312 – J. Jégu: les dettes réciproques

Les dettes réciproques, ciment des sociétés

Résumé
Que la dette en général ( c’est à dire une multitude de dettes entre familles, clans ou tribus ) ait été facteur de lien social dans les sociétés primitives semble un fait admis par la plupart des anthropologues, et ceci avant même l’apparition historique des monnaies. Évidemment, il ne s’agit pas de la dette publique d’un état moderne. Cependant une conception actuelle de la monnaie moderne ( souvent qualifiée de « monnaie pleine » ) peut relever du même esprit d’endettement réciproque, propice au liens sociaux.

En effet si un état émet ex nihilo sa monnaie pour payer ses dépenses, ceci implique que cette monnaie est, in fine, une reconnaissance de dette de l’état – c’est à dire nous tous – à l’égard des agents économiques qui ont donné à l’état. A l’autre bout de la chaine monétaire pourquoi cet état est-il fondé à percevoir l’impôt ? Parce que chacun bénéficie de l’environnement social qui l’entoure ; chacun a une dette envers la société qui « l’héberge « . C’est une dette de sens « contraire » ( des individus vers la société ) à celle qui a provoqué l’émission monétaire ( de la société vers des individus ). L’impôt vient donc compenser la dette monétaire, autrement dit l’effacer. Mais entre le pôle de sa naissance et celui de sa mort, la « monnaie pleine » circule de manière tout à fait conforme à toute circulation monétaire ; c’est une monnaie gratuite, contrôlée démocratiquement, et adossée à la solidité sociale.

Un ami a désormais en main mon exemplaire de « Dette : 5000 ans d’histoire » de David Graeber. Je n’en parlerai donc que de mémoire. J’y ai trouvé la possibilité d’un éclairage nouveau sur la nature de la monnaie, cette monnaie qui aurait été inventée pour faciliter le troc en usage dans les sociétés primitives. C’est du moins ce que répètent volontiers les économistes après François Quesnay à l’époque de Louis XV. Je l’ai moi-même répété à l’occasion.

Eh bien non. L’anthropologue D. Graeber nous l’affirme : ni lui, ni aucun de ses confrères, n’a jamais rencontré une société pratiquant systématiquement le troc. Il ne s’agit là que d’une fable répétée d’âge en âge par les économistes ; puisse-t-elle être la seule …

Que sont donc ces sociétés antérieures à l’apparition des monnaies ? Ce sont des sociétés organisées de telle sorte que chacun se ressent toujours redevable envers d’autres et le reconnaît. C’est un réseau de dettes maintenu par un flux continu de dons. Au delà du groupe restreint partageant de manière égalitaire les contentements et servitudes du quotidien, l’organisation sociale, plus ou moins hiérarchisée, oblige les uns et les autres à des dons utilitaires ou des cadeaux honorifiques. Ceux-ci créent immédiatement chez ceux qui en bénéficient l’obligation de rendre. On ne rend pas nécessairement l’identique, mais le socialement équivalent. Le don doit être reçu ; il doit aussi être rendu en un temps socialement acceptable et à un niveau socialement digne. Le don et la dette sont le recto et le verso de l’existence même dans ces sociétés premières. Les leaders y ont une telle nécessité de dons qu’ils peuvent parfois s’y retrouver couverts d’honneurs mais économiquement parmi les moins bien lotis.

Que l’on ne s’y méprenne pas, l’échange créateur de lien social existe encore aujourd’hui en bien des occasions. La bienséance n’exige-t-elle pas de rendre une invitation, de reconnaître un service par un modeste cadeau, de recevoir le vieil oncle qui vous approvisionnait en bonbons durant votre enfance … Il n’ y a pas si longtemps que, dans tous les hameaux de France, quand un villageois sacrifiait son cochon destiné à la salaison, il ne manquait pas de réserver quelques morceaux de viande fraîche pour chacun de ses voisins. Ceux-ci se seraient déshonorés de ne pas faire de même le moment venu. Certains appels au don, (le téléthon, le sidaction … ) n’ont-ils pas été institués comme événements nationaux avec un certain succès. « Donner, recevoir, redonner » a laissé des traces jusque dans nos sociétés modernes. Pourquoi ce type de relations n’y retrouverait-il pas sa place ?

Comment la monnaie a-t-elle fait son apparition dans le tissu social initial ? Tout simplement à partir du moment où l’on a cherché une certaine quantification des dons et donc aussi des dettes. Il ne s’agit pas encore d’échanges marchands ( un bien contre monnaie ). Mais celui qui a reçu en hommage trois petites barres de laiton sait très bien que c’est un peu moins que s’il en avait reçu cinq. Ces objets ne lui servent à rien : ce ne sont que des dons qui l’obligent à rendre en proportion ; il comptabilise une dette de trois barres de laiton. Le glissement vers l’échange monétaire est là. Plus tard, que pourra bien faire le légionnaire romain des quelques pièces représentant sa solde, sinon les échanger contre des biens réels directement utilitaires. Ces pièces n’ont en effet aucune autre utilité pour lui. Il ignorera certainement leur nature initiale de don-cadeau qui doit donner lieu à un autre don en retour. N’avons-nous pas oublié, nous aussi, que la monnaie n’est rien, absolument rien, sans une société où elle a cours.

Ainsi en ces temps reculés, la dette naît d’un don et non pas d’un prêt ; seul un don en retour, un don « contraire » peut libèrer de la dette. Dans nos sociétés modernes, comme dans celles des millénaires précédents, à leur naissance les bébés reçoivent tout de leurs parents, de leur entourage familiale et de leur environnement social. Ils reçoivent les ressources économiques mais, bien au delà, tout ce qui est social et culturel. Adultes, ils contribueront à l’existence et au bien être d’eux-mêmes certes, mais aussi et en sens « contraire » de leurs proches et de l’ensemble de la société où ils vivent, y compris les anciens et les handicapés. C’est du moins ainsi que l’on imagine une société civilisée. En humanité, on reçoit en fonction de qui l’on est et l’on donne en reconnaissance de ce que l’on a reçu. Et si la monnaie n’était que la comptabilité de ce réseau d’échanges ? Les chiffres et les nombres n’ont aucune valeur en soi ; seul ce qu’ils représentent en a.

Cette vision anthropologique de la monnaie me semble parfaitement compatible et cohérente avec une conception moderne de la monnaie. Cette conception ne correspond pas à ce qui existe mais à ce que suggère une école de pensée déjà ancienne et à laquelle on peut associer des noms prestigieux : Irving Fisher, Milton Friedman et Maurice Allais. Cette école reste, hélas, tenue à l’écart des médias. Elle préconise d’abandonner le système monétaire actuel dit « à réserves fractionnaires » pour un système souvent qualifié de « monnaie pleine » ou encore « 100 % monnaie ». Le système « à réserves fractionnaires » est un système à deux niveaux, système issu d’une longue pratique bancaire. Cette pratique consiste à prêter à la clientèle des sommes nettement plus élevées que celles effectivement présentent dans les coffres : celles-ci ne sont qu’une fraction de celles-là et en constituent la « réserve ».

On est là au coeur de la monnaie moderne : la monnaie des comptes bancaires n’est en réalité que promesses de monnaie et le total de ces promesses est largement plus élevé que celui de la monnaie disponible. Ceci n’est jamais souligné et, de ce fait, souvent ignoré : la masse monétaire issue des banques ( monnaie bancaire) est un multiple ( variable selon la conjoncture mais de l’ordre de 4 à 6 ) de la masse monétaire émise par la Banque Centrale (monnaie centrale ). Si cette situation a des explications historiques (liées notamment au fait que la monnaie centrale a longtemps été l’or ou directement liée à l’or, donc forcément en quantité limitée) les analyses de nombreux économistes ont depuis longtemps conclu que ce système était difficile, voire impossible à contrôler et source de multiples crises financières.

Dans un système à « monnaie pleine », au contraire, il n’y a aucune ambiguïté : la monnaie prêtée doit toujours exister. Les promesses de monnaie ne sont en aucun cas confondues avec la monnaie.

Oublions donc un moment le fétichisme monétaire qui a cours, fétichisme selon lequel de l’argent, il y en a ou bien il n’y en a pas. Et si vous n’en avez pas, vous êtes contraint d’en emprunter là où il y en a ; ou bien encore, si vous êtes un état, de le prendre à ceux qui en ont pour le donner à ceux qui n’en ont pas. Vous oubliez qu’aujourd’hui même et chaque jour, l’argent est créé par millions, si ce n’est par milliards, car ceux qui le font se gardent bien de vous dire qu’ils le font et surtout comment ils le font. Oubliez ce monde là, sinon ce qui va suivre vous paraîtra inimaginable et lubie invivable.

Imaginez un état organisé démocratiquement en une collectivité économiquement solidaire. Cet état sait donc exprimer la volonté éclairée du plus grand nombre ; c’est notre définition de la démocratie. Le plus grand nombre, fut-il éclairé, peut malgré tout faire des erreurs mais c’est à terme le meilleur choix car un certain consensus social semble un élément majeur pour la stabilité et l’évolution pacifique des sociétés. Le plus grand nombre reste aussi capable de rectifier ses erreurs.quand il en prend conscience. La collectivité nationale peut donc décider ce qui doit être fait, le faire faire et le payer à ceux qui l’ont fait. Comment peut-elle payer ? Simplement en reconnaissant à sa juste valeur, dans l’unité de compte nationale, ce qui lui est fourni. Elle émet une reconnaissance de dette pour cette valeur. Dans cette perspective la monnaie nationale est une créance sur la collectivité détenue par un ou des membres de cette collectivité. Cette créance est, par convention sociale, définie comme transmissible entre les membres de la collectivité. Elle constitue donc une monnaie puisqu’elle peut être échangée pour sa valeur contre tout autre bien ou service de même valeur. Ainsi la collectivité nationale émet sa monnaie mais ne l’emprunte pas. Ce faisant, nous reconnaissons la dette collective que nous avons envers tous ceux qui contribuent directement à la construction sociale.

Comment, avec une telle pratique, éviter une accumulation indéfinie de monnaie qui perdrait vite toute valeur ? Il suffit de considérer la dette « contraire » : collectivement nous devons aux contributeurs sociaux, mais individuellement nous devons à la collectivité notre environnement social et culturel. Cette dette individuelle, variable selon ce que l’on a reçu, chacun doit s’en acquitter par l’impôt. Le paiement de l’impôt est un abandon de créance sur la collectivité ( par paiement monétaire ) en acquittement d’une créance « contraire » de la société sur nous-même.

Résumons-nous. En « monnaie pleine », l’état émet sa monnaie nationale en paiement de ses dépenses sans avoir à l’emprunter : il y a monétisation des dépenses publiques. L’état par ailleurs collecte les impôts dans la même optique de reconnaissance de dette, mais cette fois il s’agit des dettes individuelles des citoyens vis à vis de la collectivité nationale. La collecte des impôts correspond à une démonétisation, la démonétisation des recettes. Cette démonétisation doit être ajustée pour maîtriser correctement la masse monétaire et maintenir les inégalités sociales à un niveau socialement accepté.
Remarquons que l’utilisation de monnaies pleines pour les échanges internationaux peut, elle aussi, être analysée en terme d’ équilibrage de dettes contraires. Si un état A détient des créances sur l’état B, c’est à dire des devises émises par l’état B, et si cet état B détient des créances sur l’état A, il leur est possible de procéder à des annulations de créances contraires. Cela ne peut se faire sans négociation du taux de change. Ceci ouvre tout un espace de coopérations possibles, allant jusqu’à la définition éventuelle d’unités de compte monétaires communes. Celles-ci pourraient contribuer à réduire l’intensité de la guerre économique généralisée à laquelle on assiste aujourd’hui.

Faut-il ajouter que le passage à la monnaie pleine ne manquerait pas de susciter de vives oppositions tant de la part de ceux qui y perdraient quelques avantages que de ceux qui n’en sont encore qu’au fétichisme monétaire évoqué ci-dessus. Elle permettrait néanmoins – et c’est considérable – de conserver le marché dans lequel se déploie l’économie réelle. Certes l’économie financière, bien que les prêts dits « mutuels », c’est à dire de monnaie préalablement épargnée, resteraient possibles, en serait sans doute bouleversée ; faut-il vraiment s’en étonner, compte tenu de ce qu’on y constate aujourd’hui ?

Est-ce à dire que la « monnaie pleine » réglerait tous les problèmes ? Evidemment non. Elle nécessiterait d’ailleurs d’être déclinée dans le détail et pour ce faire le personnel des banques commerciales serait probablement d’un bon secours. Ce détail a d’ailleurs déjà été examiné de près par ses promoteurs. Des propositions, qui ne seront pas rappelées ici, existent (voir par exemple http://www.bayard-macroeconomie.com/reforme-systeme-monetaire.html , ou bien http://www.iconomix.ch/fr/blog/951-faut-il-redonner-le-monopole-de-la-creation-monetaire-a-la-bns/ ou encore, en Grande Bretagne, http://www.positivemoney.org/our-proposals/ ). La « monnaie pleine » en tout cas évacuerait les fantômes qui font notre actualité : la croissance nécessaire qui n’en finit pas de se faire attendre ( est-elle bien nécessaire d’ailleurs ? ), l’investissement qui garde l’oeil rivé sur la confiance alors que la méfiance occupe de plus en plus le devant de la scène.

Faut-il vraiment encore attendre ? Pourquoi ne pas s’interroger sur la situation réelle de nos démocraties européennes et remédier courageusement aux dérives s’il y en a ? Pourquoi feindre de croire que refuser l’euro est aussi refuser l’ Europe ? Pourquoi confondre le retour à des « monnaies nationales pleines » avec un banal retour aux monnaies nationales du siècle dernier ? N’y aurait-il pas là le moyen de conserver à l’égard du reste du monde l’attractivité justifiée de nos modèles sociaux, non pas dans un esprit de conquête mais bien comme des exemples à imiter ?

Peut-être un jour sera-t-il demandé à ceux qui savent et sont en capacité de se faire entendre pourquoi ils se sont tus. Il est trop simple d’affirmer qu’une dette doit être remboursée sans jamais évoquer la réforme du système monétaire. On peut tout aussi légitimement penser qu’aucun remboursement n’a lieu d’être s’il est destructeur de lien social. et rappeler que des penseurs reconnus ont déjà expliqué comment y parvenir.

Jean Jégu, le 8 avril 2015
http://jegu.jean.pagesperso-orange.fr/navidetcimsoc.html

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311 – Ph. Desbrosses, sur le livre de Servigné

Quelques extraits du livre : COMMENT TOUT PEUT S’EFFONDRER à lire d’urgence !

Crises, catastrophes, effondrement, déclin… l’apocalypse se lit en filigrane dans les nouvelles quotidiennes du monde.
Alors que certaines catastrophes sont bien réelles et nourrissent le besoin d’actualité des journaux – accidents d’avion, ouragans, inondations, tremblements de terre, déclin des abeilles, chocs boursiers, guerres et famines, est-il pour autant justifié de prédire que notre société « va droit dans le mur », d’annoncer une « crise planétaire globale » ou de constater une « sixième extinction de masse des espèces » ?

Il est devenu paradoxal de subir ce déferlement médiatique de catastrophe, mais de ne pas pouvoir parler explicitement de « Grandes catastrophes », sans passer pour un « catastrophiste » !
Tout le monde, par exemple, a su que le GIEC (Groupe International d’Etudes sur le Climat » avait publié un nouveau Rapport en 2014, mais a-t-on vu un réel débat sur ces nouveaux scénarios climatiques et sur leur implication terrible dans le changement des conditions de vie sur Terre… ?

Vous avez dit EFFONDREMENT !

Il ne s’agit pas de la fin du monde, ni de l’apocalypse. Il ne s’agit pas non plus d’une simple crise dont on sort indemne, ni d’une catastrophe ponctuelle que l’on oublie en quelques mois comme un tsunami ou une attaque terroriste…
Un effondrement est un processus à l’issue duquel les besoins vitaux comme : l’eau, l’alimentation, le logement, l’habillement, l’énergie… ne sont plus accessibles à la majorité de la population. Il s’agit donc bien d’un processus à grande échelle irréversible comme « la fin du monde », sauf que ce n’est pas la fin ! Mais la suite s’annonce longue et il faudra la vivre avec une certitude : nous n’avons pas les moyens de savoir de quoi elle sera faite. Par contre si nos besoins de base sont touchés, alors la situation pourrait devenir incommensurablement catastrophique.

Mais jusqu’où ? qui est concerné ? les pays les plus pauvres ? la France ? l’Europe ? l’ensemble des pays riches ? le monde industrialisé ? la civilisation occidentale ? l’ensemble de l’humanité ? ou même comme certains scientifiques l’annoncent, la grande majorité des espèces vivantes ? Il n’y a pas de réponses claires à ces questions, mais une chose est certaine, aucune de ces possibilités n’est à exclure.
Les crises que nous subissons touchent toutes les catégories : par exemple la fin du pétrole concerne l’ensemble du monde industrialisé (mais pas les petites sociétés paysannes traditionnelles oubliées de la mondialisation) , les changements climatiques en revanche menacent l’ensemble des humains ainsi que la majorité des espèces vivantes.
Les publications scientifiques qui envisagent des évolutions catastrophiques et une probabilité croissante d’effondrement se font de plus en plus nombreuses et étayées.
Les comptes – rendus de l’Académie des Sciences de Grande-Bretagne ont publié un récemment article de Paul et Anne Ehrlich qui laisse peu de doute sur l’issue de la situation.
Les conséquences des changements environnementaux planétaires que l’on estimait plausibles pour la deuxième moitié du XXIème siècle se manifestent aujourd’hui avec une accélération des chiffres de plus en plus précis et accablants :
Le climat s’emballe, la biodiversité s’effondre, la pollution s’étend partout et devient persistante, l’économie risque un arrêt cardiaque à chaque instant, les tensions sociales et géopolitiques se multiplient partout… Il n’est pas rare de voir quelques décideurs éclairés au plus haut niveau ou des rapports officiels de grandes institutions : NASA, Banque Mondiale, Armée, GIEC, Banques d’affaires, ONU, ONG, etc, évoquer la probabilité d’un effondrement (collapsus) ou de ce que le Prince Charles appelle « un acte de suicide collectif à grande échelle » .
Plus largement l’anthropocène est le nom donné à cette nouvelle ère géologique qui caractérise notre présent récent (2 siècles d’effervescence industrielle appelés progrès) – nous les humains – sommes sortis de l’l’Holocène, une époque de remarquable stabilité climatique qui a duré environs 12.000 ans et qui a permis l’émergence de l’agriculture et des civilisations. Depuis quelques décennies les humains sont devenus capables de bouleverser les grands cycles biogéochimiques de l’écosystème terrestre, créant ainsi une nouvelle époque de changements profonds et imprévisibles…

Mais forte de ses performances et ses conquêtes récentes l’espèce humaine veut se croire invincible et invulnérable aux bouleversements qu’elle a elle même suscité.
Et dans une arrogance digne d’un colosse aux pieds d’argile, elle oublie que son existence et sa pérennité dépendent des 3 cm de terre fertile qu’on appelle l’humus et d’où provient toute la substance nourricière dont elle a besoin.

N.B. les tenants du système productiviste qui n’hésitent pas à qualifier d’utopistes les adversaires de leur « sacrée croissance » ne se rendent pas compte de leurs schizophrénie, lorsqu’ils affirment que tous les problèmes créés seront résolus par la science et les progrès futurs…c’est tirer un chèque en blanc dont leurs enfants subiront
plus tard les conséquences…

Que nous apprennent les civilisations passées ?

Toutes les civilisations qui nous ont précédé, aussi puissantes soient-elles, ont subi des déclins et des effondrements. Aucune n’a pu résister à l’épreuve du temps et à l’usure de l’histoire.
Les causes des effondrements sont habituellement regroupés en deux catégories. Les causes endogènes générées par la société elle-même : instabilité d’ordre économique, politique ou social ; et les causes exogènes, c’est-à-dire liées à des catastrophes externes, comme un changement climatique trop abrupt, un tremblement de terre, un tsunami, une invasion étrangère, etc .
Jared Diamond a identifié cinq facteurs d’effondrement – récurrents et souvent synergiques – des sociétés qu’il a étudiées : les dégradations environnementales ou déplétions des ressources, les changements climatiques, les guerres, la perte soudaine de partenaires commerciaux, et les mauvaises réactions de la sociétés aux problèmes environnementaux.
Pour lui les conditions écologiques seraient le principal facteur qui expliquerait l’effondrement des grandes cités Mayas à l’aube du IXè siècle, des Vikings au XIè siècle ou de l’île de Pâques au XVIIIè siècle.
Mais on aurait tort de réduire ces causes écologiques à de simples facteurs externes, puisqu’il précise (et il n’est pas le seul) que le seul facteur commun à tous les effondrements est bien le cinquième, celui d’ordre socio-politique : les dysfonctionnements institutionnels, les aveuglements idéologiques, le niveau des inégalités, et surtout l’incapacité de la société – et particulièrement des élites – à réagir de manière appropriée – aux évènements catastrophiques.
Dans la fin de son livre, Jared Diamond s’interroge sur les raisons qui poussent les sociétés à prendre les mauvaises décisions. Il explique donc que les groupes humains subissent des catastrophes, parce qu’ils n’arrivent pas à les anticiper, parce qu’ils n’en perçoivent pas les causes, parce qu’ils échouent dans leurs tentatives de les résoudre, parce qu’il n’y a pas de solutions adaptées dans l’état de leurs connaissances.
En fait ce fameux cinquième facteur accentue la vulnérabilité d’une société et son manque de résilience au point de la rendre sensible aux perturbations qu’elle encaisse habituellement sans problème –
En fait les grandes civilisations sont prises dans un piège entropique dont il est presqu’impossible d’échapper. Alors que les quantités disponibles de ressources et d’énergie ne permettent plus de maintenir les niveaux de complexité atteinte par un développement fulgurant et sans limite, la civilisation commence à se consumer en empruntant au futur et en se nourrissant du passé, préparant ainsi la voie à une implosion. S’ensuit une grande période de « simplification » de la société comme ce fut le cas en Europe après l’effondrement de l’Empire Romain, durant tout le Moyen-Age :
– moins de spécialisation économique et professionnelle, moins de contrôle centralisé, moins de flux d’information entre les individus et entre les groupes, et moins de commerce et de spécialisation entre les territoires.
Des historiens Russes et Américains ont généralisé ce phénomène en modélisant l’histoire récente comme une succession de surplus et de déficits économiques et énergétiques, c’est-à-dire en cycles d’essors et de déclins structurellement semblables, qui peuvent faire croire à une « reprise » comme celles qui émaillent notre crise économique depuis 30 ans, alors qu’il ne s’agit que d’un hoquet de l’histoire qui ne modifie en rien la dynamique de l’effondrement en cours…

Quelles leçons peut-on d’ores et déjà tirer de ces expériences pour comprendre la situation aujourd’hui ?

Notons d’abord que le monde présente des signes alarmants au moins pour trois des cinq facteurs identifiés par Diamond :
Dégradations environnementales, changements climatiques, et surtout dysfonctionnements socio-politiques (verrouillage socio-technique, aveuglement des élites, niveaux ahurissants d’inégalités, etc.)
La civilisation thermo-industrielle, quant à elle, qui ne concerne qu’une partie de la population du globe, présente en plus, les signes caractéristiques d’un effondrement par une complexité croissante très énergivore, couplée à des rendements devenus décroissants…

Comment s’enfonce-t-on ?

La réponse est claire : certainement pas de manière homogène, ni dans le temps ni dans l’espace, en voici quelques modèles :
L’ingénieur russo-américain Dmitry Orlov s’est rendu célèbre en étudiant l’effondrement de l’Union soviétique et en le comparant à l’effondrement – imminent, inévitable selon lui – des Etats-Unis. Il a récemment proposé un cadre théorique dans lequel les effondrements peuvent être décomposés en cinq stades, par ordre de gravité croissant : financier, économique, politique, social, culturel.
1 – l’effondrement financier se produit lorsque l’espoir du « business as usual » est perdu. Le risque ne peut plus être évalué et les avoirs financiers ne peuvent plus être garantis.
Les institutions financières deviennent insolvables. L’épargne est annihilée et l’accès au capital est perdu. Adieu donc Livret A, crédit, investissements, assurances et fonds de pension ! comme cela s’est produit en Argentine en 2001. La confiance, ainsi que la valeur de la monnaie s’évanouissent rapidement. Les banques restent fermées jusqu’à nouvel ordre et le gouvernement met en place des mesures d’urgence (nationalisations, assouplissements monétaires, assistance sociale etc.) pour tenter d’éviter les émeutes.
Dans ce cas, suggère Orlov, mieux vaut apprendre à vivre avec peu ou pas d’argent…

2 – Un effondrement économique est déclenché lorsque l’espoir « que le Marché y pourvoira » est perdu. Les marchandises s’entassent. Les chaînes d’approvisionnement sont rompues. Les pénuries de biens essentiels deviennent la norme…
Les quantités et la diversité des échanges commerciaux et des informations diminuent drastiquement. L’économie se « décomplexifie » progressivement. Comme cela s’est passé à Cuba dans les années 1990, les importations chutent, et les centres commerciaux finissent par fermer, faute de marchandises. Il n’y a plus d’abondance matérielle et « l’économie informelle » explose : troc, réparation en tout genre, recyclage, brocante, etc. Pour maîtriser le cours des évènements le gouvernement tente de réguler les marchés en imposant un contrôle des prix ou des politiques de rationnement.
Dans ce cas , mieux vaut savoir subvenir aux besoins de base de sa famille et de sa communauté, avec ses propres moyens…

3 – Un effondrement politique se produit lorsque l’espoir que « le gouvernement s’occupera de vous » est perdu. Les mesures du gouvernement ont échoué. La classe politique perd sa légitimité et sa pertinence. C’est le processus de « déstructuration ».
Invoquant le maintien de l’ordre, les gouvernements décrètent les couvre-feux et les lois martiales. Comme dans le cas de l’ex-URSS, la corruption locale finit par remplacer les services autrefois garantis par l’administration. Les services publics ne sont plus assurés, les routes ne sont plus entretenues, les ordures ne sont plus, ou mal évacuées, etc. Selon Orlov, pour les Etats-Unis et pour la majorité des pays riches, ces trois premiers stades sont désormais inévitables.

4 – Un effondrement social se produit lorsque « l’espoir que vos pairs s’occuperont de vous » est perdu. Les institutions sociales, locales, que ce soit les organisations caritatives ou d’autres groupes (comme les restos du cœur) qui se précipitent pour combler le vide des institutions, tombent à court de ressources ou échouent à cause de conflits internes. On entre donc dans un monde de bandes « claniques », de guerres civiles et de « chacun pour soi ».
A ce stade un processus de « dépeuplement » se met en place : conflit, déplacement, malnutrition, famines, épidémies, etc. Mieux vaut donc faire partie d’une des petites communautés encore soudées, dans lesquelles la confiance et l’entraide sont des valeurs cardinales.

5 – Un effondrement culturel se produit lorsque « la foi dans la bonté de l’humanité » est perdue. Les gens perdent leurs capacités de gentillesse, de générosité, de considération, d’affection, d’honnêteté, d’hospitalité, de compassion, de charité…
Dans ce contexte il devient de plus en plus difficile de s’identifier à l’autre et, en perdant cette capacité d’empathie, on perd ce qu’on appelle habituellement « notre humanité »…
Malheureusement, les sciences humaines et sociales ont très peu étudié ces situations exceptionnelles.

Plus récemment, Orlov a proposé d’ajouter un sixième et dernier stade à ce modèle, celui de l’effondrement écologique où l’espoir est perdu de redémarrer une société dans un environnement épuisé… C’est globalement ce que nous allons connaître dans de nombreuses contrées de la Terre ou la frénésie d’une existence artificielle (hors-sol) a prévalu ces dernières décennies.

En conclusion de cette analyse, je partage l’alerte qui est donnée :
LA FAIM N’EST QUE LE DÉBUT, (entendez le début de la fin du système en place…)

« Une surpopulation mondiale, une surconsommation par les classes aisées, un gaspillage généralisé des ressources et de mauvais choix technologiques pour satisfaire les puissances économiques en place (Bayer, Monsanto, BASF, l’industrie pétrolière, l’industrie nucléaire, pour ne citer que quelques-uns des dinosaures qui imposent leurs choix et leur dérives aux gouvernements de la Terre, ont mis notre civilisation militaro-industrielle sur une trajectoire d’effondrement.
Des chocs systémiques majeurs et irréversibles peuvent très bien avoir lieu demain, et l’échéance d’un effondrement de grande ampleur apparaît bien plus proche qu’on ne l’imagine habituellement, quand on parle de 2050 – 2100.
C’est plutôt les prévisions du Club de Rome en 1970, qui annonçaient déjà la situation dans laquelle nous sommes ! en pronostiquant la fin de la civilisation vers 2020 – 2030… C’est demain !
Personne ne peut connaître le calendrier exact des enchaînements qui transformeront aux yeux des futurs archéologues un ensemble de catastrophes en effondrement, mais il est plausible que cet enchaînement soit vécu par les générations présentes.
Telle est l’intuition que nous partageons avec bon nombre d’observateurs, qu’ils soient experts scientifiques, philosophes ou activistes écologistes.
Il est gênant de le dire, tant la posture est souvent ridiculisée, que nous sommes devenus catastrophistes.
Soyons clairs, cela ne signifie nullement que nous souhaitons les catastrophes, ni que nous renonçons à nous battre pour en atténuer les effets, ou encore que nous sombrons dans un pessimisme stérile et irrévocable. Au contraire ! Même si l’avenir est sombre, « nous devons nous battre car il n’y a aucune raison de nous soumettre passivement aux faits »
Etre catastrophiste, pour nous, c’est simplement éviter une posture de déni et prendre acte des catastrophes qui sont en train d’avoir lieu. Il faut apprendre à les voir, accepter leur existence, et faire le deuil de tout ce dont les évènements vont nous priver.
C’est selon nous une attitude de courage, de conscience et de calme, les yeux grands ouverts qui permettra de tracer des chemins d’avenir réalistes et efficaces. Ce n’est pas du pessimisme !
La certitude est que nous ne retrouverons plus jamais la situation normale que nous avons connue au cours des décennies précédentes.
Premièrement le moteur de la civilisation thermo-industrielle, le couple énergie-finance est au bord de l’extinction. Des limites sont atteintes. L’ère des énergies fossiles, abondantes, à bon marché touche à sa fin comme le montre la ruée vers les énergies nouvelles malgré leurs coûts prohibitifs. Cela enterre définitivement toute possibilité de retrouver un jour la croissance économique, et donc signe l’arrêt de mort d’un système basé sur des dettes… qui ne seront tout simplement jamais remboursées.

Deuxièmement, l’expansion matérielle exponentielle de notre modèle de civilisation a perturbé irrémédiablement les systèmes complexes naturels sur lesquels elle reposait.
Des frontières ont été franchies. Le réchauffement climatique et l’extinction des espèces à eux seuls annoncent des ruptures imminentes de systèmes alimentaires, sociaux, commerciaux ou de santé. C’est-à-dire concrètement des déplacements massifs de populations, des conflits armés, des épidémies et des famines…
Dans ce monde devenu imprévisible où des évènements de forte intensité seront la norme, il faut s’attendre à ce que les solutions que l’on tentera d’appliquer perturbent encore davantage les grands équilibres précaires.

Et troisièmement, les systèmes toujours plus complexes qui fournissent l’alimentation, l’eau, l’énergie, et qui permettent à la politique, la finance et la sphère virtuelle de fonctionner, exigent des apports croissants d’énergie.
Ces infrastructures sont devenues tellement interdépendantes, vulnérables et souvent vétustes, que de petites ruptures de flux ou d’approvisionnement peuvent mettre en danger la stabilité du système global en provoquant des effets en cascade disproportionnés.

Ces trois états (approche des limites, dépassements des frontières et complexité croissante) sont irréversibles et, combinés, ils ne peuvent déboucher que sur une issue fatale.
Il y a eu par le passé de nombreux effondrements de civilisations qui restaient confinés à certaine régions, (ce sont les déserts que nous voyons sur la planète, sans comprendre leurs origines…) Aujourd’hui la mondialisation a créé des risques systémiques globaux, et c’est la première fois que la possibilité d’un effondrement à très grande échelle, presque globale, est devenue envisageable.
Penser que tous les problèmes seront résolus par le retour à la croissance économique est une grave erreur stratégique. A la fois cela pré-suppose qu’un retour à la croissance est possible, mais surtout, aussi longtemps que les dirigeants se concentreront sur cet objectif chimérique, aucune politique sérieuse de préservation de la planète et de stabilité du climat ne pourra avoir lieu.
Tous les débats actuels entre relance et austérité ne sont que des distractions qui détournent les questions de fond.
En fait il n’y a même pas de solution à notre situation inextricable. Il y a juste des chemins à emprunter pour s’adapter à notre nouvelle réalité.
Se rendre compte de tout cela c’est entamer un renversement. C’est voir que, soudainement, l’utopie à changé de camp :
– est aujourd’hui utopiste, est celui qui croit que tout peut continuer comme avant.
– Le réalisme au contraire, consiste à mettre toute l’énergie qui nous reste dans une transition rapide et radicale.

Ph. Desbrosses – Cormeray, 1er mai 2015.
Synthèse des réflexions pour un catastrophisme éclairé, effectuée à partir de notes personnelles mais surtout de l’excellent livre de Pablo Servigné et Raphaël Stevens :
COMMENT TOUT PEUT S’EFFONDRER éditions Seuil. A lire d’urgence !

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310 – Taxes et impôts

Liste des impôts, taxes, redevances, contributions, droits, cotisations, participations et autres prélèvements pratiqués en France… La langue française est extrêmement riche en la matière, n’est-ce pas?

Prévert ne l’aurait même pas imaginé..

1 Impôt sur le revenu (IR)
2 Impôt de solidarité sur la fortune (ISF)
3 Impôt sur les sociétés (IS)
4 Taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB)
5 Taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB)
6 Taxe d’habitation (TH)
7 Cotisation foncière des entreprises (CFE)
8 Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE)
9 Contribution sur les revenus locatifs (CRL)
10 Taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM)
11 Taxe spéciale d’équipement (désormais remplacée par la taxe d’aménagement)
12 Taxe additionnelle à la TFPNB
13 Taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères (TEOM)
14 Taxe destinée au financement des conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE)
15 Redevance départementale sur l’aménagement des espaces naturels et sensibles (TDENS)
16 Taxe de balayage
17 Taxe locale sur la publicité extérieure (TLPE)
18 Impositions perçues au profit des communautés urbaines
19 Contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie
20 Prélèvement sur les bénéfices tirés de la construction immobilière
21 Taxe hydraulique au profit des voies navigables de France
22 Taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP)
23 Contribution additionnelle à l’impôt sur les sociétés
24 Taxe sur la consommation de charbon
25 Taxes générales sur les activités polluantes (TGAP)
26 CRDS (Contribution pour le remboursement de la dette sociale)
27 CSG (Contribution sociale généralisée)
28 Taxe forfaitaire sur les métaux précieux
29 Contribution à l’AGS (Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés)
30 Redevances pour droit de construire EPAD (Établissement public d’aménagement et de développement)
31 Droit sur les cessions de fonds de commerce et opérations assimilées
32 Droits sur les ventes d’immeubles
33 Droit sur les cessions de droits sociaux
34 Droits de succession et de donation
35 Prélèvement non libératoire forfaitaire sur les dividendes et distributions assimilées
36 Droit du permis de chasse
37 Droit de validation du permis de chasse
38 Taxe sur la musique (SACEM SPRE)
39 Taxe sur les plus-values immobilières autres que terrains à bâtir
40 Impôt sur les plus-values immobilières
41 Cotisation additionnelle versée par les organismes HLM et les SEM
42 Cotisation versée par les organismes HLM et les SEM
43 Redevances perçues à l’occasion de l’introduction des familles étrangères en France
44 Taxe sur les spectacles perçue au profit de l’Association pour le soutien des théâtres privés
45 Taxe sur les transactions financières
46 Taxe annuelle sur les produits cosmétiques
47 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base dite « de stockage »
48 Surtaxe sur les eaux minérales
49 Taxe communale additionnelle à certains droits d’enregistrement
50 Redevances proportionnelles sur l’énergie hydraulique
51 Taxe communale sur les remontées mécaniques
52 Taxe communale sur la consommation finale d’électricité
53 Redevance d’enlèvement d’ordures ménagères (REOM)
54 Taxe sur les cartes grises
55 Redevances communale et départementale des mines
56 Imposition forfaitaire annuelle sur les pylônes
57 Taxes de trottoir et de pavage
58 Prélèvement progressif sur le produit des jeux dans les casinos au profit des communes
59 Taxe sur les activités commerciales non salariées à durée saisonnière
60 Taxe forfaitaire sur la cession à titre onéreux des terrains nus qui ont été rendus constructibles du fait de leur classement
61 Taxes sur les friches commerciales
62 Taxe sur le ski de fond
63 Taxe sur les éoliennes maritimes
64 Taxe sur les déchets réceptionnés dans une installation de stockages ou un incinérateur de déchets ménagers
65 Taxe pour non-raccordement à l’égout
66 Taxes dans le domaine funéraire
67 Taxe pour obstacle sur les cours d’eau, taxe pour stockage d’eau en période d’étiage et taxe pour la protection des milieux aquatiques, redevances pour pollution diffuses
68 Redevances pour pollution de l’eau et pour modernisation des réseaux de collecte
69 Taxe départementale des espaces naturels sensibles
70 Taxe sur les nuisances sonores aériennes
71 Taxe spéciale sur la publicité télévisée
72 Octroi de mer
73 TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) lubrifiants, huiles et préparations lubrifiantes
74 TGAP lessives
75 TGAP matériaux d’extraction
76 TGAP imprimés
77 TGAP installations classées
78 TGAP déchets
79 TGAP émissions polluantes
80 Redevances spéciales d’enlèvement des déchets non ménagers
81 Taxe sur les produits, déchets et résidus d’hydrocarbures
82 Taxe sur la publicité foncière
83 Taxe sur la valeur vénale des biens immobiliers des entités juridiques
84 Cotisation spéciale sur les boissons alcoolisées
85 Droit de circulation sur les vins, cidres, poirés et hydromels
86 Droit de consommation sur les produits intermédiaires
87 Droits de consommation sur les alcools
88 Droit sur les bières et les boissons non alcoolisées
89 Taxe sur les prémix
90 Prélèvement de 2 % sur les revenus du patrimoine et les produits de placement et contribution additionnelle
91 Contribution sociale de solidarité des sociétés
92 Contribution due par les laboratoires et les grossistes répartiteurs sur les ventes en gros aux officines pharmaceutiques
93 Contribution à la charge des laboratoires pharmaceutiques non conventionnés avec le comité économique des produits de santé
94 Contribution due par les laboratoires sur leurs dépenses de publicité
95 Prélèvement sur les ressources de différents régimes de prestations familiales
96 Redevance due par les titulaires de titres d’exploitation de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux
97 Droits de plaidoirie
98 Contribution due par les entreprises exploitant des médicaments bénéficiant d’une AMM (autorisation de mise sur le marché)
99 Contribution due par les entreprises fabriquant ou exploitant des dispositifs médicaux sur leurs dépenses de publicité
100 Participation des employeurs occupant 10 salariés ou plus au développement de la formation professionnelle continue
101 Participation des employeurs occupant moins de 10 salariés au développement de la formation professionnelle continue
102 Participation des employeurs occupant 10 salariés ou plus au financement du congé individuel de formation des salariés (0,2 % des rémunérations)
103 Taxe de séjour
104 Financement des congés individuels de formation des salariés sous contrats à durée déterminée CIF-CDD (1 % des salaires versés, ou moins en cas d’accord de branche)
105 Participation au financement de la formation des professions non salariées (à l’exception des artisans et des exploitants agricoles) correspondant à 0,15 % du montant annuel du plafond de la Sécurité sociale
106 Taxe d’apprentissage versements aux centres de formation d’apprentis et aux établissements publics ou privés d’enseignement technologique et professionnel
107 Taxe départementale sur les remontées mécaniques
108 Taxe d’apprentissage versements au titre de la péréquation
109 Contribution au développement de l’apprentissage
110 Taxe d’apprentissage
111 Contribution pour le financement des contrats et périodes de professionnalisation et du droit individuel à la formation à 0,15 % et 0,5 %
112 Taxe destinée à financer le développement des actions de formation professionnelle dans les transports routiers
113 Taxe pour le développement de la formation professionnelle dans les métiers de la réparation de l’automobile, du cycle et du motocycle
114 Taxe additionnelle à la taxe foncière sur les propriétés non bâties, pour frais de chambres d’agriculture
115 Taxe spécifique pour la Chambre nationale de la batellerie artisanale
116 Taxe pour frais de chambres des métiers et de l’artisanat
117 Taxe pour frais de chambres de commerce et d’industrie
118 Taxe spéciale d’équipement
119 Participation des employeurs à l’effort de construction (1 % logement)
120 Cotisation des employeurs (FNAL, Fonds national d’aide au logement)
121 Taxe annuelle sur les logements vacants
122 Versement de transport dû par les entreprises de plus de 9 salariés implantées en province
123 Taxe sur les titulaires d’ouvrages de prise d’eau, rejet d’eau ou autres ouvrages hydrauliques destinés à prélever ou à évacuer des volumes d’eau
124 Taxe d’aéroport
125 Contributions additionnelles aux primes ou cotisations afférentes à certaines conventions d’assurance
126 Taxes de protection des obtentions végétales
127 Taxe d’abattage (remplacée par une majoration de la CVO des éleveurs)
128 Taxe sur les céréales
129 Taxe au profit de France Agri Mer (anciennement affectée à l’Ofimer)
130 Redevances perçues à l’occasion des procédures et formalités en matière de propriété industrielle ainsi que de registre du commerce et des sociétés, établies par divers textes
131 Majoration de 10 % du montant maximum du droit fixe de la taxe pour frais de chambres de métiers
132 Contribution annuelle des distributeurs d’énergie électrique en basse tension
133 Taxe pour le développement des industries de l’ameublement ainsi que des industries du bois
134 Taxe pour le développement des industries du cuir, de la maroquinerie, de la ganterie et de la chaussure
135 Taxe pour le développement des industries de l’horlogerie, bijouterie, joaillerie, orfèvrerie et arts de la table
136 Taxe pour le développement des industries de la mécanique et de la construction métallique, des matériels et consommables de soudage et produits du décolletage, de construction métallique et des matériels aérauliques et thermiques
137 Taxe pour le développement des industries des matériaux de construction regroupant les industries du béton, de la terre cuite et des roches ornementales et de construction
138 Taxe pour le développement de l’industrie de la conservation des produits agricoles
139 Taxe pour le comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers
140 Droit annuel de francisation et de navigation en Corse ; droit de passeport en Corse
141 Redevance due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère permanente et saisonnière
142 Taxe applicable lors du Renouvellement des autorisations de travail aux travailleurs étrangers
143 Droits gradués des greffiers des tribunaux de commerce (inscription des privilèges et sûretés)
144 Contribution spéciale versée par les employeurs des étrangers sans autorisation de travail
145 Taxe perçue à l’occasion de la délivrance du premier titre de séjour
146 Taxes sur les primes d’assurance
147 Contribution au fonds national de gestion des risques en agriculture
148 TVA brute sur les produits pharmaceutiques (commerce de gros)
149 TVA brute sur les tabacs
150 Contribution additionnelle à la contribution sociale de solidarité des sociétés
151 Droits de consommation sur les tabacs (cigares)
152 Taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux perçue dans la région Île-de-France
153 Taxe sur les salaires
154 Taxes sur les nuisances sonores aéroportuaires
155 Taxes sur les primes d’assurance automobile
156 Contribution de solidarité sur les billets d’avion
157 Taxe affectée au Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes
158 Taxe perçue lors de la mise sur le marché de médicaments vétérinaires, ainsi qu’une taxe annuelle pour certaines autorisations ou enregistrements
159 Taxe pour l’évaluation et le contrôle de la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et à leurs adjuvants mentionnés à l’article L. 253-1 du code rural et de la pêche maritime et aux matières fertilisantes et supports de culture
160 Taxe applicable aux demandes de validation d’une attestation d’accueil
161 Versement de transport dû par les entreprises de plus de 9 salariés implantées en Île-de-France
162 Contribution sociale sur les bénéfices
163 Contribution pour frais de contrôle
164 Droits de timbre sur les passeports sécurisés
165 Taxe spéciale sur les huiles végétales, fluides ou concrètes, destinées à l’alimentation humaine
166 Cotisations (normale et supplémentaire) des entreprises cinématographiques
167 Taxe sur les spectacles
168 Taxe sur les spectacles de variétés
169 Taxe sur l’édition des ouvrages de librairie
170 Taxe sur les appareils de reproduction ou d’impression
171 Redevance d’archéologie préventive
172 Taxe additionnelle aux droits d’enregistrement et à la taxe de publicité foncière perçus au profit des départements
173 Redevances pour pollution de l’eau, modernisation des réseaux de collecte, pollutions diffuses, prélèvement sur la ressource en eau, stockage d’eau en période d’étiage, obstacle sur les cours d’eau et protection du milieu aquatique
174 Taxe sur les passagers maritimes embarqués à destination d’espaces naturels protégés
175 Droit de francisation et de navigation
176 Taxe sur les boues d’épuration urbaines ou industrielles
177 Redevances biocides
178 Taxe sur les voitures particulières les plus polluantes
179 Taxe intérieure sur les consommations de gaz naturel
180 Taxe intérieure de consommation sur les houilles, lignites et cokes
181 Octroi de mer
182 Contribution sur la cession à un service de télévision des droits de diffusion
de manifestations ou de compétitions sportives
183 Taxe due par les concessionnaires d’autoroutes
184 Droit de sécurité
185 Cotisation pêche et milieux aquatiques
186 Redevances cynégétiques
187 Prélèvement sur le produit des primes ou cotisations additionnelles relatives à la garantie contre le risque de catastrophes naturelles
188 Taxe sur les installations nucléaires de base
189 Contribution perçue au profit de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES)
190 Taxe sur les résidences secondaires
191 Taxe spéciale d’équipement pour la région Île-de-France
192 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base Recherche
193 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base Accompagnement
194 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base Diffusion technologique
195 Produits des jeux exploités par la Française des Jeux
196 Taxe annuelle d’habitation sur les résidences mobiles terrestres
197 Droit de licence sur la rémunération des débitants de tabacs
198 Contribution sociale sur les bénéfices
199 TVA brute collectée sur les producteurs de boissons alcoolisées
200 Taxe sur les appareils automatiques
201 Droit sur les produits bénéficiant d’une appellation d’origine ou d’une indication géographique protégée
202 Taxe annuelle sur les médicaments et les produits bénéficiaires d’une autorisation de mise sur le marché
203 Taxe annuelle relative aux dispositifs médicaux mis sur le marché français
204 Droit progressif sur les demandes d’autorisation de mise sur le marché de médicaments
205 Taxe annuelle due par tout laboratoire public ou privé d’analyses de biologie médicale (CNQ)
206 Taxe sur les demandes d’autorisation de recherche biomédicale (taxe essais cliniques)
207 Taxe additionnelle à la taxe sur les demandes d’autorisation de recherche biomédicale
208 Taxe sur les demandes de visa ou de renouvèlement de visa de publicité et sur les dépôts de publicité pharmaceutique
209 Droit sur les inspections menées en vue de la délivrance du certificat de conformité mentionné à l’article L. 5138-4 du code de la santé publique
210 Contribution forfaitaire due par les employeurs de main-d’œuvre permanente
211 Droits fixes des greffiers des tribunaux de commerce
212 Contribution de solidarité en faveur des travailleurs privés d’emploi
213 Taxe de Renouvellement (et fourniture de duplicatas) du titre de séjour
214 Taxe applicable aux documents de circulation pour étrangers mineurs
215 Taxe due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère permanente
216 Taxe due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère temporaire
217 Taxe due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère saisonnière
218 Taxe sur le prix des entrées aux séances organisées dans les établissements de spectacles cinématographiques
219 Taxe sur les services de télévision
220 Taxe sur les ventes et les locations de vidéogrammes destinés à l’usage privé du public (taxe vidéo et VOD)
221 Taxe et prélèvements spéciaux au titre des films pornographiques ou d’incitation à la violence
222 Taxe sur les contributions patronales au financement de la prévoyance complémentaire
223 Contribution des organismes de protection sociale complémentaire à la couverture universelle complémentaire du risque maladie
224 Contribution solidarité autonomie
225 Contribution sur les avantages de préretraite d’entreprise
226 Contribution sur les indemnités de mise à la retraite
227 Contributions patronales et salariales sur les attributions d’options (stock-options) de souscription ou d’achat des actions et sur les attributions gratuites
228 Taxe portant sur les quantités de farines, semoules et gruaux de blé tendre livrées ou mises en œuvre en vue de la consommation humaine
229 Contribution annuelle au Fonds de développement pour l’insertion professionnelle des handicapés (FIPH)
230 Contribution des employeurs publics au Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP)
231 Contributions additionnelles de 1,1 % au prélèvement de 2 % sur les revenus du patrimoine et les produits de placements
232 Contribution sur les régimes de retraite conditionnant la constitution de droits à prestations à l’achèvement de la carrière du bénéficiaire dans l’entreprise
233 Taxe d’équipement
234 Droits de consommation sur les tabacs (autre tabacs à fumer)
235 Taxe sur les véhicules de société
236 Taxe pour frais de chambre de métiers et de l’artisanat chambre de métiers de la Moselle
237 Taxe pour frais de chambre de métiers et de l’artisanat chambre de métiers d’Alsace
238 Taxe pour la gestion des certificats d’immatriculation des véhicules
239 Droits de consommation sur les tabacs (cigarettes)
240 Taxe additionnelle à la taxe annuelle sur les médicaments et les produits bénéficiaires d’une autorisation de mise sur le marché (AMM)
241 Droit progressif sur l’enregistrement des produits homéopathiques
242 Taxe annuelle relative aux dispositifs médicaux et sur les dispositifs médicaux de diagnostic « in vitro » mis sur le marché français
243 Enregistrement des médicaments traditionnels à base de plantes
244 Contribution visée au II de l’article 8 de l’ordonnance no 2003-1213 du 18 décembre 2003
245 Majoration de la taxe de séjour pour les logements haut de gamme
246 Taxe de voirie
247 Taxe sur les ventes et locations de vidéogrammes destinés à l’usage privé du public (TCA)
248 Péréquation entre organismes de logement social
249 Contribution sur les mises jouées sur les paris sportifs en ligne de la Française des jeux et des nouveaux opérateurs agréés
250 Redevance destinée à financer les missions de service public confiées aux sociétés de courses
251 Prélèvement affecté au Centre des monuments nationaux
252 Taxe sur les jeux en ligne
253 Contribution tarifaire d’acheminement
254 Droit dû par les entreprises ferroviaires pour l’autorité de régulation des activités ferroviaires
255 Imposition forfaitaire sur le matériel roulant circulant sur le réseau de transport ferroviaire et guidé géré par la RATP
256 Taxe forfaitaire sur le produit de la valorisation des terrains nus et immeubles bâtis résultant de la réalisation d’infrastructures de transport collectif en site propre ou d’infrastructures ferroviaires en Île-de-France
257 Taxe forfaitaire sur le produit de la valorisation des terrains nus et immeubles bâtis résultant de la réalisation d’infrastructures de transport collectif en site propre ou d’infrastructures ferroviaires hors Île-de-France
258 Contribution additionnelle aux prélèvements sociaux mentionnés aux articles L. 245-14 et L. 245-15 du code de la sécurité sociale
259 Contribution de 0,1 % assise sur les rémunérations retenues pour l’assiette de la taxe d’apprentissage
260 Redevance sanitaire d’abattage
261 Taxe sur les voitures particulières les plus polluantes
262 Redevances (pollution et prélèvements) au profit des agences de l’eau
263 Prélèvements sur les jeux d’argent inscrits aux art. L. 137-19 à L. 37-22 du code de la Sécurité sociale
264 Versement de transport dû par les entreprises de plus de 9 salariés implantées en province
265 Redevance sanitaire de mise sur le marché de produits de pêche et de l’aquaculture implantées en Île-de-France
266 Redevance sanitaire de transformation de produits de pêche et de l’aquaculture.

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309 – Une minute suffit !

Merci Étienne Chouard

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308 – Le nécessaire effort pédagogique

Le nécessaire effort pédagogique

lundi, 04.01.2016

Christian Gomez*

Christian Gomez

Il faut être respectueux de ceux qui posent des questions ou avancent des critiques car il est toujours intéressant de voir où se trouvent les difficultés de compréhension du projet défendu et les carences de sa propre communication pour le promouvoir. De ce point de vue, l’article de Daniel Kalt, chef économiste d’UBS pour la Suisse (Investment Office) est un bon exemple de l’effort de pédagogie qu’il nous faut faire, car la liste des incompréhensions, des malentendus et des erreurs d’interprétation, sans parler des divergences théoriques de fond, est longue, comme le montre notre présentation ci-dessous.

Une incompréhension des mécanismes de création monétaire par le crédit bancaire

Il est incorrect de dire que les dépôts sont «mobilisés» pour prêter à un terme plus long. En fait, ils sont créés par le crédit initié par la banque dont l’opération va consister dans l’échange d’une promesse de payer à terme de l’emprunteur contre son propre engagement de payer à vue les dépenses de ce dernier, créant ainsi un dépôt à vue qui va circuler, donc un moyen de paiement. Il s’agit d’un privilège extraordinaire au sens propre, car en générant cette opération, elle perçoit un intérêt sur des sommes qu’elle crée «ex nihilo». D’où la comparaison souvent faite par les plus grands économistes (par exemple, Allais, prix Nobel 1988) avec les opérations des «faux-monnayeurs».

Une incompréhension de la différence entre monnaie et épargne

Il est incorrect de dire que l’action des banques est «seulement» de mobiliser une épargne dont «elles transformeraient les échéances», ce qui, soit dit en passant, crée dans le système monétaire une instabilité majeure qui disparait dans la réforme Monnaie Pleine (MP). Dans l’opération bancaire de création d’un dépôt à vue par l’octroi d’un crédit, il s’agit bien d’un pouvoir d’achat nouveau (le dépôt à vue créé) qui est injecté dans l’économie, avec toutes ses conséquences induites sur les marchés des produits et services ou les marchés financiers. Une épargne, elle, est issue d’un revenu, donc d’une production préalable. Quand elle finance un crédit, elle transfère un pouvoir d’achat existant, elle ne le crée pas.

Une incompréhension des conséquences de cette différence

Il est incorrect de ne pas dissocier les deux cas. Dans le cas d’un financement par l’épargne courante, l’économie évoluera sur un sentier de croissance stable et équilibrée. Tandis que dans le cas d’un financement monétaire par le crédit bancaire, l’alimentation de l’économie en moyens de paiement dépendra des humeurs optimistes ou pessimistes des emprunteurs (envie de s’endetter) et des banques (désir de prêter) avec deux conséquences: 1) une instabilité chronique de l’économie, avec des bulles de toutes sortes dans les phases d’optimisme, ou un marasme chronique (situation de la plupart des pays occidentaux depuis 2008) «quand le cœur n’y est plus» , 2) en cas d’excès de crédit ou de faillites en chaîne, des défaillances possibles d’institutions clefs susceptibles d’entraîner un effondrement complet du système de paiement. Donc de l’économie du pays (en tant que collaborateur d’UBS, cela devrait rappeler quelques souvenirs angoissants à M. Kalt…)

Une incompréhension complète du mode de passage du système actuel au système MP

Il est incorrect de présenter la mise en œuvre de la réforme comme une opération périlleuse présentant des risques cataclysmiques. Elle ne présenterait au contraire aucune difficulté particulièrement en Suisse, en dehors d’une surcharge de travail supplémentaire pour les comptables et les informaticiens. Le jour du Big Bang, dénomination adoptée par M. Kalt: 1) les déposants ne verraient quasiment aucun changement dans la gestion de leurs dépôts à vue qui seront, sur le plan comptable, sortis du bilan des banques et traités pratiquement comme le sont les titres aujourd’hui, 2) Les emprunteurs ne subiraient aucun changement par rapport à la situation actuelle et n’auraient absolument rien à faire, 3) pour les banques, «la tâche colossale… de remplacer les nombreuses relations d’affaires nationales et internationales» serait réduite à rien, puisqu’elle n’existe que dans son esprit. Le financement de la perte des dépôts à vue au passif de leurs bilans risquerait d’être pour la Suisse singulièrement allégé car les gigantesques réserves excédentaires à l’actif (400 milliards de francs fin octobre) n’auraient pas dû échapper à son attention… En tout état de cause, pour répondre complètement à son interrogation, lorsqu’un prêt de la banque centrale apparaît nécessaire (cas de nombreux pays) pour compléter le financement des banques dans la phase de transition, ce dernier ne pose aucun problème lié à d’éventuels défauts de paiement des clients des banques. En effet, les pertes encourues seraient à la charge des banques initiatrices de ces prêts (actionnaires, prêteurs juniors,…), dont M. Kalt loue par ailleurs, pour la Suisse, la solidité financière nouvelle.

Une incompréhension des conséquences de la réforme sur l’offre de fonds prêtables

Il est incorrect de dire que la réforme pourrait entraîner des problèmes de financement dans différents secteurs de l’économie, dont les PME/TPE ou l’investissement résidentiel. Il y a à cela au moins trois raisons: 1) d’abord parce que l’épargne suisse est surabondante, d’où son excédent chronique de balance des paiements courants et la pression constante à la hausse du franc que cette situation implique, 2) parce que la monnaie non créée par les banques serait créée et dépensée ailleurs et que cela engendrerait plus de ressources à placer (moins d’impôts par exemple si tel est le choix des suisses). En tout état de cause, une hausse du revenu par effet multiplicateur d’où un surplus d’épargne pour accompagner la progression de l’économie et du crédit. 3) Enfin, en cas de fluctuations jugées inopportunes de la demande globale ou des taux d’intérêt, la Banque nationale aurait toutes les possibilités pour agir de manière beaucoup plus efficace qu’aujourd’hui et ajuster la trajectoire de l’économie suisse.

Une incompréhension des conséquences de la réforme sur les conditions du crédit

Il est incorrect de dire qu’il y aurait une «montée en flèche» de taux d’intérêt sur les crédits. D’abord, parce qu’il n’y a aucune rareté d’épargne à craindre, comme indiqué précédemment. Ensuite parce qu’un environnement stable et prévisible est fondamentalement favorable pour les placements à long terme. Ensuite, parce que les banques fixent les taux du crédit non en fonction du coût de leurs ressources, mais des conditions du marché (en Libor + marges) afin de pouvoir les titriser sans pertes le cas échéant. Ce qui leur permet d’empocher «plein pot» la rente monétaire entre les taux des crédits et le coût nul des dépôts qu’elles créent. C’est au contraire dans le cadre du système actuel que les conditions du crédit bancaire risquent d’augmenter drastiquement. Pour pallier l’instabilité chronique du système auquel adhère M. Kalt, il faut augmenter le capital et les ressources subordonnées tout en autorisant les possibilités de «bail in» sur les dépôts (réduction des dépôts des déposants pour payer les créanciers de la banque). Un point oublié par l’auteur de l’article, qu’il serait intéressant de discuter….

Le tableau des critiques de M. Kalt ne serait pas complet sans une référence au renforcement du franc en cas de réussite de la réforme (!), afin de finir d’effrayer les lecteurs peu avertis. Nous y répondrons dans un autre cadre, car celui-ci est déjà très fourni. Il nous semble que, dans l’ensemble, l’article de l’économiste de l’UBS vise essentiellement à donner une image négative, voire noire, de la réforme, sans trop se soucier de la rigueur des arguments, pour en détourner aussi vite que possible les citoyens suisses et protéger ainsi les intérêts qui pourraient se trouver fragilisés par une discussion trop approfondie des tenants et aboutissants de l’activité bancaire dans le cadre actuel. Ce n’est pas ainsi qu’un débat fructueux peut s’engager autour d’une réforme qui pourrait s’avérer capitale pour le bien commun des Suisses, et qui fut non le fruit de quelques cerveaux «illuminés», mais l’aboutissement des réflexions des plus grands économistes de tous les temps, de grands libéraux comme des keynésiens.

* Comité Modernisation Monétaire

 

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307 – En Suisse, bientôt…

Une initiative populaire visant à donner à la banque centrale suisse le monopole de la création monétaire a obtenu assez de signatures pour organiser une votation. Son adoption serait une révolution dans la Confédération.

Avec la crise qui a débuté en 2007, l’idée d’ôter aux banques le pouvoir de créer de la monnaie commence à faire son chemin, progressivement, dans l’opinion. L’an passé, un rapport parlementaire islandais a clairement proposé d’en finir avec ce pouvoir. Mais – et ce n’est pas le moindre des paradoxes – le débat pourrait s’accélérer à partir de la Suisse, pays connu pour son système bancaire démesuré.

Vers une votation

Jeudi 24 décembre, en effet, la chancellerie fédérale helvétique a enregistré officiellement l’initiative populaire « monnaie pleine » qui vise à donner à la Banque nationale suisse (BNS) le monopole absolu de la création monétaire. Cette initiative, lancée en juin 2014 par un groupe dirigé par un instituteur alémanique, Hansruedi Weber, a recueilli 111.824 signatures, soit davantage que les 100.000 nécessaires pour provoquer une votation, autrement dit un référendum.C’est une étape importante pour cette initiative. Désormais, le conseil fédéral (gouvernement) et le parlement suisses vont devoir se prononcer sur le projet qui prévoit la modification de l’article 99 de la constitution helvétique. Puis, à une date qui reste à définir, le peuple suisse sera amené à se prononcer dans une votation. Pour être acceptée, cette initiative devra alors obtenir non seulement la majorité populaire au niveau fédéral, mais aussi dans au moins 12 des 23 cantons de la Confédération.

Les problèmes de la situation actuelle.

Suite sur http://www.latribune.fr/economie/international/les-suisses-voteront-pour-oter-aux-banques-leur-pouvoir-de-creation-monetaire-539180.html

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306 – Sannat : se préparer!

Un article de Charles Sannat que je trouve important

« Comment vous préparer à l’effondrement économique »

Mes chères contrariennes, mes chers contrariens !

Tous les jours ou presque, j’attire votre attention sur la nécessité de vous préparer à l’effondrement économique non pas à venir mais qui est en cours. Je voulais partager avec vous mes différentes réflexions à ce sujet, notamment parce que vous êtes de plus en plus nombreux à m’écrire pour savoir quoi faire, quand cela va se produire, etc.

L’effondrement économique, c’est quoi ?

L’effondrement économique est un terme assez dangereux et trompeur. Pourquoi ? Parce que l’idée d’effondrement renvoi implicitement à un phénomène brutal et violent.

Pourtant en Grèce, rien n’a cessé du jour au lendemain. Vous y trouvez toujours des hôpitaux (devenus payants), des transports en commun (avec une fréquence moindre), des policiers (pour vous taper dessus avec de plus en plus de violence), des agents des impôts (qui désormais vous vident vraiment les poches), des magasins d’alimentation aux rayons remplis (mais où vous ne pouvez plus rien acheter puisque vous n’avez plus d’argent), etc. Je pourrais vous faire une liste à rallonge.

Que penser alors de la Grèce ? Eh bien la Grèce tourne. 7 ans après le début de la crise, quoi que l’on en dise et en dépit de toutes les difficultés plus que réelles, la Grèce ne s’est pas effondrée en tant qu’État et pays. L’eau coule dans les robinets, et l’électricité fonctionne (encore).>>

Suite sur http://www.lecontrarien.com/comment-vous-preparer-a-leffondrement-economique-22-01-2014-edito

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305 – Philippe de Villiers

Il faut écouter  Philippe de Villiers !

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304 – Ordolibéralisme

Je reprends ici un « vieil » article de Serge Le Quéau du 4 avril 2005… toujours d’actualité!

Il ne faudra JAMAIS oublier ce qui se cache derrière ce terme:

 » Économie sociale de marché « 

On débat beaucoup, en France, du « traité établissant une Constitution pour l’Europe », mais trop souvent d’une façon imprécise et fantasmatique, sans jamais établir les grandes inspirations de ce long texte ennuyeux. L’immense majorité de nos représentants politiques ne semble pas pouvoir dire – ne veulent-ils pas le dire ? – que ce traité est d’une remarquable cohérence intellectuelle. Les eurodéputés sont-ils tellement dissipés durant leurs travaux pour qu’ils soient incapables de donner la grande ligne de ce texte sur lequel leurs concitoyens vont être amenés à se prononcer par référendum ?

Ce texte tient, selon nous, une véritable ligne politique. A quelques avancées cosmétiques près par rapport aux traités antérieurs, il ne fait que reprendre, en les systématisant, les principes intellectuels qui régissent la construction européenne depuis le milieu des années 1980.

D’emblée, l’article 1-3 du titre 1 (« définitions et objectifs de l’Union ») est révélateur. Cet article capital définit explicitement les missions de l’Union européenne. Son alinéa 2 détermine la priorité d’ « un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée ». L’alinéa 3, quant à lui, dispose que « l’Europe œuvre pour le développement durable de l’Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive (…) ». Concurrence libre, stabilité des prix, économie sociale de marché : ces trois thèmes sont devenus tellement courants dans les discours politiques des gouvernements européens depuis plusieurs décennies, qu’on risque d’oublier qu’ils viennent tout droit d’une école de pensée structurée autour de principes économiques qui sont devenus les dogmes pour l’action politique européenne. Cette école de pensée, c’est, justement, l’ « économie sociale de marché ».

Attention, le terme « économie sociale de marché » (en allemand Soziale Marktwirtschaft) est un faux ami comme on dit en lexicologie, c’est une étiquette trompeuse. Il est remarquable que pas un exégète du traité n’ait expliqué la signification de cette locution pourtant omniprésente. S’ils l’ignorent, c’est presque pire… L’ « économie sociale de marché » ne renvoie pas du tout à un mixte entre économie sociale et économie de marché. Il s’agit d’un courant de pensée né dans l’Allemagne fédérale d’après-guerre et rassemblant des économistes conservateurs autour de la revue Ordo (d’où l’autre nom de ce courant, l’« ordolibéralisme »). Ses fondateurs, les économistes Walter Eucken, Wilhelm Röpke et Alfred Müller-Armack ont très largement influencé la politique économique des chanceliers allemands, conservateurs (CDU) mais aussi sociaux-démocrates (SPD), ce qui les a auréolé de la paternité intellectuelle du « miracle économique ouest-allemand».

Leur influence posthume est aujourd’hui beaucoup plus large et plus forte. Leurs théories ont été reprises et radicalisées par les traités européens qui se sont succédés depuis une vingtaine d’années. Délestées du poids de l’Etat social qui les contrebalançait lorsqu’elles étaient appliquées en RFA ces idées constituent l’armature intellectuelle des décideurs de l’Europe d’aujourd’hui. L’actuelle commission Barroso, tout comme la commission Prodi avant elle, compte de nombreux promoteurs de cette pensée ordolibérale qui fait l’objet d’un consensus entre la droite et la gauche sociale-libérale. Et dans le personnel politique de tous les pays européens, on retrouve des tenants intransigeants de ces dogmes, souvent impensés comme tels, tant à droite qu’à gauche.

L’économie sociale de marché est fondée sur deux piliers théoriques. Il s’agit, comme le reprend fidèlement le traité constitutionnel, de la politique monétaire et la politique de concurrence:

La politique monétaire doit être soustraite aux mains du pouvoir politique, donc des citoyens, pour être assumée par des experts indépendants, condition nécessaire pour éviter une souplesse monétaire, considérée comme « laxiste », qui aboutit à des risques inflationnistes. L’Allemagne fédérale et son Deutsche Mark fort a exporté son modèle de politique restrictive à tous les pays usagers de l’euro.

Dans le cadre de l’UEM, la politique monétaire de l’Union européenne est décidée par une Banque centrale statutairement indépendante sur laquelle les citoyens des Etats-membres n’ont aucune prise. Outre le déficit démocratique évident et choquant, les conséquences négatives de ce statut sont très visibles en ce moment. Le dogme ordolibéral anti-inflationniste conduit ainsi l’Europe à mener une politique d’euro très fort (par rapport au dollar), désastreuse en terme de croissance économique, d’exportations et d’emplois. Les vendeurs d’Airbus peuvent en témoigner : il est difficile d’être compétitif sur le marché mondial avec une sous-traitance payée en euros. On imagine bien, qu’au final, c’est la masse salariale qui devra s’adapter avec tout l’effet pervers induit en terme de baisse de la demande.

Le deuxième pilier est la politique de la concurrence qui devient le cœur de toute la politique économique. Le meilleur expert pour expliquer la philosophie de la politique européenne en la matière est le commissaire européen au marché intérieur sortant, le Néerlandais Frits Bolkestein, inlassable avocat de l’ordolibéralisme. « Une concentration de pouvoir abusive entre les mains d’un ou de plusieurs opérateurs dominants, donnant lieu à la formation de monopoles et de cartels, peut entraver le libre accès au marché et la libre sortie du marché, et perturber ainsi la formation des prix. (…) La pensée de Eucken et les solutions proposées par lui restent d’actualité, comme le montre le fait que le cadre conceptuel qu’il a élaboré est toujours utilisé dans la politique européenne de concurrence .(…) Il estimait que les autorités devaient intervenir le moins possible dans la vie économique, car il était indispensable que celle-ci soit façonnée par l’individu libre et responsable. Pour Eucken, le socialisme était une vision d’horreur, un modèle, non seulement d’inefficacité, mais aussi, et surtout, d’absence de liberté. ».

La politique d’unification du marché intérieur inspirée par l’économie sociale de marché s’appuie donc sur des postulats très clairs ; il n’est pas étonnant que la direction empruntée aille systématiquement vers le démantèlement de tous les services publics (gaziers, électriques, postaux, etc.) conçus comme autant d’oligopoles dont la position dominante sur le marché est insupportable aux tenants de la concurrence pure et parfaite. Dans cette optique on peut comprendre aussi que la fameuse directive « services » du même Frits Bolkestein n’était en aucune façon une erreur, sauf une erreur de timing risquant de faire capoter l’issue positive des référendums nationaux de ratification. L’ouverture à la libre concurrence intracommunautaire des services est cohérente avec la logique ordolibérale de la commission.

Le fait que les Etats risquent d’entrer en compétition pour proposer la législation sociale la moins coercitive pour les entreprises n’est pas un effet indirect de cette politique : c’est au contraire son objectif profond. Le droit du travail, les systèmes de salaires socialisés, toutes ces conquêtes du salariat sont vues comme des obstacles à la constitution d’un marché unifié et dynamique des services. Ce secteur étant aujourd’hui considéré par les grandes entreprises et par la Commission européenne comme potentiellement riche de profits futurs, le dumping social est à l’ordre du jour. La France devra-t-elle se mettre au niveau des législations sociales lituaniennes ou chypriotes ?

Rien dans le texte du traité ne laisse penser le contraire, même si la directive « services » est mise sous le boisseau le temps des campagnes référendaires. La même lucidité peut nous faire craindre, à moyen terme, la mise sur agenda d’un marché européen des services éducatifs ou de santé, dont la libéralisation qui promet d’être juteuse peut faire saliver les investisseurs, mais inquiéter, à juste titre, les malades et futurs malades, les élèves et leurs parents, pour peu qu’ils ne soient pas issus des couches sociales fortunées.

Si l’on lit attentivement Bolkestein, les salariés européens peuvent se faire du souci. « Il est absolument nécessaire de progresser dans le domaine de la flexibilisation du marché de l’emploi. Le seul instrument auquel nous puissions recourir efficacement à court terme pour amortir un choc économique éventuel est d’ailleurs celui de la flexibilité des salaires et des prix. Le redressement remarquablement rapide des économies d’Extrême-Orient s’explique pour une part non négligeable par la volonté de la population d’occuper tous les emplois disponibles et d’accepter, au besoin, un salaire réduit pour un même travail. En Europe, une réglementation sociale touffue a causé du tort au marché de l’emploi, en le rendant inconsistant et rigide. Pour en accroître la flexibilité, il serait peut-être utile de passer au peigne fin les 70 000 pages de l’acquis communautaire pour voir s’il n’existe pas, dans le domaine du travail, des dispositions que l’on pourrait utilement supprimer parce qu’elles ont des effets négatifs trop importants sur la flexibilité (…) ». De même, les think tanks ordolibéraux, très influents dans les bureaux des commissaires de Bruxelles, ne cessent de militer pour le démantèlement des système de retraite par répartition en vue d’imposer un régime de fonds de pension encouragé par des mesures fiscales.

Les commissaires libéraux, véritables pilotes de l’UE quoique sans véritable légitimité démocratique, ont l’immense avantage de parler clair, là où nos promoteurs français du « oui » mettent un rideau de fumée sur les véritables orientations de l’Europe. Le statut particulier des commissaires ne les oblige pas à tenir des discours hypocrites ou rassurants pour les électeurs ; écoutons-les pour connaître l’Europe qui se prépare. Il est étrange d’entendre M. Strauss-Kahn accuser d’ « irresponsable » M. Barroso, après que ce dernier eut dit que la directive sur les services était toujours à l’ordre du jour, y compris « le principe du pays d’origine » (c’est-à-dire la possibilité du « dumping social » entre les pays de l’UE). Il serait donc irresponsable de dire la vérité aux citoyens qui s’apprêtent à décider leur avenir collectif. Dès le lendemain du référendum, gageons qu’on n’entendra plus guère M. Strauss-Kahn s’opposer à la méchante directive…

Pour finir, donnons une idée de la philosophie politique de la fameuse économie sociale de marché. En matière de promotion de l’égoïsme capitaliste comme premier principe social, le libéralisme des ordolibéraux a peu à envier à l’ultralibéralisme de Friedrich von Hayek et de Milton Friedman, les inspirateurs des désastreuses déréglementations mises en œuvres par R. Reagan et M. Thatcher. Röpke fut d’ailleurs membre, avec ces deux économistes, de la société du Mont-Pélerin? fondée en 1947 pour saper les bases de l’influence intellectuelle de la social-démocratie et du keynésianisme.

Ecoutons une dernière fois l’ancien commisaire Bolkestein : « Si les libéraux considèrent la liberté comme une évidence, ils ne se prononcent pas quant à la manière dont chacun doit utiliser cette liberté. (…) La liberté, a dit un jour l’ancien président des États-Unis Ronald Reagan, c’est aussi la liberté d’être idiot. Ou, pourrions-nous ajouter, la liberté de se replier sur soi-même, de manquer d’ambition ou même, d’être malheureux ». L’Europe ordolibérale ne se contente pas de construire les conditions objectives d’une précarisation et d’une paupérisation d’une grande partie du salariat. Elle développe et diffuse, par ses dispositifs et ses politiques publiques, une théorie justifiant philosophiquement le développement de la pauvreté et de l’exclusion, donnant par avance raison à la généralisation inquiétante de la surdité des « responsables » aux appels à la justice sociale. Pour eux, les victimes du système ont fait le choix d’être minables, tant pis pour eux, c’est cela la liberté…

Depuis le traité de l’Acte Unique européen, signé conjointement, pour la France, par François Mitterrand et Jacques Chirac en 1986, l’Europe se construit selon les principes de l’orthodoxie ordolibérale, méthodiquement. Le traité constitutionnel est le dernier avatar de cette série, un peu plus avenant, peut-être, que les traités de Nice et d’Amsterdam, parce qu’on le présente à l’approbation des électeurs. La consultation référendaire est une chance pour modifier la direction du navire européen dans un sens plus équitable, moins outrageusement favorable aux grandes entreprises et à la spéculation financière.

Au moment où ses dogmes économiques deviendront des principes à valeur constitutionnelle (si le « oui » l’emporte, ils ne pourront être modifiés qu’à l’unanimité des 25 membres, autant dire jamais !), l’ordolibéralisme est le véritable objet du référendum. Voter non lors du référendum est un moyen d’enrayer la progression d’une idéologie économiquement très contestable, régressive du point de vue civilisationnel. Refusons de nous laisser enfermer , pour cinquante ans au moins, dans la nasse libérale !

Serge Le Quéau

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303 – Interview A-J Holbecq

« La crise qui vient sera t-elle décisive ? »

« Questions bonus »

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302 – Colloque sur l’euro

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Le colloque en vidéo

L’euro, un échec inéluctable ?

Diffusé en direct le 21 nov. 2015

00:22:26

Je n’interviens que vers la fin 3 fois environ à 2.00, 2.19, 2.34

– Introduction
00:34:28 – La création de l’euro : Pourquoi une telle erreur économique ?
01:03:54 – La trahison des clercs : pourquoi avoir négligé les avertissements ?
01:28:21 – De la nécessité de mettre fin à la monnaie unique !
02:56:55 – Peut-on rebâtir un système monétaire cohérent et efficace ?
02:39:00 – Sortir de l’euro, c’est nécessaire, mais est-ce suffisant ?
03:12:39 – Les différents plans de sortie de l’Euro : comment sortir de l’euro à moindres coûts !

 

 

 

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301 – A propos de l’euro.

On nous a vendu à grands renforts de publicité que l’euro ce serait
1. Une croissance forte
2. Pas d’inflation
3. Des salaires en forte augmentation
4. Et le plein emploi,
Voyez-vous tout cela ?

On vous dit que la France ne peut pas quitter l’euro car elle est un trop petit pays. C’est faux ; il y a 15 ans la France était la 4 ième puissance économique mondiale et elle vivait sans l’euro. Elle reste quand même aujourd’hui la 6 ième, et on se demande bien comment font, pour garder leur propre monnaie, les 160 pays dans le monde qui sont plus «petits» que la France y compris des pays 200 fois moins peuplés, comme l’Islande par exemple.

On vous dit que quitter l’euro va vous pourrir la vie lorsque vous voyagez en Europe . C’est faux : vous pourrez vous procurer des devises avant votre départ, sur place contre des francs ou payer par carte bancaire sans plus de soucis que lorsque, comme aujourd’hui, vous voyagez hors zone euro.

On vous dit que quitter l’euro va augmenter la dette publique puisque le Franc serait dévalué. C’est faux: la dette publique est, pour 97%, libellée sous contrat de droit français. Les 2000 milliards actuels deviendront 1940 milliards de francs et 60 milliards d’euros

On vous dit que quitter l’euro aura pour effet que la France ne pourra plus emprunter à des taux intéressant sur les marchés. C’est faux, que ce soit en euros ou en francs les taux sont déterminés par les marchés en fonction de la confiance que les prêteurs ont dans l’économie d’un pays. Les taux ne sont actuellement pas identiques pour tous les pays de la zone, et la France est bien placée… Mais, de plus, pourquoi un pays aurait-il donc besoin d’emprunter dans sa propre monnaie, celle qu’il peut créer s’il en a l’utilité et la volonté?

On vous dit que quitter l’euro fera augmenter le prix des carburants. C’est doublement faux car ceux ci sont composés de 60% de taxes qui peuvent être réduites pour stabiliser les prix et le coût du pétrole brut compte seulement pour un quart du prix des carburants à la pompe. Une dévaluation de 20% par rapport au dollar (hypothèse) ne ferait donc augmenter le prix que de 8% … tiens, c’est justement ce que nous avons subi, sans catastrophe, entre fin janvier 2015 et fin avril 2015. Et ils étaient 20% plus chers en août 2012. Autre exemple, le prix de l’essence en Pologne, qui n’est pas dans l’euro, est 20% inférieur à celui de la France.

On vous dit que quitter l’euro fera bondir l’inflation. C’est faux ; les études montrent que l’inflation serait entre 4 et 6 % les 2 premières années et se stabiliserait à 2 % ensuite

On vous dit que quitter l’euro va faire fondre votre épargne et votre patrimoine. C’est faux car votre épargne gardera la même valeur et le même pouvoir d’achat en France, puisque tout sera libellé en francs.

Mais ce qu’on ne vous dit pas, c’est que si nous quittons l’euro, le franc plus faible va permettre à nos entreprises d’exporter plus facilement au bénéfice de l’emploi en France. Par exemple, l’avantage que la France tire de la baisse de l’euro face au dollar (qui a notamment participé à la vente des Rafale), elle pourrait le tirer à un niveau encore bien plus important en quittant l’euro, face à l’Allemagne, sur les machines-outils et la robotique!

Mais ce qu’on ne vous dit pas, c’est que si nous quittons l’euro, du fait que les produits importés couteront un peu plus cher, la production française sera favorisée, ici aussi au bénéfice de l’emploi

Mais ce qu’on ne vous dit pas c’est qu’avec le franc légérement dévalué, nous exporterons plus vers les pays euros, donc engrangerons des euros pour acquitter plus aisément nos dettes.

Mais ce qu’on ne vous dit pas, c’est que si nous quittons l’euro, la Banque de France – qui appartient en totalité à l’Etat – pourra financer les investissements publics nécessaires à taux zéro, sans craindre les foudres de Bruxelles pour déficits excessifs.

Mais ce qu’on ne vous dit pas, c’est que si nous quittons l’euro, et sous réserve que la Banque de France émette la monnaie nécessaire, l’Etat ne devra plus emprunter: ainsi la dette publique sera stabilisée et un peu d’inflation la fera fondre progressivement.

Mais ce qu’on ne vous dit pas c’est que les 10 pays qui sont dans l’Union Européenne mais hors de la zone euro ont des taux de croissance plus élevés que nous, et des taux de chômage plus faibles.

Mais ce qu’on ne vous dit pas c’est que l’euro est une monnaie qui ne satisfait à aucun des critères d’une bonne monnaie unique: mêmes règles fiscales et sociales entre les zones, salaires sensiblements équivalents, transferts importants des zones riches vers les zones pauvres qui devraient être au moins de 10% du PIB alors qu’ils ne sont que de 1%

Mais ce qu’on ne vous dit pas c’est qu’avant la monnaie unique, les ajustements se faisaient par la valeur de la monnaie de chaque pays. La monnaie d’un pays en déficit extérieur baissait, ce qui permettait un rééquilibrage de ses comptes. Aujourd’hui, les ajustements se font sur les salaires. Mais avec des salaires variant de 1 à 10 dans l’UE, nous voyons le résultat en termes de fermetures d’entreprises, de pertes de parts de marché et d’emplois perdus.

Mais ce qu’on ne vous dit pas c’est que plus on attend et plus l’impact destructeur de l’euro porte ses effets: la reconstruction en sera d’autant plus difficile .

La Fondation Res Publica nous confirme les affirmations qui précèdent dans la préface à l’étude de Philippe Murer et Jacques Sapir http://www.fondation-res-publica.org/etude-euro/ (voir aussi :
http://russeurope.hypotheses.org/1933 )

« Certes, à son début, le système de l’Euro a semblé fonctionner, mais l’excédent commercial allemand créait une illusion d’optique en absorbant les déficits des autres pays. Des déficits commerciaux qui, dans le cas de la France, de l’Espagne, de l’Italie et de bien d’autres pays, traduisaient un mouvement profond de désindustrialisation et une perte considérable de compétitivité par rapport à l’industrie allemande, et que la surévaluation de l’Euro a encore accélérée. Loin de converger comme les pères de l’Euro en avaient l’ambition, les économies de la zone ont massivement divergé. La construction même de l’Euro s’est révélée mortifère pour les pays du sud de la zone, et par extension la France, dont les systèmes productifs sont organisés sur un modèle différent du célèbre « modèle allemand », avec des exportations très sensibles aux taux de change. La part de la France dans le marché mondial a ainsi régressé de 5,1% en 2002 à 3,8% aujourd’hui, et la zone Euro dans son ensemble et sur la dernière décennie a subi une croissance bien plus lente que celle des Etats-Unis ou de pays européens n’ayant pas adopté la monnaie unique comme le Royaume-Uni ou la Suède.»

150 économistes, dont 6 prix Nobel, soutiennent que la sortie de l’euro serait bénéfique ou l’envisagent comme une possibilité:
https://altereconomie.wordpress.com/2014/09/07/liste-non-exhaustive-deconomistes-envisageant-la-dissolution-de-leuro-comme-une-possibilite/ et une étude récente montre que l’euro a plombé le PIB de la France de 12% depuis son introduction. http://users.monash.edu.au/~laurap/Research_files/synthetic_euro_CEPR.pdf

La France pourra fortement renforcer sa place en Europe mais aussi développer rapidement ses activités d’export en dehors avec un objectif d’équilibre de sa balance commerciale. La puissance publique devra soutenir les branches industrielles sur lesquelles sera construite la prospérité de la France à l’horizon 2030.
Nous avons vécu plus de mille ans sans l’euro et cela n’a pas empêché la France et le monde de progresser, ni la terre de tourner. Et ceux qui nous disent qu’en sortir nous mènerait à la nuit feraient bien de regarder ce graphique.

croissance

A-J Holbecq
23 novembre 2015

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300 – Collapsologie

Paru sur Bastamag  http://www.bastamag.net/L-effondrement-qui-vient le 6 juin 2015

« Nous sommes en train de vivre une mosaïque d’effondrements »

la fin annoncée de la civilisation industrielle.

par Ivan du Roy 8 juin 2015

Sur les neuf frontières vitales au fonctionnement du « système Terre », au moins quatre ont déjà été transgressées par nos sociétés industrielles, avec le réchauffement climatique, le déclin de la biodiversité ou le rythme insoutenable de la déforestation. Transgresser ces frontières, c’est prendre le risque que notre environnement et nos sociétés réagissent « de manière abrupte et imprévisible », préviennent Pablo Servigne et Raphaël Stevens, dans leur livre « Comment tout peut s’effondrer ». Rappelant l’ensemble des données et des alertes scientifiques toujours plus alarmantes, les deux auteurs appellent à sortir du déni. « Être catastrophiste, ce n’est ni être pessimiste, ni optimiste, c’est être lucide ». Entretien.

Basta ! : Un livre sur l’effondrement, ce n’est pas un peu trop catastrophiste ?

Pablo Servigne et Raphaël Stevens : [1] La naissance du livre est l’aboutissement de quatre années de recherche. Nous avons fusionné des centaines d’articles et d’ouvrages scientifiques : des livres sur les crises financières, sur l’écocide, des ouvrages d’archéologie sur la fin des civilisations antiques, des rapports sur le climat… Tout en étant le plus rigoureux possible. Mais nous ressentions une forme de frustration : quand un livre aborde le pic pétrolier (le déclin progressif des réserves de pétrole puis de gaz), il n’évoque pas la biodiversité ; quand un ouvrage traite de l’extinction des espèces, il ne parle pas de la fragilité du système financier… Il manquait une approche interdisciplinaire. C’est l’objectif du livre.

Au fil des mois, nous avons été traversés par de grandes émotions, ce que les anglo-saxons appellent le « Oh my god point » (« Oh la vache ! » ou « Oh mon dieu ! »). On reçoit une information tellement énorme que c’en est bouleversant. Nous avons passé plusieurs « Oh my god points », comme découvrir que notre nourriture dépend entièrement du pétrole, que les conséquences d’un réchauffement au-delà des 2°C sont terrifiantes, que les systèmes hautement complexes, comme le climat ou l’économie, réagissent de manière abrupte et imprévisible lorsque des seuils sont dépassés. Si bien que, à force de lire toutes ces données, nous sommes devenus catastrophistes. Pas dans le sens où l’on se dit que tout est foutu, où l’on sombre dans un pessimisme irrévocable. Plutôt dans le sens où l’on accepte que des catastrophes puissent survenir : elles se profilent, nous devons les regarder avec courage, les yeux grand ouverts. Être catastrophiste, ce n’est ni être pessimiste, ni optimiste, c’est être lucide.

Pic pétrolier, extinction des espèces, réchauffement climatique… Quelles sont les frontières de notre civilisation « thermo-industrielle » ?

Nous avons distingué les frontières et les limites. Les limites sont physiques et ne peuvent pas être dépassées. Les frontières peuvent être franchies, à nos risques et périls. La métaphore de la voiture, que nous utilisons dans le livre, permet de bien les appréhender. Notre voiture, c’est la civilisation thermo-industrielle actuelle. Elle accélère de manière exponentielle, à l’infini, c’est la croissance. Or, elle est limitée par la taille de son réservoir d’essence : le pic pétrolier, celui des métaux et des ressources en général, le « pic de tout » (Peak Everything) pour reprendre l’expression du journaliste états-unien Richard Heinberg. A un moment, il n’y a plus suffisamment d’énergies pour continuer. Et ce moment, c’est aujourd’hui. On roule sur la réserve. On ne peut pas aller au-delà.

Ensuite, il y a les frontières. La voiture roule dans un monde réel qui dépend du climat, de la biodiversité, des écosystèmes, des grands cycles géochimiques. Ce système terre comporte la particularité d’être un système complexe. Les systèmes complexes réagissent de manière imprévisible si certains seuils sont franchis. Neuf frontières vitales à la planète ont été identifiées : le climat, la biodiversité, l’affectation des terres, l’acidification des océans, la consommation d’eau douce, la pollution chimique, l’ozone stratosphérique, le cycle de l’azote et du phosphore et la charge en aérosols de l’atmosphère.

Sur ces neuf seuils, quatre ont déjà été dépassés, avec le réchauffement climatique, le déclin de la biodiversité, la déforestation et les perturbations du cycle de l’azote et du phosphore. L’Europe a par exemple perdu la moitié de ses populations d’oiseaux en trente ans (lire ici). La biodiversité marine est en train de s’effondrer et les premières « dead zones » (zones mortes) apparaissent en mer. Ce sont des zones où il n’y a carrément plus de vie, plus assez d’interactions du fait de très fortes pollutions (voir ici). Sur terre, le rythme de la déforestation demeure insoutenable [2]. Or, quand nous franchissons une frontière, nous augmentons le risque de franchissement des autres seuils. Pour revenir à notre métaphore de la voiture, cela correspond à une sortie de route : nous avons transgressé les frontières. Non seulement nous continuons d’accélérer, mais en plus nous avons quitté l’asphalte pour une piste chaotique, dans le brouillard. Nous risquons le crash.

Quels sont les obstacles à la prise de conscience ?

Il y a d’abord le déni, individuel et collectif. Dans la population, il y a ceux qui ne savent pas : ceux qui ne peuvent pas savoir par absence d’accès à l’information et ceux qui ne veulent rien savoir. Il y a ceux qui savent, et ils sont nombreux, mais qui n’y croient pas. Comme la plupart des décideurs qui connaissent les données et les rapports du GIEC, mais n’y croient pas vraiment. Enfin, il y a ceux qui savent et qui croient. Parmi eux, on constate un éventail de réactions : ceux qui disent « à quoi bon », ceux qui pensent que « tout va péter »…

L’alerte sur les limites de la croissance a pourtant été lancée il y a plus de 40 ans, avec le rapport du physicien américain Dennis Meadows pour le Club de Rome (1972). Comment expliquer cet aveuglement durable des « décideurs » ?

Quand un fait se produit et contredit notre représentation du monde, nous préférons déformer ces faits pour les faire entrer dans nos mythes plutôt que de les changer. Notre société repose sur les mythes de la compétition, du progrès, de la croissance infinie. Cela a fondé notre culture occidentale et libérale. Dès qu’un fait ne correspond pas à ce futur, on préfère le déformer ou carrément le nier, comme le font les climatosceptiques ou les lobbies qui sèment le doute en contredisant les arguments scientifiques.

Ensuite, la structure de nos connexions neuronales ne nous permet pas d’envisager facilement des évènements de si grande ampleur. Trois millions d’années d’évolution nous ont forgé une puissance cognitive qui nous empêche d’appréhender une catastrophe qui se déroule sur le long terme. C’est l’image de l’araignée : la vue d’une mygale dans un bocal provoque davantage d’adrénaline que la lecture d’un rapport du GIEC ! Alors que la mygale enfermée est inoffensive et que le réchauffement climatique causera potentiellement des millions de morts. Notre cerveau n’est pas adapté à faire face à un problème gigantesque posé sur le temps long. D’autant que le problème est complexe : notre société va droit dans le mur, entend-on. Ce n’est pas un mur. Ce n’est qu’après avoir dépassé un seuil – en matière de réchauffement, de pollution, de chute de la biodiversité – que l’on s’aperçoit que nous l’avons franchi.

Ne pouvons-nous pas freiner et reprendre le contrôle de la voiture, de notre civilisation ?

Notre volant est bloqué. C’est le verrouillage socio-technique : quand une invention technique apparaît – le pétrole et ses dérivés par exemple –, elle envahit la société, la verrouille économiquement, culturellement et juridiquement, et empêche d’autres innovations plus performantes d’émerger. Notre société reste bloquée sur des choix technologiques de plus en plus inefficaces. Et nous appuyons à fond sur l’accélérateur car on ne peut se permettre d’abandonner la croissance, sauf à prendre le risque d’un effondrement économique et social. L’habitacle de notre voiture est aussi de plus en plus fragile, à cause de l’interconnexion toujours plus grande des chaînes d’approvisionnement, de la finance, des infrastructures de transport ou de communication, comme Internet. Un nouveau type de risque est apparu, le risque systémique global. Un effondrement global qui ne sera pas seulement un simple accident de la route. Quelle que soit la manière dont on aborde le problème, nous sommes coincés.

Les manières dont l’effondrement pourraient se produire et ce qui restera de la civilisation post-industrielle est abondamment représentée au cinéma – de Interstellar à Mad Max en passant par Elysium – ou dans des séries comme Walking Dead. Cet imaginaire est-il en décalage avec votre vision du « jour d’après » ?

Parler d’effondrement, c’est prendre le risque que notre interlocuteur s’imagine immédiatement Mel Gibson avec un fusil à canon scié dans le désert. Parce qu’il n’y a que ce type d’images qui nous vient. Nos intuitions ne mènent cependant pas à un monde version Mad Max, mais à des images ou des récits que nous ne retrouvons que trop rarement dans les romans ou le cinéma. Ecotopia, par exemple, est un excellent roman utopiste d’Ernest Callenbach. Publié aux États-Unis en 1975, il a beaucoup inspiré le mouvement écologiste anglo-saxon, mais n’est malheureusement pas traduit en français. Nous ne pensons pas non plus que ce sera un avenir à la Star Trek : nous n’avons plus suffisamment d’énergies pour voyager vers d’autres planètes et coloniser l’univers. Il est trop tard.

Il y a une lacune dans notre imaginaire du « jour d’après ». L’URSS s’est effondrée économiquement. La situation de la Russie d’aujourd’hui n’est pas terrible, mais ce n’est pas Mad Max. A Cuba, le recours à l’agroécologie a permis de limiter les dégâts. Mad Max a cette spécificité d’aborder un effondrement à travers le rôle de l’énergie, et de considérer qu’il restera encore assez de pétrole disponible pour se faire la guerre les uns contre les autres. Les scientifiques s’attendent bien à des évènements catastrophistes de ce type. Dans la littérature scientifique, l’apparition de famines, d’épidémies et de guerres est abordée, notamment à travers la question climatique. L’émigration en masse est déjà là. Il ne s’agit pas d’avoir une vision naïve de l’avenir, nous devons rester réalistes, mais il y a d’autres scénarios possibles. A nous de changer notre imaginaire.

Existe-t-il, comme pour les séismes, une échelle de Richter de l’effondrement ?

Nous nous sommes intéressés à ce que nous apprennent l’archéologie et l’histoire des civilisations anciennes. Des effondrements se sont produits par le passé, avec l’Empire maya, l’Empire romain ou la Russie soviétique. Ils sont de différentes natures et de degrés divers. L’échelle réalisée par un ingénieur russo-américain, Dmitry Orlov, définit cinq stades de l’effondrement : l’effondrement financier – on a eu un léger aperçu de ce que cela pourrait provoquer en 2008 –, l’effondrement économique, politique, social et culturel, auxquels on peut ajouter un sixième stade, l’effondrement écologique, qui empêchera une civilisation de redémarrer. L’URSS s’est, par exemple, arrêtée au stade 3 : un effondrement politique qui ne les a pas empêchés de remonter la pente. Les Mayas et les Romains sont allés plus loin, jusqu’à un effondrement social. Cela a évolué vers l’émergence de nouvelles civilisations, telle l’entrée de l’Europe dans le Moyen Âge.

Quels sont les signes qu’un pays ou une civilisation est menacé d’effondrement ?

Il y a une constante historique : les indicateurs clairs de l’effondrement se manifestent en premier lieu dans la finance. Une civilisation passe systématiquement par une phase de croissance, puis une longue phase de stagnation avant le déclin. Cette phase de stagnation se manifeste par des périodes de stagflation et de déflation. Mêmes les Romains ont dévalué leur monnaie : leurs pièces contenaient beaucoup moins d’argent métal au fil du temps. Selon Dmitry Orlov, nous ne pouvons plus, aujourd’hui, éviter un effondrement politique, de stade 3. Prenez le sud de l’Europe : l’effondrement financier qui a commencé est en train de muter en effondrement économique, et peu à peu en perte de légitimité politique. La Grèce est en train d’atteindre ce stade.

Autre exemple : la Syrie s’est effondrée au-delà de l’effondrement politique. Elle entame à notre avis un effondrement social de stade 4, avec des guerres et des morts en masse. Dans ce cas, on se rapproche de Mad Max. Quand on regarde aujourd’hui une image satellite nocturne de la Syrie, l’intensité lumineuse a diminué de 80% comparé à il y a quatre ans. Les causes de l’effondrement syrien sont bien évidemment multiples, à la fois géopolitiques, religieuses, économiques… En amont il y a aussi la crise climatique. Avant le conflit, des années successives de sécheresse ont provoqué des mauvaises récoltes et le déplacement d’un million de personnes, qui se sont ajoutées aux réfugiés irakiens, et ont renforcé l’instabilité.

Même simplifiée, cette classification des stades nous permet de comprendre que ce que nous sommes en train de vivre n’est pas un événement homogène et brutal. Ce n’est pas l’apocalypse. C’est une mosaïque d’effondrements, plus ou moins profonds selon les systèmes politiques, les régions, les saisons, les années. Ce qui est injuste, c’est que les pays qui ont le moins contribué au réchauffement climatique, les plus pauvres, sont déjà en voie d’effondrement, notamment à cause de la désertification. Paradoxalement, les pays des zones tempérées, qui ont le plus contribué à la pollution, s’en sortiront peut-être mieux.

Cela nous amène à la question des inégalités. « Les inégalités dans les pays de l’OCDE n’ont jamais été aussi élevées depuis que nous les mesurons », a déclaré, le 21 mai à Paris, le secrétaire général de l’OCDE. Quel rôle jouent les inégalités dans l’effondrement ?

Les inégalités sont un facteur d’effondrement. Nous abordons la question avec un modèle nommé « Handy », financé par la Nasa. Il décrit les différentes interactions entre une société et son environnement. Ce modèle montre que lorsque les sociétés sont inégalitaires, elles s’effondrent plus vite et de manière plus certaine que les sociétés égalitaires. La consommation ostentatoire tend à augmenter quand les inégalités économiques sont fortes, comme le démontrent les travaux du sociologue Thorstein Veblen. Cela entraîne la société dans une spirale consommatrice qui, au final, provoque l’effondrement par épuisement des ressources. Le modèle montre également que les classes riches peuvent détruire la classe des travailleurs – le potentiel humain –, en les exploitant de plus en plus. Cela fait étrangement écho aux politiques d’austérité mises en place actuellement, qui diminuent la capacité des plus pauvres à survivre. Avec l’accumulation de richesses, la caste des élites ne subit l’effondrement qu’après les plus pauvres, ce qui les rend aveugles et les maintient dans le déni. Deux épidémiologistes britanniques, Richard Wilkinson et Kate Pickett [3], montrent aussi que le niveau des inégalités a des conséquences très toxiques sur la santé des individus.

Le mouvement de la transition, très branché sur les alternatives écologiques, s’attaque-t-il suffisamment aux inégalités ?

Le mouvement de la transition touche davantage les classes aisées, les milieux éduqués et bien informés. Les classes précaires sont moins actives dans ce mouvement, c’est un fait. Dans le mouvement de la transition, tel qu’il se manifeste en France avec Alternatiba ou les objecteurs de croissance, la question sociale est présente, mais n’est pas abordée frontalement. Ce n’est pas un étendard. La posture du mouvement de la transition, c’est d’être inclusif : nous sommes tous dans le même bateau, nous sommes tous concernés. C’est vrai que cela peut gêner les militants politisés qui ont l’habitude des luttes sociales. Mais cela permet aussi à beaucoup de gens qui sont désabusés ou peu politisés de se mettre en mouvement, d’agir et de ne plus se sentir impuissant.

Le mouvement de la transition est venu du Royaume-Uni où, historiquement, le recours à l’État providence est moins fort. « N’attendons pas les gouvernements, passons à l’action », est leur leitmotiv. Il s’agit de retrouver des leviers d’action là où une puissance d’agir peut s’exercer, sans les politiques ni l’État : une rue, un quartier, un village. Le rôle des animateurs du mouvement est de mettre chacun, individu ou collectif, en relation.

Le mouvement de la transition semble être configuré par les espaces où un citoyen peut encore exercer sa puissance d’agir : la sphère privée, sa manière de se loger ou de consommer, son quartier… Le monde du travail, où cette puissance d’agir est actuellement très limitée, voire empêchée, mais qui demeure le quotidien de millions de salariés, en est-il de fait exclu ?

Pas forcément. C’est ce qu’on appelle la « REconomy » : bâtir une économie qui soit compatible avec la biosphère, prête à fournir des services et fabriquer des produits indispensables à nos besoins quotidiens. Cela ne se fait pas seulement sur son temps libre. Ce sont les coopératives ou l’entrepreneuriat tournés vers une activité sans pétrole, évoluant avec un climat déstabilisé. Ce sont aussi les monnaies locales. Tout cela représente aujourd’hui des millions de personnes dans le monde [4]. Ce n’est pas rien.

La transition, c’est l’histoire d’un grand débranchement. Ceux qui bossent dans et pour le système, qui est en voie d’effondrement, doivent savoir que cela va s’arrêter. On ne peut pas le dire autrement ! Il faut se débrancher, couper les fils progressivement, retrouver un peu d’autonomie et une puissance d’agir. Manger, s’habiller, se loger et se transporter sans le système industriel actuel, cela ne va pas se faire tout seul. La transition, c’est un retour au collectif pour retrouver un peu d’autonomie. Personnellement, nous ne savons pas comment survivre sans aller au supermarché ou utiliser une voiture. Nous ne l’apprendrons que dans un cadre collectif. Ceux qui demeureront trop dépendants vont connaître de grosses difficultés.

Ce n’est pas un peu brutal comme discours, surtout pour ceux qui n’ont pas forcément la capacité ou la marge de manœuvre d’anticiper l’effondrement ?

La tristesse, la colère, l’anxiété, l’impuissance, la honte, la culpabilité : nous avons successivement ressenti toutes ces émotions pendant nos recherches. Nous les voyons s’exprimer de manière plus ou moins forte au sein du public que nous côtoyons. C’est en accueillant ces émotions, et non en les refoulant, que nous pouvons faire le deuil du système industriel qui nous nourrit et aller de l’avant. Sans un constat lucide et catastrophiste d’un côté, et des pistes pour aller vers la transition de l’autre, on ne peut se mettre en mouvement. Si tu n’es que catastrophiste, tu ne fais rien. Si tu n’es que positif, tu ne peux pas te rendre compte du choc à venir, et donc entrer en transition.

Comment, dans ce contexte, faire en sorte que l’entraide et les dynamiques collectives prévalent ?

Le sentiment d’injustice face à l’effondrement peut être très toxique. En Grèce, qui est en train de s’effondrer financièrement, économiquement et politiquement, la population vit cela comme une énorme injustice et répond par la colère ou le ressentiment. C’est totalement légitime. La colère peut être dirigée, avec raison, contre les élites, comme l’a montré la victoire de Syriza. Mais elle risque aussi de prendre pour cible des boucs émissaires. On l’a vu avec le parti d’extrême droite Aube dorée qui s’en prend aux étrangers et aux immigrés. Traiter en amont la question des inégalités permettrait de désamorcer de futures catastrophes politiques. C’est pour cela que les syndicats et les acteurs des luttes sociales ont toute leur place dans le mouvement de la transition.

Recueilli par Ivan du Roy

En une : déchets et pollution sur une plage de Malaisie / CC epSos .de
Photo de Pablo Servigne : © Marie Astier / Reporterre
Photo de Raphaël Stevens : © Jérôme Panconi


- A lire : Comment tout peut s’effondrer ; petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Ed du Seuil (collection anthropocène), avril 2015, 304 p. 19€.

- Face aux risques d’effondrement, découvrez notre carte des alternatives en France ainsi que notre rubrique Inventer.


- Comparatif entre les prévisions du Club de Rome de 1972 et la situation actuelle en matière d’épuisement des ressources, de production agricole et industrielle, d’accroissement de la population, d’augmentation de la déforestation et de la pollution globale…

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299 – Vers une vraie monnaie souveraine

Vers une vraie monnaie souveraine
Réserves fractionnaires et monnaie pleine : un rappel

D’après l’enseignement universitaire [1] on note deux étapes ayant amené à un système monétaire à réserves fractionnaires. Vers 1655, à Londres et Amsterdam, les orfèvres qui avaient l’habitude d’attester les dépôts d’or des nobles et des riches marchands dans leurs coffres par des certificats de dépôts nominatifs, commencent à émettre ces certificats en valeurs rondes et « au porteur » en les rendant anonymes. Ces certificats purent donc servir de moyens de paiement en passant de main en main.

Mais très vite, vers 1670, les orfèvres s’aperçurent que les détenteurs de ces certificats, accordant une grande confiance aux orfèvres, ne demandent qu’assez rarement la transformation de leurs certificats en or. Les orfèvres commencent à émettre, contre intérêts, plus de certificats qu’ils ne détiennent d’or. Ces certificats tout à fait identiques aux certificats constatant de véritables dépôts servent donc à payer les dettes, et deviennent de la « monnaie » crée sans contrepartie véritable. Les orfèvres deviennent des banquiers au sens moderne du terme, prêtant ce qu’ils ne disposent pas : ils « créent » littéralement la monnaie en « monétisant » des reconnaissances de dette ou des hypothèques. Leurs réserves (l’or dans leur coffre) sont fractionnaires par rapport au montant des certificats émis. C’est de là que vient le terme « réserves fractionnaires »

Système à réserves fractionnaires

Aujourd’hui, le monde entier fonctionne sur ce système, la monnaie centrale ayant remplacée l’or et l’État (par sa Banque Centrale) étant le garant de cette monnaie centrale.
Pour faciliter la compréhension de ce qui suit, nous allons garder le terme de monnaie centrale et allons utiliser le terme « argent » pour signifier la monnaie produite par les banquiers .

Il faut bien que le lecteur admette une chose que savent tous les économistes : lorsque vous avez besoin d’argent et que vous frappez à la porte d’un banquier, celui-ci, en contrepartie de garanties que vous lui apportez (caution, reconnaissance de dette, obligation, hypothèque, nantissement, etc…) ne va pas, pour vous prêter, puiser dans sa caisse ou dans les comptes d’autres déposants. Non ! il va créer « ex nihilo » cet argent en l’inscrivant sur votre compte bancaire : cet argent n’existait tout simplement pas 1 seconde avant. Cette « monétisation » consiste donc en l’inscription simultanée, au bilan de la banque, d’une reconnaissance de dette à l’actif et d’argent à leur passif, sur le compte du bénéficiaire du crédit. Les économistes disent que « ce sont les crédits qui forment les dépôts, et non pas les dépôts qui permettent les crédits »[3]
Lorsque le crédit est remboursé, majoré de l’intérêt, l’argent qui avait été créé par la banque est détruit. L’intérêt est donc le bénéfice de la banque.

Bien sur les banques sont limitées par un certain nombre de règles dites « prudentielles » (mais nous savons tous comment la comptabilité bien comprise permet souvent de passer outre). Ces règles sont :
– la banque doit disposer de monnaie centrale à hauteur (dans la zone euro) de 1% des crédits qu’elle accorde : ce sont les « réserves obligatoires ».
– la banque doit pouvoir satisfaire, en l’achetant avec de la monnaie centrale, la demande d’espèces de ses clients (au guichet ou par prélèvement de Carte Bancaire) ; ceci représente sensiblement 15% des dépôts.
– la banque doit pouvoir satisfaire, toujours en monnaie centrale, des dettes envers ses concurrentes, les compensations interbancaires (au niveau de toutes les banques prises dans leur ensemble ce montant est de zéro)
– Les règlementations (Bâle III) leurs imposent de disposer de 8% de fonds propres par rapport aux crédits qu’elles ont en cours

Bon an mal an les banques créent en définitive de 3 à 6 fois la « monnaie centrale (en y incluant les espèces) [4] , mais on a vu des banques multipliant plus de 20 fois leurs disponibilités en monnaie centrale : il n’y a pas assez de monnaie centrale (garantie par l’État) en cas de demande importante ou de « bank run ». De plus les banques peuvent, pour compte propre, payer leurs frais ou leurs investissements, créer l’argent qui va leur servir à spéculer et créer des bulles, ne pas accorder des crédits selon leur bon vouloir donc « briser » la croissance ou à l’inverse augmenter considérablement la quantité d’argent en circulation créant ainsi de l’inflation.

La création monétaire est, dans le système bancaire à réserves fractionnaires, totalement incontrôlable et avec elle ses effets induits sur les différents aspects du système économique et financier. Les banques ont trop besoin de maximiser les profits et trop de pouvoir que leur donne cette capacité de création d’argent ex-nihilo.

En résumé, la création monétaire par le crédit bancaire est une formidable machine à distribuer de « faux droits » et des « revenus non gagnés » ainsi qu’à creuser des inégalités de revenus et de patrimoines sans aucun rapport avec les contributions réelles des individus à la création de richesses réelles.

Du système à réserves fractionnaires à la « monnaie pleine »

Depuis fort longtemps, mais en particulier depuis Fisher (1936) et plus près de nous Allais, de nombreux économistes (entre autres : Walras, Mises, Tobin, Minsky, Simons, Friedman, et dernièrement Kumhof et Benes du FMI) ont dénoncé ce système à réserves fractionnaires ayant amené à plus de 20 crises monétaires et financières depuis 1980. Ils ont proposé, sous une forme ou une autre, d’interdire aux banques commerciales de créer de « l’argent de crédit » et de réserver l’émission monétaire à la seule banque centrale (la Banque de France en ce qui nous concerne) : c’est ce qu’on appelle la « monnaie pleine » [5]

Dans la pratique, du jour au lendemain, si la décision était prise, les comptes bancaires de chacun d’entre nous passeraient hors bilan des banques et notre argent disponible (celui de nos comptes bancaires) serait ainsi totalement considéré comme de la monnaie centrale et ainsi garanti par l’État (et donc par la collectivité). Votre banque ou le « gestionnaire » que vous choisiriez se contentant de tenir la comptabilité des échanges commerciaux et individuels.

Le financement de l’économie serait assuré par l’épargne (les banques devenant intermédiaires percevront leurs honoraires sur ce travail d’intermédiation) et des emprunts éventuels à la Banque de France ou sur le « marché monétaire » si nécessaire.
Les avantages sont nombreux : stabilité systémique, régularité de la croissance, efficacité économique et équité sociale.

Cette proposition aujourd’hui à l’étude par le gouvernement Islandais (voir l’article de Laurent Herblay ), par les Anglais de « monetative », par les Suisses de « Vollgeld Initiative » , etc., remédierait aux risques inhérents à « l’argent-dette ». Chaque année le complément de masse monétaire souhaitée [6], émis sans dette ni intérêts par la Banque de France , viendrait abonder le compte du Trésor Public, permettant par exemple le financement de la transition écologique et énergétique, le payement des intérêts de la dette, le déficit primaire ou le remboursement d’une part de la dette.
Puis cette monnaie sans intérêts, ne devant jamais plus être remboursée [7] circulera et diffusera dans l’économie dans un nombre de cycles sans fin, une partie prêtée par les épargnants aux emprunteurs permettant de financer les besoins de crédits privés .

Il est peu probable qu’un tel système qui sous entends une « monnaie souveraine » puisse être accepté à l’unanimité par les 19 pays de la zone euro, sauf si la terrible crise financière qui ne va pas manquer de se produire un moment ou un autre, force tous ces pays à revoir leurs dogmes ultra libéraux sur ces questions. En attendant, la France pourrait ainsi montrer ses choix souverains en décidant seule d’appliquer sur son territoire la « monnaie pleine »

A-J Holbecq

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Notes

[1] Économie monétaire et financière – Collection Grand Amphi – ed Bréal

[2] Les économistes utilisent les termes « monnaie centrale » pour définir la monnaie électronique émise par les Banques Centrales et le terme « espèces » pour définir la monnaie papier aussi « monnaie manuelle » pour définir les billets de banque qu’ils sont les seuls, par la loi, à pouvoir produire. Les banques commerciales, dites de « second rang » peuvent produire une seule monnaie électronique (ou scripturale), celle dont les « agents non bancaires » (les ménages, les entreprises, les administrations) se servent et qu’ici nous allons appeler « argent » pour faciliter la différenciation.

[3] Lorsque cet argent est créé, l’emprunteur va le faire circuler en payant ses achats ; il se retrouve donc sur d’autres comptes bancaires. Certains des bénéficiaires n’ont pas besoin immédiat de cet argent et vont donc proposer au banquier de prêter leur épargne. Donc, le banquier va jouer un second rôle, celui d’intermédiaire entre un épargnant et un emprunteur. On considère ainsi que 40% des prêts (qui ne sont pas à proprement parler des « crédits ») sont issus de l’épargne (qui elle-même est nécessairement issue de la création monétaire, de même que la détention d’espèces)

[4] On parle parfois de « coefficient multiplicateur » mais il faut se méfier de ce terme, car in fine, les banques font plutôt ce qu’elles veulent et c’est bien les banques centrales qui sont obligées de suivre dans leur émission de monnaie centrale pour éviter une crise dite de « liquidités ».

[5] Plusieurs dénominations existent : 100% monnaie, Système Monétaire A Réserves Totales. Le « narrow banking » y fait également référence. Toutes, mêmes lorsque les mises en œuvres techniques diffèrent, aboutissent au résultat décrit dans cet article.

[6] On peut estimer un montant raisonnable de 100 milliards par an

[7] La régulation à la baisse (si nécessaire) de la masse monétaire peut être réalisée par des recettes du Trésor Public qui ne seraient pas remises en circulation dans l’économie mais rendue à la Banque de France

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298 – Le banquier du diable

 

xerfi

Vidéo : Le banquier du diable
09/03/2015

Politique déflationniste, niveau de dette record, chômage de masse, gouvernement affaibli et montée des extrémismes…. Voilà des tendances qui peuvent résumer l’époque que nous vivons. Mais ces tendances ne sont pas une premières dans l’histoire : l’Allemagne, au tournant des années 30, était exactement dans la même situation. Mais à l’époque, il y avait un homme qui a permis de juguler ces problèmes (sauf, malheureusement, de la montée des extrêmes). Il s’agit d’Hjalmar Schacht, l’homme fort de l’économie allemande d’alors. Pour en parler, Xerfi Canal TV a reçu Jean-François Bouchard, haut fonctionnaire, économiste et auteur du livre « Le banquier du diable », retracant la vie d’Hjalmar Schacht.

Une interview menée par Thibault Lieurade.

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