au fil des années ma préoccupation éthique principale. Je ne m’exclus donc pas de cette démarche d’interrogation sur la forme, cette recherche est mienne, totalement. Ne voyez donc pas dans mon propos ci-dessous un jugement de valeur, il est juste une réflexion de travail, dans l’esprit d’être utile. Je vous remercie d’avance de votre compréhension, très chaleureusement.

    J’en viens au fait : vous espériez voir votre échange avec notre ancien Président de la République Française se poursuivre au delà de sa première réponse. Je rappelle votre propos, ci-dessus, le 1er août :
    ” J’espère qu’il ira un peu plus loin que sa réponse initiale… ”

    RST vous répond avec enthousiasme :

    J’attends la suite avec une impatience non contenue. Ne serait-il pas possible de lui demander (a Mr Giscard d’Estaing) de lire votre livre afin qu’il nous donne son point de vue ? Pensez-vous qu’il serait utile que nous, les lecteurs du blog de Paul par exemple, allions le lui demander courtoisement en tant que citoyen concerné ? L’effet de nombre peut avoir un certain impact ? Ou cela risque d’être contre-productif s’il pense être l’objet d’un “complot” ? Qu’en pensez-vous ? Je vais en tous les cas signaler ce dialogue sur tous les blogs où j’ai parlé de votre livre. Encore une fois, MERCI pour ce que vous faites.

    Vous répondez a RST :

    V.G.E. n’a, à ce moment, pas encore répondu : on peut penser qu’il est en vacances ou qu’il préfère laisser le temps faire oublier mes commentaires (je suis bien certain qu’il maîtrise le sujet et avait très bien compris ma question, mais personne n’aime avoir tort), ou alors son équipe cherche avec quel message “langue de bois” il est possible de “noyer le poisson”…Attendons encore un peu.

    Attendons encore un peu, donc.

    … Et s’il ne répondait plus, tout simplement ? L’auriez-vous froissé ? Blessé ? Votre premier courrier, le 19 juillet était fort courtois sur la forme. La formule de courtoisie “Avec ma considération la plus distinguée” fermait votre propos. Fort bien. Il vous répond le 25 juillet. Le dialogue, bien que bref, est amorcé. Sans plus.

    Des le lendemain, le 26, vous envoyez votre premier commentaire, assez bref, à sa réponse. Sur son Blog, comme précédemment. Cette fois, à la place d’une formule de courtoisie, vous terminez votre propos en écrivant :

    ” Je trouve que votre décision de 1973 a été une trahison – voulue ou non – envers les Français… pas tous, il est vrai.”

    Pas de réponse de sa part. Trois jours après, le 29 juillet, vous lui adressez un second commentaire, plus long, plus argumenté, très technique, ton sec, froid, distant, sans retoucher le propos ci-dessus, et à mon sens, l’implicite de votre style laisse entendre que “sa culpabilité” vous parait évidente. On est troublé : on ne sait plus qui s’exprime en vous, l’expert du premier message ou le juge du second ? Ou un peu des deux, sans doute. En tant que lecteur, je me sens un peu “pris a partie”, comme étant sommé de choisir mon camp, celui du Bon ou celui du Méchant. Bref, je ne me sens pas très à l’aise.

    Le 2 août, soit une semaine après votre commentaire accusateur : toujours pas de réponse…

    Ce qui ne me surprend pas. Car, mettons-nous une minute a la place de Mr Giscard D’Estaing : Un Président de la République accusé de “trahison” … WOUUUUFFF !!! Vous nous faites changer tout d’un coup de registre : on imagine la Haute Cour, les connotations qui y sont liées… ! Y a t-il quelque chose de plus grave pour un Président de la République ? Et pour un homme ? Peux-t-on imaginer que Monsieur Giscard D’Estaing continue a dialoguer (si oui… ce serait pour se justifier, pour répondre aux accusations ? ) sereinement avec un citoyen, même si ce citoyen est par ailleurs tout a fait honorable, mais qui l’accuse de “trahison” sur son Blog personnel ?

    Bon, mettons-nous maintenant du coté de votre plume, Monsieur Holbecq… enfin, permettez que nous essayions. Nous sommes nombreux sur le blog de Paul à partager une indignation et une révolte tout a fait sincères devant la façon dont le monde, notre monde, notre Terre-mère, est conduit, a été conduit jusqu’à nos jours. Nous sommes nombreux à avoir envie de hurler “NOOON… !!” avant qu’il ne soit trop tard, hurler juste avant l’accident, comme à un enfant qui traverse sous nos yeux sans voir la voiture qui arrive ! C’est un cri du ventre qui ne demande qu’à jaillir ! On peut sentir que derrière votre jugement sévère se contient tant bien que mal, comme chez nous tous (n’est-ce pas ?), l’indignation, la colère, le désespoir et /ou d’autres sentiments qui vous sont propres, sentiments provoqués par le gâchis de nos finances publiques et ses conséquences multiples que manifestement vous semblez mesurer plus que quiconque.

    Sans doute Mr Giscard d’Estaing, comme tout un chacun – et à ce titre, nous sommes tous sur le même pied d’égalité – eut préféré que vous exprimiez vos sentiments d’homme attristé et révolté, et peut-être aussi votre désir de “servir le collectif”, “d’impacter le réel”, de sortir de l’impuissance qui nous étreint, plutôt que d’émettre un jugement sur sa personne, surtout aussi radical que celui-ci.

    D’autant que vos arguments sont suffisamment forts et interpellant en eux-mêmes, m’a t-il semblé, sans qu’il soit besoin de leur ajouter un adjuvant, un accélérateur de prise. Le mélange des genres (Juge et /ou Expert ?) trouble à son tour le lecteur, et ce en défaveur de votre argumentation, puisque le lecteur, soudain mis en doute sur votre motivation, peut mésinterpréter votre objectif : ébranler un homme ou faire avancer le schmilblick ?

    J’espère que vous me pardonnerez ces quelques réflexions. Bien à vous André-Jacques, et très amicalement.

    Benoît.

  31. RST dit :
    3 août 2008 à 09:01 @ Yann (le même que sur Horizons ?)

     

    Merci des explications et du soutien

    @ Benoit

    Je partage tout à fait votre sentiment.

    Je crois que nous sommes tous confrontés, chacun à notre niveau, poussés comme vous dites par “une indignation et une révolte tout a fait sincères” à cette nécessité de rester calme et courtois si nous voulons être écoutés. C’est une condition indispensable pour être efficaces.

    Je fais personnellement face à ce problème régulièrement en réagissant parfois avec agressivité ou ironie. Çà fait plaisir sur le moment, ça soulage, mais il faut savoir que c’est contre-productif, surtout dans ce mode de communication écrit.

  32. vladimir dit :
    3 août 2008 à 09:16 bonjour,

     

    merci de prendre connaissance :

    LA CLASSE OUVRIÈRE AMÉRICAINE : RESTRUCTURATION DU CAPITAL GLOBAL, RECOMPOSITION DU TERRAIN DE CLASSE
    ————————————————————————

    Chapitre IV : La classe ouvrière américaine et la gauche de la dévalorisation (1890-1973)
    Loren Goldner, 1981

    Avertissement au lecteur : Ce texte a été écrit en 1981, puis légèrement retouché en vue d’une actualisation. Il est donc à lire comme un “work in progress”. Commentaires et critiques sont donc les bienvenus.

    http://ecritscorsaires.free.fr/article.php3.57.html

    Les outils historiques et théoriques contenus dans cette étude devraient rendre possible l’analyse
    de la crise en cours et l’ébauche programmatique de l’émancipation .

  33. RST dit :
    3 août 2008 à 10:06 @ Zoupic et A-J Holbecq

     

    Merci de vos interventions sur le blog de V.Perrier-Trudov
    Il a du boulot maintenant ;) mais c’est pas gagné !

    C’est étonnant de voir à quel point les gens refusent de voir la réalité… ou c’est peut-être moi qui suis fou ? Je vais me réveiller ?

  34. A-J Holbecq dit :
    3 août 2008 à 10:42 @Benoit

     

    A plus de 65 ans, j’avoue que j’ai du mal à garder mon calme devant l’inertie, la mauvaise foi et la langue de bois.

    En janvier 2007 , nous avons écrit une lettre (papier), déposée dans les boîtes aux lettres des 900 et quelques députés et sénateurs, lettre très “civile” de proposition… ( voir ” Lettre ouverte aux politiques et décideurs ” sur http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=EMS-4p ) … nous n’avons reçu AUCUNE réponse, même pas un accusé de réception.

    En 2002, j’ai envoyé mon premier livre à TOUS les députés… résultat une trentaine de réponses ” pré-écrites “, dans le style “nous avons bien reçu… ” , et une seule réponse d’un député qui montrait avoir lu ce livre.

    Je ne crois pas que l’équipe de VGE, coincée dans son argumentation, aurait plus ou mieux répondu si j’avais mis des gants (mais peut être peuvent-ils encore le faire, il faudrait que d’autres prennent la relève sur mes commentaires pour les “titiller”)… et, oui, je considère que ce qu’ont fait l’équipe Pompidou (très lié avec le groupe Rothschild), Giscard et Barre (membre du conseil Général de la Banque de France pour une durée de 6 ans à partir du 30 janvier 1973) est une trahison, car c’est un abandon d’un droit régalien qui nous a et continue à nous coûter très cher.

  35. Benoit dit :
    3 août 2008 à 10:59 @ André -Jacques Holbecq (Pardon, j’ai écorché votre nom)

     

    C’est effectivement totalement décourageant. Je comprends votre colère et votre amertume.
    Moi j’ai 53 ans, et j’en suis là, à me dire :

    ” Mais que faire ? …Bon Dieu que faire ? “

  36. yann dit :
    3 août 2008 à 11:11 @RST

     

    Oui je suis le yann du blog horizons, pourquoi on croise beaucoup de yann sur les blogs et les forums ? Si tel est le cas il va falloir que j’abandonne mon prénom et que je me crée un pseudo lol.

    Sinon il est vrai que la courtoisie est indispensable à l’approche d’individus éloignés de nos débats du moment. Sans un maximum de précaution il est assez vraisemblable que nous nous prenions une volée de bois vert.

    Quant au cas VGE c’est un homme qui ne croit pas en l’égalité, aristocrate et persuadé d’être génétiquement supérieur, A-J Holbecq aura bien du mal à le faire descendre de son piédestal. C’est tout le sens de la démocratie que la croyance en l’égalité, et malheureusement cette croyance est aujourd’hui bien mal en point. Notre société qui s’affirme démocratique n’a pourtant plus de culture démocratique. La recherche de la vérité à travers la contradiction semble disparaître hors du cadre étroit d’internet. Comme dans l’analyse d’Emmanuel Todd on peut parler de restratification de la société, certains parlent de fractalisation, chacun reste dans son milieu et n’en sort pas, évitant ainsi les confrontations et les contradictions nécessaires à la recherche de la vérité et à la compréhension du réel.

    Il est vrai qu’internet permet un vent de liberté car il permet à des gens de communiquer sans se soucier des origines des intervenants, mais il n’y a pas de miracle : les seuls à dialoguer sont ceux qui ne recherchent que la vérité, les autres se ferment comme des huîtres. Monsieur VGE a-t-il seulement conscience des dégâts provoqué par ses politiques sur les habitants de son pays? A-t-il un jour mis les pieds dans les banlieues délabrées fruit du laisser-faire, du libre-échange et de la privatisation de la monnaie ? Je ne pense pas que VGE soit un traître, je crois plutôt que le terme d’irresponsable lui irait mieux, à lui et à une bonne partie de notre classe politique. Ces gens ne subissent jamais les conséquences de leurs actes, pourquoi voulez vous qu’ils se posent des questions ?

  37. guillaume dit :
    3 août 2008 à 17:33 Pour bien clarifier le “prix” des intérêts, un exemple qui me semble plutôt parlant:

     

    Je lis dans le Monde Diplomatique, n° 652 de juillet 2008, page 7 :

    …l’un des plus célèbres emprunts d’État fut l’emprunt Giscard (…). Pour 6 milliards de francs empruntés en 1973, l’Etat a finalement remboursé au total (montant initial plus intérêts) 80 milliards de francs en 1988.

    6 milliards, sur 15 ans = 74 milliards d’intérêts ???!!!! pour rappel, le passage au nouveau franc c’était le 1er janvier 1960 (le nouveau franc vaut 100 francs anciens) j’ai eu un doute :) …. l’inflation peut-être ?

    Quel objectif sinon la mise en faillite volontaire de nos institutions ?

    Cela dit cet argent n’est pas perdu pour tout le monde… La corrélation temporelle entre ce type de financement des États et le développement titanesque des marchés financiers m’a toujours frappé…

  38. A-J Holbecq dit :
    3 août 2008 à 17:49 Merci Guillaume d’avoir rappelé ce fait.

     

    Voici ce que je trouve concernant cet emprunt catastrophique …

    Voulant imiter son mentor M. Antoine Pinay, le futur président Giscard d’Estaing lança en 1973, alors qu’il était ministre des Finances du président Pompidou, un emprunt qui se révéla des plus ruineux pour la France. Etant incapable d’envisager la réduction considérable de l’inflation ainsi que l’envolée du cours de l’or, l’emprunt dit « Giscard » fut émis pour quinze ans au taux de 7% mais avec une indexation sur le prix de l’or. Quinze ans plus tard, en 1988, l’inflation, qui, à la fin des années 1970 et au début des années 1980 atteignait un taux à deux chiffres, était réduite à 2 ou 3 %. La crise économique aidant, le rôle traditionnel de valeur refuge de l’or avait provoqué la flambée de son cours. Si bien que l’État, pour un emprunt initial de 7,5 milliards de francs, dut rembourser (en intérêts et capital) plus de 90 milliards de francs (13,7 milliards d’euros). Les trois dévaluations du franc étant loin de compenser cette perte pour les finances publiques. La technique d’indexation fut désormais abandonnée pour les emprunts publics.

    et sur W.P.

    L’emprunt Giscard d’Estaing, est un emprunt d’État émis par l’État français en 1973 au taux d’intérêt de 7 %, alors que Valéry Giscard d’Estaing est ministre de l’Économie et des Finances ; il est mis en place à la suite du premier choc pétrolier, afin de compenser les pertes de recettes budgétaires causées par la baisse de la TVA ; afin d’obtenir et de rassurer les souscripteurs, il est indexé sur le poids d’or de l’ECU et celui du franc, ou à défaut, sur le cours de l’or, comme l’avait été l’emprunt Pinay (1952-1958).

    Initiés par le gouvernement américain, les accords de la Jamaïque de 1978, en prévoyant qu’aucune monnaie ne devrait plus être rattachée à l’or, rendirent alors l’emprunt Giscard uniquement indexé sur le cours du lingot d’or, qui s’envola en raison de crise mondiale. Dès lors, cet emprunt a été très rentable pour ses détenteurs et ruineux pour l’État, le cours de l’once d’or étant passé de 97 dollars en 1973 à 437 en 1988, date d’échéance de l’emprunt.

    Manifestement VGE aurait mieux fait de laisser au Trésor Public la possibilité d’emprunter auprès de la Banque de France, non ?

  39. Étienne Chouard dit :
    3 août 2008 à 23:44 Présenter la débâcle de l’emprunt Giscard comme un échec, c’est faire une fleur à celui qui nous ruine… On pourrait tout aussi bien présenter cette déroute comme du vol en bande organisée (encore plus visible aujourd’hui, compte tenu des proportions du racket des fonds publics par les fortunes privées prises avec les années).

     

    Dire que cet emprunt est une erreur, c’est présumer de la bonne foi des décideurs, sans considérer l’aubaine formidable que cet emprunt a constitué pour les rentiers, précisément les copains de cocktail des décideurs “ayant manqué de clairvoyance”… tu parles… On pourrait tout aussi bien penser que ces décideurs étaient au contraire particulièrement clairvoyants et que leur vraie mission, occulte, est accomplie.

    Et c’est le même Giscard qui vient donner des leçons d’économie à tout le monde avec un air hautain…
    Dire que notre destin à tous est confié (sans contrôle !) à de tels prétentieux incompétents (ou voleurs), boursouflés d’orgueil à proportion de leurs échecs (ou vols), au motif qu’ils sont des “experts”…

    C’est misère d’abandonner la politique à des “experts”.

    À l’évidence, le tirage au sort donnerait facilement de bien meilleurs résultats que l’élection, qui permet aux riches d’acheter le pouvoir et de donner les manettes à des gredins.

    Le niveau du vol généralisé commence à me…

    Étienne.

  40. RST dit :
    4 août 2008 à 07:38 @ A-J Holbecq et aux autres…

     

    Désolé, mais j’ai encore besoin d’aide. Si vous n’avez pas le temps, ce n’est pas grave

    Que répondre à ça, ci-dessous, qui remet en cause un des principes de notre débat ?

    “Depuis 1973 en France le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France, autrement dit fut bloquée à ce moment toute possibilité de crédit de la Banque de France au Trésor.”

    Je ne sais d’où vous tirez cette assertion. Jusqu’à l’indépendance de la Banque de France en 1993, le Trésor français avait tout loisir de demander à la Banque de France de monétiser sa dette. C’étaient les fameux “Concours au Trésor Public” figurant à l’actif du bilan de la BdF, et ces concours pouvaient être des crédits au Trésor, ou également des achats de Bons du Trésor ou de titres de dette publique à plus long terme. Depuis l’indépendance de la Banque de France, et a fortiori depuis la création de la Banque Centrale Européenne, les Trésors publics ne peuvent plus monétiser leurs titres émis, ce qui ne signifie pas que la BCE ne détient plus de titres des administrations publiques des Etats membres ; elle peut le faire, si elle le souhaite (et elle le fait de manière marginale, moins de 1% de son actif), mais elle n’y est pas obligée.

  41. Salva dit :
    4 août 2008 à 10:22 La loi existe, c’est celle-ci : Loi de 4 janvier 1973, article 25

     

    Ce serait intéressant de savoir quel processus a fait qu’une loi comme celle-ci a été votée : a-t-il commencé dans la décennie 60 avec la libéralisation toujours plus importante des échanges?, avec l’influence accrue de certains économistes ?

    Et quid des autres pays et notamment en Allemagne à la même époque ? pression de l’OCDE, des USA ?

  42. Salva dit :
    4 août 2008 à 10:36 Le lien pour cette fameuse loi. Elle se trouve sur le site Légifrance.
    A noter que les accords de la Jamaïque ont eu lieu les 7-8 janvier 1976.
  43. guillaume dit :
    4 août 2008 à 11:20 @ RST

     

    Loi du 3 janvier 1973 qui constitue une évolution fondamentale en matière monétaire.

    Cette loi par son article 25 stipule : « le trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France ».

    En acceptant de cesser de faire ce qu’il à toujours fait, à savoir produire une part de la monnaie, l’Etat se retrouve dans l’obligation de se financer auprès des marchés financiers et bancaires comme le montre la lecture des ouvrages du Comité pour l’histoire économique et financière de la France : « la part des bons en compte courant (appel au système bancaire) est multipliée par 10 entre 1974 (1,8 %) et 1975 (18,49 %), pour se maintenir aux alentours de 19 % en 1976 et 1977. C’est donc par un endettement auprès du système bancaire que le Trésor cherche à se financer ».

    Il faut comprendre la différence fondamentale entre une création monétaire et monétiser une dette : dans un cas il s’agit d’un prêt à taux nul (quasi nul) dans l’autre il s’agit de reconnaissances de dettes (bonjour, c’est l’Etat, qui peut me prêter de l’argent ?)

    La différence ? selon Thomas Edison :

    Il est absurde de dire que notre pays peut émettre des millions en obligations, et pas des millions en monnaie. Les deux sont des promesses de payer, mais l’un engraisse les usuriers, et l’autre aiderait le peuple. Si l’argent émis par le gouvernement n’était pas bon, alors, les obligations ne seraient pas bonnes non plus. C’est une situation terrible lorsque le gouvernement, pour augmenter la richesse nationale, doit s’endetter et se soumettre à payer des intérêts ruineux.

    PS : Tout à fait d’accord avec les deux précisions apportées sur l’emprunt Giscard, je soutiens particulièrement l’idée formulée par Étienne :

    On pourrait tout aussi bien penser que ces décideurs étaient au contraire particulièrement clairvoyants et que leur vraie mission, occulte, est accomplie.

  44. Robert Searle dit :
    4 août 2008 à 15:14 Bonjour,

     

    I saw your communication on Ellen Brown’s website. I thought it was quite interesting. You may find my project on Transfinancial Economics of some interest though it may be too advanced for its time.

    R. Searle

  45. samedi dit :
    4 août 2008 à 16:53 Le texte de la loi du 4 janvier 1973 est archivé en trois planches photos (en .pdf)

     

    On trouve les liens (et le chemin vers la source) ainsi que des commentaires “d’ordre juridique” (dont je suis l’auteur) sur : http://www.fauxmonnayeurs.org/articles.php?lng=fr&pg=90

    La réponse de VGE à AJH ne relève pas tant de la langue de bois que du message ciblé pour initiés doublé de propagande pour les autres.

    Pour les seconds, cela relève d’un splendide “t’as vu l’avion ?” avec évitement complet de la question posée et saut vers une conclusion (inflation des années 1950) dans le registre de la peur irraisonnée. Pour cause.

    Pour tout le monde : “une réforme moderne qui a transposé en France la pratique en vigueur dans tous les grands pays”… On note le discours de la globalisation heureuse mais inéluctable.

    Le propos comporte sans doute une vérité au moins, du moins un indice amenant sur une vérité…

    “il s’agissait à l’époque de constituer un véritable marché des titres à court, moyen et long terme, qu’il soit émis par une entité privée ou publique. ”

    A quoi renvoie le “qu’il soit émis” ?
    A une faute de grammaire car il s’agissait des titres ?
    A une partie des titres (bons du trésor et autres titres de dette publique) très abusivement généralisée à l’ensemble ?
    Au marché (des titres) ? Que veut dire “émis” dans ce cas ? … Un marché mis en place par l’État et par le privé ?

    Il me semble qu’effectivement, un mobile majeur de cette contre-révolution était d’établir un système dans lequel la valeur de la monnaie ne serait elle-même plus définie que par la loi de l’offre et de la demande.

    Autrement dit : la part de création monétaire d’origine publique, minoritaire depuis des lustres, était désormais perçue comme une forme d’ “interventionnisme” et condamnée comme telle par des types qui, comme leurs pairs depuis des lustres, jouissaient du privilège de créer le “reste”…

    Autrement dit, encore, il s’agissait que la monnaie devienne elle-même une marchandise.
    Quand on songe qu’elle est “un fait social total”… Evidemment, ce seul paramètre ne suffit pas pour établir un totalitarisme de marché. Pensons aux cadeaux des socialistes en matière de libre circulation des capitaux, de dérèglementation bancaire et, oh, de désindexation des salaires. Sans doute pour renforcer le pouvoir des syndicats…

  46. samedi dit :
    4 août 2008 à 17:12 @ Salva :

     

    ** Pourquoi alors la France a emprunté aux USA au moment de sa reconstruction d’après-guerre alors qu’elle pouvait faire tourner la planche à billets (je pense , notamment au plan Marshall qui était conditionné à la création de l’OECE , devenu l’OCDE en 1962) ? **

    Si la réponse de Dani n’était pas claire :
    Parce que la planche à billet publique française n’a pas le droit de créer des dollars. Et il s’agissait là d’acheter des produits états-uniens, le temps d’arriver à produire assez par ici.

    ** J’ai lu dans ce blog que la Fed reversait 98% des intérêts à l’Etat américain. **

    J’ai lu dans les statuts de la banque privée “Fed” que ses actionnaires pouvaient se servir en dividendes à hauteur de 6% en fin d’exercice.

    Or cette banque est très indépendante :
    – seul un sous-secrétaire, je crois, figure dans son directoire
    – si la Fed fait un rapport bi-annuel (de mémoire) au Congrès, faire un rapport ne signifie pas obéir à des consignes
    – elle impose ses taux lors de l’ “octroi” de crédits au public. Et pour cela, elle juge elle-même de sa solvabilité du demandeur… Si le délai de remboursement est prolongé, elle peut élever le taux.

    Il est donc évident que ce sont les actionnaires de la Fed qui décident entièrement des conditions des investissement publics permis par création monétaire (anticipée).

    La rumeur qui dit que si le Congrès (le parlement) ne la contrôle pas, elle est au moins soumise à l’exécutif me parait tout à fait infondée. D’ailleurs, ce serait une violation d’autant plus claire de la constitution (I-8).

    L’explication est sans doute que s’il s’agit de faire la guerre ou de tout autre domaine dans lequel les pouvoirs exécutifs s’émancipent et s’étendent, il n’est pas surprenant que de gros financiers disposant de telles ficelles soit d’accord avec lui. Bref, la Fed est d’accord pour financer ce qui étend “le pouvoir”.

  47. samedi dit :
    4 août 2008 à 19:18 La courtoisie est, parait-il, de mise avec les technocrates. Bruxelles en montre des illustrations sans arrêt.

     

    Les limites de ma courtoisie s’arrêtent là – c’est le message que je viens de poster sur le blog de M. Giscard d’Estaing :

    http://vge-europe.eu/index.php?post/2008/04/10/Chronique-de-la-pensee-multiple&pub=1#c3991

  48. samedi dit :
    4 août 2008 à 20:11 @ Ellen

     

    In addition to A-J’s answer, maybe we should specify that :

    the European Central Bank (ECB) does not remunerate any more the obligatory reserves (small…) that the trade banks are held to have on their ECB account…

    ——

    @ Ellen

    En supplément à la réponse de A-J, peut-être devrait-on ajouter que :

    la BCE ne rémunère plus les réserves obligatoires (le peu) que les banques commerciales sont tenues d’avoir sur leur compte chez elle…

  49. RST dit :
    4 août 2008 à 20:18 Bonsoir à tous
    Je vais abuser une fois de plus de votre patience.

     

    J’ai eu l’outrecuidance de porter le débat sur un blog d’économie assez connu. Ici précisément : http://econo.free.fr/index.php?option=com_wrapper&Itemid=53. Il faut aller sur le forum dans “Salon de lecture” et ouvrir le sujet “La dette publique, une affaire rentable”.

    Le débat touche à sa fin (en ce qui me concerne) et je n’ai toujours pas de réponse à la question simple : “pourquoi, quand il a besoin de s’endetter, l’Etat paye (des intérêts à des banques commerciales donc à des entités privées) pour obtenir de la monnaie qu’il pourrait créer gratuitement (ou éventuellement en payant des intérêts à la Banque de France et donc à la collectivité nationale).”

    Le maitre des lieux (connu dans la “blogosphère” parait-il) me répond, en majuscules, pour que ça rentre bien :
    “L’ETAT QUI S’ENDETTE PAIE DES DEPENSES, DONC, IL SOUSTRAIT DES RESSOURCES REELLES DE L’ECONOMIE. CES RESSOURCES DOIVENT ETRE PRELEVEES D’UNE FACON OU D’UNE AUTRE. SI ELLES SONT PRELEVEES EN CREANT DE LA MONNAIE, CE PRELEVEMENT SE FAIT PAR L’INFLATION. SI L’INFLATION EST INTERDITE, CE PRELEVEMENT EST FAIT SOUS FORMES DE PENURIES. SI VOUS VOULEZ VOIR COMMENT ON FAIT, ETUDIEZ L’ECONOMIE DU ZIMBABWE.”

    Je n’y comprends rien. Si vous avez des explications, je suis preneur (laissez tomber le Zimbabwe degré zéro de l’argumentation comme dirait A-J Holbecq)

  50. samedi dit :
    4 août 2008 à 21:28 @ RST (après je fais une pause et je passe le micro…)

     

    Manifestement, ton contradicteur est perché… Il confond pas mal de choses et surtout, il récite une idéologie. Essaie, tu verras (non, évite) c’est très simple, et en plus on se croit intelligent à peu de frais : il suffit de faire un raisonnement découlant d’une idée unique. Au présent : “le marché règle tout” est la prémisse dont découle la domination que nous subissons. En fait, tu n’arriveras pas à retrouver par cette simple voie le génie de “ton” maître : une idéologie, ça rentre essentiellement par la pratique… de cette idéologie. D’ailleurs, tu perds ton temps, je le crains, si ce monsieur est pratiquant.

    La monnaie n’est pas une “ressource” : elle n’est pas rare par fatalité, et elle coûte trois fois rien à produire.
    De ce point de vue, l’État, s’il en créé, n’enlève rien à personne, et pas “de ressources à l’économie”.

    En fait, ce maître considère, à raison, qu’on ne peut pas créer une quantité de monnaie quelconque sans que cela ait un impact sur l’économie réelle. A ce niveau là, il faudrait savoir : 1. à partir de quelle quantité un problème se pose ; 2. sur qui il a un impact.

    Dire que créer de la monnaie c’est faire de l’inflation, sans autre précision, c’est un pur mensonge.
    Les monétaristes (donc lui-même, je parierais) admettent que pour viser une inflation nulle, il faut que l’augmentation de la masse monétaire soit équivalente à celle du PIB, à la “croissance”, à l’augmentation de la quantité d’échanges marchands réalisés au moyen de la monnaie en question.

    En gros, si on crée énormément de monnaie, tout le monde en pâtit, car ça lance une spirale d’hyperinflation.
    Mais cela n’a plus rien à voir avec une inflation maitrisée, qui peut très bien monter vers les 10% dans certains contextes.

    Au présent, si la croissance fait 1%, et celle de demain est raisonnablement évaluée à 3%, on peut créer sans problème 3% de monnaie sans même nuire aux financiers.

    Si l’État pouvait la créer et s’en servait à financer des investissements publics, il pourrait en créer sans problème 5% ou même plus, ça ne ferait de mal à personne, sinon aux financiers.
    Tout simplement parce qu’il peut relancer la croissance (d’origine privée, en bonne part) ainsi, et au passage, nous permettre mieux de choisir sa couleur.

    Par exemple, il peut investir dans de la recherche et de la R&D pour préparer le virage vers les énergies renouvelables, ou payer un salaire à 1000 Étienne Chouard ou A-J Holbecq en rémunération du service public rendu. Ces MM. iraient avec ça payer leur pain, leurs factures et leurs impôts.

    Le tout est que :
    1. l’État donne ainsi du travail aux gens, notamment aux chômeurs sans brider leurs salaires ;
    2. il investisse dans quelque chose qui rapportera une richesse réelle à la collectivité ;
    3. A l’avenir, il songe à compenser cela par un impôt plus égalitaire : les salaires comme les bénéfices des entreprises s’étant élevées au total, en valeur nominale, il est facile d’élever d’autant l’impôt nominal.
    Si l’augmentation de la production s’est faite sous forme d’augmentation de la productivité, ce qui signifie qu’on a donné plus de boulot à des machines et non à des individus, alors il est facile de comprendre que : soit les travailleurs s’en trouvent mieux payés (en pouvoir d’achat, pas forcément en valeur nominale) ; soit c’est que les capitalistes tireront plus de bénéfices. Dans ce cas, il parait juste d’adapter l’impôt en fonction…

    Mais ces recettes sont remises en question par quelques règles néolibérales dont pas mal de gens (dont ton contradicteur, sans doute) ont pris l’habitude de croire qu’elles étaient des données immuables ou des choses souhaitable.
    Par exemple, pour que les salaires suivent, il faut aussi que les travailleurs se battent. Vu que les socialistes ont désindexé les salaires par rapport à l’inflation, dans le début des années 1980. Or, dans le contexte, parler de se battre est plus facile que le faire…
    De même, l’UE interdit subtilement les services publics. Comment en créer ou même, développer ceux qu’on a ? Pendant ce temps, la “dette publique” mais aussi le flot de monnaie superflue injectée par le crédit, sont des facteurs qui nous condamnent, jusqu’à nouvel ordre, à tout privatiser progressivement.
    Et puis, en vrac (tout est lié, en bonne part) : libre circulation internationale des capitaux ; perte de contrôle des changes ; politique d’exportation ; dérèglementation financière ; concurrence effrénée ; chantage actionnarial résultant ; explosion des inégalités entre gros managers contremaitres et salariés moyens et petits, exécutants… ; impôts des riches réduits sans cesse, puisqu’on privatise et qu’on ne compte plus que sur eux pour “investir” (ce qu’ils font… à hauteur de 3%).

    Une chose est sûre : ce maître aime l’ordre établi au point de l’avoir pris pour un théorème économique.
    Il “sait”, par exemple, comme le directeur de la BCE, qu’il faut choisir entre le chômage et des bas salaires. Ce sont des âneries si on prend ça pour une théorie universelle, mais c’est la réalité dans le contexte institutionnel néolibéral. Je t’en ai rappelé, en vrac, diverses “données”.

    Demande-lui donc combien la BCE crée de monnaie par an : beaucoup trop, d’après ses propres théories (disons, environ 10% par an depuis sa fondation). Mais peut-être qu’il l’ignore.
    Demande-lui aussi et surtout si ça crée de l’inflation. Et pourquoi.

  51. Dani dit :
    4 août 2008 à 21:32 @RST :

     

    A propos du message en majuscule :
    Je pense qu’il faut s’attaquer à la première affirmation : L’ETAT QUI S’ENDETTE PAIE DES DEPENSES, DONC, IL SOUSTRAIT DES RESSOURCES REELLES DE L’ECONOMIE.
    C’est posé ici comme une évidence qu’il n’y a pas à justifier…. Et pourtant, l’endettement n’aboutit pas forcément à de l’inflation. Ou alors Keynes n’a raconté que des conneries pendant toute sa vie !

    Si l’endettement se fait en situation de plein emploi des facteurs de production, alors oui ce raisonnement est correct. Par contre, lorsqu’il y a des facteurs non utilisés (en particulier un taux de chômage très élevé) ce n’est plus automatiquement vrai, car la dépense publique engagée va s’accompagner de création de richesses correspondantes par le travail des ex-chômeurs.
    Dans cette situation d’absence de plein-emploi manifeste, l’Etat ne prélève donc pas des ressources économiques au détriment des autres acteurs ! Et il en ira de même en cas d’émission monétaire…

    La difficulté réside en réalité dans la finesse du réglage. ;-)

  52. A-J Holbecq dit :
    4 août 2008 à 21:58 @RST

     

    Plus grand chose à rajouter à ce que Samdit ;) (pardon, Samedi dit) et Dani.

    Soit l’Etat s’endette auprès des prêteurs privés et, comme 60% de la dette est détenue par l’étranger, il soustrait à l’économie au moins les intérêts concernant cette partie… pour les 40% nationaux, on peut penser que ces intérêts rentrent dans le circuit économique.

    Mais (Dani a raison), si l’Etat émet la monnaie directement (par sa B.C.) il créera de l’activité directe et indirecte (nous avons fait le calcul des effets d’une injection monétaire dans “les 10 plus gros mensonges sur l’économie”, chap 3): et au terme d’un certain nombre de cycles de la monnaie l’Etat récupère sa mise (96% au bout de 12 cycles).

    Si une collectivité a :
    1 – un besoin,
    2 – la volonté de le satisfaire,
    3 – les moyens techniques et énergétiques,
    4 – Un excès de main d’œuvre et le savoir-faire,
    … Pourquoi ne peut-elle réaliser ce besoin par faute de financement ?
    L’obstacle épistémologique est le suivant : La monnaie reste conçue comme une réalité matérielle (précieuse) de quantité finie donc rare et épuisable, alors qu’elle ne l’est plus puisqu’elle est dématérialisée.

  53. yann dit :
    4 août 2008 à 22:35 @samedi

     

    Ce que vous décrivez, c’est le raisonnement keynésien et malheureusement ses travaux ont été complètement dénigrés ces trente dernières années. Se référer à Keynes aujourd’hui va souvent vous valoir des insultes gratinée de la part des “libéraux” ou de ceux qui se prétendent comme tel, Keynes lui même se voyait comme un libéral, comme quoi ce terme ne veut plus dire grand chose.

    Les monétaristes n’ont pas encore compris leur erreur fondamentale, Keynes n’a jamais critiqué les équilibres budgétaires ou même la rigueur dans la gestion de l’état contrairement à ce que racontent certains. Il a juste montré que la théorie monétariste des équilibres n’est justement valable que lorsqu’il y a plein emploi. Quand toute la masse salariale est employée alors il est nécessaire de ne pas faire croitre plus rapidement les dépenses que les recettes. Les libéraux comme Hayek il me semble, ont fait croire l’inverse, à savoir que la théorie keynésienne était un cas particulier des équilibres walrasiens.

    Pour Keynes l’état d’équilibre n’est pas une ignominie, au contraire c’est un but à atteindre mais il ne peut en aucun cas être atteint par les seuls mécanisme du marché. Pas plus que le libre-échange pur ne peut conduire tous les pays du monde à l’équilibre des balances des paiements, on le voit aujourd’hui d’ailleurs. Les libéraux pensent que du chaos vont spontanément se former des équilibres, alors que du chaos ne sort strictement rien d’autre que du chaos, c’est la convention et l’action collective et raisonnée des hommes et des nations qui peuvent amener l’ordre au chaos et non l’inverse.

    Tout ça me rappelle mes cours d’automatique en Fac, si j’avais dit à mes profs que l’on pouvait réguler un système sans boucle de rétro-action ils m’auraient ri au nez. C’est pourtant ce que les libéraux essayent de faire croire depuis des décennies à tous les biens nés de cette foutue planète. Dans le cas de l’économie, l’Etat sert de boucle de rétro-action permettant de stabiliser notre système tant bien que mal, mais si l’Etat se trompe ce n’est pas une raison pour le supprimer, il faut juste en changer sa loi de commande, c’est-à-dire ses politiques économiques.

  54. Dani dit :
    4 août 2008 à 22:49 Je reviens à une discussion qui a eu lieu plus haut : comment faire sortir ce débat des milieux “initiés” ? Et je me dis que mon petit pays (la Suisse) pourrait être un lieu utile pour une offensive.
    Pourquoi ?
    1) Parce que c’est le “coeur du monstre” ;-)
    2) Parce que 100′000 signatures de citoyens (2 % de l’électorat environ) rendent OBLIGATOIRE l’organisation d’une votation référendaire, donc un débat national ! (au pays des banques, vous imaginez !)

     

    Bien sûr, ces “initiatives populaires” ne sont presque jamais acceptées (15 l’ont été depuis l’apparition de ce droit en 1891, soit moins de 10 % de toutes les propositions). Mais cela a l’avantage d’obliger à un DEBAT NATIONAL, donc de sortir des discussions de l’anonymat. Dans le même genre, on a eu l’abolition de l’armée, la fin du nucléaire, des dimanches sans voitures, etc. Mais aussi la protection des Alpes qui obligent au ferroutage pour la traversée du massif, proposition qui a elle été acceptée.

    L’idéal serait évidemment que des pays plus importants, voire l’Union européenne puissent aborder ainsi ce débat, mais la nouvelle disposition constitutionnelle française reste assez restrictive, si j’ai bien suivi 1/5 des parlementaires + 1/10 des citoyens.

    L’important, dans un premier temps, est qu’on en parle pour que l’idée devienne moins “extraterrestre”. Notamment, essayer de faire basculer l’obstacle épistémologique décrit ci-dessus par André-Jacques Holbecq !
    Dani

  55. A-J Holbecq dit :
    5 août 2008 à 06:46 @Dani

     

    Ca me semble une excellente idée. Sauf erreur la dette des administrations publiques de la Suisse dépasse 50% du PIB.
    Il faudrait donc -pour commencer – trouver les statuts de la Banque Centrale Helvète et les chiffres de l’évolution de la dette depuis au moins les années 80.

    @Yann

    Vous avez raison et Samedi a également raison dans la mesure où plus de 4 millions de personnes sont inemployées ou sous employées en France… le NAIRU a bien fonctionné.
    L’émission monétaire directe à destination de l’Etat est bien l’énergie qui permet à la boucle de rétro-action de fonctionner dans les meilleures conditions.

  56. Dani dit :
    5 août 2008 à 09:50 @AJH

     

    La dette publique suisse est de 59,1 % (chiffres 2006) et son augmentation est fondamentalement similaire à ce que vous montrez dans votre livre (mais son augmentation a commencé un peu plus tard).

    Principale différence : les réserves d’or ont toujours été significativement plus importantes que dans les autres pays. Encore, aujour’dhui, après vente de la moitié de l’or, celui-ci offre (à sa valeur actuelle) une couverture de plus de 100 % de la monnaie fiduciaire ! Je ne me rends pas compte si cela change fondamentalement qqchose…

    Mais, sur le fond, c’est pareil qu’ailleurs.
    Par contre, pourquoi les statuts ?
    Une proposition constitutionnelle aurait l’avantage de passer “par dessus” en obligeant le parlement à modifier la loi sur la banque nationale. Ensuite, cette dernière serait obligée de s’adapter.
    Mais, comme je l’ai dit, ce serait le cas échéant avant tout l’ouverture d’un débat public qui serait intéressante…

  57. A-J Holbecq dit :
    5 août 2008 à 10:17 @Dani

     

    Merci pour ces premières précisions.
    Pour l’or et la monnaie fiduciaire, ca ne change pas grand chose sauf si la proportion de monnaie fiduciaire dans M1 est très importante.
    Les statuts sont importants pour savoir “à qui appartient” la banque Centrale .. mais je vais trouver cela sur internet… laissez moi un peu de temps ;)

  58. samedi dit :
    5 août 2008 à 13:32 @ AJH et à Dani

     

    Ne (re)prenons donc pas le réflexe de comparer la dette publique au PIB, comme le conseille AJH, sauf erreur.

    La première est un stock tandis que le second est un flux (annuel). La soustraction ou l’addition entre ces deux grandeurs mène à une formule non homogène, c.à.d. qui n’a pas de sens physique.

    Ce mauvais indicateur situe la dette publique dans le discours de la croissance aveugle et essentiellement marchande, et le budget dans une logique de pure gestion et une perspective de court terme ; il évoque, à ce terme, un équilibre qui n’a pas sens, du moins aucune utilité.

    – La dette (le cumul, le stock) doit être comparée à un autre stock : vraisemblablement, à la quantité totale de richesses réelles nationales (publiques voire englobant aussi les propriétés privées).

    – C’est le déficit public (flux qui accroit annuellement la dette publique) qu’on peut comparer au PIB. Bien que cela exprime implicitement un idéal de gestion du budget dans une vision de court terme.

    Ce n’est pas tant que le ratio dette / PIB mène à de gros chiffres, qui font bien peur… au grand public.
    D’ailleurs, le ratio : stock de produits dérivés / PIB mondial, si on ne compte que les dérivés détenus par les banques étausiennes, fait quelque chose comme 400%…
    Tandis que le ratio entre la dette totale américaine (interne et externe, hors banques) / PIB mondial ne fait “que 100%…
    (chiffres 2007) – http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?pid=3109#p3109
    Autrement dit, si ces titres financiers avaient une quelconque légitimité, il faudrait que tous les humains qui travaillent le fassent pendant 4 ans uniquement pour créer une contre partie réelle à ces funestes liquidités pour milieux d’affaires (7 banques représentent 98% de la part détenue par des banques étasuniennes). A supposer que la croissance ne s’effondre pas, bien sûr…

  59. Rumbo dit :
    5 août 2008 à 15:15 Encore une fois, il ne m’est guère possible de répondre individuellement à ceux qui sont intervenus ci-dessus et qui posent de bonnes questions Samedi, RST et A-J. Holbecq, entre autres.

     

    En parlant par images, il faut bien retenir que, normalement, l’État, alias la société, doit se trouver dans la même position que le boulanger qui mange son propre pain, celui qu’il fabrique tous les jours, au lieu de l’acheter hors de prix à d’autres qui s’offrent ainsi une rente aux frais de la société, alias l’État. C’est un fait incontournable et je l’ai déjà dit ailleurs, je le répète encore ici:

    Les critères des actionnaires des banques, autrement dit les BILANS DES BANQUES sont prioritaires sur la société qui, pourtant, elle, produit tous les jours les biens sans lesquels les banques ne pourraient même pas émettre le moindre argent. Pourquoi plus les bilans des banques sont “bons”, plus la société va-t-elle mal ? L’argent émis par les banques n’a de valeur à la base que parce que l’argent permet l’achat des biens et des services que nous fabriquons tous nous mêmes. L’argent est un permis d’acheter. L’ARGENT N’EST PAS UNE MARCHANDISE. C’est l’un des plus graves fourvoiements de l’époque soit-disant “moderne”. Les conséquences en sont incalculables dans le temps.

    La réponse de VGE à André Jacques HOLBECQ (que cette réponse soit de bonne (?) ou de mauvaise foi) est une réponse : “pour-se-sortir-de-devant”. C’est une réponse de l’ “establishment” ou une réponse d’ “apparatchik” (comme on voudra, c’est pareil).

    Pour la petite histoire (Samedi dit), VGE fut celui qui, alors jeune inspecteur des finances (ou équivalent), alla en personne porter à Washington (en 1961) le dernier chèque soldant la dette de guerre française vis à vis des États-Unis. Nous payions alors en monnaie ayant sa contrepartie au débit de la France, tandis que, bientôt, les USA allaient payer leurs achats par création de monnaie sans contrepartie, ce qui fut la cas dix ans après en 1971…

    Encore une fois je fais appel à l’irremplaçable Louis EVEN, Je n’ai pas encore trouvé personne aussi bien que Louis EVEN pour définir aussi parfaitement les problèmes monétaires et ce qu’il faut faire pour les résoudre. Voici un petit extrait des Propositions du Crédit Social expliquées en 10 leçons :

    (….)Passe encore que le gouvernement retrouve l’argent qui existe, mais comment trouver l’argent qui n’est jamais venu en existence ? (ndlr celui des intérêts). Le fait est que le gouvernement ne le trouve pas et ajoute simplement à la dette publique. Ainsi s’explique la dette publique croissant à un rythme où le développement du pays demande de l’argent nouveau. Tout l’argent nouveau vient par le banquier sous forme de dette, réclamant plus d’argent qu’il en est émis.
    Et la population du pays se trouve collectivement endettée pour de la production que collectivement, elle a faite elle-même ! (….)
    Louis Even

    C’est un comble !!

    Ce sytème d’argent-dette délétère et sécrétant l’iniquité induit les pires dévoiements dans le monde. En effet, la “philosophie”, la pensée bourgeoise, prolétaires et ationnaires mélangés, pense qu’elle a atteint le “sommet” de l’ “évolution”, qu’il n’y a pas d’autre modèle qu’elle. Telle est l’attitude d’inspiration anglo-saxonne s’étant infiltrée dans toutes les principales têtes pensantes (??) et qui ne supporte pas qu’on puisse avoir d’autre option que celle qui fait sa fortune, à elle seule.

    Je transmets ce lien ci-dessous surtout pour montrer les effets ravageurs du système financier. ICI avec preuve ! Non pas parce que je serais, en particulier, un partisan de Lyndon LaRouche, encore que, son prisme d’analyse est interessant, utile et opportun, et, dans la mesure du possible, je trouve enrichissant de lire les uns et les autres. Mais surtout parce que voici la preuve irréfutable de la collusion de la très haute finance avec la pègre régionale ici en Amérique su Sud, et il y a analogie avec d’autres continents. J’ai eu des recoupements par l’Argentine, par des relais d’informations et d’autres sites argentins au sujet des Farc. Autrement dit, la collaboration de la pègre financière mondiale avec les pègres régionales. Ces dernières étant payées et maintenues en activité pour saper les pays, les peuples, les sociétés et frayer le chemin aux “gros, très gros investissements” mis en appétit par le très gros narcotrafique. Voici le président de Wall-Street (pas moins!!) donnant l’accolade à l’un des principaux artisans de la pègre-Farc, narcotrafique, banditisme, etc. Des choses ont changé depuis, mais les faits et les options sont là, inéxorablement là, ils parlent d’eux-mêmes puisque les média, presque tous “aux ordres”, n’en ont pas parlé, sauf un je crois. C’était le 26 juin 1999 au fin fond de la jungle colombienne : Paul Reyes second des FARC s’est fait descendre en mars dernier en Équateur par l’armée colombienne, tandis que Richard Grasso alors président de Wall-Street (New-York-Stock-Exange, NYSE) démissionna en 2003 avec un scandale judiciaire où il dû rendre quelques dizaines de millions de dollars touchés “en trop” lors de sa démission… La pègre d’en haut et la pègre d’en bas main dans la main…

    Ex-guerilleros (??) marxistes, narcotrafiquants de niveau mondial, preneurs d’otages, bandits de grands chemins, etc, dont le “second” était pompeusement nommé le “ministre des affaires étrangères” des Farc pactisant avec l’ “empire mondial financier” dont les ravages ne sont plus à décrire, ceux que Nicolas Sarkozy accepterait paraît-il de reccueillir en France après leur “neutralisation”… Voici un “très bel échantilllon” de la pourriture financière tout niveau qui sous-tend et orchestre les crises en ce bas monde (trois pays d’Amérique Latine ont failli, en mars 2008, se faire la guerre à cause de ce constant travail de sape téléguidé mondialement donc financièrement!…) afin que jamais une quelconque Justice puisse s’exercer ici bas pour le meilleurs et la sécurité de tous. Comment peut-on encore avoir des vélléités de justifier un tant soit peu ce sytème financier actuel ?

    Que cela serve au moins de leçon

  60. samedi dit :
    5 août 2008 à 16:09 @ Yann

     

    Votre message me semble très intéressant. Je commence par un point, je verrai le reste plus tard.

    J’ai pas mal oublié mes cours d’automatisme. La notion de boucle de rétroaction m’évoque simplement – je me trompe ? – l’idée d’un système dit asservi, et son absence un système passif.

    S’agissant du chaos, par contre, je me souviens assez bien d’un cours de mécanique (je suis dans la mécanique) sur le principe de l’utilisation de fonctions chaotiques pour stabiliser une réponse à un signal EXTERNE (c’est le point que je souligne ici).

    Exemple : comparez une digue faite de rochers de toutes tailles, amassés n’importe comment, et une autre bien lisse et bien homogène. Envoyez lui une vague dessus, avec tel débit ou longueur d’onde, et voyez comment elle l’amortit.

    La première digue, “intrinsèquement” chaotique, va avoir une réaction quasi-constante à cette excitation sur une plage très large de longueurs d’onde (ou de masse – ça revient au même), tandis que la digue régulière, si elle répond un peu mieux que l’autre pour une plage réduite de longueur d’onde (ou de masse), remplit plus mal la fonction souhaitée quand on sort de cette plage, bien plus mal si on s’en écarte beaucoup.

    Ce domaine d’étude, qui passe par les dérivations non entières et autres fractales… a donné notamment une application à une suspension d’automobile (Citroen, système “chrone” – j’ai un doute sur le h).

    Le principe est extrêmement simple, et entièrement passif.

    Vous alignez, en parallèlle pour supporter une même masse (M), 3 (ça suffit déjà bien) systèmes ressort (K) – amortisseur (C), en ayant soin de choisir des valeurs K1, K2, K3 et C1, C2, C3 selon une fonction toute bête (de mémoire, des ratios K/C égaux à 1, 2 et 3). Peu importe.

    Ce qui est remarquable, en plus de la passivité et du caractère chaotique, c’est que cette fonction ressemble de très près à un système “parfait” pour ingénieurs (résonnant : masse-ressort-amortisseur en mécanique / RLC en électronique / …), c’est à dire à un système lui même maîtrisable au sens de facilement appréhendé, conçu par l’esprit.

    En somme, après un très long détour intellectuel, dont une partie nage dans un univers très abstrait, et en cherchant à imiter le chaos… on a abouti sur une loi extrêmement simple, et une solution qui consiste presque à aligner 3 systèmes résonnants, identiques par nature, pour en faire un passe-bande de bande très large.

    En ce sens :
    – on ne peut pas dire que “de l’ordre sort du chaos” si l’énergie, le signal, provient du système chaotique lui-même ; auquel cas ce système n’est pas perçu comme une fonction, mais comme un facteur agissant
    – par contre, si le signal est extérieur au système chaotique, ce dernier y répondra de manière assez constante et en sortira une réponse maîtrisable et prévisible.

    Voilà, je ne sais pas le dire très clairement, mais je me disais qu’il valait la peine de poser cette distinction, et de savoir ce qu’il en était dans la situation que vous “modélisez” implicitement dans votre propos.

  61. Paul Jorion dit :
    5 août 2008 à 16:24 @ Yann, samedi

     

    Dans un article intitulé L’après-capitalisme s’invente aujourd’hui, à paraître en septembre dans Le Débat, j’écris :

    Si le capitalisme a toujours su jusqu’ici renaître de ses cendres, rien ne garantit qu’il en soit toujours ainsi. Les conditions de ses renaissances passées méritent en particulier d’être examinées car elles ont à chaque fois été la conséquence d’une intervention massive de l’État au sein du monde financier et économique, sous la double forme de réglementations dirigistes infléchissant son comportement spontané, et d’injections massives de fonds publics collectés par l’impôt ou ponctionnés sur la dette publique. Ces apports accompagnant les sauvetages orchestrés par l’État et destinés à sauver les investisseurs privés et les dirigeants d’entreprise, ont conduit – comme j’y ai déjà fait allusion – à qualifier ces opérations de « privatisation des profits ; socialisation des pertes ». Et la question qui se pose alors est celle de déterminer si ces interventions étatiques en situation de crise confirment ou non le caractère autorégulateur de l’alternance de périodes favorables et de périodes défavorables. Autrement dit, il devient crucial de déterminer si ces interventions doivent être considérées comme intrinsèques ou extrinsèques au bon fonctionnement du système capitaliste en tant que tel.

    La dérégulation consiste à réinstaurer pour les marchés leur fonctionnement spontané en l’absence d’interférences ; la privatisation confie elle à la logique du marché des activités qui relevaient jusque-là du domaine de l’État. La philosophie implicite à l’une et à l’autre pratique suppose non seulement que les marchés et l’État fonctionnent selon des principes antagonistes mais encore que celui qui préside aux marchés est préférable pour la bonne conduite de la finance et de l’économie. S’il était vrai cependant que les marchés ne doivent leur survie qu’au fait qu’à chaque fois qu’ils sont en proie à une crise potentiellement mortelle, ils sont sauvés in extremis par une intervention de l’État, leur capacité à être autorégulés, serait remise en question. Si les partisans de la thèse de l’autorégulation voulaient au contraire affirmer que les interventions de l’État appartiennent pour eux à l’« autorégulation » attendue, il leur faudrait justifier la « privatisation des profits ; socialisation des pertes » observée. Une telle justification serait d’autant plus nécessaire que le milieu sociologique auquel ils appartiennent se confond avec celui qui bénéficie régulièrement d’une telle socialisation des pertes.

    S’il était dit des interventions de l’État qu’elles sont au contraire extérieures à l’autorégulation des marchés, il faudrait y voir une confirmation de ce que nous avons appelé l’« hypothèse pessimiste », à savoir qu’il existe pour le capitalisme des crises potentiellement mortelles et que seule l’intervention de l’État – procédant d’une logique antagoniste à celle qui caractérise les marchés – permet alors de le sauver.

  62. Dani dit :
    5 août 2008 à 16:50 @AJH :

     

    Ne cherchez pas… Je n’avais pas bien compris la questions. La Banque nationale suisse est formellement une S.A., mais elle appartient pour les 2/3 du capital aux cantons suisses et à des villes (l’Etat fédéral ne peut pas être propriétaire).
    Il y a aussi un certain nombre de propriétaires privés.
    Toutefois, l’Etat fédéral est en mesure de fixer le mandat et le mode de fonctionnement dans le cadre de la loi fédérale sur la Banque nationale. Donc, en cas de modification constitutionnelle (ce que 100′000 citoyens peuvent proposer), c’est le parlement qui devrait ensuite modifier cette loi et la Banque nationale s’adapter. Les “propriétaires” ne sont donc que peu autonomes…

    La difficulté, c’est qu’il n’y a pas aujourd’hui de groupe politique constitué susceptible de porter un tel projet. Mais cela pourrait venir… Au moins pour tenter de faire passer l’idée que la totalité de la monnaie devrait être émise par la banque centrale et désaisir de leur pouvoir “créateur” les banques commerciales.

  63. Dani dit :
    5 août 2008 à 16:53 @samedi :
    D’accord avec votre intervention visant à éviter la comparaison dette-PIB sur le fond. Le problème, c’est que pour se lancer dans des comparaisons d’Etat à Etat (surtout si on veut faire vite ;-) ), il n’y a pas grand’chose d’autre. Cela permet d’avoir au moins un ordre de grandeur.
  64. Rumbo dit :
    5 août 2008 à 17:18 À Paul,

     

    Je crois que votre conclusion sonne juste. Cela donne l’assez nette impression confirmée dans les faits, que les “cadres de l’État” “ne croient pas” aux fonctions de l’État, jusque et y compris les cadres de gauche (par exemple on a jamais autant privatisé en France qu’avec Lionel Jospin). Toute l’ambigüité actuelle du rôle de l’État se trouve bien cernée dans votre article mais, restant dans l’ombre, l’ambigüité des faiseurs et des contrôleurs de l’argent. Ici chacun tire à hue et à dia et fait son “caprice”. Simplement on va “chercher la Loi” (alias l’État) quand ça arrange, en passant vite, très vite sur un possible débat sur le rôle de l’État. D’ailleurs le public n’y comprenant goutte, est littéralement conditionné pour payer rubis sur l’ongle tous les impôts sans exception (y compris 43 miliards d’euros d’intérêts de la dette aux déjà plus riches, etc, argent sortant des poches du public mais dont ce dernier ne voit jamais la couleur…) ainsi l’État est tantôt une casserole ou un boulet à traîner, tantôt un père fouettard pour remettre à l’ordre du jour règlements et lois s’appliquant à tous, même pas… C’est pour dépanner les joueur du casino…

  65. samedi dit :
    5 août 2008 à 18:04 @ Dani

     

    Merci pour la précision.

    Je dois dire que je n’y ai pas pensé, parce que la monnaie abordée dans le domaine des relations internationales, je veux dire tout ce qui touche aux changes, est une question sur laquelle je suis vierge.

    Cela dit, cet indicateur n’est peut-être pas très utile, sauf si c’est pour faire le constat que le régime monétaire en place est relativement le même “dans toutes les grandes nations”, comme dit l’autre, ou s’il s’agit de chercher à bricoler sur la base de ce régime…

    Cet indicateur ne dit même rien de la part légitime de cette dette (rapportée à notre capacité de remboursement annuelle), qui renvoie à celle qui est contractée auprès de personnes physiques ou “morales” étrangères.
    À supposer qu’on ne puisse pas parler là d’une dette odieuse… car je persiste à croire que la réforme vous-savez-laquelle est anticonstitutionnelle, du moins depuis qu’elle nous est imposée dans le cadre de l’UE.

  66. A-J Holbecq dit :
    5 août 2008 à 19:16 @Dani et Samedi

     

    A propos du rapport dette/PIB… je ne faisais que citer à l’origine le chiffre de 50% que j’avais en mémoire, juste pour vérifier que les Suisses, comme nous, se sont endettés auprès des financiers en leur payant des intérêts…

    On peut aussi rapporter la dette en valeur par habitant… mais dans ce cas il faut signaler, comme je l’ai toujours fait, que la dette est une faible partie de l’actif dont dispose chaque habitant (exemple pour la France, la dette est estimée à #18000 euros par français, mais la “valeur France” de plus de 11000 milliards d’euros fait que chaque français est copropriétaire indivis de 180000 euros). Mais je crois que la question n’est pas exacement là et reste de seulement démontrer qu’il est pour le moins illogique que les collectivités publiques (françaises, suisses ou étatsuniennes, entre autres) ne puissent pas bénéficier de financements directs de leurs banques Centrales pour leur développement!

  67. samedi dit :
    6 août 2008 à 19:22 @ Yann, Paul

     

    Les libéraux pensent que du chaos vont spontanément se former des équilibres alors que (…) c’est la convention et l’action collective et raisonnée des hommes et des nations qui peuvent amener l’ordre au chaos et non l’inverse. (Yann)

    La philosophie implicite [à la dérégulation et à la libéralisation] suppose […] que les marchés et l’État fonctionnent selon des principes antagonistes” (Paul)

    Dans la suite de ma réponse à Yann, que j’entame ici, je voulais d’abord répondre : réservez “les libéraux”. Le propos de Paul m’incite également à aborder cette réponse ainsi.

    Le mouvement (totalitaire) néolibéral, à l’évidence, n’a rien de libéral. Pour l’affirmer, il ne suffit pas d’argumenter “sur le versant libertaire”, en parlant par exemple du “stakhanovisme” contemporain ou d’autres marques de mépris manifestées par le régime financier pour les besoins fondamentaux que supposent le droit d’entreprendre et celui de posséder ce dont on fait usage soi-même.

    On ne peut pas non plus se contenter de démontrer, en se cloisonnant au domaine “socio-économique”, que tout ce qui fait du marché une réalité est indissociable de l’action de l’État, et du politique plus généralement.

    On peut et on doit aborder la critique également “sur le versant étatique”, en prenant ce qui se rapporte directement à l’État, dans sa conception juridique.

    Or le libéralisme (comme philosophie politique) est à la base des constitutions (modernes, mais je dirais que cela vaut également pour les conceptions grecques antiques de la constitution).

    Il me semble que le libéralisme, dans la définition large, politique, cherche à établir un équilibre social par la limitation de la croissance de tout pouvoir (d’origine humaine) quel qu’il soit, et que sa finalité n’est rien d’autre que de protéger également les libertés et les droits fondamentaux de tous les individus. L’équilibre recherché ne s’exprime pas par autre chose que par un champ de forces sociales, et il n’y a aucune raison de croire qu’il présuppose une conception de l’État ou du marché qui fasse abstraction du fait qu’il s’agit, dans l’un et dans l’autre cas, de champ de forces incarnées par des individus. En somme, ce “isme” est une idéologie… très réaliste et enracinée dans l’éthique : tout ce qu’il y a de moins idéologique.

    Un paradoxe incontournable, sauf pour les idéologues, est que pour limiter tous les pouvoirs, il faut commencer par en créer, des pouvoirs. Par créer un État… Mais ces pouvoirs, il s’agira aussi de les limiter, bien sûr. Or pour cela, on ne peut que s’appliquer à les faire s’arrêter les uns et les autres. Mais il faut aussi soumettre tous les pouvoirs à des lois, les pouvoirs publics y compris. C’est pourquoi la tyrannie se définit aussi bien par l’absence de lois, que par le régime de l’arbitraire ou que par toute forme de domination qui viole les droits fondamentaux d’une partie des individus. Le même raisonnement amène à conclure à la nécessité d’une séparation des pouvoirs, mais également d’une limitation du législateur lui-même par une charte de droits fondamentaux, et par le principe d’égalité en droit des individus et d’égalité des citoyens.

    Le “néolibéralisme” que nous voyons à l’œuvre traite l’État comme l’ont fait les idéalistes “marxistes”.
    Au motif de l’éradiquer (à terme), et en ayant l’air de ne pas y toucher, d’en nier l’utilité, il n’a de cesse de renforcer les pouvoirs qu’il incarne.
    Au prétexte de la liberté pour tous, il laisse s’étendre leurs pouvoirs à ceux qui en ont.
    Il nous fait une dictature du marché comme ils ont fait une dictature du prolétariat… mais cette notion est une pure fiction. Les marchés n’ont pas plus de réalité que les races ou les classes, ce n’est qu’une vague image associée à des attributs arbitrairement choisis d’un ensemble indéfini d’humains.
    Au bilan, il vante les libertés pour mieux les éradiquer.

    Naturellement, il a complètement déformé les théories dont il prétend hériter, mais il y a aussi et surtout que l’idéologie ne devient réalité implacable que sur le mode totalitaire, celui d’une révolution permanente libérée de toute entrave éthique, et que cela suppose une organisation particulière de “l’État réel”. Or, seuls quelques guides savent ce qu’ils font. Les recettes de cette immonde machine sont bien connues. Mais leur esprit est aussi et surtout facile à adopter pour qui a ses dispositions dans le sens du manche, vu que l’endoctrinement requis ne se fait qu’en pratiquant. Ce qui suppose une sélection très… naturelle.

    Comme leurs chers ennemis, nos révolutionnaires se sont plantés gravement, bien moins du fait que les théoriciens qu’ils prétendent suivre étaient mauvais que parce qu’ils se fichent tellement de la constitution comme de toute cohérence que les constitutions qu’ils ont mis en place n’en sont pas.

    Les constitutions soviétiques, au delà de quelques paillettes démocratiques (notamment les soviets locaux, et même une forme de référendum d’initiative citoyenne) sont minables car elles font l’impasse sur le principal. Le seul fait que le politburo ne figure même pas dans la constitution théorique en dit long quant à la séparation des pouvoirs. On pourrait en dire de même des pouvoirs suprêmes dans l’actuelle Union européenne, qui sont au-delà et au-dessus du Conseil et de la Commission, eux-mêmes incontrôlés au plan européen. L’indépendance politique de la BCE et sa mission implique évidemment sa dépendance vis-à-vis des puissances financières. La même observation s’applique si on regarde du côté des affaires étrangères commerciales. Tutelle d’un ordre encore supérieur établit par traité “constitutionnel” (vivant) à l’OMC, relations à l’OMC concentrées et incontrôlées. Etc…

    Par ailleurs, de même que dans les “constitutions” soviétiques, dans la “constitution” européenne, ce qui ordonne aux pouvoirs publics, au-delà de quelques droits fondamentaux étrangement mal formulés et garantis on ne sait par qui, c’est un ensemble de principes idéologiques… qui nient eux-mêmes la plupart des droits fondamentaux et l’égalité : création monétaire interdite pour les investissements publics ; services publics subtilement interdits ; subventions interdites ; libre circulation totale des capitaux en provenance et à destination de pays tiers ; autorisation aux élus (”Parlement” européen) de co-légiférer en la matière… seulement s’il s’agit de la rendre encore plus libre…

    Quant à la “constitution” de l’OMC, on retrouve le même schéma, juste exacerbé : ses “lois primaire”, a fortiori ses “lois”, ne visent pas du tout à règlementer l’action de personnes (”morales”) privées, mais uniquement celle des pouvoirs publics ; or, aucun droit fondamental individuel n’y est affirmé (sinon, implicitement, celui de gagner de l’argent en dormant pour qui le peut – mais un tel fondement, en dernière analyse, nie toute liberté en niant l’égalité).

    Voilà ce que signifie en fait la dérégulation : une mutation des institutions qui renverse leur rôle ainsi que le sens et l’objet des lois. Cette mutation, typiquement totalitaire, ne casse pas frontalement l’état de droit ; elle n’induit pas une vulgaire tyrannie, au sens où le système continue d’être régi par des lois, mais elle empêche de légiférer dans certaines voies et, plus encore, d’une manière qui figerait une traduction des volontés des maîtres (en l’occurrence, disons les pouvoirs financiers) ; car la part tyrannique du régime doit justement s’exprimer dans la mesure où leurs volontés elles-mêmes, en temps réel, feront la loi – dans un domaine toujours plus vaste, bien évidemment (domaine qu’on peut associer à celui du marché). Le corollaire de cette hiérarchisation, c’est que les “maîtres temporels” n’ont de pouvoir, précisément, que dans la mesure où ils se plient entièrement à la logique idéologique, qui est la seule véritable reine. La même forme de servitude, faut-il le dire, se décline à tous les niveaux de la société.

    Nous avons là une pure logique du pouvoir comme fin et moyen de cette fin, donc en expansion constante et illimitée (jusqu’à destruction complète). Le parfait contre-sens du libéralisme. En outre, il est ridicule de chercher un équilibre dans un régime dont l’essence même est le mouvement permanent, comme il est absurde de chercher une finalité libérale à un régime dont l’essence même (revers de la médaille), est la terreur, ou autrement dit, la négation de toute liberté.

    Il n’y a donc pas de sens à vouloir attribuer aux “libéraux” la recherche d’un équilibre social impliquant des moyens qui supposent ou tolèrent des privilèges d’émission monétaire, comme la concentration de toutes autres vecteurs de pouvoir. Il est tout aussi grotesque d’imaginer que les “libéraux” aient pu chercher un équilibre qui se moquerait de savoir si des gens sont sans emploi. Tant au regard de la finalité éthique d’une telle philosophie qu’en vertu du bon sens qui consiste à reconnaître qu’un système non seulement oppressif mais anarchique ne mène à aucun équilibre en termes de forces sociales.

    Cela nous ramène à la question de la viabilité du capitalisme. Je confluerais, ici, en disant que le mouvement totalitaire néolibéral :

    – ne conçoit aucun équilibre qui se rapporte à un idéal tangible. Même le marché ou la concurrence, idée qui est au coeur de sa prémisse idéologique, qui est à la fois la fin et le moyen d’une fin, l’équilibre et le régulateur incarnés, est condamné à une augmentation constante.
    La seule chose qui doit être en équilibre, à la rigueur, c’est le taux de profit. Mais, sans parler du fait qu’il est lui même condamné à croître, dans ce contexte, et qu’un tel équilibre est donc nécessairement précaire, il n’a rien d’un idéal en soi, même pour les rentiers, contrairement aux jouissances qu’il est supposé leur permettre. Un tel contrat en fait tôt ou tard des esclaves avant tout.

    – N’est rien d’autre que la réalisation d’une utopie qui consiste à vouloir repousser éternellement la crise capitaliste. On sait que cela suppose une expansion constante du domaine du marché. On sait aussi que cela suppose, à l’entrée, un flot de monnaie superflue et, à la sortie… un flot d’humains rendus superflus (pour reprendre les mots de Hannah Arendt, à qui l’on doit l’essentiel des analyses que je reprends ici).
    Mais ce qu’on voit moins clairement, il semble, c’est qu’effectivement, les limites du capitalisme sont repoussées, et cela grâce à l’expansion constante, sur le mode totalitaire, d’un nouvel État, le déploiement d’institutions nouvelles, décidées d’en haut et opérées par le haut. Jusqu’à nouvel ordre, il est clair que l’Union européenne et les institutions financières internationales sont la cause du problème, pas un élément de solution.
    Ce qui ne veut pas du tout dire qu’il faille chercher dans leurs enceintes les pouvoirs suprêmes réels. Ces derniers n’y opèrent que par des portes ouvertes par le haut ; ils sont tous officieux, en tant que pouvoirs publics, non pas qu’ils soient tous occultes, mais parce qu’ils sont tous dans le domaine privé.

    Dans ce contexte, même l’idée que “les marchés et l’État fonctionnent selon des principes antagonistes”, quand bien même elle est supportée consciemment par les “compagnons de la libéralisation”, est une pure illusion : l’État fonctionne désormais et jusqu’à nouvel ordre selon les principes du marché…

  68. samedi dit :
    6 août 2008 à 19:48 ‭Pardon pour cette “théorie” un peu générale et assez crue par ailleurs, ainsi que pour le ton catégorique voire un peu définitif sur lequel elle est servie. J’espère avoir pu apporter des éléments de réflexion.

     

    Ce au-delà des réponses personnelles que je donnais, en filigrane : à la question de l’équilibre et de la régulation (Yann) ; à la question des “interventions […] intrinsèques ou extrinsèques au bon fonctionnement du système capitaliste en tant que tel” (Paul).

    J’ai également nié que “la dérégulation consiste à réinstaurer pour les marchés leur fonctionnement spontané en l’absence d’interférences”.

    Déjà, de manière générale, je ne crois pas que les marchés préexistent à l’État, du moins pas depuis l’invention de la monnaie. Je ne crois qu’il y ait de capitalisme qui ne soit pas un capitalisme d’État.

    Et je dis que la dérégulation consiste non pas tant en une action législative qu’en un mécanisme affectant les institutions, et dont la conséquence est de changer le sens et l’objet des lois, en réservant un domaine (croissant) pour un exercice tyrannique du pouvoir.

    En l’espèce (néolibérale), elle consiste à remodeler l’État pour le mettre au service non pas du marché mais d’une logique idéologique dans laquelle le marché lui-même est une fiction – à laquelle on peut faire raconter tout et son contraire, quant on l’invoque. Le “marché réel” est en fait le résultat de l’ensemble : des volontés des puissants, elles-mêmes asservies à une logique ; des moyens de l’État, asservis à cette logique ; des individus en tant que travailleurs et en tant que consommateurs.

    Un autre moyen de situer ce “marché réel” est de constater à quel point la demande est conditionnée par l’offre : ce sont toujours les mêmes qui posent les questions, et les mêmes autres qui y répondent. Cela est bien sûr lié au fait que la plupart des acteurs de ce qu’on nomme le marché sont des personnes “morales”, non pas physiques. La demande et l’offre de la boîte qui m’emploient n’ont rien à voir ou presque avec ma demande et mon offre.

    Par ailleurs, l’offre est fortement conditionnée par une image particulière de la demande. Le marketing est un sacré dressage, pour les futurs orienteurs de l’offre. Nous sommes des gens solvables, en moyenne, qui voudrions des bagnoles électriques, des programmes télés supportables, des questions pertinentes dans les sondages, et pas de communication à la noix pour gérer les campagnes médiatiques…

    Manifestement, le marketing ne comprend pas… ou c’est qu’il faut resituer l’économie de marché dont on parle dans son contexte réel, c’est à dire celui d’une société de marché.

    * “En quelques mots, les taux d’intérêt sont déterminés par le rapport de force qui existe entre les investisseurs et les patrons ; l’inflation dépend elle du rapport entre les patrons et les salariés.”

    Si ce “théorème antimonétariste” de Paul Jorion, qui ne manque pas d’étonner, est vrai, il n’empêche pas qu’il puisse se créer des conditions dans lesquelles les deux éléments distingués sont liés.

    Or il me parait même assez évident que cette liaison est tout ce qui a de plus naturelle, et qu’elle tend vers l’automatisme dans le contexte du capitalisme financier, total, … contemporain.

    La concurrence entre entreprises et les phénomène de domination observable au sein de chaque entreprise sont liées, tout comme une situation de guerre (ou de menace de guerre) induit naturellement une hiérarchisation au sein des pays concernés. Contre ça, il n’y a pas de remède, sauf la démocratie (d’entreprise), mais même, le remède n’est efficace que dans un climat ou s’il s’agit de mettre rapidement un terme au conflit extérieur.

    Or, dans le contexte institutionnel (et politique) présent, le duo infernal (et oxymorique) concurrence-excellence (cf. V. de Gaulejac, La société malade de la gestion) est avant tout une réponse à la “demande” des actionnaires.

    La nécessité, pour l’entreprise, d’écouler ses productions ne disparaît pas, mais elle agit dans le même sens, la pression actionnariale amplifiant en fait la même contrainte.

    La quasi-totalité des entreprises étant liées à la bourse, soit directement soit par leur position de sous-traitants à l’ordre n de donneurs d’ordres côtés en bourse, on peut considérer que dans toute la chaîne, les rapports “patrons” / salariés sont directement influencés par le comportement des actionnaires.

    La tendance des patrons à laisser place à des managers asservis aux actionnaires n’est d’ailleurs une découverte pour personne. Dès lors, il est évident que le management consiste à faire communiquer les deux types de rapports de force, pour ne pas dire n’en faire plus qu’un.

    Quant au salaire des “patrons”, qui est en quelque sorte le résidu de l’équation de Paul, il cesse d’être une variable (un peu) indépendante des “investisseurs” : le salaire des “patrons” devient essentiellement lié au rapport de force actionnaire / [entreprise citron] ou bien [actionnaire – manager à ses ordres] / citron.

  69. Rumbo dit :
    6 août 2008 à 20:01 samedi dit (entre autres):

     

    Un autre moyen de situer ce “marché réel” est de constater à quel point la demande est conditionnée par l’offre (ndlr Rumbo: alors que c’est plutôt le contraire qui est vrai) : ce sont toujours les mêmes qui posent les questions, et les mêmes autres qui y répondent. Cela est bien sûr lié au fait que la plupart des acteurs de ce qu’on nomme le marché sont des personnes “morales”, non pas physiques. La demande et l’offre de la boîte qui m’emploient n’ont rien à voir ou presque avec ma demande et mon offre.

    – La demande et l’offre de la boîte qui m’emploie n’ont rien à voir ou presque avec ma demande et mon offre – Rien n’est plus exact, et ceci dans environ ~50% des cas ! Ce qui est énorme ! Une économie comportant 50% de demandes provoquées artificiellement,en général nuisant à l’environnement, hypothéquant les emplois concernés, nourries par des manœuvres financières frelatées (1). Tout ceci étant dit et rappelé ici pour bien souligner que les tenants de ce “merveilleux” système financier n’ont à la bouche que le mot : démocratie. Ils en viennent à nous soûler avec le mot démocratie. C’est là qu’il faut les prendre à revers et poser clairement la question: Que signifie la démocratie (sous-entendu ici: démocratie politique) sans la moindre démocratie économique. À quoi bon une démocratie politique quand vous n’avez jamais un sous vaillant en poche ?? Rien n’est moins démocratique que l’argent tel qu’il est traité actuellement. ( rappel: http://assoc.pagespro-orange.fr/aded/ )

    C’est bien là encore une version de plus de l’immense zone d’ombre recouvrant la vie “politique et sociale”. Obscurité totale au sujet de la maîtrise de la monnaie : non-dits, réponses à côté des questions, fuite en avant, poncifs soporifiques de toutes sortes, etc. Louis Even, le pédagogue génial sur l’argent, divisait la question monétaire en deux parties essentielles: 1) la question du POURQUOI de l’argent, c’est celle-ci qui est complètement “désertée”, plus exactement, un domaine “strictement réservé” : Mesdames, Messieurs, ce sujet monétaire ne vous regarde aucunement, affaire suivante et en vitesse…. 2) la question du COMMENT de l’argent, ici les compétences sont surabondantes et il n’y a que l’embarras du choix. Seul ici le problème du – commandement – reste crucial. La plupart du temps, c’est d’ailleurs la question du – comment – de l’argent qui arrive systématiquement sur le tapie dans les débats qui peuvent avoir lieu ici et là. La confusion entre la question du – pourquoi – et la question du – comment – de l’argent en essayant de traiter “d’abord” le – comment -, et en laissant de côté (consciemment ou non) le – pourquoi – nous égare à tous les coups dans la connaissance et les solutions à trouver aux questions monétaires.

    En résumé, tant que ce type de politique restera en place, à moins d’être touchée par la grâce, rien ne devrait changer, et ce, jusqu’aux ultimes conséquences…

    Coluche avait trouvé l’expression résumant le mieux le dictateur: Ta gueule ! Et l’expression résumant le mieux le démocrate: Cause toujours!

    Je crois qu’on en est là.

    (1) exemple: les prêts hypothécaires aux États-Unis. Les classes moyennes étatsuniennes ayant été déjà sursaturées de prêts immobiliers (et autres) à rembourser, et les banques “devant à tout prix” gonfler leurs bilans pour satisfaire leurs actionnaires, ont “fabriqué” des prêts destinés aux dernières classes salariales, classes par nature les plus exposées aux risques, chômage, etc. Tant que les cotes de l’immobilier américain montaient, tout allait bien, les endettés “propriétaires” de maisons hypothéquées voyaient leur “capital” leur “rendre” des intérêts, et jusqu’à la consommation des ménages aux États-Unis était “portée” part ce “système magique”. Mais les banques, brouillant toutes les pistes par le procédé de la titrisation et ayant posé la malversation au départ, l’ont récolté à l’arrivée. La suite, tout le monde connaît, en principe, ce qu’il faut en connaître à l’heure qu’il est.

  70. catherine (mocrie bailleul) dit :
    6 août 2008 à 20:05 Excusez-moi tout d’abord, ça n’entre pas directement dans le vif de votre sujet d’étude mais ça y participe cependant me semble-t-il, aussi , je me permets de l’introduire dans votre discussion fort intéressante.

     

    Je suis entrain de lire un livre de Norbert Wiener, le père de la cybernétique ou l’art de rendre une action efficace, le livre s’intitule” cybernétique et société” ou l’usage humain des êtres hiumains, ça en dit long déjà, cette lecture n’est pas sans susciter certains remous cognitifs, elle invite à certaines pensées.

    En ayant une vision un peu englobante de ce qui se passe, il me semble que ce qui prévaut depuis de nombreuses années, c’est le principe d’utilité pour les tenants du pouvoir, et ce qui est utile pour eux, c’est ce qui est au service de leur référence ultime, c’est à dire faire le plus de profit possible en dépensant le moins possible. Une grandeur de référence en quelque sorte à laquelle est asservie tout ce que nous vivons dans toutes les sphéres, enfin il me semble. Une mesure de lisibilité des événements actuels.

    Historiquement, ce que l’on présente comme des avancées sociales (36, etc…) me semblent être un habillage mensonger d’une réalité plus crue et incontournable surtout.

    Ces avancées sociales ont été permises car elles étaient nécessaires. point.

    Elles répondaient à une nécessité d’efficacité et de survie du système économique.

    La force des tenants du pouvoir économique a été d’en faire une victoire de la classe laborieuse, mais elle a été consentie parce que nécessaire, c’est ça le bluff peut-être.

    Une escroquerie en somme, mais je me trompe peut-être?

    Aujourd’hui, j’ai le sentiment que cette variable de “l’humain” qui présentait un intérêt pour la survie du système, et dont on ne pouvait se passer alors, n’est plus guère que gênante, encombrante, elle nécessite des dépenses d’énergie car il faut la contrôler et qu’on pourrait presque lui préférer à l’avenir un modèle plus conciliant, plus rentable, plus utilitaire au moindre coût, celui d’un nouvel ” humanoide”, tout droit sorti de je n’sais où, de tubes de laboratoire??????de clonage, que sais-je encore…

    Cette vision “utilitariste” et huxleyienne vous semble-t-elle exagérée ?

    Merci de m’apporter vos réflexions.

  71. yann dit :
    6 août 2008 à 21:45 @Catherine

     

    En ayant une vision un peu englobante de ce qui se passe, il me semble que ce qui prévaut depuis de nombreuses années, c’est le principe d’utilité pour les tenants du pouvoir, et ce qui est utile pour eux, c’est ce qui est au service de leur référence ultime, c’est à dire faire le plus de profit possible en dépensant le moins possible.

    L’utilité est une notion très relative, je pense personnellement que nos élites sont elles-mêmes prisonnières d’un jeu social qui les contraint à l’exubérance et à l’adoration du veau d’or. Celui qui n’aime que l’argent n’aime rien en réalité, il s’agit de combler un vide et d’oublier sa propre mort. Ils se font la course consummériste pour rester dans leur milieu c’est un peu ce que voulait dire le livre d’Hervé Kempf “comment les riches détruisent la planète”. Malheureusement cette course au néant se transmet au reste de la population comme une maladie mentale.

    Mais vous soulevez le problème épineux de la politique étatiste d’après guerre, ou politique keynésienne. Cette dernière a effectivement sauvé le capitalisme de son péché naturel, la surproduction. Mais il ne faut pas oublier que plus que le capitalisme c’est le progrès technique qui quelque part nous contraint à consommer toujours plus. En effet c’est l’augmentation de la productivité qui produit le besoin de compenser par hausse de la consommation. Keynes pensait à son époque que de la croissance de la productivité apparaîtrait une “République sociale idéale” dans laquelle les gens ne travailleraient qu’une petite fraction de leur temps et passeraient le reste du temps à la création artistique, scientifique, etc. Il n’avait pas imaginé que les capitalistes seraient capable d’inventer autant d’objets inutiles et farfelus pour continuer à croître toujours plus. Petite anecdote je viens d’apprendre qu’une entreprise américaine a l’intention de commercialiser un téléphone “jetable”.

    Cela illustre la folie collective que notre système engendre. Sinon sur l’utilité il me semble que pour l’être humain ce qui est utile est ce qui est socialement utile. Il faut démarchandiser les rapports sociaux, c’est-à-dire faire en sorte que l’accumulation d’objets ne soit plus socialement utile. Par contre j’avoue n’avoir aucune idée de comment faire pour y arriver.

  72. samedi dit :
    6 août 2008 à 22:41 @ Catherine

     

    Bien le bonsoir d’un mocreux de Lyon.

    Il y a un paradoxe qui ressort de votre questionnement : vous demandez si des avancées sociales pourraient n’être accordées par les gouvernants que parce qu’elles leur sont nécessaires – à eux, puisqu’elles sont nécessaires “à la survie du système économique”… qui en fait des gouvernants -, puis vous demandez, en concluant, si les gouvernants peuvent se passer d’esclaves humains.

    L’une ou l’autre de ces possibilités est irréaliste. Pour moi, c’est la seconde, sans aucune hésitation.

    Mais le fait que des avancées sociales soit nécessaires aux gouvernants n’a absolument rien d’incompatible avec le fait qu’elles soient voulues par le bon peuple. Cela signifie simplement que les gouvernants estiment eux-mêmes que l’évolution du rapport de forces les menace, et qu’ils font donc quelques concessions pour pérenniser leur domination.

    Il est vrai que c’est principalement la peur des gouvernants qui déclenche les concessions, car potentiellement ils sont écrasés par le nombre. Même les pires dictatures ont une immense fragilité si on s’en tient à mesure les rapports de force potentiels, et tout ça se passe surtout dans les esprits. Mais il est certain que cette peur ne sort pas du néant. Toutes les avancées sociales sont le produit de conquêtes .

    Cela ne signifie pas non plus qu’il n’y ait pas d’escroquerie, des raisonnements et des mobiles cachés. Les menaces liées au contexte international, notamment, étaient très vivantes en 1936. Je suis nul en histoire, mais il me semble que l’hitlérisme avançait à grands pas, que les soi-disant synarchistes, entre autres, auraient été entrain de préparer le sabotage et la défaite de la France ; qu’il y avait aussi la guerre civile espagnole ; que la Banque de France, sinon le gouvernement Blum, aurait livré à Franco l’or de l’Espagne, confiée par le gouvernement républicain… ; que fascisme était presque partout en Europe, … et que la grande crise capitaliste s’était déjà déroulée. Allez savoir toutes les raisons de chacun dans les seuls milieus gouvernants.

    Le meilleur des mondes de Huxley n’est pas un système capitaliste. En dépit du fait qu’il y a des paraboles sur l’absurdité de la société de consommation. Le capitalisme ne pourrait même pas y exister.

    D’ailleurs, la domination y a disparu – au point qu’il faut compenser l’absence des humeurs qu’elle suscite par des drogues euphorisantes. Le pouvoir est toujours le pouvoir qui s’exerce sur un autre, un semblable. Les aplha n’oppriment pas les bêta et autres, ils sont les uns et les autres conditionnés à leur condition, peu importe qu’elles soient inégales. Cette inégalité ne s’achète pas, notamment par de la monnaie versée pour le prix d’un travail. Il n’y a pas de gouvernants : tous obéissent à une même logique imposée par aucun en particulier.

    La fiction de Huxley n’est pas même l’anticipation d’un quelconque système possible à l’avenir. Elle est un collage de plusieurs tableaux d’anticipation, ou même de paraboles sur des phénomènes existants, très en vogue à l’époque : les propriétés des drogues, notamment hallucinogènes, de l’hypnose ; la découverte de Pavloff, les travaux de Freud, leurs implications pour la propagande et le dressage ; le plaisir sans attache, … et les avancées dans le domaine biotechnologique.

    Mais l’ensemble ne tient pas.
    La preuve la plus évidente est que tous les “individus” y sont des produits de laboratoire.
    Politiquement, le mobile de cette fiction est malthusien. Tellement malthusien qu’il n’y existe plus un seul humain… Or il faudrait être con, quand il n’existe presque plus d’humains, pour être encore malthusien…
    Il faudrait qu’un jour, même les gouvernants en soient arrivés à perdre l’instinct de survie, de reproduction de l’espèce… c’est complètement irréaliste.
    Même “le patron” de Monsanto n’en est pas là. “Lui” se fout des générations futures, par schizophrénie, mais je ne doute pas qu’il ait des gamins. La preuve : cette boite a des millions de petits actionnaires…

    Par ailleurs, comment l’auraient-ils transmis à leur créature, cet instinct de survie, avant de “passer la main” ? Et comment l’auraient-ils fait sans travailler ? Cela veut dire que des prolétaires l’auront fait.

    Et ensuite, comment les machines tournent-elles ?
    Même si ce n’est que les machines permettant de créer les humanoïdes en question. Si les humanoïdes eux-mêmes ne sont pas des mortels, alors ils sont de simples machines et ils ne changent rien à l’affaire.

    Si les gouvernants, étant des humains, pouvaient se passer de travailleurs humains :

    – il n’y aurait que des machines, qui n’ont pas besoin de salaire. Les biens de consommation n’auraient donc plus aucune valeur marchande. La moindre utilisation de monnaie, même pour s’échanger ces biens entre eux, serait tout à fait inutile.

    – Ou bien la production serait encadrée par des humanoïdes. Un humanoïde, mettons, aurait besoin de manger, mais pas d’un salaire. A moins qu’il s’agisse de le vouloir libre, ce qui est absurde puisqu’il est né esclave et que seul lui peut vouloir sa liberté. Ou les humains gouvernants sont inconscients au plus haut point et ce régime ne tient pas.

    – Si seuls les humanoïdes et des machines produisent, et qu’ils n’ont pas besoin de salaire en monnaie, alors les gouvernants eux-mêmes n’ont pas besoin de monnaie pour acquérir de quoi vivre (dans le luxe).

    – En plus, la monnaie serait ingérable dans ce contexte, puisqu’elle serait dissociée de toute gestion de la production.
    J’irai jusqu’à dire que le fait de recréer une monnaie conduirait à recréer une division sociale qui ramènerait au capitalisme… et à un esclavage humain. Les esclaves humains (peu importe qu’ils soient eux-mêmes maitres des humanoïdes) seraient eux-mêmes, nécessairement, certains des descendants des ex-gouvernants…
    Si une caste s’appropriait les machines, tentant de vendre les produits aux autres, l’autre cate disposerait nécessairement de la plupart des avantages de la création monétaire. Comment vivrait-elle et tiendrait-elle, sinon ? Les deux castes seraient alors assurément en lutte, et par ailleurs elles seraient obligées de s’entendre, faute de quoi le contrôle de la monnaie (de l’inflation) et, par conséquent, de celui de la production, seraient ingérables.

    – Par ailleurs, il n’y aurait aucun humain pour concevoir, entretenir et faire marcher les machines, ce qui est parfaitement impossible. On mettrait donc des humains prolétaires, des ouvriers et surtout des ingénieurs et des techniciens.
    Qu’on mette des humanoïdes aux postes d’ouvrier, et même dans toute l’industrie, il faudra encore les diriger et se charger de diriger les innovations. Si on les laisse disposer de la direction, ils sont une menace évidente pour les humains et pour le régime.
    Ayant seuls le contrôle les machines, il est évident que des patrons humains utiliseraient ce moyen de pression colossal contre les gouvernants, pour s’émanciper. La lutte amènerait une division du travail accrue, et de nouvelles combinaisons de castes, avec une part de gouvernants déchus et une part de prolétaires promus…
    A moyen terme, cela créerait des sous-classes dans chaque caste, des combinaisons, … Et on en reviendrait à ce qu’on voit dans notre univers actuel. Avec ou sans humanoïdes à la place des machines.

    – S’il n’y a que des humanoïdes dans l’industrie : soit la division du travail leur apprendra à gouverner et les laissera cultiver la liberté… ; soit ils sont parfaitement conditionnés pour accepter la division du travail, et alors ils rejoignent l’état de machine, et il n’a a plus de capitalisme et plus de monnaie.

    Ne vous inquiétez pas, nous avons bien des choses à craindre, mais certainement pas une situation où des gouvernants se passeront de notre travail. ;)

  73. catherine(mocrie bailleul) dit :
    7 août 2008 à 12:40 à Yann,

     

    d’accord sur la relativité de l’utilité bien sûr, et le fait que les tenants du réel pouvoir, c’est-à-dire financier, soient aussi “prisonniers” du jeu social, mais ils le sont “a minima” me semble-t-il, car ce sont eux qui ont institué les régles du jeu, c’est leur construction, que nous avons laissé mettre en place car nous n’avions tous simplement pas conscience de ce qui se construisait.

    N’ayant pas conscience de ce qui était à l’oeuvre et ne faisant rien pour nous y opposer de fait, nous leur avons permis de tisser leur toile. Il y a donc inter-relation certes, mais à leur avantage bien évidemment.

    Reich nous dit dans un de ses livres que toute révolution doit d’abord commencer par celle des esprits, ils ont bien intégré le message semble-t-il, et c’est un travail sur les pensées, les opinions qui a été entrepris, en taisant certaines informations et en en amplifiant d’autres, à croire qu’ils ont du lire Wiener et s’en inspirer, le traitement de l’information, ils connaissent, pas de doute.

    Je crois que ces gens de pouvoir sont pauvres en fin de compte, très pauvres, pour avoir comme seul credo l’argent et ainsi assouvir leur soif de domination, s’il y avait une dimension spirituelle qui se développait davantage, il est presque certain que le monde offrirait un autre visage, enfin, il me semble.

    A l’orientation spirituelle, on préfére le culte de l’égo car il “sert” leurs intérêts, l’individualisme est au service de leur cause.

    La spriritualité permet de comprendre l’interdépendance qui prévaut dans l’univers et favorise donc la libération de l’égo afin d’être plus en lien, plus en vie avec soi, les autres et l’environnement.

    Cette dimension spirituelle me semble être une réelle voie de salut pour l’humanité, elle ouvre les portes du combat social aussi et ce n’est pas négligeable, car elle nous resitue dans l’univers, mais elle n’est pas valorisée, pas promotionnée au contraire assez disqualifiée.
    Et pourtant, elle porte de bons fruits.

    Je réponds à Samedi dès que je dispose d’un peu plus de temps.

  74. Étienne Chouard dit :
    7 août 2008 à 16:01 Bonjour.

     

    Pour mémoire, cet extrait de la Déclaration d’indépendance des États-Unis :

    Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.

    Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés.

    Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur.

    La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l’expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu’à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés.

    Mais lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit et de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future.

    Source : Wikipédia

    C’est Goethe qui disait, je crois : tout a déjà été pensé, l’important c’est d’y penser à nouveau.

    Étienne.

    (Tirage au sort ou élection ? http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Tirage_au_sort.pdf )

  75. Catherine dit :
    7 août 2008 à 22:13 à Samedi, Bonjour Cher Moqueur Lyonnais,

     

    Tout d’abord, merci pour cet échange, c’est toujours mieux de pouvoir confronter les points de vue, ça permet d’avancer dans notre compréhension.

    Je vais essayer de suivre votre message afin de ne rien oublier.

    Je tiens aussi à vous dire que je ne prétends pas savoir quelque chose, je cherche juste à comprendre, aussi ce que j’avance est juste l’objet de pensées tâtonnantes qui ne demandent qu’à être réajustées si il est juste qu’elles le soient.

    Ce qui vous semble être un paradoxe, tient au fait que la temporalité n’est pas la même dans ce que j’ai exposé précédemment.

    Auparavant, il était nécessaire d’avoir une force salariale productive car on ne pouvait pas faire autrement, il n’y avait pas d’autres voies, c’était une nécessité sans autre possibilité d’alternative, or, aujourd’hui cet impératif productif n’est plus aussi contraignant, la machine remplace l’homme en bon nombre d’endroits.

    La spécificité humaine devient même une “variable”, terrible vocable, gênante, embarrassante comme je le disais précédemment, car elle nécessite de mettre en oeuvre des moyens de contrôle afin de parvenir à cette régulation convoitée, celle du profit au moindre coût.

    C’est donc appauvrissant en termes énergétiques, ça produit de la perte, et c’est d’autant plus manifeste lorsque apparait la possibilité de recourir à des moyens moins coûteux grâce aux avancées scientifiques.

    Les fameux progrès dont on nous rebat les oreilles ont permis de remplacer le travail humain par la machine, c’est en soi une très bonne chose, cela n’était pas concevable auparavant.

    En terme de coût/profit, l’homme n’est peut-être plus un recours satisfaisant, on devine peu à peu des stratégies de contrôle plus efficientes, plus souples, via les modifications génétiques ou que sais-je encore qui pourraient peut-être être mises en application, et qui sait vraiment de quoi l’homme est capable, même si au bout du compte toute l’humanité court à sa perte, c’est donc une pure connerie, mais c’est hélas tout à fait concevable me semble-t-il, l’argument de la bêtise ne me semble pas être un rempart, la vie nous le prouve hélas trop souvent.

    Sommes-nous si certains que ça ne soit pas envisageable dans la tête de certains ?

    Le pire n’est jamais sûr, fort heureusement, néanmoins, il faut peut-être garder cela dans un coin de sa tête.

    C’est la lecture de certains auteurs et le voisinage de certains sites comme sity.net qui m’y a fait penser.

    Ses thèses (celles de sity surtout) me semblaient assez délirantes au début, trop alarmistes , je les observais avec beaucoup de circonspection.

    Mais plus le temps passe et plus les prophéties semblent se concrétiser aussi je ne peux pas ne pas y penser.

    Lisez sur sity.net “armes silencieuses pour guerres tranquilles” et les projets des maîtres du monde qui déploient toutes les stratégies pour un contrôle global de la société.

    C’est loin d’être stupide et ça répond encore une fois au principe cardinal du maintien du système au meilleur coût.

    C’est assez terrible de parler en ces termes, mais je pense qu’il ne faut pas se voiler la face, certains pensent en ces termes-là avec le secours de la sacro-sainte rationalisation qui vient justifier leur mode d’action et de pensée a priori et a posteriori.

    Vous parlez du meilleur des mondes.

    La domination n’existe plus dans ce monde là, dites-vous.

    Je pense quant à moi qu’elle est extrêmement prégnante au contraire, elle n’est pas perçue me semble-t-il car elle n’est que cela, domination au service d’un ordre précis mais au même titre que la lumière ne peut être perçue dans le noir obscur que s’il y a un rai de lumière, elle n’est pas perçue car elle n’est qu’elle.

    Cette domination est constitutive “ontologiquement” si l’on peut se risquer à parler ainsi, de ces êtres de laboratoire.

    Elle fait corps, épouse ce qu’ils sont .

    C’est un fait qu’il n’est pas nécessaire de problématiser, au même titre qu’un noir est noir, un blanc est blanc.

    Un fait indubitable, incontestable, mais qui ne tombe pas du ciel.

    Car il est un sous-produit englobé dans un ensemble plus vaste qui le surplombe, qui le domine, à l’origine de sa création.

    Cette matrice a ordonné le monde tel qu’il se construit dans ce monde huxleyien, elle fixe les lois, elle “institutionnalise” le fonctionnement de cette “société” même si c’est une société non-humaine, c’est une société hiérarchisée avec les lois et une structuration drastique des rapports entre ses membres.

    Savoir si le meilleur des mondes est un système capitaliste ou non ne me semble pas être le problème, on s’en fiche un peu il me semble, mais je me trompe peut-être, d’autre part, l’ensemble de cette fiction ne tient pas dites-vous au motif que les individus sont des produits de laboratoire, mais je ne pense pas que ce soit opposable au fait qu’ils ne soient pas humains.

    D’une certaine façon, ne peut-on penser que l’homme est une sorte de” machine” capable du meilleur ou du pire selon les apprentissages qu’il fera et les hasards de la vie ?

    La personnalité se définit comme le lieu des leurres et des identifications, encore faut-il identifier cet état de fait, tenter de se connaître pour espérer pouvoir se libérer de ce carcan égotique, la liberté commence là où s’arrête la connaissance dit Lao-Tseu, je dois reconnaître que je connais bien peu d’hommes réellement vivants et libres au sens où je l’entends.

    Dès lors,quand on est prisonnier dans sa propre maison, qu’est-ce qui nous différencie d’un robot ?
    On répète, on répète, comme une machine perroquet.

    Il faudrait dites-vous encore que les gouvernants aient perdu leur instinct de survie, là encore on voit bien que ce que l’homme produit va à l’encontre de la vie et pourtant ça ne l’empêche pas de poursuivre cette ascension mortifère.

    Mais tout cela est une fable et l’on ne saurait répondre à toutes les questions posées, néanmoins la structure de cette fiction nous invite à nous interroger sur ce que nous vivons, subissons, acceptons, je ne pense pas qu’on puisse faire des analogies directes avec ce que nous vivons sans perdre l’intérêt de cette description, son but est peut-être de nous proposer un questionnement général, là encore c’est ce que je crois à défaut de le savoir.

    Je vais devoir arrêter là pour ce soir, mais nous pouvons continuer si ça vous dit un peu plus tard, je n’ai pas terminé complètement, ne m’en veuillez pas, je suis fatiguée.

  76. Paul Jorion dit :
    8 août 2008 à 04:21 Je suis allé lire vos interventions sur le blog de Vincent Perrier-Trudov. Il est ouvert et j’aime bien ce qu’il écrit. Je ne sais pas si le passage suivant – extrait de ce qu’il écrit – fait partie des choses avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord. Si c’est le cas, j’aimerais bien que vous me disiez où le bât blesse. Je vois bien qu’il ne considère pas que de la valeur est créée « ex nihilo » mais comme vous le savez, moi non plus – nous en avons déjà longuement débattu.

     

    En quoi cela invalide-t-il la théorie sur la “création monétaire” par les banques privées ?

    Tout d’abord, les banques ne créent pas la monnaie, elles constatent ou anticipent des valeurs présentes ou futures. Elles constatent la valeur d’un bien immobilier, ou anticipent la valeur de revenus futurs en fonction d’un emploi salarié.

    En fonction de ces données relatives aux valeurs qui sont détenues ou qui seront détenues, elles valident un niveau de confiance quant à la solvabilité du demandeur, et accordent un prêt.

    La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur.

    Les banques ne sont donc les dépositaires que de la confiance – et c’est déjà beaucoup, et facturent leurs services autour de cette confiance. Qu’elles fassent des profits sur ces services est tout à fait normal.

    Il est donc faux de dire qu’elles font des profits sur quelque chose qui n’existe pas.

  77. A-J Holbecq dit :
    8 août 2008 à 06:47 C’est jouer sur les mots et enfoncer des portes ouvertes: une valeur future est bien quelque chose qui n’existe pas (pas encore)
  78. Dani dit :
    8 août 2008 à 14:41 Sachant qu’en Suisse la monnaie scripturale représente 94,5 % de M3 (le numéraire 5,5 %), et que je possède un compte en banque (comme chacun ici… ;-) ). Est-ce que l’argent que j’ai sur mon compte existe oui ou non ? Est-ce que c’est de la monnaie ? Est-ce qu’il est accepté en paiement au même titre que le liquide ?

     

    Moi, je réponds oui. Au fait, qui a mis en circulation mes “moyens de paiement” ?

  79. Rumbo dit :
    8 août 2008 à 14:48 Non, pas d’accord, pour plusieurs raisons mais tout d’abord ceci.

     

    L’on voit bien poindre ici les limites de l’argumentation justifiant l’actuel sytème de création monétaire.

    D’abord, il faut insister sur le fait suivant : comme les banques demandent, d’ailleurs légitimement dans ce système, des garanties (bilans, biens à hypothéquer, revenus salariaux et autres, etc, etc) pour octroyer, ou non un crédit, cela enfonce un coin, progressivement et inéxorablement, entre ceux qui ont accès aux marchés des capitaux et ceux qui ne peuvent pas, ou ne peuvent plus y avoir accès. La dualité et l’opposition riches-pauvres va s’accentuant dans ce système. Obligatoirement. L’actualité parle d’elle-même.

    Ensuite, c’est oublier que la production est PREMIÈRE dans TOUS les sens du terme sur n’importe quel acte monétaire ou financier. SANS LA PRODUCTION L’ARGENT NE VAUDRAIT STRICTEMENT RIEN, à peine le prix du vieux papier à envoyer au pilon.

    Le question qu’il faut poser D’ABORD pour ne pas se perdre et s’enfoncer dans le marécage financier bourré de pièges et de certitudes, c’est : Peut-on physiquement produire ceci ou cela ? Si la réponse est oui, il n’y a pas alors de problème particulier, la question du financement est bien plus facile à résoudre que la production elle-même. Si la réponse est non, et bien on remet le projet dans les cartons et on verra plus tard, selon les circonstances.

    Actuellement, tout est faussé par la question obligatoire : peut-on payer? Si c’est oui, on commence la production avec l’angoisse et l’incertitude de ne pouvoir rembourser tout le long du parcours interminable (minable), le plaisir et la satisfaction de l’achat sont flétris par le mode de financement lequel nous échappe complètement à la base.

    Ainsi, dans le présent système, c’est un système inversé. Dans ce système-là, c’est donc le financement qui commande à la production possible ou non SELON LES CRITÈRES DU FINANCEMENT, même si on sait parfaitement produire et que cette production répond à des besoins indispensables. C’est la sacro-sainte politique dite “du crédit” (terme qui veut tout dire et son contraire) qui détermine, dans le fond, ce qui peut être produit.

    D’ailleurs les résultats de notre “culture” sont à peu près directement ceux induits et sortis des MÉCANISMES BANCAIRES ET LEUR MODE DE FONCTIONNEMENT. Ceux qui ouvrent ou ferment la création de l’argent selon leurs “caprices” sont bien davantage déterminants que les éléments naturels et leurs aléas.

    La plupart d’entre nous n’avons encore pas compris que nous devons nous endetter pour acheter, plus cher que la nomale (cherté devenus “normale”) ce que nous produisons. Très au dessus de ce qui serait et resterait un juste prix.

    Le critère déterminant actuel, c’est : le bilan des banques. C’est ce “bilan bancaire” qui est capable de faire s’entretuer les humains et les laisser périr dans la misère pour rester un “bon bilan”.

    Le côté fondamentalement nocif de ce système est que les bilans des banques ne restent “bons” que provisoirement (l’actualité parle à ma place) et nuisent de toute façon dans tous les cas de figure (qu’ils soient bons ou mauvais) aux sociétés humaines.

    La mondialisation vient brouiller et rebrouiller les cartes, car autrefois la pauvreté et la richesse se cotoyaient à l’intérieur du même pays et les incitations à comprendre cette situation étaient alors directes. Mais avec la globalisation-mondialisation, cet antagonisme riches-pauvres s’est répandu sur toute la planète en pays ou régions riches et pays ou régions pauvres. Les citoyens des pays riches que nous sommes avons ainsi beaucoup plus de mal à cerner la question cruciale du traitement de la monnaie. Dans les pays pauvres, j’en témoigne (des centaines de fois !), la question monétaire est appréhendée avec un prisme de compréhension clair, direct et efficace, au moins pour cerner sans hésiter, ni détours “philosophiques” sans issue, le rôle que doit représenter et jouer la monnaie.

    La monnaie est, à la base, un permis d’acheter ce que nous ne fabriquons pas. Je l’ai dit, je le répète, c’est très simple et clair.

  80. A-J Holbecq dit :
    8 août 2008 à 15:52 @Paul

     

    Tu écris “La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur”, ce qui me fait penser à ce qui suit :

    Comme toute la monnaie est émise par le système bancaire la valeur est bien du ressort des banques puisque sans crédit (monnaie) il n’y aurait pas de production et sans crédit (monnaie) il n’y aurait aucune consommation possible, donc la valeur de la production serait nulle.

    Mais je pense comme Rumbo, qu’on s’égare dans ce débat. La question est simple: puisque toute la monnaie est une monnaie de crédit (ce que je considère comme très “imalin”), faut-il que cette monnaie soit émise (je n’utilise pas volontairement le terme “créée”) par des structures privées ou par la collectivité ? Subsidiairement, le système émetteur doit-il bénéficier d’une rémunération sous forme d’intérêts ou d’honoraires ?

    Bref, ce “droit de seigneuriage” est à la base même de notre débat…

  81. Paul Jorion dit :
    8 août 2008 à 17:24 @ A-J Holbecq

     

    Non, non, on ne s’égare pas : on est au cœur du problème.
    Petite remarque avant tout : ce n’est pas moi qui écris

    La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur.

    c’est Vincent Perrier-Trudov. Mais ce n’est pas très important, j’ai déjà dit exactement la même chose dans certains de nos échanges précédents.

    Tu vois, tu dis :

    C’est jouer sur les mots et enfoncer des portes ouvertes : une valeur future est bien quelque chose qui n’existe pas (pas encore).

    et ma première réaction, c’est de me dire “M’enfin, c’est lui qui joue sur les mots : il nie qu’il puisse y avoir anticipation ? Ou que ça ne compte pas ? L’anticipation, c’est le propre du vivant ! Quand Quesnay parle du capitaliste qui consent des “avances”, c’est exactement cela : “faire des avances”, c’est anticiper !”

    Quand chacun imagine que l’autre “joue sur les mots”, c’est très clair : il n’y a qu’une explication possible : ils parlent des langages différents. Et, je crois savoir ce que ces deux langages sont mais avant de le dire, je dois retourner lire ce que dit Michel Foucault sur le passage de l’”économie politique” à la “science économique”.

    Ceci dit, tu peux m’aider à formuler ce que je vais dire : peux-tu me donner un exemple de création de monnaie qui ne soit pas “ex nihilo” ? Et décrire en quelques mots le mécanisme qui est alors à l’œuvre ?

  82. zoupic dit :
    8 août 2008 à 18:13 un crédit mutualisé?

     

    L’argent que j’emprunte provient à presque(?) 100% des dépôts des autres personnes.

  83. A-J Holbecq dit :
    8 août 2008 à 19:06 @Paul

     

    Désolé de t’avoir attribué la phrase de Vincent Perrier -Trudov ;)

    Mais il y a vraiment un truc qui me choque dans “Tout d’abord, les banques ne créent pas la monnaie, elles constatent ou anticipent des valeurs présentes ou futures.” … C’est le début de cette phrase qui m’a surtout fait réagir: si, elles créent bien la monnaie, car elles disposent du droit exclusif de “monétiser les actifs non monétaires”: mais, je te l’accorde, je me suis peut être mal exprimé, c’est vrai que c’est en fonction de la confiance qu’elles ont dans l’actif existant ou espéré car, pour leur bilan, il importe qu’elles puisse détruire le capital monétaire, créé par une inscription dans leur comptabilité et prêté, au terme du crédit: leur anticipation, c’est cela et l’espoir de recevoir leur bénéfice (les intérêts)

    Je ne peux pas te donner d’exemple de création monétaire qui ne soit pas “ex-nihilo” : les deux mots (je l’ai déjà dit) , “création” et “ex nihilo” signifient exactement la même chose et, sauf erreur, il n’y a pas de monnaie moderne qui ne soit pas créée par le système bancaire (banques centrales et leur banques commerciales).

    Mais j’avoue à nouveau que j’ai du mal à comprendre à quoi rime ce débat. Nous étions d’accord sur une formulation qui disait que les banques créaient la monnaie sur demande solvable (future et espérée) des agents non bancaires. Ce qui nous importe, c’est 2 points fondamentaux:
    1 – A qui doivent aller les intérêts?
    2 – Si on considère que les banques commerciales peuvent garder les intérêts sur la création monétaire privée, quelle est la logique qui interdit aux collectivités de financer leurs besoins auprès de leur banque centrale (sans intérêt réels donc , contrairement aux USA)

  84. samedi dit :
    8 août 2008 à 20:30 Comme j’ai passé un peu de temps à répondre, sur Agoravox, à un message (et à un débat) de piètre qualité, je me permets de le reprendre ici, des fois que ça serve.

     

    Le fil de discussion Agoravox est lancé par Vincent Perrier-Trudov, déjà cité ici

    […]

    Il est pour le moins étonnant qu’on puisse trouver logique que le dépositaire de la confiance du peuple soit un “tiers” autre que celui dont on attendrait qu’il soit dépositaire de la souveraineté : le Parlement élu au suffrage universel direct.

    La monnaie qu’on “nomme” confiance est la monnaie fiduciaire : les billets et les pièces, au présent. Mais en tout état de cause, le raisonnement de la confiance renvoie à la monnaie comme institution.
    Vous êtes engagé dans un parti, dites vous : soit, vous avez l’obligation constitutionnelle de défendre nos droits imprescriptibles, parmi lesquels la propriété ; vous devez en outre défendre la république, qui interdit en principe les privilèges.

    Que le roi de je ne sais quel pays d’ailleurs et d’autrefois ait du s’entendre avec les pêcheurs de coquillages ou perles ; que les souverains du moyen âge étaient sans doute bien plus ceux qui avaient le contrôle de la découverte de l’or ou de l’argent, cela ne démontre pas la légitimité démocratique d’une création monétaire d’origine privée, moyennant seigneuriage privé. Que les “tiers” aient été depuis des siècles – sauf rares occasions – une aristocratie, ne fait pas une démonstration.

    Il est vrai que, dans le contexte présent nous en sommes réduit à accorder notre confiance aux banques (et à la finance, qui centuple encore le montant des liquidités négociables), mais c’est bien le problème.

    D’autant que, l’argent étant totalement immatériel (un billet de 500 €, c’est 5 centimes pour le fabriquer), rien de naturel ne justife plus un quelcqonque privilège lié à la création monétaire.

    Par parenthèse : je vois une poignée de banques américaines posséder, en titres – un temps – négociables (en dérivés) la soi-disant contrepartie de 4 années de production mondiale… au rythme actuel, et si aucune crise ne survient. Ce n’est pas un signe de normalité, j’espère. C’est le produit d’investissements ?

    J’ai une amie qui a joué en bourse assez, autrefois, pour sortir un appartement d’un chapeau : sans travailler autrement qu’en spéculant vigoureusement. D’où est sortie la contre-partie ?

    Rappelez vous que l’investissement réel, c’est 3% environ, le reste est purement spéculatif. Sans compter la spéculation sur les monnaies (30 fois l’économie réelle, en gros) et sur produits dérivés (de l’ordre de 100 fois l’économie réelle). Passons, et revenons à la création monétaire.

    Vous prétendez que les banques commerciales ne prélèvent pas des intérêts sur une valeur qui n’existe pas et sur des sommes sans commune mesure avec les montants de leurs dépôts.

    Prenez le rapport 2007 de la Banque de France (pour ce dont je parle ici, il n’y guère de changement depuis des années).

    Tableau page 47 – zone euro :
    – Billets et pièces (en €) en circulation : 627.0 G€ (627.0 milliards d’euros)
    – Encours des crédits au secteur privé : 10 145.7 G€ (10 145.7 milliards d’euros)

    Soit 16.2 fois plus. La part fiduciaire fait 5.8%

    Note 1 : Je ne compare évidemment pas l’encours de crédit au M1, qui inclue les dépôts “à vue” (…) des clients des banques.

    Note 2 : la BCE rémunère désormais les (très faibles) réserves obligatoires […] que les banques sont tenues d’immobiliser sur leur compte chez elle.

    Les banques prélèvent des intérêts sur quoi, alors ? Essentiellement sur des promesses de payer, faites par des particuliers.
    On peut comprendre qu’il y a là un énorme besoin de confiance (et déplorer qu’elle ait son siège dans des banques privées). Mais jusque là, rien ne justifie les intérêts, sinon les charges réelles et les risques portés par les banques elles-mêmes (personnellement, je me contenterais volontiers d’assurances publiques).
    Sauf à démontrer que ce sont les banques qui prennent un tel risque, seules. Affirmation ridicule, vue la part des fonds propres des banques et vu, surtout, que vous convenez vous mêmes qu’à 100% ce sont lesdits particuliers qui apportent la contre-partie (les richesses réelles). Vous savez parfaitement qui sauve la mise aux banques quand le jeu prend fin.

    Évolution de la masse monétaire fiduciaire-centrale (2006 –> 2007) : + 8.2 % (zone euro) soit + 47.5 G€
    Taux de croissance de l’encours de crédit au secteur privé : 11.5% (zone euro)
    Les deux oscillent autour de 10% depuis la fondation de la BCE.

    De l’avis de la BdF elle-même, la part superflue (énorme, pour un monétariste) alimente les bulles spéculatives, financières et immobilière.

    Il est étonnant qu’alors que cette monnaie est créée, puisque manifestement il faudrait la créer, l’État n’en voit pas la totalité. Voyons ensuite ce qu’elle en voit, car elle en voit (un brin).

    Si on compte la part de la Banque de France au capital de la BCE (environ 1/5, de mémoire – cf. aussi tableau de droite dans le rapport p 85), il y a là pas loin de 10 milliards de Francs annuels (2007).

    Vous me direz : ça ne fait pas nos 40 et plus milliards de déficit annuel. Mais évidemment, il faut voir que la quasi-totalité de la dette publique correspond à des intérêts versés au privé. Depuis 1980, ce sont environ 1 200 milliards d’euros d’intérêts versés… Et un capital bien peu augmenté.

    Or l’argent du privé, on l’a vu, sort essentiellement du crédit bancaire. Pour 94.2%

    Combien les banques prélèvent-elles d’intérêts par le mécanisme du crédit ? Je prends le cas de la France non par anti-européanisme (primaire) mais pour raisons comptables.

    Encours des crédits au secteur privé en France : 1 652.9 G€ (1 652.9 milliards d’euros)
    Taux de croissance (2006 –> 2007) de cet encours cumulé : 15.9 % (!) Soit : + 226.8 G€ (226.8 milliards d’euros) de variation entre crédits nouveaux et crédits finis de rembourser.

    Allez, prenons un taux moyen à 4%. Puisque l’encours de crédit est d’environ 16.2 fois la masse monétaire fiduciaire, prenons 4% * 94.2% * 1 652.9 G€ :

    Cela fait plus de 60 milliards d’euros d’intérêts prélevés en un an par les banques françaises sur de la monnaie qu’elles sortent d’un chapeau.

    Combien revient à la Banque centrale, puis à l’État ?

    Bénéfices de la BdF 2007 (p 91) : 2.3 milliards d’euros. Assoyons-nous sur le produit des placements (p 86-89) et autres services financiers rendus par la BdF, et passons à ce que l’État français récupère.

    (p 90) “L’ensemble du résultat disponible dégagé par la BCE au titre des exercices 2006 et 2007 a été utilisé pour consolider sa provision pour risques de change et de taux. Aucun dividende n ’a donc été versé en 2007, et aucun acompte sur dividende au titre du revenu de seigneuriage de la BCE n’a été perçu.”

    Soyons beau joueur : en 2006, c’étaient environ 900 millions d’euros de dividendes versés à l’État français, à quoi on peut ajouter 800 millions versés au titre de l’impôt sur les entreprises. Soit un peu plus de 1.7 milliards.

    Tout à fait incomparable avec 60 milliards ou même avec 10 milliards.

    —-

    Et encore, ce n’est qu’un bilan comptable.

  85. samedi dit :
    8 août 2008 à 20:35 @ AJH

     

    Qu’est-ce qui te fait dire qu’aux États-unis les pouvoirs publics peuvent accéder sans intérêt aux prêts octroyés par la Fed ?

    A ma connaissance, c’est le directoire de la Fed qui, souverainement, évalue la solvabilité du demandeur (public) et décide des taux (les négocie avec le demandeur).

    Or le directoire de la Fed est tout aussi indépendant du Congrès que celui de la BCE l’est de nos élus.

  86. A-J Holbecq dit :
    8 août 2008 à 22:05 @Samedi

     

    Hola, j’étais vraiment fatigué lorsque j’ai écrit ” 2 – Si on considère que les banques commerciales peuvent garder les intérêts sur la création monétaire privée, quelle est la logique qui interdit aux collectivités de financer leurs besoins auprès de leur banque centrale (sans intérêt réels donc , contrairement aux USA)”

    … je voulais dire que pour la France, un financement auprès de la BdF serait ‘in fine’ sans intérêts (puisque la France est propriétaire de la BdF et donc que des intérêts versés à la BdF lui reviendraient), alors qu’aux US il me semble avoir compris que la FED garderait les intérêts d’un financement direct à l’Etat si elle pouvait le faire… me trompe-je ?

  87. A-J Holbecq dit :
    9 août 2008 à 07:04 Avant de partir pour quelques jours, je voudrais recopier ici une partie de l’intervention de “RST” sur le blog de Vincent Perrier-Trudov, qui recopie les propos de Jean Jégu qui a écrit en commentaire sur ce blog-ci :

     

    Ceux qui comprennent que qualifier la création monétaire de “ex nihilo” veut dire qu’un banquier peut se lever le matin en décidant qu’il va créer dix millions d’euros, nous comprennent mal. Tout le monde sait bien que pour prêter il faut trouver un emprunteur. Notre banquier va donc tout au plus pouvoir se dire “aujourd’hui, je vais m’efforcer de placer 10 millions d’emprunts”. Il faut donc reconnaître que le “ex nihilo” peut prêter à confusion, à beaucoup de confusion. Que diriez-vous d’une formulation qui pourrait être : “ la Banque crée de la monnaie scripturale par le crédit, sans recourir directement à aucune autre monnaie préexistante mais simplement sur l’engagement de l’emprunteur à rembourser le capital et à payer les intérêts convenus. Le remboursement du capital et l’acquittement des intérêts donne lieu à destruction monétaire équivalente, c’est-à-dire supérieure au capital reçu”.

    Je précise que l’adverbe “directement” est utilisé ici pour rappeler que l’attribution d’un crédit reste toujours soumise à des contraintes en matière de monnaie centrale (M0) du fait de l’obligation de fournir des espèces et de respecter les Réserves Obligatoires, ainsi que, plus généralement, les Règles Prudentielles actuellement répertoriées, je crois, sous le nom de Bäle II.

    Quand j’écris que Vincent Perrier-Trudov enfonce des portes ouvertes, ce que je veux dire c’est que tout tient dans ce qui précède, je crois.

  88. RST dit :
    9 août 2008 à 09:22 @ A-J Holbecq

     

    En fait ce commentaire de Jean Jégu avait été fait sur le blog de Paul durant le débat sur la monnaie .

    Je l’avais trouvé d’une telle limpidité que je l’avais recopié car je savais qu’il me resservirait ;)

  89. Rumbo dit :
    9 août 2008 à 11:14 Toujours désireux de pouvoir répondre individuellement, mais pas mal pris

     

    Une fois de plus, je crois constater ici dans les échanges (mais je suis peut-être à côté de la plaque ?) que la “technicité” prend le pas sur la recherche du sens de la mission que doit accomplir la monnaie, ainsi que l’élucidation urgente de sa nature. Certes, la technique est inhérente au fonctionnement monétaire. Mais quand on sait, quand on constate tous les jours, que ce qui tient lieu de technique monétaire actuelle, devenue presque homogène dans le monde (1), subit panne sur panne, des avaries comme il en serait des frigos industriels dont on ne saurait plus quand ils ont fonctionné – au dessus – de la température minima, ne garantissant donc plus contre l’apparition de germes dangereux dans les denrées conservées et commercialisées qu’ils sont sensés contenir. Trêve d’images, qu’est-ce donc, dans ce système financier et bancaire, qui comporte un si gros risque de dommages et de contamination de l’économie normale ?

    Sûrement ceci : À la question : N’y a-t-il pas danger que le gouvernement abuse du pouvoir de la création monétaire et émette trop d’argent, et que ça fasse de l’inflation ? N’est-il pas préférable de laisser ce pouvoir aux banquiers afin de laisser ce pouvoir à l’abri des caprices des politiciens ?

    La réponse est que la société productrice des biens peut très bien faire ce que font les banquiers avec les mêmes compétences (cela pourrait être les mêmes banquiers d’ailleurs). Donc la société productrice, représentée monétairement, peut très bien émettre, et elle seule et personne d’autre, la monnaie à la place des banques commerciales, qui, dans ces dispositions justes, ne prêteraient alors QUE l’argent de leurs déposants. L’argent émis ainsi par la société productrice (société productrice Y COMPRIS de son argent) ne serait pas plus inflationniste que celui émis par les banques (sûrement moins !). Ce seraient les mêmes chiffres, basés sur la même production du pays ou de l’espace économique considéré. La seule différence, c’est que la société productrice N’AURAIT PAS À S’ENDETTER NI À PAYER DES INTÉRÊTS POUR OBTENIR CES CHIFFRES. Il n’y aurait que des frais minimes de fonctionnement.

    Nous tournons autour du pot en nous prenant la tête, car nous ne percevons pas, ou très mal, que l’argent dont nous nous servons (et qui manque tant !…) est de l’ARGENT-DETTE. Ce type d’argent ne peut que trimballer des intérêts à payer sans fin, et, in fine, même l’argent fiduciaire relève de cette même maladie, car en amont de lui, cet argent fiduciaire est présent dans le bilan des banques.

    Pourquoi donc les Trichet (BCE), les Pébereau (BNP Paribas), les Jacques Henri David (Deutsche-Bank France), les Noyer (Banque de France), etc., etc., etc., tous archi-compétents (?) n’accepteraient-ils pas de se mettre au service de la Justice au lieu de défendre becs et ongles des profits aléatoires, rendus artificiellement réels, mais faux, nuisibles à la société, à l’environnement et à l’écosystème ? Tous bêlent de concert qu’il n’y a pas meilleurs qu’eux et l’antagonisme riches-pauvres ne cesse de grandir ? Et ceci, dans une époque d’une technicité se surpassant tous les ans !

    (1) ce qui signifie, au passage, qu’elle est sur le point d’éclater d’une manière ou d’une autre. C’est à peu près comme ça dans le modèle biologique. À moins, comme l’indiquerait la tendance de ces jours-ci, qu’on veuille maintenir, artificiellement comme toujours, ce système financier qui fait la fortune d’une coterie, et qui a tant et tant de fois démontré son iniquité.

  90. samedi dit :
    9 août 2008 à 11:42 @ AJH

     

    Hola, c’est moi qui était fatigué en lisant ta phrase, que j’ai interprété à l’envers. ;)

  91. Jean Jégu dit :
    9 août 2008 à 19:05 @ Paul

     

    Vous écrivez, à juste titre je crois : “ Quand chacun imagine que l’autre “joue sur les mots”, c’est très clair : il n’y a qu’une explication possible : ils parlent des langages différents.”

    Pour tenter de clarifier nos échanges, je vais m’efforcer de définir ( certes à ma façon qui reste critiquable … ) trois concepts qui me semblent sans cesse cause de confusion : la valeur, la nature de la monnaie, l’origine de le monnaie.

    Banquiers et financiers se réfèrent volontiers à la valeur d’une réalité économique ou financière. Celle-ci s’exprime en unités monétaires, en euros pour ce qui nous concerne. Je propose ici, pour me faire comprendre, qu’il s’agit d’euros-valeur. La valeur est une mesure subjective, même si l’on considère qu’il existe une valeur moyenne dite de marché. La valeur fluctue au gré des évolutions économiques et sociales, au gré du marché. La finance est l’art d’en jouer pour accumuler de la valeur. Les réalités économiques ou financières sont échangées en fonction des valeurs que leur attribuent ceux qui pratiquent ces échanges. Il y a égalité formelle des valeurs mais chacun est persuadé qu’il fait une bonne affaire et donc estime la valeur différemment que son partenaire. L’estimation de la valeur prend essentiellement compte le devenir de la réalité estimée : je vais déguster cette chinoiserie, cet immeuble va doubler sa valeur dans les cinq ans, ce titre ne peut que se valoriser à terme …

    La marché peut fonctionner avec de la monnaie ou par troc. Si comme aujourd’hui, il fonctionne surtout par monnaie, celle-ci n’est autre qu’une valeur fixe socialement convenue. Elle ne fluctue pas ( au sein d’une économie donnée ) ; elle n’a aucune subjectivité. L’unité monétaire, l’euro-monnaie, est la valeur de référence : X euros-monnaie valent toujours X euros-valeur. C’est cette convention qui fait la nature de la monnaie en tant que moyen d’échange.

    Notre débat porte sur l’origine des euros-monnaie et non pas sur celle des euros-valeur. Le travail par exemple est source de production de valeur, une valeur qui peut s’exprimer en euros-valeur ; mais le travail n’est en aucun cas source directe d’euros-monnaie. Il faut pour cela qu’un salaire soit versé en euros-monnaie.

    Ne confondons pas valeur et monnaie. La question de l’origine de la monnaie, de l’émission monétaire, n’est pas celle de l’origine de la valeur. J’ai l’impression que vous confondez parfois.

    Puis-je retranscrire ici ce qui est écrit dans mes pages sur ce thème :

    Il ne faut jamais confondre l’euro en tant qu’ estimation de valeur ( disons, l’euro-valeur ) et l’euro en tant que moyen légal de paiement ( nommons le l’euro-monnaie ). Quand on évoque les millions ou milliards qui partent en fumée, il s’agit toujours d’euros-valeur ; les euros-monnaie – sauf fraudes manifestes – sont toujours comptabilisés un par un. Ils n’apparaissent ou ne disparaissent que dans les banques et ceci tout à fait légalement.

    C’est cette émission-destruction des euros-monnaie par les banques qui est discutée ici. Il va de soi qu’un patrimoine en euros-valeur peut être transformé en euros-monnaie et réciproquement. Toute somme en euros-monnaie vaut d’ailleurs exactement le même nombre d’euros-valeur par définition.

    En résumé :

    – l’argent est fait pour échanger des biens et des services et non pas pour être directement source d’enrichissement.
    – la monnaie doit être gérée en limitant l’inflation à une valeur socialement acceptable à un moment donné.
    – le “prêt mutuel” ne doit pas être confondu avec le prêt bancaire créateur de monnaie qui, lui, relève directement du système monétaire.
    – nous contestons ici le bien-fondé socio-économique de l’émission-destruction des euros-monnaie légalement réservée aux banques.

  92. Paul Jorion dit :
    9 août 2008 à 19:59 @ Jean Jégu, A-J Holbecq

     

    Jean, tu écris :

    Ne confondons pas valeur et monnaie. La question de l’origine de la monnaie, de l’émission monétaire, n’est pas celle de l’origine de la valeur. J’ai l’impression que vous confondez parfois.

    J’ai beaucoup écrit sur la valeur, j’ai écrit, par exemple, dans Le rapport entre la valeur et le prix que la valeur n’existe pas, qu’il s’agit d’une idée, comme les idées platoniciennes, c’est–à–dire avec elle d’un mythe : la supposition qu’il doit y avoir “derrière” le prix (un montant exprimé dans une devise, soit une somme de monnaie), une réalité plus solide, plus “dure” que celle qu’offre le prix. C’est de la même manière, que Platon a supposé une Réalité-Objective “derrière” le Réel (j’ai parlé longuement de cela dans L’invention de la Réalité-Objective).

    Dans un autre texte, Le prix et la “valeur” d’une action boursière, je crois avoir mis en évidence que ce que l’on appelle “valeur” d’un produit financier est un second prix, non pas constaté par le “cours”, la “cotation”, mais reconstitué de manière “additive” en additionnant le prix des diverses composantes de ce produit. La raison pour laquelle le prix et la “valeur” ou prix additif divergent est qu’il est souvent impossible d’”éclater” effectivement le produit en ses composantes.

    Je conçois que mes analyses en profondeur de cette notion de valeur puissent m’avoir éloigné de l’usage habituel du terme. Ceci dit, je ne pense pas que ce soit là que nos “deux langues” divergent : c’est sur la question beaucoup plus fondamentale à mon sens, si la monnaie constitue – comme on dit en thermodynamique – un système “ouvert” ou un système “fermé”. Pour moi, c’est un système ouvert ; pour la plupart des intervenants sur mon site, dont vous, c’est un système – de fait – fermé : il n’y a pas d’échanges d’énergie entre lui et le monde extérieur et toute addition – qui ne soit pas une simple démultiplication par le double emploi (”réserves fractionnaires”) – est nécessairement “ex nihilo”.

    A-J dit :

    Je ne peux pas te donner d’exemple de création monétaire qui ne soit pas “ex-nihilo” : les deux mots (je l’ai déjà dit) , “création” et “ex nihilo” signifient exactement la même chose et, sauf erreur, il n’y a pas de monnaie moderne qui ne soit pas créée par le système bancaire (banques centrales et leur banques commerciales).

    C’est pour cela que j’avais réclamé à A-J un exemple : pour confirmer ce que je percevais comme notre divergence fondamentale, parce que pour moi il y a précisément deux types de création de monnaie : la création par le prêt “productif” (celui qui débouche sur une “moisson”) où une richesse créée de toutes pièces trouvera sa “traduction” en monnaie, en choses à qui un prix est attribué, et la création à proprement parler “ex nihilo”.

    En disant cela, j’anticipe bien entendu sur un prochain billet.

  93. samedi dit :
    9 août 2008 à 23:28 @ Rumbo

     

    Toute monnaie, même bonne, matérialise nécessairement une dette, au sens où elle est un moyen d’échange de richesses réelles, donc une promesse faite au porteur d’être payé par des richesses réelles.

    Le problème n’est donc pas cette fonction de dette en elle-même, mais la question de savoir si elle suppose des intérêts et, le cas échéant, s’ils sont versés à ceux qui créent la richesse réelle, non pas la monnaie.

    Peut-on employer le mot “dette” pour désigner quelque chose qui appelle forcément le paiement d’intérêts ? Au demeurant, je me dis qu’il s’agit simplement de devoir rembourser le capital. Les justifications des intérêts tiennent à d’autres facteurs que l’acte de prêter. Sauf à admettre que la monnaie doit servir de moyen d’enrichissement, mais je ne crois pas que cela fasse débat ici.

    De même pour le mot “crédit”. L’origine de ce mot a, je crois, une source religieuse. Il renvoie à la croyance, et sans doute aux sacrifices, paiements aux dieux. Mais là encore, d’où sort l’idée des intérêts ?

    Les intérêts ne s’expliquent que par un risque pris par le prêteur. Peut-être peut-on même ajouter : que ce qu’il prête lui appartienne ou non, puisque dans le second cas il est endetté envers un autre. Mais payer des intérêts à la communauté ne se justifie pas si on considère qu’elle permet précisément de porter ensemble les risques, qu’elle est une communauté de destins.

    “À la question : N’y a-t-il pas danger que le gouvernement abuse du pouvoir de la création monétaire et émette trop d’argent, et que ça fasse de l’inflation ? N’est-il pas préférable de laisser ce pouvoir aux banquiers afin de laisser ce pouvoir à l’abri des caprices des politiciens ?”

    J’ai déjà répondu : pour cela, on a inventé la constitution. Qui consiste à séparer les pouvoirs, ce qui veut dire les faire s’arrêter les uns les autres et leur faire limiter les pouvoirs privés et la tendance naturelle de tout pouvoir à s’étendre et à s’émanciper des contrôles.

    Il va de soi qu’il s’agit de donner le contrôle du régime monétaire, comme de tout ce dont dépend la confiance du peuple, au souverain légitime. En démocratie même approximative, il est celui des pouvoirs publics qui est le plus dépendant du peuple. En première approximation, le parlement élu au suffrage universel direct. C’est ce que firent les États-uniens, par exemple (art. I sect. 8 de la constitution des USA) avant qu’un coup d’État subtil détourne la constitution.

  94. Jean Jégu dit :
    10 août 2008 à 18:45 @ Paul,

     

    Merci pour cette réponse.

    Je retiens (voir les deux premiers paragraphes) que la valeur n’existe pas en-dehors ou sous-jacente au prix qui l’exprime. La valeur n’est que le résultat d’une analyse financière faite de fractionnement en composantes additives d’une réalité qui de facto n’est pas décomposable : un prix théorique en quelque sorte. Ceci me convient parfaitement. Je modifie donc mon propos : “ Ne confondons pas les prix et la monnaie “. Les prix fluctuent ; la monnaie est la référence, le prix unité en quelque sorte.

    Mais la monnaie n’est pas que mesure ; elle est aussi une des deux réalités échangées dans tout échange monétaire. Cette voiture contre 20 000 €… Cette réalité monétaire existe bel et bien, même si ce n’est aujourd’hui que symboliquement, c’est-à-dire un chiffre dans un registre, ou des billets (jetons) de papier. D’où vient-elle ? C’est toujours la même question ; nous répondons : de rien de réel (ex nihilo) si ce n’est de la conjonction des volontés du prêteur et de l’emprunteur, au bénéfice du premier et aux dépens du second. J’insiste à nouveau pour dire que ceci ne s’applique qu’au prêt bancaire créateur de monnaie et non pas au prêt de monnaie préexistante épargnée (qui existe aussi dans les banques, quoique de manière non séparée et donc non-identifiée). Mais nous affirmons que rien de matériel ne nous interdit de créer davantage ou moins de monnaie et, surtout, de l’injecter ici plutôt que là, pour ceci plutôt que pour cela. C’est une question de prise en main de la société par elle-même, c’est-à-dire de démocratie.

    La question de savoir si nous sommes en système “ouvert” ou “fermé” est intéressante. Les spécialistes discutent de savoir si la monnaie est “endogène” ou “exogène”. Est-ce bien la même question ? Je ne sais. Il me semble (à vérifier) que les théoriciens s’accordent plutôt pour dire que la monnaie est endogène, c’est-à-dire générée par le système. Ceci me parait une évidence quand on regarde la progression de M1. Mais les banques font partie du système. La puissance publique aussi d’ailleurs et notre revendication ne changerait rien de ce point de vue. Je ne comprend pas en quoi cette perspective est qualifiable de “fermée”. Si, quand vous dites que la vôtre est “ouverte”, cela veut dire que les deux sphères, la financière et celle de l’économie réelle ne sont pas totalement dissociées, je ne peux qu’être d’accord. La preuve : quand la financière ignore trop la réelle, on aboutit aux subprimes ! Notre proposition de donner à la société elle-même la maîtrise de sa monnaie irait dans le sens d’un ancrage de la monnaie dans le concret socio-économique. Dit autrement, une “ouverture” totale de la monnaie sur la sphère réelle.

    La notion de prêt “productif” me semble plutôt évoquer la question de l’intérêt associé au prêt et non pas celle du capital prêté. Cette question de l’intérêt est elle même vaste – et millénaire – mais les intérêts ne sont pas créés par le prêt qui ne crée que le capital précisément. Le prochain billet auquel vous faites allusion éclairera probablement tout cela, du moins je l’espère.

    Et bravo pour votre patience avec les obstinés que nous sommes. Sortez-nous de l’erreur si vous pensez que nous y sommes !

  95. Étienne Chouard dit :
    10 août 2008 à 22:19 Bonjour à tous,

     

    Juste un mot pour signaler que j’ai mis à jour le document compilateur sur la monnaie, en y incluant les échanges du présent billet (passionnants).

    Je n’ai pas encore surligné comme je l’avais promis, mais ça viendra :-)

    J’ai aussi publié le fichier .doc (au format Word) pour que certains d’entre vous puissent prendre en charge un billet de leur choix pour y surligner la crème de la crème — à ne surtout pas rater— et me l’envoyer (etienne.chouard at free.fr) : cela m’aiderait car la tâche est assez considérable…

    Je crois que le jeu en vaut la chandelle car ces 400 pages sont un trop gros livre pour de nombreux lecteurs, mais en leur donnant le moyen visuel de zapper rapidement de perle en perle, on ajoute sans doute une bonne accroche pour finalement tout lire.

    Amicalement.

    Étienne.

    PS : que pensez-vous de l’aspect monétaire de notre exemple de Constitution d’origine Citoyenne ? Je pense notamment aux articles I-0 et II-0.

  96. Rumbo dit :
    12 août 2008 à 09:44 J’en remets un coup. Louis Even toujours en référence.

     

    “Le droit de seigneuriage est à la base même de notre débat” rappela A.J. Holbecq le 8 août.

    La production monétaire est permise par une production déjà existante, ni plus, ni moins.

    Je vends des carottes que j’ai fait pousser dans mon champ AVANT d’avoir un centime de cette vente future. C’est très archaïque, mais c’est comme ça que ça a commencé, de même dans l’industrie, tous les secteurs, etc. On ne pouvait pas commencer et on ne peut toujours pas commencer, dans le réel, avec l’argent (à négocier avec un “tiers” le banquier) pour produire quelque chose. Durant quelques siècles on me payait par des petits morceaux de métal précieux (pièces d’or et d’argent), c’était alors un échange de marchansises à solde = 0. Plus tard arriva l’argent de chiffres en usage de nos jours, beaucoup plus pratique, mais alors pourquoi y a-t-il cet embargo de ceux qui n’ont jamais fait poussé un épi de blé, ni fabriqué aucun objet, ou autre qui s’interpose dans mes échanges, qui contrôle ma respiration en sorte que j’étouffe toujours, mais que je dois payer sous de multiples formes comme autant de guets-apens financiers élaborés par des “hommes de lois” en dehors de tout débat ?

    L’émission d’argent doit intégrer plusieurs dimensions historiques hélas jamais prises en compte, tel que le fait que dans la vie, nous ne sommes pas partis de zéro, mais de l’état des connaissances, des expériences acquises et des savoir-faire que nous avons trouvé en naissant et que nous augmentons durant toute notre activité productrice.

    Aristote, puis plus tard Saint Thomas d’Aquin, ont écrit en substance: “L’argent ne fait pas de petits”. La stature de ces deux grands penseurs fait que leurs assertions en la matière gardent tout leur poids de Justice à travers les âges. D’autant plus que l’expérience économique, financière et sociale ne fait que confirmer la justesse et la Justice de leurs propos par le fait même que cette expérience économique, financière et sociale ne fait que transgresser cette sagesse. Sagesse naturelle faut-il le préciser ?

    Car l’argent ne fait que des petits ! C’est même devenu un “élevage”, sur le mode industriel, de “petits”. Mais, si les petits humains d’origine disons adultérine sont tout aussi respectables que les petits humains d’origine non adultérine, il n’en va pas de même pour les “petits de l’argent”. Ceux-ci, frelatés au départ, car conçus dans la fraude et la fausseté sur des méthodes d’enrichissement qui empoisennent quasi toute la société civile productrice en arrivent à banaliser ce qui est faux. Ce faux qui passe progressivement dans l’inconscient et efface ainsi le signal même de l’erreur et du trompe-l’œil, puis, nous envoyer dans le mur…(on pourrait s’amuser à pousser l’exemple des “petits” en notant au passage que la reproduction sexuée, comme celle des mamifères, n’est pas compatible avec la reproduction par parthénogénèse d’autres espèces, que certains voudraient, de façon contre nature, étendre à d’autres espèces…).

    Lire Paul Jorion confine au privilège, car il connaît le – comment -, le ‘comment’ intime du fonctionnement financier et bancaire, et nous donne des indications et des témoignages qui “collent” au cours des événements de l’époque et leurs effets. Événements vus, pratiqués et vécus à partir du centre (ou pas loin du centre) du monde financier. Authenticité d’une rare qualité, admirablement écrite, beaucoup plus directe de clarté que le “maquis explicatifs” de nombre de “spécialistes” confinés dans leurs langues de bois et étant corsetés par les intérêts économiques, voire politiques, qui les paient.

    Ces constats, sans vraiment de bavures, ne peuvent que nous amener à la question du – pourquoi – de la monnaie. Ainsi, il existe un urgent besoin que plus de gens examinent de plus près le fonctionnement du système monétaire actuel, cela urge et la “crise financière” devrait au moins servir de tremplin à tous. Car les conséquences du système monétaire actuel sont si abominables, qu’il serait bien que beaucoup saisissent au moins les grande lignes de ce qui ne fonctionne pas et doit être corrigé afin de permettre d’agir en conséquence.

    Ce qui manque, ce ne sont pas les produits, c’est la monnaie. La monnaie qui, en soi n’est pas la richesse. La richesse ce sont les choses qui correspondent à des besoins humains. La richesse est la chose, la monnaie est le signe de la chose (la chose, les choses, ce sont les biens et les services est-il besoin de le préciser).

    LA MONNAIE DOIT ALLER D’APRÈS LA CHOSE. Qui fabrique les choses ? C’est nous tous. Nous sommes les producteurs des choses. Si nous sommes les producteurs des choses, ce serait un comble que les signes relatifs aux choses (donc la monnaie) nous échappent, ce qui veut dire que les choses nous échappent aussi. TELLE EST L’EXACTE RÉALITÉ. Les banques (grâce aux lois arrangées) sont et restent propriétaires de l’argent, propriétaires de la monnaie qui est la “substance” matérielle ou immatérielle de l’argent peu importe. Elles sont, dans le fond, propriétaires des choses aussi. Nous ne sommes que les locataires de l’argent, cet argent qui, pourtant, dans les faits concrets reflète NOTRE propre production des choses. Cette production des choses est la notre et pas celle du banquier. Par contre, le banquier qui gère l’argent épargné est parfaitement dans son rôle, un rôle d’expert, qui gagne parfaitement bien sa vie ainsi, mais il n’est pas dans son rôle quand il se fait “confier” le monopole de l’émission monétaire…

    Ce “loyer” de l’argent, hors de prix, est un abus et un détournement, une fraude généralisée rendue banale. Si on vous a fait marcher d’autorité avec une canne (canne compliquée louée très chère) depuis que vous êtes en âge de marcher, il est bien possible que vous ne sachiez pas marcher sans canne, alors que vous n’avez pas la moindre infirmité et vous n’avez même pas 40 ans ! L’argent, tel qu’il est pratiqué actuellement, est une prothèse sur un organe sain et qui le rend malsain.

    L’intérêt sur l’argent est un vice profond, technique d’abord, puis social dans ses effets. La banque qui met l’argent au monde doit cesser d’imposer que cet argent qu’elle met au monde lui donne des “petits”. Ce mode d’émission monétaire est vicieux et dégradant. C’est de la violence en col blanc. C’est pour ça que nous restons polis….

    Puisque cet argent est basé sur la capacité de production de la société, cet argent appartient donc à la société. Alors pourquoi la société devrait-elle payer les banquiers pour l’usage de son propre argent à elle ? Pourquoi payer pour l’usage d’un bien qui nous appartient ? Pourquoi donc le gouvernement ne pourrait-t-il pas émettre (sous compétences bancaires et financières est-il besoin de le préciser ?) le propre argent de la société à l’image du boulanger qui mange quotidiennement du pain qu’il fabrique lui-même au lieu de l’acheter très cher ailleurs.

    L’exemple des obligations est élucidant. Voici, en résumé et actualisé ce que disait en substance l’inventeur américain Thomas Edison. Si un pays peut émettre, par exemple, une obligation d’une valeur de 50 euros, le même pays peut très bien émettre un billet de 50 euros. Si l’obligation est bonne, pourquoi le billet (ou les chiffres comptables) de 20 euros ne le serait pas ?

    La différence est criante, mais dissimulée sous toute une série d’ “écrans et de rideaux de fumée”.
    La différence entre l’obligation et la monnaie (ici l’euro) est donc que l’obligation permet aux prêteurs d’argent de ramasser au bilan 2 fois le montant de l’obligation, plus quelques 20% additionnels, alors que l’argent mis en circulation ne paye que ceux qui contribuent à la production et à tout ce qui est utile à la vie ici-bas. Il est absurde de dire que notre pays peut émettre 500 millions en obligations, et pas 500 millions en monnaie. Les deux sont des promesses de payer, mais l’un engraisse les usuriers, et l’autre aiderait le peuple. Si l’argent émis par le gouvernement n’était pas bon, alors, les obligations ne seraient pas bonnes non plus. C’est une situation terrible lorsque le gouvernement, pour augmenter la richesse nationale, doit s’endetter et se soumettre à payer des intérêts ruineux à des groupes d’intérêts qui s’introduisent, indirectement mais ABSOLUMENT, dans les gouvernements eux-mêmes et font élaborer des “lois” pour assurer leurs seuls intérêts contre ceux de la société, laquelle qui n’y voit goutte et soupire d’impuissance.

    Toute cette situation absurde peut se résumer sous forme d’histoire, mais qui porte une conclusion très sérieuse : Un groupe de singes dans la jungle discutaient entre eux pour savoir si les hommes étaient plus intelligents que les singes. Certains disaient que oui, d’autres non. L’un des singes s’écria; “Pour en avoir le cœur net, je vais aller faire un tour en ville chez les humains, et voir s’ils sont vraiment plus intelligents que nous.” Tous les singes acceptèrent sa proposition. Alors le singe se rendit en ville, et vit un homme sans le sou crever de faim devant un magasin rempli de bananes. Le singe retourna dans la jungle, et dit aux autres singes; “Ne vous inquiétez pas, les hommes ne sont pas plus intelligents que nous; ils crèvent de faim, par manque d’argent, devant des bananes qui pourrissent sur des tablettes.”

    De grâce, arrêtons d’insulter la providence, nous avons tous les moyen de concevoir un système d’argent dont l’étalon est la production.

  97. Paul Jorion dit :
    12 août 2008 à 14:56 @ Rumbo

     

    Ben… on ne reçoit pas des compliments comme ceux-là tous les jours… Merci !

    Pour ceux qui ne seraient pas familiers de la théorie du prix chez Aristote, j’y ai consacré deux textes, l’un en français, en 1992, Le prix comme proportion chez Aristote, La Revue du MAUSS, n.s., 15-16 : 100-110 et l’autre en anglais, en 1998, Aristotle’s theory of price revisited , Dialectical Anthropology, Vol. 23, N°3 : 247-280.

  98. samedi dit :
    12 août 2008 à 16:33 Extraits du projet évoqué par Étienne :

     

    Les citoyens interdisent ici solennellement à leur représentants légitimes de concéder le droit régalien fondamental de création monétaire à des organismes privés : seul l’État, contrôlé par les citoyens, peut créer la monnaie, permanente ou temporaire, dont les hommes ont besoin pour échanger les richesses qu’ils ont créées.

    Tout représentant convaincu d’avoir directement ou indirectement contribué à violer ce principe sera poursuivi pour haute trahison. La perte de la souveraineté monétaire entraîne de facto l’abandon de toute souveraineté.

    La monnaie doit rester un outil d’échange. Il est du rôle de l’État d’éviter que la monnaie ne devienne rare ou surabondante, ou un objet de spéculation.

    (…)

    L’institut d’émission monétaire (IEM) est en charge des questions monétaires :

    Il est seul à créer la monnaie, qu’il prête aux banques privées et qu’il confie aux collectivités publiques (État, Régions, Départements, Communes), à leur demande.

    La monnaie confiée aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, à l’exclusion des dépenses de fonctionnement (et l’amortissement ?) qui doivent être financées par l’impôt.

    Les Cours des comptes régionales décident la part des investissements publics locaux qui doivent être apportées par création monétaire et celle qui doit être financée par l’impôt.

    La politique suivie par l’IEM est définie par le Parlement qui nomme et révoque ses directeurs.

    Extraits d’un projet de constitution européenne auquel j’ai pris part – vous ne manquerez pas de constater des aspects similaires au projet précédent (on n’y menace plus les félons de leur couper les roubignoles sur une planche à billets ; ça perd un peu en intensité, certes…) :

    La Banque centrale européenne est seule autorisée à créer de la monnaie en euros, quelque soit sa forme. Une loi organique définit à cet effet les orientations de la règlementation bancaire. Seul l’euro a cours forcé sur le territoire des États membres de l’Eurosystème.

    (…)

    Le président, le vice-président et les autres membres du Directoire sont nommés et peuvent être démis d’un commun accord par les membres du Parlement appartenant à la zone euro, après consultation des États européens. Leur mandat a une durée de huit ans et n’est pas renouvelable.

    Devant le Parlement de l’Union, la Banque centrale répond annuellement de ses activités et de ses résultats concernant les trois objectifs principaux qui lui sont fixés par le présent article.

    La monnaie confiée aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, à l’exclusion des dépenses de fonctionnement et d’amortissement, lesquelles doivent être financées par l’impôt.

    Après audition de la Cour des Comptes, le Parlement décide la part des investissements publics locaux qui sera apportée par création monétaire et celle qui sera financée par l’impôt, dans le cadre de l’exercice des compétences de l’Union.

    Une proportion similaire de monnaie créée est accordée à chacun des États de l’Eurosystsème, à hauteur de son budget national d’investissements prévu dans le cadre de l’exercice de ses compétences. Ce budget doit être présenté au plus tard quatorze jours avant le vote du Parlement.

    (…)

    Le budget de l’Union prévoit de façon sincère et exhaustive l’ensemble des recettes et dépenses de l’Union. L’exercice budgétaire est l’année civile.

    Le budget doit être équilibré en recettes, qui incluent la création monétaire, et en dépenses. Il ne peut y avoir de compensation entre elles.

    Le budget sépare en deux parties les dépenses de fonctionnement et d’investissement.

    Certaines dépenses peuvent faire l’objet d’engagements pluriannuels (…)

    @ Rumbo :

    Une fois de plus, j’approuve. Mais une fois qu’on a dit “la création monétaire à l’État !” on arrive sur le plus gros morceau : “l’État, c’est qui, quoi, comment ?”

    Remplacez “l’État” par “nous qu’on produit la richesse, qui croyions avoir aboli les privilèges et qui ne sommes pas vilains”, ça revient au même, bien sûr.

    Si vous avez des idées pour la mise en pratique, n’hésitez pas. Cela doit se jouer dans la constitution avant tout (pas la réussite du projet, mais son maintien). C’est un peu rébarbatif, mais faut s’lancer.

  99. A-J Holbecq dit :
    12 août 2008 à 16:54 A l”‘État” qui jouit hélas d’une mauvaise réputation (la majorité de nos concitoyens le considèrent comme une structure faite pour e……..der les citoyens), je prèfère la notion de collectivité ; l’État ne devrait être que notre représentant…

     

    Nous avons beaucoup parlé d’un 4° pouvoir indépendant. L’idée de la BCE n’est pas idiote, mais son mandat est mal fait, elle devrait quand même pouvoir être soumise aux critiques et aux directives du parlement, et évidemment pouvoir financer directement les besoins collectifs, à défaut de pouvoir émettre toute la monnaie ce qui ne pourra être qu’une seconde étape du “combat” pour que les citoyens reprennent le contrôle de l’émission monétaire comme il se devrait…

  100. philippe DERUDDER dit :
    12 août 2008 à 22:10 Bonjour à toutes et tous,

     

    Je fais une petite apparition après une longue absence. Je viens de prendre connaissance (rapidement) de vos derniers échanges sur la monnaie, tout à fait passionnants, et je me permets de revenir sur un point apporté par Paul, je crois, qui résume bien la controverse sur le sujet :

    je cite :

    Tout d’abord, les banques ne créent pas la monnaie, elles constatent ou anticipent des valeurs présentes ou futures. Elles constatent la valeur d’un bien immobilier, ou anticipent la valeur de revenus futurs en fonction d’un emploi salarié.

    En fonction de ces données relatives aux valeurs qui sont détenues ou qui seront détenues, elles valident un niveau de confiance quant à la solvabilité du demandeur, et accordent un prêt.

    La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur.

    Les banques ne sont donc les dépositaires que de la confiance – et c’est déjà beaucoup, et facturent leurs services autour de cette confiance. Qu’elles fassent des profits sur ces services est tout à fait normal.

    Il est donc faux de dire qu’elles font des profits sur quelque chose qui n’existe pas.

    ___________

    Ce texte joue sur l’ambiguïté des mots d’une façon extraordinaire et en particulier sur celui de la valeur. Paul, vous nous dites avoir bcp écrit sur le sujet, je m’étonne donc que ce texte, que vous citez, ne vous choque pas.

    1 – Valeur réelle – Valeur symbolique

    Le pain est une nourriture. La valeur réelle puisque sans nourriture, je ne peux vivre. Ce pain a d’autant plus de « valeur » à mes yeux que j’ai faim et il est juste de dire que c’est le demandeur (moi) qui suis à l’origine de la valeur. Si le pain n’avait aucun intérêt pour les êtres humains, le boulanger n’existerait pas et la « valeur pain » non plus.

    Dans la mesure ou ce pain a une valeur pour moi, il va s’instaurer une relation entre moi et le boulanger qui utilise cette valeur réelle pour acquérir de son côté d’autres richesses réelles nécessaires à sa vie.

    Pour faciliter les échanges et sortir des contraintes du troc, les êtres humains ont inventé la « monnaie » qui est une représentation SYMBOLIQUE de la valeur RÉELLE dont l’une des fonctions est d’être une échelle de valeur.

    Il y a donc la chose : valeur réelle
    et le prix de la chose : valeur symbolique.

    Le prix fixe sur cette échelle le niveau où l’échange va pouvoir se faire.
    Il est donc encore exact de dire que de tout cela, le banquier n’est que spectateur. Il constate. Mais peut-on dire pour autant qu’il ne crée pas la monnaie ?

    2 – Création monétaire

    Si je suis d’accord pour payer ce pain un euro, cela ne me donne pas pour autant cet euro, qu’il soit sous forme de pièce dans ma poche ou d’écriture sur mon compte. L’unité monétaire qui incarne cette valeur symbolique relève du privilège abandonné au banquier.

    Les gens créent la valeur réelle par leur activité,
    la banque crée le signe de la valeur symbolique, avec la particularité que sans ce signe, la monnaie, je ne peux avoir accès à la richesse réelle, même si elle existe.

    Quand le texte affirme d’entrée « les banques ne créent pas la monnaie » et conclut « elles ne sont que dépositaires de la confiance » cela sous-entend que le banquier ne serait qu’un « entrepôt comptable » ou les gens déposent une monnaie pré-existante, qu’il aurait mission de gérer au mieux des intérêts des déposants. On en revient à la vielle croyance que les banques ne font que prêter l’argent épargné. Je ne vais pas me relancer dans une démonstration qui, de toute façon sera refusée par ceux qui ne veulent/peuvent pas admettre que l’argent aujourd’hui ne pré-existe pas.

    Oui les banques prêtent bien l’argent des épargnants, mais d’où vient l’argent épargné ? D’une mosaïque de crédits en amont. Ce qui est trompeur, bien sûr, c’est que l’épargnant n’est pas en règle général celui qui a emprunté. Il faut considérer les choses globalement.

    Pour donner une image il faut se représenter le système comme un bassin (la masse monétaire « existante » dans la société) alimenté d’un côté par un robinet d’eau (le crédit consenti à la société), et une évacuation au fond (le remboursement des crédits). Le niveau de l’eau dans le bassin dépend du rapport qui existe entre le débit d’alimentation et celui de l’évacuation. Quand je regarde les choses du pas de ma porte, j’ai l’impression que l’argent existe, car manifestement il y a « de l’eau dans le bassin » ; mais je ne perçois pas qu’il s’agit d’un flux en perpétuel mouvement. S’il n’y avait pas de nouvelles demandes de crédits, le niveau de la masse monétaire baisserait au fil des remboursements effectués. Alors oui, ce sont bien les gens qui sont à l’origine du processus de création monétaire par la demande de crédit, mais ce sont bien les banquiers qui, ayant seul le pouvoir de créer le signe monétaire sous forme d’écriture comptable, consentent les crédits et ont la main mise sur l’alimentation et l’évacuation.

    3) Légitimité du pouvoir de création monétaire

    Autrement dit, c’est comme si l’humanité devait demander l’autorisation de produire et consommer, comme un enfant demande à ses parents l’autorisation de sortir. Car c’est la banque qui, selon qu’elle va accorder le crédit ou pas, décide en dernier recours de ce qui a le droit de se faire ou non dans le monde.

    Oublions un instant l’histoire de création « ex nihilo » et, attachons nous juste à l’aspect de la légitimité de l’autorité qui détient de privilège de l’émission de la monnaie.

    Ce sont les peuples qui créent la « valeur réelle » par leur activité. Il semble que sur ce point il n’y ait pas d’avis contraire. De quel droit une des « cellules » de ce « corps », la banque, s’arroge-t-elle le droit de créer les signes qui représentent symboliquement cette valeur ? Car nous ne parlons pas là de haricots verts, de voitures ou de parapluies, nous parlons d’une valeur universelle qui donne accès au haricot, à la voiture ou au pépin….

    Puisque le peuple est créateur de la vraie valeur, il est légitimement en droit de gouverner les signes qui la représentent. C’est donc un organisme public représentant les intérêts de la communauté entière qui devrait détenir ce privilège

    La différence ?

    Si c’est le privé : l’argent est créé de manière sélective, sur des critères de rentabilité et de solvabilité au service prioritaire des actionnaires du système.

    Si c’est le public : Il peut être émis sur des critères d’intérêt commun sans nécessité absolue d’être remboursé, et sans nécessité non plus d’être assorti d’un intérêt.

    4) L’intérêt

    Le texte se termine sur ce morceau de bravoure en affirmant que les banques « facturent leurs services autour de cette confiance. Qu’elles fassent des profits sur ces services est tout à fait normal. Il est donc faux de dire qu’elles font des profits sur quelque chose qui n’existe pas. »

    Que les banques, comme tout autre commerçant, recherchent le profit est normal, mais laisser entendre que l’intérêt ne fait que couvrir le risque du prêteur !!!

    Si la banque n’est qu’un comptable de la société, comme le laisse entendre ce texte, alors elle devrait être payée par honoraires pour un service justifiable. Tous ceux qui ont acheté une maison on peut-être trouvé un peu exagéré le fait d’avoir à payer plus en intérêts qu’en capital !

    Mais de toute façon, et pour tout ce qui a été dit ici et dans bon nombre d’autres articles sur ce blog,

    l’intérêt bancaire est :

    Cause première de l’inflation par ailleurs dénoncée comme fléau n°1,
    Cause première de la course à la croissance si dommageable à l’environnement pour la raison que ce qui est dû aux banques est supérieur à ce qu’elles ont prêté
    Cause première de l’appauvrissement des nations par la dette publique
    Cause première de l’appauvrissement des plus pauvres (qui paient l’intérêt) et de l’enrichissement des plus riches (qui encaissent l’intérêt)
    et tout cela en rémunération d’un service qui découle d’un privilège illégitime ?

    Oui la banque a une utilité sociale, mais ce texte cherche à masquer, volontairement ou non, l’indécence et l’illégitimité des privilèges qu’elle a su arracher malheureusement à ceux qui étaient en devoir de protéger les intérêts de la communauté. Le problème est moins du côté de la banque qui, en bon commerçant voit midi à sa porte, qu’au niveau du politique qui au fil du temps s’est mis lui même en situation de marionnette avec pour conséquence que le peuple qui l’a élu devient lui même suspendu aux mêmes fils.

    Il est essentiel que les peuples reprennent le pouvoir de création monétaire, mais il est tout aussi essentiel que le politique reprenne une position dominante sur l’économique et le financier.

  101. RST dit :
    13 août 2008 à 08:37 @ P.Derudder
    L’image du bassin est excellente.
    Je m’en resservirai ;)
  102. Nicolas Bernabeu dit :
    14 août 2008 à 01:02 Bonjour, j’ai créé un groupe sur Facebook “la vérité sur la dette” avec une partie de l’argumentaire du site de Mr Holbecq.

     

    Le groupe compte 181 membres à ce jour, je fais le maximum pour éclairer le maximum de personnes mais ça progresse doucement (+ 2 à 3 membres par jour)…

    On peut y publier articles, photos, vidéos…

    N’hésitez donc pas à m’envoyer un exemplaire de tout document que vous aimeriez propager !
    Cela a aussi comme avantage de pouvoir envoyer à tous les membres des messages de manière instantanée afin de pouvoir coordonner de futures actions…

    Par ailleurs, j’essaie toujours de motiver Jean-Marc Governatori de La France en Action qui m’avait semblé ouvert au sujet quand je lui en avais parlé à une réunion à Toulouse, le problème selon lui était “pourquoi confier le pouvoir de création monétaire aux hommes politiques alors qu’il prouvent tous les jours qu’ils ne sont pas capables de gérer des choses plus simples ?”… Je n’ai pas eu le temps de lui expliquer que là n’était pas le problème… Depuis il semble s’être détourné à nouveau du sujet…

    Bonne continuation !

  103. philippe DERUDDER dit :
    15 août 2008 à 18:18 Bonjour à tous, bonjour Nicolas,

     

    Merci pour l’info, nous ferons probablement appel à vous pour faire connaitre une action que nous sommes en train de préparer. C’est hors sujet pour le moment, je tenais simplement à souligner l’intérêt que représentent les petits courants que chacun peut générer, puisque dit-on ce sont les ruisseaux qui font les grandes rivières.

    Par ailleurs si vous parvenez à convaincre Jean-Marc, je vous tire mon chapeau, car André-Jacques Holbecq et moi y avons mis toute notre ardeur pour rien. Nous avons abandonné… Mais qui ne change pas d’avis ? Je ne comprends pas qu’un personnage comme Jean Marc résiste tant à cette idée qui est fondamentale :

    1) sur le seul plan de la légitimité comme je le rappelais dans mon précédent article. Que les gens de pouvoir abusent de ceux qui leur sont conférés, c’est une chose, que la légitimité du pouvoir dans son essence soit remis en cause pour cela n’est pas acceptable. De plus peut-on se féliciter des conséquences qu’ont pour la planète et l’humanité l’exercice de ce même pouvoir par le privé ? Entre deux maux où risque-t-on le moindre ?

    2) Peut-on défendre et promouvoir des valeurs de la démocratie dans un espace qui est en premier inféodé au profit financier ? Un système qui dans sa dynamique, par le jeu de l’intérêt, implique “mécaniquement” un transfert de l’argent des plus démunis vers les plus riches peut-il encore se prétendre démocratique ? Cette évidence pour moi, semble manifestement échapper à d’autres…

    Bonne journée

  104. Nicolas Bernabeu dit :
    18 août 2008 à 16:40 Concernant Jean-Marc il semble persuadé que les économies engendrées par la politique qu’il voudrait mettre en place (nouvelle gestion des fonds publics, santé basée sur la prévention etc…) lui permettront de venir à bout de la dette…

     

    J’ai relevé sur un site :

    Le 16 février 2007 à 11 heures, au cours d’une Conférence de presse publique Jean Marc GOVERNATORI Président de la France en Action et candidat à l’élection présidentielle, présentera un chèque géant de 70 milliards d’euros qui représente les économies annuelles possibles à réaliser en appliquant une nouvelle politique économique.

    Il serait très simple de lui montrer l’infaisabilité de ceci en mettant côte à côte ces 70 milliards d’euros d’économies annuelles espérées et l’augmentation de la dette nationale chaque année…

    Etant donné que nous remboursons chaque année plus de 40 milliards d’euros et que la dette continue sa progression de manière vertigineuse, il semble facile de deviner qu’elle progresse chaque année de plus de 70 milliards…

    Quelqu’un aurait-il les chiffres de progression de la dette annuellement (avant le remboursement annuel des intérêts par l’Etat) ?

    Mis l’un à côté de l’autre, cet argument des économies ne pourrait plus tenir et il serait obligé d’accepter que c’est le système qu’il faut changer…

  105. A-J Holbecq dit :
    18 août 2008 à 17:07 @nicolas B.

     

    Vous avez ces chiffres dans notre livre ” la dette publique, une affaire rentable” mais j’ai mis le tableau en téléchargement sur http://www.societal.org/docs/EvolutionDette.doc

    pour pouvoir rembourser progressivement la dette, compte tenu des intérêts qui effectivement dépassent les 40 milliards d’euros par an, il faudrait ajouter aux intérêts annuels une quôte part supplémentaire des recettes fiscales pour rembourser le capital (dans cette hypothèse, évidemment, les intérêts annuels diminueraient progressivement, à si le taux des OAT – très lié au taux de base – reste constant).
    A raison de 30 milliards d’euros par an, pour un capital du de 1200 milliards, il faut évidemment 40 ans

  106. yann dit :
    19 août 2008 à 08:09 @A-J Holbecq

     

    Un texte du Monde Diplomatique qui devrait vous plaire, au sujet de la dette publique.

    Par contre l’auteur n’a apparemment pas utilisé votre livre car il n’aborde pas le problème de la création monétaire, il se contente juste de parler du déclin de l’impôt progressif comme cause de l’endettement. Rien sur la privatisation de la production monétaire, comme quoi même dans des journaux aussi indépendants le sujet n’est pas encore dans toute les têtes.

  107. Étienne Chouard dit :
    19 août 2008 à 11:09 La fin du « nouveau consensus monétaire »
    La crise financière et l’héritage de Milton Friedman

     

    Un très bon texte de James K. Galbraith (18 août 2008)
    (http://www.laviedesidees.fr/La-fin-du-nouveau-consensus.html)

    Quelles sont les implications théoriques de la crise financière éclatée en 2007 ? Sous son impact, l’héritage de Milton Friedman tombe en ruines, et les avatars du monétarisme tombent dans le ridicule. C’est le cas notamment du « nouveau consensus monétaire », érigé jusqu’à récemment au rang de fondement intellectuel des banques centrales modernes.

    Ce texte s’inspire d’une allocution prononcée le 24 juin 2008 au Parlement européen.

    Le 8 novembre 2002, à Chicago, Ben Bernanke, alors gouverneur de la Banque centrale américaine, aujourd’hui son président, prononçait un discours en hommage à Milton Friedman, à l’occasion du 90e anniversaire du fondateur de la théorie monétariste. « Comme tout le monde ici présent le sait, Friedman et Anna Jacobson Schwartz affirment dans leur Histoire monétaire que l’effondrement économique de 1929-1933 avait été le résultat du dérèglement du mécanisme monétaire du pays. Contredisant la vision acceptée par leurs contemporains, (…) Friedman et Schwartz pensaient que ‘la contraction est en réalité une preuve tragique de l’importance des forces monétaires’. (…) J’aimerais dire à Milton et à Anna : au sujet de la Grande Dépression, vous avez raison, c’est notre faute. Nous sommes désolés. Mais grâce à vous, nous ne recommencerons pas ».

    Moins de six ans après, face à la crise financière éclatée en 2007, le président Bernanke et ses collègues de toutes les grandes banques centrales sont confrontés au dilemme suivant. Ils peuvent s’en tenir aux idées de Friedman, mais alors ils doivent reconnaître que la seule cause possible de la crise en cours a été leur propre politique, à savoir le resserrement monétaire entrepris dans les années 2005-2007. Ils ne peuvent, en bonne logique, se réclamer de Friedman sans reconnaître dans la situation actuelle – ou ils se trouvent obligés de poursuivre l’expansionnisme monétaire – à outrance, l’erreur de leur politique antérieure. Ou bien ils peuvent faire comme si la crise actuelle n’existait pas et espérer qu’elle passe, en suivant les consignes ce que d’aucuns appellent aujourd’hui « le nouveau consensus monétaire » – qui se réclame, lui aussi, de l’héritage intellectuel du monétarisme ! Ces deux choix révèlent, entre eux, la contradiction intellectuelle dans laquelle s’est retrouvée la doctrine de Friedman, qui reste aux fondements de toutes les idéologies des banques centrales. Car ni le monétarisme dans sa version classique, ni le « nouveau consensus monétaire », n’offrent les éléments pour comprendre la crise financière éclatée aux États-Unis en 2007.

    Autrement dit, la crise financière actuelle incite à revenir sur l’héritage de Friedman et son impact intellectuel sur les décideurs économiques actuels. Elle incite à le faire sur le terrain propre de Friedman, là où il se sentait « chez lui » et où il a régné pendant plusieurs décennies : la politique monétaire, le « taux naturel de chômage » et l’idée que la lutte contre l’inflation passe avant la lutte contre le chômage. C’est dans ce domaine qu’il a connu son plus fort impact et aussi sa plus grande réussite intellectuelle. C’est sur ce champ de bataille qu’il a vaincu l’establishment keynésien des années 1960, prisonnier de l’idée d’une courbe de Phillips stable (1). C’est là qu’il a planté le décor de la « contre-révolution » qui domine la microéconomique universitaire depuis une génération et qui continue à influencer la manière dont la plupart des gens conçoivent la politique monétaire et la lutte contre l’inflation. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

    L’essor et le déclin du monétarisme

    D’abord, que fut le monétarisme ? On le sait, Friedman y voyait l’idée que « l’inflation est partout et toujours un phénomène monétaire », ce qui signifie que la monnaie et les prix sont liés. Friedman croyait surtout que la monnaie était une variable politique, une quantité que la banque centrale pouvait créer ou détruire à volonté. Créez-en trop, et vous relancez l’inflation ; créez-en trop peu, et l’économie risque de s’effondrer. Il s’ensuit que le bon dosage entraîne le bon résultat : des prix stables, avec pour corollaire ce que Friedman appelait le taux naturel de chômage. Ce raisonnement avait pour but de soutenir sa proposition clef : un marché libéré de toute entrave est intrinsèquement stable. Dans l’évangile selon Friedman, le gouvernement est le serpent, l’intrus dans le jardin d’Eden, et la politique doit avant tout laisser l’économie suivre son cours. C’était la leçon de son fameux programme télévisé de 1980, Free to Choose, mais c’est aussi le sens profond de sa pensée. Malgré toutes les données statistiques présentées dans Une Histoire monétaire des États-Unis 1867-1960, publié en 1963 par Milton Friedman et Anna Schwartz, ce livre avait un message simple : le marché est infaillible, seul le gouvernement se trompe.

    Friedman s’est imposé parce que son travail était suffisamment complexe pour revêtir l’aspect de vérité scientifique, et parce qu’il confirmait les idées reçues d’un certain milieu. On peut comparer avec ce que disait John Maynard Keynes dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), à propos du succès qu’avait connu David Ricardo :

    Une victoire aussi décisive (…) a quelque chose de singulier et de mystérieux. Elle ne peut s’expliquer que par un ensemble d’affinités entre sa doctrine et le milieu où elle a été lancée. Le fait qu’elle aboutisse à des conclusions tout à fait différentes de celles qu’attendait le public profane ajoutait, semble-t-il, à son prestige intellectuel. Que son enseignement, appliqué aux faits, fût austère et désagréable lui conférait se grandeur morale. Qu’elle fût apte à supporter une superstructure logique, vaste et cohérente, lui donnait de l’éclat. Qu’elle présentât beaucoup d’injustices sociales et de cruautés apparentes comme des incidents inévita¬bles dans la marche du progrès, et les efforts destinés à modifier cet état de choses comme de nature à faire en définitive plus de mal que de bien, la recommandait à l’autorité. Qu’elle fournît certaines justifications aux libres activités du capitaliste individuel, lui valait l’appui des forces sociales dominantes groupées derrière l’autorité. (Traduit de l’anglais par Laurent Bury. )

    Le succès de Friedman est comparable à celui de Ricardo, mais pas jusqu’au bout. Certes, Friedman justifie lui aussi l’injustice et soutient l’autorité. Mais son armature intellectuelle n’est ni vaste ni cohérente. Son raisonnement est d’une simplicité désarmante, et pourtant il peut être assez sibyllin. Il misait sur le court terme pour certains effets, sur le long terme pour d’autres, passant de l’un à l’autre à son gré. Ricardo, c’était Harpagon de Molière ; Friedman ressemblait plutôt au Joueur de flûte de Hamelin. (2)

    À la fin des années 1970, la victoire de Friedman fut consolidée par la force explicative des modèles de régression monétaristes et l’échec de la courbe de Phillips. Robert Lucas voyait dans le phénomène de stagflation, qui est apparu à cette époque, « la preuve expérimentale la plus nette que puisse connaître la macroéconomie ». À la même époque, j’ai joué un rôle mineur dans l’irruption des idées monétaristes sur le terrain politique américain. Ma mission consista à préparer, entre 1975 et 1978, la Humphrey-Hawkins Full Employment Act (3) sur la politique monétaire. Dans une alliance pragmatique avec les économistes monétaristes au sein de la commission chargée de préparée le texte de loi, nous insistions pour ce que la Banque centrale fixe et évalue chaque année son objectif de croissance monétaire. Même si notre objectif n’était pas tant de stabiliser la croissance mais d’obliger la Fed à faire preuve de plus de transparence, cet accord donna sans doute du poids politique au monétarisme.

    Peu après, c’est sur ce même terrain politique que le monétarisme s’effondra. À partir de 1979, la Fed adopta officiellement des objectifs monétaires à court terme. Le résultat fut une cascade de désastres : taux d’intérêt à 20%, dollar réévalué à 60%, chômage à 11%, récession, désindustrialisation de la région du Middle-West et, en dernière instance, crise de la dette du tiers monde. En août 1982, face à la faillite de l’État mexicain et à une révolte au Congrès – je m’y suis mêlé encore une fois – la Fed abandonna les objectifs monétaires pour ne plus jamais y revenir.

    Au milieu des années 1980, le monétarisme rigoureux dont Friedman s’était fait le champion disparut également du monde universitaire. La croissance monétaire devint forte et fluctuante, sans que l’inflation reparaisse. Peut-être l’inflation était-elle « partout et toujours un phénomène monétaire », comme Friedman l’avait affirmé en 1963, mais certains phénomènes monétaires pouvaient se produire sans relancer l’inflation, ce qui rendait profondément problématique l’usage des agrégats monétaires comme instrument de contrôle. À la Banque d’Angleterre, Charles Goodhart en a tiré les conclusion en énonçant sa fameuse loi : Lorsqu’on tente d’utiliser une relation économétrique à des fins de contrôle politique, elle se transforme. En 2003, Friedman lui-même concédait à Simon London, du Financial Times : « Le recours à la quantité de monnaie comme objectif n’a pas été une réussite. Aujourd’hui, je ne suis pas sûr que je le recommanderais aussi vigoureusement que par le passé ».

    Les successeurs

    Il en est resté une série de doctrines, toutes plus vagues que le monétarisme classique, mais porteuses du même message : la banque centrale devait placer le contrôle de l’inflation au cœur de ses préoccupations, sans se soucier du chômage – sauf dans le cas où celui-ci ne tomberait trop bas. On pensait par ailleurs que l’instabilité dans le secteur financier devait être ignorée par les décideurs macroéconomiques – sauf lorsqu’elle devenait impossible à ignorer. La première de ces doctrines, le « taux naturel de chômage » ou « taux de chômage qui n’accélère pas l’inflation » (NAIRU), fut élaborée en 1968 par Friedman lui-même et par Edmund Phelps ; son grand attrait tenait à ce que, pour la première fois, on incorporait la prospective à un modèle macroéconomique. Les macroéconomistes l’adoptèrent en masse. Mais à la fin des années 1990, elle se révéla parfaitement inadéquate lorsque Alan Greenspan permit au chômage de tomber en dessous de plusieurs barrières NAIRU successives : 6%, 5,5%, 5%, 4,5% et finalement même 4%. Ce fut une bonne nouvelle pour tout le monde sauf pour les économistes associés au NAIRU – ceux-là furent bien embarrassés, ou du moins auraient dû l’être. Certains renièrent Friedman pour retrouver les théories de l’économiste suédois Knut Wicksell : c’est ainsi que le « taux naturel d’intérêt » connut une vogue éphémère aux États-Unis. Mais cette idée n’était soutenue ni par la recherche empirique, ni par les théories qui ont vu le jour depuis l’abandon de l’étalon-or (4).

    Puis vint Ben Bernanke et la doctrine du « ciblage d’inflation ». Cette idée repose sur ce que Marvin Goodfriend, de la Carnegie-Mellon University, appelle « le nouveau consensus en politique monétaire » : un ensemble d’idées conçues au début des années 1980 mais adaptées (en surface, du moins) aux évolutions qui ont eu lieu depuis. Premièrement, « le principal message monétariste était confirmé : seule une politique monétaire (…) pouvait réduire durablement l’inflation avec, pour la production et l’emploi, des conséquences substantielles mais bien moins graves que selon les scénarios keynésiens ordinaires ». Deuxièmement : « une banque centrale indépendante peut acquérir une certaine crédibilité pour sa politique d’inflation basse sans mandat institutionnel du gouvernement ». Troisièmement : « s’il intervient au moment opportun, un resserrement agressif des taux d’intérêt peut réduire les attentes d’inflation et éviter une résurgence de l’inflation sans provoquer une récession ». Examinons un par un ces principes.

    D’abord, l’idée que la politique monétaire peut réduire durablement l’inflation pour un prix raisonnable est-elle « le principal message monétariste » ? Pas du tout. Le principal message monétariste était que le contrôle de l’inflation passe par le contrôle de la croissance monétaire. Mais cela fait plusieurs décennies que nous n’essayons même plus de contrôler la croissance monétaire ; elle fait ce qu’elle veut. La Fed américaine ne s’y intéresse plus et a même cessé de publier certaines statistiques en la matière. Pourtant, l’inflation n’est pas revenue. Le principal message monétariste est donc évidemment faux. Quant à la question du coût, personne n’a jamais douté qu’une récession sévère pouvait enrayer l’inflation. Mais Goodfriend oublie de dire que la récession des années 1981-82, lorsque les monétaristes étaient aux commandes, fut de loin la pire de l’après-guerre. Elle fut plus grave que toutes celles qu’avaient subies les régimes keynésiens. En déformant l’histoire, Goodfriend laisse aussi entièrement de côté la catastrophe infligée aux pays en voie de développement par la crise de la dette mondiale.

    Ensuite, que vaut au juste la « crédibilité » de la lutte contre l’inflation menée par une banque centrale « déterminée » ? On prétend souvent que cette idée va de soi : en matière de revendication salariale, les travailleurs reverront leurs exigences à la baisse parce qu’ils savent que des demandes excessives seraient sanctionnées par des taux d’intérêt élevés. Ce mécanisme a fait ses preuves dans le cas très spécifique de l’Allemagne d’après-guerre où, pendant plusieurs années, le syndicat de la sidérurgie menait des négociations implicites avec la Bundesbank. Mais la Bundesbank disposait d’une arme puissante : une hausse des taux d’intérêt signifierait un deutsche mark fort, et donc la baisse des exportations allemandes de machines et de produits technologiques. En l’occurrence, la menace était crédible. Aux États-Unis, la situation n’a rien de comparable, et rien n’indique que les syndicats américains prennent en compte la politique monétaire dans leurs stratégies syndicales. Il ne serait pas rationnel pour eux de le faire : dans un système de négociation salariale décentralisé, l’auto-limitation salariale dans un secteur donné créerait simplement des marges de manœuvre dans d’autres. En outre, et de façon plus éloquente encore, les compagnies pétrolières américaines ne se sont jamais privées d’augmenter le prix de l’essence dès que cela était possible, sans craindre les effets ultérieurs d’une hausse des taux d’intérêt.

    Bernanke n’a rien vu venir

    Enfin, peut-on vraiment affirmer que « s’il intervient au moment opportun, un resserrement agressif des taux d’intérêt » permet d’éviter l’inflation « sans provoquer une récession » ? Cette idée est sans doute le fondement du nouveau consensus monétaire. Elle a été affirmée dans le numéro d’automne 2007 du Journal of Economic Perspectives, voix officielle de l’American Economic Association, dans un article de Goodfriend intitulé « How the World Achieved Consensus on Monetary Policy » (Comment le monde est parvenu à un consensus en matière de politique monétaire). Goodfriend y écrit : « Selon ce ‘principe de ciblage d’inflation’, une politique monétaire qui vise l’inflation apporte la meilleure contribution à la stabilisation de la production (…) Cibler l’inflation rend la production réelle conforme à la production potentielle ». Plus loin : « Ce type d’argumentation implique que le ciblage d’inflation entraîne la meilleure adaptation de l’emploi et de la production au cycle économique, que seule la politique monétaire permet d’atteindre. Ainsi, et c’est l’aspect révolutionnaire du consensus théorique moderne, même ceux qui se soucient avant tout de stabiliser l’économie réelle peuvent soutenir un objectif de faible inflation pour la politique monétaire (…) La politique monétaire ne devrait donc pas essayer de contrer les fluctuations en matière d’emploi et de production dues aux cycles économiques réels ».

    Détail significatif, c’est vers le mois d’août 2007, au moment même où éclate la crise, que ces affirmations ont été publiées. On peut les comparer avec les promesses que la route de Bagdad serait jonchée de fleurs. Puisque à ce moment précis, la Réserve fédérale était au plus fort d’un « resserrement agressif des taux d’intérêt », en cours depuis fin 2004, visant justement à « réduire l’inflation prévue » tout en « évitant la récession ». En juillet 2006, le président Bernanke affirma au Sénat américain : « La récente hausse de l’inflation préoccupe le FOMC (…) La Réserve fédérale doit œuvrer contre toute psychologie inflationniste qui conférerait une persistance plus grande à ce qui ne serait autrement qu’un accroissement transitoire de l’inflation ». En février 2007, il répéta ce message en le renforçant : « Le FOMC a de nouveau indiqué que son principal souci est le risque que l’inflation ne baisse pas comme prévu » (c’est moi qui souligne). En juillet de la même année, Bernanke réitère : « Le niveau d’utilisation des ressources étant relativement élevé, tant qu’il n’a pas été prouvé que les pressions inflationnistes restent modérées, le FOMC reste fidèle à l’idée que les risques élevés d’inflation sont son principal souci ».

    Avant l’automne dernier, le président Bernanke avait fait quelques allusions à l’évolution du secteur financier. En mai 2006, il se montrait enthousiaste : « Les avancées technologiques ont radicalement transformé l’offre de services financiers dans notre économie. Notamment, la sophistication croissante de l’informatique permet aux prêteurs de collecter et de traiter les données nécessaires pour évaluer et chiffrer le risque de façon bien plus efficace que par le passé ». Dans le même style : « La concurrence entre prestataires financiers et des consommateurs informés ; voilà à mes yeux le meilleur mécanisme pour assurer l’offre de produits financiers meilleurs et à moindre coût ». Quant aux consommateurs, Bernanke prônait la formation et la prudence : « Une étude portant sur près de 40 000 prêts hypothécaires abordables, ciblant les emprunteurs à faibles revenus, a montré que le conseil avant l’achat d’une maison réduisait de 19% en moyenne le taux de retard de paiement ».

    En février 2007, Bernanke était encore confiant : « Malgré les ajustements en cours dans le secteur du bâtiment, les perspectives économiques d’ensemble restent bonnes. (…) Somme toute, l’économie américaine paraît susceptible de se développer à un rythme modéré cette année et l’année suivante ; la croissance devrait se consolider à mesure que le retard du bâtiment se comble » (c’est moi qui souligne). Un mois plus tard, il se montrait moins joyeux devant la Joint Economic Committee (5) : « Ces derniers mois, nous avons constaté une forte augmentation du taux de retard de paiement sur les prêts à taux variable accordés à des emprunteurs à risque (subprimes), qui représentent un peu moins de 10% de tous les prêts en cours ». Et pourtant : « Il paraît néanmoins possible de maîtriser l’impact de ces problèmes sur l’ensemble de l’économie et sur les marchés financiers ». C’est seulement le 19 juillet 2007, dans son discours au Sénat, qu’il avoue le caractère un peu trop optimiste de ses propos antérieurs : « depuis quelques semaines, les investisseurs s’inquiètent de plus en plus du risque de crédit pour certains types d’instruments financiers ». C’était trois semaines avant que le marché des prêts interbancaires s’écroule, le 11 août 2007.

    Retour à Keynes, Galbraith et Minsky

    Quels éléments le « nouveau consensus monétaire » offrait-il pour présager l’extraordinaire crise financière qui s’est abattue, à partir du mois d’août 2007, sur le logement et le secteur bancaire américains et qui continue à préoccuper les banques centrales du monde entier ? Aucun. Dans les articles consacrés à la politique monétaire et le « nouveau consensus », il n’est jamais question de crises financières, de prêteur de dernier ressort ou de nationalisation des banques (comme pour la Northern Rock en Grande Bretagne). On y trouve plutôt une profession de foi aveugle et dogmatique qui affirme que la politique monétaire ne doit en aucun cas se soucier de pareils problèmes. C’est en partie pourquoi je considère le prétendu « nouveau consensus monétaire » comme une idée dénuée de toute pertinence. Faisant face à la réalité d’un système financier qui s’effondre, les banques centrales n’y ont trouvé aucun appui ; elles ont dû chercher ailleurs pour repenser leur politique. Elles y sont plus ou moins parvenues, et c’est tout à leur honneur. Mais elles ne l’ont pas avoué.

    Qu’est-ce qui est pertinent, alors ? Comme beaucoup de commentateurs l’ont vite redécouvert, ce sont les théories de John Maynard Keynes, de John Kenneth Galbraith et de Hyman P. Minsky qui sont pertinentes pour comprendre la crise économique actuelle. Voici ce qu’écrivait Keynes en 1931, dans « Les conséquences pour les banques de la chute des valeurs monétaires ». Selon, lui nous vivons

    dans une collectivité qui, je le rappelle, est organisée de telle sorte qu’un voile d’argent recouvre un large espace entre les biens eux-mêmes et le propriétaire des richesses. Le proprié¬taire apparent des biens eux-mêmes s’en est assuré la propriété en empruntant de l’argent au véritable possesseur de la richesse. De plus, c’est surtout par l’intermédiaire des banques que tout cela s’est fait. C’est-à-dire que les banques ont en échange d’un dédommagement fait intervenir leur garantie. Elles tiennent la place entre le véritable emprunteur et le véritable prêteur. (…)

    C’est pourquoi une diminution des valeurs monétaires aussi sérieuse que celle qui se produit actuellement, menace de faire s’écrouler toute notre structure financière. Les banques et les banquiers sont aveugles de nature. Ils n’ont pas vu ce qui allait arriver. Certains ont même accueilli avec faveur la chute des prix vers ce qu’ils ont appelé un juste niveau, le niveau « naturel » et souhaitable d’avant-guerre. C’est-à-dire le niveau des prix auquel fut habitué leur esprit dans la période de leur formation. Aux États-Unis, certains d’entre eux emploient de soi-disant « Économistes » qui nous répètent encore aujourd’hui que nos maux proviennent du fait que les prix de certaines marchandises et de certains services n’ont pas encore assez baissé (…). Un banquier sensé n’est hélas point un banquier qui voit venir le danger et l’écarte, mais un banquier qui, lorsqu’il se ruine, le fait d’une manière orthodoxe et conventionnelle, en même temps que ses collègues, de façon à ce qu’on ne puisse rien lui reprocher. (6)

    De même, en 1955, dans son livre La Crise économique de 1929, John Kenneth Galbraith rejetait l’idée – adoptée plus tard par Friedman – selon laquelle banquiers et spéculateurs reflétaient simplement le cours antérieur de la politique monétaire. Au cours de l’été 1929, disait-il, « il n’y avait pas de raisons de craindre un désastre. Personne ne pouvait prévoir que la production, les prix, les revenus et tous les autres indicateurs continueraient de se contracter durant trois longues et sombres années. Ce n’est qu’après la catastrophe que l’on vit des raisons plausibles pour supposer que les choses pourraient bien s’aggraver pendant longtemps encore ». (…) « Il semble y avoir peu de doute qu’en 1929, l’économie était fondamentalement malsaine (…) Beaucoup de choses allaient de travers : (…) La mauvaise répartition des revenus (…) La structure déficiente des sociétés. (…) Un mauvais système bancaire (…) L’état incertain de la balance commerciale (…) L’insuffisance des connaissances économiques ». À ce dernier sujet, il ajoutait : « Considérer les gens de n’importe quelle époque comme particulièrement obtus ne semble guère valable et cela créerait un précédent que les membres de notre génération pourraient regretter. Toutefois, il semble certain que les économistes et ceux qui donnaient des avis en matière économique vers la fin des années vingt et au début des années trente, se révélèrent presque toujours lamentables ». Sur ce dernier point, on considère aujourd’hui que John Kenneth Galbraith s’est trompé. Je vous renvoie au « nouveau consensus monétaire ».

    Enfin, Hyman Minsky professait que la stabilité économique était elle-même créatrice d’instabilité. La logique est simple : en période apparemment stable, les banques, entre autres, prennent des risques exceptionnels. Bientôt, l’instabilité interne qu’elles engendrent menace tout le système. La finance devient spéculative et l’on arrive au schéma de Ponzi (7). Le système s’écroule et doit être reconstruit. Les gouvernements ne sont pas les seules sources d’instabilité. Les marchés sont beaucoup plus instables, beaucoup plus déstabilisants. Historiquement, ce fait est avéré : l’instabilité du marché précède de beaucoup la croissance du gouvernement lors du New Deal et après, ou même l’existence des banques centrales.

    Le comportement de la banque centrale n’était évidemment pas la seule cause de la Grande Dépression. Les défauts intrinsèques de la structure sociale, financière et industrielle, combinés avec une mauvaise politique avant et après le crash, étaient tout aussi responsables du désastre, et la crise elle-même a eu un effet accélérateur. La situation actuelle est bien sûr très semblable. Je ne pense donc pas que la hausse des taux d’intérêt ait à elle seule provoqué l’effondrement actuel, et je ne pense pas qu’il suffise de réduire les taux pour remédier à nos difficultés. D’autres causes doivent être prises en compte : l’incapacité à réguler le marché du subprime, l’attitude permissive face à la titrisation, l’abrogation de la loi Glass-Steagall de 1933 , la dérégulation discrète du marché des avenirs énergétiques (energy futures trading) et des autres marchés de marchandises, et la calamité générale qui consiste à confier aux banques le travail du gouvernement.

    Il n’empêche : si Friedman s’est trompé, le « nouveau consensus monétaire » se trompe encore plus. Ce consensus, qui adopte l’attitude de l’autruche face à la spéculation sur les marchandises, et qui n’a rien à dire sur les prêts abusifs, la titrisation spéculative et la fraude d’entreprise, n’a rien à dire des problèmes qu’affronte aujourd’hui la politique monétaire. Respectées à la lettre, ses instructions mèneraient au désastre. Il n’y a par bonheur aucun risque que les banques centrales choisissent de suivre cette voie, quelles que soient les convictions qu’elles affichent en public. Et si aussi bien Friedman que le « nouveau consensus » se trompent, que peuvent faire les banques centrales aux abois ? Il faut qu’elles se rendent à l’évidence : l’instabilité du capitalisme, l’irresponsabilité des spéculateurs rendent la régulation et l’intervention nécessaire plus nécessaire que jamais.

    Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laurent Bury.

    par James K. Galbraith

    Source : La vie des idées, http://www.laviedesidees.fr/La-fin-du-nouveau-consensus.html

    Notes

    (1) Ndrl : Dérivée des travaux de l’économiste A. W. Philips, contestée par Friedman et l’école monétariste, cette courbe pose l’existence d’une relation inversée entre le taux de chômage et l’inflation, laissant entendre que la politique publique pouvait baisser le chômage au prix d’un taux d’inflation plus élevé.

    (2) Lors d’une réunion de l’American Economic Association à San Francisco, j’ai ainsi assisté à une interview qu’il accordait à une chaîne de télévision :

    -Professeur Friedman, demanda le reporter, comment se portera l’économie l’année prochaine ?

    -Eh bien, puisque la monnaie a connu l’an dernier une croissance ralentie, la récession sera terrible.

    -Et à quoi faut-il s’attendre pour les prix ?

    -Puisque la monnaie connaît une croissance rapide depuis plusieurs années, l’inflation sera terrible.

    -Professeur Friedman, poursuivit le reporter, la famille américaine moyenne sera-t-elle mieux lotie l’an prochain, ou moins bien qu’à présent ?

    -La famille américaine moyenne n’existe pas. Certaines familles américaines seront mieux loties, d’autres moins bien.

    (3) Ndtr : signé par Jimmy Carter en 1978, cette loi assigne explicitement quatre objectifs nationaux à la politique économique du gouvernement : le plein-emploi, la croissance, la stabilité des prix et équilibre budgétaire et de balance de paiement.

    (4) Ndtr : L’étalon-or est un système monétaire dans lequel l’unité de compte correspond à un poids fixe d’or, comme dans le cas du système de Bretton Woods (1946–1971).

    (5) Ndtr : réunissant des membres du Congrès et du Sénat américains.

    (6) John Maynard Keynes, Essais de persuasion (1931), traduction de l’anglais par Herbert Jacoby, 1933.

    (7) Ndtr : Nommé ainsi après Charles Ponzi, l’inventeur d’un système de boule de neige où les promesses de profits inédits entraînant un afflux de capitaux, créant un effet qui n’est pas viable sur le long terme.

  108. Paul Jorion dit :
    19 août 2008 à 16:14 Le texte de Galbraith Jr. dresse une longue liste de choses qui n’ont pas marché dans les politiques inspirées du “monétarisme” de Friedman. Mais en offre-t-il une bonne analyse ? Non : pas d’analyse. Qu’offre-t-il à la place ? L’invocation rituelle de Keynes, à quoi s’ajoute, depuis quelques années, celle de Minsky.

     

    Avez-vous remarqué à quel point ces invocations rituelles sont sans rapport avec ce qu’il essaie de prouver ? C’est parce que la réponse à Friedman ne se trouve ni dans Keynes ni dans Minsky.

    L’alternative à Friedman dont Galbraith Jr. aurait besoin, je tente de la bâtir dans mes livres et ici, en reprenant les problèmes “à la bifurcation” (j’ai retenu quelque chose de ma lecture assidue de Feyerabend) : là où ça a mal tourné, dans le dérapage “objectiviste” où la “science économique” a bifurqué de l’”économie politique”.

    L’inflation comme résultante du rapport de forces entre patrons et salariés a été traitée ici et reprise dans L’implosion (2008), pages 223 à 231 ; les taux comme résultantes du rapport de forces entre investisseurs et patrons ont été traités ici et également repris dans L’implosion aux pages 231 à 242 et la question sera développée dans l’ouvrage que je termine en ce moment. Quant au rôle de la spéculation dans la formation du prix, je viens d’y consacrer plusieurs billets.

  109. Maurice Malone dit :
    20 août 2008 à 16:11 Un gouvernement/état en faillite ne peut emprunter, et c’est le cas de tous avec l’argent dette alors comment font-ils ? chaque pays du monde possédant une banque centrale, des numéros de sécurité sociale est dirigé par le FMI, si c’est votre cas, vous devriez alors jeter un oeil sur votre ACTE DE NAISSANCE !

     

    Il ne vous appartient plus, vous servez de caution vous, vos biens et votre corps aux prêts que le gouvernement contracte avec les banksters. Le plus incroyable APRES la prise de conscience sur la création monétaire qui a circulé largement des 2001 et publiquement mis a jour il y a des décennies et malgré ça appliqué en France (73) et en Europe (92) a travers l’article 1 c’est de comprendre que le NOM qu’on nous a attribué ne nous représente pas ! Nous ne sommes pas le NOM qu’ils facturent !
    La vraie liberté est là !

    Il y a un livre sur les bankster qui circule dans la rue, essayez de vous le procurer ! Il explique tout cela parfaitement !

  110. philippe Derudder dit :
    23 août 2008 à 18:21 Le fait d’être endetté ne signifie pas pour autant qu’on soit en faillite. Le volume de la dette doit être comparé avec le revenu de l’emprunteur et son “patrimoine”. Les E.U cumulent une dette globale de 36.000 milliards de dollars, cela n’empêche pas les investisseurs de continuer à “acheter” de la dette américaine. C’est une simple et unique affaire de confiance. Je peux avoir une dette de 500.000 euros, si mes revenus le permettent et si les garanties offertes sont suffisantes, je peux continuer à emprunter. En revanche si je suis RMISTE sans biens, je n’aurai même pas droit à un petit découvert.

     

    De plus, pour un Etat qui lui est éternel (contrairement aux entreprises et aux personnes individuelles), on se préoccupe peu du remboursement du capital emprunté, l’essentiel est qu’il ait la capacité de payer les intérêts de la dette. Encore faut-il bien sûr que le service de la dette ne ponctionne pas trop lourdement la richesse nationale. C’est là qu’aujourd’hui nous parvenons à des limites dangereuses, car l’impôt, au lieu de servir au bien commun, sert à payer les interêts des plus privilégiés.

    La seule vraie question derrière tout cela est : est-il légitime qu’une Nation doive emprunter au privé, au prix de l’intérêt, sa propre monnaie qu’elle pourrait émettre elle-même ? Car :

    1) La monnaie n’est qu’une représentation symbolique de la vraie richesse, celle créée par la collectivité toute entière. Elle est donc d’essence collective et non privée. Sa gouvernance revient donc de droit à la collectivité et non à l’un de ses sujets.

    2) La monnaie, si elle était émise par le public, comme ce devrait être, pourrait l’être sur la base de critères de bien commun quand le privé ne peut émettre cette monnaie que sur des critères de rentabilité et de solvabilité au service prioritaire des actionnaires du système, sans souci du bien commun.

    La clé est là : tant que dans notre esprit public et privé continueront à s’opposer et que le public sera considéré comme un frein au développement individuel, on restera dans un climat de “guerre” avec ses conséquences dévastatrices. Le collectivisme a écrasé l’individu au nom de l’intérêt collectif, le capitalisme détruit la planète et les liens sociaux au nom de l’intérêt particulier. Il est temps aujourd’hui de comprendre que l’une et l’autre expériences sont aussi nuisibles à l’homme et son environnement. La clé réside dans une prise en compte équilibrée des deux “intérêts” et dans la compréhension qu’ils ne sont pas contradictoires. Je ne peux m’épanouir personnellement au milieu d’un océan d’injustice sociale sur fond de planète pillée et polluée ; je ne peux non plus m’épanouir dans un système qui nie mon existence et mes droits fondamentaux au nom de l’intérêt collectif. Il n’en reste pas moins que la première richesse, la planète terre avec tout ce qu’elle nous offre est notre vaisseau spatial COLLECTIF et que ce n’est pas l’intérêt particulier qui peut en prendre soin.

    C’est pourquoi un monde gouverné par une finalité financière privée ne peut qu’aller au désastre, et c’est ce que nous constatons. l’argent doit être remis à sa seule vraie place, celle d’outil d’échange au service de la Vraie richesse : la vie, la terre, ce qu’elle contient et ceux qui l’habitent. Le défi n’est pas économique, ni financier, ni écologique ou que sais-je encore, il est dans notre capacité à changer de paradigme en réconciliant dans notre esprit et nos sociétés le public et le privé. Cette réconciliation se traduit nécessairement par l’acceptation de rendre la gouvernance monétaire (pour ne par dire création) au public ; elle s’accompagne aussi nécessairement d’un débat public sur ce qui relève de l’intérêt particulier et de l’intérêt collectif ? La terre, l’eau, l’énergie, la communication, la santé, l’éducation, etc… ce qui n’interdit pas, loin s’en faut, une heureuse coopération entre les deux. Au public d’édicter des règles du jeu précises protégeant l’intérêt collectif, au privé de jouer dans le strict respect de ces règles définies et comprises démocratiquement.

  111. Nicolas Bernabeu dit :
    30 août 2008 à 13:12 On veut que la nation puisse emprunter sans intérêts à sa banque centrale…

     

    Quelles sont les diverses possibilités ?

    1) Convaincre les partis politiques actuels de la nécessité de cette réforme pour qu’ils se l’approprient.

    Si échec :

    2) Créer son propre parti politique avec tous les citoyens qui veulent défendre cette réforme.

    ou 2′) Agir sans passer par les élections mais en tant que citoyens qui veulent imposer la réforme à la nation :

    – Mettre en place sa monnaie parallèle ? (l’Etat risque de l’interdire)
    – Menacer de provoquer la faillite bancaire privée en retirant en même temps son argent ?

    Bref pour le moment nous persistons dans la phase 1 d’essayer de convaincre les partis en place…
    Si J-M Governatori ne répond pas favorablement à la dernière demande, je crains de chercher à développer une phase 2 où on agit par nous même : quels sont les diverses possibilités ?

  112. Rumbo dit :
    30 août 2008 à 13:58 Nicolas Barnabeu écrit:

     

    “”2) Créer son propre parti politique avec tous les citoyens qui veulent défendre cette réforme..” »

    ATTENTION ! Ça peut être la pire des solutions! Les partis politiques représentent une division artificiellement entretenue, et ce, depuis le début de la “démocratie” dite “moderne”, après l’Angleterre, Thermidor en France, etc. Les milieux bancaires financent “traditionnellement” les partis politiques.
    Les politiciens, les ministres, bleus, rouges, roses, verts, et à présent jaunes (parce qu’ils sourient jaune…) se succèdent tous chez les banquiers sans couleur pour nous aplatir chaque fois un peu plus avec les dettes tueuses. La réforme financière à entreprendre est de nature exclusivement ORGANIQUE et la politique, le politique se doit d’agir seulement en aval.

    ——> Il ne faut JAMAIS que le projet de réforme financière devienne un “projet politique”, ce serait sa perte assurée — ce que veulent exactement les milieux financiers —. C’est aussi ce qu’affirmait le major Clifford Hugh DOUGLAS découvreur, expérimentateur et inventeur du Crédit-Social (ou Argent-Social).

    C’est plutôt 2′ qu’il faut retenir :

    “”2′) Agir sans passer par les élections mais en temps que citoyens qui veulent imposer la réforme à la nation :
    – Mettre en place sa monnaie parallèle ? (l’Etat risque de l’interdire) —>(ndlr, mais il faudrait qu’il ait la plus grande peur…)
    – Menacer de provoquer la faillite bancaire privée en retirant en même temps son argent ?

  113. Nicolas Bernabeu dit :
    30 août 2008 à 14:39 @ Rumbo

     

    Je ne comprend pas bien… Pour quelles raisons un parti politique qui défendrait ce projet porterait tort à ce projet ?

    Bien sûr il y aurait d’énormes difficultés à surmonter, ils se défendraient pour défendre leurs privilèges…

    Mais au final ce sont les citoyens qui votent et une fois au pouvoir ce sont les politiciens qui décident ce qu’on autorise et ce qu’on interdit…

    Dans ce cas-là, la proposition 1 serait néfaste aussi…

    Pouvez-vous m’expliquer ?

  114. A-J Holbecq dit :
    30 août 2008 à 14:40 Bonjour

     

    Avec Philippe Derudder, Etienne Chouard, Jean Jégu et les membres de notre “groupe” (le GRESSO) nous sommes en train d’imaginer la mise en place d’un site internet demandant aux citoyens d’agir auprès de leurs élus.
    Pour information, nous avons procédé à un complément de calcul… qui nous montre que les intérêts payés depuis 1973 sont sensiblement de 1306 milliards d’euros à ce jour. Un compteur le rappellera en première page.

    Voici la proposition

    Nous demandons instamment aux pouvoirs politiques d’accéder aux demandes suivantes.

    Au niveau de la zone euro:

    1 – Pour tout ce qui concerne le financement des projets collectifs de l’eurozone – et en particulier pour financer la mutation qu’exige le défi écologique ainsi que le virage technologique pour pallier à l’épuisement de certaines ressources naturelles; pour financer la recherche, un enseignement ainsi qu’un système de santé de qualité gratuits et, en général, pour tout ce qui sera considéré démocratiquement comme nécessaire pour l’amélioration collective de la qualité de la vie de façon durable – la Banque Centrale Européenne (BCE) doit pouvoir être contrainte à une émission monétaire centrale, éventuellement sans échéance et sans intérêt, par décision des députés des pays de la zone euro du parlement européen sur demande soit de la commission, soit du conseil européen (c’est-à-dire les chefs d’Etat), soit des députés européens des pays de la zone euro.

    2 – Les critères de Maastricht doivent être revus et permettre de soumettre au débat démocratique par exemple les propositions:

    a) les budgets des États doivent être équilibrés en “fonctionnement” + “amortissements” par la fiscalité. Nul État de la zone euro ne dvrait déroger à cette règle.

    b) les États peuvent faire financer leurs équipements (budget d’investissements) par un appel à création monétaire sans intérêt de la BCE. Néanmoins, les députés de la zone euro du Parlement Européen devraient disposer, à la majorité simple, d’un droit de veto concernant une demande d’un État s’ils estiment que le projet n’est pas fondé ou qu’il contredit les orientations générales de la politique européenne.

    c) les besoins d’investissements collectifs de l’eurozone doivent également pouvoir être financés par création monétaire sans intérêt de la BCE

    Les statuts et la mission de la Banque Centrale Européenne doivent être revus en conséquence

    Au niveau national :

    A défaut de faire aboutir ce projet au niveau européen, d’opérer une reprise du droit collectif (national) d’émettre la monnaie, éventuellement par émission d’une monnaie complémentaire à l’euro , quitte à risquer une sortie de l’UE, non par anti européanisme mais pour se donner la possibilité de devenir le modèle qu’inspirera les autres Nations.

    Voici l’appel:

    Si vous voulez soutenir cette proposition, nous vous proposons deux actions complémentaires:

    1 – Votre soutien électronique à la demande collective précédente. Lorsque la liste sera suffisante, nous ferons parvenir celle ci à qui de droit, sous forme de pétition.

    2 – L’envoi d’une lettre personnelle à votre député, sénateur, président du conseil général et régional, ou à ceux que vous connaissez, ainsi qu’aux grands partis et à la presse (téléchargement du modèle de lettre qu’il vous suffira de personnaliser, et nom et adresse de votre député et sénateur )

    Nous le savons par expérience : isolée, cette lettre restera ignorée ou évacuée poliment. Il est essentiel qu’elle arrive en nombre, régulièrement et de toute part sur le bureau des élus et personnalités – notamment de la presse – pour qu’elle ne soit pas traitée à la légère. Notre objectif est que les envois proviennent, nombreux, d’individus, d’associations, de groupes ou d’organismes citoyens. C’est le seul moyen pour que cette question, si importante pour l’avenir des Peuples, soit enfin connue d’eux et et qu’ils puissent la traiter.

    Enfin, la lettre proprement dite (elle tient en recto-verso)

    Émetteur (nom et adresse)
    Lieu date

    Nom
    et adresse
    du destinataire

    M…….

    J’ai une question essentielle à vous poser…

    Comme vous, sans doute, je me sens très concerné par la dégradation des conditions de vie sur notre planète. Pourtant, en dépit des bonnes intentions, et quelles que soient les mesures prises par les gouvernements successifs depuis une trentaine d’années, la situation globale ne cesse de se détériorer : déploiement d’une dynamique qui favorise la croissance d’îlots peuplés d’une élite cumulant fortune, pouvoirs et privilèges, au milieu d’un océan grandissant de misère, d’injustice sociale, d’exclusion, bref de souffrances génératrices de violences sous toutes ses formes, tout cela sur fond de menace écologique pressante. Comment expliquer une telle impuissance à une époque où, paradoxalement, l’humanité n’a jamais disposé d’autant de connaissances et de moyens technologiques?

    À vrai dire la situation est purement absurde: qu’il s’agisse de l’emploi, la santé, l’éducation, l’énergie, l’alimentation, etc. nous n’avons pas une, mais un vaste choix de solutions possibles.

    Sur quoi butte-t-on ? Sur le manque d’argent qui permettrait de mettre en oeuvre ces solutions. Car on ne meurt pas de faim faute de nourriture, on meurt de faim faute de l’argent qui permettrait d’y accéder. On ne meurt pas de maladie faute de médicaments, on meurt faute de pouvoir les acheter ; on n’est pas au chômage faute d’emploi, on y est faute de pouvoir rémunérer le travail. Et ainsi de suite…

    Alors, tous les efforts portent sur la recherche d’une croissance forte qui serait, dit-on, la seule méthode susceptible d’apporter les ressources financières suffisantes pour relever les défis de notre temps. Mais n’est-ce pas vouloir éteindre l’incendie avec de l’essence quand on sait que le plus grand danger qui menace la planète vient justement des dommages collatéraux causés par la croissance ? N’est-ce pas aussi ignorer que la nature de l’argent moderne permettrait, si on le voulait vraiment, de l’émettre à la hauteur de ce que l’urgence humanitaire et écologique exige ? Si vous êtes renseigné(e), et vous êtes à une place qui vous permet de l’être plus que tout autre, vous n’êtes pas sans savoir ce qui suit :

    L’argent aujourd’hui n’est plus limité comme avant par une quantité de matière précieuse. Il est totalement dématérialisé depuis 1971. Il est créé et ne prend « existence » que par simple inscription dans une comptabilité bancaire. Les seules limites sont les règles que la société se donne.

    Il y a peu de temps encore (avant le 3 janvier 1973), la Banque de France avait le droit d’émettre en faveur des Collectivités – et en particulier de l’État – la monnaie nécessaire à financer leurs développements. Ainsi, pas d’intérêts ruineux puisque ces intérêts n’étaient dus qu’à la Banque de France et donc revenaient à l’ensemble de la collectivité au travers de sa banque nationale.

    Or, qui crée aujourd’hui cette monnaie dont nous avons collectivement tant besoin ?

    Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce sont les banques privées par le moyen du crédit.

    Que l’on puisse créer de l’argent à partir de rien sort tellement de nos schémas mentaux que nous refusons de le voir, d’autant plus que l’iceberg ne montre que sa partie émergée. Ce qui est visible, c’est l’utilisation de l’épargne. Il semble à l’évidence que les banques prêtent aux uns les sommes épargnées par d’autres. Et c’est vrai en partie. Quand l’État emprunte sur les marchés financiers, il y a bien derrière des investisseurs – banques, compagnies d’assurance, fonds de pension, particuliers – qui « achètent » de la dette publique avec des sommes épargnées.

    Mais la partie immergée de l’iceberg cache le fait que l’argent est devenu une dette par nature, car pour qu’il y en ait, il faut au préalable qu’il ait été créé lors d’un crédit. Ainsi, contrairement à ce que pense la plupart des gens, ce n’est pas l’épargne qui permet l’emprunt mais l’emprunt qui permet l’épargne.

    Dès lors, la vraie question est de déterminer QUI a LÉGITIMITÉ quant au pouvoir de créer la monnaie-crédit, dans quelles conditions et pour en faire quoi ?

    Le privé ? Dans ce cas, l’argent ne peut être créé que de manière sélective, sur des critères de rentabilité et de solvabilité au service prioritaire des actionnaires du système, sans souci de l’intérêt général.

    Le public ? Dans ce cas, l’argent peut être créé sur des critères d’intérêt commun.

    Force est de constater que malheureusement, aujourd’hui, sans débat public préalable, les Nations sont rabaissées au même rang que chacun de leurs citoyens. Elles sont obligées d’emprunter l’argent tiré initialement du néant auprès du privé et de payer de substantiels intérêts, ce qu’elles n’auraient pas à faire si elles exerçaient leur droit légitime d’émettre leur propre monnaie.

    Nous payons, bon an mal an, 40 milliards d’euros par an pour les seuls intérêts, ce qu’on appelle élégamment “le service de la dette”. C’est l’équivalent de 240 airbus A350, ou de 3 porte-avions “Charles de Gaulle. C’est prélever sur notre travail et notre production plus de 100 millions d’euros par jour, oui, par jour, et le transférer à ceux qui sont déjà les plus riches, eux qui, d’ailleurs, peuvent ainsi nous les reprêter, à nouveau contre intérêt… Et tandis que la richesse publique sert à gonfler chaque année un peu plus les poches des plus privilégiés, nous laissons se détériorer les services publics, nous supprimons des acquis sociaux et nous ne trouvons pas l’argent nécessaire aux investissements structurels qu’exigent la gravité et l’urgence des problèmes actuels !

    Imaginez-vous la force que nous aurions à notre disposition si les États pouvaient de nouveau mobiliser toutes les ressources de leurs Peuples pour affronter ensemble les terribles problèmes que connaît notre planète, au lieu de s’éreinter à chercher une vaine croissance qui ne profite de toute façon qu’à la minorité la plus nantie ?

    Alors voici ma question :

    Pourquoi personne parmi nos représentants ne se lève pour pointer le ridicule et le scandale d’une situation qui est à l’origine de la plupart des maux dont souffrent les peuples ?

    Si la vie de votre enfant était en jeu, accepteriez-vous de le laisser partir alors que tout est là pour le sauver? Eh bien oui, sa vie est en jeu ainsi que celle de tous les enfants de la Terre, et je pense que, comme moi, vous ne pouvez accepter l’idée de les condamner au seul motif de faire semblant d’ignorer que la cause essentielle des problèmes vient de ce que le pouvoir de création monétaire, revenant de droit aux Nations, a été abandonné au système bancaire privé.

    Je vous demande donc de me dire clairement quelle est votre position à ce sujet et ce que vous comptez faire concrètement pour que la création monétaire – au moins celle nécessaire à l’équipement et à l’investissement de la Nation et qui n’est donc pas inflationniste – soit reprise au privé et rendue au public, comme le suggèrent plusieurs économistes, afin que nous puissions mettre en œuvre, sans frein, toutes les ressources humaines et technologiques dont nous disposons pour répondre aux défis de notre temps. Et ne me répondez surtout pas que c’est chose impossible dans le système mondialisé actuel : les systèmes que nous construisons sont à l’image de ce que nous voulons. Voulez-vous un monde inféodé aux intérêts de la finance privée, ou un monde où vos enfants pourront vivre libres, en paix, et dans une suffisance heureuse au milieu de peuples solidaires ? Les lois votées jusqu’à présent ont livré le monde aux banquiers… Si tel n’est pas votre choix, il faut en proposer d’autres.

    Comptant sur votre réponse et plus encore sur un réel engagement de votre part dans cette voie, je vous prie d’agréer mes salutations citoyennes.

    Signature de l’expéditeur


    Pour mémoire, un historique de l’évolution du droit de création monétaire depuis 1973:

    3 janvier 1973 – Dans la loi portant sur la réforme des statuts de la Banque de France, nous trouvons en particulier cet Article 25 très court qui bloque toute possibilité d’avance au Trésor : «Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France». Cette décision correspond à une privatisation de l’argent et ramène la Nation au même rang que n’importe lequel de ses citoyens. La dette publique trouve son origine précisément là.
    1976 – Sans aucune justification économique, sans débat public préalable, le Gouvernement de Raymond Barre décide que l’État paiera les intérêts de sa dette au-delà du taux d’inflation. Ce faisant, il place l’État au service des créanciers. Et l’on s’étonne du montant de la dette publique après trente-deux ans de ce régime?
    1992 – La gauche au pouvoir nous invite à ratifier par référendum, les yeux fermés, le traité de Maastricht qui précise en son article104 : «Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales” d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la BCE, ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »
    4 août 1993 – La loi n° 93.980 est votée. Cette loi donne son « indépendance» à la Banque de France et interdit à celle-ci, dans son article 3, d’autoriser des découverts ou d’accorder tout autre type de crédit au Trésor public ou à tout autre organisme ou entreprise publics, de même que l’acquisition des titres de leur dette. L’État est désormais condamné par le plus haut niveau du droit à subir une charge non nécessaire d’intérêts.
    2008 – Alors que le Traité pour une Constitution Européenne, qui réaffirmait l’article 104 du Traité de Maastricht, était rejeté par une large majorité du peuple français lors du référendum de 2005, ce traité, remodelé dans la forme mais pas dans le fond et baptisé Traité de Lisbonne est cette fois ratifié par l’Assemblée Nationale
    N’oublions pas, dans ce parcours, la proposition de loi organique du député et économiste Tovy Grjebine, n° 157, enregistrée le 22 juillet 1981. Cette loi avait pour but de limiter le rôle de l’endettement dans la création de la monnaie et de permettre une nouvelle politique économique assurant la résorption du chômage et l’indépendance énergétique, en utilisant une technique de financement obtenu par le changement des contreparties monétaires. Cette loi qui aurait permis à la Nation de financer son développement sans s’endetter n’a pas été votée.

    PS: nous sommes encore dans la recherche du nom de domaine le plus pertinent mais surtout nous aurions besoins d’un “technicien” qui nous installe le système de pétition on line (avec confirmation par mail).

  115. Rumbo dit :
    31 août 2008 à 05:03 Nicolas Barnabeu a écrit:

     

    “”Je ne comprends pas bien… Pour quelles raisons un parti politique qui défendrait ce projet porterait tort à ce proje t?” »

    Voyons ! Descendre dans l’arène électorale est l’acte le plus aléatoire ! Il suffit que ce “parti” perde les élections pour monter dans un train qui l’emmènera bien loin de là où il voulait aller. Où encore soit marginalisé jusqu’à la tombe comme tant d’autres avant lui. Le présent sytème électoral est à bout de souffle, il vaudrait mieux un tirage au sort. Et très certainement les — financements — feront leurs ravages pour dénaturer la réforme en noyant le poisson et que surtout rien ne change…

    Au Canada, il existe un cas historique typique, une véritable leçon, où le parti politique (ici le parti libéral du Québec) qui, sans rien leur demander ni leur dire, “piqua” le projet de ceux qui, déjà, se défonçaient depuis vingt ans auparavant pour amorcer une réforme financière en travaillant au quotidien auprès du public, perdit une élection politique. Cet échec électoral retomba donc sur ceux qui travaillaient d’arrache-pied pour une réforme financière (1) et qui n’avaient surtout pas demandé de devenir un parti et encore moins de participer à des élections. Les groupements bancaires avaient “gagnés”…

    (1) à l’époque, ceux-là au Canada étaient les seuls au monde à travailler comme des fourmis pour faire germer cette réforme financière par le public, ils appliquaient déjà le cas 2′, et c’était il y a cinquante ans, mais cela confirme que descendre dans l’arène électorale comporte un risque mortel pour ce type de projet. Bien sûr je ne préjuge pas de circonstances à venir encore inconnues à ce jour qui dicteraient de l’attitude à prendre alors.

  116. A-J Holbecq dit :
    3 septembre 2008 à 08:36 Michel Rocard : nous n’aurions jamais dû céder sur la Banque de France

     

    Extraits:

    Nous n’aurions pas du céder nos instruments d’intervention dans l’économie, a dit Michel Rocard, nous n’aurions pas du céder sur la Banque de France qui permettait à l’Etat d’émettre du crédit, alors qu’aujourd’hui il est contraint de l’emprunter aux banques privées… Michel Rocard a battu sa propre coulpe sur cette question où lui-même avait joué un rôle à l’époque, soulignant qu’il avait alors considéré que la création de l’euro, face au dollar, valait bien ce compromis et que l’Allemagne, de toutes façons, n’aurait jamais accepté de concessions sur l’indépendance de l’institut d’émission.

    Face à l’urgence de la crise, Michel Rocard a estimé que plutôt que de poser immédiatement la question du statut de la Banque centrale européenne, car cela exigerait de revoir les traités, il fallait utiliser, dans l’urgence, la Banque Européenne d’Investissement (BEI) a laquelle aucun statut n’interdit de faire du crédit pour des investissements dans d’importants projets d’infrastructures ou en faveur des PMI/PME innovantes.

  117. Salva dit :
    11 septembre 2008 à 08:33 La France a abandonné sa monnaie “publique” en 1973/74. Y a-t’il aujourdhui des pays dans le monde qui ont gardé le contrôle sur leur monnaie et qui pratiquent le taux zéro sur les prêts de leur banque centrale en matière d’investissement ?
  118. Nicolas Bernabeu dit :
    15 septembre 2008 à 22:31 La collection “café république” de Bruno Leprince se montre interressé par la sortie d’un exemplaire traitant de la création monétaire, la dette, etc…

     

    Voici la description de sa maison d’édition :

    “La collection café république a pour but de publier des petits ouvrages très courts en réaction à des événements portant atteinte à notre République et à ses citoyens, mais aussi des ouvrages “coup de gueule” abordant des problèmes concrets et précis de la vie quotidienne ou portant sur des sujets sur lesquels les citoyens ou leurs représentants ne sont même pas consultés.

    http://www.cafe-republique.fr

    La collection café république est à la recherche de textes sur les sujets évoqués dans son intitulé.
    Par exemple : sur la culture, l’école, les banques, la grande distribution, l’environnement, la gestion de l’eau, etc.
    Les textes doivent être courts (entre 40 et 50 000 signes) et être très incisifs. ”

    Bruno Leprince m’a affirmé que même s’il est personnellement socialiste et que sa maison d’édition publie beaucoup de livres écrits par de socialistes, sa maison d’édition est apolitique et tout le monde peut donc écrire pour eux…

    Si ça en interresse certains…

  119. A-J Holbecq dit :
    16 septembre 2008 à 08:56 @Salva

     

    Que la Banque Centrale prête à “son Etat” à taux zéro ou à taux X n’a fondamentalement que peu d’importance dans la mesure où la banque centrale appartient à la collectivité (comme c’est le cas pour la Banque de France) puisque dans ce cas les intérêts reviendront à la collectivité, ce qui équivaut à prêter sans intérêt (je ne sais pas si je suis très clair dans cette explication ?)
    Dans le cas de la BdF, celle ci paye des impôts sur ses bénéfices et redistribue ses bénéfices nets à ses actionnaires (en fait, son actionnaire : l’Etat)… c’est donc une opération blanche pour la collectivité.

  120. Salva dit :
    16 septembre 2008 à 18:03 J’ai bien compris que cela revenait au même. Si le taux d’intérêt est par exemple de 50% ce n’est pas grave si cela revient au final à l’Etat , si l’institution d’émission appartient bien sûr à ce même Etat.
    Existe-t’il un pays dont la banque centrale fonctionne de cette façon ? La Chine? Le Vénézuela ?
    Cela serait intéressant de savoir comment ils font et reprendre leur façon de faire si ça marche.
  121. A-J Holbecq dit :
    16 septembre 2008 à 18:32 @Salva

     

    Jusqu’en 1973, ce fut le cas en France et sans doute un des éléments ayant permis “les 30 glorieuses”

    Pour les autres pays , je ne saurais répondre avec certitude à cette question. Néanmoins, je pense que les dirigeants chinois, lorsqu’ils ont besoin d’investissements publics, ne se posent pas la question de savoir à qui ils vont emprunter sur les marchés financiers et payer des intérêts, et il me semble quasi certain qu’ils font appel à leur banque centrale si leurs recettes fiscales sont insuffisantes.

    Je défends depuis longtemps l’idée que les banques centrales doivent pouvoir financer directement les besoins financiers nécessaires aux investissements (la richesse collective du pays), mais que les besoins concernant le fonctionnement (salaires de l’administration, solidarité) et les amortissements (l’usure des choses) doivent être couverts par les recettes fiscales, pour un bon équilibre budgétaire.
    Il peut évidement y avoir des coup de canifs à cette positions lorsque nécessaire (période de récession par exemple), mais qu’il faut néanmoins éviter que la création monétaire centrale à destination des collectivités publiques soit utilisée à des fins électoralistes.

    Nous allons d’ailleurs bientôt lancer un nouveau site internet et un appel à soutien à la proposition suivante

    Nous demandons instamment aux pouvoirs politiques d’accéder aux demandes suivantes.

    Au niveau de la zone euro:

    1 – Pour tout ce qui concerne le financement des projets collectifs de l’eurozone – et en particulier pour financer la mutation qu’exige le défi écologique ainsi que le virage technologique pour pallier l’épuisement de certaines ressources naturelles; pour financer la recherche, un enseignement ainsi qu’un système de santé de qualité gratuits et, en général, pour tout ce qui sera considéré démocratiquement comme nécessaire pour l’amélioration collective de la qualité de la vie de façon durable – la Banque Centrale Européenne (BCE) doit pouvoir être contrainte à une émission monétaire centrale, éventuellement sans échéance et sans intérêt, par décision des députés des pays de la zone euro du parlement européen sur demande soit de la commission, soit du conseil européen (c’est-à-dire les chefs d’Etat), soit des députés européens des pays de la zone euro.

    2 – Les critères de Maastricht doivent être revus et permettre de soumettre au débat démocratique par exemple les propositions:

    a) les budgets des États doivent être équilibrés en “fonctionnement” + “amortissements” par la fiscalité. Nul État de la zone euro ne dvrait déroger à cette règle.

    b) les États peuvent faire financer leurs équipements (budget d’investissements) par un appel à création monétaire sans intérêt de la BCE. Néanmoins, les députés de la zone euro du Parlement Européen devraient disposer, à la majorité simple, d’un droit de veto concernant une demande d’un État s’ils estiment que le projet n’est pas fondé ou qu’il contredit les orientations générales de la politique européenne.

    c) les besoins d’investissements collectifs de l’eurozone doivent également pouvoir être financés par création monétaire sans intérêt de la BCE

    Les statuts et la mission de la Banque Centrale Européenne doivent être revus en conséquence

    Au niveau national :

    A défaut de faire aboutir ce projet au niveau européen, d’opérer une reprise du droit collectif (national) d’émettre la monnaie, éventuellement par émission d’une monnaie complémentaire à l’euro , quitte à risquer une sortie de l’UE, non par anti européanisme mais pour se donner la possibilité de devenir le modèle qui inspirera les autres Nations.

  122. Bankster dit :
    17 septembre 2008 à 12:29 @AJH

     

    Vous pouvez me contacter pour installer la pétition.

    Quelqu’un a effacé mon précédent message, peut on savoir pourquoi ?
    J’annoncais simplement que nous avions acquis les droits de l’Argent Dette pour la premiere fois en francais intégral et de Bankster, un livre qui met en évidence les répercussions spirituelles et économiques de l’utilisation de l’argent dette.
    Nous allons les distribuer gratuitement pour informer un maximum de gens, merci de prendre cette information pour ce qu’elle vaut, c.a.d. une partie de la solution, et non pas une partie du probleme. Par conséquent merci de ne pas éffacer ce message.

  123. Nicolas Bernabeu dit :
    17 septembre 2008 à 19:04 Toujours dans l’optique d’informer de toutes les façons possibles les gens sur le système bancaire, la dette, etc…

     

    Il serait très efficace de créer une vidéo explicative qu’on diffuserai sur “youtube”…

    En effet il existe des dizaines de sites qui parlent de ces sujets mais pour avoir accès à ces informations il faut rechercher une information sur un sujet proche, et rare sont les gens qui cherchent des informations sur ce type de sujet…

    Par contre il existe des sites où tout le monde va et où les vidéos et donc les informations circulent très vite…

    Une explication de cette forme-là peut être intéressante :

    http://fr.youtube.com/watch?v=5HI8ASWGFmw (sans faire de la pub mais en expliquant tout !)
    ou http://fr.youtube.com/watch?v=T5oLYgZm51w&feature=related (en plus moderne, ne faire attention qu’à la forme)

    Enfin le plus important c’est qu’on voit un ou plusieurs êtres-humains qui se présentent et s’adressent clairement en expliquant les causes et les conséquences de tout cela, sans science-fiction ou trucages mais avec l’aide de schémas, de statistiques, de rapports…
    Afin d’établir un rapport plus étroit entre la vidéo et les gens, et non jouer sur l’émotionnel comme dans les différentes vidéos conspirationnistes qu’on trouve sur ce site…

    C’est un peu de travail, sans nécessité d’argent (un appareil photo qui fait vidéo peut suffire), ne pas être timide et normalement ce peut être d’une grande efficacité… Si certains s’en sentent les capacités…

  124. Bankster dit :
    18 septembre 2008 à 01:06 @ TOUS

     

    Notre contribution: http://www.bankster.tv

    – Le site est encore en travaux pour le moment (la charte graphique va changer, elle vient d’une tierce partie), mais au moins vous pouvez consulter et faire circuler, si le coeur vous en dis, la version Low-Fi de l’Argent Dette en français intégrale, bande son et visuels et cela GRATUITEMENT ou en version DVD à prix coutants

    [Merci a paul pour ses explications]

  125. Bankster dit :
    19 septembre 2008 à 11:18 @ TOUS

     

    1. Certaines rumeurs font état d’un espagnol à Barcelone, qui aurait souscrit plusieurs emprunts auprès d’une dizaine de banques pour financer la publication a plusieurs centaines de milliers d’exemplaires d’une circulaire mettant en cause les banquiers et appelant au non paiement des échéances… quelqu’un a t il plus d’infos ?

    2. Nous avons ajouté la video “le choix de la défaite”, sur notre page video: http://www.bankster.tv

  126. bankster dit :
    23 septembre 2008 à 00:15 @ TOUS

     

    Voila le site de l’espagnol que je mentionnais : http://polaris.moviments.net:8000/crisi

    ;)

  127. Etienne dit :
    18 octobre 2008 à 18:04 J’ai lu la plupart des articles de ce blog, et j’y vois surtout comment une montagne peut accoucher d’une souris : l’essentiel y réside dans l’obstination de M. Jorion à refuser l’idée d’une création “ex nihilo” de monnaie par les banques commerciales, ce qui donne lieu à de multiples considérations hasardeuses sur la nature de la monnaie noyées au sein d’une multitude d’aspects techniques à propos de la « vitesse de circulation » de la monnaie, qui se couvrent étrangement chez certains blogueurs d’habits épistémologiques… Or le mécanisme de la création monétaire n’est pas un secret, il est enseigné dans tous les lycées, et quelques lectures ou quelques heures de cours d’économie de second degré auraient évité à M. Jorion de s’aventurer dans des raisonnements bien hasardeux… qui frisent parfois le pathétique.

     

    Cette obstination ainsi que de nombreux raisonnements confus se fondent sur plusieurs contresens et idées fausses pourtant faciles à démonter. En voici les principaux :

    -l’idée selon laquelle la monnaie représente une quantité de richesses :
    C’est faux, la monnaie, scripturale ou fiduciaire, est un signe purement conventionnel qui permet à un instant t d’acquérir un certain nombre de biens ou de services, c’est tout. Tant que les transactions ne sont pas réalisées, la monnaie n’est qu’un potentiel d’acquisition : l’inflation, est le phénomène qui traduit concrètement cette dichotomie fondamentale entre monnaie et richesse.

    La richesse, c’est-à-dire le patrimoine, est essentiellement matérialisée sous la forme d’actifs, mobiliers ou immobiliers, détenus par les agents, et qui ne sont pas liquides, c’est-à-dire qui n’ont pas de pouvoir d’achat immédiat, puisqu’il faut d’abord les vendre pour les transformer en monnaie. Le fait que ces actifs donnent lieu à une rémunération (intérêts, loyers ou dividendes) alors que la détention de monnaie subit l’inflation explique que seule une infime partie de la richesse est conservée sous forme monétaire. La seule exception à cela est la “préférence pour la liquidité”, qui apparait lorsqu’une dépréciation massive des actifs illiquides intervient (crise boursière ou immobilière), où les agents se ruent alors sur la monnaie.

    -l’idée selon laquelle seules les banques centrales créent de la monnaie :

    M. Jorion écrit: « qu’une banque prête ses fonds propres ou les dépôts de ses clients est indifférent: il s’agit toujours d’argent qui existait préalablement ». Cette assertion est complètement erronée. M. Jorion n’a toujours pas compris le mécanisme du crédit, malgré les nombreuses interventions des blogueurs : les banques de second rang ne prêtent ni leurs fonds propres ni leur dépôts, mais ne font qu’écrire littéralement (monnaie « scripturale ») le montant du crédit alloué simultanément à leur actif et au passif de l’emprunteur, c’est tout. Il ne s’agit donc absolument pas « d’argent qui existait préalablement ». La seule limite à cette création « ex nihilo » de monnaie est l’obligation pour ces banques de détenir une réserve de monnaie centrale (fiduciaire), afin de faire face aux retraits des titulaires de comptes. Si je contracte un emprunt auprès de ma banque et que je me rue au gichet pour le transformer entièrement en cash, je prive mon banquier, toutes choses égales par ailleurs, de toute possibilité d’accorder un crédit d’un montant équivalent à un autre client. Mais comme l’essentiel de la monnaie ainsi créée reste sous sa forme scripturale initiale, les banques commerciales peuvent continuer à créer de la monnaie bien au delà de leurs réserve en monnaie centrale. C’est aussi simple que cela.

    La différence essentielle entre monnaie fiduciaire et scripturale est que la monnaie fiduciaire a cours légal (aucune transaction ne peut être légalement refusée), tandis que la monnaie scripturale ne jouit pas de ce privilège (les 1000 euros de mon compte bancaire sont en ce sens une promesse de me délivrer 1000 euros sonnants et trébuchants, et jusqu’à présent, cette promesse a été tenue par ma banque…rien ne me dit que ce sera le cas demain). Toutefois, en dehors des situations de panique bancaire, c’est-à-dire en situation normale, ces deux formes monétaires sont équivalentes, sachant que c’est par la seconde que s’effectuent l’essentiel des transactions en régime normal.

    En autorisant les banques de second rang à accorder des crédits bien au delà de leurs réserves, les banques centrales délèguent l’essentiel de la création monétaire à celles-ci : si l’on peut contester la légitimité d’un tel mécanisme, contester sa réalité relève d’un esprit borné. Les banques centrales ne font que contrôler indirectement cette émission par l’intermédiaire d’un dispositif qui a été maintes fois expliqué dans le blog, notamment par le biais de l’escompte (le refinancement des banques en monnaie banque centrale).

    -l’idée selon laquelle les crédits accordés sans contrepartie impliqueraient une croissance indéfinie de la masse monétaire :

    Ce que ne semble pas saisir M. Jorion, c’est que toute création monétaire « ex nihilo », c’est-à-dire sans contrepartie (c’est le cas de n’importe quel crédit de base) contient en elle-même sa propre destruction, à travers le remboursement de la dette. C’est donc non seulement un processus nécessaire au financement de l’économie, mais en outre relativement stable lorsqu’il est maitrisé.

    En dehors du risque de non remboursement, où l’intérêt est la façon, légitime ou non, de prendre en compte ce risque, la création monétaire est un flux net, renouvelé en permanence, dont le résultat est à somme nulle voire négative (compte tenu des intérêts) : c’est simplement la différence entre l’émission de nouvelles créances et l’extinction de celles-ci par les remboursements.

    En régime normal, ce processus est parfaitement maitrisé par les banques de second rang, qui s’assurent autant que possible de la solvabilité de leurs débiteurs, ainsi que par les banques centrales, qui déterminent le taux d’intérêt, c’est-à-dire indirectement la masse des crédits finalement accordées par les banques de second rang. La création nette de monnaie suit donc généralement le taux de croissance de l’économie, sauf lorsque les banques centrales maintiennent des taux artificiellement bas pour soutenir la croissance réelle de la production, et que celle-ci ne suit pas, pour des tas de raisons trop longues à décrire ici : le surplus de monnaie se traduit alors soit par l’inflation des biens et services (dans le cas où le systême productif ne parvient pas à répondre à la hausse de la demande), soit alimente l’inflation des actifs financiers ou immobiliers (bulle boursière ou immobilière). Dans tous les cas, l’équation monétariste de la théorie quantitative de la monnaie (Mv = pQ) est vérifiée ex post.

    La création de monnaie par les crédits bancaires est donc non seulement un fait qu’il est absurde de vouloir contester ; et un fait qui n’est pas en lui-même un scandale, bien au contraire. C’est un mécanisme absolument nécessaire au financement de l’économie, relativement stable et maitrisé lorsqu’il est soumis à des règles prudentielles : il n’y a donc pas de quoi en faire un plat… à condition de maintenir un encadrement strict du crédit.

    En effet, les problèmes n’arrivent que lorsque l’on désinteresse les banques de la solvabilité des débiteurs, en leur permettant de transformer leurs créances en titres qu’elles s’empressent de vendre : là, le robinet à crédit est grand ouvert, les créances douteuses se baladent un peu partout sous forme de titres et la création monétaire ne connaît plus de limites… c’est ce qui est à l’origine de la crise actuelle. Il aurait suffi d’interdire ces pratiques pour empêcher cela, sans pour autant interdire aux banques de créer de la monnaie.

    -l’idée selon laquelle la monnaie a forcément une contrepartie réelle :

    M. Jorion est obsédé par le principe de “conservation des quantités”, selon lequel toute création monétaire serait fondée sur un surplus de richesse réelle, c’est-à-dire une création de biens ou de services. Je cite: “la création de monnaie est une illusion d’optique due au fait qu’il y a création de richesse par la combinaison du capital avancé par la banque, le travail fourni par l’emprunteur et […] l’action du soleil”.

    Ce principe est un contresens total : M. Jorion confond l’émission d’une créance avec son extinction, c’est-à-dire le remboursement de la dette. La création monétaire par le crédit est un pari sur l’avenir, c’est-à-dire l’espoir que cette dette sera remboursée à échéance : en fin de compte, si l’on met de côté les emprunts utilisés à des fins purement spéculatives, c’est effectivement l’activité économique des agents emprunteurs, qui, en générant des revenus, leur permettra de rembourser la dette initiale, et donc d’éteindre la créance, ce qui revient à une destruction de monnaie ex post. C’est donc bien la croissance de la production qui à terme permet l’extinction du surplus monétaire généré par le crédit.

    Mais ce mécanisme n’est pas automatique puisqu’il repose sur l’incertitude fondamentale qui touche les remboursements futurs : ainsi, sur le plan macro-économique, si une partie de la monnaie mise en circulation est affectée à la spéculation (opération d’achat et de ventes de titres ou de biens), il y a formation de bulles, c’est-à-dire inflation du prix des actifs (bulle immobilière ou financière) ou de celui de certains biens (matières premières). Dans ce cas, et dans ce cas seulement, la monnaie ne trouve pas sa contrepartie réelle dans l’acccroissement de la production, qui reste la seule façon d’éteindre la dette sur le plan macro-économique. Une partie des agents se trouve alors en défaut de paiement, et, ne disposant pas de revenus réels suffisant pour faire face à leurs échéances, se trouve contrainte de revendre ses actifs, entrainant une dépréciation générale de ceux-ci, et un dégonflement brutal des bulles spéculatives, provoquant un risque d’effondrement d’un systême fondé sur la confiance (la promesse que les euros crédités sur mon compte courant ne le sont pas en monnaie de singe).

    Le problème central vient donc du fait que toutes les dettes n’étant pas remboursées, la monnaie créée ex ante ne trouve pas systématiquement sa contrepartie réelle ex post : c’est exactement ce qui s’est produit avec la crise des subprimes. S’il peut être limité par des règles prudentielles strictes, ce phénomène est inévitable, il n’a rien à voir avec l’existence ou non d’un intérêt, et provient de l’incertitude fondamentale concernant le futur. La seule façon de le limiter est de contrôler sévèrement l’attribution des crédits, et de rendre très coûteuse l’émission de monnaie à des fins spéculatives (Lordon propose le découplage du taux d’intérêt selon l’usage des crédits).

    Là où le contresens initial s’exprime dans toute son aberration logique, c’est lorsque M. Jorion écrit plus loin que “celui qui emprunte à la banque en crée [de la monnaie], puisqu’il lui reste au bout du compte la richesse qu’il a créé grâce au capital emprunté” : il faudrait que M. Jorion explique quelle richesse il crée lorsqu’il contracte un emprunt pour financer l’acquisition d’une automobile….

    C’est évidemment la banque qui crée ex ante un “effet de richesse” virtuel (c’est la définition même de la monnaie), car la création de richesse relève de la sphère de la production, et non pas de la sphère monétaire : c’est par exemple l’activité économique de l’emprunteur qui lui fournira les revenus lui permettant de rembourser son emprunt -à condition qu’il le rembourse. Il y a donc eu forcément création de richesse ailleurs que dans la sphère financière au moment ou la dette est remboursée – et destruction équivalente de monnaie -, mais certainement pas au moment où l’emprunt est contracté. La plupart des contresens concernant la monnaie viennent de la non prise en compte de ce décalage entre présent et futur : la monnaie n’est pas seulement un intermédiaire des échanges présents, c’est aussi le substrat des revenus anticipés. En d’autres termes, la création monétaire n’est pas une création de richesse, elle ne fait qu’anticiper celle-ci.

    -l’idée selon laquelle la critique générale de l’intérêt (au sens d’usure) ait un rapport quelconque avec les crises financières récurrentes :

    M. Jorion semble condamner l’existence de l’intérêt dans le mode de production capitaliste : c’est une position politique qui n’a rien à voir avec le fait que les banques commerciales créent de la monnaie sous forme de crédits, sous le contrôle indirect des banques centrales, puisque ces dernières imposent aussi aux premières un taux d’intérêt lors des opérations de refinancement. Si M. Jorion veut s’atteler à la critique générale du capitalisme, qu’il s’attaque directement à la question de la propriété privée des moyens de production, comme l’avait fait Marx, mais la question de la création monétaire n’est certainement pas la bonne entrée. L’intérêt est une pratique généralisée fondée sur la légitimation de la rémunération de l’avance de fonds privés, et dépasse largement la question de la création monétaire.

    La question de l’intérêt relève essentiellement de celle du partage de la valeur ajoutée entre détenteurs d’actifs et travailleurs, ainsi que de celle du consensus social et politique autour du « prix » à accorder aux revenus futurs en situation d’incertitude; mais elle ne peut à elle seule résumer les contradictions du capitalisme. La suppression de l’intérêt implique par elle-même la disparition de la propriété privée : ce débat dépasse donc largement celui des crises financière récurrentes de ce mode de production.

    Autre bizarrerie de ce blog, une thèse à la mode qui consiste à faire dépendre la course à la croissance réelle du produit de la seule pression du taux d’intérêt, selon l’idée séduisante que la masse des fonds remboursés serait structurellement supérieure à celle des fonds avancés, la « pompe à finances » forcant ainsi sans arrêt l’économie à générer toujours plus de surplus. Selon cette thèse seule la suppression de l’intérêt permettrait de stopper la course folle à la croissance : malheureusement cette thèse anthropo-écologico-financière est simpliste voire fantaisiste.

    D’une part c’est accorder bien trop d’importance au rôle de la monnaie comme moteur de croissance : la croissance économique, qu’on y soit favoroable ou non, puise ses forces dans un jeu complexe de déterminations économiques, politiques, mais aussi sociales et culturelles qui pousse pour le dire trivialement les ménages à « travailler plus pour gagner plus » et ainsi consommer plus, et les entreprises à mettre tout en oeuvre pour que les ménages agissent ainsi, à grand renfort de marketing, de publicité et d’innovations, afin de trouver des débouchés à leurs produits. En ce sens, l’arme absolue de la « décroissance » réside bien plus dans le refus de participer aux activités économiques de production et de consommation, que dans la prohibition de l’usure.

    D’autre part, c’est encore « réifier » la monnaie, qui reste avant tout un signe conventionnel, que de penser qu’il y aurait une causalité univoque entre croissance de la masse monétaire et croissance du produit réel: on ne désire pas la monnaie pour elle-même mais pour les biens et services qu’elle permet d’acquérir. C’est oublier enfin le rôle de l’inflation qui peut rendre les taux d’intérêts nuls voire négatifs, ainsi qu’ignorer qu’une masse importante de crédits ne sont jamais remboursés. Sur le plan macro-économique, faire dépendre la croissance économique réelle de la seule croissance indéfinie de la masse monétaire relève d’une réification de la monnaie, c’est-à-dire d’une forme de fétichisme théorisé.

    Synthèse: grandeur et misère du savoir « collectif » sur internet:

    Plus de trois cent pages, c’est-à-dire des centaines d’heures d’énergie intellectuelle dépensée collectivement en pure perte: peut-on en attribuer la seule responsabilité à l’autisme intellectuel du fondateur de ce blog? Non, bien ententendu, et c’est ce qui fait la grandeur et la misère de l’idéologie du « savoir collectif », soi-disant démocratique (le « wiki-savoir »): les ambitions les plus louables produisent de bien piètres résultats. L’apparente démocratie d’un savoir engendré par tous conforte la mystification qui consiste à croire que la connaissance est une somme d’opinions individuelles: en ce sens, les innombrables interventions des blogueurs sont toutes présentées sur un pied d’égalité, alors que leur degré de pertinence et de rigueur est extrêmement variable. La pensée « scientifique », en tout cas rigoureuse, ne peut se développer dans le chaos des opinions, en l’absence de toute référence à l’histoire scientifique, en l’occurence celle des sciences économiques.

    Le résultat de cette mystification est d’autant plus triste qu’il est en grande partie justifié: ce blog est une réponse légitime à l’indécente mainmise idéologique dont souffre les sciences économiques aujourd’hui, jusque dans les universités. Mais ce n’est pas une raison pour tomber dans l’excès inverse qui consiste à bricoler un attirail conceptuel avec des éléments épars de culture économique et prétendre rivaliser avec la science dominante, et ceci pour deux raisons. D’une part, la chance d’être lu ou entendu reste faible au milieu d’un tel fouillis où le pire côtoie le meilleur du point de vue de la rigueur et de la pertinence des concepts; d’autre part, il n’existe aucune instance, aucun jury compétent susceptible de juger de la pertinence des thèses accumulées sur un blog : compte tenu de l’hétérogénéité de la culture scientifique des amateurs éclairés, la probabilité pour que ceux-ci parlent le même langage est proche de zéro.

    D’où l’extraordinaire stérilité de cette masse d’échanges électroniques : chacun développe sa thèse sur la monnaie, mais en réalité, personne ne parle de la même chose. Malgré les dénégations de M. Jorion (« on avance »! se réjouit-il, alors que n’importe quel lecteur se rend compte que de la première à la dernière page, on fait du surplace : à chaque intervention, on repart de zéro!). La preuve en est que M. Jorion semble reconnaître un moment son erreur, pour réécrire trois pages plus tard qu’en fait il avait raison, et que ses contradicteurs lui donnent raison à propos de la création monétaire : l’un d’entre eux lui fait remarquer que pas du tout, il ne s’est pas fait comprendre, et cela fait autant d’effet qu’un pet de mouche… La contradiction du savoir amateur collectif arrive à son apogée lorsqu’on en vient à s’en référer aux écrits de spécialistes reconnus, comme Maurice Allais : on voit bien que les blogueurs ne peuvent s’empêcher de s’en référer à un savoir qu’ils prétendent concurrencer. On aboutit à des raisonnement parfaitement surréalistes, qui s’apparentent plus à l’herméneutique (l’interprétation des textes sacrés) qu’à la science : à un moment M. Jorion, au détour d’une argumentation parfaitement absconse, prétend avoir démontré la fausseté de la thèse de M. Allais, et il en déduit que ce que à quoi s’accordent la totalité des spécialistes, à savoir que les banques commerciales créent de la monnaie, est faux…. outre la stupéfiante vanité d’une telle démarche, malgré l’expérience dont se targue M. Jorion en matière d’anthropologie et de conseil financier, on reste sans voix devant une telle méthode. A ce titre, j’attends avec impatience de lire le blog d’un technicien d’EDF qui viendrait contester la théorie de la relativité générale…

    Plus sérieusement, on perçoit bien la tentative de M. Jorion de « réinventer » la critique du capitalisme afin de mettre en évidence ses contradictions internes, et montrer que la crise actuelle est cosubstantielle à ce mode de production, et n’est pas un simple accident de l’histoire. Mais on ne construit pas un cadre théorique en bricolant des notions floues sur un blog : Karl Marx s’était avalé toute l’Economie Politique, d’Aristote à Ricardo, avant de rédiger sa « Critique »… L’erreur stratégique de M. Jorion réside dans le fait qu’il n’y a pas un seul capitalisme, mais des formes plus ou moins dérèglementées et plus ou moins financiarisées de ce mode de production. Plutôt que de reconstruire le Tableau Economique de Quesnay, illustrées par les vielles notions de « terre » et de « soleil », pour dénoncer le systême contemporain, peut-être aurait-il été mieux inspiré d’en rabattre un peu sur le plan de l’ambition théorique, en se recentrant sur une critique concrète des mécanismes d’émission des crédits dans l’économie contemporaine. Cela passait avant tout par une compréhension adéquate du mécanisme de création monétaire.

    En définitive, une fois acquis définitivement le rôle fondamental de création monétaire aujourd’hui délégué aux banques commerciales, je propose à M. Jorion de recentrer les questions qui font réellement débat autour des propositions suivantes :

    -à court terme, la nécessité d’obliger les banques commerciales à faire leur métier, et à ne faire que cela, c’est-à-dire accorder des crédits en s’assurant de la solvabilité de leurs débiteurs, sous le contrôle des banques centrales, en leur interdisant de passer leurs créances hors de leur bilan (le scandale de la titrisation), qui conduit à la formation puis à l’explosion des bulles immobilières et financières.

    -à long terme, la remise en cause de ce monopole au profit d’une reprise en main par les peuples, à travers les Etats, de la création monétaire, puisqu’elle détermine indirectement les choix de consommation et de production dans l’économie réelle. Au delà de la quantité de monnaie en circulation, c’est l’allocation de celle-ci aux agents en besoin de financement qui devrait faire débat.

    Il semble en effet légitime que ces choix doivent relever de la souveraineté populaire dans une démocratie, et non des seules considérations de rentabilité d’institutions privées. Ceci reviendrait à proposer par exemple la nationalisation massive des établissements de crédit mais aussi la possibilité de monétiser à nouveau une partie de la dette publique, ce qui impliquerait la fin de l’indépendance des banques centrales ainsi que de l’obligation pour les Etats de financer leur déficit par l’emprunt, en vertu de la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers.

  128. TL dit :
    18 octobre 2008 à 19:04 @ Etienne

     

    Je n’ai lu qu’en diagonale votre post. J’y reviendrai plus en détail quand j’aurai le temps. Certaines de vos phrases sont tout simplement gratuites, notamment à l’endroit du savoir “amateur”. Tout savoir est au départ amateur, et pardonnez-moi mais j’ai fait de l’économie à l’université (5 ans), et rencontré des économistes “professionnels”, au final je considère que de nombreux avis exprimés sur ce blog au sujet de la monnaie sont mieux argumentés que ce que j’ai pu entendre de prétendus experts, dont la conception des choses avait été stérilisée par toutes les théories économiques fumeuses qui sont encore admises en la matière.

    Votre intervention est trop longue. C’est contre-productif et dommage, car vous soulignez des points intéressants, et je suis d’accord avec vous sur le fait que Paul se raccroche à une vision de la monnaie basée sur une approche en terme de valeur fondamentale de la production, alors que justement une caractéristique de la dynamique monétaire est de s’écarter (et de façon très complexe, par la dérivation de la monnaie vers les marchés financiers) de la dynamique de la production.

    Une dernière chose : si “toute création monétaire contient en elle-même sa propre destruction”, comment expliquez-vous le non-remboursement des dettes ?

    P.S. : en ce moment, je pense que les banques prêtent leurs dépôts ET l’argent du refinancement de la Banque Centrale, MOINS ce que la même BC lui demande de garder sous forme de réserves. Leur seigneuriage est d’autant plus important que les gens préfèrent mettre de l’argent en banque plutôt que de le détenir en monnaie physique.
    Sans dépôts bancaires, ou avec la couverture de 100% préconisée par Fisher/Allais, pas de seigneuriage des banques commerciales.

  129. RST dit :
    18 octobre 2008 à 19:16 Je ne sais pas qui est Etienne du “18 octobre 2008 à 18:04″ (mais j’aimerais bien savoir :) ).
    Ce que je sais c’est que j’ai trouvé son texte brillant. Ceci est un jugement de valeur qui n’engage que moi qui n’ait aucune compétence spéciale dans ces domaines. Je cherche simplement à comprendre.
    On pourrait surement lui reprocher de ne pas faire dans la diplomatie quand il s’adresse à P.Jorion mais cela me parait secondaire compte tenu de l’analyse sans concession et tellement pertinente qu’il a faite tant du débat sur ce blog que des principes de la création monétaire qu’il a exposés de façon tout à fait pédagogique .
    Son jugement sur le “savoir collectif” est certainement très difficile à entendre mais me parait tellement juste.

     

    Enfin, je partage sans réserves ses propositions qui devraient être au centre du programme de ceux qui veulent réellement changer le monde dans lequel nous vivons.

  130. Étienne Chouard dit :
    18 octobre 2008 à 20:55 Étienne Chouard à Étienne X

     

    Si je devais aller vite, je dirais qu’un grand mérite de ce blog est de vous avoir attiré ici ;-)

    Car c’est bien l’initiative et le travail de Paul, son tropisme, qui nous ont permis de lire attentivement aujourd’hui votre pensée rigoureuse (et sévère), et — notez-le — sans (avoir besoin de) connaître un mot de vos titres et diplômes, justement parce que nous sommes ici a priori sur un pied d’égalité et que c’est la force vérifiable des notre pensée actuelle (plus que les insignes discutables de nos exploits passés) qui donne des preuves d’utilité (ou pas), ne serait-ce que comme un petit élément d’un tout complexe, une courte étape vers une meilleure compréhension globale.

    Je ne sais pas qui vous êtes, je ne sais pas du haut de quelle expertise vous pourriez parlez, je pourrais, comme vous m’y invitez, me méfier a priori du risque de « misère du savoir collectif sur internet », et pourtant, à vous lire les yeux ouverts, je vous trouve crédible, cohérent, rigoureux, synthétique… Ce que vous avez écrit va me servir à mieux articuler ma propre pensée. Votre intervention suggère donc plutôt pour moi la « grandeur du savoir collectif sur internet » (à ceci près que votre ton à rebrousse-poil est une véritable invitation à ne pas vous lire jusqu’au bout, ce qui est objectivement contre-productif, je crois).

    Pour ma part, je préfère cette approche totalement ouverte des blogs, souvent accueillante, bienveillante, toujours incitatrice à l’effort intellectuel et au progrès, progressivement et ensemble, — certes avec des dérives possibles, de fréquentes pertes de temps (qui n’en sont pas toujours car le détour d’une erreur corrigée permet parfois de comprendre durablement ce qu’un chemin direct peut faire manquer ou oublier) et des risques d’erreurs — je préfère cette méthode d’apprentissage-là au carcan souvent stérilisant des académies diplômantes qui protègent toujours quelque orthodoxie contestable et quelque mandarin usurpateur et qui n’ont, finalement, jamais protégé les hommes contre les erreurs (ce n’est pas un détail).

    Je tiens à l’iségoria, aux libres débats. C’est la libre contradiction des orthodoxies, c’est la garantie de publicité accordée aux opinions dissidentes (même évidemment farfelues ou nuisibles) qui donne les meilleures chances de ne pas (trop) se tromper. Je reconnais que c’est une thèse et que je peux me tromper moi-même, bien sûr, mais je crois fort à cette idée. C’est de la discussion que jaillit la lumière.

    Si on vous laissait faire, apparemment, seuls les experts patentés, étiquetés, labellisés, garantis, certifiés, auraient droit à la parole et à l’échange, et nous, les assoiffés du sens à donner au monde et des moyens de le rendre plus agréable pour tous, nous devrions nous contenter d’écouter la messe d’un cours magistral et à sens unique ? (Je caricature sans doute, pardonnez-moi, et j’espère que vous n’avez pas imaginé ce supplice.)

    La formule du blog, qui permet à quelqu’un de confronter publiquement — et respectueusement — ses certitudes avec des certitudes radicalement contraires et qui l’amène sur certains points (inattendus pour lui) à changer d’avis, — progressivement, il ne se laisse pas faire le gaillard, il a raison, et il argumente jusqu’à être sûr de s’être trompé et de devoir changer d’avis) —, cette formule est très séduisante sur le plan pédagogique, je trouve.

    Bref, sur le fond, je vous suis reconnaissant d’exprimer clairement, rigoureusement, précisément ce que je pense aujourd’hui sur la création monétaire (à part quelques petits détails sur lesquels nous reviendrons peut-être) ; et à la fois, sur la forme, je vous en veux de votre brutalité contre Paul (parler d’autisme à son égard n’est pas brillant, sans compter qu’il est regrettable d’utiliser cette maladie comme cela), brutalité qui n’est pas nécessaire et qui est même contre-productive : j’ai failli rater l’essentiel de votre argument tant sa forme hostile et agressive était repoussante, au premier abord.

    Mais j’espère que ce n’est qu’un de vos propos qui était brutal, et pas vous. J’espère que ce « coup de gueule » ne vous ressemble pas, d’une certaine façon.

    Au plaisir de vous lire à nouveau, cher Étienne (ce n’est pas souvent que je peux dire cher Étienne, laissez-moi faire, s’il vous plaît :-)

    Amicalement.

    Étienne.

  131. Paul Jorion dit :
    18 octobre 2008 à 21:55 @ Etienne

     

    Il faut d’abord que vous retourniez à ce débat sur la monnaie, que vous n’avez manifestement lu qu’en diagonale. Je dis cela à partir du fait que la plupart des opinions que vous m’attribuez sont en fait celles défendues par les commentateurs dont je conteste la position. Lorsque vous aurez relu le texte, vous vous apercevrez aussi que vous et moi sommes d’accord à 95 %.

    Ceci dit, les 5 % où nous différons sont essentiels : vous avez intégré votre interprétation correcte des mécanismes à l’intérieur du schéma d’interprétation monétariste dont la faillite sur le plan conceptuel est aujourd’hui retentissante. Si vous aviez lu ce que j’ai écrit de manière un peu plus attentive, vous auriez remarqué que c’est le monétarisme que je remets en question de manière systématique. Vous auriez noté aussi que j’ai insisté à de nombreuses reprises sur le fait que mon opinion n’est pas encore faite sur ce par quoi exactement il convient de le remplacer. Mes questions à mes interlocuteurs ont toujours ce but heuristique, « maïeutique » de dépasser le fond et la forme des exposés que l’on trouve dans les « manuels à l’intention des enfants des écoles », travers auquel vous semblez au contraire succomber aisément.

    Mais là où nous différons entièrement, c’est là où vous présentez le système actuel comme excellent, victime seulement de regrettables « abus » : une petite correction ici, un peu plus de réglementation là et rien n’aurait mal tourné. Mieux, de tels ajustements minimes permettront de faire repartir la machine sans accroc. Nos positions sur ce point-là, sont diamétralement opposées. Pour moi, le système actuel de la création monétaire doit être rebâti à partir de ses fondations-mêmes : il ne souffre pas, comme vous le suggérez, d’un simple rhume de cerveau, il est à l’agonie.

  132. Étienne Chouard dit :
    18 octobre 2008 à 23:13 Étienne ou Étienne ?

     

    ;-)

  133. A-J Holbecq dit :
    19 octobre 2008 à 09:57 Globalement je suis d’accord avec le résumé d’Etienne X, même si je trouve la forme un peu “agressive”.
    Je suis également particulièrement d’accord avec sa proposition très “allaisienne”:

     

    En définitive, une fois acquis définitivement le rôle fondamental de création monétaire aujourd’hui délégué aux banques commerciales, je propose à M. Jorion de recentrer les questions qui font réellement débat autour des propositions suivantes :

    -à court terme, la nécessité d’obliger les banques commerciales à faire leur métier, et à ne faire que cela, c’est-à-dire accorder des crédits en s’assurant de la solvabilité de leurs débiteurs, sous le contrôle des banques centrales, en leur interdisant de passer leurs créances hors de leur bilan (le scandale de la titrisation), qui conduit à la formation puis à l’explosion des bulles immobilières et financières.

    -à long terme, la remise en cause de ce monopole au profit d’une reprise en main par les peuples, à travers les Etats, de la création monétaire, puisqu’elle détermine indirectement les choix de consommation et de production dans l’économie réelle. Au delà de la quantité de monnaie en circulation, c’est l’allocation de celle-ci aux agents en besoin de financement qui devrait faire débat.

    Il semble en effet légitime que ces choix doivent relever de la souveraineté populaire dans une démocratie, et non des seules considérations de rentabilité d’institutions privées. Ceci reviendrait à proposer par exemple la nationalisation massive des établissements de crédit mais aussi la possibilité de monétiser à nouveau une partie de la dette publique, ce qui impliquerait la fin de l’indépendance des banques centrales ainsi que de l’obligation pour les Etats de financer leur déficit par l’emprunt, en vertu de la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers.

    … mais Paul a t-il “acquis définitivement le rôle fondamental de création monétaire aujourd’hui délégué aux banques commerciales” ?
    Bref, il serait intéressant que Paul nous précise, une fois pour toute, sa compréhension actuelle de la “technique ” de la création monétaire et des effets de l’intérêt (sans nécessairement faire intervenir le soleil ;) ), car j’ai eu l’impression, sur un autre commentaire concernant le film de Paul Grignon, qu’il considérait que ce film n’était pas représentatif de la “réalité pratique” de l’émission monétaie.
    Restera le débat entre les partisants de la théorie du “multiplicateur monétaire” et de la théorie du “diviseur monétaire”

    Pour info à ceux qui n’auraient pas suivi tout le débat:

    Le multiplicateur monétaire repose sur l’hypothèse que la masse monétaire est exogène car elle est déterminée par la monnaie centrale, contrôlée par la banque centrale. L’approche dite du « diviseur » considère au contraire que la monnaie est endogène, c’est-à-dire que son évolution est déterminée par les besoins de financement des agents non bancaires ; la causalité est alors inverse dans le sens M => MC. La banque centrale intervient in fine pour satisfaire les besoins de financement du système bancaire.

  134. Rumbo dit :
    20 octobre 2008 à 16:34 Etienne X @

     

    Je n’avais pas encore lu votre intervention ci-dessus. Sans doute un trait de caractère, plus des idées claires sur le sujet (peut-être à défaut d’être complètes?) vous donne ce ton rude? Mais je reprendrais les propos de Etienne Chouard que le mérite de ce blog est de vous y avoir fait venir. J’y vois un grand et large “territoir commun” avec le mien, comme nombre de ceux qui interviennent ici. J’ai l’impression (il faudrait que je reprenne phrase par phrase votre intervention) que vous ne faites pas beaucoup de cas des intérêts bancaires.

    S’agissant du traitement monétaire, la création monétaire est le point le plus important et déterminant. Il réside dans le fait (on peut tourner la question et le problème dans tous les sens qu’on veut!) qu’il faut ramener à la banque davantage d’argent qu’on y a emprunté. Collectivement, c’est impossible, les preuves surabondent, y compris arithmétiquement, avec les dégats trop connus qu’on sait.. Avec la question des intérêts à payer lancinante, il y a de façon sous jacente la question de l’usure. Cette question dit rarement son nom. On tourne tout le temps autour du pot…

    Louis EVEN insiste sur la BONNE question qu’il faut poser: “Peut-on physiquement produire ceci ou cela?” Si oui, c’est encore plus facile de financer le projet, et la question des intérêts s’évapore comme neige au soleil, car c’est la possibilité de produire physiquement qui l’emporte sur tout le reste. Si c’est non, et bien on remet le projet dans les cartons et on verra plus tard selon les circonstances. La mauvaise question est celle de toujours: “Peut-on payer?” (sous entendu, va-t-on obtenir les crédits nécéssaires?), si c’est oui, c’est la longue marche pleine d’incertitudes, voire le parcours du combattant qui commence, et le projet sera presque toujours “flétri” et dégradé d’une façon ou d’une autre, si ce n’est hipothéqué ou remis en cause, ou encore arrêté en pleine course comme si souvent, par manque de crédit… comme si on manquait de pluie ou de chaleur. Tels sont les caprices du “crédit”- Moloch-dieu-tout-puissant qui règne sur le monde et dont nous devons trembler devant les sacrifices qu’il exige pour le rassasier. Le rassasier un temps seulement…

    Je vous apprendrais sans doute rien sinon peu de chose sur le sytème financier et les mécanismes bancaires si ce n’est, peut-être l’avez-vous déjà constaté, qu’il est IN-DÉ-FEN-DABLE.

    Je regrette seulement que ceux qui ont des propositions en mains, propositions concrètes et opérationnelles, j’en suis, n’ont, ici, pas assez d’audience à mon humble avis. Je précise tout de suite qu’il est vrai que, pour des raisons d’organisation et d’agenda, je ne peux pas lire, posément, tous les messages qui arrivent sur cet excellent blog. Il m’arrive souvent de regretter de ne pas pouvoir dialoguer davantage avec ceux qui prennent la peine de s’exprimer un peu plus à fond. Il se peut, hélas, que je “passe à côté” de certains commentaires et non des moindre. Mais il est évidemment préférable de pouvoir s’exprimer que rien du tout.

    En attendant voici un extrait d’un entretien avec l’économiste et professeur bien connu Daniel COHEN (France culture 22 janvier 2008), c’est un passage où il s’agit des “régulations” face aux marchés.

    “(….) Lorsqu’il y a des biens, c’est pour les opérateurs qui les ont “générés”, lorsqu’il y a des pertes, elles sont toujours mutualisées, soit sur le dos du déposant, c’était le cas jusqu’en 1929, soit parce que ce sont les États qui viennent au secours des “pertes”. Donc, à partir du moment où on a un jeu assymétrique, et c’est toujours le jeu des marchés financiers, il est sûr que les marchés financiers vont toujours à la limite du risque. Raisonnons en termes de “stock-options”, c’est un très bon exemple: je gagne, donc c’est un bon “deal”, formidable bonnus! Mais si ça baisse, je perds et je fais perdre des milliards (je ne perds pas moi parce que ma rémunération est indexée à la hausse), le sytème financier fonctionne selon ce privilège, bien sûr si je perds, alors je perds mon job et j’en retrouverai un autre (?). Mais mes pertes ne sont pas proportionnées aux pertes que je fais subir à la société (….) L’idée que les marchés financiers pourraient trouver eux-mêmes la voie de la raison est une méconnaissance complète des mécanismes. Alors, sur ce point, parce que c’est important dans la régulation de Bâle, c’est à dire dans la régulation que les banques s’imposent à elles-mêmes, on en est arrivé, en effet, et c’est sans doute par l’idéologie, au point où on a demandé aux banques d’évaluer — elles-mêmes — leur coefficient de risque pour fixer les niveaux de réserves prudentielles. Alors ça! Cest le comble de la dérèglementation!! Quand voit aujourd’hui que les banques sont totalement incapables d’évaluer les risques qu’elles ont pris et qu’elles ont fait prendre à leurs actionnaires avec des produits “mathématiques” que personne ne comprend, et sans doute, pas même ceux qui les ont “inventés”, c’est extravagant de se dire qu’au cœur du “logiciel bancaire”, il y a une auto-évaluation des risques que les banques prennent! Là, il y a certainement un immense retour de bâton qui va se produire avec la crise des subprimes! Il faut évidemment revenir sur ces dispositions qu’on appele Bâle II, et il faut être capable de dire: “si moi, régulateur (?), je ne comprends pas cette fomule, c’est à dire, je supose que c’est le plus risqué possible, ne venez pas me dire, comme ça a été le cas à propos des “subprimes”, qu’en fabriquant des coktails de crédits à des ménages insolvables, on arrive à fabriquer des crédits de la plus haute qualité…”

    Je résume les conclusions de daniel Cohen: “À présent, de deux choses: ou on laisse venir la récession, ou on aide les gangsters…”

    C’était en janvier de cette année, que de chemin parcouru! Les preuves surabondent. Et je crains très fort que le MÊME personnel: Bush, Obama (?), McCain (?), Bernanke, Trichet, Paulson, Brown, Sarkozy, Barroso, Madame Lagarde et consorts, etc, s’activent et s’agitent pour remettre sur pied le si bon sytème qui les a si bien porté, quitte a lui changer de nom…

  135. JFK dit :
    25 avril 2009 à 01:25 Les voleurs qui obligent notre gouvernement Canadien à leur verser un intérêt sur l’utilisation de notre argent veut encore pomper plus!

     

    En effet plus on pompe et moins on remet en circulation cet argent et, plus il y a ralentissement de l’économie, moins de travail, moins de développement.

    Québec lancera lundi un projet pilote pour contrer l’évasion fiscale dans le secteur de la restauration – Afin de récupérer les 425 millions de dollars .. Parlons en de cette fichue récupération de l’argent liquide (fiduciaire) argent de papier de métal est un mode de paiement légal au Canada. Et de vouloir pousser les gens à la carte de débit qui n’est pas réellement légal, mais plutôt toléré. Par contre l’argent Liquide est constitutionnel et légal. Aussi cette position de force poussera les gens à utiliser les cartes de crédit et ainsi de surcroît endetter la population et encore engraisser les banques!

    Il serait temps de stopper ces agents du gouvernement qui travail contre les citoyens canadien pour remplir les poches des banquiers internationaux. La constitution donne aux gouvernements le droit de générer des capitaux pour des besoins réels; nous ne sommes apparemment pas immunisés contre l’avarice sans fin des institutions financières. Qui contrôlent la banque du Canada et vous pouvez être certain que même David Rockefeller en profitera! La sensibilisation du public et l’éducation populaire contribueront à mieux outiller les citoyens pour reconnaître les abus des institutions financières et des banques centrales, contre les individus. Et cette campagne du ministère des finances publiques est un très bon indicateur de leurs voracités
    Maintenant regardons le pouvoir de notre gouvernement Canadien ce pouvoir ce retrouve dans les pouvoirs législatifs ;
    DISTRIBUTION DES POUVOIRS LÉGISLATIFS

    POUVOIRS DU PARLEMENT
    Autorité législative du parlement du Canada 91. Il sera loisible à la Reine, de l’avis et du consentement du Sénat et de la Chambre des Communes, de faire des lois pour la paix, l’ordre et le bon gouvernement du Canada, relativement à toutes les matières ne tombant pas dans les catégories de sujets par la présente loi exclusivement assignés aux législatures des provinces; mais, pour plus de garantie, sans toutefois restreindre la généralité des termes ci-haut employés dans le présent article, il est par la présente déclaré que (nonobstant toute disposition contraire énoncée dans la présente loi) l’autorité législative exclusive du parlement du Canada s’étend à toutes les matières tombant dans les catégories de sujets ci-dessous énumérés, savoir: les paragraphes 14 à 20 sont des pouvoirs immense qui peuvent donner à un gouvernement le pouvoir d’abolir la dette du aux banquiers et instaurer un autre service que le service de la dette qui est littéralement manque foi, le gouvernement ne se fait pas confiance pour les paragraphe 14 à 20 et s’en remet à d’obscurs banquiers inconnus du contribuable de tout poil. Transformons le service de la dette en service de l’actif du Canada, arrachant aux banquiers voleurs ce droit à la planche à billet volé par une loi voté en 1913, par des parlementaires achetés! Et que les nouveaux emprunts et nouveaux dépôts du Canada soit la propriété des canadiens et canadiennes à taux fixe et faible qui assure enfin un actif pour le développement du Canada. Ainsi, le banquier reçoit un rien sur 50 ans pour acte criminel et devient un salarié du gouvernement au même titre que les autres fonctionnaires, et voila une question réglée.

    14. Le cours monétaire et le monnayage.
    15. Les banques, l’incorporation des banques et l’émission du papier-monnaie.
    16. Les caisses d’épargne.
    17. Les poids et mesures.
    18. Les lettres de change et les billets promissoires.
    19. L’intérêt de l’argent.
    20. Les offres légales.

Publié dans Banques, Débat monétaire | 2 commentaires

19 – D’abord comprendre ce qu’est la monnaie

20 06 2008

Publié par Paul Jorion

Le 15 juin, il y a cinq jours, Armand écrivait :

La vision comptable conduit, me semble-t-il, à confondre la valeur d’un bien matériel, son prix à un instant donné et même ce qu’un engagement pourrait rapporter dans le futur, c’est-à-dire à additionner bananes, dessins représentant des bananes et bananiers au motif que ce sont des fruits, des représentations de fruit, ou des fruits en devenir ; ce que rappelait déjà Magritte avec son « Ceci n’est pas une pipe »

Mais ce n’est pas simplement la vision comptable : c’est ce que fait la monnaie effectivement. La monnaie est une richesse en soi – c’est moins évident sur le plan conceptuel depuis que sa convertibilité en or a disparu, mais cela fonctionne encore de cette manière – c’est aussi une représentation de la richesse, lorsqu’un titre est émis parce qu’une vraie richesse a été mise en gage : offerte en collatéral (une maison, un champ, etc.) et c’est enfin un transformé de la richesse, lorsque la moisson est réalisée par sa vente, surplus résultant de la combinaison des avances (en nature ou en monnaie), du soleil et de la sueur des hommes : une richesse extérieure à la richesse existante a été créée « ex natura » et transformée en monnaie.

Il y a alors deux questions à résoudre : 1) qu’est-ce qui constitue richesse ? ; 2) qu’est-ce qui fait que nous considérons légitime – depuis plusieurs siècles au moins – d’additionner richesse existante, représentation de richesse et transformé de richesse ? A mon sens, la notion-même de « création de monnaie » n’aura pas été réellement clarifiée (je ne parle pas de la description des mécanismes) tant que nous n’aurons pas répondu à ces questions.

En attendant, je vous propose – pour nourrir les nôtres – les réflexions de l’un de ceux qui ont véritablement réfléchi sur ces questions. Lisez le passage sans vous préoccuper de qui l’a écrit (la réponse est à la fin).

Chaque homme est riche ou pauvre selon le degré dans lequel il peut se permettre de profiter des nécessités, des conforts et des amusements de la vie humaine. Mais une fois que la division du travail s’est complètement opérée, il n’est qu’une très petite partie de ceux–ci auxquels il peut accéder par son propre travail. Il doit obtenir la majeure partie de ceux–ci du travail d’autres hommes et il sera riche ou pauvre selon la quantité de ce travail qu’il peut commander, ou qu’il peut se permettre d’acheter. C’est pourquoi pour la personne qui la possède, la valeur de toute marchandise qu’il n’entend pas utiliser ou consommer lui–même mais échanger pour d’autres marchandises, est égale à la quantité de travail qu’elle l’autorise à acheter ou à commander. (…) Ce que chaque chose vaut réellement pour l’homme qui l’a acquise, et qui veut s’en défaire ou l’échanger pour quelque chose d’autre, sont la peine et l’embarras qu’il peut s’épargner, et qu’il peut imposer à d’autres. (…) “La richesse”, a dit Mr. Hobbes, “est pouvoir”. Mais la personne qui, soit acquiert, soit hérite d’une grande fortune, n’acquiert pas nécessairement ou n’hérite pas nécessairement d’un pouvoir politique, qu’il soit civil ou militaire. Sa fortune lui fournira peut–être les moyens de les acquérir tous deux, mais la simple possession de la fortune ne lui procurera nécessairement ni l’un ni l’autre. Le pouvoir que cette possession lui procure immédiatement et directement, c’est le pouvoir d’acheter ; un certain commandement sur toute la force de travail, sur tous les produits du travail qui se trouvent alors sur le marché. Sa fortune est élevée ou médiocre dans la proportion même de l’étendue de ce pouvoir ; ou de la quantité, soit du travail d’autres hommes, soit – ce qui est la même chose – du produit du travail d’autres hommes, qu’elle lui permet d’acheter ou de commander. La valeur d’échange de chaque chose doit toujours être exactement égale à l’étendue de ce pouvoir qu’elle procure à son propriétaire.

Adam Smith, La richesse des nations (1776) (An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations, 2 vol., Oxford : Oxford University Press, 1976 : 47-48).

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite======================================================

18 réponses à “D’abord comprendre ce qu’est la monnaie”
  1. zoupic dit :
    20 juin 2008 à 17:42 je le vois bien quand je propose à ma petie soeur de faire la vaisselle pour 2€. Somme qui pour moi n’est pas significante, mais qui lui permettra d’acheter ses bonbons.
  2. Paul Jorion dit :
    20 juin 2008 à 17:50 @ Zoupic

    L’exploitation peut en effet caractériser la manière dont le surplus (la moisson) est redistribué entre ceux qui font les avances (je suppose que tu nourris ta petite sœur autrement qu’en sucettes) et ceux qui apportent leur force de travail.

  3. franck marsal dit :
    20 juin 2008 à 18:22 La comptabilité peut franchir un pas de plus que la monnaie, qui, on le voit dans ce blog, offre pas mal de souplesse pour se déclarer plus riche que l’on n’est, ce qui est un moyen pour le devenir effectivement.

    La comptabilité va plus loin puisqu’elle mesure d’autres supports de “richesse” ou d’engagements. Je pense qu’il n’est pas anodin que, précisément maintenant, de nouvelles normes comptables se mettent en place comme un couronnement de la dérégulation.

    Les questions que je me pose sont :”ces normes ne sont-elles pas la généralisation des pratiques de feu ENRON ?”

    et n’y a-t-il pas possibilité, à travers ces normes, pour la sphère financière de “larguer les amarres” par rapport à l’économie réelle ?

  4. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    20 juin 2008 à 18:29 La monnaie est donc la capacité qu’à un homme de mettre en esclavage un autre homme, si le premier dispose du capital dont ne dispose pas le second. La première chose à faire est de bannir la possession privée du “capital ” (productif) dans sa définition première : biens ou richesses accumulés générant de nouveaux biens ou revenus.

    Le capital naturel (sol, air, eau, sous-sol, mer) doit être un “bien collectif” et à ce titre il ne doit pas pouvoir être approprié par un individu ou une société d’individus.
    … et qu’on ne me dise pas qu’il y a besoin de capital monétaire pour produire.

    Juste pour que les choses soient claires :

    Tout libéral connaît les deux exemples que je donne ici, mais mes lecteurs ne sont pas tous libéraux.

    Un premier exemple : vous trouvez un bâton par terre. Ce bâton n’est à personne, et n’est utile à personne. Vous le prenez, vous sortez votre couteau, vous le transformez en statuette. Votre travail est une manifestation de votre liberté. Et votre travail n’a été nuisible à personne (autrement vous êtes responsable, ce qui nécessite de s’arranger ou rembourser ou corriger).

    L’idéologie libérale explique : « vous vous êtes approprié ce morceau de la nature par votre travail ». Cette statuette vous appartient, elle n’est plus le bâton que tout le monde pouvait prendre. Puisqu’elle vous appartient, vous pouvez l’échanger. Mais vous pouvez aussi la donner. Et y compris à vos descendants. Ensuite, le monde est rempli de “statuettes” faites avec du travail sur des bouts de la nature, que dame nature a donnés gratuitement.

    Deuxième exemple : un berger a l’habitude de venir faire boire ses moutons dans une rivière. Toujours au même endroit. Et depuis des années. Une usine s’installe alors en amont et pollue l’eau. L’idéologie libérale explique : le berger était là avant, il utilisait l’eau en aval avant. Il s’était donc approprié par son travail la rivière en aval. Et l’usine n’avait donc pas le droit de dégrader la qualité de l’eau appropriée par le berger. L’usine est responsable et doit réparer le préjudice. Le droit libéral protégerait donc le berger. Notez que le préjudice doit être avéré : afin d’éviter toute législation liberticide, le libéralisme promeut une responsabilité que l’on vérifie à posteriori.

    Voici pour la conception libérale de la propriété. Ensuite, une fois les droits de propriété bien définis, chaque propriétaire est totalement maître de ses propriétés. En particulier, si un propriétaire détériore les bouts de la nature dont il est propriétaire, l’idéologie ne voit rien à y redire. Il serait donc imaginable que le propriétaire d’une grande forêt, non seulement la rase pour vendre du bois, mais en plus la pollue durablement avec des activités plus ou moins rémunératrices. Ce qui pourrait compenser la perte de valeur de terrain.

    Pour ma part, avec les sociétalistes, je dis (en recopiant un morceau de page de mon site) :

    Les sociétalistes ne pensent pas que l’on puisse distinguer le fonctionnement de l’économie de la politique sociale et pensent que les deux sont intimement imbriqués. Ils pensent de plus que proposer un antagonisme entre l’Etat et l’individu est une erreur, le groupe des individus (d’un pays) formant bien l’Etat. Qui plus est, laisser la propriété individuelle, et particulièrement celle des biens de production, grossir sans limite ne peut qu’aggraver les inégalités. Alors oui, la liberté de l’individu est importante, mais pas au point de lui permettre d’accumuler du capital sans limite et de devenir parfois aussi puissant qu’un Etat..

    C’est la raison pour laquelle nous proposons la possibilité de transmission d’un capital “mobilier” sur une seule génération : ainsi le cumul générationel ne pourra pas avoir lieu et les “jouissances” d’un descendant des générations futures seront bien issues des fruits de son apport sociétal et non pas des apports sociétaux réalisés par ses ancêtres.

    Pour le premier exemple (le bâton) les sociétalistes diraient : ” Ce bâton que vous avez trouvé par terre est le symbole des biens naturels qui appartiennent donc à la collectivité et non à celui qui l’a trouvé. Mais celui qui l’a trouvé ainsi que celui qui l’a transformé doivent chacun obtenir une juste rétribution pour leur travail.”

    Pour le second exemple, les sociétalistes argumenteraient seulement qu’il n’y a aucune raison qui puisse permettre à une usine de s’installer en amont, sauf si l’utilité collective est impérative sur les droits individuels du berger, puisque la source n’appartient pas au berger

    Quant au droit à détruire la Nature dont on a la “propriété”, là encore les sociétalistes ne peuvent donner leur accord sur un concept aussi brutal. En effet, la Nature n’est pas propriété d’un seul, quelle que soit la petitesse de la fraction possédée. De plus, la Nature est un tout à l’échelle globale, et raser une forêt ou polluer un sol est un acte irresponsable et criminel, aussi bien envers ses contemporains qu’envers les générations futures. Enfin, même dans le cadre de l’idéologie libérale prônée ici, le droit à détruire la Nature dont on est “propriétaire” ne tient pas. De fait, la Nature, on le sait de mieux en mieux par les études scientifiques en environnement, fonctionne comme un tout à l’échelle globale, et donc en détruire une parcelle revient à porter préjudice à autrui, quelque part, ailleurs dans l’espace ou dans le temps, ce qui nous place dans le cas du berger et de l’usine. Dans ce cas, le destructeur de la Nature doit cesser sa destruction ou réparer les dégâts, dixit l’idéologie. Pour prendre une analogie, la Nature est comme une grosse pendule très compliquée donc chacun des millions de rouage est utile. Si les petits démons qui habitent la pendule étaient des libéraux au sens donné ici, ils s’approprieraient chacun un rouage ou un bout de rouage. Donner à chacun le droit de détruire sa propriété reviendrait fatalement à détruire totalement au moins un rouage au bout d’un certain temps. Fatalement, tous les autres rouages cesseraient de fonctionner correctement, et en fin de compte, les personnes intéressées à lire l’heure seraient lésées. Il y a donc bien un préjudice causé à autrui par la destruction des morceaux de rouage.

  5. jean-michel dit :
    20 juin 2008 à 19:48 Il me semble que dans toutes les discussions sur la monnaie, il importe de tirer tout le parti possible de la distinction courante chez les économistes entre les formes de la monnaie (métallique, papier, etc.) et les fonctions de cette même monnaie (unité de compte, intermédiaire des échanges et réserve de valeur). J’avais tenté il y a quelques années lors d’un workshp à Newport (RI) de donner un fondement anthropologique et même clinique à cette distinction (en repérant une dimension technique, concernée par les atechnies, une dimension logique, concernée par les aphasies, une dimension sociale – celle de l’échange – et une dimension libidinale – celle de la jouissance que paie l’argent). Je n’ai guère retravaillé cette question depuis, mais on peut trouver une version un tant soit peu développée ici : http://rennes-mediation.org/download/redirec.php?id=9

    Le passage de Smith que site Paul me semble mêler en permanence (c’est tout le problème de Smith et de ses successeurs) la dimension sociale (le pouvoir de commandement) et la dimension libidinale (la peine ou le déplaisir – Unlust – comme aurait dit Freud).

  6. Paul Jorion dit :
    20 juin 2008 à 20:50 @ jean–michel

    Les « fonctions » de la monnaie : 1. unité de compte, 2. intermédiaire des échanges et 3. réserve de valeur.

    1. Unité de compte pour la richesse = toute richesse peu s’évaluer en quantité de monnaie

    2. Richesse échangeable sous une forme « générique » = tout peut s’acheter, tout peut se vendre grâce à de la monnaie

    3. Richesse tout court = tout le monde veut de la monnaie

    Donc la monnaie est une richesse générique quantifiable.

    Et c’est là qu’on s’arrête toujours… alors qu’on ne devrait pas parce que

    1. C’est aussi la représentation d’une richesse non-monétaire existante : crédit sur un gage (maison, champ, future moisson)

    2. ainsi que le moyen de transformer une richesse non-monétaire neuve en « richesse générique quantifiable » (la nouvelle moisson).

  7. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    21 juin 2008 à 07:02 @Paul

    Je suis d’accord avec ” 1. C’est aussi la représentation d’une richesse non-monétaire existante : crédit sur un gage (maison, champ, future moisson) ”

    Mais je ne suis pas absolument certain de bien saisir ce que tu veux dire par ” 2. ainsi que le moyen de transformer une richesse non-monétaire neuve en « richesse générique quantifiable » (la nouvelle moisson). ”

    Peux tu préciser ta pensée?

  8. Paul Jorion dit :
    21 juin 2008 à 16:31 @ Stilgar

    2. ainsi que le moyen de transformer une richesse non-monétaire neuve en « richesse générique quantifiable » (la nouvelle moisson).

    La nouvelle moisson est vendue (« réalisée ») : une part de revenu correspond aux avances qui avaient été consenties, cette part est remboursée. Ce qui reste est le surplus (la « fructification » du capital [= les avances], grâce à la sueur et au soleil). Une part du surplus est versée en intérêts au « capitaliste » qui avait consenti les avances, le reste revient au travailleur.

    Ce surplus est la « croissance », la pression qu’exerce l’accroissement de richesse sur la banque centrale pour qu’elle imprime de nouveaux billets reflétant cet accroissement.

    Nous avons été d’accord pour dire que les intérêts, interviennent comme un « supplément » à la monnaie existante. La réalisation de la moisson, sa vente opère la « transformation d’une richesse non-monétaire neuve en “richesse générique quantifiable” », c’est–à–dire en monnaie.

  9. Rumbo dit :
    22 juin 2008 à 02:00 Pas très d’accord avec Paul Jorion ci-dessus.

    Vraiment très occupé hors d’Europe, voici la définition de la monnaie qui me paraît la plus exacte :

    — La monnaie permet d’acheter ce qu’on ne fabrique pas, c’est un permis d’acheter. Ni plus ni moins. Elle doit constituer une couverture de 100%-monnaie —.

    Indication relative à la monnaie : la monnaie WIR en Suisse constitue déja un progrès très significatif dans le domaine monétaire. Dans le cas le plus défavorable, le Wir ne coûte pas plus de 3,5%. Dans la plupart des cas son coût définitif ne dépasse pas 2,5% ! Il y a moins encore. Mais – on – parle très peu du fonctionnement bancaire intérieur de la Suisse…

  10. Rumbo dit :
    23 juin 2008 à 06:33 Depuis le Canada.
    Je reviens rapidement sur la réponse de Paul Jorion.

    Paul Jorion a écrit :

    (…) Une part du surplus est versée en intérêts au « capitaliste » qui avait consenti les avances, le reste revient au travailleur.

    Dans cette partie de phrase :

    (…) Une part du surplus est versée en intérêts au “capitaliste” qui avait consenti les avances (…)

    —> il s’agit ici de la partie B des prix de vente du théorème A + B du major Clifford Hugh Douglas, découvreur expérimental du Crédit-Social (qui pourrait s’appeler : Argent-Social). Pour richissimes que soient des capitalistes, et une fois leurs investissements et réinvestissements effectués, ils auront beau déployer le plus grand train de vie, posséder plusieurs maisons et propriétés dans les endroits les plus huppés du monde, avoir un ou plusieurs yachts, jets privés, et tutti quanti, d’ailleurs ces mêmes riches ne pouvant pas banqueter plusieurs fois chaque jour, ils ne pourront donc jamais acheter toute la production (d’où, entre autres, le marketing créé par eux-mêmes, et qui a accentué le gaspillage, créé des productions parasites et des besoins inutiles, snobs et stupides et ainsi éreinté l’environnement et l’écosystème, etc., ceci dit en passant). La “qualité” du pouvoir d’achat des “capitalistes” ne peut donc (avec la “meilleure volonté”) absorber toute la quantité de la production.

    Et dans cette partie de phrase :

    (…) le reste revient au travailleur.

    —> il s’agit ici de la partie A des prix de vente de ce théorème A + B du major C. H. Douglas. Cette partie A, qui comprend les salaires versés aux travailleurs pour leur consommation, ne pourra elle aussi, pour des raisons diamétralement inverses, absorber toute la production. La “quantité” des salaires versés aux travailleurs, travailleurs pourtant infiniment plus nombreux que les “capitalistes”, ne pourra donc jamais absorber elle aussi toute la production à cause de sa faiblesse chronique et constante. Alors que c’est précisément la quantité des revenus salariaux qui devraient éponger toute la production.

    Digression. Je ne comprends pas bien pourquoi ce “grand nombre de travailleurs”, même encore aujourd’hui, n’ “intéresse pas” nos “grand pontes” de la “finance” qui lanternent gentiment, plutôt très méchamment, tout le monde avec ce système indéfendable, même avec du génie… C’est l’une des pires violences, mais celle-ci est en col blanc, c’est pour ça que le public n’y voit goutte. Fin de la digression.

    En résumé : le pouvoir d’achat de A, plus celui de B, devraient, dans une FINANCE et une MONNAIE SAINES, stérile d’intérêts (ce qui est techniquement réalisable en tout point), acheter sans difficulté particulière le résultat A + B formant les prix de vente au final. Les commandes afflueraient vers l’industrie et l’agriculture. Qui dit mieux ? Autrement dit, il y aurait là un pouvoir d’achat général équilibré avec la production générale (c’est encore plus facile à faire que de faire fonctionner le système financier et monétaire faussé actuel).

    Pourquoi ne recherchons-nous pas systématiquement cette ÉGALITÉ : production = émission monétaire qui est POSSIBLE ? Ne pas appliquer une technique possible à haut rendement et à coût inférieur devient une attitude fallacieuse et coupable.

    C’EST LE CŒUR DU SUJET !

    Puis ensuite, Paul Jorion écrit :

    Ce surplus est la « croissance », la pression qu’exerce l’accroissement de richesse sur la banque centrale pour qu’elle imprime de nouveaux billets reflétant cet accroissement.

    Cette phrase est ici en rapport avec les propositions de C. H. Douglas lorsqu’il propose qu’un office national (ou plurinational) d’émission (qu’on peut appeler comme on veut) ait l’exclusivité de la création monétaire, les banques commerciales ne prêtant plus QUE l’argent de leurs déposants, avec une couverture à 100%-monnaie (au moins M1). Ceci résulte du fait démontré que le montant de la production totale EST le montant de la consommation totale. La production engendrant normalement un enrichissement quantifiable à chaque exercice. Cet enrichissement vrai et concret permettrait ainsi une émission monétaire parfaitement saine, stérile d’intérêts, allant jusqu’à permettre le versement à tous, pauvres et riches, d’un dividende égal à tous et régulier. Et ceci, sans prendre dans la poche de personne. Ce dividende pourrait être peu de chose pour les riches, mais quelque chose d’inestimable pour les plus pauvres. Un dividende de 500 par mois à quelqu’un qui n’aurait un revenu que de 800, donc un revenu mensuel qui passerait à 1300, serait très conséquent pour lui par rapport à celui qui aurait un revenu de 4000 qui passerait mensuellement à 4500.

    Paul Jorion, il faut envisager le Crédit-Social.

    Ci-dessous, c’est un site très catho, mais sur ce blog je crois avoir bien compris qu’on ne s’arrête plus à la “couleur de l’encre”, mais à son contenu (autrement je serais très déçu).

    Voir :

    http://www.michaeljournal.org/finsain1.htm

    Ainsi on en aurait fini, ENTRE AUTRES, avec ceci qui se passe de commentaires :

    http://www.horizons-et-debats.ch/37/37_19.htm

  11. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    23 juin 2008 à 07:22 Après avoir mieux compris ce que Paul voulait dire, je suis globalement d’accord avec les 3 propositions suivantes

    – la monnaie est une richesse générique quantifiable (intégrant 1. unité de compte, 2. intermédiaire des échanges et 3. réserve de valeur)

    – la monnaie est la représentation d’une richesse non-monétaire existante : crédit sur un gage (maison, champ, future moisson)

    – la monnaie est le moyen de transformer une richesse non-monétaire neuve en « richesse générique quantifiable » (la nouvelle moisson).

    Mais l’intervention de Rumbo nous fait revenir dans le coeur du sujet : pourquoi la monnaie créée par le système bancaire devrait-elle être payante sous forme d’intérêts alors que la seule justification de l’intérêt (pour une banque) c’est qu’il compense un risque de non remboursement : il serait beaucoup plus logique et moral de “mutualiser” ce risque par un système assurantiel.

    Je m’explique un peu : lorsque le système bancaire émet la monnaie, le remboursement du capital prêté permet d’effacer ce prêt dans la comptabilité, quelque soit l’évolution de la “valeur” de la monnaie (si inflation) … le système bancaire ne “perdra” que sur le pouvoir d’achat des intérêts, comme de toute façon il peut actuellement, lors d’un prêt à taux fixe, gagner moins que ce qu’il avait prévu.

    Tout nous montre que soit il faut faire disparaitre l’intérêt sur la création monétaire, soit il faut que l’intérêt soit versé à la collectivité (toute la monnaie d’origine “centrale”)

  12. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    23 juin 2008 à 09:44 @Rumbo

    Les commandes afflueraient vers l’industrie et l’agriculture. Qui dit mieux ?

    … attention à cette idée qui pourrait laisser penser que la production peut être “illimitée” . Nous sommes dans un monde fini et l’empreinte écologique globale (mondiale) dépasse 1 depuis 1983 pour atteindre 1,22 en 2000 (je n’ai pas de chiffre plus récent, mais on doit être au moins à 1,25 / 1,30).

  13. Rumbo dit :
    23 juin 2008 à 13:08 @A-J Holbecq

    C est certain, j’emploie cette expression en toute conscience pour appuyer mon propos. Mais aussi, le progrès est de plus en plus réel s’il devient le moteur du respect de l’environnement et de l’écosystème. De la même façon, je provoque en disant que l’idéal est de ne pas travailler grâce aux progrès machinique pour soulever les pénibles contradictions qu’on entend la plupart du temps au sujet du chômage.

  14. moneterre dit :
    23 juin 2008 à 13:29 Bonjour,

    D’entrée, je ne suis pas un connaisseur de la question monétaire ni même de la plume, et si mon commentaire est hors sujet, je vous prie de bien vouloir l’effacer de peur du ridicule.

    Je me suis initié à cette question de monnaie et d’échange avec beaucoup de peine, n’utilisant pas les mêmes concepts ou modèles.

    Je vous livre ici un peu de mes réflexions assez primaires et laborieusement formalisées, n’étant pas non plus acquis aux sciences humaines.

    J’espère toutefois ne pas décevoir et contribuer un tant soit peu au thème de la monnaie.

    L’échange économique est un échange de contrepartie.

    J’échange mon travail pour une certaine somme d’argent, somme que je pourrais échanger contre de la nourriture ou des services.

    Sur l’espace de l’échange, les échangeurs sont nombreux, les produits diversifiés et les besoins multiples, si bien qu’un intermédiaire aux échanges contribue à faciliter ceux-ci.

    Cet intermédiaire a reçu – selon moi – le nom de monnaie.

    La nature ou forme de cet intermédiaire a varié aux cours du temps, celle ayant eu le plus de succès est je pense la forme ou nature : argent-métal (or et argent).

    Plus tard, on a rajouté à la monnaie métal d’autres natures ou formes : de l’or, des biens, des produits de l’activité humaine et tout récemment des produits futurs de l’activité humaine.

    La structure officielle chargée de définir ce qui est monnaie (légale), ce qui ne le sera pas ou ce qui le sera dans un délai de temps donné est la Banque centrale.

    Dans ce schéma, une donnée reste constante : la contrepartie. La nature de la monnaie usitée est en effet une contrepartie soit existante (or, biens, gages) soit à venir (les investissement effectués pour produire des biens).

    La contrepartie a son origine dans les temps anciens. Les premières organisations sociales utilisaient la contrepartie pour effectuer les échanges entre eux.

    Telle tribu ou clan apportait du sel et l’échangeait contre de l’or ou du blé ou d’autres biens encore. Cela se faisait sur des endroits précis. Ensuite au sein de ces organisation, on procédait à la redistribution parmi les membres, des normes propres pour la redistribution existaient.

    L’organisation en général de ces peuples ne souffrait pas de propriété privée, tel point d’eau appartenait à telle tribu que par la force et l’autorité de cette tribu sur les autres, il en est de même des pâturages et des terres agricoles. Des fois des traités permettaient de résoudre certains problèmes quant à l’accès à certaines ressources.

    La tribu ou le clan garantissait une certaine sécurité de vie à ses membres souvent de même famille.

    La monnaie d’aujourd’hui est une monnaie de contrepartie, utilisée par les membres de notre société contemporaine, comme ci chacun de nous représentait un clan ou une tribu.

    Il serait intéressant de se poser la question de savoir si une organisation sociale de type “tribu” ou “clan” est bien indiquée dans une structure comme la nôtre?

    Quelles sont les caractéristiques de ces deux types d’organisation : tribu, clan – état de droit?

    L’utilisation de monnaie – contrepartie dans nos échanges est-elle une forme qui favorise un état de droit?

  15. TL dit :
    25 juin 2008 à 17:00 Fondamentalement, la monnaie est un actif juridique qui donne le droit d’acquérir, de louer ou de profiter de biens ou services, à condition cependant que ces actifs soient offerts.

    Le transformé de richesse, qu’est-ce ? Le carburant en est-il, puisqu’il est du transformé d’une autre richesse, le pétrole ?

    Alors on peut remonter dans la généalogie des moyens de production pour ne trouver que du travail (de l’effort), et des matières premières (soleil inclus). Les machines et tout le capital productif sont un composé de matières premières et de travail. En fait, des possibilités sont exploitées en transformant par le travail les matières premières en autre chose, mais d’autres possibilités sont perdues. Ceci influe sur la richesse. La transformation n’est pas neutre ou linéaire, elle est complexe car elle offre et enlève des possibilités.

    Ce raisonnement vaut aussi pour le capital patrimonial privé (maison, objets de loisir…).

    Il y a richesse acquise et richesse potentielle d’une certaine manière, ou pour rejoindre le tryptique évoqué, richesse existante et richesse potentielle.

    Une métaphore me vient à l’esprit, pour souligner le côté potentiel à la hausse comme à la baisse de la richesse : une catastrophe naturelle.

    Les bâtiments détruits sont des pertes pour leurs propriétaires, ou les assurances ; et si le dégât sature la capacité réactive de l’économie, la monnaie peut ne plus rien valoir, puisqu’une mise aux enchères plus ou moins ordonnée sera faite des stocks existants de biens et services de survie.

  16. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    25 juin 2008 à 18:08 On retrouve, dans ce qu’exprime TL, ce que nous avons développé dans le “modèle écosociétal”, en particulier ici http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Ecosocietalisme0 (voir le “C” du préambule)
  17. Rumbo dit :
    26 juin 2008 à 15:05 Le texte ci-dessous, de Louis EVEN, aurait sans doute sa place dans pas mal de sujets dans ce blog. Selon les cas, je pourrais le mettre dans d’autres sujets. Il a l’avantage de nous rappeler à tout propos le, ou les caps à suivre, et pas d’autres. Je l’ai à peine ajusté pour l’époque actuelle.

    Donc, il faut SURTOUT se rappeler de ceci:

    Impôt sur le revenu = un vol
    Dette nationale = supercherie, escroquerie

    Les travailleurs du pays créent les richesses. Les banques font la comptabilité financière pour permettre aux citoyens d’échanger les richesses. Cette comptabilité financière, c’est l’argent.

    Les Français (et les citoyens des autres pays) sont, de droit, propriétaires des richesses qu’ils créent. Mais les banques volent aux Français (et aux autres) leurs richesses. Les banques se constituent elles-mêmes propriétaires de l’argent qu’elles fabriquent. Les banques inscrivent à leur propre actif ce qui devrait être l’actif de la société, l’actif du pays. En même temps, elles inscrivent au passif du pays toutes les richesses du pays. Cette dernière opération se fait quand les banques prêtent du crédit basé sur les richesses et qu’elles inscrivent ce crédit au passif des emprunteurs, qui sont les particuliers, les entreprises et les gouvernements.

    Les banques volent aux Français (et aux autres) l’actif du de la France (et des autres pays), en inscrivant cet actif à leur actif à elles et au passif du pays, dans leur comptabilité financière. Les banques volent le crédit de la société. Elles volent le crédit social.

    Les banques sont des faussaires. Elles pratiquent une fausse comptabilité de l’argent. Elles volent l’actif national, l’inscrivent au passif de la nation. Cela constitue la dette nationale, et cela fait naître des taxes voleuses.

    Les banques peuvent effectuer cette opération de vol, parce que tout l’argent qu’elles créent, elles le créent sous forme de prêts aux individus et aux gouvernements. Tout l’argent qui vient au monde dans le pays est créé par les banques et sous forme de dettes. C’est de l’argent-dette. Les banques devraient créer de l’argent libre de dettes, et le placer au crédit et non pas au débit de la nation.

    La dette nationale est la plus grande supercherie et la plus grande escroquerie de l’histoire. La dette nationale, c’est le capital national volé par la banque. La dette nationale devrait être convertie en capital national, en capital social, en crédit social.

    Et les intérêts sur la dette devraient être convertis en dividendes sociaux. De cette façon, les taxes disparaîtraient. Et les dividendes les remplaceraient. Les taxes qui sont imposées, quand on pourrait avoir un dividende, sont un vol.

  18. alain vidal dit :
    24 septembre 2008 à 21:07 Les intérêts bancaires, un privilège jamais aboli, accordé autrefois, par les rois aux banquiers.
    La crise mondiale, une crise de banquiers têtus s’accrochant aux intérêts sur la monnaie.
    Une loi pour le droit des Etats à contrôler les Banques Centrales
    Pour une monnaie de service public, une monnaie d’intérêt général, sans intérêts privés

    Les banquiers font des profits en vendant de la monnaie contre des intérêts payés par l’emprunteur.
    Avec 92% de monnaie électronique (8% de billets et pièces), la création monétaire est quasiment gratuite !
    La réserve d’or mondiale, une pépite dans un océan de monnaies électroniques.
    Un banquier crée un milliard d’euros sur un ordinateur en quelques secondes, des chiffres et des lettres !
    Pour un remboursement sur quinze ans de ce milliard emprunté, 5% d’intérêts représentent l’équivalent…
    des revenus accumulés par un salarié payé 1000 euros, et travaillant pendant un million de mois !!!

    La révolution informatique continue de réduire massivement les emplois…
    Avec le chômage : moins de salaires, moins de monnaie vendue et moins de profits pour les banques.
    C’est tragique…pour les banquiers qui ont besoin du travail des autres pour empocher les intérêts.

    Des banquiers aveuglés veulent continuer à profiter du travail des hommes malgré le progrès technique.
    La crise mondiale, un refus mondial de voir la réalité : le remplacement des humains par les machines.
    5 salariés suffisent là où il en fallait 100 autrefois (une productivité multipliée par vingt en 200 ans).
    Toujours plus de richesses produites avec de moins en moins de travail humain.
    Cela justifie pour chacun et à vie, un « revenu d’existence » non conditionné par un emploi.

    Par pur intérêt, les banquiers accordent ou non des prêts aux entreprises et aux particuliers.
    Financement d’armes au détriment de logements, d’écoles, d’hôpitaux…
    Stocks alimentaires détruits car invendus par pénurie de pouvoir d’achat, pénurie de monnaie…
    Faillite, chômage ou famine, les peuples souffrent pour garantir les privilèges des banquiers.
    Mais les intérêts bancaires et l’obligation d’avoir un emploi pour disposer d’un revenu nous interdisent
    de produire en fonction des seuls besoins des populations.
    Et pourtant, réserves de matières premières, d’énergie et main-d’œuvre, sont toujours là, prêtes à produire.

    Le rôle des Etats n’est pas d’aider les privilégiés en difficulté, mais d’abolir les privilèges !!!
    Par les intérêts, les banques ont droit de vie ou de mort sur les entreprises, les particuliers et les Etats.
    Cessons de privatiser les profits et de socialiser les pertes…Des populations en souffrent atrocement.

    Toute invention contient une multitude de savoirs et savoir-faire accumulés par nos ancêtres.
    Nous en sommes tous les héritiers.
    Cet héritage mondial, véritable patrimoine de l’humanité, légitime aussi le « revenu d’existence. »
    L’abolition des intérêts sur la monnaie abolira la course au profit et le productivisme destructeur.
    Le temps de travail de chacun sera considérablement réduit. Les banques serviront enfin l’intérêt général.
    La monnaie du « revenu d’existence » sera créée en fonction de productions décidées démocratiquement,
    dans le respect du droit à la vie (santé, logement, éducation…) et de l’environnement.
    (20/09/08) Libérons La Monnaie Nantes-Le Pellerin

    PETITION INTERNATIONALE AUX PARLEMENTAIRES
    Une loi pour le droit des Etats à contrôler les Banques Centrales
    Pour une monnaie de service public, une monnaie d’intérêt général, sans intérêts privés
    nom prénom qualité email

    Envoyer à : vidal.mothes@wanadoo.fr ou Alain Vidal, 5, avenue Louis Vasseur, 44 000 Nantes
    site : liberonslamonnaie.fr/ blog : liberonslamonnaie.blogspot.com/

Publié dans Uncategorized | Commentaires fermés sur 19 – D’abord comprendre ce qu’est la monnaie

18 – La monnaie, c’est de la sueur (et du soleil) condensés

12 06 2008

Publié par Paul Jorion

J’écrivais ce matin, à propos d’un commentaire de A-J Holbecq (Stilgar), dans notre débat sur la monnaie :

« la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires » : je ne pense pas que ce soit vrai.

à quoi il me répond :

on reprend ici notre débat entre les partisans de la théorie du multiplicateur de crédit et de ceux du diviseur de crédit

Mais ce n’est pas le cas : je ne me situe pas du tout dans le cadre de ce débat « multiplicateur / diviseur », où multiplicateur signifie que la monnaie émise par les banques centrales engendre la masse monétaire manipulée ensuite par les banques commerciales, et où diviseur suppose au contraire que la masse monétaire manipulée par les banques commerciales force les banques centrales à refléter son éventuelle augmentation de volume par la création de monnaie fiduciaire, deux expressions qui ne sont à mon sens que deux variantes d’une seule et même conception qui n’a de sens qu’au sein d’une interprétation monétariste – que je combats systématiquement comme étant fausse, et à propos de laquelle je suggère parfois même qu’il s’agit d’un mensonge délibéré. Comme je l’exprime dans Surplus et masse monétaire :

Pour la « science » économique le surplus n’existe cependant pas et n’existant pas, la question de sa redistribution ne se pose pas, ni a fortiori celle du conflit entre les parties impliquées dans le processus de sa création. Là où elle aurait dû parler du surplus, elle parle à la place de masse monétaire et là où elle aurait dû évoquer la part du surplus revenant aux salariés, elle met en avant les revendications salariales comme la principale cause de déséquilibre des systèmes économiques car source d’inflation, laquelle est présentée comme un phénomène de nature monétaire pouvant être combattu en manipulant les taux d’intérêt en raison de l’impact de ceux–ci sur la masse monétaire.

Et ce que j’appelle surplus (ou « richesse créée »), je l’explique dans Monnaie – intérêt – croissance :

La moisson c’est donc en gros : avances + travail + soleil. La croissance si je ne me trompe, c’est ce que j’ai appelé « surplus » : ce qu’on a obtenu à l’arrivée moins les avances, donc : travail + soleil.

Du coup, si je devais modifier la phrase d’A-J Holbecq (Stilgar) :

la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires

je le ferais alors de cette manière–ci :

la monnaie centrale reflète la création de richesse résultant de la combinaison du travail fourni par l’emprunteur et des avances consenties par les banques secondaires

Par cette formulation-là, j’exprime les choses dans le langage de l’« économie politique » des XVIIIè de XIXè siècle (à laquelle je fais intentionnellement retour) où la richesse se redistribue – selon des rapports de forces – entre investisseurs, patrons d’entreprises et salariés, et je m’abstiens soigneusement d’utiliser le langage monétariste qui relève de la « science » économique et où la monnaie est conçue comme la représentation d’une valeur d’origine non-précisée, escamotant en particulier sa dimension de richesse créée par le travail. Pour moi au contraire, la monnaie n’est rien d’autre que de la sueur (et du soleil) condensés où les avances (en nature ou en capital) ont joué un rôle de catalyseur et toute explication de la « création de monnaie » doit les évoquer explicitement pour dire comment a eu lieu cette transformation et comment la richesse a été redistribuée à cette occasion, même – et je dirais surtout – si ce doit être en termes de « confiscation », de « spoliation » ou de « parasitisme » (comme dans l’ intéressant article de Vladimir Z. Nuri mentionné par Paul Nollen).

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite ======================================================

41 réponses à “La monnaie, c’est de la sueur (et du soleil) condensés”
  1. Gérard P. dit :
    12 juin 2008 à 23:18 Je vous soumets l’analyse suivante :

    Sans reproduire la liste des faits exposés ci-dessous, je constate qu’avec comme hypothèse de départ :
    Patrimoine de A = 10 (monnaie)
    Patrimoine de B = 0
    Patrimoine de C = 9 (bois)
    Patrimoine de la banque = 0 (10-10)

    1) La masse monétaire passe de 10 à 19 à la souscription par B d’un emprunt de 9 à la banque.
    2) Cette masse monétaire passe de 19 à 10 lors du remboursement total de l’emprunt, même avec paiement d’un intérêt.
    3) La valeur totale des patrimoines passe de 19 à 24,5 suite à la plus-value réalisée par B, grâce à la combinaison “travail + soleil”.
    4) L’évolution de la masse monétaire est indépendante de l’évolution de la valeur des patrimoines et vice-versa.

  2. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    13 juin 2008 à 07:43 Oui Paul, je n’avais pas tout à fait compris sur quel plan tu souhaitais que l’on comprenne ta phrase “« la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires » : je ne pense pas que ce soit vrai” et je suis donc également presque d’accord avec la nouvelle formulation que tu me prêtes, à savoir “la monnaie centrale reflète – aussi – la création de richesse résultant de la combinaison du travail fourni par l’emprunteur et des avances consenties par les banques secondaires” (tu remarques que je rajoute “aussi”). En fait j’avais pris ton “n’est QU’UNE conséquence… ” dans son sens “n’est QUE LA conséquence”

    Comme je l’avais d’ailleurs reconnu dans mon message où je citais un économiste connu qui enfonçait une porte ouverte (mais comme c’est un message privé, je garde une certaine confidentialité) ” la création monétaire est une anticipation par le système bancaire de l’acte productif qui suivra le crédit ; si cet acte productif (c’est-à-dire le travail) est validé par la vente des marchandises, l’entreprise réalise monétairement la plus-value produite par le travail, DONT LES INTÉRÊTS SONT UNE PARTIE. Le reflux vers les banques du remboursement et des intérêts est toujours la contrepartie de ce qu’a engendré le système productif”.

    Il ne différencie pas la création monétaire privée (banques commerciales) de la création monétaire publique (banque centrale) …

    Tu écris en conclusion “Pour moi au contraire, la monnaie n’est rien d’autre que de la sueur (et du soleil) condensés où les avances (en nature ou en capital) ont joué un rôle de catalyseur et toute explication de la « création de monnaie » doit les évoquer explicitement pour dire comment a eu lieu cette transformation et comment la richesse a été redistribuée à cette occasion,…”

    Justement ma “philosophie” sur ce point est assez proche (tu peux la lire dans “une alternative de société: l’écosociétalisme” ou directement sur notre site, celui des “sociétalistes”, sur “wiki.societal.org”) est que :

    – La nature ne se fait pas payer : l’appropriation du capital “nature” (sol, sous sol, eau, etc) est à mon sens “illégale”, par contre l’épuisement de celui-ci (le “non renouvellable”) doit être payé par l’utilisateur en fonction de la rareté prévisible ou des effets néfastes de son utilisation.

    – le coût de la création des moyens de production (capital productif) est la somme du travail ayant servi à le réaliser, ce travail qui doit, lui, être créateur de monnaie. Il n’y a pas besoin de “capitaux financiers” jusque là…

    – la monnaie doit être créée à l’occasion de la production (du travail) et détruite au moment de la consommation.

    Mais je sais que je suis dans l’utopie.

    Je dois m’absenter pour 2 jours, je laisse à d’autres le soins de préciser éventuellement…

  3. Armand dit :
    13 juin 2008 à 08:39 En effet, le problème de l’intérêt est complexe.

    S’il n’y a relativement peu d’intérêts en cours (masse de crédit, taux, durée) par rapport à la monnaie déjà présente et aux conditions économiques en cours (récession / expansion, vélocité de la monnaie), il n’y a pas besoin de création monétaire supplémentaire, les intérêts étant prélevés dans le flux de circulation normale de la monnaie, et remis ensuite en circulation (la banque doit bien payer des salaires, charges et fournisseurs et utiliser ses bénéfices comme n’importe quelle autre société). Le système tourne (peut tourner) à quantité de monnaie fixe : s’il y a création de richesse les prix baissent et reflètent parfaitement ces gains de productivité. Ils restent stables à richesse constante (ce qui n’empêche nullement l’innovation ni donc le progrès) et montent en cas de destruction de richesse. Les prix sont alors un signal fiable, notamment pour les industriels qui doivent décider d’investir ou non, les prêteurs qui doivent décider entre épargner (conserver la monnaie sans risque et sans rendement) ou prêter (modulo l’intérêt versus le risque), et, in fine, pour la détection des bulles d’actifs. C’est le régime de la quantité fixe de monnaie, l’étalon or.

    Le problème se pose lorsque le montant des intérêts en cours devient trop important par rapport à la masse de monnaie et à l’ambiance économique. Il faut alors créer de la monnaie supplémentaire pour éviter les défaillances de remboursement ou accepter ces défaillances (nettoyage des excès). C’est un problème politique. Dans le cas de quantité fixe de monnaie, le banquier central doit être burné, ce qui constitue un oxymore, et, dans le cas de monnaie matérielle difficilement photocopiable, le choix est forcé par la nature. Cela n’empêche nullement les décisions politiques, les véritables, celles qui portent sur la (re)distribution des richesses et la responsabilité des acteurs. Pas d’aléas moral ni de prime au trop-gros-pour-défaillir. Les « Nous-le-peuple » doivent réfléchir avant, pas manifester après pour se plaindre de leur propre turpitude (ou des effets de celle des autres).

    Le modèle dont parle Paul est celui de la croyance actuelle, celle de l’église des monétaristes friedmaniens qui prétendent pouvoir ajuster la quantité de monnaie à la quantité de richesse créée (ou détruite ?) obtenant ainsi leur sacro-sainte « stabilité des prix » dont on remarquera qu’elle n’a aucun sens économique puisqu’elle masque totalement le signal-prix. Ce dogme nécessite alors de répondre à des questions-type croissance du PIB, taux d’inflation, de chômage … mais comment les mesurer ? avec quel décalage ? quels modèles ? quelles corrections ou manipulations ? en fait c’est s’attirer des emmernuiements là où il n’y en a pas, et nier la main invisible dont on se prévaut par ailleurs. Une foutaise.

    NB-1 : si vous voulez mettre en équations ces variables (qté monnaie, taux, durée, vélocité, … intérêts) et la résoudre en delta-intérêts … bonne chance, votre modèle sera fortement non linèaire et n’aura pas de solution dans certains cas à Qté-monnaie fixe.

    NB-2 : je maintiens la différence fondamentale de puissance, d’origine juridique, entre d’une part la monnaie centrale qui seule a cours légal et qui est matérialisée sous la forme de billets de la banque centrale (et non pas de billets de banque — tout court), et, d’autre part, la monnaie bancaire qui n’existe pas sous forme matérielle, car elle n’est qu’un contrat représentant l’obligation légale de la banque de remettre, à vue, sous forme de billets de la banque centrale, le montant des comptes courants à la demande de son client. Ce contrat est matérialisé par un bout de papier appelé relevé bancaire. Chacun peut tenter de refiler à autrui une partie de cet engagement, en guise de paiement, par moyens de paiement bancaire n’ayant pas force de loi (chèque, virements, cartes). Mais autrui peut refuser et forcer la remise de billets de la banque centrale. Comme l’engagement des banques (création de leur monnaie) est largement supérieur à la quantité de monnaie centrale, cet engagement n’est rien d’autre qu’une promesse mensongère (puisqu’elles savent) et intenable.

    NB-3 : sur la création de monnaie centrale. Dans le mythe fiduciaire, comment expliquer aux fidèles la création du monde et plus encore celle du Dieu à la mode ? Le Trèsor émet un emprunt d’état qu’achète la banque centrale en imprimant (véritablement) sa monnaie sous forme de billets. Le bon du Trésor est libellé dans cette monnaie, l’Etat est réputé toujours pouvoir lever l’impôt et donc récupérer ces billets et les remettre à la BC pour rembourser son emprunt, la BC brûlant alors ces/ses billets au fur et à mesure qu’ils lui reviennent (détruisant la monnaie qu’elle avait précedemment créée).

    La puissance de l’Etat garantit, via l’impôt, l’emprunt d’Etat libellé dans sa monnaie ayant cours légal ; l’emprunt d’état garantit la monnaie centrale correspondante ; la monnaie centrale correpondante garantit que l’emprunt pourra être remboursé. Il s’agit d’une tautologie.

    Evidemment ce système revient à utiliser dès aujourd’hui la richesse future, une forme de contrainte qui peut aussi dégénérer en esclavage ou en impossibilité (démographie, sur-endettement) : comment créer dans le futur plus de richesses qu’on n’en a déjà consommé, voire gaspillé ? heureusement la valeur de la monnaie centrale n’est pas garantie …

    Le véritable problème concernant l’intérêt se pose pour celui de l’emprunt d’Etat puisqu’il n’y aura pas de billets correspondants. Comme la BC reverse la grande majorité de cet intérêt à l’Etat (cas de la FED), le problème ne se pose qu’à long terme (celui où l’on est tous morts), à force de rouler la position en l’augmentant. Mais le Dieu fiduciaire sera un jour déchu et ce d’autant plus rapidement que ces prêtres jouent de plus en plus les marchands du temple. Le long temps des ancêtres n’est-il pas le nôtre aujourd’hui ?

    On notera que cela explique l’envolée des Tresauries lors de la crise dont les taux sont passés très en-dessous du taux du marché monétaire et de l’inflation. Quitte à perdre du pouvoir d’achat (billets de la FED dits ‘dollars’), autant limiter les dégâts en se contentant d’un petit intérêt plutôt que de prendre le risque de l’intermédiaire bancaire qui me rémunérerait davantage mais risque la faillite et donc choisir l’autre bout de la tautologie.

    Lorsque, à la garantie papale réputée infaillible (USA inc.), la BC substitue une autre garantie par les évêques (CDO, MBS), que cette garantie est baptisée triple-AAA par un groupe de curés défroqués, le fidèle ne devrait-t-il point douter ? se rendre compte de l’escroquerie dont il sera, in fine, la victime ? ben, non, c’est un fidèle, il croit, il ne pense pas. Il prie même. Et il sera forcé d’apporter son obole. Mais il aura le droit de manifester.

  4. Armand dit :
    13 juin 2008 à 09:51

    – la monnaie doit être créée à l’occasion de la production (du travail) et détruite au moment de la consommation..,

    il n’est pas nécessaire de créer (puis détruire) de la monnaie pour rémunérer du travail. Tout au contraire. Il faut la transmettre comme témoin / jeton, signe du paiement d’un travail effectué ou d’un bien vendu, pour ensuite pouvoir la transmettre en paiement d’un bien ou d’un service reçu. On détient donc une créance sur la collectivité, privée et publique, pour un service qu’« on » a déjà rendu et que « quelqu’un(s) » devra rendre à son retour. La monnaie n’est rien d’autre qu’une reconnaissance de dette anonyme, et donc transmissible, dont la loi force l’usage et dont elle est supposée garantir l’intégrité.

    Pour paraphraser Mc Luhan : « la dette est la monnaie fiduciaire », et, dans le cas de la monnaie bancaire : « le mensonge est la monnaie »

    La monnaie est l’évolution du troc, base du commerce, qui devient rapidement impossible dès lors que les échanges se complexifient. Il faut trouver un étalon de mesure. Elle doit pemettre de fractionner l’échange dans l’espace et le temps … sans perdre sa valeur, c’est-à-dire sans léser celui qui la détient. Si l’on doute de la capacité de l’Etat à maintenir l’intégrité de la monnaie fiduciaire c’est-à-dire celle des termes du contrat qu’il impose, et même, comme l’enseigne l’histoire, de sa propension à les violer, on peut revenir aux bases du troc et choisir une chose naturelle indépendante des hommes, aux bonnes propriétés, comme bien intermédaire des échanges. Dans ce cas la monnaie n’est plus une dette, la promesse d’un autre ni un contrat juridique. C’est un bien échangeable de par la seule volonté des individus libres de choisir et de décider les valeurs respectives des termes de l’échange.

    Mc Luhan : « la valeur est la monnaie »

  5. gilbert « gibus » wiederkehr dit :
    13 juin 2008 à 10:02 Par le retour au langage de l’« économie politique » des XVIIIè de XIXè siècle, la formulation de Paul à l’avantage d’échapper à la dictature du scientisme économique ambiant.

    La prétendue “science économique” est une espèce de marteau sans maitre, l’outil devenu la fin alors qu’il ne devait rester qu’un moyen au service du bien commun.

    Il reste bien entendu bien des difficultés “technologiques” à résoudre pour rendre l’outil plus fin, plus efficace (les posts de AJH et Armand en témoignent).

    Ce faisant Paul permet au citoyen lambda que je suis, de mieux appréhender l’univers humain, celui de la monnaie, notre problème commun.

    Brillant exemple de changement de paradigme.

  6. Paul Jorion dit :
    13 juin 2008 à 17:22 @ gilbert “gibus” wiederkehr

    Brillant exemple de changement de paradigme.

    Merci, c’est effectivement cela qui est visé.

    @ A-J Holbecq (Stilgar)

    Qu’il s’agisse de la formule utilisée par « un économiste connu » :

    la création monétaire est une anticipation par le système bancaire de l’acte productif qui suivra le crédit ; si cet acte productif (c’est-à-dire le travail) est validé par la vente des marchandises, l’entreprise réalise monétairement la plus-value produite par le travail, DONT LES INTÉRÊTS SONT UNE PARTIE. Le reflux vers les banques du remboursement et des intérêts est toujours la contrepartie de ce qu’a engendré le système productif

    ou de celle que je propose personnellement, les éléments sont réunis qui permettent la synthèse avec ce à quoi tu renvoies en ajoutant un « aussi ». Cette synthèse suppose – par définition – l’absence de contradiction entre l’ « anticipation par le système bancaire de l’acte productif qui suivra le crédit » et le « aussi », qui – il me semble – a toujours tenu jusqu’ici à la formule « ex nihilo ».

    @ Armand

    Il faut qu’on se parle.

  7. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    14 juin 2008 à 13:07 Armand

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le NB-2 de votre message du 13 juin à 8:39.

    En effet : http://www.banquedefrance.net/fr/publications/telechar/bulletin/etud70_1.pdf (je ne recopie qu’un passage qui me semble éclairant).

    Les billets et pièces métalliques (monnaie fiduciaire) comme les comptes bancaires
    (monnaie scripturale) sont donc trois instruments monétaires qui contiennent des unités
    monétaires. Pour la monnaie fiduciaire, le moyen de paiement se confond avec
    l’instrument monétaire. Le paiement est réalisé par la seule remise de billets ou de
    pièces métalliques, ce que le juriste appelle la « tradition » (cf. 1.2.1.). Dans le cas de la
    monnaie scripturale, c’est le compte bancaire qui joue le rôle d’instrument monétaire ;
    les moyens de paiement, aussi appelés instruments de paiement scripturaux, vont
    déclencher le paiement en donnant l’ordre à l’établissement bancaire qui détient le
    compte de transférer des fonds sur le compte de son créancier 20, par une double
    opération : une inscription au débit d’un compte (celui du payeur) et une inscription au
    crédit d’un autre compte (celui du payé) 21.

  8. Paul Jorion dit :
    14 juin 2008 à 15:19 Gérard P. dit le 11 juin 2008 à 21:34

    Il semble qu’il n’y ait pas de création monétaire pour les intérêts : dans ce cas, le banquier n’avance rien à l’emprunteur. Cependant, lorsque l’emprunteur paie les intérêts, le banquier reçoit de la monnaie.

    Je reprends donc son exemple en lui ajoutant une certaine plausibilité, celle qui découle du fait que – dans les circonstances de la vie quotidienne – B n’aurait pas emprunté à la banque s’il n’avait espéré obtenir de son placement davantage que la somme avancée augmentée des intérêts (il se contenterait dans ce cas de rentrer dans ses frais) et je considère que le revenu qu’il obtient de la vente du bois a été de 12. Ce qui signifie qu’un surplus de 3 a été créé puisqu’il avait acheté le bois pour 9.

    4) B, après entretien et coupe du bois, vend le bois à A pour le prix de 9,5; A utilise la monnaie déposée à la Banque pour le paiement
    –––––––––– mais la valeur totale du bois qu’il a pu produire du lopin qu’il a acheté à C est 12 (dont avances = 9 ; surplus = travail + soleil = 3)

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 0,5 (10-9,5)
    Crédit à B = 9
    Total : 9,5
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 9,5 (19-9,5)

    Masse monétaire
    Détenue par A = 0,5 (10-9,5)
    Détenue par B = 9,5 (0+9,5)
    Détenue par C : 9
    Total : 19

    5) B rembourse son emprunt de 9 et paie les intérêts de 0,5 à la Banque
    –––––––––– et dépose sur son compte les 2,5 qui lui restent

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 12,5 (0,5+2,5+9,5)
    Crédit à B = 0 (9-9)
    Total : 12,5
    PASSIF
    Dépôt de A, B & C = 12
    Intérêts = 0,5

    Masse monétaire
    Détenue par A = 0,5
    Détenue par B = 2,5 (12-9,5)
    Détenue par C = 9
    Détenue par la banque = 0,5 (0+0,5)
    Total : 12,5

    Grâce donc à l’action combinée des avances, du travail humain et des rayons du soleil, la richesse, qui était de 10, est passée à 13. Mais le total des actifs n’est lui passé qu’à 12,5 et de même pour la masse monétaire (M1) qui n’est elle aussi que de 12,5.

    Le 0,5 qui a « disparu » est manifestement celui qui correspond aux intérêts. La comptabilité de Gérard P. est–elle exacte ? ainsi que ma transposition ? Si oui, pourquoi les intérêts s’évanouissent-ils dans la nature ?

  9. Gérard P. dit :
    14 juin 2008 à 17:01 @ Paul

    “B … obtient de la vente du bois … 12. Ce qui signifie qu’un surplus de 3 a été créé puisqu’il avait acheté le bois pour 9.

    4) B, après entretien et coupe du bois, vend le bois à A pour le prix de 9,5; A utilise la monnaie déposée à la Banque pour le paiement
    mais la valeur totale du bois qu’il a pu produire du lopin qu’il a acheté à C est 12 (dont avances = 9 ; surplus = travail + soleil = 3)”

    Attention Paul, si la valeur ajoutée est de 3, le prix est de 12 (9+3). A doit payer le prix de 12 et pas seulement 9,5 comme dans ton exemple.
    Tu viens de créer de la monnaie “ex nihilo” (2,5=12-9,5) et ta masse monétaire passe à 12,5 (10+2,5).

    Il me semble que :
    1) Le crédit crée de la monnaie et le remboursement l’annule.
    2) Une valeur ajoutée (travail+soleil) réalisée ou une plus-value réalisée ne créent pas de monnaie : seule la répartition de la monnaie change entre les acteurs.
    3) Par contre, une valeur ajoutée ou une plus-value créent de la valeur.

    Explication détaillée :

    masse-monetaire-valeur

  10. Armand dit :
    15 juin 2008 à 09:32 @Stilgar : la BCE ne fait que prêcher pour sa propre paroisse. Pourrait-elle (d)écrire ce que signifie réellement un système bancaire à réserves fractionnaires au-delà de la simple mécanique comptable par ailleurs évidente ? il lui faut bien entretenir *l’illusion* qu’une unité monétaire bancaire est la même chose qu’une de ses unités monétaires — d’ailleurs n’utilise-t-elle pas (lapsus ?) l’expression « jouer un rôle » ? — elle se contente de décrire l’effet comptable observable par les citoyens, pas ce qui prévaut réellement, comme tout magicien qui montre ce que le public doit voir pendant qu’il effectue sa manipulation.

    @Paul : nous pouvons commencer par nous écrire, l’adresse mail de ce post est fonctionnelle.

  11. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    15 juin 2008 à 10:27 @Armand

    Pour ma part je n’aurais ni plus ni moins confiance dans des billets de banque par rapport à mon relevé de compte bancaire (la reconnaissance de dette de la banque envers moi) en cas de “crash” du système monétaire : toute la monnaie est “fiduciaire” même si l’une se nomme ainsi et pas l’autre…
    C’est de toute façon moins facile de se promener une brouette remplie de billets de banques qu’avec un chèque du même montant.

  12. Jean Jégu dit :
    15 juin 2008 à 17:09 A la lecture de ces interventions, il me semble trouver, des formulations qui mériteraient d’être retenues. Elles ne peuvent être contestées qu’ avec des raisons très argumentées. Je vous soumets ma récolte.

    De Gérard P. :

    4) L’évolution de la masse monétaire est indépendante de l’évolution de la valeur des patrimoines et vice-versa.

    Il faut absolument ne pas confondre les notions de valeur et de monnaie. Un paragraphe clair à ce sujet serait utile. Quelqu’un pourrait-il s’y essayer ?

    De Armand :

    S’il n’y a relativement peu d’intérêts en cours … il n’y a pas besoin de création monétaire supplémentaire, les intérêts étant prélevés dans le flux de circulation normale de la monnaie, et remis ensuite en circulation (la banque doit bien payer des salaires, charges et fournisseurs et utiliser ses bénéfices comme n’importe quelle autre société). Le système tourne (peut tourner) à quantité de monnaie fixe …. Les prix sont alors un signal fiable …

    C’est exactement ce que je veux dire quand le dis que le système démonétise ses recettes et monétise ses dettes.

    Le problème se pose lorsque le montant des intérêts en cours devient trop important par rapport à la masse de monnaie et à l’ambiance économique. Il faut alors créer de la monnaie supplémentaire pour éviter les défaillances de remboursement ou accepter ces défaillances (nettoyage des excès). C’est un problème politique.

    Nous sommes dans cette situation. Au cours de son existence éphémère (la durée du prêt) chaque euro (ou dollar sans doute), né d’un prêt initial, est re-prêté plusieurs fois (3 ou 4 fois … ?) par les échanges d’actifs financiers. Chaque euro en circulation est donc « chargé » d’un taux effectif de … disons, 4 x 5 % = 20 %/an au minimum. L’économie réelle pourra-t-elle longtemps suivre ?

    Comme l’engagement des banques (création de leur monnaie) est largement supérieur à la quantité de monnaie centrale, cet engagement n’est rien d’autre qu’une promesse mensongère (puisqu’elles savent) et intenable.

    Par charité chrétienne, je serais un peu (un tout petit peu) plus modéré. Vu la méconnaissance de la monnaie dont font quelquefois preuve les agents des banques, je préfère répéter la prière de l’Evangile : « Seigneur, pardonnez leur ; elles ne savent ce qu’elles font ».

    Le Trèsor émet un emprunt d’état qu’achète la banque centrale en imprimant (véritablement) sa monnaie sous forme de billets. Le bon du Trésor est libellé dans cette monnaie, l’Etat est réputé toujours pouvoir lever l’impôt et donc récupérer ces billets et les remettre à la BC pour rembourser son emprunt, la BC brûlant alors ces/ses billets au fur et à mesure qu’ils lui reviennent (détruisant la monnaie qu’elle avait précédemment créée).

    Oui, la monnaie, même centrale, n’est qu’une pure convention sociale. Bien sûr, pour éviter les difficultés qui vont de pair, le retour à l’étalon or, qui semble vous agréer, Armand, est une possibilité. J’ai déjà dit ici pourquoi je n’y étais pas favorable (mais ça se discute). Ma préférence irait plutôt à la prise de conscience collective de cette réalité, qu’il n’est de monnaie sans société constituée et, je le pense, réellement solidaire. C’est ici que la mobilisation de l’intelligence collective serait fort utile pour en tirer toutes les conséquences.

    Il n’est pas nécessaire de créer (puis détruire) de la monnaie pour rémunérer du travail. Tout au contraire. Il faut la transmettre comme témoin / jeton, signe du paiement d’un travail effectué ou d’un bien vendu, pour ensuite pouvoir la transmettre en paiement d’un bien ou d’un service reçu. On détient donc une créance sur la collectivité, privée et publique, pour un service qu’« on » a déjà rendu et que « quelqu’un(s) » devra rendre à son retour. La monnaie n’est rien d’autre qu’une reconnaissance de dette anonyme, et donc transmissible, dont la loi force l’usage et dont elle est supposée garantir l’intégrité.

    La monnaie comme « reconnaissance de dette transmissible » pour un service déjà rendu ou un travail déjà effectué. Voilà une idée trop rarement énoncée. Elle me semble pourtant la base même de la nature de la monnaie : des collectivités organisées et solidaires (dont les membres consentent à une certaine communauté de destin) semblent seules capables d’émettre des monnaies crédibles tant pour leurs membres que pour les collectivités voisines. Ne serait-ce pas là une base pour réexaminer nos systèmes monétaires.

    De Gérard P.

    Il me semble que :

    1) Le crédit crée de la monnaie et le remboursement l’annule.

    2) Une valeur ajoutée (travail+soleil) réalisée ou une plus-value réalisée ne créent pas de monnaie : seule la répartition de la monnaie change entre les acteurs.

    3) Par contre, une valeur ajoutée ou une plus-value créent de la valeur.

    Vérités essentielles clairement énoncées, si du moins on différencie bien monnaie et valeur.

  13. Armand dit :
    15 juin 2008 à 19:20 @Stilgar :

    j’ai vécu un crash bancaire (Argentine 2001) sans véritable crash monétaire (enfin, en interne), et j’ai pu apprécier la différence. C’est pourquoi je préfère la brouette. Mais juste une, au-delà je convertis en non-fiduciaire, je reviens au troc.

    @Jean :

    Oui, la monnaie, même centrale, n’est qu’une pure convention sociale. Bien sûr, pour éviter les difficultés qui vont de pair, le retour à l’étalon or, qui semble vous agréer, Armand, est une possibilité. J’ai déjà dit ici pourquoi je n’y étais pas favorable (mais ça se discute). Ma préférence irait plutôt à la prise de conscience collective de cette réalité, qu’il n’est de monnaie sans société constituée et, je le pense, réellement solidaire. C’est ici que la mobilisation de l’intelligence collective serait fort utile pour en tirer toutes les conséquences.

    Effectivement, je considère que la monnaie est l’élément le plus important d’une société, son sang en quelque sorte.

    Nous sommes donc d’accord, Jean, sauf sur le point de la capacité des hommes à pouvoir, ou plutôt vouloir, prendre conscience de cette réalité et, en plus, à devoir faire l’effort d’en tirer des conclusions. Je suis, hélas, persuadé que la nature humaine conduit la majorité a préfèrer « déléguer » quitte à aller manifester lorsqu’elle a été appauvrie ; « Panem et circensens ». Quant à la minorité qui en a conscience, hé bien, je crains qu’elle ne songe qu’au meilleur moyen d’en tirer profit dans le cadre d’un « marché ou reigne, évidemment, une concurrence libre et non faussée ». D’où mon recours à quelque chose qui ne dépendrait ni de ceux-là ni de ceux-ci pour que ceux qui le souhaitent puissent éviter de subir les conséquences des turpitudes des uns et des autres.

  14. Armand dit :
    15 juin 2008 à 21:01

    4) L’évolution de la masse monétaire est indépendante de l’évolution de la valeur des patrimoines et vice-versa.

    Il faut absolument ne pas confondre les notions de valeur et de monnaie. Un paragraphe clair à ce sujet serait utile. Quelqu’un pourrait-il s’y essayer ?

    Je veux bien m’y essayer avec cette petite provocation :

    La vision comptable conduit, me semble-t-il, à confondre la valeur d’un bien matériel, son prix à un instant donné et même ce qu’un engagement pourrait rapporter dans le futur, c’est-à-dire à additionner bananes, dessins représentant des bananes et bananiers au motif que ce sont des fruits, des représentations de fruit, ou des fruits en devenir ; ce que rappelait déjà Magritte avec son « Ceci n’est pas une pipe »

    Au début du jeu les patrimoines réels sont :

    A : 10€b (euros bancaires) sous la forme d’un « bon pour un billet de 10 euros » ainsi qu’écrit sur son relevé envoyé par BQ.
    B : 0
    C : 1 bois dont le prix, *au moment* où B et C sont d’accord sur « le prix et la chose », est de 9€, euros dont on ne précise pas encore le mode de paiement
    BQ : 10€ en billet « pliable » et -10€b de promesse écrite à A ; de plus elle peut faire face à tous ses engagements, ici remettre à A ses € sous forme de billets ayant cours légal

    … plus une certaine dose de confiance répartie dans le système

    Juste après que B obtienne son crédit, les choses se gâtent :

    A : 10€b
    B : 9€b et un échéancier de remboursement de 9€ + 0,5€
    C : 1 bois estimé à 9€
    BQ : 10€, -19€b, 1 contrat signé par B et gagé sur un bois pas encore possédé par B et estimé à un prix de 9€, et un revenu futur de 0,5€

    BQ est en équilibre comptable, en un sens plutôt baroque, parce qu’elle peut mettre en équivalence ses 10 bananes, ses peintures représentant 19 bananes et un bananier réputé devoir et pouvoir fournir 9 bananes et demie dans le temps imparti. On passe de Magritte à un inventaire à la Prévert et BQ n’a pas encore tritisé !

    Mais, pourtant, BQ sait déjà qu’elle est en faillite potentielle, ne pouvant faire face à son obligation de retrait à vue des 19 bananes mangeables que peuvent lui réclamer A et C.

    De plus, (i) le gage de B n’est pas encore valide puisque la vente n’a pas encore eu lieu, sauf à ce que l’acte signé par B et C soit annexé au prêt et, si le montant du prêt avait été de 12€ et que, en toute bonne foi, (ii) B se présente au guichet de BQ pour les retirer afin de les remettre à C, BQ défaille dès le début du jeu, avant même la vente. Pour éviter ces deux premiers fâcheux obstacles, BQ imposera de payer directement C et sera partie-prenante à l’acte de vente, ce qui limite les risques dûs à B. BQ force en quelque sorte que le moyen de paiement soit le sien.

    La situation est alors directement celle qui prévaut après la vente (paiement et transferts de propriété) :

    A : 10€b
    B : un bois gagé – un échéancier de remboursement de 9,5€
    C : 9€b
    BQ : 10€, -19€b, 1 reconnaissance de dette de B pour 9,5€ gagée par un bois estimé à 9€.

    La situation de la banque est plutôt scabreuse : elle est l’obligée immédiate de A et C, n’a de garantie que de B mais ne peut exiger immédiatement sa créance sur lui. Vu le montant du prêt, ni A ni B (puis C) ne peuvent, seuls, couler BQ en se présentant au guichet, mais ils peuvent avoir faim au même moment.

    L’estimation du prix du bois de B n’a désormais plus aucun intérêt, il pourrait chuter à 1€ –beaucoup de soleil et d’eau en font pousser ailleurs, ou grimper à 15€ –l’hiver est annoncé fort rude. Je suppose que tant B que BQ se sentiraient bien mieux dans le dernier cas et qu’alors BQ tenterait d’accorder un prêt supplémentaire à B pour qu’il puisse « extraire de la valeur ».

    Comme les contrats se concluent et s’exécutent de bonne foi et que l’ambiance est bonne, les choses devraient tourner rond, les acteurs se fourniront mutuellement biens et services de sorte que, capital et intérêt remboursés, ils pourront se retrouver dans un état stable (défini comme un état sans aucun prêt en cours). On peut même imaginer que B loue à BQ le droit de se balader dans son bois pour, in fine, lui rembourser les 9,5€, sans même besoin de soleil ni de sueur ! Ce service d’agrément disparait aussitôt rendu (une charge dans la compta de BQ annulée par l’annuité de B)

    on a alors :
    A : 10€b ; B : 1 bois ; C : 9€b ; BQ : 10€, -19€b

    Bien qu’aucun problème ne soit apparu, un régulateur serait déjà intervenu car BQ est mal (et A et C aussi par conséquence). Mais, techniquement, si A et C sont contents, tout va bien. Ils ont même tous intérêt à être contents.

    On remarque qu’ici A n’a pas eu son mot à dire alors qu’il est en risque, « à l’insu de son plein gré », que C retire 9 bananes mangeables au début du jeu puis B les siennes à la fin. On en déduit aussi, qu’au fond, les vraies bananes ne servent à rien et qu’il suffit de laisser faire le marché.

    Rien n’empêche BQ de prêter 200€b plus 15€b d’intérêts tant que A, B et C préfèrent les « bons pour x bananes » plutôt que les bananes elles-mêmes car il faut une brouette pour les transporter et que A ne s’intéresse pas au prix du bois. Il suffit que les modalités de la location du bois soit en rapport avec le montant du prêt ayant servi à l’acheter.

    Dans le cadre du projet de Paul d’une constitution monétaire et bancaire, où l’on parle de prêts adossés à de l’épargne de même terme, A serait impliqué. Il recevrait une partie des 0,5€ mais ne pourrait réclamer ses bananes avant la fin du jeu et la limite des prêts serait aussi imposée. Un autre risque en moins.

    Sinon il faudrait que Paul change le titre de ce fil en « la monnaie c’est un peu des bananes et beaucoup des dessins de bananes ».

  15. Paul Jorion dit :
    15 juin 2008 à 22:05 Gerard P. me fait parvenir une comptabilité détaillée de la monnaie et de la valeur dans son exemple, sur tableur Excel.

    masse-monetaire-valeur

  16. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    16 juin 2008 à 06:59 Bonjour

    Je trouve plus haut

    S’il n’y a relativement peu d’intérêts en cours … il n’y a pas besoin de création monétaire supplémentaire, les intérêts étant prélevés dans le flux de circulation normale de la monnaie, et remis ensuite en circulation (la banque doit bien payer des salaires, charges et fournisseurs et utiliser ses bénéfices comme n’importe quelle autre société). Le système tourne (peut tourner) à quantité de monnaie fixe …. Les prix sont alors un signal fiable…

    Hum… avec pas mal de limites…

    Bon, prenons un exemple un peu excessif, mais ce sera plus clair.

    Nous partons d’une société sans monnaie.

    Le système bancaire B crée 100 à 10% à la collectivité. Le PIB créé la première année est de 100, la Vitesse de rotation de la monnaie VR est de 1, la dette collective Dc est de 100

    Début 2° année : Puisque les intérêts sont prélevés sur le flux et remis en circulation, la quantité de monnaie reste la même. S’il n’y a aucune croissance le PIB reste de 100, la VR de 1, la Dc est maintenant de 110, les intérêts dus pour la 3°année sont de 11

    Début 3° année : même conditions. La Dc augmente, c’est tout, en fin d’année elle sera de 121 et les intérêts dus de 12,1… avec une masse monétaire qui reste toujours de 100
    Etc…

    Comment la collectivité va-t-elle rembourser la dette lorsque le système bancaire en demandera le remboursement ?

    Simple : Le système bancaire “efface” les 100 de sa comptabilité et fait une croix sur les intérêts !

    Exemple un peu modifié : cette fois on augmente le PIB de 5% par an.

    Le système bancaire B crée 100 à 10% à la collectivité C. Le PIB créé la première année est de 100, la Vitesse de rotation de la monnaie VR est de 1, la dette collective est de 100

    Début 2° année : Puisque les intérêts sont prélevés sur le flux et remis en circulation la quantité de monnaie reste la même. Le PIB passe à 105, la VR imposée est donc de 1,05, la dette collective est maintenant de 110, les intérêts dus pour cette année sont de 11

    Début 3° année : Le PIB passe à 110,25. La Dc augmente, en fin d’année elle sera de 121 et les intérêts dus de 12,1… avec une masse monétaire qui reste toujours de 100, la VR doit être de 1,10

    Début 4° année : Le PIB passe à 115,75 , la dette collective à B devient 133,1 avec des intérêts dus de 13,3, la VR doit être de 1,15

    Début 5° année : le PIB passe à 121,5, la dette collective à B passe à 146,4 et 14,6 d’intérêts à payer pour la 6° année. La Vr devient nécessairement 1,215…

    Mais considérez en plus que dans cet exemple, aucune partie du montant de monnaie de 100 qui reste la seule monnaie utilisable, n’est épargnée (sortie du circuit productif) et que la Vr est adaptée aux conditions. Or, la Vr, ça ne se « décrète » pas, c’est une observation a posteriori. Si les différents acteurs de la vie économique sont frileux, il n’y aura aucune croissance ou une dé-croissance. Et surtout, comme dans l’exemple précédent, si le système bancaire demande le remboursement du capital + intérêts, d’une part il « manque » toujours les intérêts, d’autre part, s’il ne crée pas à nouveau les 100, il n’y a plus du tout d’activité possible, sauf le troc… on fait comment sans création monétaire ?

  17. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    16 juin 2008 à 07:13 Armand dit :
    15 juin 2008 à 21:01 ” Je veux bien m’y essayer avec cette petite provocation …”

    Je ne dirais qu’un mot : Bravo , et avec le sourire ;-)

  18. Armand dit :
    16 juin 2008 à 08:04

    Gerard P. me fait parvenir une comptabilité détaillée de la monnaie et de la valeur dans son exemple, sur tableur Excel.

    Dès la première case, Gérard fait l’hypothèse implicite que la banque est infaillible et que les 10 du compte de A valent les 10 en billets contre lesquels ils sont supposés pouvoir être échangés. L’histoire des faillites bancaires montre que l’hypothèse est fort audacieuse. Même en cas d’assurance ou d’intervention des zautorités, A est grugé, comme tous les autres possesseurs de billets ou de promesses de billets : il se retrouve avec le bon nombre de billets, mais il y aura davantage de billets dans le jeu, créés pour remettre à zéro un compteur négatif, « au nom de la solidarité avec une si noble profession »

    Il faut, je crois, distinguer les billets des relevés de comptes. Ainsi, dès après le crédit accordé à B, la case banque-valeur ne passe pas à 10-9=1 mais à 10+9=19, comme dans ma provocation précédente. Ce serait le cas (confondre comptes et billets) dans un système sans réserves fractionnaires et avec un banquier honnête qui ne se laisserait jamais aller à inscrire davantage d’écriture qu’il ne possède de billets au motif que ses clients, forts satisfaits de ne plus avoir à utiliser de brouette, ne lui demandent jamais de billets et, qu’en plus, il a observé que cela augmentait le nombre de transactions et permettait même l’accès à la propriété à ceux qui ne le pourraient pas sinon (ou plutôt « facilitait », puisque le crédit est possible dans un système non fractionnaire) et, accessoirement, augmente ses revenus.

    Bref, il fabrique du bonheur en « créant de la valeur ». Ce monsieur Keynes entrera dans l’histoire des Grands-Hommes et aura beaucoup de disciples. Ne s’agit-il pas véritablement d’une noble profession ?

    Ensuite les actifs, terrain et bois, ainsi que le crédit sont supposées conserver le même prix tout au long du jeu, ce qui lui ôte le charme des bulles et de leur explosion.

    Tout est donc question de point de vue … et de conséquences, notamment pour ceux qui sont dans le jeu sans le comprendre.

    Ainsi, observant une chose, le spéculateur pourra s’exclamer « mais c’est un triangle, et équilatéral de surcroît ; j’en ai même déterminé des propriétés invariantes sur le rapport entre les longueurs des cotés de ses objets et déduit une loi universelle permettant de prévoir une longueur connaissant l’autre. Oui messieurs ! Il s’agit donc bien d’une vraie science ». Et on aura tôt fait d’attribuer à ce monsieur Thalès « le prix Nobel de la spéculation institué par la banque Goldman Sachs à la mémoire du Sieur Alfred » sans plus s’interroger sur la nature réelle de la chose.

    Pourtant, observant cette même chose un comptable aviateur prétendra, qu’au contraire, il s’agit d’un carré. D’ailleurs, il en tient une preuve absolument irréfutable : une photo aérienne. Et si c’est « vu à la télé », c’est vrai n’est-ce pas ?

    Au même moment un autre pourra dire : « pas du tout, ce n’est ni un triangle, ni un carré, c’est piquant »

    Tous parlent évidemment d’une pyramide. Mais ce n’est qu’une pyramide qui ne cause de tort à personne.

  19. Armand dit :
    16 juin 2008 à 10:00 Cher Stilgar,

    « Nous partons d’une société sans monnaie. » : outch ! pour Jean et moi c’est déjà une hypothèse erronée, une impossibilité même. Mais je comprends bien qu’il s’agit de fixer le cadre de la discussion.

    « Vitesse de rotation de la monnaie » : Aïe ! quand j’entends ce mot je sors l’équation de la monnaie — je suis toujours un peu excessif ! qui d’ailleurs n’est pas une équation, mais entre prix Nobel on fait toujours dans le pompeux : ça impressionne.

    C’est, de fait, une loi d’état, analogue à la célèbre loi des gaz parfaits, avec une variable explicative pour que ça fonctionne : la vélocité.

    Les véritables scientifiques (et je continue bien sûr à taquiner) passent la majeure partie de leur temps à vérifier leurs hypothèses et non pas à les supposer vérifiées afin d’en déduire ce qu’ils souhaitent montrer ou ce qu’on leur demande de montrer en bricolant un modèle, statistique souvent, qui colle bien.

    Ainsi, si la température augmente trop la loi ne s’applique plus, le gaz s’étant ionisé ou le récipient ayant fondu ; si elle est trop basse le gaz se liquéfie ; si la pression est trop importante ou trop faible le récipient explose ou implose ; et s’il n’y a pas de récipient ? hé bien on est dans la situation, par exemple de l’atmosphère de notre planéte, la pression y varie aussi selon l’altitude, c’est-à-dire qu’intervient également l’attraction universelle. En fait dès qu’on s’éloigne des conditions normales de température et de pression, le modèle commence à ne plus coller.

    Bref, un modèle physique possède toujours des limites de validité, une enveloppe de vol.

    Dans ton premier exemple, la banque n’aurait peut-être pas pu fixer un intérêt si élevé, la société rembourserait aussi sa dette via l’impôt sur les bénéfices de la banque et sur les revenus des citoyens ou en adapterait le taux ou nationaliserait la banque.

    Ton second exemple montre que le modèle ne peut pas être exponentiel non plus, ou plutôt pas très longtemps.

    Dans la réalité il se passera nécessairement quelque chose (et même plusieurs). Au plan monétaire ce sera une adaptation de la valeur relative de la monnaie vis-à-vis des autres biens et services, les prix changeront. Le tout est de savoir au profit et au détriment de qui. Si la monnaie est dévaluée par augmentation de sa quantité, le PIB pourra continuer de croître à ce taux ; simplement son unité de mesure rétrécira dans le temps, mais d’honorables statisticiens se feront un devoir d’en tenir compte grâce à un modèle estimopifométrique parfait. Sinon des prix devront baisser et des choix faits.

  20. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    16 juin 2008 à 10:33 @ Armand

    Je n’ai rien voulu montrer de plus que, si les intérêts sont prélevés dans le flux de circulation normale de la monnaie, sans émission monétaire supplémentaire nouvelle, le système ne pourra tenir qu’en augmentant la vitesse des échanges (”la vitesse de circulation”, je n’ai pas d’autre mot et c’est une notion connue et étudiée depuis Jean Bodin au 16° siècle), et qu’il faut plus de monnaie si on veut, en plus, obtenir une augmentation du PIB… et tant (ou “à condition”) que le système bancaire ne demande pas le remboursement de tous les prêts avec les intérêts…

    Tout le monde ici connait sans doute cet apologue de La Dame de Condé

    Nous sommes à Condé-sur-Gartempe. Son hôtel de la Gare est réputé pour ses ortolans et sa discrétion…! Un vendredi après-midi débarque une jeune femme, d’apparence convenable, bien qu’un peu trop fardée. Elle réserve une chambre pour la nuit et, comme elle n’a pas de bagage, elle laisse en acompte un billet de 100 euros, tout neuf. Puis elle s’en va visiter la vieille ville. Le pâtissier qui a vu la scène dit au patron : « ça fait six semaines que vous me devez 100 euros pour la pièce montée que j’ai livrée à l’occasion de la communion de votre fille. » Le patron lui donne le billet de bonne grâce. Comme cette scène a été vue par d’autres, elle se reproduit cinq nouvelles fois, car le pâtissier devait aussi 100 euros au minotier… qui en devait autant au garagiste… lui-même débiteur de cette somme au boucher… qui avait à régler 100 euros au représentant de la maison Erlida… lequel devait à son tour acquitter sa chambre à l’hôtel de la Gare pour 100 euros. Il redonne donc le billet au patron de l’hôtel. Notre Dame revient de promenade. Elle annonce, qu’ayant fait une rencontre, elle annule sa réservation. Ce qui arrange bien l’hôtelier qui, entre temps, a eu une demande d’un de ses vieux clients. L’hôtelier lui rend donc son billet qu’elle brûle aussitôt. « Il était faux », dit-elle en souriant.”

    Moralité de cette histoire :

    – Le PIB du village a augmenté puisque les commerçants, ayant été payés, ont pu inclure leurs ventes dans leur comptabilité…

    – Ce faux billet a été capable de catalyser autant d’échanges parce qu’un billet est de la monnaie fiduciaire (du latin fiducia : confiance). C’est exclusivement une « valeur de confiance » entre les membres d’une communauté. Dans un autre pays il n’aurait pas été accepté. Un billet faux perd « sa valeur » seulement au moment où il se révèle faux et n’est plus accepté par celui qui le reçoit. C’est celui qui le détient en dernier qui assume la perte. Dans cette histoire il n’y a pas eu de perte sauf pour la Dame de Condé qui savait de toute façon qu’il était faux.

    – La Dame de Condé, en réservant sa chambre, a accru de 100 euros la masse monétaire du village, ce qui a permis à six personne d’éteindre réciproquement leur dette pour un montant total de 600 euros La « qualité » de la monnaie utilisée, bonne ou mauvaise, est indifférente, mais la quantité de monnaie en circulation dans une zone est importante.

  21. Armand dit :
    16 juin 2008 à 11:25 Tout comme B a pu s’acheter un bois grâce à l’argent de A sans qu’ils ne connaissent mutuellement leur existence ni leur influence réciproque. Ici le deus ex-machina était le banquier, qui, de fait, a introduit un risque dans le système, au détriment de A notamment dont l’accord n’a pas été sollicité et qui n’a pas été rémunéré (ou dont l’avoir se trouve dévalué à la fin du jeu s’il se termine avec davantage d’unités de compte)

    Si, dès le début du jeu le taulier repère que le billet est un faux, le jeu ne commence même pas. Si un autre participant s’en aperçoit plus tard je jeu s’arrête également, mais il y a un perdant : le joueur précédent, sauf à pouvoir remonter la chaîne.

    Là encore, l’explication du tour de magie est le risque introduit dans le système par le faux billet et l’hypothèse implicite est que le risque ne se réalise pas.

    Il s’agit plutôt d’utilisation de monnaie crédibilitaire (de credibilis : qui peut ou doit être cru)

    Ce jeu peut également se résoudre instantanément par mise en contact des participant dans un livre de compte global, ce qui revient au troc d’avant l’invention nécessaire de la monnaie puisqu’il n’est plus possible de troquer à l’échelle d’un village … mondialisé.

  22. Armand dit :
    16 juin 2008 à 12:06 La dame a introduit un risque dans le système. Tout comme le banquier l’a fait pour que B puisse acheter le bois.

    Le tour de magie de ces histoires est que le risque ne s’y réalise pas. Dans le monde réel il se réalise et les conséquences en sont diverses et d’autant plus importante que le jeu avance. Quand les moins éveillés s’en rendent compte, il est trop tard pour eux.

    A peut se retrouver privé d’une partie de ses bananes, c’est-à-dire dilué : il a perdu du pouvoir d’achat sans même avoir participé au jeu. Il y a donc création d’une injustice.

    A quelques minutes près, le taulier aurait pu perdre son vieux client parti se loger ailleurs, alors même que sa venue aurait soldé les positions.

    La masse monétaire du village est compté en monnaie de singe, l’illusion de richesse projetée par le PIB peut induire le taulier ou les autres a investir alors qu’en réalité il aurait perdu un client et le système un enrichissement.

    Il y a eu utilisation de monnaie crédibilitaire (de credibilitis : qui peut ou doit être cru) et ça a des conséquences.

    Ce jeu aurait aussi pu être soldé par un livre de compte global, ce qui serait revenu à utiliser le troc, impossible dès lors que le village est global.

  23. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    16 juin 2008 à 12:20 @ Armand

    Philosophiquement vous avez raison… monnaie crédibilitaire ou monnaie fiduciaire, pour moi c’est pareil.

    Y a-t-il une seule monnaie qui puisse garder sa valeur quels que soient les évènements ? … pour ma part je n’en connais aucune.

    Et comme vous le dites : le troc est impossible dès qu’il y a des échanges avec des biens difficiles à consommer rapidement (une vache contre 2000 oeufs par exemple) ou à plus de quelques personnes, ou …

    Il faut donc un signe reconnu par tous … et personnellement, l’or ne m’intéresse pas (je ne le reconnais pas comme une valeur, car je ne puis rien en faire, je veux dire : pas plus qu’un billet de banque).

    Pour ma part, vu la situation vers laquelle nous nous dirigeons en chantant (le syndrome du Titanic) , je propose la calorie ou le Kwh comme unité monétaire : mais encore une fois des pays vont être privilégiés.

    Tiens, vous connaissez cet autre apologue ?

    Les Valbans et les Mélans

    Il était une fois deux pays, la Mélanie et la Valbanie, qui vivaient en bonne intelligence. Les Mélans produisaient beaucoup de blé, quelque mille tonnes de plus que leur consommation. Mais ils manquaient fortement de briques pour la construction. Or, quand elles tournaient à plein régime, les fabriques valbanes de briques en produisaient quelque mille tonnes en excédent. Mais tout s’arrangeait parce que les Valbans étaient friands du blé importé de Mélanie.

    Curieusement, les prix de revient du blé et des briques étaient identiques : 100 piastres la tonne.
    Pour prendre une juste mesure de la qualité des relations qui s’étaient nouées entre les divers producteurs de chaque pays et les divers importateurs de l’autre, il faut savoir qu’en ce temps-là, la conjoncture était bonne et les prix stables : jour après jour la cotation du blé et celle des briques se maintenaient à 100 piastres la tonne.

    C’est ainsi que les briques servaient de fret de retour aux navires apportant en Valbanie un blé très apprécié par sa population.

    La réalité matérielle est favorable : les producteurs des deux pays enrichissent leurs collectivités de biens matériels et les échangent rationnellement.

    Un observateur naïf, n’ayant pas subi de formation classique, serait tenté d’assimiler ces transactions à du troc. « Ces affaires-là, penserait-il, sont sages et bonnes puisqu’elles satisfont aux intérêts des deux parties, qui se défont de leurs surplus pour acquérir des produits qui leur manquent. »

    Mais voici qu’à la suite d’un événement extérieur, la conjoncture mondiale se détériore. Les cours du blé et des briques s’effondrent. Chacun baisse de moitié et c’est la catastrophe économique. Le troc serait resté identique mais les producteurs de blé et les fabricants de briques déposent leurs bilans, faute de pouvoir supporter une perte de 40.000 piastres. Les échanges cessent aussitôt, au grand dam des habitants des deux pays amis.

    Moralité à ce supplément de la fable : C’est la comptabilité qui a déguisé cette réalité en calamité financière, qui n’aurait eu sans cela aucune incidence pratique pour les deux producteurs.

  24. Armand dit :
    16 juin 2008 à 13:08 « Y a-t-il une seule monnaie qui puisse garder sa valeur quels que soient les évènements ? » non, dans un marché libre, tous les prix s’ajustent et celui de la monnaie aussi. J’essaie d’éviter que l’ajustement du prix de la monnaie se fasse par l’inflation c’est-à-dire à mon détriment et au profit de ceux qui l’émettent.

    Par ailleurs, selon moi, une monnaie doit posséder entre autres vertus celle de ne servir à rien, ça empêche au moins la thésaurisation a but spéculatif. La stocker n’empêchera pas autrui de manger, de boire, de se chauffer ni de se déplacer.

    Une monnaie-énergie sous forme physique pose d’évidents problèmes : stockage, dangerosité, préremption, … et sous forme papier la fraude arrive si vite, comme le prouve le doublement instantané des réserves des pays de l’OPEC puisque leur quota en dépendait.

    C’est par l’échange que les acteurs choissient un ou plusieurs biens comme monnaie, ajustent leur prix voire en changent. Peut-être le litre d’eau potable bientôt ?

    Quant à l’apologue qui suit, hé bien on voit déjà sa propre contradiction interne : il existe un marché extérieur qui fixe les prix, ces deux pays ne sont pas les seuls intervenants. Quel est le deus ex-machina qui fait baisser les prix ? une surproduction mondiale ? leurs balances commerciales étaient à l’équilibre à 100/100 et le restent à 50/50, le problème est posé sans toutes les données.

  25. Laurent S dit :
    16 juin 2008 à 17:00 @Armand sur la monnaie-énergie

    Si l’on doit fonder un système monétaire sur un étalon, la quantité d’énergie me paraît être le meilleur choix possible, tant le bonheur humain (au sens économique du terme) est fonction de l’énergie que l’homme a à sa disposition. Manger, c’est accéder à de l’énergie, se déplacer, jouer c’est consommer de l’énergie. Travailler c’est produire, consommer, économiser de l’énergie… Plus il ‘y a d’énergie, plus on peut accéder à des biens et services et tout bien et service peut se mesurer en quantité d’énergie qu’il faut pour le produire. Dans ce système le prix d’une marchandise est donc objectif et simple à déterminer.

    Ce n’est pas pourtant que barrages hydroélectriques ou les centrales nucléaires deviennent des banques et qu’ils faillent payer en uranium ou pétrole. Simplement, un pays produit chaque année une certaine quantité d’énergie et le système politique doit déterminer comment la répartir entre tous les individus en équivalent monétaire. A charge pour chaque citoyen de dépenser cette monnaie comme il veut, on a vu ci-dessus comment étaient déterminés les prix. Dans un tel système on a adéquation entre offre globale et demande globale et pas d’inflation.

    Mais pour ma part je crois que rechercher ce genre d’équilibre, ce graal des monétaristes est parfaitement vain. Parce qu’en fait ce n’est pas si facile que ça à mesurer, qu’ensuite équilibre globale ne signifie pas équilibre local (on peut avoir produit trop de voitures et pas assez de vélos). Cela résonne aussi comme un cauchemar totalitaire, comme si on mettait la société en équation. Peut-être aussi parce que viser cet équilibre global est inutile.

    Pour moi la monnaie n’est qu’une unité de compte, un moyen d’échanges entre des biens et services très disparates. C’est un pilier essentiel de toute société complexe, alors qu’on laisse l’Etat la créer et la gérer comme il en a besoin pour mener à bien sa politique. Elle doit être pour lui, comme la craie pour un instituteur, l’essence pour un coureur automobile… : il ne va pas la gaspiller, mais cela ne doit pas limiter son action. La seule contrainte impérative est que les citoyens ne doivent jamais perdre confiance dans le pouvoir d’achat de cette monnaie. Et sa rareté n’est pas l’unique moyen d’y arriver contrairement à ce que voudrait nous faire croire les conservateurs. Cette connaissance-là (c’est-à-dire les conditions de cette confiance) seule importe, tout le reste n’est qu’une querelle sur le sexe des anges.

  26. JLM dit :
    16 juin 2008 à 21:57 Juste comme ça, et sans la prétention d’y voir plus clair que vous tous, il me semble que quelle que soit la monnaie référentielle, Or, Dollar, Pétrole, Carte bancaire, etc. il y a toujours “un grand chef” qui déclare : “je vous l’échange contre ce que vous voudrez” …

    Le grand chef pourrait être la volonté démocratique.

  27. egdltp dit :
    17 juin 2008 à 07:11 Merci à Laurent S de rappeler que la qualité première d’une monnaie est la confiance qu’ont les utilisateurs dans sa contre-partie physique, i.e. dans la capacité qu’elle a d’être acceptée comme contre-partie d’un échange.

    Rappellez-vous la crise de 23-25 en Allemagne : plus personne n’avait confiance dans le Mark, les ouvriers se faisaient payer par demi-journée. Quelqu’était la réalité économique de ce pays, plus personne n’avait confiance dans la monnaie, donc elle ne valait plus rien. La confiance est un pré-requis, et c’est bien ce qui embête les responsables américains : comment faire pour que le monde garde confiance dans leur monnaie, quand beaucoup de fondammentaux montrent que celle-ci n’est pas digne de cette confiance…

    C’est super une économie sans usine, mais sans éléments physiques à échanger, comment donner envie à l’autre d’échanger avec soi ? Les idées, personne n’en est propriétaire au grand dam des partisans du tout brevetable. On voit comment tout se tient…

  28. Armand dit :
    17 juin 2008 à 08:25

    Le grand chef pourrait être la volonté démocratique.

    Exactement JLM ! c’est très précisément ce que je souhaite : que *nous* choisissions en tant qu’individus libres. Et je lève l’ambiguïté du mot « démocratie » en indiquant que, selon moi et en cette matière, cela exclut l’intervention d’un gouvernement ou un ensemble de gouvernements ou d’institutions.

    C’est ce qui me gêne énormémement dans la proposition de Laurent : « que le système politique détermine … » ; non : *nous* !

    Une notion de démocratie et de liberté restreinte à un déléguons à un étage supérieur ce que nous pourrions faire ou choisir nous-mêmes, avec le droit de manifester et de changer de maîtres dans la liste imposée, s’appelle plutôt selon moi de la servilité libement consentie avec possibilité de se plaindre de sa propre turpitude.

    Le grand chef n’interveint que pour les fonctions régaliennes réelles.

    egdltp : ça signifie que la monnaie « fiduciaire », basée sur la confiance, était déjà devenue une monnaie « crédulitaire » basée sur la crédulité, parce que le peuple avait abandonné sa souveraineté sur sa monnaie, délégué et renoncé à agir par lui-même sur ce point.

    Nous rejoignons le point fondamental mis en lumière par Jean, que la monnaie est le le sang d’une société. Je prétends qu’elle relève moins de la démocratie, concept philosophique, que des Nous-le-Peuple, réalité concrète quotidienne. Pour en appeler aux mânes de Mc Luhan : « La monnaie c’est un peuple qui choisit lui-même » (c’est la période du bac philo en ce moment).

  29. jean pierre brissaud dit :
    17 juin 2008 à 12:10 J’ai été frappé d’apprendre que, à l’époque de la conquête de l’Ouest les Américains faisaient confiance aux billets très usagés, maculés de sueur. Ils étaient sanctifiés par le nombre de ceux qui l’avaient déjà accepté en échange de leur travail. Les billets neufs étaient suspects. Celà signifie qu’une banque recevant un billet sué reçoit plus qu’elle ne donne en l’échangeant contre un billet neuf. L’échange au pair est une fraude. L’emprunteur peut donc rendre moins, le taux d’intérêt pur (hormis les assurances de risque de non paiement) est négatif.

    Cette fraude est devenue institutionnelle et à grande échelle : l’argent rendu à une banque vaut plus que l’argent prêté, alors que la banque se comporte comme si elle avait prêté de l’OR. Aujourd’hui, elle “prête” ce qui est pianoté sur un clavier d’ordinateur, et demande des “frais” pour le “service” rendu, alors que son grand “service” fut de voler l’or qui lui fut confié. Le “billet de banque” ne tient sa valeur que du souvenir de ce qu’il fut avant cette escroquerie. Le dollar est, en fait, gagé sur le pétrole. La fin du pétrole est la fin du dollar. C’est la réforme du système monétaire qui constitue une priorité.

    En premier lieu, elle doit être largement privatisée en faisant circuler des chèques endossés, émis par Microsoft, par exemple. Chaque acteur économique, même le simple particulier, doit pouvoir être créateur de monnaie. Il peut postdater des chèques.

    En second lieu, les billets doivent être visiblement datés, de manière à ce que les utilisateurs puissent choisir leur ancienneté. Le cours en monnaie actuelle d’une monnaie ancienne est un indicateur macroéconomique aussi important que le taux d’intérêt. C’est également un cours du temps.

    Des monnaies postdatées peuvent être émises, et font l’objet d’une côte en monnaie actuelle.

    Le système économique emploie préférentiellement les monnaies les plus anciennes et recourt aux monnaies récentes ou futures en cas de besoin. La valeur du cours du temps fournit une mesure de marché qui remplace nombres d’indicateurs statistiques relatifs à l’état, inflationniste ou déflationniste, de l’économie.

    Le système bancaire rend alors un véritable service, un service d’information.

    L’argent prêté en monnaie actuellement émise par la banque se transforme automatiquement en monnaie ancienne. L’argent rendu l’est en monnaie actuelle. Le taux d’intérêt pur est négatif.

    Cela est dû au fait que la signature d’un banquier ne vaut que par la confiance que les utilisateurs de monnaie lui accordent. Ce sont ces utilisateurs qui sont créateurs de valeur, non le banquier. Celui ci ne rend aucun service : ce sont les utilisateurs qui lui font confiance sans réclamer d’or qui lui rendent un grand service, celui de ne pas aller en prison.

  30. franck marsal dit :
    17 juin 2008 à 12:22

    Le litre d’eau ou le kilowatt-heure comme monnaie universelle

    Je ne sais si je comprends bien mais je vois deux questions sous-jacentes à la définition d’une telle « nouvelle monnaie ».

    La première question est celle du support physique de la monnaie, du support physique utilisé pour rendre les différentes fonctions de la monnaie : l’échange domestique, l’échange international, pour l’épargne, le crédit, la capitalisation, …

    La deuxième question est celle de l’unité de valeur, de l’étalon de monnaie, du rattachement de la monnaie, cet équivalent social, à une grandeur fixe, facilement vérifiable, qui fonde la confiance qu’on lui accorde et nous protège contre les tours de passe-passe.

    Sous l’angle de la première question, le litre d’eau pas plus que le kilowatt-heure n’offre pas grande commodité. Je ne me vois pas aller au marché avec des litres d’eau, et je vois encore moins le paysan du coin repartir avec des hectolitres en échange de ses pommes de terre.

    Je propose d’aborder d’abord la question de l’étalon, et de voir ensuite la manière de gager avec cohérence les échanges réalisés sur cet étalon (avec ou sans support physique).

    Il me semble que l’énergie ne fournit pas un support adéquat : l’énergie n’a pas de valeur économique stable dans le temps ni dans l’espace. Elle est un flux structurant pour l’activité économique mais elle suit ses propres règles. Elle se dissipe dans l’échange et le transport (loi d’ohm !) …

    Ma proposition serait la suivante : la valeur de l’unité de monnaie pour la période n et la zone économique P est le salaire journalier moyen constaté à la période n-1 et pour la même zone.

    C’est-à-dire que le salaire moyen tournerait autour de 1 avec un mécanisme d’ajustement automatique.

    Cela aurait deux conséquences :

    1) un mécanisme d’échanges monétaires mondiaux articulerait les monnaies nationales avec une monnaie mondiale dont le niveau d’émission serait discuté pour une année donnée de manière transparente en fonction des besoins d’échanges internationaux

    2) un système d’instruments financiers qui articuleraient de manière également transparente les échanges entre monnaie de l’année n et monnaie de l’année n+1 avec une visibilité de la monnaie reportée de n sur n+1 (épargne) ou “anticipée” de n sur n+1 (crédit).

    Le changement d’instrument de mesure change notre vision du monde (en l’occurence, des prix, de la comptabilité, du crédit, de l’épargne, répartition des revenus …).

    Je soumets cette ébauche de proposition à votre sagacité collective …

  31. Armand dit :
    17 juin 2008 à 13:14 Tiens, à propos de confiance, crédibilité ou crédulité ; de souveraineté abandonnée, déléguée ou exercée, une info venue de la partie privée de 000999.forumactif.com

    Les Nous-le-Peuple teutons, qui ont été très douloureusement sensibilisés à ce genre de problématique comme le rappelle fort à propos egdltp, commenceraient à rejeter les billlets de la BCE issus des pays de la partie ClubMed de l’Euroland et repérables à une lettre code au début de leur numéro :

    http://www.telegraph.co.uk/money/main.jhtml?xml=/money/2008/06/13/cneuro113.xml

    C’est-à-dire qu’ils se méfient de la défaillance potentielle de ces états et de leur sortie de la zone euro et anticipent que les bouts de papier qui pourraient leur rester entre les mains ne représentent qu’une promesse qui ne puisse plus être entièrement tenue.

    Ce n’est, peut-être, qu’un hoax ou un piège tendu par la perfide Albion pour cacher sa propre misère de pétro-monarchie déchue et entrer à bon compte dans la zone euro et se faire payer ses dettes par les continentaux.

    En réalité, ce qu’il faut observer, et dont ne parle pas l’article, ce sont les spreads sur les emprunts d’état de même maturité entre les différents états de l’euroland. Pourquoi existent-ils ? Un des ces états pourrait-il ne plus pouvoir lever l’impôt, en euro, pour le rembourser (comme indiqué plus haut dans ce fil concernant la création tautologique de monnaie centrale) ?

    Si vous, investisseur, craignez que cet état sorte de la zone euro, institue sa propre nouvelle monnaie et force la conversion dans cette nouvelle monnaie de ses emprunts, tant en capital qu’en flux d’intérêts encore à venir, alors vous demandez une prime de risque pour la perte en capital et en intérêt que vous subirez du fait que le taux de conversion ne sera pas équitable puis que la nouvelle monnaie se dévaluera plus vite encore que l’euro.

    Cette méfiance vis à vis de l’emprunt déteint sur ce qu’il garantit : le billet de banque (centrale).

    Avec une monnaie valant par ce qu’elle est –ce qu’elle contient– et non pas par ce qu’elle promet –ce qui est écrit dessus– ce type de problème ne se poserait pas sur la monnaie, mais sur le seul emprunt d’état puisqu’il apparaitrait pour ce qu’il est réellement : une simple promesse de remboursement futur en « sonnant et trébuchant », c’est-à-dire en matière pesante (ou en énergie chauffante) que l’état, ou un autre, n’aura pas ou plus les moyens de tenir totalement.

    Napoléon avait peut-être déjà compris cela, lui qui fit fondre des variantes nationales du nap’ (croix suisse, union latine, tunisienne) ; toutes ces pièces de même masse contenaient la même quantité d’or fin et ne différaient que par leur face nationale et circulaient d’un pays à l’autre … aujourd’hui nous avons un support en acier ou en papier sur lequel est gravé une promesse gouvernementale ou extra gouvernementale.

    Enfin, ceux qui suivent ce genre de questions savent que seule la Bundesbank refuse de vendre son or, Axel Weber son gouverneur l’a même dit publiquement et fermement face à son gouvernement qui le lui demandait. Peut-être est-ce pour cela que les Nous-le-Peuple teutons se contentent de rester au niveau de la monnaie fiducaire euro-teutonne : ils ont confiance parce qu’ils surveillent, ils ne ressentent pas le besoin de monter en gamme (en garantie) en passant à du « bric’n mortar »

    Les autres banques centrales de la zone euro vendent régulièrement leur or pour le placer en emprunts d’état « qui rapportent » … mais qui rapportent quoi ?

    Damned ! certaines bananes étaient en plastique !

  32. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    17 juin 2008 à 15:38 Armand

    Oui vous avez raison, il y a parfois quelques pourcents d’écart sur les taux entre les emprunts publics de la RFA et les emprunts publics de la France, de l’Espagne ou de l’Italie, pour ne citer qu’eux. Mais 5% (par exemple) sur 4,500 %, ca fait du 4,725 % … pas tragique quand même. Mais il est vrai que les prêteurs intégrent la probabilité d’éclatement de l’euro.

    Pour l’or, la Bundesbank dispose sans doute de 3 500 tonnes d’or et la France avec 3 000 tonnes.. ce sont des chiffres qui semblent importants, mais même à 1000 € l’once, pour l’un comme pour l’autre ça ne ferait pas l’équivalent d’une année des seuls *intérêts* de la dette publique.

    Avant de vouloir vendre l’or, commençons par donner le droit de création monétaire à la BCE (au moins en ce qui concerne le financement des investissements des Etats : http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=La%20Dette%20Publique )

  33. Armand dit :
    17 juin 2008 à 15:38 Quel post intéressant, Jean-Pierre !

    – la sueur comme marque physique de la confiance déjà accordée par d’autres, inconnus, et qui fait boule de neige ; la difficulté du nouveau venu sur un marché. Principe éternel qu’on retrouve aijourd’hui sur le web : plus on pointe vers un site plus les moteurs le valorisent et plus il devient référence, vérité ; c’est ainsi qu’un nouveau site essaie d’échanger « gratuitement » des bannières vers lui donc en fait de parasiter.

    Le poids de la marque qui se renforce jusqu’au monopole : à la limite les signes imprimés sur le billet disparaissent, seules subsistent les couches de sueur : les Nous-le-Peuple ont gagné ; il refusent les billets nouveaux et ne s’échangent que leur sueur, garantie de leur travail passé pour celui à venir. La contre-façon va devoir simuler de la sueur : nous parvenons à la phase de vérifiabilité de la monnaie ; tester de la sueur plutôt qu’une teneur en métal ou l’honnêteté et l’intégrité du personnel politique : pourquoi pas ?

    Les esprits ont bien changé (sont bien formatés) : aujourd’hui on aurait plutôt tendance à refuser un billet trop abîmé !

    A l’époque de la conquête de l’ouest, étaient plutôt d’usage le dollar-or ou le dollar-argent.

    – « fut de voler l’or qui lui fut confié. » pour ce qui concerne la FED, les Nous-le-Peuple abandonnèrent une partie de leur souveraineté, les pièces d’or et d’argent étaient remplacées par des FED-notes *convertibles* en or ou en argent sur simple demande au guichet. Ils gagnaient une facilité d’échange. Mais ils abandonnérent leur surveillance, la FED émit plus de billets qu’elle n’avait d’or et d’argent, fit discrètement disparaitre la mention de convertibilité, puis ce fut la crise de 29, la ruée au guichet … trop tard : Roosevelt par son « executive order » du 5 avril 1933 obligea les Nous-le-Peuple à apporter pièces, lingots et certificats or à la FED sous peine de 10 000 $ et/ou de 10 ans de prison et ce avant le 1er mai 1933. Et à cette époque, la FED ne faisait que commencer à détruire la valeur de dollar-papier qu’elle était sensée protéger : 10 000 $ c’était quelque chose !

    – « le dollar gagé sur le pétrole » grâce à un révolver braqué sur la tempe du producteur. Si le producteur pense que le pistolet est désormais vide, le dollar plonge aussi. N’est-ce pas ce à quoi nous assitons aussi aujourd’hui ?

    – « C’est la réforme du système monétaire qui constitue une priorité. » c’est ce que je pense aussi, ensuite le système bancaire, enfin le système financier.

    – le reste du post correspond en fait au mécanisme d’escompte, lorsque la traite signée par le client puis endossée par les différents intervenants dans la chaîne de fabrication permet un financement, dont elle constitue la garantie non inflationiste, la traite est détruite à la livraison / paiement. A chaque transmission elle perd une partie de sa valeur : le taux d’escompte qu’il ne faut surtout pas confondre avec le taux d’intérêt (celui des emprunts). Ce sont deux indicateurs économiques très informatifs s’ils ne sont pas manipulés ni parasités.

    C’est la « real bill doctrine » RBD.

    – « le banquier ne rend aucun service », si, celui de gardien et d’entremetteur, mais en la matière les tarifs de Madame Claude me semblent moins élevés et la prestation plus agréable.

  34. Armand dit :
    17 juin 2008 à 15:53 Stligar, peut-être que sur un marché véritablement libre l’équilibre s’établirait très au-dessus des 1 000 € / oz, mais je pense qu’effectivement l’euro ne sera pas la première grande monnaie fiduciaire à éclater.

    Quant à permettre à la BCE de financer les états, il me semble que les Nous-le-Peuple n’ont plus, hélas et paradoxalement, voix au chapitre constitutionnel. Quoique ce point fût par nous accepté lors du référendum de Maastricht.

  35. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    17 juin 2008 à 15:56 Désolé.. quand j’ai écrit ” Mais il est vrai que les prêteurs intégrent la probabilité d’éclatement de l’euro.”, je voulais dire “Mais il est vrai que les prêteurs intégrent la *possibilité* d’éclatement de l’euro.”
  36. Vincent Lannoye dit :
    18 juin 2008 à 04:49 Bonjour,

    Jean Jégu m’a indiqué ce forum-blog sur la monnaie.

    En tant qu’auteur de “La monnaie et les banques – de la Mésopotamie à Manhattan”, permettez-moi d’apporter quelques clarifications sur la création monétaire.

    La création monétaire actuelle provient bien (essentiellement) des banques “secondaires” = “commerciales” (souvent privées, parfois publiques comme en France avant les re-privatisations des années 1980).

    Pour l’Histoire, ce type de création est apparue au fil des millénaires. Initialement, la monnaie était métallique en once d’or ou d’argent. Sa création provenait des mines et de l’orpaillage. Ce n’est que par la suite que les banquiers ont prêté les pièces en dépôt. Et comme ces pièces prêtées restaient en dépôt – les clients et emprunteurs manipulaient lettres de change ou billets de banque – alors les banquiers ont prêté les pièces une deuxième fois à l’insu des déposants. Avec deux pièces prêtées pour une pièce en dépôt, il y a création de monnaie “scripturale” (non métallique) mais monnaie quand même. Ensuite, la proportion de monnaie scripturale (non métallique) des banques privées a progressé de siècle en siècle. Finalement, elle atteint quasi 100 % après 1971. À présent, la monnaie est créée par banques qui peuvent créditer à leurs clients sous conditions. La création monétaire est donc bien un tandem banques – clients. Les euros sont créés par simple inscription dans un compte client (ou carte de crédit) sous forte réglementation et contrôle de la Banque Centrale. Bien sûr, les banques commerciales ne peuvent se créditer entre elles, elles ne peuvent que se prêter entre elles des sommes existantes sur les comptes clients.

    Les quelques pour cent de création monétaire restants proviennent des Banques Centrales. Elles peuvent injecter des liquidités par “simple-chèque-signé-par-la-banque-centrale” de par la “discount window” ou guichet des “prêts marginaux” réservé surtout pour banques en difficultés (comme dans les derniers mois). Les Banques Centrales peuvent aussi injecter des liquidités par leurs opérations d’open market (rachat de bons du Trésor).

    De part ce dernier paragraphe, Ben Bernanke et collègues ont les moyens de faire surnager le système malmené par la crise des “subprimes”. Leur création monétaire est techniquement illimitée. Ben et les autres doivent prêter tant que la crise des subprimes menace, et tant que les prix de l’immobilier restent chers par rapport aux prix des loyers. On s’en approche.

    Ainsi, les dangers économiques pointant à l’horizon ont plus à voir avec l’inflation générée par ces injections de liquidités des Banques Centrales, par la hausse du pétrole, et finalement tout acteur capable d’influencer la confiance et l’envie de consommer.

    L’inflation est un danger majeur pour la politique monétariste des Banques Centrales. Ces banquiers souhaitent que la monnaie reste symbole “de sueur”. Avec l’inflation, la monnaie est seulement le signe de la sueur des imprimeurs de billets (surtout au Zimbabwe et ses 10000% d’inflation). L’assertion de Paul Jorion est donc à forte connotation… monétariste !!! :-p

    Comme quoi, pour bien comprendre la monnaie, il faut aussi comprendre l’inflation. Pour cela, je vous invite à télécharger gratuitement les trois premiers chapitres de mon livre sur http://www.strayfawn.com.

    À bientôt,

    Vincent.

  37. Paul Jorion dit :
    18 juin 2008 à 07:11 @ Vincent Lannoye

    Vous écrivez :

    …Ben Bernanke et collègues ont les moyens de faire surnager le système malmené par la crise des “subprimes”. Leur création monétaire est techniquement illimitée.

    Si c’est le cas, pourquoi les analystes considèrent-ils que depuis l’été dernier la Fed a prêté aux banques commerciales américaines, et depuis le mois dernier également aux banques d’investissement, près de la moitié des fonds dont elle disposait pour ce type d’opérations ?

  38. Armand dit :
    18 juin 2008 à 10:24

    Si c’est le cas, pourquoi les analystes considèrent-ils que depuis l’été dernier la Fed a prêté aux banques commerciales américaines, et depuis le mois dernier également aux banques d’investissement, près de la moitié des fonds dont elle disposait pour ce type d’opérations ?

    C’est un tour de passe-passe, comme déjà indiqué : la FED a remplacé la garantie tautologiquement parfaite de ses billets par une autre douteuse, sans augmenter le nombre de $ imprimés, mais en détériorant leur valeur.

    Ainsi elle ne crée *apparemment* pas d’inflation puisque la quantité de $ en circulation ne change pas, or ce sont eux les plus nuisible vis-à-vis d’une certaine inflation, celle des prix à la consommation, car ils sont, par nature (cours légal), le plus liquide des instruments de paiement, particulièrement utilisé pour la grande consommation, celle dont l’inflation des prix est très vite remarquée et subie par les consommateurs alors même qu’ils se réjouissent de l’inflation de certains actifs, croyant pouvoir en profiter : « ma maison vaut maintenant 50 000 $ de plus que l’année dernière », non ! elle vaut la même chose, car elle n’a pas beaucoup changé, voire moins car d’autres ont été construites autour et lui font concurrence ; seul son prix a monté, mais parce que mesuré dans une unité qui a été rétrécie, ce à quoi ils ne pensent pas.

    Les Nous-le-Peuple sont trompés par l’illusion de richesse, cause de « l’effet de richesse » qui les conduit à dépenser et à s’endetter. Ils ont davantage de monnaie, souvent fictive (prêt / dette / emprunt), ils le constatent facilement, mais elle vaut moins, l’ensemble des prix augmentent, mais ils ne s’en rendent pas compte de suite.

    A faible doses et espacées, c’est le médicament du Dr Keynes. Utilisé régulièrement ça crée des drogués qu’on ne peut plus désintoxiquer (le Dr Friedman prétend qu’il sait injecter en continu et doser finement grâce à un thermométre statistique parfaitement étalonné).

    L’inflation est un phénomène principalement monétaire dont la cause est l’augmentation relative de la quantité de monnaie par rapport à la quantité de biens et services disponibles (« les richesses ») et dont l’effet est l’augmentation des prix ; puisqu’il y a davantage de monnaie le rapport initial va se rétablir en demandant davantage de monnaie pour un même bien. L’influence de la vitesse de circulation de la monnaie, à quantité égale, peut intervenir parfois, par exemple los des phases d’exubérance irrationnelle ou de folie de bulbes de tulipe.

    La quantité de monnaie supplémentaire ne se propage pas instantanément dans les prix, ni ne le fait de façon homogène. Ceux qui sont à la source de cette création la dirige vers des canaux qu’ils choisissent parce qu’ils leur sont, à eux, les plus profitables, ici les banques vers les marchés actions, obligataires, l’immo, … ; la propagation vers d’autres biens, ceux de grande consommation en général, se fait à la fin de la contamination, quand il est déjà trop tard pour les Nous-le-Peuple qui ont eu l’impression que tout allait bien ou mieux. A ce moment-là les Nous-le-Peuple réclament une augmentation de salaire pour faire face à leur besoins quotidiens vitaux (quoique l’abonnement à C+ ou l’essence pour le 4×4 …) et à leurs obligations (l’emprunt à taux variable …), mais le banquier central se réveille, et parle dans sa novlangue « d’inflation de second tour » qu’il combattra alors même qu’il n’est pas intervenu au début du processus. Mais son thermomètre sera reconnu coupable.

    Ceux qui sont à la source s’enrichissent donc grâce aux unités monétaires supplémentaire qu’ils créent à pas cher, sans richesse nouvelle en face (elle est supposée venir du futur !), appauvrissant les autres dont les unités monétaires en leur possession est diluée (épargne, retraite, …) et appauvrissent plus encore ceux qui s’endettent pour jouer au plus malin à la fin du jeu, lorsque pointe la déflation.

    S’il est physiquement impossible de créer ces unités monétaire, alors ce problème ne se pose pas.

    Par cette manoeuvre, la FED crée quand même de l’inflation, mais au seul profit de ses complices. En effet, les Treasuries qu’ils ont reçu à la place de leur déchets toxiques invendables, et ne pouvant donc servir de monnaie, sont, eux, parfaitement « liquides » comme ils disent dans leur novlangue. Les Treasuries sont de la monnaie (on l’a vu dans le mécanisme de création tautologique des $-billets) qui a cours entre eux et elle rapporte même des intérêts. Mais, là, ils doivent l’utiliser pour boucher leur propres trous, cela n’ira pas dans le circuit de la grande consommation. Lors de la manoeuvre inverse de restitution des Treasuries contre ce qui ne sera plus des déchets parait-il, cette monnaie sera détruite. Mais si la manoeuvre ne peut pas se faire …

    L’émission de bons du trésor, même s’ils ne sont pas convertis en monnaie-papier est également inflationniste, mais moins qu’un $-papier car le grand public ne peut pas se les échanger directement ni les utiliser directement comme paiement, leur valeur faciale est importante.

    L’opération rescue de Bush, Paulson and Co qui viennent d’envoyer des chèques aux ménages a crée de la monnaie supplémentaire à haut pouvoir de nuisance inflationniste puisque directement et immédiatement utilisable et donc de l’inflation : je ne pense pas qu’il faille se réjouir de l’augmentation des dépenses de consommation ainsi générées, ce n’est rien d’autre que de la cavalerie de USA inc.

    En suivant la chaîne on obtient quelque chose comme : compte du Trésor US (à la FED) -> comptes courants des ménages -> comptes des commerçants -> banques des commerçants -> réserves des banques à la FED ; après ça circule, potentiellement à l’étranger si la dépense concernait un gadget chinois ou un litre de pétrole.

    Encore une fois, ce mécanisme n’est rien d’autre qu’une escroquerie pyramidale.

  39. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    18 juin 2008 à 12:19 @Armand
    Excellent :-)
  40. Armand dit :
    18 juin 2008 à 14:40 merci, Stilgar ; une lecture amusante :
    http://www.marketoracle.co.uk/Article5108.html
  41. Vincent Lannoye dit :
    18 juin 2008 à 18:11 La Fed a prêté la moitié de ses fonds “autorisés” (simple lignes de crédit pour banques en difficulté) (Voir http://www.richmondfed.org/publications/economic_research/instruments_of_the_money_market/ch03.cfm : These limits can be overcome in certain circumstances, especially if the appropriate federal banking agency or the Chairman of the Federal Reserve Board certifies to the lending Federal Reserve Bank that the borrowing institution is viable). Pour augmenter ces fonds, il faudra peut-être passer par le Congrès. Le Congrès amendera pour ne pas laisser l’économie s’effondrer, et il le peut car on n’a plus besoin d’or pour couvrir les billets contrairement aux années de débâcle 1929-1934. Bien qu’après 1934 et le détachement officieux de l’or, c’est la Cour Suprême qui a stupidement bloqué le déficit souhaité par Roosevelt et son NRA (National Recovery Act). Je crois que les autorités ont retenu la leçon des années 1930.

    En gardant en mémoire la crise des années 1930, on comprend mieux pourquoi les autorités sortent leurs carnets de chèque. Mais à présent, un autre risque majeur surgit: l’inflation, comme le précise justement Armand. La situation est très délicate et Bernanke en est conscient. Cependant, je ne pense pas que Bernanke soit un monstre responsable d’une escroquerie pyramidale, mais seulement quelqu’un qui a étudié de près la crise des années 1930.

    Néanmoins, par l’inflation, le cours pétrole, le réchauffement climatique, la situation est très inquiétante.

    Vincent.

Publié dans Uncategorized | Commentaires fermés sur 18 – La monnaie, c’est de la sueur (et du soleil) condensés

17 – La monnaie : approche comptable et approche économique

07 06 2008
Publié par Paul Jorion

Les citations de l’ouvrage de Dominique Plihon, La monnaie et ses mécanismes (La Découverte 2000) que A-J Holbecq (Stilgar) nous propose dans un récent commentaire, me permettent de mettre le doigt sur l’une des choses qui me chipotent encore dans notre débat sur la monnaie. Dans les passages cités, l’approche de Plihon est toute en opérations comptables : en écritures en actif et passif. Ainsi, par exemple :

La monnaie créée se concrétise par une inscription au compte du client emprunteur qui figure au passif du bilan bancaire ; la contrepartie est inscrite à l’actif à un poste créance sur le client (page 19)

Il n’y a pas de mal à ça : il s’agit d’une des représentations possibles de ce dont il s’agit. Le danger réside dans le déséquilibre que nous introduisons alors inconsciemment quand nous parlons en termes de flux monétaires pour évoquer la monnaie fiduciaire créée par les banques centrales et en termes comptables pour évoquer la monnaie « scripturale » manipulée (je m’abstiens délibérément de dire « créée ») par les banques commerciales.

Or dans la plupart de nos discussions, je constate que nous ne parlons pas d’écritures dans une « langue » appelée comptabilité en partie double mais de flux monétaires effectifs en lesquels nous tentons de traduire l’ensemble des phénomènes d’une manière que j’appellerais « physique », comme si nous avions affaire à un système hydraulique.

Ceci n’est pas innocent parce qu’on trouverait là l’explication du scepticisme que l’on observe chez les « banquiers » devant la notion de création ex nihilo. En effet, quand on travaille dans une banque, et à moins qu’on ne soit comptable soi–même, on s’efforce d’ignorer entièrement l’approche comptable, parce qu’on la considère comme une fiction plus ou moins surréaliste destinée au public et aux régulateurs (entendez : « gogos ») mais sans rapport avec ce que l’on cherche à réellement mesurer, à savoir, le profit et que permet seule de capturer l’approche qu’on appelle « économique », qui ne s’intéresse elle qu’à des flux monétaires effectifs.

Je n’ai moi–même pas échappé à ce danger : dans La monnaie : le point de notre débat (III), je présente ce que j’appelle « L’existence de trois théories distinctes de la création de monnaie ex nihilo ».

– à l’occasion de l’allocation d’un prêt, la création de monnaie ex nihilo porte sur les intérêts qui seront versés par l’emprunteur : ces intérêts constituent une nouvelle source de monnaie (Louis Even) ;

– la création de monnaie ex nihilo résulte de la démultiplication d’une somme déposée sur un compte à vue en raison de la possibilité pour une banque commerciale de prêter les sommes déposées à un tiers en ne conservant que des réserves fractionnaires (Maurice Allais) ;

– la création de monnaie ex nihilo résulte du fait que les banques commerciales peuvent prêter des sommes « fictives » (créées au moment où un prêt est accordé et détruites au moment où il est remboursé) par une simple opération scripturale (Philippe Derudder).

Or, prêtez-y bien attention : dans la théorie Louis Even, on ne parle que de flux : les intérêts sont des flux et la création ex nihilo résulte du fait qu’ils sont extérieurs au prêt.

Dans la théorie Philippe Derudder on ne parle au contraire que d’opérations comptables.

Et dans la théorie Maurice Allais, on parle à la fois de flux : les dépôts et les réserves fractionnaires, et d’opérations comptables, débouchant celles–ci sur la « démultiplication » constatée.

Et c’est cela qui me fait crier : « Casse-cou ! »

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite

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53 réponses à “La monnaie : approche comptable et approche économique”
  1. Rumbo dit :
    7 juin 2008 à 04:34 Peut-être vais-je répondre à côté de la plaque (?) et demande toutes les indulgences si c’est le cas. Car je ne suis pas certain de bien détecter exactement les variantes “fondamentales” entre ces trois théories ici affichées qui feraient crier “Casse-cou!” à Paul Jorion.

    Dans ces trois théories, c’est celle de Maurice Allais qui paraît “ratisser” le plus large, mais ne serait pas la plus explicite car, à mon avis, la désignation des réserves fractionnaires concerne un “stade” bancaire “extérieur” à la “pure”(?) question de la création monétaire ex-nihilo. Cependant, celle de Louis Even nomme les intérêts comme étant également source de monnaie (il faudrait que je retrouve le ou les documents est cette phrase de L. Even) car il faudrait préciser si ce sont les intérêts payés par l’emprunteur concernant (vu la théorie de Maurice Allais) la stricte création monétaire ex-nihilo (hors réserves).

    Car les intérêts bancaires à payer sur une dette proviennent soit du “pugilat” économique et commercial (ma “réussite” ou ma bonne solvabilité en tant qu’emprunteur impliquent la “mise en difficulté” d’autres emprunteurs moins “battants” ou “chanceux” que moi) donc le montant de ces intérêts est soustrait à la masse monétaire, car je les ai enlevés de la monnaie déjà créée car en circulation. Soit il s’agit d’emprunts ultérieurs pour renflouer un ou des emprunts (ou les refinancer) et là, la source de monnaie que représentent les intérêts de l’emprunt, disons: emprunt-”dépanneur”, est une “pure” source de création monétaire ex-nihilo, avec le risque de “spirale infernale” trop connue..

    Quoiqu’il en soit, quand Paul Jorion écrit :

    (….) quand on travaille dans une banque, et à moins qu’on ne soit comptable soi–même, on s’efforce d’ignorer entièrement l’approche comptable, parce qu’on la considère comme une fiction plus ou moins surréaliste destinée au public et aux régulateurs (entendez : « gogos ») mais sans rapport avec ce que l’on cherche à réellement mesurer, à savoir, le profit et que permet seule de capturer l’approche qu’on appelle « économique », qui ne s’intéresse elle qu’à des flux monétaires effectifs

    on perçoit, je crois, l’abysse qu’il y a entre la mesure (qui, depuis belle lurette, n’est plus intangible comme le système métrique !) des paramètres économiques et la complète absence (ou presque) de vérité dans la création de monnaie s’y rapportant ; étant entendu que le créateur de monnaie est, jusqu’à nouvel ordre (?), le maître quasi absolu des cycles économique… Il y a longtemps que le “miroir monétaire” est un miroir déformant, devenu maintenant miroir aux alouettes, ou encore un compteur à gaz d’un gaz dont la “densité” change continuellement, les chiffres du compteur à gaz sont justes, mais la contrepartie n’y est jamais, la densité du “gaz” s’amenuisant sans cesse par la magie des faiseurs d’argent…

  2. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    7 juin 2008 à 08:02 Bonjour

    Paul écrit

    Le danger réside dans le déséquilibre que nous introduisons alors inconsciemment quand nous parlons en termes de flux monétaires pour évoquer la monnaie fiduciaire créée par les banques centrales et en termes comptables pour évoquer la monnaie « scripturale » manipulée (je m’abstiens délibérément de dire « créée ») par les banques commerciales.

    Je voudrais juste signaler que le “système” est exactement le même pour la Banque Centrale que pour les banques secondaires. La monnaie, dans les deux cas, est émise par “la prise en pension” (le terme n’est pas tout à fait exact, je sais) de titres ou “reconnaissances de dette”, disons plus simplement “des garanties”. La seule différence est que lorsque la BC émets de la monnaie (fiduciaire ou scripturale), c’est une monnaie centrale à usage des banques commerciales, lorsque les banques commerciales émettent de la monnaie scripturale, c’est à usage des agents non bancaires ( en particulier entreprises et ménages, et l’Etat sous forme d’achats d’OAT … )

    Dans tous les cas, il y a “contreparties” (je ne discute pas ici de la solidité des contreparties acceptées par les Banques Centrales ou les banques commerciales) et le bénéficiaire devra payer des intérêts en échange de cette monnaie créée et, de plus, il y a “comptabilité” de cette monnaie. Dans le cas de la banque centrale le compte du client emprunteur qui figure au passif de son bilan bancaire est la banque commerciale qui s’est financée auprès d’elle en monnaie centrale, lors d’opérations de “refinancements” ou par des ” TAF” (Term Auction Credit) …

    Après, on peut faire la différence entre la monnaie permanente (billets) et la monnaie de crédit dont les termes arrivent à échéance à des dates prédéterminées…

    Comme j’ai plus travaillé sur la dette que sur la création monétaire, arretez-moi sans hésiter si je me suis trompé … j’ai pu écrire une bêtise dans ce qui précède ;-)

  3. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    7 juin 2008 à 11:47 Je voudrais répondre à chacune des conclusions de Paul sur ce billet…

    1 – Or, prêtez-y bien attention : dans la théorie Louis Even, on ne parle que de flux : les intérêts sont des flux et la création ex nihilo résulte du fait qu’ils sont extérieurs au prêt.

    J’avoue ne pas avoir analysé le contexte cette affirmation, mais je pense qu’il faudrait savoir de quoi, en amont, parle exactement Louis Even.

    Que ce soient des intérêts dus sur le prêt d’une épargne existante, ou des intérêts demandés sur la création de monnaie à l’occasion d’un prêt créatif de monnaie par les banques, il faut bien que “globalement” il y ait création monétaire nouvelle ou qu’il y appauvrissement de celui à qui les intérêts seront “pris” pour que le débiteur puisse payer l’intérêt au créancier. C’est ce qui fait dire à Margritt Kennedy que le principe de l’intérêt est appauvrissant pour 8/10° de la population, neutre pour 1/10° et enrichissant pour 1/10°, qui crée le fait que les riches s’enrichissent et que les pauvres s’appauvrissent (”relativement” car l’ensemble est moins pauvre qu’avant… bien que la crise pétrolière risque fort de faire basculer cette courbe vers le bas…)

    2 – Dans la théorie Philippe Derudder on ne parle au contraire que d’opérations comptables.

    Philippe n’a pas dit que cela ;-)

    En fait, ce que nous disons, ensemble, c’est que le bénéfice d’une banque correspond soit au “sur-intérêt” perçu lorsque la banque prête une épargne déja existante, soit à l’ensemble des intérêts lorsqu’il y a création monétaire à l’occasion de la mise à disposition de monnaie à un emprunteur (qui devra donc payer les intérêts). Nous disons aussi que globalement le système bancaire bénéficie de l’intérêt sur toute la monnaie en circulation (existante) puisqu’il a été le seul à avoir droit de créer cette monnaie. Seule une faible partie des intérêts (ceux sur la monnaie centrale) revient à la Banque Centrale et donc in fine aux Etats.

    3 – Et dans la théorie Maurice Allais, on parle à la fois de flux : les dépôts et les réserves fractionnaires, et d’opérations comptables, débouchant celles–ci sur la « démultiplication » constatée.

    Allais a aussi raison, mais il fait intervenir une notions moins facilement compréhensibles, ce sont les “régles” auxquelles sont soumises les banques, qui limitent (un peu) leur possibilité de création.

    Chacune des approches me semble bonne, il n’y a pas de “théorie” de la création monétaire différente, mais on a effectivement un point de vue un peu différent (mais seulement un peu).

    Nous “savons” (je sais, c’est prétentieux) globalement comment fonctionne la création de monnaie, mais nous avons du mal à l’expliquer, nous nous perdons parfois dans des détails et ces détails sont néanmoins nécessaires pour la compréhension globale.

    Les “grands” économistes ont eux aussi parfois des points de vue différents (multiplicateur monétaire ou diviseur monétaire? Qui “pilote” réellement, l’offre ou la demande ?), mais globalement aucun ne remet en doute le fait que la monnaie soit créée par les banques par (ou sur) la demande des agents non bancaires…

  4. Jean Jégu dit :
    7 juin 2008 à 13:11 @ Paul

    Il y a des choses qui vous chipotent encore, Paul … Bien. Résultat, on discutaille à nouveau, comme si tout était à refaire.

    Vous revenez sur les trois théories de la création de monnaie ex nihilo. Je reviens donc sur ma position. A mon avis, il n’y a pas trois théories. Il y a un constat unanime de ceux qui connaissent la question. Relisez comment j’ai vu les “trois théories” (troisième paragraphe et suivants de mon commentaire du 3 juin sur votre billet “La monnaie : le pont de notre débat (III)).

    Peut-on à la fois refouler la présentation comptable que vous reprochez à Dominique Plihon et regretter que nous n’utilisions pas la “comptabilité en partie double . Or ces parties “doubles” sont l’actif et le passif des comptables si je ne me trompe. D’autre part, tout se passe en effet comme si nous avions affaire à un circuit hydraulique extrêmement complexe, avec des débits (flux) mais aussi des réservoirs (stocks) et dans lequel on pourrait injecter de l’eau supplémentaire à volonté avec des robinets que les banques tiennent en main.

    Ceci étant, je suis tout à fait d’accord avec vous et votre expérience de banquier : les banquiers se fichent de la monnaie comme de leur première chemise. Ce qu’ils veulent c’est le profit et le profit c’est grossir les actifs ! Nous re-voilà au premier paragraphe du point A.2.b de notre canevas : monétisation des actifs et démonétisation des dettes. La monnaie c’est pour les “gogos” et les actifs sont pour les banquiers. Le débit dans le tuyau n’a aucune importance ; ce sont les pépites qu’il transporte qui comptent. Mais la monétisation des actifs, nous n’en avons pas encore dit un mot. Si nous faisons sans cesse marche arrière, nous n’y arriverons jamais.

    Et pourquoi vouloir opposer monnaie fiduciaire “créée” par les banques centrales et la monnaie scripturale “manipulée” par les banques commerciales. Stilgar fait remarquer à juste titre que le fonctionnement est identique à chacun de ces deux niveaux : les banques gèrent les avoirs monétaires de leurs clients et les banques centrales gèrent les avoirs monétaires de leurs banques clientes. C’est pourquoi les concepts fondamentaux sont ceux de monnaie centrale et de monnaies bancaires (le pluriel est intentionnel car chaque banque émet sa monnaie – c’est pourquoi les échanges entre banques – la compensation – ne se font qu’en monnaie centrale, la seule qui leur soit commune).

    Finalement, je me demande si je n’avais pas raison. On n’apprend ni la physique, ni la chimie, ni la biologie, et pas davantage la monnaie – terreau de la finance – sur un blog, si prestigieux soit-il. Le problème, c’est que les manuels consacrés au sujet ne courent pas les rues et sont peu lisibles. Les malheureux qui s’emploient à les vulgariser en tâchant de simplifier et en employant un vocabulaire un peu carré ont bien du mal à apparaître crédibles. Combien d’années se sont-elles écoulées avant que les opinions publiques, menées par des médias irresponsables, veuillent bien s’intéresser au réchauffement climatique, pourtant affirmé par les climatologues depuis plus d’une décennie ? J’ai lu mon premier livre sur le sujet et ai été convaincu dès 1990 : “ Gros temps sur la Planète” de Jean-Claude Duplessy et Pierre Morel. Ed. Odile Jacob janvier 1990.

    Quel commentaire Paul, en tant qu’anthropologue, pourriez-vous faire de cette inertie étonnante des sociétés humaines ?

  5. Leduc dit :
    7 juin 2008 à 14:03 L’argent est corrupteur, comme le pouvoir parfois. Il arrive que dans certaines sociétés le pouvoir soit corrompu, qu’il trahisse ses fonctions originelles. Ainsi au lieu de servir le peuple, l’intérêt commun de la société, les dirigeants finissent par rechercher le pouvoir uniquement pour le pouvoir.

    J’imagine que pour les banquiers, le fait de manipuler uniquement de l’argent et tous ses dérivés finit par leur monter à la tête. Encore dans une compagnie de n’importe quel autre secteur de l’économie on a affaire et on manipule de l’argent mais aussi tout un tas d’autres choses, des matières premières ou semi-finies, des processus industriels complexes, des usines, de la logistique, etc. Mais le pauvre banquier il n’a affaire toute la journée qu’à des chiffres, et toujours des chiffres. Pas étonnant qu’à force ils soient corrompus et finalement finissent par “manipuler” de l’argent uniquement pour créer et surtout leur rapporter encore plus d’argent.

    Les sociétés humaines sont inertes parce que les dirigeants et grands acteurs de ce monde n’ont certainement pas intérêt à ce que les masses populaires prennent conscience de la vaste escroquerie dont elles sont les grandes victimes. Tant que le peuple n’aura aucun moyen de comprendre le fonctionnement du monde financier, alors les banquiers et financiers pourront continuer à s’enrichir tranquillement sur le dos de tout le monde. Il faut que pour le monde entier, pour l’immense majorité, les banques évoquent seulement des mot tels : “la banque à qui parler”, “le bon sens près de chez vous”, etc.

    Je me demande parfois même comment les banquiers eux-mêmes arrivent à comprendre ce qu’ils font, tellement les produits financiers qu’ils s’ingénient à créer semblent compliqués. Maintenant avec l’usage massif de l’outil informatique et des réseaux, le monde bancaire et financier a radicalement changé ces 20 dernières années. Ce qui me fait un peu peur c’est que les ingénieux manipulateurs et créateurs d’argent et de produits financiers complexes semblent ne plus maitriser et contrôler leurs bébés financiers monstrueux.

    Finalement dans la crise des subprime, qu’est-ce qui a été plus fort que le bon sens, la logique, la raison chez les banquiers et prêteurs hypothécaires ? Car apparemment la règle de base du prêt d’argent, c’est de s’assurer et de veiller à ce que l’emprunteur soit solvable, sinon il n’y a plus de remboursements possibles et le système s’écroule. Alors comment ont-ils pu tomber dans un piège aussi grossier ?

    Est-ce que les prêteurs pensaient réellement s’en sortir en refilant le bébé et l’eau du bain à d’autres banques et d’autres acteurs économiques en reconditionnant leurs prêts sous d’autres formes plus alléchantes, empochant ainsi quand même des bénéfices et refilant la dette insolvable et tous les problèmes à quelques gogos financiers moins doués et surtout ignorants de ce qui se passait vraiment ? Qu’avaient-ils en tête réellement, mettre en difficulté des banques concurrentes en les induisant en erreur et ensuite en lançant des opération “généreuses” de rachat afin de les empêcher d’être en situation de faillite ?

    Le monde de la finance est tellement vaste qu’il y aurait beaucoup de choses à dire, et chers amis lorsque vous en aurez fini avec la création monétaire, vous pourrez réattaquer directement sur les produits bancaires complexes et les opérations aussi plus que douteuses qu’elles font.

  6. Paul Jorion dit :
    7 juin 2008 à 16:52 Chers amis,

    Je nous imagine, nous avions décidé ensemble d’escalader l’Everest et nous voilà, fourbus, bivouaquant dans la nuit, à cent mètres du sommet.

    André–Jacques dit : « Nous sommes globalement arrivés ! » Personne ne répond. Oui, c’est vrai, mais ça ne convaincra pas les journalistes. Il faut parvenir au sommet : avec une entreprise aussi formidable que la nôtre, c’est du tout ou rien !

    Leduc dit : « C’est beau ce qu’on fait mais c’est dur ! » et les autres en chœur : « Leduc, dors : tu es fatigué ! ».

    Paul dit : « On n’y arrivera pas sans les biscuits qu’on a laissés cent mètres plus bas : il faut d’abord aller les chercher ! ». Jean éclate : « Ah non ! Avec tous les efforts qu’on a faits pour arriver jusqu’ici : pas question de redescendre, même d’un mètre ! », et Paul répond imperturbable : « Jean, sois raisonnable : on n’y arrivera pas sans les biscuits et personne ne saura ce qu’on a fait ! »

    Rumbo dit : « Allez les gars, on se tait et on dort. Demain on a du pain sur la planche : il faut d’abord aller chercher les biscuits au dernier camp et puis grimper au sommet. On est presque arrivés ! »

  7. Paul Nollen dit :
    7 juin 2008 à 20:01 Peut être intéressant pour ceux qui peuvent lire ce document

    Cliquer pour accéder à 0203005.pdf

    Fractional Reserve Banking as Economic Parasitism
    A Scientific, Mathematical, & Historical Expose, Critique, and Manifesto

    Vladimir Z. Nuri

    This paper looks at the history of money and its modern form from a scientific and mathematical point of view. The approach here is to emphasize simplicity.
    A straightforward model and algebraic formula for a large economy analogous to the ideal gas law of thermodynamics
    is proposed. It may be something like a new F = ma rule of the emerging econophysics field.
    Some implications of the equation are outlined, derived, and proved. The phenomena of counterfeiting, in ation and de
    ation are analyzed for interrelations.
    Analogies of the economy to an ecosystem or energy system are advanced. The fundamental legitimacy of \expansion of the money supply” in particular is re-examined and challenged. From the hypotheses a major (admittedly radical) conclusion is that the modern international \fractional reserve banking system” is actually equivalent to legalized economic parasitism by private bankers. This is the case because, contrary to conventional wisdom, the proceeds of inflation are not actually spendable by the state. Also possible are forms of “economic warfare” based on the principles. Alternative systems are proposed to remediate this catastrophic flaw.

    Paul

  8. Gérard P. dit :
    7 juin 2008 à 23:41 Quelques biscuits :
    1) Comprendre la Banque (Association Belge des Banques)
    http://www.abb-bvb.be/edu/fr/mod001/files/WF-fichebank-tekst-fr.pdf

    2) Nature juridique des dépôts sur un compte en banque :
    “Que des dépôts sur un compte en banque s’analysent comme un prêt de consommation, l’intérêt étant la rémunération du droit d’usage par le banquier des fonds déposés; qu’en raison de ce droit d’usage de fonds consomptibles, le titulaire d’un compte transfère nécessairement la propriété des fonds au banquier; … Qu’une somme d’argent figurant au crédit d’un compte ne peut être considérée comme une chose corporelle individualisée et ne peut dès lors être revendiquée;”
    (Cour d’appel de Bruxelles, 23.12.1998)

    3) Le système monétaire, François Rycx (ULB)

    Cliquer pour accéder à Ecopol_s12.pdf

    4) Fondement d’économie politique, Alexis Jacquemin, Henry Tulkens, Paul Mercier, De Boeck 2000. Voyez la partie II.
    http://www.core.ucl.ac.be/~tulkens/Fondements_Economie_Pol.php

    5) Communications au colloque “du franc à l’euro : changements et continuité de la monnaie”, Poitiers, 14 – 16 novembre 2001
    http://sceco.univ-poitiers.fr/franc-euro/communications.htm

    6) Le principe monétaire au-delà de la dématérialisation, Vincent SOYER
    http://sceco.univ-poitiers.fr/franc-euro/articles/VSoyer.PDF

  9. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    8 juin 2008 à 17:12 Seul Paul Jorion peut nous dire de quels biscuits il a (encore) besoin pour monter au sommet ;-)
  10. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    8 juin 2008 à 18:47 En attendant de savoir de quels biscuits nous avons besoin, ceux ci conviendraient-ils pour faire quelques mètres supplémentaires ?

    Supposons qu’il n’existe qu’une seule banque dans l’économie et que celle-ci accorde un crédit de 100 à une entreprise.

    La banque accorde un crédit à l’entreprise et en contrepartie, crédite son compte (au passif de son propre bilan) : le dépôt à vue de l’entreprise a augmenté du montant du prêt. La banque inscrit donc simultanément la même somme à l’actif (crédit) et au passif (compte-courant) de son bilan.
    Cela constitue l’acte par lequel elle crée de la monnaie.

    Cette création a lieu également quand la banque achète un actif réel (immeuble par exemple), un actif financier (action, obligations, titres de créances négociables) ou des devises. La seule différence est que la création monétaire à l’occasion du crédit (ou de l’achat d’un titre de dette) n’est que provisoire – quand le crédit, où la dette est remboursée, il y a destruction monétaire – alors que dans les autres cas, la création monétaire et définitive.

    La monnaie ainsi créée permet à l’entreprise d’ effectuer différent paiements. On peut par exemple imaginer qu’elle va payer les salaires de ses employés.

    La création d’un dépôt supplémentaire au bénéfice de l’entreprise à l’occasion du crédit bancaire n’a lésé aucun autre déposant. Les autres titulaires de dépôt possèdent toujours la même somme sur leur compte en banque. Le crédit bancaire a bien permis de créer un pouvoir d’achat supplémentaire, dont l’entreprise a ici bénéficié et qui lui a permis de payer ses salariés. Si le dépôt créé restait toujours au sein de la banque, celle-ci pourrait créer autant de monnaie qu’elle le souhaite, puisque tout crédit augmente les ressources de la banque d’un même montant. Elle n’aurait pas, dans ce cas, à se préoccuper d’une fuite de monnaie hors de ses propres comptes.

    En pratique, il existe plusieurs banques dans une économie, et la monnaie créée par une banque peut être redéposée dans d’autres banques. Dans notre exemple, il est ainsi peu probable que l’ensemble des salariés de l’entreprise aient tous un compte bancaire dans la même banque que leur employeur. La banque va donc subir une fuite sous forme de transferts dans d’autres banques au moment de l’utilisation du crédit. Ainsi le banquier prêteur ne va conserver qu’une faible partie des dépôts qu’il aura créés en accordant des crédits. Cependant, ses clients vont lui apporter une portion des dépôts créés par d’autres banques. En outre, du fait de l’existence d’un marché interbancaire, une banque peut retrouver ces fonds en les empruntant moyennant rémunération auprès d’autres banques. Elle peut ainsi se refinancer sur le compartiment interbancaire du marché monétaire, le lieu où les banques s’empruntent ou se prêtent les trésoreries disponibles.

    Ainsi, une banque seule a un pouvoir de création monétaire limitée au pourcentage de dépôt qui reste à son bilan, c’est-à-dire à sa part dans la collecte de liquidité du système bancaire. Le système bancaire dans son ensemble, en revanche, à un pouvoir de création monétaire potentiellement illimitée.

    En effet, si des fuites d’une banque limitent sa propre création monétaire, elles s’effectuent au profit d’autres banques, favorisant la création monétaire de ces dernières.

    Si l’on raisonne sur le bilan consolidé de l’ensemble des banques, le crédit initial est toujours à l’origine d’un dépôt du même montant au sein du système bancaire. C’est pourquoi, il est nécessaire de mettre en place des mécanismes destinés à contrôler la création monétaire due aux banques commerciales puisque les établissements de crédit sont les principaux créateurs de monnaie à travers la distribution de crédit aux agents non financiers.

    À la monnaie scripturale créée par les banques va s’ajouter la monnaie créée par la banque centrale.

    Si les crédits bancaires accordés restaient en dépôt au sein du système bancaire, il n’y aurait pas de limites à la création monétaire. En fait, les banques ne peuvent créer indéfiniment de la monnaie, car elles vont faire face à des « fuites » hors du système bancaire (en plus des fuites hors de leur propre réseau), fuites qui les contraignent à se tourner vers la banque centrale.

    Les agents vont demander la conversion d’une fraction de leurs dépôts à vue en monnaie émise par d’autres réseaux.

    Ainsi, avec la monnaie créée à l’occasion du crédit, les ménages et les entreprises vont effectuer différentes opérations, retirer des billets, effectuer des virements bancaires, etc… Ces opérations obligent la banque à puiser dans ses réserves et, si ces dernières sont insuffisantes, a emprunter des liquidités auprès des autres banques ou auprès de la banque centrale. C’est la monnaie centrale qui va permettre le bouclage du circuit monétaire, et c’est grâce à elle que la banque centrale pourra dans une certaine mesure, contrôler la création monétaire.

    Le besoin de liquidités d’une banque équivaut à son besoin de monnaie centrale. De fait, les facteurs de la liquidité bancaire sont l’ensemble des événements qui affectent les liquidités des banques et les contraignent dans leur distribution de crédit. Autrement dit ce sont tous les éléments qui entraînent une variation du besoin de financement des banques auprès de la banque centrale. On trouve les quatre facteurs de la liquidité bancaire au bilan de la banque centrale : ce sont les contreparties des refinancements, à savoir l’émission de billets, les besoins en devises, les opérations avec le trésor et les réserves des banques à la banque centrale. Ces facteurs peuvent être restrictifs quand il se produit une fuite de liquidités hors du système bancaire. Les banques sont alors contraintes dans leur création monétaire car elles doivent détenir suffisamment de monnaie centrale (billets et réserves à la banque centrale) pour faire face à ces fuites. Les facteurs de la liquidité bancaire peuvent également être expansifs. Dans ce cas les banques voient affluer des liquidités à leur bilan, liquidités qu’elles n’ont pas elles-mêmes créées.

    C’est extrait de “La monnaie” (éd. Dunod) de Sophie Brana et Michel Cazals
    http://lare-efi.u-bordeaux4.fr/Homepage/Brana/Brana.htm
    (excusez s’il reste quelques fautes, je l’ai “dicté” et sans doute insuffisamment relu)

  11. JA dit :
    8 juin 2008 à 21:21 Bonjour à tous,

    Fidèle (et silencieux jusqu’ici) lecteur du blog depuis quelques temps, j’avoue avoir un peu de mal à comprendre l’entreprise actuelle autour de la création de monnaie ex-nihilo par les banques commerciales. Sauf erreur de ma part, il me semble que Paul réfute cette théorie. Pourtant, je lis ici-même sur ce blog plusieurs billets depuis quelques semaines tentant de faire le point sur cette approche. Je lis et comprends les développements de chacun, selon qu’il conçoive cette création de monnaie sous l’angle de flux ou d’écritures comptables (voir comme Allais les deux, avec une variante au niveau de la définition des flux). Il n’en demeure pas moins que ces 3 approches me semblent gouvernées par une grille de lecture à géométrie inversée : on détermine les conséquences, puis de manière plus ou moins empirique, on remonte à ce qu’on estime être la cause initiale. Ainsi va, me semble-t-il, de la création de monnaie ex-nihilo par le biais des intérêts perçus par les banques commerciales.

    Or, je ne vois pas au plan théorique de contradiction dans les agissements des banques commerciales, et donc encore moins de création de monnaie à partir de rien, sauf à estimer que les agrégats M1, M2 et M3 (et M4) dont se dotent les banques centrales sont faussés par une circulation excédentaire de monnaie “virtuelle” créée illicitement par les banques commerciales, ce qui ne me semble pas être le cas.

    Pour faire simple, une banque commerciale qui accorde un prêt émet en même temps que ce dernier une créance qui correspond à l’intérêt dû pour l’immobilisation/prêt du capital, lequel représente aujourd’hui seulement une fraction des dépôts auprès de la banque (ce qui est certainement un aspect hautement critiquable). La monnaie qui constitue le capital prêté par la banque commerciale a été mise en circulation par la banque centrale qui gère la masse monétaire de la zone économique en question. L’intérêt perçu correspond à une création par la même banque centrale de monnaie destinée à couvrir précisément l’intérêt qu’elle a elle-même imposé à la banque commerciale au moment du prêt du capital + la marge de cette dernière pour couvrir son opération et dégager un profit. Le corolaire de cette acceptation me semble être que la banque centrale est condamnée à créer (inflation) de la monnaie pour permettre aux acteurs économiques à tous les niveaux de rembourser le capital + l’intérêt selon un schéma pyramidal qui aggrave les conditions financières à mesure que l’on s’éloigne du cercle concentrique.

    Qu’en pensez-vous ???

    Cordialement, JA

  12. egdltp dit :
    9 juin 2008 à 07:05 @JA

    Je vous soutiens dans votre reformulation de la situation. C’est un peu ce qu’explique Louis Even notament via son conte “L’ile des naufragés”.

    Pour tenter d’expliquer le “coupage de cheveux en quatre”, je crois que notre hote et les intervenants essayent de formaliser d’une manière irréfutable pour quelque lecteur que ce soit le sentiment que beaucoup partagent :

    – Le système tel qu’il existe et tel qu’il est régulé ne peut qu’ “exploser”, ainsi que l’actualité commence à nous en faire la narration.

    – Tant que les parties prenantes n’accepteront pas ce fait, il sera difficile de les réunir pour définir une nouvelle règle de fonctionnement du sang de l’économie qu’est la monnaie.

    – Et pour l’instant, une faible minorité, celle qui est sensée diriger le système profite encore de celui-ci et ne semble pas voir son évolution mortifère…

    Merci pour vos explications chers intervenants.

    Au plaisir de vous lire

  13. Emir Abel dit :
    9 juin 2008 à 07:40 @JA

    La monnaie qui constitue le capital prêté par la banque commerciale a été mise en circulation par la banque centrale (…)

    Non, vous vous trompez. Cette phrase est totalement incorrecte. Et c’est bien la tout le problème.

  14. Jean Jégu dit :
    9 juin 2008 à 08:34 @ JA, egdltp et Emir Abel.

    Intervenant sur ce blog, je souhaite absolument répondre brièvement ( j’ai peu de temps ce matin) à JA qui veut bien nous demander ce que nous en pensons.

    Votre point de vue, JA, me semble très intéressant. Peut-être est-ce je me trompe, mais il est probable que vous connaissez la banque et la finance de l’intérieur. Si c’est bien le cas, vous confirmeriez tout à fait ce que je soupçonne de plus en plus. Comme notre hôte Paul, vous êtes certainement de bonne volonté et de bonne foi. Je vous tiendrai donc volontiers le même langage que celui que je lui ai tenu, à propos de son billet du 6 avril 2008 : ”L’un de nous deux se trompe”.

    Effectivement, je pense qu’avec beaucoup d’autres, notamment dans le milieu de la banque, vous vous trompez. Voyez ce que dit Emir Abel. Je souscris totalement à son avis. Evoquer comme vous le faites “la création de monnaie ex-nihilo par le biais des intérêts perçus par les banques commerciales“, me prend totalement à contre-pied. Pour moi, la création de monnaie se fait au moment de l’établissement de la créance et de l”approvisionnement du compte du “bénéficiaire”.

    L’encaissement des intérêts se fait par destruction monétaire sur le compte de l’emprunteur. C’est ici que la banque détruit sa dette (car la monnaie est pour la banque une dette) et par conséquent s’enrichit. Si vous avez lu mon canevas, ceci est à discuter au point A.2.b premier paragraphe.
    La pensée de Louis Even ne m’est pas familière mais pour ce que j’en connais, elle ne se réduit pas à la question de l’argent supplémentaire nécessaire pour payer les intérêts. L’approbation de egdltp me surprend ; a-t-il bien saisi l’ensemble de votre propos ?

    Bref, concluons ensemble, JA, si vous le voulez bien : il y a là un problème sérieux, celui de l’ ignorance généralisée du fonctionnement des forces financières (il ne suffit plus de dire monétaires) qui nous emportent comme un torrent.

  15. JA dit :
    9 juin 2008 à 08:41 @ Emir Abel

    Vous avez raison, j’ai été un peu vite dans le raccourci. Ce que je veux dire par là, c’est que c’est la banque centrale qui autorise la création de monnaie scripturale par les banques commerciales, en leur permettant de prêter une partie plus ou moins importante des fonds qu’elles ont en dépôt. Fixer cette règle revient à déterminer la masse de monnaie en circulation, fiduciaire ou scripturale. Par conséquent, le résultat est le même : c’est la banque centrale qui crée la monnaie directement (fiduciaire) ou indirectement (scripturale).
    Note personnelle : faire attention à la formulation :)

  16. Emir Abel dit :
    9 juin 2008 à 10:55 @ JA

    (…) c’est la banque centrale qui autorise la création de monnaie scripturale par les banques commerciales, en leur permettant de prêter une partie plus ou moins importante des fonds qu’elles ont en dépôt.

    Décidément, c’est encore non. Cette phrase est fausse. Les banques commerciales, ne prêtent pas (ou pas seulement) l’argent qu’elles ont en dépôt. Elles le créent. Encore une fois, c’est bien là le problème.

    Pour vous permettre de comprendre ce que j’ai compris grâce à des gens qui ont pris le temps de faire de la pédagogie, je vous invite à consulter les lients suivants :
    1) Ce texte court donne une explication très claire :

    2) Ce livre comporte une explication détaillée et très compréhensible des mécanismes de création monétaire

    3) Ce site propose de nombreux textes courts et des questions-réponses qui permettent une bonne compréhension

    Je ne peux que vous recommander de faire ce premier effort de consulter ces différentes sources d’information (parmi d’autres). C’est le seul moyen selon moi, d’obtenir une compréhension correcte qui vous permettra ensuite de débattre de façon pertinente.

  17. guillaume dit :
    9 juin 2008 à 11:24 @ JA

    C’est la banque centrale qui autorise la création de monnaie scripturale par les banques commerciales, en leur permettant de prêter une partie plus ou moins importante des fonds qu’elles ont en dépôt. Fixer cette règle revient à déterminer la masse de monnaie en circulation

    Comme B. Maris, je ne suis pas sûr de cette réalité :

    La titrisation par exemple (sauf erreur de ma part) ne permet-elle pas à une banque commerciale de faire un prêt (en respectant bien sûr les règles prudentielles de réserves fractionnaires, de Bale …), puis de le sortir de leur bilan en le revendant (obligations). Ce qui, non seulement, lui permet de considérer qu’il n’y a pas eu réellement un prêt dans son bilan, mais en plus d’accroitre par la vente de titre ses capitaux (pour de nouveaux prêts).

    Si tel est le cas, le contrôle de la BC s’exerce non pas sur la capacité d’une banque commerciale à effectuer ou non un prêt, mais une opération, qu’elle peut de ce fait reproduire relativement indéfiniment (jusqu’à un resserrement systémique du crédit pour insolvabilité du système).

    A chaque fois que l’opération est répétée, cela se traduit par l’augmentation de la masse monétaire (crédit scriptural)…

  18. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    9 juin 2008 à 11:34 Le plus important n’est pas (ce me semble) le montant des réserves obligatoires qui ne sont, je pense, que de 2% dans l’eurosystème, mais celui des “fuites” (lesquelles représentent pour les banques commerciales, leurs besoins en monnaie centrale pour assurer d’une part les écarts en compensation, d’autre part les habitudes de payement “en espèces”. A chaque fois que vous tirez des espèces dans une banque (distributeur de billets) vous obligez cette banque a emprunter (se procurer) de la monnaie centrale.
  19. guillaume dit :
    9 juin 2008 à 11:50 Oui, ON oblige par nos retraits, mais ce n’est qu’un moyen de pression très indirect des BCentrales sur les Bcommerciales, non ?

    Une question : y a t-il des échanges de monnaies centrales sur le marché interbancaire ?

  20. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    9 juin 2008 à 12:06 @guillaume

    Si j’ai bien compris votre question…

    Un banque qui a trop de fuites (demande de monnaie fiduciaire ou simplement en position négative lors des compensations interbancaires de chèques ou d’effets divers) et pas assez d’actifs a donc un compte à la banque centrale qui peut devenir inférieur aux réserves obligatoires. Elle est donc obligée de se “refinancer” (on a beaucoup parlé du refinancement des banques il y a quelques mois) par différentes méthodes dont la principale me semble être l’emprunt en échange de différentes garanties, soit auprès de la Banque Centrale, soit auprès de ses concurrentes qui auraient des disponibilités de cette monnaie centrale (aux taux du LIBOR et de l’EURIBOR).

  21. JA dit :
    9 juin 2008 à 12:22 @ Guillaume

    Vous avez aussi raison, la titrisation est précisément un outil de gestion de bilan prudentiel, et se traduit à la fois par un flux financier (la cession d’actif à la SPC qui émet ensuite les obligations vendus aux investisseurs, lesquels rétribuent au prix de souscription la SPC qui paie à la banque le prix de vente) et une écriture comptable (sortie de bilan et rentrée par la rétribution de la vente). 2 remarques :

    – en général, la titrisation se fait à partir du moment où les actifs de la banque commerciale atteignent un certain niveau ; l’opération n’est pas systématique ;

    – Vous dites : “A chaque fois que l’opération est répétée, cela se traduit par l’augmentation de la masse monétaire” = je ne suis pas sûr que cette affirmation soit juste. Lorsque la SPC ou SPV émet les obligations, ce sont les investisseurs qui acquièrent le contrat de l’obligation à sa valeur actuelle. C’est le résultat de cette émission obligataire qui permet à la SPC/SPV de payer à la banque le prix de vente du portefeuille. Donc sauf à considérer que les investisseurs ont eux même créé la monnaie qui finance l’obligation, in fine, il ne s’agît que d’une écriture comptable au final pour la banque commerciale. En d’autres termes, la titrisation ne me semble pas créatrice de monnaie.

    Qu’en dites vous?

  22. egdltp dit :
    9 juin 2008 à 13:01 @Jean Jegu

    Le système que décrit Louis Even dans son conte est un système fermé dans lequel “s’invite” un banquier. La demande d’intérêt par celui-ci fait que la masse monétaire “présente” : somme des compte courant de chacun + des intérêts dus, est supérieure à la richesse initiale décidée. A moins que le banquier n’accepte que les intérêts soient payés en produits, il y a obligation d’émission pour rétablir l’équilibre et ainsi “création de monnaie”. C’est comme cela que j’interprétais la discussion et le conte.

    Le principe de titrisation et de “future”, décorrélant de plus en plus la richesse physique et la richesse financière, fait que nous finissons par être dans une situation où la production physique ne peut plus contrebalancer la demande financière sauf à augmenter les prix, inflation, soit à “détruire” cette soi-disant richesse financière. Quelle est la contrepartie de la sphère financière, plusieurs dizaines de milliers de milliards d’unités (dollars ?), qui représente plusieurs fois la sphère physique, de l’ordre de milliers de milliards d’unités (dollars ?) ?

    Je me trompe sûrement dans les chiffres. Mais un billet de banque n’a jamais nourri son homme. Et comme l’indique (via Marianne de cette semaine) Xavier Timbeau : “Le système en est à vendre aux enchères un steack avec d’un coté un acteur qui n’a que 1 dollar et de l’autre un autre qui en a 150.”

    Faut-il que l’argent reste le seul moyen de répondre aux besoins et le seul moyen de mesurer l’évolution de la société ?

  23. JA dit :
    9 juin 2008 à 14:38 @ Emir Abel

    Cela fait longtemps que je connais les pages de Jean Jégu, mais merci pour ce rappel.

    Je mois m’excuser pour ma formulation, pas toujours en ligne avec ma réflexion. A ma décharge, je ne suis pas francophone… :)

    Donc quand je dis que “c’est la banque centrale qui autorise la création de monnaie scripturale par les banques commerciales, en leur permettant de prêter une partie plus ou moins importante des fonds qu’elles ont en dépôt”, il faut traduire en bon français que les banques commerciales s’appuient sur les ratios de Bâle (Mc Donough) pour déterminer la proportion “au-delà” de leurs fonds propres qu’ils peuvent prêter, ou encore, le montant de dépôt minimum qu’elles doivent conserver proportionnellement aux encours.

    Et une fois qu’on a dit ça, à partir du moment où une règle fixe le niveau de ce que vous appelez “création” et qui correspond à un ratio par rapport aux fonds propres, les montants sont mesurés par les agrégats de la banque centrale et donc sous couvert de la volonté de la banque centrale de volume monétaire.

    Désolé encore pour l’imprécision de mon français, peut-être ce que j’avance/précise est encore faux.

    Merci pour votre vigilance :)

  24. Jean Jégu dit :
    9 juin 2008 à 15:27 @ egdltp

    Tout à fait d’accord avec vous sur la conséquence de l’obligation de verser des intérêts, c’est-à-dire la nécessité de création supplémentaire ultérieure. Je ne contestais pas votre pensée, telle que je l’ai comprise sur ce blog, ni celle de Louis Even. Celui-ci fût un pédagogue talentueux ; l’ écho de sa fable de “L’ile des naufragés” en est la preuve. Cependant celle-ci date de plus d’un demi-siècle. Il n’est pas de nos jours prévu de payer les intérêts en lingots d’or. Le plus souvent ces intérêts sont perçus par prélèvement sur un compte de dépôt à vue et – c’est ce que je veux dire à JA – ceci est une destruction monétaire qui enrichit la banque, ne serait-ce que par ce que cela lui libère autant de possibilités d’acquisition d’actifs.

    L’intérêt perçu correspond à une création par la même banque centrale de monnaie destinée à couvrir précisément l’intérêt qu’elle a elle-même imposé à la banque commerciale au moment du prêt du capital + la marge de cette dernière pour couvrir son opération et dégager un profit.

    Cette phrase de JA – et quelques autres – est pour moi totalement incompréhensible, comme les miennes le sont probablement pour lui. C’est pourquoi l’énigme demeure d’une incompréhension très commune du système monétaire, ou bien de ma part et de tous ceux auprès de qui j’ai appris ce que je défends (car je n’ai rien inventé) ou bien de la part de JA et de ceux qui partagent son point de vue. Je pense, – mais je peux me tromper – qu’il s’agit hélas souvent du milieu financier professionnel. !

    @ JA

    Sur le point de poster le texte ci-dessus, je prend connaissance du vôtre à 14:38. Merci pour votre effort linguistique ; n’étant pas moi-même anglophone, je sais ce qu’il m’en coûte quand je suis contraint de m’y essayer.

    Pour tenter une fois encore de m’expliquer, je dirais que le système oblige par diverses règles à conserver la « proportionnalité » M1 = k.M0. (J’évite volontairement les termes « multiplicateur » ou « diviseur »). Vous dites, et plus généralement la théorie monétaire dit : la Banque Centrale contrôle M0 et donc maîtrise M1. Je dis, à l’inverse comme d’autres analystes (par exemple Steve Keen qui a été invoqué par Paul) que c’est M1 qui force M0 par le refinancement. Bien sûr, vous me répliquerez qu’il y a Mc Donough qui impose des limitations liées aux fonds propres de la banque. Cela aussi, il m’est arrivé d’y regarder de près, avec notamment des experts de l’association Chômage et Monnaie. Ce n’est pas le lieu de détailler ici ce travail, mais je parlerai en « parabole » (comme Louis Even) : c’est un peu comme si vous interdisiez à l’habitant d’une chambre de grandir au point que sa tête touche le plafond, mais que vous le laissiez libre de faire relever le dit plafond dès qu’il en éprouve le besoins. Qui règle l’augmentation des fonds propres des banques ?

    Bizarre non ?

    Courage. Nous finirons peut-être (probabilité bien faible toutefois !) par nous comprendre, mais comme certains l’ont dit, c’est harassant. Si vous trouvez des erreurs bien identifiées dans mes écrits, surtout, n’hésitez pas à me le dire. L’erreur ne mène jamais à rien. Ce n’est pas notre objectif, ni aux uns ni aux autres.

  25. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    9 juin 2008 à 15:32 @ JA

    Tout à fait d’accord avec votre nouvelle formulation… c’est le point de vue du “multiplicateur de crédit”.

    Le point de vue “diviseur de crédit” propose que la banque centrale n’a pas d’autre choix que d’augmenter la monnaie centrale lorsque les banques commerciales émettent plus de crédit (de création nouvelle de monnaie).

    Merci de votre effort de vous exprimer en français : bien que lisant assez bien l’anglais et l’espagnol, je serais tout à fait incapable d’exprimer toutes ces “finesses” dans ces langues…

  26. Paul Jorion dit :
    9 juin 2008 à 16:36 @ A–J H (Stilgar)

    Merci pour l’extrait de « La monnaie » (éd. Dunod) de Sophie Brana et Michel Cazals http://lare-efi.u-bordeaux4.fr/Homepage/Brana/Brana.htm mais encore une fois – comme dans les extraits du livre de Plihon – un mélange de réflexions relatives à des transferts de flux monétaires et de références à des modalités d’enregistrement comptable.
    Je cite :

    La banque accorde un crédit à l’entreprise et en contrepartie, crédite son compte (au passif de son propre bilan) : le dépôt à vue de l’entreprise a augmenté du montant du prêt. La banque inscrit donc simultanément la même somme à l’actif (crédit) et au passif (compte-courant) de son bilan. Cela constitue l’acte par lequel elle crée de la monnaie.

    Ce passage parle de l’enregistrement comptable du fait d’accorder un crédit, il ne dit rien des flux monétaires (d’où viennent les sous ?) et n’en ayant rien dit, en tire la conclusion que de la monnaie a été créée à partir du vent. Mais ce n’est pas le cas, comme le montre très clairement un raisonnement qui remonterait la chaîne à contre–courant.

    La banque A prête un million à B. « La banque inscrit donc simultanément un million à l’actif (crédit) et au passif (compte-courant) de son bilan ». Fort bien. B rembourse le prêt (en petites coupures, pas par une cyber-opération – je dis cela pour qu’on « visualise » l’opération : que faire de tous ces sacs ?). La banque A enregistre ce versement : elle élimine cette fois l’inscription du million en actif et en passif. L’affaire de l’enregistrement comptable du crédit est réglée.

    Maintenant, qu’advient–il du million ? S’il y a eu création de monnaie ex nihilo, le million remboursé est une manne : un profit net pour la banque – que les banquiers peuvent aussi bien se partager entre eux. Quelqu’un suggère–t–il que c’est cela qui se passe ? Et si non, que se passe–t–il en réalité ? (Je crois connaître la réponse).

  27. JA dit :
    9 juin 2008 à 17:50 Je me risque à essayer de synthétiser la raison pour laquelle nous ne nous comprenons pas ou plutôt pour laquelle nous ne sommes pas d’accord (car en fait je comprends votre raisonnement) : vous avez raison dès lors que vous parlez de comptabilité, nous avons raison dès lors que nous parlons de flux financiers. Quand on a dit ça, on a tout dit et rien à la fois. Ces 2 approches sont elles compatibles? A mon sens, non, car “l’enregistrement comptable” pour reprendre la terminologie utilisée par Paul Jorion, n’est justement qu’une écriture comptable. On ne crée pas de monnaie à partir d’une écriture comptable, sauf à fausser un bilan (je schématise bien sûr, pour faire court).

    Donc quand vous me demandez de pointer une éventuelle erreur dans votre construction théorique, à priori je mettrais le doigt sur ce point (sans grande conviction, attention, j’avance aussi dans ma réflexion à mesure que je vous lis).

    Sauf erreur de ma part, car j’ai du mal parfois à saisir les subtilités des paraboles de notre hôte, je comprends qu’il considère aussi que c’est la pierre d’achoppement de notre réflexion commune.

  28. guillaume dit :
    9 juin 2008 à 18:39 @ JA

    la titrisation ne me semble pas créatrice de monnaie.

    Je me suis mal exprimé, certes la titrisation n’est pas créatrice de monnaie, mais : il me semble qu’une banque est limitée dans ses prêts dans la limite où elle doit respecter une proportion entre la somme des prêts effectués et ses fonds propres, ce qui normalement donc la limite. Cependant, en sortant de son bilan des prêts effectués (par la titrisation de ces prêts) elle a la capacité d’en octroyer des nouveaux.

    Une illustration valable si le raisonnement est juste :

    Une banque possède 100 unités de fonds disponibles, elle peut prêter disons 90 U (en fonction des réserves fractionnaires) ; elle prête 9 fois 10 U, titrise 5 de ces prêts, dans son bilan apparaissent donc 4 prêts de 10U en passif et une partie des 5 autres en actif (qui augmentent ses fonds propres), elle peut donc émettre de nouveaux prêts en respectant les réserves fractionnaires, non ?

    Je me trompe peut-être…

  29. JA dit :
    9 juin 2008 à 20:42 @guillaume

    votre raisonnement me semble globalement juste du moment qu’on s’en tient à votre exemple et votre formulation. Néanmoins, ce même exemple est assez révélateur du biais de l’approche strictement comptable. Pour être le plus précis possible, je vous propose de repartir de votre expérience de pensée, qui est un excellent point de départ :

    – une banque possède 100 unités de fonds disponibles, elle peut prêter 900 U en respectant le ratio McDonough (en l’occurrence ici les réserves fractionnaires de la banque s’élèveraient à 10% de ses encours). A ce stade, une bonne partie des intervenants crient : “risque de création de monnaie ex-nihilo…”
    – notre fameuse banque, appelons-là la Rockschild ou la Rotschfeller, effectue 90 prêts de 10 U qu’elle enregistre comptablement et pour lesquels elle s’assure par contrat d’une contrepartie financière qui garantit son prêt ; une partie des intervenants voit le risque qu’ils redoutaient se réaliser, la banque ayant accordé des prêts au delà de ses fonds disponibles en dêpots et actifs. Pour eux, il y a création de monnaie ex-nihilo.

    – la Rotschfeller, décide alors de titriser une partie de ses prêts, ayant atteint un seuil qu’elle juge correct pour cela. Elle titrise donc 50 de ses prêts. Et c’est là que je ne suis plus d’accord : vous réduisez la titrisation a une opération comptable de la Rockschild à seule fin de pouvoir créer davantage de monnaie. Je vous renvoie à mon paragraphe sur la titrisation que je résume ici. La Rotschfeller met sur pied un Special Purpose Vehicle qui émet des obligations acquises par des investisseurs. En retour, la SPV retourne à la Rotschfeller, le fruit de l’émission des obligations. Et donc sauf à considérer que ces investisseurs aient créé l’argent qu’ils ont investi dans les obligations, ce que personne ne suppose, cette titrisation se traduit par un flux financier réel. Et si ce flux financier n’avait pas une contrepartie financière préexistante, cela se traduirait comptablement par un bénéfice net au profit de la Rockschild ce qui ne me semble pas être le cas (je fais volontairement un raccourci).

    – Enfin, quand vous dites que par conséquent la banque est alors de nouveau apte à consentir de nouveaux prêts en respectant le ratio de réserves fractionnaires, vous avez raison, à condition d’adjoindre à votre formulation “dans la limite de l’apport d’air frais procuré par l’émission des obligations dont le fruit revient à la Rotschfeller via le SPV”.

  30. Emir Abel dit :
    9 juin 2008 à 21:56 @JA
    “On ne crée pas de monnaie à partir d’une écriture comptable (…)” et bien si justement. Une fois de plus, c’est la tout le problème !

    @Paul
    A mon avis, votre exemple ne tient pas la route car il n’est pas représentatif. C’est un cas très particulier. Vous en connaissez beaucoup vous des gens qui vont rembourser 1 million en petites coupures ?

    Et quand bien même, en supposant que cela arrive, effectivement les banquiers touchent le gros lot en se faisant rembourser la monnaie “banque commerciale” qu’ils ont prêté, en monnaie “banque centrale”.

    J’imagine que ce genre de pratiques est peut-être utilisée pour “blanchir” de l’argent par exemple ?

  31. JA dit :
    9 juin 2008 à 22:45 Astrologie et astronomie, où les premiers voient dans les constellations une représentation physique suffisamment pertinente pour servir de grille de lecture, là où les seconds n’y voient qu’une construction de représentation dénuée de tout fondement physique.
  32. Paul Jorion dit :
    9 juin 2008 à 23:58 @ Emir Abel

    Pardon pour ma petite provocation mais c’est précisément cela que je veux souligner : que le remboursement ait lieu par un « wire », une transaction électronique, ou que ce soient cinq millions de pièces de 20 centimes dans des sacs est strictement indifférent : c’est exactement la même opération. Si j’ai évoqué les sacs des Frères Raptout, c’est pour qu’on ne puisse pas éluder la question « Que font du million les banquiers le jour où il est remboursé ? ». Si c’était une transaction électronique, on pourrait toujours me rétorquer : « On n’en fait rien : c’est un simple jeu d’écriture ! ».

  33. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    10 juin 2008 à 07:07 @Paul:

    Mais la monnaie ce n’est QUE de la comptabilité (des écritures en partie double)… ;-) … et la monnaie fiduciaire, c’en est aussi, sauf que les acteur qui l’émettent sont au “niveau supérieur”…

    Et à propos de ton argumentation: si le bénéficiaire d’un prêt rembourse 1 million à sa banque (A) en espèces, c’est, pour la banque A, de la monnaie centrale, qui, comme je l’ai expliqué, va lui être très utile. Mais comme il a bien fallu pour l’emprunteur les trouver “quelque part”, c’est une ou des autres banques (B) qui ont subi cette “fuite” … et si elles en ont besoin pour offrir de nouveaux crédits (dans la limite des fuites statistiques de 15 ou 20%, correspondant à la demande d’espèces locale) elle vont devoir se les refournir sur le marché interbancaire et les emprunteront probablement à la banque A qui en a trop. C’est effectivement tout bénéfice pour la banque A (comme le souligne justement Emir Abel), mais perte pour les banques B. Mais, *globalement, dans le système bancaire, le bilan est nul*, que l’emprunteur ait remboursé en monnaie fiduciaire ou monnaie scripturale.

    Donc, comme tu dis Paul “que le remboursement ait lieu par un « wire », une transaction électronique, ou que ce soient cinq millions de pièces de 20 centimes dans des sacs est strictement indifférent : c’est exactement la même opération.”

    Le crédit à l’emprunteur (sous forme scripturale) a bien créé 1 million, cet emprunteur a payé ses fournisseurs avec ce million, par des chèques ou avec sa carte de crédit ou en sortant une partie en espèces. Cette monnaie est bien rentrée dans le circuit économique (et elle a permis peut être à des fournisseurs de rembourser leur propre emprunt). Lorsque l’emprunteur initial devra (ou voudra) rembourser sa banque, il devra trouver ce million, que ce soit sous forme fiduciaire ou scripturale … c’est véritablement sans importance au niveau global du système bancaire. Mais ce qui n’est pas sans importance, je me répête, c’est qu’il lui faudra également trouver en plus les intérêts, lesquels ne peuvent être issus que d’un autre prêt à d’autres acteurs auprès de qui l’emprunteur initial les “prélèvera” (par un échange économique bénéficiaire), ou d’un prélèvement sur une épargne prééxistante (elle même issue d’un prêt antérieur).

  34. Jean Jégu dit :
    10 juin 2008 à 10:23 @ Paul et JA

    Ce qu’écrivent Emir Abel et A.J. Holbecq me dispense d’ajouter quoi que ce soit … Je suis d’accord avec leurs propos. Mes commentaires ne seraient que des nuances inutiles. Je n’interviendrai qu’en parabole.

    Une parabole n’est qu’une parabole. N’en tirer aucune explication, seulement matière à réflexion. Je tente donc la parabole du moteur à quatre temps. Souvenez-vous : admission, compression, explosion, expulsion.

    Nous insistons sur l’explosion pour dire que c’est de cela que naît la force motrice (je parle, vous l’aurez compris, de la mise en place des crédits bancaires). D’aucuns s’étonnent : ce n’est pas possible ! Une explosion détruirait tout ; rien n’explose. Du tuyau d’échappement ne sortent que des gaz chauds pas des flammes ! Effectivement, on peut n’y rien comprendre car le véhicule n’avance ni à cause de l’admission , ni par la compression ou l’explosion et encore moins l’évacuation mais par la combinaison judicieuse des quatre temps.

    De même le système monétaire combine en général :

    – l’approvisionnement des comptes à vue par les crédits sans cesse remboursés puis renouvelés.
    – la ponction des comptes par la perception des intérêts ou la vente d’actifs
    – le versement aux comptes pour l’achat d’actifs ou l’acquittement de dettes.

    Et tout ceci continue de se faire sous le contrôle, qui semble bien n’être plus que théorique – et un souvenir de la monnaie métallique – d’une monnaie de banque centrale. Le système se la procure quasiment à volonté et, lui aussi, de manière scripturale (l’impression de billets à la demande n’y change rien) par vente d’actifs à la Banque Centrale s’il ne peut le faire par prêt interbancaires. Il nous faudrait étudier pas à pas ce moteur à n temps pour espérer le comprendre.

    Voilà comment je vois le système. Cependant ce qu’écrit Paul en insistant sur le fait que cela n’est que comptabilité, tout juste bonne pour le public, n’est pas complètement faux. Il y a le bilan, mais aussi le “hors bilan”. Bref le film n’est pas un album de photos (les bilans successifs) ; ce n’est même pas un diaporama. Il y a le son : paroles et musique. Nous sommes dans le film et les banquiers y sont plus que quiconque. Il ne faut pas en faire des boucs-émissaires. Je comprend qu’ils ne se focalisent pas sur les images. Cependant celles-ci existent et font bien le substrat du film. Celui-ci n’est pas pleinement satisfaisant mais nous ne connaissons pas le scénariste et il n’est pas aisé d’infléchir le scénario.

  35. Rumbo dit :
    10 juin 2008 à 11:44 Strictement rien à rajouter à ce que dit Stilgar AJH.

    D’autrte part, je sais que les exemples, comme les métaphores (Jean Jégu) sont limités, mais il n’y a qu’un temps moteur dans les quatre temps du moteur à explosion.

    Sans doute puisque nous serions presque au “sommet” tant attendu, voici des investigations et des expérimentations qui ont débouché sur quelques choses qui n’a jamais pu être démontré faux, ce sont les expérimentations financières du major Douglas (certains le surnomment l’Albert Einstein de l’économie) qui, je crois m’en rendre compte de plus en plus chaque jour, est le dénominateur commun de ceux qui, comme on le voit sur ce blog comme un excellent stimulant, cherchent et veulent remettre la vérité économique et sociale à la base de la structure sociale.

    C’est en anglais, grâce à des intermédiaires fiables, j’ai eu accès à ses travaux (étant un mauvais anglophone) voir : http://douglassocialcredit.com/origins.php

  36. Gérard P. dit :
    10 juin 2008 à 22:13 Ne méprisons pas la comptabilité.

    Exemple d’une suite de faits :
    1) A dépose 10 à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10
    PASSIF
    Dépôt de A = 10

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10

    2) Emprunt par B à la Banque de 9.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 1 (10-9)
    Crédit à B = 9
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A = 10

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10
    Détenue par B = 9
    Total : 19

    3) Avec l’emprunt, B achète, pour un prix de 9, un bois à C qui dépose le prix à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10 (1+9)
    Crédit à B = 9
    Total : 19
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 19 (10+9)

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10
    Détenue par B = 0 (9-9)
    Détenue par C = 9
    Total : 19

    4) B, après entretien et coupe du bois, vend le bois à A pour le prix de 9; A utilise la monnaie qu’il a déposée à la Banque pour le paiement.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 1 (10-9)
    Crédit à B = 9
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 10 (19-9)

    Masse monétaire
    Détenue par A = 1 (10-9)
    Détenue par B = 9 (0+9)
    Détenue par C : 9
    Total : 19

    5) B rembourse son emprunt à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10 (1+9)
    Crédit à B = 0 (9-9)
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 10

    Masse monétaire
    Détenue par A = 1
    Détenue par B = 0 (9-9)
    Détenue par C = 9
    Total : 10

    La Banque crée de la monnaie par le crédit et l’emprunteur annule la création de monnaie par son remboursement.
    La Banque ne crée donc pas de la monnaie ex-nihilo par le crédit puisque la contrepartie est l’obligation de rembourser de l’emprunteur. L’entière exécution de cette obligation annule la création de monnaie.

    Maintenant, supposons que B devienne insolvable : son bois à brulé et ne vaut plus rien et, en voulant sauver son bois du feu, il a perdu sa force de travail. Le banquier n’a plus de garantie pour assurer le remboursement.

    Bilan de la Banque (après le point 3))
    ACTIF
    Billets = 10 (1+9)
    Crédit à B = 0 (9-9)
    Perte = 9
    Total : 19
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 19

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10
    Détenue par B = 0
    Détenue par C = 9
    Total : 19

    Le banquier a créé de la monnaie dont il devra lui-même assumer le remboursement. Mais, avec un tel bilan, le banquier ne pourra pas totalement rembourser A & C; ces derniers seront rembourser au marc le franc :
    A recevra : 5,26 (10/19*10)
    C recevra : 4,74 (9/19*10)
    Total : 10 correspondant aux billets.

  37. Rumbo dit :
    11 juin 2008 à 01:15 La comptabilité doit toujours être juste, la démonstration en est faite ici, impeccablement, par Gérard P. C’est cela qui compte dans le fond. Mais un fond clair et documenté non moins clairement.

    Car c’est sans compter avec la fluctuation des garanties des prêts, avec la sacro-sainte politique du crédit des banquiers et leur flots erratique de création monétaire ex-nihilo, les intérêts comme vol déguisé, les agios, les frais bancaires toutes catégories, les prélèvements sous n’importe quel prétexte, etc, et d’autres paramètres encore. Toute une violence en col blanc qui ne dit jamais son nom ! Il y a aussi le fait que les banques nord-américaines ayant voulu gonfler leurs bilans (même artificiellement) durant ces dernières années, ont pratiqué la super ”habileté manœuvrière autorisée” irresponsable de la titrisation des prêts hypothécaires dans les couches nord-américaines les plus fragiles économiquement (les couches moyennes nord-américaines étant déjà saturées de remboursement de crédits) et dès que la baisse inéluctable de l’immobilier américain s’est déclenchée, la crise dite des subprimes s’est répandue dams le monde. Les Évangiles disent : ”Vous les reconnaitrez à leurs fruits”. Oui, ils sont pourris, bons pour la poubelle. Les poubelles, ici, ne représentent pas l’avenir. Il faut laisser tomber.

    Mais plutôt étudier ce qu’a découvert le major Clifford Hugh Douglas (voir ci-dessus)

  38. Emir Abel dit :
    11 juin 2008 à 15:49 Un ami très très très proche a lancé le débat ici : http://horizons.typepad.fr/accueil/2008/06/le-casse-du-sic.html
  39. Jean Jégu dit :
    11 juin 2008 à 16:19 Deux questions de vocabulaire

    @ Gérard P.

    Entièrement d’accord avec votre présentation. Cependant j’en profite pour insister sur ce qui pourrait être un malentendu entre certains d’entre nous.

    Vous écrivez :

    La Banque crée de la monnaie par le crédit et l’emprunteur annule la création de monnaie par son remboursement.
    La Banque ne crée donc pas de la monnaie ex-nihilo par le crédit puisque la contrepartie est l’obligation de rembourser de l’emprunteur. L’entière exécution de cette obligation annule la création de monnaie.

    Tout à fait d’accord, bien que ce texte contienne le membre de phrase : “La Banque ne crée donc pas de la monnaie ex-nihilo “ qui, en lecture stricte est la négation exacte de la proposition que vous trouverez souvent sous ma plume :” La Banque créée de la monnaie ex nihilo”.

    Comment est-ce possible ? Ceux qui comprennent que qualifier la création monétaire de “ex nihilo” veut dire qu’un banquier peut se lever le matin en décidant qu’il va créer dix millions d’euros, nous comprennent mal. Tout le monde sait bien que pour prêter il faut trouver un emprunteur. Notre banquier va donc tout au plus pouvoir se dire “ aujourd’hui, je vais m’efforcer de placer 10 millions d’emprunts”. Il faut donc reconnaître que le “ex nihilo” peut prêter à confusion, à beaucoup de confusion. Que diriez-vous d’une formulation qui pourrait être :

    la Banque crée de la monnaie scripturale par le crédit, sans recourir directement à aucune autre monnaie préexistante mais simplement sur l’engagement de l’emprunteur à rembourser le capital et à payer les intérêts convenus. Le remboursement du capital et l’acquittement des intérêts donne lieu à destruction monétaire équivalente, c’est à dire supérieure au capital reçu.

    Je précise que l’adverbe “directement” est utilisé ici pour rappeler que l’attribution d’un crédit reste toujours soumise à des contraintes en matière de monnaie centrale (M0) du fait de l’obligation de fournir des espèces et de respecter les Réserves Obligatoires, ainsi que, plus généralement, les Règles Prudentielles actuellement répertoriées, je crois, sous le nom de Bäle II.
    Sommes-nous tous d’accord la-dessus ?

    @ Paul

    Mon post du 10/06 10:23 comporte une faute de frappe (encore … pardon ) qui le rend partiellement incompréhensible.

    Il est écrit :

    De même le système monétaire combine en général :
    – l’approvisionnement des comptes à vue par les crédits sans cesse remboursés puis renouvelés.
    – le fonctionnement des comptes par la perception des intérêts ou la vente d’actifs
    – le versement aux comptes pour l’achat d’actifs ou l’acquittement de dettes.

    Au lieu de « fonctionnement des comptes » (du verbe fonctionner) j’ai voulu écrire « ponctionnement des comptes » (du verbe ponctionner). Hélas, le mot ponctionnement n’existe pas en français ! Il faudrait tout simplement dire : « – la ponction des comptes par la perception des intérêts ou la vente d’actifs »

    Ainsi le niveau des comptes descend ou monte selon le cas, comme le piston du moteur auquel je faisais allusion. Le résultat est que, dans ces mouvements, les banques trouvent la possibilité d’acquérir des actifs. Ceux-ci, à la différence des prêts qui ne sont que jeu d’écritures, sont une richesse réelle.

  40. Emir Abel dit :
    11 juin 2008 à 17:51 @ Jean Jégu

    Votre clarification sur le terme “ex-nihilo” est limpide et était tout à fait nécessaire car, effectivement cela entraine beaucoup de confusion, tout le monde ne donnant pas la même signification à cette expression. Cela entraine visiblement des malentendus entre des gens qui par ailleurs ne sont pas loin d’être d’accord sur le fond.

    Je vais garder le texte que vous avez proposé dans ma bibliothèque personnelle car je suis sûr qu’il me servira.

    Merci donc.

  41. Gérard P. dit :
    11 juin 2008 à 21:34 Il semble qu’il n’y ait pas de création monétaire pour les intérêts : dans ce cas, le banquier n’avance rien à l’emprunteur. Cependant, lorsque l’emprunteur paie les intérêts, le banquier reçoit de la monnaie.

    Voyez cette nouvelle suite de faits à partir du point 4) ci-dessus :

    4) B, après entretien et coupe du bois, vend le bois à A pour le prix de 9,5; A utilise la monnaie déposée à la Banque pour le paiement.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 0,5 (10-9,5)
    Crédit à B = 9
    Total : 9,5
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 9,5 (19-9,5)

    Masse monétaire
    Détenue par A = 0,5 (10-9,5)
    Détenue par B = 9,5 (0+9,5)
    Détenue par C : 9
    Total : 19

    5) B rembourse son emprunt de 9 et paie les intérêts de 0,5 à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10 (0,5+9,5)
    Crédit à B = 0 (9-9)
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 9,5
    Intérêts = 0,5

    Masse monétaire
    Détenue par A = 0,5
    Détenue par B = 0 (9,5-9,5)
    Détenue par C = 9
    Détenue par la banque = 0,5 (0+0,5)
    Total : 10

  42. » Economie Les Feux de la Rampe » Le Casse du Siècle dit :
    12 juin 2008 à 05:04 […] sais, vous me prenez pour un fou. Cela fait le même effet à des spécialistes travaillant ou ayant travaillé dans la banque qui ont beaucoup de mal à accepter la […]
  43. Philippe Derudder dit :
    12 juin 2008 à 07:14 Bonjour à tous,

    Je viens faire un petit tour sur le blog de Paul pour voir ce qui s’y passe. Des choses très intéressantes mais je vois qu’il y a de la “résistance” de la part de Paul a admettre le principe de création monétaire ex nihilo par les banques commerciales. Je vois toutefois Paul que vous n’êtes pas opposé à l’idée, mais que vous êtes toujours en l’attente d’une démonstration indémontable qui clouerait le bec à tout contradicteur éventuel. J’ai bien peur que le système ait cette “intelligence” d’avoir été conçu pour ne pas permettre cette démonstration, afin que le “bon peuple” s’y perde avec une partie des “spécialistes”, ce qui lui permet de survivre et d’imposer sa loi. Bon je ne vais pas lancer dans une nouvelle explication. Bien des personnes sur ce Blog apportent leur éclairage et tentent d’expliquer le principe et en particulier André Jacques et Jean dont je partage entièrement les points de vue. Je reviens toutefois à une idée forte qui est certes refusée par Paul, je le sais, qui est celle de dire que la monnaie moderne étant maintenant totalement dématérialisée, elle n’existe plus à moins de la faire exister, par le crédit justement.

    Avant, la monnaie était une monnaie marchandise, permanente et gratuite:

    Marchandise : car lorsqu’elle était de métal précieux, elle avait sa propre valeur
    Permanente par sa nature matérielle. Elle ne disparaissait pas, elle circulait de poche en poche
    Gratuite car en dehors des prêts, son émission n’était pas porteuse d’intérêt

    Maintenant la monnaie est une monnaie de dette, temporaire et couteuse

    De dette, car la monnaie n’existant plus par elle même il faut la créer par le crédit ce qui implique que toute la monnaie soit une dette (Nota : on pourrait croire que la monnaie fiduciaire, émise par les banques centrales échappe à ce principe mais n’oublions pas qu’elle ne fait que correspondre à la partie de monnaie demandée sous forme billets et pièces par les acteurs économiques, cette partie étant incluse au départ dans le montant emprunté, et aux besoins des banques pour les règlements interbancaires, qui sont compensés par des “transferts de créances”. Ainsi la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires. Elle ne précède pas la monnaie scripturale, c’est de la création de la monnaie scripturale que découle la monnaie centrale.)
    Temporaire : car elle n’existe qu’entre le moment où le crédit est consenti et celui ou elle est remboursée
    Couteuse : car son “émission” se faisant par le biais du crédit, est porteuse d’intérêt.

    Mais le système émet un grand écran de fumée sur tout cela en juxtaposant des emprunts à partir de l’épargne et en émettant une partie de la monnaie sous forme de monnaie permanente (pièces et billets) monopole d’une autre entité, la banque centrale, alors que les banques secondaires ont le monopole de la monnaie scripturale. Rajoutez à cela les règles de refinancement (qui laissent supposer que les banques secondaires empruntent auprès des banques centrales la monnaie qu’elles prêtent elles mêmes) et les règles prudentielles qui laissent croire que les banques centrales ont un beau tableau de bord avec des manettes pour contrôler l’évolution de la masse monétaire, et le tour est joué… allez tenter de rendre clair un mécanisme rendu tellement obscur, (au moins en apparence), qu’il rend toute explication suspecte à qui se laisse impressionner par les apparences trompeuses. Je suis peut être simpliste et je suis peut être à côté de la plaque, mais pour moi, je trouve dans les évidences simples que je viens de décrire la preuve de la création monétaire ex nihilo par les banques commerciales. Les flux et la compta ne sont par analogie que l’essence qui coule dans le tuyau, mesurée par le compteur de la pompe, ils ne disent rien sur l’origine de l’essence…

  44. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    12 juin 2008 à 07:54 Gérard P. dit ” Il semble qu’il n’y ait pas de création monétaire pour les intérêts : dans ce cas, le banquier n’avance rien à l’emprunteur. Cependant, lorsque l’emprunteur paie les intérêts, le banquier reçoit de la monnaie.”

    Je précise: ce banquier, ou un autre, a émis un autre crédit à un autre emprunteur, créant par la même du capital financier nouveau. C’est sur ce capital que le premier emprunteur va devoir prélever les intérêts qu’il doit au banquier en plus du capital que celui-ci lui avait si gentiment créé. Bien évidemment le système est sans fin ( un nouvel emprunteur, qui bénéficiera d’une nouvelle création monétaire, permettra au second de payer les intérêts).

    Comme le faisait remarquer un économiste connu, de gauche (qui ne remet pas pour autant en cause le système actuel) :

    la création monétaire est une anticipation par le système bancaire de l’acte productif qui suivra le crédit ; si cet acte productif (c’est-à-dire le travail) est validé par la vente des marchandises, l’entreprise réalise monétairement la plus-value produite par le travail, DONT LES INTÉRÊTS SONT UNE PARTIE. Le reflux vers les banques du remboursement et des intérêts est toujours la contrepartie de ce qu’a engendré le système productif

    La question reste de savoir pourquoi ce sont les banques privées qui bénéficient de cette plus-value monétaire et non la collectivité, alors que les risques “industriels” pris par la banque ne sont pas à la hauteur des gains…

  45. Jean Jégu dit :
    12 juin 2008 à 08:02 @ Philippe D.

    Merci pour cette synthèse générale à laquelle je ne vois rien à ajouter. Je vois la situation comme vous ;

    @ Gérard P.

    C’est un détail mais qui a néanmoins son importance. Je ne suis pas d’accord sur votre proposition suivante :

    Il semble qu’il n’y ait pas de création monétaire pour les intérêts : dans ce cas, le banquier n’avance rien à l’emprunteur. Cependant, lorsque l’emprunteur paie les intérêts, le banquier reçoit de la monnaie.

    En final de votre démonstration, la masse monétaire M1 n’est pas de 10 mais de 9,5 . En effet les billets (0,5) sont rentrés en banque et de ce fait sortis de M1. Bien entendu, il faut les compter en M0. Le paiement des intérêts dans ce cas reste donc bien une destruction monétaire dans M1 comme dans le cas général de paiement par prélèvement sur les comptes de dépôt à vue. Dans ce dernier cas, la banque est payée par réduction de sa dette (réduction de M1) tandis que dans le paiement par billets, elle est payée par augmentation de son avoir en M0.

    Je reconnais que tout ceci est bien compliqué. Mais le texte de Philippe Derudder l’explique bien : tout ceci n’est pas totalement gratuit ; le système pour durer secrète en permanence le maximum de complexité et d’obscurité, mais on ne peut lui refuser une rigueur logique, les banques ne se faisant aucun cadeau entre elles.

  46. Bernard dit :
    12 juin 2008 à 10:16 Bonjour,

    J’avoue me perdre dans les circonvolutions et les concepts apparemment nécessaires pour décider de ce qu’est la monnaie, et du mystère de sa création.

    Avec Michel Lasserre , je souhaite revenir un instant sur les fondamentaux de la monnaie, à travers une analyse simple didactique, complète et éclairante, accessible à tous les lecteurs de ce blog. A noter qu’une alternative est aussi proposée.

    Ce que la monnaie devrait être d’abord :

    1 un intermédiaire des échanges
    2 une unité de valeur, qui permet d’estimer les valeurs des marchandises et de fixer des rapports entre elles.
    3 une réserve de valeur, seulement affectée par l’inflation, équivalent monétaire de la dépréciation naturelle des biens durables

    Et à ces titres un moyen d’agir sur l’économie par l’utilisation de ces caractéristiques.

    Mais elle a acquis une propriété particulière, celle de se reproduire elle-même, par les deux procédés suivants :

    a) celui qui est central sur ce blog, la création d’intérêts associée à chaque opération de crédit (la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques)

    b) la transformation de la monnaie en titre de propriété (actions), avec la distribution de dividendes, que les chefs d’entreprise doivent bien considérer comme une charge financière pure pour ne pas faire faillite, procédé guère traité sur le blog.

    Ces deux procédés ont connu depuis trente ans une accélération énorme dans leur utilisation par les effets de levier liés

    – à l’empilement des crédits assis sur la même somme initiale (réserves fractionnelles en peau de chagrin) pour le premier

    – aux produits dérivés où les produits sous-jacents sont soit purement virtuels ou démultipliés, alors que le titulaire de l’option “put” ou “putt” qui a vendu ce qu’il ne possédait pas, se trouve nanti, pour une période donnée, d’une monnaie possédant les capacités de reproduction a et/ou (surtout) b.

    Cette propriété de reproduction de la monnaie, est donc un procédé de captation de richesse pour ses possédants, qui disposent d’un revenu par la seule possession de monnaie. Utiliser au maximum cette propriété est devenu l’objectif ultime de la finance mondialisée.

    Cette propriété est normalement dévolue à la vie, et un tel phénomène de croissance indéfinie est assimilable à un cancer.

    Une vision anthropologique du phénomène a été donnée par Hannah Arendt en 1958 dans “Condition de l’homme moderne” dans laquelle elle étudie l’évolution historique et la nature profonde du phénomène qui conduit à détruire à la fois le “bien commun” et la “propriété privée”.

    Chacun pourra mesurer la dégradation du premier à travers le réchauffement climatique, la dégradation de l’air, de l’eau et des sols, et du second à travers le discours dominant sur “l’homme nomade” pour convaincre les bienheureux qui n’ont pas encore vécu un déracinement forcé.

  47. Jean Jégu dit :
    12 juin 2008 à 13:05 @ Bernard

    Merci pour la référence à http://www.m-lasserre.com qui est très pédagogique. Je ne vois pas qu’il dise rien de différent de ce que j’ai essayé de dire. Les circonvolutions et concepts nécessaires ici résultent de ce qu’il est difficile d’expliquer certains mécanismes à qui n’en a pas vraiment pris conscience.

    Je donne un exemple.

    Dans le site référencé, je lis : “La monnaie que l’on conserve chez soi, ou sur son compte courant, ne rapporte rien. Pour qu’elle rapporte, il faut la “placer”, c’est à dire la transformer en actifs financiers (en capital financier). Les actifs financiers, sont ce qu’on appelle aussi des “titres”, ce peut être des titres de propriété ou des titres de créances. “

    Je vois tout à fait ce que cela veut dire et ne conteste rien. Cependant il n’est pas tout à fait exact de dire que la monnaie se transforme en actifs financiers. ( je pense que m-lasserre en serait d’accord). La monnaie utilisée pour acquérir un actif financier passe dans le compte du vendeur de l’actif concerné. Elle continue ensuite de circuler d’une manière indépendante de l’actif financier qu’elle a permis d’acheter …

    C’est pourquoi dans ce blog, j’ai pour ma part restreint volontairement mes interventions à la question de la monnaie. Maîtriser la monnaie est, à mon avis, un préalable à la maîtrise de la finance qui est l’ objectif finalement recherché. Mais la finance constitue une forêt touffue plantée dans la monnaie !

  48. Paul Jorion dit :
    12 juin 2008 à 14:45 @ Derudder

    « la monnaie n’existant plus par elle même il faut la créer par le crédit » : c’est une mauvaise habitude qui a été prise mais ce n’est pas une qualité essentielle de la monnaie.

    « la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires » : je ne pense pas que ce soit vrai.

    Je ne suis pas « dans l’attente d’une démonstration indémontable qui clouerait le bec à tout contradicteur éventuel », je suis en train de l’écrire… petit à petit. Ce qu’elle « démontrera de manière indémontable », je n’en suis pas encore sûr.

    Le cœur de ma démonstration à venir se trouve cependant déjà ici : Monnaie – intérêt – croissance et Surplus et masse monétaire.

  49. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    12 juin 2008 à 15:45 @ Paul

    Tu reprends Philippe Derudder qui écrit « la monnaie n’existant plus par elle même il faut la créer par le crédit » : en écrivant “c’est une mauvaise habitude qui a été prise mais ce n’est pas une qualité essentielle de la monnaie.”

    On peut discuter de savoir s’il s’agit d’une qualité essentielle, mais par contre je pense que cette “libération” de la création monétaire fut une invention géniale qui permet (plutôt : qui devrait permettre) de ne pas être limitée par sa quantité et donc de nous permettre de réaliser tout ce que nous souhaitons sans être limités par son éventuelle absence (ce qui ne veut pas dire, je précise, qu’il faut faire n’importe quoi avec cette monnaie…)

    En fait, en résumant, il existe deux positions : la première dit “payons les intérêts de la création monétaire à ceux qui mettent à disposition cette monnaie en la créant * “, la seconde dit ” payons les intérêts de cette monnaie créée à la collectivité et réservons de justes honoraires à ceux qui la diffusent”

    Tu rajoutes que tu ne penses pas que ce soit vrai que la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires … on reprend ici notre débat entre les partisans de la théorie du multiplicateur de crédit et de ceux du diviseur de crédit. Pour ma part je soutiens, comme Philippe et Jean, la seconde, mais il me semble quand même que la théorie du multiplicateur puisse se défendre et je comprends ta position qui sous-entend de croire en la toute puissance de la Banque Centrale laquelle ne se laisserait pas influencer par les acteurs de l’économie lorsqu’ils demandent plus de crédit…

    PS (redite): *”créer”, dans le Robert, c’est “tirer du néant”

  50. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    12 juin 2008 à 15:59 @Bernard

    A la lecture attentive de ces deux positions issues de Michel Lassere, je pense que je les réfute (à moins de n’avoir pas assez bien compris ce que vous/il voulait dire):

    Mais elle (la monnaie) a acquis une propriété particulière, celle de se reproduire elle-même, par les deux procédés suivants :

    a) celui qui est central sur ce blog, la création d’intérêts associée à chaque opération de crédit (la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques)

    b) la transformation de la monnaie en titre de propriété (actions), avec la distribution de dividendes, que les chefs d’entreprise doivent bien considérer comme une charge financière pure pour ne pas faire faillite, procédé guère traité sur le blog.”

    1 – “la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques” fait, à mon sens, partie intégrante de la nouvelle création monétaire nécessaire pour payer TOUS les intérêts…

    2 – Comme l’écrit Jean Jégu, lorsque la monnaie paye des titres de propriété elle ne disparait pas puisqu’il a fallu les acheter à un vendeur qui disposera à ce moment là de cette monnaie. A mon avis, c’est seulement lorsque le prêt “constitutif” de la création de la monnaie est remboursé que cette monnaie disparait, et entre deux il n’y a, je pense (?), pas eu de “transformation de la monnaie”, le titre de propriété étant devenu la contrepartie de la nouvelle monnaie…

  51. Rumbo dit :
    12 juin 2008 à 18:59 Stilgar a écrit:

    la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques” fait, à mon sens, partie intégrante de la nouvelle création monétaire nécessaire pour payer TOUS les intérêts

    Il y a une chose que je n’arrive pas à distinguer, cela a pu m’échapper, mais je n’ai rien vu dans ce sens sur ce blog, c’est que sur mettons 1000 de monnaie réelle en dépôt qui permettent à une banque de prêter 9000, mettons à 5%, cela fait en réalité 45% d’intérêts sur cette monnaie réelle. Joli bénéfice pour un simple jeu d’écriture ! Ne s’agirait-il pas là d’une ‘’sur-couverture”, où plutôt d’un ”bunker bancaire”… Il y a là infiniment plus que tous les risques et autres ”raisons” de compter envers et contre tout et tous des intérêts.

    Je conjure les uns et les autres d’étudier C. H. Douglas.

  52. Bernard dit :
    13 juin 2008 à 14:19 @J Jégu

    S’il y a transfert d’actif, entre un vendeur et un acheteur, il s’agit simplement de changement de main de l’actif en question. Et la monnaie circulera évidemment, en étant soit dépensée, soit plus probablement en se fixant sur un actif financier jugé plus attractif.

    Mais la réalité de la création de monnaie dans ce cas est bien la distribution de dividendes qui est largement découplée de l’évaluation de l’actif.

    @Stilgar

    1. “la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques” fait, à mon sens, partie intégrante de la nouvelle création monétaire nécessaire pour payer TOUS les intérêts…

    Est-il possible d’expliciter ce « TOUS les intérêts » que je ne conçois personnellement pas ?

  53. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    14 juin 2008 à 09:56 @Bernard

    Je répète que j’ai peut être mal compris ce que vous écriviez, à savoir que pour vous (ou Michel Lasserre)

    la monnaie a acquis une propriété particulière, celle de se reproduire elle-même, par les deux procédés suivants :

    a) celui qui est central sur ce blog, la création d’intérêts associée à chaque opération de crédit (la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques)

    Je comprends que vous exprimez que la monnaie a acquis la capacité de se reproduire elle-même par la création d’intérêts pour la part qui ne justifie pas le coût de la prestation et la couverture des risques.

    Je crois comprendre maintenant que vous considérez comme injustifiée la part de l’intérêt qui n’est pas justifiée par le coût de la prestation et la couverture des risques… c’est bien cela ?

    Ma position est un peu différente. Je pense que la collectivité (la société civile) doit bénéficier de l’intérêt – payé à la Banque Centrale – sur toute la création de monnaie (puisqu’il s’agit toujours d’une monnaie prêtée à l’occasion d’une demande de crédit par des agents non-bancaires), les banques commerciales étant payées sous forme d’honoraires pour leur travail d’intermédiaire.

Publié dans Débat monétaire | 3 commentaires

16 – La création de la monnaie… et nous

05 06 2008

Publié par Paul Jorion

Je ne savais pas où je mettais les pieds quand, le 7 février, dans mon premier billet consacré à la monnaie Le scandale des banques qui « créent » de l’argent je remettais en question la notion de création ex nihilo de monnaie par les banques commerciales.

Depuis le début février, j’ai rédigé 15 billets spécifiquement consacrés à la question de la monnaie, et à l’heure où j’écris, le débat à suscité de votre part 296 commentaires (moins la poignée qui ont été rédigés par moi).

Nous ne perdons pas notre temps parce que nous avançons. Parfois à petits pas et parfois à grands pas. Nous ne sommes toujours pas entièrement d’accord mais nous le serons : j’en suis convaincu.

Ce que nous faisons est relativement unique (il y a des précédents, entre autres au XVIIè siècle avec les premiers développements du calcul des probabilités dans le cercle du duc de Roannez et aux débuts de la mécanique quantique) : une entreprise collective de découverte qui – comme certains l’ont souligné – est toujours courtoise et motivée par le seul souci de comprendre.

Cette question de la création monétaire n’a pas été comprise par les professionnels de la finance et ils ont fait pire : ils ont produit, sous l’égide de Milton Friedman, une théorie « monétariste » complètement fausse – un pur produit idéologique – et à ce point admise qu’une grande partie de nos efforts consiste simplement à en éliminer toutes les implications.

Ceux que j’appellerai les « amateurs éclairés » sont intervenus pour se coltiner avec les innombrables anomalies des théories admises : les intellectuels, les matheux, les cérébraux (souvent ingénieurs) et ils ont consenti un énorme travail mais – et c’est ce qui m’a conduit à intervenir en février – sans résoudre non plus tous les problèmes et… en engendrant parfois les anomalies de leurs propres théorisations.

Ce que j’ai fait – et que je continuerai de faire, jusqu’à ce que nous soyons parvenus au but – c’est jouer à la mouche du coche et (jouant sur les assonances) dire : « Ici, ça cloche encore », en tentant de jeter un pont entre les connaissances que les professionnels ont accumulées sur le processus de création de la monnaie et celles que les amateurs éclairés leur ont heureusement ajoutées !

Nous n’y sommes pas encore mais nous y sommes presque ! J’ai pensé qu’une petite dose d’auto-congratulation était d’ores et déjà amplement méritée.

Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite

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16 réponses à “La création de la monnaie… et nous”
  1. Emir Abel dit :
    5 juin 2008 à 07:59 A ce sujet, je ne peux que chaudement vous recommander la lecture du bouquin de A.-J. Holbecq et P. Derudder (préface E. Chouard) La dette publique, une affaire très rentable. A qui profite le système ? qui, comme son titre ne l’indique pas, explique dans le détail les mécanismes de création monétaire et les liens avec la dette publique, de façon claire et très pédagogique.

    Sans enlever en rien les mérites de ce blog et l’action initiée, il me semble qu’une grosse partie du travail est déjà fait et disponible dans ce livre.

  2. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    5 juin 2008 à 08:40 Merci Emir Abel,

    Mais il faut aussi remercier Paul de nous pousser à affiner nos explications, et souvent de nous imposer de les présenter sous des angles différents. Les diverses interventions de plusieurs intervenants ont été très précieuses: soit elles ont montré que ce système de création monétaire était loin d’être admis ou compris, soit elles ont permis à des spécialistes (mêmes “amateurs”) de préciser, d’affirmer ou d’infirmer certaines explications.

    Il reste qu’il manque encore, à mon sens, une explication simple et directement assimilable (mais qui ne fasse pas fuir les universitaires ou les banquiers centraux ou non) à l’usage d’un public initialement peu averti.

    AJH

  3. Paul Jorion dit :
    5 juin 2008 à 17:08 C’est cela qui me fait dire que nous y sommes presque : nous n’avons pas encore

    une explication simple et directement assimilable (mais qui ne fasse pas fuir les universitaires ou les banquiers centraux ou non) à l’usage d’un public initialement peu averti

  4. Emir Abel dit :
    5 juin 2008 à 19:07 Je crois que la vraie question, une fois que nous sommes globalement d’accord sur l’explication, c’est de déterminer comment diffuser le message afin que la majorité de nos concitoyens prennent conscience de la réalité (qu’ils prennent la pilule rouge. Ceux qui ont vu le film “Matrix” comprendront …).

    La forme du message ne peut certes pas être la même pour tout le monde.

    Pour les universitaires et les banquiers, le livre cité plus haut en référence par exemple devrait largement suffire. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’ils sont soit de mauvaise foi (et que le système leur convient) soit qu’ils sont dans la dénégation (car ils refusent la réalité) et on ne peut pas faire grand-chose.

    Pour la grande majorité de nos concitoyens, je crois qu’il faut arriver effectivement à trouver “une explication simple et directement assimilable”. Il faut trouver un slogan, une idée “marketing” qui frappe les esprits. Ce n’est pas facile, je le concède.

    Une association d’éducation populaire comme ATTAC par exemple aurait pu (aurait dû) s’emparer de cette thématique, en faire son cheval de bataille principal (sinon unique) au lieu de s’éparpiller sur des milliers de thématiques (au prétexte que tout est dans tout ?) et de s’entre-déchirer pour des questions de pouvoir politique.

    Enfin, le lobbying auprès de certains hommes politiques doit pouvoir, à terme, être efficace et permettre que l’un d’entre eux s’empare du sujet et le porte en avant ?

    En attendant d’autres moyens intermédiaires sont envisageables comme par exemple jouer au “troll” sur Internet mais de façon intelligente et positive en renvoyant les intervenants sur des sites pertinents comme http://www.chomage-et-monnaie.org/

  5. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    5 juin 2008 à 20:57 @Emir Abel
    Je ne pense pas que notre bouquin soit à destination des universitaires et des banquiers (ceux là liront Chaîneau, Maris, Plihon, Allais, … pour ne citer qu’eux), mais plus à destination d’un public éclairé, qui est celui qui s’intéresse au fait monétaire et se pose la question “pourquoi cette dette publique?”

    Au “reproche” qui nous est fait concernant le titre (qui a trait à la dette, alors qu’1/3 du livre tente d’expliquer la monnaie et le système bancaire), c’est simplement parce que nous ne pouvions expliquer nos positions quand à la dette sans parler et expliquer auparavant la création monétaire et le système bancaire (éclairage nécessaire également pour permettre de comprendre nos propositions), car tout le monde, hélas, ne lis pas le blog de Paul Jorion ;-).

  6. Leduc dit :
    6 juin 2008 à 02:37 Bonjour à tous, depuis quelques temps j’essaie de suivre un peu ce qui se passe sur ce blog. Pour ma part je n’ai que peu de connaissance dans le domaine de la finance ou économique en général (une année d’économie en seconde au lycée), je possède un bac S, j’estime avoir une intelligence normale (un QI au dessus de 100), enfin je veux dire que je suis un citoyen lambda avec un sens commun pas trop mauvais et assez débrouillard :) Moi, en tant que profane, si vous arrivez à publier un article définitif et récapitulatif sur la monnaie et toutes ses modalités de création, l’épargne, les banques centrales, les banques commerciales, etc, et bien ma foi je me ferais un plaisir de vous donner un bien modeste et humble avis :) J’imagine que ce ne doit pas être facile de concilier un vocabulaire et une terminologie trop technique et à la fois un souci de vulgarisation peut-être pour ceux qui n’ont pas forcément les connaissances nécessaires. J’espère et reste intimement convaincu que vous pourriez développer des idées qui pourraient être comprises par un plus grand nombre sans pour autant que cela soit excessivement simplifié.
  7. Jean Jégu dit :
    6 juin 2008 à 09:55 @ Leduc

    C’est très bien d’essayer de suivre ; je vous en remercie car nous écrivons pour cela. Mais, je voudrais quand même attirer votre attention et celle des lecteurs en général. Bien sûr, le mieux serait que l’un ou l’autre d’entre nous rédige un “post” clair et précis de deux tiers de page qui permettrait à tout esprit normalement constitué de comprendre monnaie et finance. De la même manière, si la méthode marche, que quelqu’un nous écrive, en deux pages au plus, « un article définitif et récapitulatif » comme vous le dites, qui permettrait à tout un chacun de bien appréhender les mathématiques : algèbre, géométrie, trigonométrie, calcul différentiel et intégral, probabilités, matrices et tenseurs, et théorie des ensembles naturellement !
    Non ; ce n’est pas possible. Il faut aussi que chacun se prenne par la main, choisisse des livres à son niveau et accepte d’y consacrer du temps. L’affaire le mérite.

  8. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    6 juin 2008 à 10:26 Bonjour
    On peut déjà commencer par isoler ce qu’ont écrit des spécialistes, non ?

    Ci dessous, de Dominique Plihon, « La monnaie et ses mécanismes » (éd. La Découverte – ISBN 2-7071-3185-7 – 2000). Dominique Plihon est professeur d’économie à l’université Paris Nord où il dirige le DESS « Banque, finance, gestion des risques » après avoir occupé la fonction d’économiste à la Banque de France et au Commissariat général du Plan.

    P4: « La monnaie est d’abord créée par les banques, à l’occasion de leurs opérations de crédit, en réponse aux besoins de financement des agents déficitaires, les entreprises en particulier. Ces dernières utilisent cette monnaie pour payer les salaires. Les salariés ne dépensent pas immédiatement leurs encaisses monétaires, car la monnaie permet de différer l’utilisation des ressources d’une période à l’autre … »

    P6: « Actuellement la monnaie est essentiellement scripturale, c’est-à-dire constituée d’avoirs matérialisés par une inscription sur des comptes bancaires ou postaux (…) . Les banques ont le monopole de la création de monnaie scripturale tandis que la monnaie fiduciaire est émise par la banque centrale. Cette “monnaie centrale” représente près de 10% du total des encaisses des agents non financiers (entreprises, ménages, administrations), principalement sous la forme de billets… »

    P13: « Le développement de la monnaie scripturale dont la part dans les moyens de payement (M1) est passé de 58% à 87% de 1960 à 1998, s’explique également par des qualités de commodités (…) La monnaie scripturale figure au passif du bilan des établissements habilités à gérer celle-ci. »

    P19: « La monnaie créée se concrétise par une inscription au compte du client emprunteur qui figure au passif du bilan bancaire ; la contrepartie est inscrite à l’actif à un poste créance sur le client. Le remboursement du crédit aboutira, de façon symétrique, à une destruction de monnaie en diminuant à la fois l’actif et le passif du bilan bancaire. La masse monétaire, constituée essentiellement par la monnaie scripturale, s’accroît lorsque les flux de remboursements sont inférieurs aux flux de crédits nouveaux (…)
    Les banques commerciales collectent également de l’épargne ; la part des crédits financés sur épargne ne participe pas, par définition, à la création de monnaie. »

    P20: « L’émission de billets est le monopole de la Banque centrale, souvent qualifiée pour cette raison “d’institut d’émission”, les banques, de leur côté, ont le monopole de la création de monnaie scripturale… »

    P 42: « La création monétaire est le privilège des banques : celles-ci créent de la monnaie en “monétisant” leurs créances et en émettant des dettes qui ont la particularité d’être acceptées comme moyens de payement. La plupart du temps, les créances bancaires correspondent à des crédits : il s’agit de monnaie de crédit, créée ex-nihilo par les banques à l’occasion de leurs prêts ».

    Je rajoute: “la monnaie ainsi créée sous forme de crédit circule à son tour et devient, pour certains, une épargne qu’ils peuvent à leur tour prêter.”

    Est-ce que “l’homme de la rue” (ce n’est pas péjoratif) comprend ceci ?

  9. Emir Abel dit :
    6 juin 2008 à 12:17 @Stilgar
    “Est ce que “l’homme de la rue” comprend ceci ?”

    Je crains que non. C’est bien là tout le problème

    @Jean Jégu
    “le mieux serait que l’un ou l’autre d’entre nous rédige un “post” clair et précis de deux tiers de page qui permettrait à tout esprit normalement constitué de comprendre monnaie et finance”

    Cela a déjà été fait remarquablement, me semble-t-il, par …. vous même ici : http://pagesperso-orange.fr/jegu.jean/navirapid.html

  10. Jean Jégu dit :
    6 juin 2008 à 15:38 @ Emir Abel.
    Et pan sur le bec ! Merci quand même et très sincèrement pour votre amabilité . JJ
  11. Leduc dit :
    6 juin 2008 à 23:12 J’ y vois un peu plus clair. Ce blog, les extraits de livres, l’article de Jean dégrossissent pas mal le terrain pour le “profane” :)
    Franchement, ce qui ressort de tout cela, c’est que le terme de “bankster” me semble très bien approprié. Il s’agit littéralement d’une vaste escroquerie. Rappelons nous le sketch de Coluche : “moins tu peux payer, plus tu paies !”

    Il y a une chose qui m’interpelle dans la fonction de l’argent, ce qu’il permet en fonction des époques. Aux époques pré industrielles (pourquoi pas au Moyen-Age), les capacités de productions étaient évidemment très faibles vu qu’il n’y avait que des techniques de fabrications artisanales. La productivité était très faible, et je me dis que la monnaie à l’époque jouait vraiment du mieux qu’elle pouvait son rôle : elle permettait sans doute de répartir le peu qu’on arrivait à produire le plus équitablement possible et sans doute aussi permettait de concentrer l’activité économique sur l’essentiel et ce qui était vraiment important, d’une manière assez rationnelle (même si la Raison n’était sans doute pas formellement aussi développée qu’aujourd’hui). Les besoins étaient sans aucun doute toujours insatisfaits, les capacités économiques étant largement inférieure aux besoins de la population, et les royaumes avaient toujours la facheuse tendance à ruiner les économies de certaines régions en déclenchant des guerres. Mais j’imagine que l’argent servait au mieux l’économie malgré tout.

    Aujourd’hui, qu’elles sont les différences ? Grâce à l’essor de la science, des applications industrielles de ces découvertes, on a pu démultiplier les capacités de productions par un facteur dépassant l’imagination. On a inventé tout un tas de technique, de technologies, on a utilisé les énergies fossiles et ainsi permis de développer les capacités de productions au point que nous pourrions sans doute (si nous le voulions bien et bien malgré le décollage démographique planétaire qu’il y a eu lieu depuis 2 siècles) satisfaire largement les besoins élémentaires du monde entier et même assûrer un peu, pas mal ou beaucoup d’accessoire et de superflu sans aucun doute.

    Alors qu’est-ce qui limite le développement harmonieux d’un monde aussi parfait que possible ? Qu’est-ce qui empêche les hommes d’arriver à un futur genre Star Trek ou autre scénaro sci-fi où l’humanité aurait formé une grande fédération et où le progrès permettrait à l’humanité de vivre dans de bonnes conditions ? Qu’est-ce qui empêche des projets ambitieux et pharaoniques de développer partout une agriculture abondante, des installations de productions d’électricité renouvelables (éoliennes, solaires, biomasse, etc), de ne pas gaspiller les ressources, de bien gérer intelligemment celles dont nous disposons, de fournir des biens et services à tout le monde ? Je reste intimement convaincu qu’arrivé au niveau de science et de technologie que nous connaissons depuis quelques décennies, ça ne poserait aucun problème technique afin qu’aucun homme ne manque ni d’eau, ni de nourriture, ni d’électricité, ni de tous les besoins élémentaires. Et je suis de plus en plus persuadé que le principal obstacle à un tel développement harmonieux et durable tourne autour principalement de la monnaie, de l’argent, du financement par cet argent (apparemment de plus en plus virtuel, irréel et dématérialisé), du capitalisme ou la tournure qu’il a pris peut-être. L’argent ne semble servir que ceux qui possède déjà de l’argent, il me semble finalement qu’on ne prête qu’aux riches, qu’à ceux qui ont de l’argent, et moins on en a et moins on a de chance de s’en voir prêter (et si on en obtient malgré des conditions difficiles d’octroi, on doit rembourser plus que ceux qui en ont, sur des crédits plus longs avec plus d’intérêts). L’argent semble finalement de moins en moins servir l’intérêt commun, collectif, et semble de plus en plus profiter à des intérêts particuliers, individuels. Il sert de moins en moins à satisfaire les besoins des populations apparemment (qui pourrait encore le nier en constatant les centaines de millions de personnes, les milliards, qui manquent de tout dans le monde, les centaines de millions d’autres qui (sur)vivent comme il y a 500 ans ou peut-être même encore pire). On pourrait développer des projets utiles, intelligents, écologiques, pour le bienfait des êtres humains, mais il faut croire que ça ne rapporte pas assez ou pas du tout sur investissement, donc pas intéressant.

    La monnaie, l’argent, en dehors des modalités de sa créations, il faudrait aussi s’intéresser à ses fonctions, ses buts, sur sa raison d’être. J’ai l’impression qu’au niveau de la monnaie, il y a quelque chose qui nous échappé pendant le passage dans l’ère moderne et l’avènement du capitalisme.

  12. Paul Jorion dit :
    6 juin 2008 à 23:13 @ Leduc, Emir Abel, Jean Jégu

    Ce que je vise personnellement, c’est un texte qui devrait faire 15 à 25 pages, pour être suffisamment clair et qui soit publiable sur support papier. Ce serait une œuvre collective dont je resterais le modérateur mais que pourraient signer tous ceux des participants qui s’y reconnaissent. Les versions « dissidentes » – non modérées par moi – resteraient bien entendu les bienvenues ici – comme dans les attendus des cours suprêmes, où la minorité justifie sa propre position. Le public auquel le texte serait destiné ne serait ni celui des économistes, ni celui des spécialistes de la finance mais celui de la multitude (le Peuple !). J’ai souvent publié dans La Revue du MAUSS, et c’est à une publication de ce genre que je soumettrais notre texte.

  13. Blog de Paul Jorion » La monnaie : approche comptable et approche économique dit :
    7 juin 2008 à 00:44 […] La monnaie et ses mécanismes (La Découverte 2000) que A-J Holbecq (Stilgar) nous propose dans un récent commentaire, me permettent de mettre le doigt sur l’une des choses qui me chipotent encore dans notre débat […]
  14. Emir Abel dit :
    7 juin 2008 à 10:44 @ Paul

    A ce stade, je voudrais d’abord vous remercier. Grâce à votre blog, j’ai découvert les contributions (association, livres, posts, blogs, …) de gens comme A-J Holbecq (Stilgar) et Jean Jégu qui m’ont aidé à progresser dans ma compréhension des théories de la création monétaire. Ils m’ont permis d’approfondir et de préciser certaines zones grises surgies de mes lectures sur le sujet.

    Pour en revenir à votre souhait d’un texte de 15 à 25 pages, j’avoue une certaine perplexité. Je vais essayer de m’expliquer.

    Quel serait l’objectif d’un tel texte ? S’il est destiné à des “décideurs” (banquiers, financiers, hommes politiques, …) afin de leur faire prendre conscience de la situation, j’ai peur que cela soit trop court et ne permette pas de développer dans le détail des arguments convaincants. S’il est destiné au “grand public”, j’ai peur que le nombre de pages envisagé soit rébarbatif.

    Je reconnais ne pas être très positif avec ce genre de propos mais je reste néanmoins tout à fait enthousiasmé par une participation éventuelle (dans les limites de mes compétences) à votre projet.

  15. Leduc dit :
    7 juin 2008 à 13:26 Je reste confiant dans l’accomplissement de votre projet et vous y encourage.

    Parmi le grand public il y aura sans doute une grande majorité qui ne comprendraient rien à une telle synthèse, ou alors qui tout simplement n’en auraient rien à fiche car cela ne correspondrait pas à leurs centres d’intérêts.

    Mais cela vaut le coup de le faire, même s’il n’y a que 10% de la masse populaire qui en retire quelque chose de positif.

    Il y a vraiment tout un tas de personne qui voudraient mieux comprendre mais qui sont découragés par la multitude d’infirmations contradictoires, par des fausses pistes. Peut-être même que des groupes qui ont tout intérêt à désinformer le public à ce sujet contribuent à cet état d’ignorance.

    Courage et bonne chance !

  16. A-J Holbecq (Stilgar) dit :
    7 juin 2008 à 14:19 Puisque le 6 juin Emir Abel a écrit ” je crains que non” ;-) , j’ai tenté de simplifier ce résumé (qui n’explique évidemment pas le “comment” dans le détail.. et qui est à la limite possible de la vulgarisation). J’obtiens donc un premier jet :

    ++++

    La monnaie est issue d’une écriture comptable pour passer ensuite dans la sphère économique ou financière.

    La monnaie fiduciaire (billets de banque) est émise par la banque centrale et doit être achetée par les banques commerciales pour satisfaire les besoins de espèces de la population. Mais les banques commerciales ont aussi le monopole légal de la création de monnaie scripturale (d’écriture comptable) qui représente 85% de la masse monétaire totale .

    Cette monnaie scripturale est créée par les banques en réponse aux besoins de financement des différents acteurs de l’économie. Dans le cas des entreprises par exemple, celles-ci utilisent cette monnaie pour payer, entre autres, leurs fournisseurs et les salaires qui seront ensuite dépensés dans le circuit économique.

    Ce privilège des banques leur permet de créer de la monnaie en “monétisant” leurs créances et en émettant des dettes qui ont la particularité d’être acceptées comme moyens de payement : il s’agit de monnaie de crédit, créée en échange de la simple demande (et d’apports de garanties) par les banques à l’occasion de leurs prêts.

    La monnaie scripturale est constituée d’avoirs matérialisés par une inscription sur des comptes bancaires du client emprunteur et figure au passif du bilan bancaire ; la contrepartie est inscrite à l’actif à un poste créance sur le client.

    Le remboursement du crédit aboutira, de façon symétrique, à une destruction de monnaie en diminuant à la fois l’actif et le passif du bilan bancaire. La masse monétaire, constituée essentiellement par la monnaie scripturale, s’accroît lorsque les flux de remboursements sont inférieurs aux flux de crédits nouveaux.

    La monnaie ainsi créée par les banques sous forme de crédit circule à son tour et devient, pour certains, une épargne qu’ils peuvent à leur tour prêter.

    Les banques commerciales collectent également de l’épargne ; la part des crédits financés sur épargne ne participe pas, par définition, à la création de monnaie, mais cette épargne utilisable a bien fait l’objet, à un moment antérieur, d’une création monétaire puisque la monnaie n’existe pas “naturellement”.

    ++++++

    Est-ce (un peu) plus clair ?
    Prochain tour (lundi) pour parler de l’intérêt … mais procédons par ordre.

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