297 – Les banquiers vous diront …

Les banquiers vous diront qu’ils ne créent pas de monnaie … pourquoi ?

Plutôt que de répéter la démonstration qu’on trouve habituellement dans tous les livres d’économie, à savoir l’explication par étape en considérant d’abord que tout le système n’existe qu’au sein d’une seule banque, puis en introduisant deux banques avec des parts de marché différentes, puis pour finir en introduisant une banque centrale dans la démonstration, (banque centrale qui seule peut satisfaire à la demande de monnaie centrale, la plus connue étant la monnaie dite « fiduciaire »), essayons de nous mettre à la place du « petit » banquier, simple directeur d’agence.

Dans son activité, ce banquier, trésorier d’agence, ne s’inquiète pas de savoir s’il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques »), par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c’est le système qui va la rappeler à l’ordre, car il faudra soit qu’il s’endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu’il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus, son bilan n’est pas inépuisable….)

1 – Au niveau d’une banque prise isolément, les deux positions suivantes correspondent à l’expérience du banquier :
a) il crée des dépôts en achetant (en monétisant) une créance (une reconnaissance de dette) et en payant cet achat de créance par une inscription immédiate du montant au crédit du compte à vue du client, lequel pourra utiliser ce compte pour régler ses dépenses.
b) il a besoin de dépôts car il va devoir financer son déficit de trésorerie vis à vis des autres banques (si ce n’est pas le cas il devra se refinancer en monnaie centrale car pour avoir des comptes équilibrés en elles, les banques doivent « marcher au même pas » entre les parts de marché de crédits et les parts de marché de dépôt dans une zone monétaire ).

Donc le banquier isolé n’a pas le sentiment qu’il peut créer de la monnaie avec son stylo, parce qu’il faudra bien qu’il « finance » le prêt qu’il a accordé.

2 – Au niveau du système bancaire dans son ensemble, toutes les banques prêtent (elles font toutes le point 1a ci-dessus), et vont donc (pas forcément consciemment) se refinancer les unes les autres.
Prenons un cas très simple où la monnaie n’est composée que de dépôts bancaires (pas de réserves obligatoires ni de demande de billets de la part de sa clientèle, la seule nécessité restant la compensation interbancaire) et où l’ensemble des dépôts des clients dans tout le réseau bancaire est de 100 000.

Supposons une toute petite banque A qui fait 1% de part de marché de l’ensemble des dépôts toutes banques confondues. Les dépôts de ses clients sont donc de 1 000 et la part de marché des autres banques prises dans leur ensemble est donc de 99% de l’ensemble des dépôts, ce qui représente un total de 99 000

Supposons que cette banque A augmente ses crédits (et donc – instantanément – ses dépôts à vue) de 100 (10%). Elle va devoir financer 99 (la quasi totalité) qui part vers les autres banques (les fuites), puisque 99% des comptes à vue sont détenus par des clients dans les autres banques (toutes choses égales par ailleurs).

Mais, heureusement, les autres banques vont aussi prêter (si elles ne le faisaient pas, elles perdraient une partie de leur clientèle qui irait vers la banque prêteuse et donc des dépôts), c’est-à-dire créer des dépôts et subir des sorties qui vont aller vers les autres banques.
Supposons donc que les autres banques augmentent leurs crédits/dépôts à vue de 10% également, c’est-à-dire de 9 900. Elles vont subir globalement une fuite de 1% de 9 900 vers la banque A soit 99.

La banque A reçoit donc ces 99 sous forme de dépôts, lesquels vont « financer » le crédit qu’elle a consenti, mais on comprend bien que le crédit qu’elle a fait précède les dépôts.

Donc, le système bancaire dans son ensemble aura créé 10 000 de monnaie de crédit, mais chaque banquier-trésorier aura eu le sentiment qu’il les a financés par des dépôts venant des autres banques et qu’il a ainsi mobilisé de l’épargne préexistante. Ainsi, le témoin extérieur de cette opération aura l’impression que ce sont les dépôts à vue qui sont prêtés, alors qu’il s’agit de création monétaire par le crédit, créant ces dépôts.

Dans ce qui précède la simplification est patente. Un réseau bancaire (« une banque »), lorsqu’il monétise des créances, est tenu de disposer :
a) Dans son bilan, de sensiblement 8% (qui peut descendre à 4%) des crédits en cours sous forme de capitaux propres pondérés formant une « base de capital » (ratio Mac Donough dans le cadre des règles de Bâle II). Il n’y a évidemment pas de dépôt de ces 8% en banque centrale, mais ce sont ces besoins de 8% de fonds propres qui expliquent l’idée que les banques peuvent créer 12,5 fois la monnaie qu’elles détiennent.
b) d’une certaine quantité de monnaie centrale correspondant à ce que l’on nomme « fuites », et qui correspond 1) à la demande de monnaie fiduciaire par le secteur non bancaire, 2) aux réserves obligatoires – montant bloqué en Banque Centrale – et correspondant à 2% des dépôts (dépôts à vue, dépôts à terme d’une durée inférieure ou égale à deux ans, dépôts remboursables avec un préavis inférieur ou égal à deux ans, titres de créances d’une durée initiale inférieure ou égale à deux ans), 3) aux besoins de compensation qui se produisent dans les cas montrés ci-dessus.
S’il est connu que l’ensemble des réseaux bancaires (puisque les compensations entre les banques s’annulent), peut émettre une quantité limitée de monnaie scripturale (reconnaissances de dettes), à partir d’une quantité donnée de monnaie centrale qu’il détient ou qu’il peut se procurer. Ce coefficient multiplicateur est connu de tous les économistes et il est égal à 1 / [X + Z (1 – X)] (avec X le coefficient de préférence pour les billets et Z celui des réserves obligatoires).
Un exemple avec X=13% des dépôts et Z=2% des crédits donne ce multiplicateur théorique (encore faut-il la demande ou la faiblesse d’une épargne préalable proposée sur le marché) à 6,7842.

Néanmoins, dans un document récent (6 mai 2009), Patrick Artusa confirmé que les banques n’utilisaient pas totalement ce pouvoir de création monétaire : « Une porosité entre base monétaire et masse monétaire est le multiplicateur monétaire. Or, il s’est effondré. Alors que les banques européennes génèrent habituellement 4800 euros à partir de 1000 euros de monnaie banque centrale, leur capacité de création monétaire est tombée à 3500 euros depuis Lehman. »

Pour finir n’oublions pas de préciser que lorsqu’un emprunteur rembourse, à sa banque, le capital emprunté (et dépensé), sa banque efface sa reconnaissance de dette : la monnaie est ainsi détruite (nous ne parlons pas ici des intérêts). En effet la création de monnaie scripturale par un réseau bancaire est stricto sensu l’inscription simultanée du montant du crédit sur le compte de l’emprunteur qui va ainsi pouvoir payer ses fournisseurs, parallèlement à l’inscription de la dette (je préfère dire « la garantie »), à l’actif du bilan de la banque. Inversement, le remboursement du prêt équivaut à la suppression simultanée de l’inscription à l’actif et du montant équivalent sur le compte de l’emprunteur (qui avait donc dû le rendre créditeur du même montant) : il n’y a pas de transfert du capital remboursé de la part de l’emprunteur vers la banque.

Je précise bien que nous avons parlé ici de la création de « monnaie » bancaire privée scripturale et non du second rôle des banques, celui de « circulateur d’épargne ». Comme l’écrit André Chaîneau : «L’étonnant est que pendant très longtemps – et peut-être même encore ! – la création monétaire a été ignorée comme élément des moyens de financement de l’économie ! En effet, la théorie limitait l’offre de fonds prêtables à n’être qu’une offre de ressources épargnées par les agents du secteur non bancaire, une offre qui ne débordait pas du cadre de ce secteur non bancaire. En conséquence, le secteur bancaire était ignoré! Mais le problème que les banques vont maintenant poser n’est évidemment pas celui de leur existence, mais celui de leur double fonction. Elles ne sont pas seulement les institutions créatrices de monnaie étudiées jusqu’à maintenant; elles sont également des institutions collectrices d’épargne. Aussi participent-elles au financement de l’économie non seulement en y injectant de la monnaie, mais également en y faisant circuler l’épargne.»

Mais, d’où vient cette épargne préalable ? Qui l’a « fabriquée » à l’origine? Je vous laisse y réfléchir

Publié dans Débat monétaire, Holbecq, Monétisation | Tagué , , , , , | 5 commentaires

296 – Publications Yves Michel

Le peuple Grec a choisi de reprendre sa souveraineté: bravo à lui pour ce geste qui devrait inspirer tous les autres ! La tâche du nouveau gouvernement ne sera certes pas facile, mais saluons ce juste retour des choses pour ce peuple qui a été privé de référendum en 2008 par les menées de Sarkozy et Merkel, entre autres !

Donc la dette publique de la Grèce est renégociée actuellement; il importe de comprendre quelques notions de base très simples que nos gouvernants tentent par tous les moyens de cacher pour maintenir les privilèges exorbitants de l’oligarchie en place: nos auteurs vous les expliquent, eux qui n’ont pas attendu aujourd’hui pour écrire leurs livres !

Ces mensonges ne sont plus possibles à laisser perdurer !

Il y a la 3e édition de LA DETTE PUBLIQUE, après plus de 10 000 ventes, l’e-book: La Dette Publique: état des Lieux, et plusieurs autres. Merci de les faire connaître, par exemple en faisant circuler cette lettre d’infos !

 

Dette publique, une affaire rentable (La) : 3e édition

 

 

 

 

 

André-Jacques Holbecq

et Philippe Derudder

À qui profite le système?

>> 3e édition actualisée et augmentée 2015

Préface d’Étienne Chouard

« Il faut réduire la dette ! ». On crie à la faillite ! Tel un père qui demande instamment à ses enfants d’aller ranger leur chambre, notre gouvernement nous dit : « Assez de cette gabegie ! Il est temps de devenir sérieux, remettez vos prétentions sociales au tiroir, l’heure est au travail et aux économies ».

Lire la suite.

3e édition de LA DETTE PUBLIQUE: UNE AFFAIRE RENTABLE

Dette publique : état des lieux (La) : E-BOOK

LA VERSION NUMÉRIQUE DU LIVRE

André-Jacques Holbecq

et Philippe Derudder

Mieux la comprendre et comment en sortir !

La version officielle ne cesse d’affirmer que le pays vit au dessus de ses moyens, qu’il est quasiment en faillite. Est-ce vrai ou est-ce pour nous forcer à accepter les coupes sombres dans les prestations sociales et services publics ? Peut-on rembourser la dette ? Mais avant toute chose, est-elle légitime, d’où vient-elle ? Car après tout, comment un pays comme la France, ruiné au sortir de la Seconde guerre mondiale, a-t-il pu financer sans endettement jusqu’au début des années 1970 sa reconstruction, mener une politique sociale généreuse (retraite sans que jamais personne ait cotisé quoi que soit avant, sécurité sociale, services publics de qualité) tout en trouvant les moyens de financer ses guerres pour tâcher de conserver ses colonies ? Nous sommes depuis 40 ans dans une situation infiniment plus confortable qu’à cette époque mais la dette est passée de moins de 20 % à 95 % du PIB. Pourquoi ?

Lire la suite.

La Dette publique, une affaire rentable : E-BOOK

LA VERSION NUMÉRIQUE DU LIVRE 2e édition

André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder

À qui profite le système ?

Préface d’Étienne Chouard

« Il faut réduire la dette ! ». On crie à la faillite ! Tel un père qui demande instamment à ses enfants d’aller ranger leur chambre, notre gouvernement nous dit : « Assez de cette gabegie ! Il est temps de devenir sérieux, remettez vos prétentions sociales au tiroir, l’heure est au travail et aux économies »

Ce qu’on ne nous dit pas, c’est qu’il y a une quarantaine d’années, l’État français n’était pas endetté, à l’instar de la plupart des autres nations, d’ailleurs. En moins de quarante ans nous avons accumulé une dette colossale qui avoisine les 1200 milliards d’euros ! Pourquoi ? S’est-il produit quelque chose qui a fait que l’on ait soudain besoin de recourir à l’emprunt, alors qu’auparavant on se suffisait à nous-mêmes ? Et si tel est le cas, qui en bénéficie vraiment ? Qui émet la monnaie ?

Lire la suite.

Secrets de la monnaie (Les)

Gérard FOUCHER

Changer la monnaie pour changer le monde

Les secrets de la monnaie sont très bien gardés… Pourquoi ?

Parce que la monnaie donne un pouvoir colossal à ceux qui la contrôlent et que si les citoyens reprenaient ce pouvoir, ils pourraient tout changer…

Gérard Foucher révèle ici les racines réelles de la dette, de la pauvreté, des crises et des guerres qui rongent le cœur de notre société et les ressources de notre planète…

Lire la suite.

Argent, dettes et banques

André-Jacques HOLBECQ et le Cercle des Économistes citoyens

Seconde édition revue et augmentée

Voici un ouvrage d’explication et de vulgarisation stupéfiant…

Comment se crée la monnaie, pourquoi et quelles sont les conséquences ? Un petit livre à petit prix pour toutes les personnes intéressées par l’alter-économie.

Lire la suite.

Monnaie nationale complémentaire (Une) : E-BOOK

LA VERSION NUMÉRIQUE DU LIVRE

Philippe Derudder, André-Jacques Holbecq

et Le Cercle des Économistes Citoyens

Pour relever les défis humains et écologiques

Préface de Pierre Rabhi

>> Accéder à la fiche du livre papier

Imaginez :

Une idée simple, transposable aux autres pays du monde, qui permettrait de répondre de façon satisfaisante à l’immense défi humain et écologique de notre siècle, en proposant de nouvelles activités épanouissantes et socialement utiles, sans impôts supplémentaires, sans endettement et sans s’opposer aux intérêts en place…

Impossible ?

Lire la suite.

Monnaie nationale complémentaire (Une)

Philippe Derudder, André-Jacques Holbecq

et Le Cercle des Économistes Citoyens

Pour relever les défis humains et écologiques

Préface de Pierre Rabhi

Imaginez :

Une idée simple, transposable aux autres pays du monde, qui permettrait de répondre de façon satisfaisante à l’immense défi humain et écologique de notre siècle, en proposant de nouvelles activités épanouissantes et socialement utiles, sans impôts supplémentaires, sans endettement et sans s’opposer aux intérêts en place…

Impossible ?

Lire la suite.

Publié dans Alternatives économiques, Article invité, Derudder, Holbecq, Uncategorized | Tagué , , , , , , | 2 commentaires

295 – monnaie pleine

Copies des pages explicatives du site  » Vollgeld  »

 

Dépôts entièrement garantis
Valeur affranchie de l’intérêt
ne dépendant plus du crédit

Il est tout à fait erroné de penser que seule la Banque nationale suisse a le privilège d’émettre de la monnaie. Ce sont les banques privées qui créent la masse monétaire sur la base des crédits qu’elles octroient à leurs clients, c’est de l’argent-dette. L’argent « fiduciaire » qui est émis sur mandat de la Confédération, ne représente que le 10ème de cette masse monétaire. Il est obtenu seulement lors du remboursement d’un montant en monnaie scripturale, lors d’un retrait au bancomat par exemple. Le reste, soit environ les 90% de la masse monétaire en circulation, est constitué de l’argent dit « scriptural ». L’octroi de crédit est guidé par le profit, les banques contrôlent entièrement le financement des initiatives entrepreneuriales et commerciales. La nature du crédit est donc une forme moderne d’asservissement de direction de l’ensemble de la société. La réforme monétaire propose de rendre à la Banque nationale suisse le monopole de l’émission de monnaie ainsi que de faire de la monnaie une valeur fiduciaire réelle et non plus la contrepartie d’une dette ou une marchandise sujette à spéculation. L’argent et son émission deviennent un service public visant à se conformer à l’intérêt national. Ci-dessous, les enjeux et étapes de cette innovation nécessaire.

N’est-il pas vrai que la Banque nationale suisse a le monopole de l’émission de monnaie ? On croit à tort que la BNS est l’institution qui, en Suisse, crée et met en circulation la monnaie. C’est bien ce rôle Lire la suite

Publié dans 100% monnaie, Banques, Débat monétaire, Monétisation, SMART | Tagué , , , | 26 commentaires

294 – Revue de lecture – N. Bouleau

Revue de lecture – « Une monnaie nationale complémentaire.
Pour relever les défis écologiques et humains »

Par Nicolas BOULEAU, économiste, membre du groupe de travail sur la finance mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme. Article publié pour la première fois en avril 2011.

 

Une monnaie nationale complémentaire
Pour relever les défis humains et écologiquesPhilippe Derudder et André-Jacques Holbecq
Editions Yves Michel, 2011, 12€Il est plus utile ici de souligner l’importance des questions auxquelles cet ouvrage propose une réponse que d’en faire un résumé. Le rapport « portée de la réflexion » sur « prix de l’ouvrage » est très avantageux.

 

Comment valoriser les biens collectifs

Nourrie d’une inquiétude grandissante devant les catastrophes techniques, l’érosion du vivant, les limites de la planète et le changement climatique, la pensée écologique a développé des thèses, révolutionnaires ou réformatrices, qui dénoncent la société de consommation, le profit destructeur du capitalisme débridé, le Business as usual. Mais depuis les premières semonces, maintenant anciennes, peu de changements se sont produits : plusieurs causes de dommage reconnues continuent de croître. Nous sommes à un stade où la majorité des gens a pris conscience des tendances et de leurs conséquences mais où néanmoins les outils du passage à l’action ne sont pas là. Au point que la communication sur ces sujets devient paradoxale : l’inquiétude au niveau collectif au lieu de susciter la valorisation des biens communs, la mise en place d’institutions de mesures et de contrôle, et de préserver le cadre de vie, accentue les comportements de protection individuelle et l’égoïsme des ménages d’où une planification inopérante dans les pays pauvres, un vote en faveur de l’économie la plus libérale dans les démocraties occidentales et une industrialisation déréglementée dans les pays en développement par renforcement de la mondialisation.

Depuis longtemps les analyses de Jacques Ellul, d’André Gorz ou de Lester Brown qui plaident en faveur d’une économie écologique et durable ont pointé la nature destructrice du marché capitaliste : elle est principalement due à la quête de croissance et à la dévalorisation de fait des biens collectifs. De la valeur n’est accordée qu’aux activités et ressources qui peuvent immédiatement s’ouvrir à l’argent et en générer. Les biens qui ne sont pas déjà propriété privée sont traités comme gratuits, exception faite de ceux qui sont répertoriés comme en péril à protéger dans des nomenclatures tardives et toujours mal appliquées. Les prix de marchés ne prennent pas en compte les dommages à long terme de l’environnement. La question des taux d’intérêt et celle de l’actualisation sont au cœur de cette pseudo-rationalité envahissante. Aussi de tous les projets de réforme de l’économie, la monnaie, cette technologie sociale si efficace actuellement, est-elle sans doute l’outil le plus performant que l’on puisse réajuster.

 

Agir sur le long terme grâce à la monnaie

C’est une idée à la mode. Plusieurs personnalités et partis politiques ont évoqué récemment la création monétaire comme une éventualité sérieuse à prendre en compte pour des objectifs de redistribution sociale ou environnementaux. Est-ce possible actuellement avec quelques modifications dans la réglementation financière en Europe ? Ou bien est-ce là une utopie que le capitalisme va aisément virtualiser ? L’usage de la monnaie est fondé sur la confiance. Y toucher est délicat. Pourtant une des leçons de la tornade financière récente n’est-elle pas, in fine, que la confiance vient moins de l’imposante architecture des sièges des établissements financiers que du fait que les Etats représentent l’économie réelle due au travail des hommes ?

La masse monétaire n’est pas gérée de la même façon aux Etats-Unis ou au Japon où les Banques centrales peuvent mener une politique monétaire publique c’est-à-dire frapper monnaie pour l’Etat, et en Europe où la Banque centrale européenne et les Banques centrales nationales qui la représentent n’ont pas ce droit et ne peuvent donc jouer que sur des taux par l’intermédiaire de banques privées. En effet, l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne stipule : « Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées «banques centrales nationales», d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. » La philosophie du traité  est d’obliger les gouvernements à emprunter à des taux fixés par le marché dans le but d’empêcher la création monétaire publique perçue comme facteur d’inflation. Cette disposition impose aux Etats de se plier au jugement privé de rentabilité qui choisit des taux variables suivant les perspectives de sécurité de remboursement.

Des difficultés graves en ont résulté pour des pays tels que la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne qui doivent emprunter à des taux bien supérieurs à ceux des pays comme la France et l’Allemagne économiquement plus crédibles. Elles ont entraîné les décisions de la BCE et du FMI que l’ont sait de création du fonds de stabilité financière européen qui a prêté à la Grèce 110 milliards d’Euros pour l’instant jusqu’en 2013. Mais ce genre d’arrangement avec la lettre du traité pour raison politique, est critiqué comme un risque indu par une part de l’électorat français et surtout allemand. Les deux logiques s’affrontent et aujourd’hui à la mi-avril 2011 les marchés prêtent à la Grèce à dix ans au taux de 14,5% et à l’Allemagne à 3,3%, de quoi méditer…

Les  banques privées créent de la monnaie de plusieurs façons, la plus évidente est qu’en moyenne le rythme global des crédits qu’elles accordent est supérieur au rythme des remboursements de prêts qu’elles reçoivent et aussi — la crise a montré que ce n’était pas une hypothèse d’école — parce que les risques de contrepartie font qu’il y a des crédits non remboursés, les montants correspondants sont de la création monétaire. Le lecteur trouvera des précisions sur ces mécanismes sur le site de l’association Chômage et monnaie et sur celui de la BCE.

 

Un des moyens de la création monétaire publique : une monnaie supplémentaire écologique

Alors que la monnaie est évidemment sociale puisqu’elle n’a pas de fondements « naturels » c’est un choix très fort de confier quasi-exclusivement à des instances privées le soin de la créer, car elle est le moyen d’action par excellence. D’un point de vue écologique, on impose ainsi au système ouvert que nous sommes comme êtres vivants la recherche de profits immédiats. De nombreux auteurs considèrent que cette stratégie financière est anachronique et que — compte tenu des problèmes globaux — le pouvoir politique doit reprendre démocratiquement la maîtrise de ce levier essentiel. Les emprunts contractés par les Etats auprès des marchés se perpétuant et se cumulant si le budget reste déficitaire — ce qui est le cas dans la plupart des Etats — on arrive à un régime permanent qui ressemble à la création monétaire publique sauf que 1) il y a rémunération des banques privées (domestiques ou internationales) 2) la charge de l’intérêt de la dette incite les Etats à utiliser la part gouvernable du budget (celle qui n’est pas promise à des frais permanents) à des placements dont la rentabilité est proche des taux privés. Le long terme, plus incertain et moins urgent, ne peut plus être envisagé et traduit en politique économique.

Des économistes aux Etats-Unis (cf. Real-World Economics Review), au Royaume Uni (cf. la revue Prosperity) et même en Allemagne (cf. le site Monetative) proposent une réappropriation publique de la création monétaire comme outil pour la maîtrise d’objectifs globaux et environnementaux. Cela pose deux sortes de difficultés.

  • Une question de gouvernance : comment limiter la création monétaire par les BCN pour les Etats. Question politique et juridique qui se complique dans le contexte européen, mais qui au fond est forcément soluble puisque ce type de responsabilité est assumé par la FED aux Etats-Unis actuellement. Elle est au demeurant hors de l’agenda européen car le pays le plus attaché au système actuel est aussi celui qui a les meilleures performances économiques.
  • Une question de mise en œuvre : comment se fait le passage entre les objectifs (définis par la politique environnementale) et des actions économiques ? Le problème est similaire à celui soulevé par le CDM, mécanisme de développement propre, où des entreprises affichent qu’elles font des investissements pour aider les pays en développement à moins polluer, et font parfois tout autre chose, en délocalisant tout simplement. Les objectifs sont des mots, leur sens est vague, les indicateurs sont plus complexes que des prix. Comment s’assurer que sous couvert d’effort vers ces objectifs les entreprises ne vont pas faire bénéficier d’autres pans de leurs activités des mécanismes d’incitation publique ?

C’est notamment en raison de ce risque de dérive que les auteurs de l’ouvrage présenté préconisent la création d’une monnaie supplémentaire utilisée par des entreprises à vocation sociétale. Leurs propositions — qui prolongent les thèses de Ph. Derudder Rendre la création monétaire à la société civile, Yves Michel 2005 — sont très convaincantes et semblent pouvoir se faire en France sans contradiction avec le système actuel, même pouvoir entraîner d’autres pays par la suite. Le style est plaisant et les technicités très pédagogiquement exposées par des analogies accessibles. L’ouvrage n’est pas dogmatique ni abstrait, il fait d’autant plus réfléchir.

Publié dans Alternatives économiques, Débat monétaire, Derudder, Holbecq, Monnaie complémentaire | Tagué , , , , | Un commentaire

2014 en révision

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2014 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 56 000 fois en 2014. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 21 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Publié dans Uncategorized | 13 commentaires

293 – Monnaie nationale complémentaire

Une monnaie nationale complémentaire de Bien commun

La crise actuelle (économique, écologique, financière, humaine…) est le fruit d’un conditionnement de la pensée économique :

1 – On traite l’argent comme s’il avait une existence et une valeur propres, comme au temps où il était appuyé sur l’or et donc rare!
2 – Cette conception conduit à croire que le bien commun ne peut qu’être financé par redistribution de la richesse au moyen de l’impôt, présenté comme symbole de solidarité nationale!
3 – On croit enfin qu’une seule monnaie doit circuler dans un espace donné.

Eh bien NON! Depuis 1971, date à laquelle la dernière monnaie encore convertible en or, le dollar américain a abandonné cette convertibilité, la monnaie n’est qu’une unité de compte virtuelle créée par la seule volonté humaine; une convention sociale sans valeur propre et potentiellement « infinie ».

NON, la redistribution par la fiscalité ne se justifie plus. Pourquoi devrait-on aller prendre dans la poche des gens ce que la société elle-même peut créer par simple écriture sous réserve bien sûr de pouvoir détruire la monnaie excédentaire.

NON, une unique monnaie n’a rien d’impératif; l’histoire révèle que l’humanité s’est construite autour d’une diversité de monnaies sur un même territoire.

Par ailleurs, l’économie ne fait pas de distinction entre l’intérêt privé et l’intérêt collectif. Elle obéit au postulat d’Adam Smith qui supposait que l’intérêt collectif découlait de la satisfaction des intérêts particuliers par ruissellement, la prospérité des uns retombant sur les autres qui, à leur tour, redistribuent. Mais n’oublions pas qu’au XVIIIeme siècle la monnaie était matérielle et que la production occupait toute la population y compris les enfants. Pas de protection sociale, pas de retraite, pas de système de santé, pas d’école gratuite. C’est la solidarité au sein des familles et des communautés et la charité pratiquée par l’église et certains riches qui assuraient tant bien que mal le Bien commun. Quoi que le système ait évolué dans ses techniques, entre le XVIIIeme et le début du XXIeme siècle, l’idéologie est restée la même. l’État providence maintenant investi de l’intérêt collectif en conditionne le contenu à ce que les retombées fiscales lui permettent de faire. C’est une dépense dans l’économie, un handicap à la compétitivité.

Tant que la pensée économique n’admet qu’une seule monnaie sur un territoire à fortiori conçue comme si elle était matérielle, le bien commun ne peut qu’être un sous-produit de l’activité marchande toujours remis en question sous la pression des exigences qu’imposent une économie globalisée. Or à ce jour où la production marchande n’offre plus d’emploi à tous et ne peut fonctionner que dans une dynamique de croissance infinie incompatible avec ce que la planète peut soutenir, il ne peut y avoir d’avenir que si la qualité de vie est considérée comme une RICHESSE prioritaire. La nature maintenant dématérialisée de la monnaie rend ce défi possible.

Pour ce faire il « suffit » de DÉCOUPLER le Bien commun de l’activité marchande, en le traitant dans un espace économique nouveau, AUTONOME, complémentaire à l’économie marchande. Ce nouvel espace regroupe les activités dont le contenu n’a pas par nature à être considéré comme une marchandise, tel que la santé, l’éducation, la recherche fondamentale, l’eau, la transition écologique, etc … Il est régi par un statut juridique spécifique et n’a pas pour finalité le profit financier ou l’équilibre comptable mais celle de bénéfice éco-social, c’est-à-dire l’atteinte concrète des objectifs écologiques et sociaux visés pour améliorer la qualité de la Vie.

C’est le débat public, partant du local vers le global, qui détermine ce qui doit relever légitimement de chaque champ, le marchand ou l’éco-social. Quant au financement, et c’est là la clé, il n’est plus assuré par l’impôt, ni par l’emprunt, mais par l’utilisation d’une monnaie de bien commun complémentaire à la devise nationale  dont le nom reste à trouver (le socio?).
Elle est CRÉÉE EX-NIHILO par un organisme public sous mandat et contrôle citoyen, à hauteur des besoins déterminés par les projets décidés démocratiquement. Ainsi la Nation peut-elle répondre aux enjeux humains et écologiques à la hauteur qu’il convient, sans affecter ni ses relations ni son commerce extérieurs. Certaines conditions pour cela doivent toutefois être respectées :

– La monnaie de bien commun a cours exclusif à l’intérieur du territoire national et n’est pas convertible en devises (sauf dans certaines conditions) pour ne pas affecter leur cours

– Elle a cours légal de sorte que quiconque sur le territoire a obligation de l’accepter en paiement.

– Elle a parité de pouvoir d’achat avec la devise nationale pour faciliter les échanges qui peuvent se faire partout sur le territoire avec l’une ou l’autre monnaie.

– La monnaie de bien commun, à quelques exceptions près, ne donne accès qu’à des biens et services durables produits sur le territoire. Cela peut être perçu comme restrictif et désavantageux pour les personnes dont les revenus seront exclusivement en monnaie complémentaire, mais les enjeux écologiques et la finalité d’amélioration de qualité de vie exigent une consommation responsable. Il est à noter toutefois que cette exigence favorise la relocalisation de productions abandonnées, dans des conditions sociales et environnementales respectueuses. Un avantage pour tous en fin de compte.

– La monnaie de bien commun est exclusivement scripturale. Pas de pièces ni de billets; il est en effet impératif de savoir à tout instant combien il y a de monnaie en circulation pour assurer une fine gestion de la masse monétaire. La population doit être protégée par la loi contre tout risque de flicage et d’utilisation abusive des données.

– Une fiscalité s’applique à ce nouveau champ économique, dont le but n’est pas de constituer une recette redistribuable mais de destruction de cette monnaie afin d’éviter tout risque d’inflation.

Les avantages :

On ne touche pas au système marchand, donc aux intérêts dominants.

Seule la volonté nationale suffit pour mettre en œuvre ce dispositif. Pas besoin de renégocier les traités et accords internationaux. On peut supposer qu’il y aura des « indignations » et des pressions internationales hostiles, mais qui s’apaiseront dans la mesure où le but n’est pas de créer un avantage concurrentiel; il est de donner un exemple à suivre par tous.

La question de l’emploi trouve sa solution. C’est une immense gamme d’activités utiles, rémunératrices et épanouissantes qui s’offre à toutes celles et ceux qui ne se sentent plus à leur place dans le système actuel ou qui en sont exclues ou mis en marge.
La question de la dette publique trouve aussi sa solution car il n’y a plus aucune raison pour que le budget de l’État soit déficitaire. Non seulement le recours à l’emprunt pour financer la politique de Bien commun devient inutile mais il devient possible de rembourser progressivement la dette antérieure.

La pleine reconnaissance d’un espace dont la finalité est purement qualitative tirera naturellement la société vers le haut; le secteur marchand se trouvera entraîné dans cette spirale vertueuse pour répondre à la demande.

Les grandes questions de société comme la santé, l’éducation, l’alimentation, l’énergie, traditionnellement abordés par rapport aux budgets disponibles et aux intérêts économiques dominants pourront être débattus sur le fond sans que les aspects financiers viennent polluer la réflexion en y mélangeant leur logique comptable.

L’économie marchande se trouve libérée de l’impératif de croissance et peut se consacrer à l’exclusive satisfaction des besoins sans plus avoir à les créer artificiellement.

La qualité de vie ne dépend plus des performances de l’économie marchande ni du commerce extérieur. Le modèle s’étendant, des pays dits pauvres peuvent parvenir à un haut niveau de qualité de vie dans le respect de leur culture et de leurs traditions. Les problèmes liés aux mouvements migratoires si cruciaux actuellement trouvent alors une solution naturelle car, quand on est bien chez soi, pourquoi aller chez les autres sauf de le choisir?

Libérées de l’aiguillon de la nécessité et de l’obligation de marchandage, les relations internationales iront vers une pacification.

Le débat public permanent nécessaire pour déterminer les axes d’amélioration de qualité de vie à partir du local, conduira à une meilleure expression de la démocratie.

Il faut donc soutenir l’idée d’une Monnaie Nationale Complémentaire
( de Ph. Derudder et A-J Holbecq -préface de Pierre Rabhi – éditions Yves Michel –
http://www.souffledor.fr/boutique/produits_monnaie-nationale-complementaire-une__3340.html )

UMNC2

Lire aussi l’analyse de ce livre, par  Nicolas BOULEAU, économiste, membre du groupe de travail sur la finance mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme.

Publié dans Monétisation, Monnaie complémentaire | Tagué , , , | 54 commentaires

292 – A-J Holbecq: interview

Interview par Olivier Siméon sur « La voix de la Russie » paru en deux parties les 26 et 27 juin 2014

Liens directs première partie , seconde partie

__________________________________

Croissance et dette : le retour nécessaire des Banques Centrales

Par La Voix de la Russie | Quelle est l’origine de la dette des Etats ? A qui appartiennent la dette et la création monétaire ? Comment se sortir de la spirale de l’endettement des Etats et se réapproprier la création monétaire, permettant de financer l’avenir et les investissements ? Éléments de réponse avec André-Jacques Holbecq, économiste et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet de la dette et de la monnaie.

La Voix de la Russie : André-Jacques Holbecq, bonjour. Vous êtes l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux questions monétaires et de dette des États. Pourquoi l’ancien pilote de Concorde que vous êtes a-t-il été amené à se spécialiser sur ces questions ? En quoi ces thématiques sont-elles importantes ?

André-Jacques Holbecq : Les hasards de la vie ont fait qu’après deux années d’économie en fac et quelques autres activités, j’ai choisi de vivre professionnellement ma passion, l’aviation. J’ai eu la chance de gravir les échelons qui m’ont amené à piloter le Concorde. Un petit problème de santé, en 1993 m’a imposé une retraite anticipée après 25 ans à Air France. J’ai repris en autodidacte des études en économie ce qui m’a amené à poser un regard critique sur certains points de vue. Ils ont été développés dans mon premier livre « Un regard citoyen sur l’économie » et ensuite dans « Les 10 plus gros mensonges sur l’économie », co-écrit avec Philippe Derudder. La thématique de la dette publique est venue ensuite avec « La dette publique, une affaire rentable ». Nous avons aussi écrit d’autres livres ensemble ou chacun de notre côté.

La création de la monnaie et sa circulation ainsi que la dette publique qui en est une des conséquences directes sont des thématiques importantes car elles déterminent « l’économie » de la société et donc le bien vivre ou le mal vivre de la population.

LVdlR : A quel moment et pour quelle raison le pouvoir de création monétaire est-il passé de la Banque de France (de l’État) aux banques privées ?

A.-J. H. : Vers 1650, à Londres et à Amsterdam, les orfèvres comprennent qu’ils peuvent émettre plus de « certificats de dépôts » que les valeurs métalliques (or, argent) déposées par les marchands et les aristocrates dans leurs coffres, en faisant le pari que tous les déposants ne reviendront pas échanger en même temps ces bons au porteur. Ceux-ci circulent donc en règlement de dette entre les individus sans imposer l’obligation de venir retirer les valeurs métalliques pour assurer les paiements. Les orfèvres deviennent donc banquiers modernes par l’invention de la monnaie de crédit et des réserves fractionnaires que sont les valeurs métalliques qui ne représentaient plus la totalité de l’émission de « papier ».

Il y eut ensuite des évolutions avec l’intervention des États qui assez vite créèrent des « banques centrales » comme la Banque d’Angleterre fondée en 1694. Certaines publiques, d’autres privées : certaines le sont restées, d’autres ont été nationalisées (comme la Banque de France en 1945).

Mais bien évidemment entre le XVIIème siècle et nos jours le système monétaire continuera d’évoluer et les débats seront souvent violents entre les écoles, par exemple entre les défenseurs de l’école de la banque et l’école de la circulation (débats aboutissant à l’Act de 1844 en Angleterre, [voir note 1]); certains vont suggérer des solutions radicales en proposant de faire cesser toute création de monnaie à partir du crédit, comme le propose également l’initiative Suisse « VOLLGELD » que nous soutenons par la pétition « Rendez-nous la monnaie ! » puisque le Référendum d’Initiative Citoyenne n’existe pas en France.

LVdlR : Et ce transfert de pouvoir régalien a été retranscrit dans le droit européen je présume ?

A.-J. H. : Oui. Déjà en France, la loi bancaire du 3 janvier 1973 avait sérieusement limité la capacité de l’État de se financer de lui-même (plus précisément via sa banque centrale, la Banque de France). Le traité de Maastricht en 1993 a introduit dans son article 104 l’interdiction absolue pour les États de se financer auprès de leur propre banque Centrale. Cet article a été repris dans son intégralité dans le traité de Lisbonne (art. 123).

Il ne s’agit pas d’une loi divine. Cette loi, ce sont les chaînes que nous nous sommes volontairement attachées. Nous pouvons les détacher.

LVdlR : Quel lien y a-t-il entre création monétaire et dette publique ?

A.-J. H. : L’État n’a que quatre manières d’équilibrer son Budget s’il considère nécessaire de le faire : augmenter les recettes, diminuer les dépenses, emprunter le solde négatif ou le « monétiser » (c’est-à-dire créer la monnaie nécessaire [voir note 2]). L’État a donc rejeté totalement la quatrième solution pour protéger la rente. Les soldes négatifs des budgets des administrations publiques sont empruntés sur les marchés, augmentant chaque année la dette du montant du déficit, alors qu’il serait beaucoup plus simple et économique de « monétiser » ces besoins de financement.

LVdlR : Fin 2013, la dette publique de la France est de plus de 1900 milliards d’euros, soit 93% de son PIB. 30 ans plus tôt, en 1983, la dette française n’est que de 170 milliards d’euros, soit 25 % du PIB. Comment expliquer cette explosion de la dette ?

A.-J. H. : Pour environ 80 % l’augmentation est due aux cumul des intérêts [voir note 3], la crise de 2007 est responsable des 20 % restant. Ceci se démontre facilement en établissant la somme des intérêts payés (et donc empruntés) sur cette période. Ceci se démontre également lorsqu’on fait la somme des « soldes primaires » (c’est à dire des soldes annuels du budget, sans les intérêts).

LVdlR : Faîtes-vous un lien entre la dette et la création monétaire d’une part, et les impôts et le chômage de l’autre ?

A.-J. H. : Le lien est très fort et les néochartalistes [voir note 4] (qui sont donc keynésiens) ont une excellente approche à ce sujet. Ils considèrent que les impôts ne pouvant être payés que par une monnaie reconnue par l’État (la monnaie de Banque Centrale) il faut que celle ci soit émise justement par l’État en quantité suffisante pour justement permettre de payer l’impôt. Ils inversent le sens de la réflexion.

A partir de là on déduit facilement qu’un État (souverain) doit se substituer aux entreprises privées si l’activité n’est pas suffisante, en ayant pour objectif un taux de chômage le plus bas possible. Ce qui veut dire que lorsque les entreprises privées n’embauchent plus, l’État doit prendre le relais par la commande publique (grands travaux, transition énergétique et écologique par exemple) financée par la création monétaire centrale, car, lorsqu’un pays a un besoin (collectivement souhaitable), la volonté de le satisfaire, les moyens techniques et énergétiques, un excès de main d’œuvre et le savoir-faire,… l’impossibilité souvent alléguée du manque de financement est une mauvaise excuse car une vraie richesse résultera d’une création monétaire nécessaire pour la réaliser.

Cette monnaie va ensuite diffuser dans l’économie. Le Trésor Public, via des impôts non remis en circulation, devient régulateur de la quantité de monnaie circulant dans la sphère économique. Il ne faut pas, évidemment, que les crédits des banques commerciales viennent perturber l’équilibre. C’est l’une des raisons de notre soutien aux propositions de « monnaie pleine » ou du « 100 % monnaie ».

LVdlR : Parlons maintenant du remboursement des intérêts de la dette. Combien payent les Français chaque année pour rembourser les intérêts de la dette, qu’est-ce que cela représente en valeur ?

A.-J. H. : C’est en moyenne 50 milliards par an d’intérêts qui sont distribués aux détenteurs de titres de la dette. J’ai beaucoup de mal à utiliser l’expression « les français payent chaque année 50 milliards… », simplement parce que, comme nous ne les avons pas (les budgets sont négatifs, c’est le fameux « déficit » dont nous entendons parler tous les jours), nous empruntons l’équivalent de ce déficit ce qui augmente la dette (en plus de faire « rouler » les obligations arrivant à échéance). Et dans ce déficit, il y a les intérêts. On peut donc dire que les nouveaux acheteurs de dette payent aux anciens les intérêts que ces derniers perçoivent ! Tout cela évidemment avec pour conséquence l’augmentation du stock de la dette pour le pays.

La dépendance aux marchés financiers place tous les gouvernements sous la menace de l’augmentation des taux d’intérêt et donc d’une aggravation de la dette. Car les 50 milliards d’intérêts d’aujourd’hui sont dus à des taux très faibles… imaginez que les taux remontent à des valeurs que nous avons connues dans le passé … des taux à 10 %, et les intérêts passeraient progressivement à 200 milliards par an et nous ne pourrions plus les emprunter !

Aujourd’hui, les gouvernements de droite ou de gauche doivent respecter la règle imposée par les financiers de la planète sous peine d’être mis en difficulté.

Quant à nous, Français, nous subissons la régression et l’austérité.

LVdlR :En cherchant à savoir à qui appartient la dette française, on découvre qu’il est très difficile d’obtenir des informations. Ces dernières ne sont pas publiques. Pour quelles raisons ?

A.-J. H. : La dette de l’État est initialement vendue par l’Agence France Trésor à 19 banques françaises et étrangères qu’on appelle les « Spécialistes en Valeurs du Trésor ». Celles-ci replacent les titres de dette auprès d’autres banques, des assureurs, des fonds de pension, etc. Il est donc très difficile de suivre à la trace les titres de dette qui en plus sont revendus et rachetés sur les marchés. C’est l’opacité la plus totale.

Seul un audit, par exemple à l’occasion d’échanges imposés de titres, permettrait de savoir à qui réellement appartiennent les titres. L’AFT donne néanmoins une estimation concernant les OAT par les non résidents : 65 % [voir note 6] dont probablement la moitié en Europe.

Des 35 % restant, donc Français, un peu moins de 2/3 sont dans les portefeuilles des assurances vies et fonds de pension, 1/3 dans les actifs des banques.

LVdlR :Certains responsables politiques français, lorsqu’on évoque la question de la suppression de la dette, répondent qu’on pénaliserait alors le « petit épargnant français ». Qu’en est-il ?

A.-J. H. : C’est exact pour une partie puisque les titres de dette sont détenus par des assurances-vie et des fonds de pension (caisses de retraite par capitalisation). Il est impossible de savoir quelle est la proportion de gros et de petits épargnants, de français et d’étrangers, sauf à procéder comme je le disais à un audit. Pour la part détenue par les banques, ce serait pour elles une perte importante et les actionnaires n’aiment pas cette idée, évidemment.

Je pense donc qu’il ne faut pas faire défaut mais peut être faudrait-il limiter la possibilité de revente des titres ou de transfert successoral tout en payant les intérêts jusqu’au décès des détenteurs. C’est juste une idée.

LVdlR :Comment réagissez-vous à ceux qui expliquent, à l’instar du gouvernement français, qu’il est nécessaire de consacrer des efforts financiers à la baisse de la dette afin d’être moins dépendants des marchés prêteurs, et ainsi plus indépendants ?

A.-J. H. : Les dirigeants sont victimes de plusieurs dogmes mais en particulier celui d’avoir oublié qu’un État peut émettre sa propre monnaie (la seule monnaie que nous ne pouvons – techniquement – pas émettre, ce sont les devises étrangères). Ils considèrent en plus d’une manière erronée que le budget d’un État est la représentation du budget d’un ménage (qui ne peut dépenser plus que ce qu’il gagne sauf à emprunter), et ils en arrivent donc à penser que l’équilibre est indispensable. Et pourtant, c’est l’inverse : le déficit d’un État est indispensable pour satisfaire tous les besoins d’investissement collectifs à long terme qu’aucun acteur privé, faute de rentabilité, ne veut prendre à sa charge.

LVdlR :L’annulation de la dette a eu lieu à plusieurs reprises dans l’histoire, comme en Russie récemment (après la crise financière de 1998), et en France il y a plus longtemps, je crois ?

A.-J. H. : Il n’y a pas eu d’annulation de la dette dans l’histoire récente de la France. C’est l’inflation dès la fin des années 30 associée avec la croissance des Trente Glorieuses qui va laminer le poids de la dette, aboutissant à une réduction de celle-ci à moins de 15% du PIB au début des années 1970. Mais il faut se souvenir que depuis 1971 la monnaie est totalement déconnectée d’une quelconque valeur en or. En théorie il n’y a plus de limite à la création monétaire (je dis bien en théorie) depuis 1971 année où les monnaies sont déconnectées de l’or.

En fait les États ont d’autres armes que l’annulation pure et simple si la dette devient excessive ou plutôt s’ils n’arrivent plus à financer les déficits sur les marchés à des taux raisonnables. Parmi les mauvaises solutions, il y a celle que mettent en application beaucoup de gouvernements de l’U.E., c’est-à-dire l’augmentation de l’imposition jointe à une réduction des dépenses donc une réduction brutale des déficits. Cette méthode nous emmène à mon avis droit dans le mur de la récession ou d’une croissance très molle.

L’inflation (pour les dettes extérieures) est une excellente méthode. Quand à la « renégociation » elle a eu par exemple un effet important sur la dette de la Grèce qui n’est pas pour autant sauvée malgré les sacrifices de sa population. Il fallait pour elle d’une part lui faire quitter la zone euro immédiatement et vraiment faire défaut sur l’ensemble de sa dette.

Mais, je le répète, excusez-moi, un État souverain peut toujours créer toute la monnaie qu’il veut pour rembourser sa dette, celle qui est libellée dans sa devise et sous contrat de droit national [note 7].

LVdlR :L’inconvénient d’une « renégociation » ou d’un défaut de la dette a pour conséquence de voir les épargnants privés de leur créance… Du coup, les États ne sont plus crédibles pour emprunter afin de pouvoir se développer ?

A.-J. H. : Je pense qu’il est important de ne pas léser les petits épargnants car ils ne sont pas responsables des choix « d’investissement » des structures à qui ils ont confié leur épargne pour la protéger et en obtenir un tout petit rendement en attendant leurs vieux jours. Avant de parler d’annulation ou de restructuration de la dette, un audit est donc nécessaire. Il y a ensuite plusieurs solutions pour rendre la restructuration éventuelle plus juste.
Au delà de cette question il faut se souvenir que les États, s’ils sont souverains (je redis que ce n’est plus le cas des États de la zone euro), n’ont nul besoin d’emprunter dans leur propre monnaie pour pouvoir se développer. Il est évident que le besoin d’importation (matières premières, énergie, savoir faire étranger) peut limiter le développement si l’État ne dispose pas des devises de commerce international (dollar, euro, livre sterling) ou ne peut emprunter sur les marchés de devises. De ce fait, l’équilibre le plus important pour un État est celui de la balance extérieure, la balance commerciale en particulier.

LVdlR : Comment l’Argentine a-t-elle pour sa part géré sa crise de la dette au début des années 2000 ?

A.-J. H. : Ses créanciers ont accepté des rééchelonnements et des réductions de façon à ne pas perdre la totalité de leur mise. Le plan argentin de conversion de dette conduisit à une réduction du capital de 50 % en moyenne.

À la fin de la période de conversion des dettes, en février 2005, 75% des créanciers avaient accepté l’offre du Gouvernement argentin.

LVdlR : Évoquons aussi la faramineuse dette US. Comment celle-ci est-elle devenue si élevée ? Y a-t-il un risque selon vous de défaut de paiement de la dette US et d’une fragilisation du dollar ? (certains économistes russes prévoient même une chute imminente du dollar).

A.-J. H. : Depuis le début du sauvetage bancaire aux États-Unis au 3e trimestre 2008 la FED a injecté d’énormes sommes dans l’économie US. Entre 2008 et 2012, la Réserve fédérale a acheté 2 300 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Ces injections de liquidités ont eu pour avantage de faire chuter les taux d’intérêts.

La dette publique atteint maintenant 17.400 milliards de dollars (soit environ 12.800 milliards d’euros), 105 % de son PIB. On voit bien que les pays européens ne sont pas les seuls à avoir des dettes gigantesques, mais à mon avis pas plus les uns que les autres ne pourront rembourser ces dettes et les créanciers pourront s’estimer heureux s’ils perçoivent de faibles intérêts.

A moins, comme le prévoit Alexandre Aïvazov, qu’ils ne fassent défaut sur leur dette (auquel cas le dollar s’effondrerait) et mettent en place une nouvelle devise ? N’oublions pas néanmoins que le dollar détient une position dominante en tant que monnaie de réserve mondiale bien que d’autres devises lui taillent progressivement des parts de marché; aucun pays n’a intérêt à un effondrement trop rapide du dollar.

Et si nous pouvions prévoir l’avenir il n’y aurait jamais de crise.

LVdlR : Vous avez évoqué plus haut une pétition demandant aux autorités de « rendre la monnaie ». De quoi s’agit-il ?

A.-J. H. : Comme je l’ai dit plus haut nous ne disposons pas en France d’une loi permettant aux citoyens de lancer un Référendum [voire note 8]. Puisque nos voisins suisses vont demander à leurs concitoyens, par l’intermédiaire d’une votation, de choisir la mise en place d’un système monétaire dit « monnaie pleine » ou de garder le système actuel à réserves fractionnaires, nous avons considéré que la seule solution pour les soutenir tout en faisant connaître en France cette option de « monnaie pleine », était la mise en place d’une pétition. Il s’agit dans le fond de proposer les objectifs suivants :
a. La Banque Centrale créera désormais seule la monnaie scripturale électronique (monnaie pleine).
b. Les banques ne pourront plus elles-mêmes créer de la monnaie scripturale, mais prêter seulement de la monnaie déjà existante sous forme d’épargne qui leur serait confiée.
c. Les dépôts à vue sont transformés en monnaie centrale et passent en hors bilan des banques commerciales.
d. La Banque Centrale mettra en circulation chaque année la nouvelle monnaie pleine (sans dette) au Trésor Public, aux Départements ou Régions, ou aux citoyennes et citoyens [note 9].

LVdlR : La réappropriation souveraine de la monnaie et de la création monétaire impliquent-elles une sortie de l’euro ?…

A.-J. H. : Oui, cette proposition de « monnaie pleine » impose une sortie de l’euro, volontaire ou non, le retour à des monnaies nationales, avec ou sans création d’une nouvelle « monnaie commune » [note 10].

En effet le dogme budgétaire et monétaire imposé par Bruxelles (plus exactement les Chefs d’Etat et de Gouvernements ), sont incompatibles avec cette proposition qui a été également portée en 2012 par deux économistes du FMI, Jaromir Benes et Michael Kumhof, dans un article célèbre « The Chicago Plan Revisited » [note 11]. Je vois mal les 28 pays de l’U.E. s’accorder sur ce sujet au point de trouver l’unanimité dans un nouveau Traité.

Je pense que la Suisse pourrait nous donner une grande leçon, mais que même si la proposition est rejetée par le Peuple souverain, la prochaine crise monétaire ou financière sera l’occasion de reparler de cette alternative.

LVdlR : Plus généralement, quelles sont les pistes pour les États et les peuples de se délier de cet épineux problème de la monnaie d’une part et de la dette de l’autre ? Dans ce contexte, comment financer l’avenir et les investissements ?

A.-J. H. : Depuis près de 15 ans je défends l’idée qu’un bon système monétaire ne doit pas être privé. Comme l’avait noté Maurice Allais, les banques détiennent un privilège qui devrait revenir à la collectivité. Il faut donc à mon avis changer de dogme ou de paradigme et considérer que le Peuple doit pouvoir émettre lui même la monnaie dont il a besoin, sans passer par les structures privées que sont les banques. Or, depuis la crise de 2008, les banques centrales soutiennent l’activité en injectant massivement des liquidités, lesquelles malheureusement sont utilisées par les banques en grande partie pour spéculer, alors que l’’économie réelle a besoin que ces liquidités se fixent sur le long terme dans des investissements qui relancent la croissance, favorisent la transition énergétique et luttent contre le changement climatique.

Le système favorise la spéculation et non l’économie réelle… il faut donc changer de système !

Une émission monétaire annuelle raisonnable de 5 % du PIB, soit environ 100 milliards d’euros (ou de francs post euros si nous quittions la zone ou que l’euro n’explose), permettrait de couvrir les déficits et ainsi empêcher la dette de grossir. Donc – prenons l’exemple de 2013 avec son déficit de 87 milliards d’euros – en premier lieu les intérêts de 51 milliards et 36 milliards de déficit primaire. Reste 13 milliards que nous pouvons utiliser suivant nos choix. Un peu d’inflation aurait aussi des effets bénéfiques sur le stock de dette.

N’oublions pas que lorsqu’un État est souverain sur la gestion de sa propre monnaie, ce qui n’est plus le cas de la France engluée dans la zone euro, et que la banque centrale appartient à ce même État, les prêteurs sont tenus par le taux zéro que pratique la banque centrale envers son État ; les prêteurs deviennent de ce fait nécessairement raisonnables !

Mais la seule monétisation n’est pas suffisante et d’autres « révolutions », d’autres choix politiques, seraient nécessaires…

LVdlR : A vous lire, on a l’impression que l’euro est la source du mal, la raison exclusive des problèmes économiques de la France. Pourtant, certains pays comme l’Allemagne s’en sortent bien avec l’euro…

A.-J. H. : L’Allemagne a effectivement de gros excédents commerciaux, aussi bien avec la France qu’avec la Chine, mais ce n’est quand même pas tout rose dans ce pays non plus (chômage réel, pauvreté, faiblesse des patrimoines, vieillissement de la population, etc.) . La France reste la 5e ou 6e puissance économique mondiale et les salariés français sont parmi les plus productifs du monde, mais je considère que l’U.E. et surtout l’euro nous entraînent sur une mauvaise pente, celle du déclin.

Bien sur, nous avons aussi notre responsabilité : la taille trop faible des entreprises françaises, leur manque de fonds propres, le coût des cotisations sociales qui pourraient être basculées sur la consommation, les lois, règles et décrets par centaine de milliers et les administrations tatillonnes qui freinent la volonté entrepreneuriale [note 12].

L’économie française et son type de production « milieu de gamme » a besoin d’une monnaie plus faible, sans doute 20 % sous celle de la parité actuelle de l’euro, disons à parité avec le dollar. A mon sens le critère de valeur relative des monnaies doit être déterminé par la nécessité d’un équilibre de la balance extérieure (et en particulier la balance commerciale) entre les pays : n’oublions pas que les seules monnaies que ne peut pas produire une Nation, ce sont les devises extérieures dont elle a besoin pour ses importations. En ce sens la Charte de la Havane qui a été rejetée par les USA en 1948, avait bien cerné ce problème de ce nécessaire équilibre.

________________________________

1/ Dans la première moitié du XIXème siècle, en Grande-Bretagne, un débat fameux eu lieu entre la « banking school » et la « currency school ». Pour les tenants du « banking principle » (principe de banque), la monnaie est un moyen de paiement et donc, avant tout, un instrument de crédit croissance relativement forte du pays pionnier de la révolution industrielle. Les entreprises n’obtenaient donc pas les crédits dont elles avaient besoin pour financer leur expansion, ce qui provoquait la faillite de certaines d’entre elles. Il ne fait pas de doute que la monnaie actuelle est endogène … les banques satisfont à la demande de crédit des Agents Non Bancaire et se tournent ensuite vers la banque centrale qui n’a d’autre solution que de satisfaire les demandes de refinancement en monnaie centrale laquelle corresponds en particulier à la fourniture de billets et de soutient aux banques débitrices., suscité par les besoins de l’économie (on parlera bien plus tard, de « monnaie endogène »). La création monétaire est un viatique, qui se doit d’être souple afin de croissance relativement forte du pays pionnier de la révolution industrielle. Les entreprises n’obtenaient donc pas les crédits dont elles avaient besoin pour financer leur expansion, ce qui provoquait la faillite de certaines d’entre elles.Il ne fait pas de doute que la monnaie actuelle est endogène … les banques satisfont à la demande de crédit des Agents Non Bancaire et se tournent ensuite vers la banque centrale qui n’a d’autre solution que de satisfaire les demandes de refinancement en monnaie centrale laquelle corresponds en particulier à la fourniture de billets et de soutient aux banques débitrices.

2/ Les banques commerciales « monétisent » des actifs non monétaires (hypothèques, obligations, reconnaissances de dettes) en portant simplement la valeur de ceux-ci à l’actif de leur bilan et, simultanément, sous forme de monnaie scripturale utilisable sur le compte de l’emprunteur. Au niveau d’une Banque Centrale la procédure est identique, les actifs non monétaires étant des bons du Trésor ou des obligations et la monnaie créée corresponds à l’augmentation du compte du Trésor Public dans cette même Banque Centrale. Notons que la Banque de France appartenant en totalité à l’État, la monétisation corresponds à une dette à soi même et se traduit par une augmentation de la quantité de monnaie disponible pour l’État qui, l’utilisant pour ses dépenses, va diffuser cette monnaie nouvelle dans l’économie, sans être tenu, comme pour un emprunteur particulier vis à vis d’une banque commerciale, à la rembourser.

3/ En 1970 la dette était de 25,1 milliards d’euros, soit 163,5 milliards d’euros « 2013 ». En 2013 celle ci était de 1925,3. C’est donc une augmentation de 1761,8 milliards. Durant cette période nous avons payé 1228,7 milliards d’intérêts en euros courants, soit 1580,8 milliards « 2013 ». Les intérêts cumulés représentent 82 % de la dette publique. Sans ces intérêts la dette serait aujourd’hui de 344,5 milliards.

4/ Le néochartalisme est une école de pensée économique appelée aux USA et en Australie « Modern Monetary Theory ». Dans cette théorie les économistes considèrent que c’est l’État qui crée la monnaie en dépensant, et détruit cette monnaie en la taxant : la fiscalité sert alors à revendiquer la monnaie et à contrôler la masse totale de monnaie en circulation et se trouve donc être un outil monétaire essentiel au maintien de la valeur d’échange de la monnaie. La théorie originale (le Chartalisme) fut développée par l’économiste Georg Friedrich Knapp au début du XXe siècle et a influencé le Traité sur la monnaie de Keynes.

5/ Même si on peut trouver ici ou là des informations partielles non chiffrées, par exemple ce document de 2011 de l’Agence Reuter « Les 50 plus gros détenteurs de dette française ».

6/ On peut juger que ce pourcentage détenu par des non-résidents est important, mais il faut se souvenir que les français (épargnants, caisses de retraite, banques) détiennent eux aussi de la dette étrangère.

7/ C’est d’ailleurs le cas de 97 % de la dette française si bien que la sortie éventuelle de la zone euro transformerait 97 % de la dette française en « francs ».

8/ Signalons sur ce sujet le Référendum d’Initiative Citoyenne l’association « O.C.C.I.R. » dont l’objet est l’inclusion de cette possibilité dans la Constitution française

9/ Voir plus de précisions et d’explications sur le site en support : http://100monnaie.wordpress.com/

10/ C’est Jacques Sapir et Philippe Murer qui ont le mieux développé les différentes hypothèses et les conséquences de la dissolution de l’euro dans un rapport commandé par la Fondation Res Publica « Les scenarii de dissolution de l’euro ».

11/ Un excellent article de Gaël Giraud sur la « Revue Banque » N° 752 du 25/09/2012 à ce sujet.

12/ Voir à ce sujet l’excellent livre de Philippe Eliakim « Absurdité à la française »

Publié dans 100% monnaie, Dette publique, Holbecq, MMT, Monétisation, SMART | Tagué , , , , , , , , | 118 commentaires

291 – Rendez-nous la monnaie !

Signez et diffusez s’il vous plait la pétition ci-dessous « Rendez-nous la monnaie ! » sur http://tinyurl.com/lx79h3p , en soutien à l’initiative Suisse « Vollgeld » (monnaie pleine).
______________________________

7a107427

Depuis maintenant trop longtemps les banques commerciales privées ont obtenu le transfert d’un pouvoir régalien autrefois détenu par la puissance publique: celui de créer par une simple ligne d’écriture informatique toute la monnaie scripturale, monnaie chargée d’intérêts, que les ménages, les entreprises et même les administrations sont dans l’obligation d’utiliser lors de tous les échanges commerciaux.

Négligeant leur rôle premier qui est de financer l’économie (une carence qui explique en partie la gravité de la crise et du chômage), elles spéculent en risquant d’entrainer les déposants dans leur chute. On compte plus de 20 crises financières depuis 1980 dont la dernière de 2007 laisse encore de nombreuses traces ; la prochaine emportera peut être toutes vos économies car la garantie des dépôts ne peut s’appliquer en cas de crise systémique !

Nos voisins Suisses lancent aujourd’hui une « initiative pour la monnaie pleine » dans le but d’obtenir une votation sur ce sujet. Si la votation remportait la majorité, la Banque Centrale (Banque Nationale Suisse) garantirait à 100 % les dépôts à vue et serait seule autorisée à créer toute nouvelle monnaie, sans intérêts.

Hélas, nous en France, ne disposons pas du Référendum d’Initiative Citoyenne (1) qui permettrait d’amener un tel sujet au débat démocratique ; il nous reste cette pétition que nous vous demandons de signer et de faire circuler. Elle se résume en ces mots :
«Donner à la Banque de France le droit exclusif d’émettre toute la monnaie nouvelle au bénéfice de la collectivité, et de garantir les comptes de dépôts»

Cette pétition sera transmise – au moment de la votation Suisse – au Président de la République, au premier Ministre et au Ministre des finances de la France, aux Présidents des groupes parlementaires de l’Assemblée nationale et du Sénat et à tous les chefs des partis politiques, Pour plus d’efficacité, s’il vous plait, diffusez-là sur vos réseaux.

C’est volontairement que cette pétition est courte et par là même peu détaillée. Vous trouverez plus de précisions sur https://100monnaie.wordpress.com/, où nous pouvons également répondre à vos questions.
_______________________

(1) Le référendum d’initiative citoyenne est l’unique revendication de l’association « Article 3 », que vous pouvez soutenir en vous rendant sur son site : http://www.article3.fr/



Objectifs
1. La Banque Centrale créera désormais seule la monnaie scripturale électronique (monnaie pleine).
2. Les banques ne pourront plus elles-mêmes créer de la monnaie scripturale, mais prêter seulement de la monnaie déjà existante sous forme d’épargne qui leur serait confiée.
3. Les dépôts à vue sont transformés en monnaie pleine et passent en hors bilan des banques commerciales
4. La Banque Centrale mettra en circulation chaque année la nouvelle monnaie pleine (sans dette) au Trésor Public, aux Départements ou Régions, ou aux citoyennes et citoyens.
Explications sur http://100monnaie.wordpress.com/

Publié dans 100% monnaie, Monétisation, SMART | Tagué , , , | 27 commentaires

290 – l’avancée du 100% monnaie

Article paru le 13 mai 2014 sur le blog http://www.gaullistelibre.com/

______________________________________________

Martin Wolf, éditorialiste du Financial Time, dans un article du 24 avril 2014 intitulé  » Strip private banks of their power to create money  » (que vous pouvez retrouver sur ce lien) pense que la prochaine crise verra la mise en place d’un système monétaire à réserves totales (100% money) : « This will not happen now. But remember the possibility. When the next crisis comes – and it surely will – we need to be ready » (« ceci ne va pas advenir aujourd’hui. Mais souvenez-vous de cette possibilité. Quand la prochaine crise arrivera – et ça aura lieu – nous avons besoins d’être prêts »)

Il faut dire que depuis quelques années cette proposition imaginée par Irving Fisher en 1936 lequel tirait les conclusions de l’ensemble des débats entre l’École de la circulation et l’École de la banque (Currency school et Banking school) revient dans la réflexion des économistes et sans doute bientôt dans le public: nous ne pouvons que nous en réjouir.

En France Maurice Allais reprends la proposition de Fisher en l’améliorant (dans « la crise mondiale d’aujourd’hui« ) . Christian Gomez l’un de ses anciens élève devenu « grand banquier » écrit un article fondamental sur ce sujet (« Une « vieille » idée peut-elle sauver l’économie mondiale? » Un réexamen de la proposition d’une réforme radicale du système bancaire: L’imposition d’un coefficient de réserves de 100% « ) . Gabriel Galand (de « Chômage et monnaie ») présente lors du colloque monnaie des économistes atterrés en mars 2012 « Une monnaie à garantie totale, une vieille idée qui fait son chemin » . Votre serviteur pour sa part tente une vulgarisation de ces propositions en lui attribuant un nom plus accrocheur: le SMART (Système Monétaire A Réserve Totales)

En 2012 toujours, deux économistes du FMI, Jaromir Benes and Michael Kumho, publient en anglais une étude extrêmement détaillée et approfondie  » The Chicago Plan Revisited  » que résume Gaël Giraud dans la « Revue Banque » sous le titre « Rendre le monopole de la création monétaire aux banques centrales ?« , et dans lequel il explique  que cette étude « montre […] que le 100% money remplirait très probablement ses promesses s’il était mis en œuvre : réduction de l’amplitude du cycle du crédit, disparition du risque de bank run, réduction des dettes publique et privée« .

Réserver à la collectivité les gains de la création monétaire
– L’émission et l’utilisation de la nouvelle monnaie – totalement gratuite (sans intérêts) – fait partie des prérogatives du Gouvernement, du Parlement et de la Banque Centrale, mais toute autre formule démocratique qui aurait son mot à dire sur la quantité de monnaie annuellement créée peut être mise en place (ie; intervention de la Cour des Comptes par exemple). C’est en définitive le Trésor Public qui en est destinataire et ce montant annuel (de quelques pour cents de la masse monétaire déjà en circulation soit pour fixer une idée, entre 50 et 100 milliards d’euros annuels pour notre pays) correspondant à une recette de l’État. Celle-çi augmentera d’autant les capacités d’investissement collectives: on retrouve ici d’ailleurs une idée proche de celle du néochartalisme.

– D’autres avantages plus techniques sur lesquels je ne m’étendrai pas ici, et en particulier la possibilité (il s’agit d’un choix politique) de « geler » environ 2/3 de la dette publique.

Une organisation bancaire bien différente.

– Les banques de dépôt (les « Compagnie de Service Monétaire » ou  CSM, dans la terminologie de Christian Gomez)  devront observer un coefficient de réserves de 100 %. Tous les comptes de chèques ne pourront faire circuler que de la monnaie déjà  « en caisse ». Le but est d’aligner toutes les formes de monnaie bancaire sur les billets de la Banque Centrale et d’inverser la règle actuelle qui veut que « les crédits font les dépôts ». La monnaie sera remise aux banques de dépôts contre la partie de leurs actifs qui correspond à leurs prêts: il y aura donc substitution de cette monnaie aux titres des banques et un coefficient de réserves de 100 %  sera appliqué à tout moment.

– Les dépôts étant entièrement reliés aux réserves, tous les instruments de paiement se comporteraient comme s’il s’agissait d’une circulation de monnaie de Banque Centrale (monnaie fiduciaire) .

– L’épargne serait gérée par un autre type de banques, les banques de prêts, intermédiaires entre les emprunteurs et les épargnants,  sans aucune capacité pour elles d’utiliser l’épargne pour spéculer ni de prêter des sommes dont elles ne disposeraient pas.

Cerise sur le gâteau

Nos amis Suisses de VOLLGELD INITIATIVE, terminent la préparation (100 000 soutiens nécessaires et un peu de moyens financiers) d’une « initiative monnaie pleine » qui devrait aboutir à une votation nationale (et on peut se poser une question  à cette occasion : à quand la mise en place du Référendum d’Initiative Citoyenne qui nous manque cruellement en France, soit disant phare de la démocratie ?)

Lors du lancement officiel de l’initiative nous essayerons de donner le maximum d’impact médiatique à cette véritable révolution en préparation et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour expliquer tous les avantages de ce qui se retrouve selon les pays sous les termes de « monnaie pleine », « positive money », « 100% money », « monnaie utile », « pouvoir monétatif » et « SMART ». Mais il s’agit toujours à quelques détails près de la même  proposition: les entreprises privées ne doivent plus disposer du droit d’émettre la monnaie, notre monnaie.

A-J Holbecq

Publié dans 100% monnaie, Allais, Article invité, Débat monétaire, Fisher, Holbecq, Monétisation, Pinsolle, SMART | Tagué , , , , , , | 30 commentaires

289 – Wolf soutient le SMART

Strip private banks of their power to create money

The giant hole at the heart of our market economies needs to be plugged

Printing counterfeit banknotes is illegal, but creating private money is not. The interdependence between the state and the businesses that can do this is the source of much of the instability of our economies. It could – and should – be terminated.

I explained how this works two weeks ago. Banks create deposits as a byproduct of their lending. In the UK, such deposits make up about 97 per cent of the money supply. Some people object that deposits are not money but only transferable private debts. Yet the public views the banks’ imitation money as electronic cash: a safe source of purchasing power.

Banking is therefore not a normal market activity, because it provides two linked public goods: money and the payments network. On one side of banks’ balance sheets lie risky assets; on the other lie liabilities the public thinks safe. This is why central banks act as lenders of last resort and governments provide deposit insurance and equity injections. It is also why banking is heavily regulated. Yet credit cycles are still hugely destabilising.

What is to be done? A minimum response would leave this industry largely as it is but both tighten regulation and insist that a bigger proportion of the balance sheet be financed with equity or credibly loss-absorbing debt. I discussed this approach last week. Higher capital is the recommendation made by Anat Admati of Stanford and Martin Hellwig of the Max Planck Institute in The Bankers’ New Clothes.

A maximum response would be to give the state a monopoly on money creation. One of the most important such proposals was in the Chicago Plan, advanced in the 1930s by, among others, a great economist, Irving Fisher. Its core was the requirement for 100 per cent reserves against deposits. Fisher argued that this would greatly reduce business cycles, end bank runs and drastically reduce public debt. A 2012 study by International Monetary Fund staff suggests this plan could work well.

Similar ideas have come from Laurence Kotlikoff of Boston University in Jimmy Stewart is Dead, and Andrew Jackson and Ben Dyson in Modernising Money. Here is the outline of the latter system.

First, the state, not banks, would create all transactions money, just as it creates cash today. Customers would own the money in transaction accounts, and would pay the banks a fee for managing them.

Second, banks could offer investment accounts, which would provide loans. But they could only loan money actually invested by customers. They would be stopped from creating such accounts out of thin air and so would become the intermediaries that many wrongly believe they now are. Holdings in such accounts could not be reassigned as a means of payment. Holders of investment accounts would be vulnerable to losses. Regulators might impose equity requirements and other prudential rules against such accounts.

Third, the central bank would create new money as needed to promote non-inflationary growth. Decisions on money creation would, as now, be taken by a committee independent of government.

Finally, the new money would be injected into the economy in four possible ways: to finance government spending, in place of taxes or borrowing; to make direct payments to citizens; to redeem outstanding debts, public or private; or to make new loans through banks or other intermediaries. All such mechanisms could (and should) be made as transparent as one might wish.

The transition to a system in which money creation is separated from financial intermediation would be feasible, albeit complex. But it would bring huge advantages. It would be possible to increase the money supply without encouraging people to borrow to the hilt. It would end “too big to fail” in banking. It would also transfer seignorage – the benefits from creating money – to the public. In 2013, for example, sterling M1 (transactions money) was 80 per cent of gross domestic product. If the central bank decided this could grow at 5 per cent a year, the government could run a fiscal deficit of 4 per cent of GDP without borrowing or taxing. The right might decide to cut taxes, the left to raise spending. The choice would be political, as it should be.

Opponents will argue that the economy would die for lack of credit. I was once sympathetic to that argument. But only about 10 per cent of UK bank lending has financed business investment in sectors other than commercial property. We could find other ways of funding this.

Our financial system is so unstable because the state first allowed it to create almost all the money in the economy and was then forced to insure it when performing that function. This is a giant hole at the heart of our market economies. It could be closed by separating the provision of money, rightly a function of the state, from the provision of finance, a function of the private sector.

This will not happen now. But remember the possibility. When the next crisis comes – and it surely will – we need to be ready.

martin.wolf@ft.com

Publié dans 100% monnaie | Tagué , , , | 14 commentaires

288 – Scenarii dissolution de l’euro

Les scenarii de dissolution de l’Euro (étude pour la fondation RES PUBLICA)

 

Couv-2tudeCette étude a été réalisée par Philippe Murer et Jacques Sapir avec la collaboration de Cédric Durand. Elle est disponible à la Fondation RES PUBLICA, 52 rue de Bourgogne, 75007 Paris (info@fondation-res-publica.org) ou en téléchargement sur http://www.fondation-res-publica.org/docs/etude_euro_respublica.pdf

RÉSUMÉ DE L’ÉTUDE

La crise de l’Euro pèse sur l’économie de l’ensemble de la zone. Elle a induit des politiques d’austérité qui l’ont plongée dans une profonde récession, sans aucune garantie qu’elles ne résolvent la crise. Dans les faits, les problèmes structurels de la zone Euro ont continué à s’aggraver. Dans cette situation, il est important de considérer ce que pourraient être les conséquences réelles d’une dissolution de la zone Euro et de se demander si elles seraient aussi catastrophiques qu’annoncées.
I. Le modèle et ses résultats
Nous supposons que les tensions au sein de la zone Euro atteignent un niveau tel que les pays concernés décident, d’un commun accord ou de manière dispersée, de renoncer à la monnaie unique. Dans ce cas, les pays de l’ex-zone Euro adoptent, ne serait-ce que de manière transitoire, des mesures drastiques de contrôle des capitaux afin de pouvoir « piloter » la dépréciation ou l’appréciation de leur mon­naie. On suppose aussi que des mécanismes résiduels de coordination se main­tiennent – au niveau des Ministères des Finances et des Banques Centrales – et que chaque pays peut collaborer avec ses voisins pour éviter une explosion dite désordonnée de la monnaie unique. Cela implique que les taux de change effectifs correspondent à des taux de change « cibles » qui permettent aux pays de l’Europe du Sud de rééquilibrer le plus rapidement possible leur balance commerciale. Ces deux postulats correspondent à ce que nous appelons une dissolution « contrô­lée » de la zone Euro (hypothèse H1). Nous ne nous limitons pas à l’étude de ce cas de figure et étudions aussi la possibilité d’une scission de la zone Euro en deux (hypothèse H2 connue sous le nom des « deux Euros » ou combinaison Euro du sud/Euro du nord), tout comme nous envisageons la possibilité d’une dissolu­tion « non contrôlée » de la zone Euro (hypothèse H3). Dans le cas d’une scission de la zone Euro en deux, nous estimons que la France serait le pays pivot de la zone « Euro du Sud ». Pour chacun des trois scenarii ainsi retenus, nous testerons trois options de politique économique : l’option a sera qualifiée de « pro-consommation » ; l’option b de « pro-investissement » ; et l’option c de « pro-réduction des déficits ». Nous obtenons donc un ensemble de neuf trajectoires qui seront ensuite comparées sous leurs différents aspects.
À partir de la structure du commerce extérieur, du montant des importations et des exportations dans le PIB et des élasticités, on recalcule pour un taux de déva­luation – ou de réévaluation – donné, la variation de la balance commerciale et son apport au PIB en tenant compte de l’existence de l’ex-zone Euro, d’une zone Dollar et d’une zone intermédiaire. On corrige cependant à la hausse les impor­tations à partir de la constatation qu’une forte augmentation des exportations entraînera nécessairement celles des importations compte tenu du phénomène de re-export des matières importées (énergie et matières premières) mais aussi de certains sous-ensembles. On corrige aussi les importations et les exportations en fonction de la croissance ou de la récession des pays partenaires dans la zone Euro. On obtient ainsi un premier niveau de PIB. Ce niveau de PIB fait apparaître un gain fiscal potentiel, dont on estime qu’une partie sera redistribuée à l’écono­mie. Entre en compte alors le multiplicateur des dépenses publiques, que l’on a estimé à 1,4 sur la base de travaux récents. L’application de ce multiplicateur nous donne alors un deuxième état du PIB. Toutefois, suivant les scenarii, on a aussi une hausse plus ou moins forte de l’investissement productif. Or, cette hausse entraîne mécaniquement une hausse du PIB, ce qui nous fournit un troisième et définitif état du PIB et donc par comparaison un aperçu de la croissance.
L’impact des différentes hypothèses d’explosion de la zone Euro sur le taux d’inflation – et donc sur le taux de change réel – s’avère être important et se révèle l’un des principaux facteurs engendrant les résultats du modèle. Néanmoins, on observe un fort mécanisme de convergence des taux d’inflation dans le temps, quelles que soient les hypothèses de situation adoptées (H1, H2 ou H3). La convergence de l’inflation est la plus marquée dans l’hypothèse H1 et l’hypothèse H3. L’hypothèse H2 dite des « deux Euros » se caractérise par une inflation extrê­mement forte pour la Belgique mais aussi pour l’Irlande. Inversement, l’hypo­thèse H3 – explosion « non contrôlée » – aurait un fort effet déflationniste sur la Belgique et un effet inflationniste très faible sur l’Irlande. L’impact de la disso­lution de la zone Euro sur la croissance des différents pays est immédiat. Si l’on considère uniquement les effets directs sur les deux premières années, on voit que les pays de l’Europe du Sud sont largement avantagés. Dans l’hypothèse H3 on constate un recul de 4% du PIB de l’Allemagne sur deux années. A l’inverse, on observe toujours sur deux années de forts taux de croissance tant pour la France, l’Espagne et l’Italie que pour la Grèce (+19%) et le Portugal (+15%). En fait, quelle que soit l’hypothèse retenue, une dissolution de l’Euro ne se ferait pas au détriment des pays de l’Europe du Sud mais bien au détriment de l’Allemagne dont le PIB baisserait par effet direct de 1,7% à 4% sur deux ans.
II. Une forte croissance pour l’économie française
Le passage du calcul des taux de croissance pour la France de l’effet direct à la somme des effets indirects implique naturellement de prendre en compte les dif­férences de politique économique que l’on a représentées sous la forme de trois options : (a) (« pro-consommation »), (b) (« pro-investissement ») et (c) (« pro-­réduction des déf-cits »). Nous obtenons donc un ensemble de neuf trajectoires qui seront ensuite comparées sous leurs différents aspects. Ce cumul des effets a des résultats spectaculaires. On constate alors que l’option (b) dite « pro-investissement » est celle qui engendre la croissance la plus forte dans les trois hypothèses de taux de change. L’écart de croissance est le plus important entre l’option (b) et l’option (c) qui apparaît dans le moyen terme (cinq périodes de douze mois chacune) comme la plus mauvaise. Suivant les hypothèses de taux de change, cet écart varie de 11,3 points à 11,55 points de croissance. L’option (c) donne les plus mauvais résultats sauf dans le cas d’une option « pro-investissement » à court terme (deux ans), mais elle décline ensuite rapidement. En fait, la combinaison d’une stratégie pro-investissement de type (b) aboutit à des résultats très compa­rables dans les hypothèses H2 et H3. Globalement, l’hypothèse H3 semble même préférable à l’hypothèse H2.
La hausse du PIB est en partie entraînée par l’accroissement des exportations et l’existence d’une balance commerciale excédentaire. Or, les produits manufactu­rés sont ceux dont les exportations augmenteraient le plus. Dans le même temps, il est clair que la baisse des coûts apparents induit une dévaluation, en particulier en comparaison avec l’Allemagne, et entraînerait un mouvement de délocalisa­tion vers la France et un mouvement de relocalisation en France d’une partie des activités de sous-traitance. Il semble évident que l’industrie, au sens large et avec les services associés, sera la grande bénéficiaire de cette situation créée par la sor­tie de l’Euro et la dévaluation. On peut donc estimer l’impact sur l’industrie de ces scenarii à un taux de croissance – pour ce secteur – égal à 1,5 à 2 fois le taux de croissance du PIB. En fait, l’expérience historique montre une relation stable entre la croissance du PIB et la croissance de la production industrielle d’environ 1,8 sur la période 1992-2013. Dans ces conditions, et sur la base de ce coefficient, la part de l’industrie manufacturière (hors services associés) en France dans le PIB passerait de 11,1% du PIB à 11,7% dans la plus mauvaise des trajectoires, et à 12,7% dans les meilleures des trajectoires. La dévaluation consécutive à l’ex­plosion ou à la dissolution de la zone Euro effacerait les évolutions que l’on a connues depuis les années 2004-2005.
L’effet de la forte croissance du PIB engendrée par le cumul des effets directs et indirects d’une forte dévaluation devrait être très important sur l’emploi et le chômage. Nous avons pris ici l’hypothèse que toute croissance supérieure à 1,3% la première année et à 1,5% les années suivantes induisait des créations d’emploi au prorata de la croissance. Ces hypothèses entraînent des mouvements de réduc­tion du chômage qui sont très forts au cours des deux premières périodes. La création d’emplois pouvant même, dans certains des scenarii, épuiser les réserves de travail existantes. C’est un bouleversement considérable pour la société fran­çaise qui retrouverait ainsi une situation de chômage modéré voire faible. Les conséquences de ce bouleversement sur l’équilibre des différents budgets sociaux – maladie, retraite – sont potentiellement considérables.
Les options de politique économique favorisant la réduction la plus rapide de la dette (option c) engendrent en réalité les résultats les plus mauvais (le neu­vième, huitième et sixième) tandis que les options (a) et (b) de l’hypothèse H3 et l’option (b) de l’hypothèse H2 fournissent les meilleurs résultats. Ce résultat n’est paradoxal qu’en apparence. Le poids de la dette dans le PIB dépend du taux de croissance. Or, on verra que les options de type (c) sont celles qui engendrent la croissance la plus faible. Dans toutes les hypothèses, l’option pro-investisse-ment (b) s’avère plus intéressante que l’option de réduction des déficits (c). Une première conclusion s’impose : en cas d’explosion de l’Euro, quelle que soit l’hy­pothèse dans laquelle on se place, le gouvernement a tout intérêt à retenir une option « pro-investissement » (b). Si l’hypothèse coopérative H2 dite des « deux Euros » est intéressante pour la France, elle présente en revanche des problèmes insurmontables pour les autres pays censés être membres de « l’Euro du Sud ».
Les trajectoires que l’on a étudiées ici partent de la constatation que l’Euro n’est plus viable dans sa forme actuelle. Elles fournissent cependant des indications sur la possibilité de conserver, à terme, une « monnaie commune » venant s’ajouter aux monnaies nationales. La constitution d’une « monnaie commune » venant s’ajouter aux monnaies nationales pourrait être une solution logique, dans la mesure où elle n’interfèrerait pas dans la possibilité de flexibilité des changes mais en réglementerait la modalité d’application. Le passage à une telle solution serait d’autant plus facile que le cadre réglementaire encadrant les marchés financiers serait maintenu, au moins en partie.
III. Le problème de la « monnaie commune »
Une dissolution de l’Euro pose le problème des monnaies de réserve utilisées tant par les Banques Centrales que par des agents privés. Il faut donc dans un premier temps revenir sur les conséquences de l’introduction de l’Euro sur la situation internationale. Le système monétaire international est ainsi passé dans les années 2000 d’une situation d’oligopole dominée par le Dollar à une situation de quasi-duopole, ici encore dominée par le Dollar. C’est cette situation qui semble être aujourd’hui en train de s’effondrer et ce alors que l’Euro est toujours présent.
On constate en effet plusieurs phénomènes. D’une part, l’effondrement des « autres monnaies », effondrement dû pour l’essentiel à la chute du Yen japonais et des autres monnaies européennes servant de monnaies de réserve. Ce sont ces monnaies qui ont le plus souffert de l’introduction de l’Euro. D’autre part, avant la mise en place de l’Euro, le Deutsche Mark jouait un rôle non négligeable, qu’il devrait retrouver après la dissolution. On constate aussi que dans la phase du passage de l’Euro scriptural à l’Euro fiduciaire, la part du Dollar américain a aug­menté.
En fait, l’aspect le plus intéressant de l’évolution actuelle est que la chute de l’Euro depuis 2010 ne se fait pas tant en faveur du Dollar, comme on aurait pu s’y attendre et peut-être le craindre, mais en faveur des « autres monnaies ». Néan­moins, la composition de ce groupe – comprenant essentiellement des monnaies de la zone Asie-Pacifque – a radicalement changé et s’est largement renforcé depuis la crise de 2007-2008.
Le Deutsche Mark devrait donc retrouver et même améliorer sa position de 1995, et représenter entre 16% et 18% des réserves. Les « autres monnaies » devraient atteindre, quant à elles, environ 18% à 20%, avec une forte hausse des « nouvelles monnaies », qui pourraient représenter 11 à 13% du total. Le Franc Français devrait au moins retrouver sa position de 1995 avec 2% du total. Il n’est cependant pas impossible – et les mouvements sur les taux d’intérêts que l’on constate aujourd’hui rendent plausible cette hypothèse – qu’il puisse mon­ter vers 4% à 5%.
I V. Les conséquences de la dissolution de la zone Euro
La dissolution de la zone Euro et les mouvements de parité relative des monnaies vont entraîner des modifications non négligeables dans la structure des chaînes de valeur concernant des produits fabriqués dans la zone Euro. Dans le cas d’Air­bus, le prix de l’avion théorique baisse à la suite de l’éclatement de la zone Euro sous l’effet de la forte variation des parités relatives. Le renchérissement – par rap­port au Dollar – du nouveau Deutsche Mark est en effet plus que compensé par la baisse de valeur du Franc, de la Lire et de la Peseta. La baisse du prix (en Dollar) sur le marché mondial va de 4,4% du prix initial à 3,6%. Les hypothèses coopé­ratives H2 et non-coopératives H3 donnent en fait des résultats plus mauvais que l’hypothèse modérément coopérative H1. Cela n’est cependant vrai que pour la première année. Or les parités relatives se déforment dans le temps.
L’évolution dans le temps des parités relatives sous l’effet de l’inflation a des effets très positifs sur le prix total. Ce dernier va baisser d’un peu moins de 10 points de pourcentage au bout de 5 ans.
Si l’on considère l’industrie automobile, on constate que les chaînes de valeur varient énormément suivant les modèles produits et suivant les firmes qui seront concernées. De ce point de vue, il y a des différences notables entre la situation du groupe Renault et de PSA. Certaines productions de sous-ensembles – moteurs et transmission – sont communes à plusieurs modèles et à plusieurs firmes. Même si l’on peut considérer aujourd’hui que les effets de la dissolution de l’Euro seront favorables à une firme comme PSA, l’évaluation de l’impact global de la dissolu­tion de l’Euro sur cette situation sera importante.
La capacité des banques et des compagnies d’assurance à résister à une disso­lution de la zone Euro constitue l’une des principales interrogations soulevées par cette éventualité. La situation des banques a soulevé une certaine inquiétude car ces dernières ont déjà fait l’objet d’un plan d’aide de grande ampleur à la suite de la crise de 2008. Celle des compagnies d’assurance est aussi un sujet de préoccupation. Pour la France, une dissolution de la zone Euro coûterait à l’en­semble du secteur bancaire de 3,5 milliards à 5,5 milliards suivant les scenarii. En ce qui concerne les compagnies d’assurance, elles se sont recentrées sur le marché français et ont cherché à fonder le développement de leurs activités dans les pays potentiellement « à risque » sur une collecte de l’épargne. Les pertes potentielles seront limitées mais pourront exiger une intervention de l’État en soutien aux compagnies d’assurance.
La dissolution de la zone Euro et l’évolution des parités des taux de change qui en découlera sera l’acte fondateur d’un redéploiement tant interne qu’externe de l’économie française. Cet acte devrait entraîner l’arrêt du processus de désindustrialisation de notre pays mais aussi une rupture importante avec de longues années de très faible croissance, de chômage de masse et de détérioration conti­nue de notre système social.
—————-
CONCLUSION
L’étude présentée permet, dans les limites de la modélisation, de tirer un certain nombre de conclusions qui pourraient servir de base à une politique économique de la France qui soit tournée vers la croissance.
Tout d’abord, un éclatement de l’Euro ne serait nullement une « catastrophe » et n’aurait pas les conséquences dramatiques qui sont généralement mises en avant par les adversaires d’une telle solution.
La dissolution de la zone Euro et le retour au Franc, accompagnés d’une forte déva­luation, laisseraient les revenus et les dépenses réalisés sur le territoire absolument inchangés. Le pouvoir d’achat dans les biens et services produits sur le terri­toire ne serait pas modifié. La « valeur » des comptes bancaires ne serait pas dévaluée comme certains l’affirment. Pour ce qui est des produits importés, certains – d’origine allemande ou venant de la zone Dollar – augmenteraient et d’autres – venant d’Italie et d’Espagne – baisseraient. Au total, l’inflation -même dans l’hypothèse d’une indexation des salaires et des pensions – n’ex­cèderait pas 5% la première année et 4% la deuxième. Elle reviendrait rapi­dement vers son niveau structurel. Les hypothèses retenues dans ce modèle ont d’ailleurs été volontairement pessimistes sur le taux d’inflation.
Cependant, un strict contrôle des capitaux devrait être mis en place pour gérer cette dévaluation. Il pourrait s’inspirer des mesures prises par le gouverne­ment chypriote avec l’accord de l’Union européenne et de la zone Euro.
Le poids de la dette diminuerait rapidement tandis que le déficit résiduel des dépenses publiques pourrait parfaitement être couvert par l’épargne nationale. On remarque d’ailleurs que le poids de la dette baisse d’autant plus vite que l’on ne fait pas de la réduction de la dette une priorité de politique économique. Ce paradoxe s’explique par l’impact du taux de croissance – et du taux d’infla­tion – sur le calcul du ratio Dette/PIB qui se fait aux prix courants. La France pourrait ainsi stabiliser sa dette publique entre 75% et 80% de son PIB.Le gain en croissance et en emploi serait spectaculaire. Selon les hypothèses et les options de politique économique retenues, on obtiendrait une croissance allant de 8% à 21% sur les quatre années consécutives à la dissolution de l’Euro et à la dévaluation du Franc. L’option d’une politique économique en faveur de l’investissement (option b) est de loin la plus intéressante et donne les meilleurs résultats. Les effets sur l’emploi seraient très importants. À partir d’un niveau de 3,2 millions de chômeurs (catégorie A), on passerait à la troisième année après la dissolution de l’euro et la dévaluation au pire à 2,2 millions et plus raisonnablement à un niveau entre 1,5 et 1,2 millions de chômeurs. Les effets sur les comptes sociaux seraient eux aussi absolument spectaculaires. Les comptes de l’assurance chômage et de l’assurance maladie redeviendraient positifs, voire selon les hypothèses massivement positifs.
A court terme, la valeur du patrimoine des ménages serait affectée en fonction de la composition de ce patrimoine, mais à moyen terme retrouverait sa valeur.
De même l’épargne sous forme d’assurance-vie pourrait perdre de 3 à 5% la première année et 2% la deuxième, mais se rétablirait au bout de cinq ans. Les placements immobiliers connaîtraient probablement une hausse en raison de l’accroissement de l’activité économique.
Le taux d’imposition général de l’économie française pourrait lui aussi baisser, compte tenu des « gains » mécaniques qu’engendreraient la forte croissance et l’inflation pour les recettes fiscales. Le taux d’imposition général de l’écono­mie, qui est de 45% du PIB aujourd’hui pourrait passer à 43% voire 41% dans un délai de cinq ans.
Par ailleurs, une dissolution de la zone Euro et une forte dévaluation auraient des effets très bénéfiques sur l’industrie française, qui non seulement aug­menterait ses exportations et sa production mais surtout redeviendrait un secteur très attractif pour les investissements français comme étrangers.
Néanmoins, la dissolution de l’Euro et la dévaluation ne résoudraient pas tout. Subsisteraient d’importants problèmes qui nécessiteraient des actions spécifiques de politique économique. La mise en place d’un contrôle des changes implique­rait une réforme en profondeur des banques et des assurances, et plus générale­ment un accroissement du contrôle de l’État, direct et indirect, sur ce secteur. L’un des effets induits par une dissolution de l’Euro puis par une dévaluation pourrait être une « dé-financiarisation » de l’économie française. Qu’il le veuille ou non, le gouvernement français sera contraint de mettre fn à la grande libéralisation fnancière qui a commencé dans les années 1980.
Pour pouvoir tirer tout le parti d’une dévaluation, un programme de développe­ment industriel et économique devra être établi en coopération avec les entre­prises. C’est implicitement ce que nous décrivons dans l’option b de politique économique dite « pro-investissement ». Cela impliquera une définition du cadre de la stratégie générale des firmes à l’horizon de 2025 ou 2030. De même, les dispositifs de soutien et de promotion de l’innovation devront être repensés. L’opportunité pour que ce redémarrage de l’industrie française ne se fasse pas « à l’identique » doit être saisie.
La formation professionnelle et la formation continue devront très probablement être réformées pour que l’économie française puisse résorber rapidement le chô­mage. Attirons ici l’attention du lecteur sur le fait que les évolutions, certes très favorables, de l’emploi dans nos scenarii supposent un ajustement quasi-parfait de l’offre à la demande. Si l’on veut éviter des tensions inflationnistes indues et si l’on veut profiter pleinement des opportunités ouvertes par une dissolution de l’Euro et par une dévaluation, un effort particulier concernant la formation devra être consenti.
Enfin, la question de la coordination monétaire entre les pays européens devra être repensée. L’adoption par une majorité voire par la totalité d’entre eux de mécanismes de contrôle des capitaux rendra plus facile l’émergence d’une coor­dination des fluctuations des taux de change. L’émergence d’une monnaie com­mune destinée aux échanges avec le reste du monde pourrait alors voir le jour et servir de base à une refondation du Système monétaire international.
Il apparaît donc clairement que la dissolution de l’Euro et une forte dévaluation sont de nature à fournir le « choc de compétitivité » dont l’économie française a besoin. Toutefois, une telle relance ne pourra se faire sur une trajectoire identique à celle du passé et impliquera de tous les acteurs, tant privés que publics, un effort d’imagination pour penser et construire notre pays. En cela, si la dissolution de l’Euro n’est pas une condition suffisante, elle est indiscutablement une condition nécessaire.
Publié dans euro, Monnaie commune, Murer, Sapir, Union Européenne, Zone Monétaire Optimale | Tagué , , , | 15 commentaires

287 – Mauvaise compréhension des dépenses publiques

Sachez d’abord, si vous l’ignorez, que la valeur ajoutée des administrations est mesurée essentiellement par les salaires versés. En effet la valeur  ajoutée administrative n’est pas, contrairement aux entreprises, la différence entre ce qu’elle vend (ses productions) et ce qu’elle achète (matières premières, sous-traitants…)

Travail de décryptage de Robert Joumard d’Attac  » La pression ou la part des administrations publiques dans l’activité devrait être mesurée par la part du PIB attribuée aux administrations publiques. Cette part qui s’est stabilisée à 18% depuis une trentaine d’années est beaucoup moins accusatrice pour le public que l’extraordinaire 50 % du PIB, qui sert manifestement des objectifs idéologiques, loin de toute cohérence méthodologique. »

Ce qui donne le graphique suivant ou l’on voit que la part des administrations publiques (État, Administrations centrales, Administrations régionales et sécurité sociale) est quasi stable depuis les années 1980  :

1975021_842397879109965_644952826_n

Publié dans Budgets publics | Tagué | 32 commentaires

286 – la meilleure vidéo !

… que nous devons à Gabriel Rabhi

Publiée le 21 mars 2014

La monnaie fait partie de notre quotidien. Elle est au cœur de nos économies : elle permet les échanges des biens et des services. Pourtant, personne ne sait vraiment qui la fabrique, ni comment elle fonctionne. En partant de ce que tout le monde connait, ce document explique les fondements des systèmes monétaire et bancaire, et en décrypte certaines conséquences. Car c’est bien l’incompréhension du système monétaire par la majorité des citoyens, des journalistes, des politiciens et de nos élites au sens large, qui permet à la finance et aux banques de régner sans entraves.

A diffuser largement sous toute forme utile.

Concepts abordés : la monnaie centrale / la monnaie scripturale / la banque centrale / les banques commerciales privées / le mythe du troc / le crédit à l’époque Sumérienne / l’invention de la monnaie / la monnaie papier et les orfèvres / la couverture partielle des dépôts / la monnaie fiduciaire / lien états – banques / le cours légale / conversion entre monnaie scripturale et centrale / définition d’un dépôt bancaire / transfert intra-bancaire / transfert interbancaire / le règlement bancaires / la compensation / les chambres de compensation / la disparition potentiel des dépôts / le trésor public / le risque systémique / les actifs / les créances / actifs financier, actifs matériels / bilan financier / bilan d’une banque / dépôts au passif / créances à l’actif / la monétisation / le crédit bancaire / la création monétaire ex-nihilo / destruction monétaire / le risque de contrepartie / la circulation de la monnaie / la masse monétaire / la croissance / une système de Ponzi / évolution exponentielle de la masse monétaire / les agrégats monétaires / variation des agrégats monétaires / le refinancement / prise en pension de titres par la banque centrale / le marché interbancaire / l’effet domino / crise de liquidité / crise de 2008 / les saisies bancaires / le sauvetage bancaire / l’assouplissement quantitatif / notions des endettements / l’usure / la concentration des richesses / rôle de la banque centrale / évasion fiscale / l’état et les marchés financiers / les intérêts de la dette / la planche à billet / inflation et déflation / l’hyperinflation / lien entre forces armées et monnaie / la réserve fédérale américaine / la banque des règlements internationaux / démocratie / aristocratie / oligarchie / le gouvernement représentatif / finance et médias / l’union européenne / le lobbying / la destruction de la planète / la décroissance / l’esclavage par la dette / la création de monnaie centrale / la monnaie du futur / intérêt général et intérêt particulier / la dictature parfaite / le conditionnement des peuples / le prêt à penser / les solutions et alternatives.

Que dire de  plus que ces quelques commentaires sur youtube?


« Réalisé par Gabriel Rabhi, ce film va vraiment très très loin, dans la sincérité, la vérité, le progrès de la pensée de tous !
Personne n’avait fait à ce jour une telle synthèse, avec à la fois autant de compétence, de capacité d’analyse et de proposition.
La profondeur et l’étendue à la fois philosophique, historique, logique et économique du message porté par ce film, franchement, c’est du jamais vu.
Il est visible en deux versions, longue et courte, et plusieurs extraits sont visibles sur le site de Gabriel : http://www.inter-agir.fr/
Partagez en masse ! Merci ! »
Le film sur Youtube :
1

Merci pour tout ce travail didactique ! Il y a beaucoup de choses bonnes à prendre.PS: petite faute d’orthographe à 01:56:05 => « tirage au sorT »
Répondre
 ·

Après un visionnage de la version longue. Pas besoin d’être économiste ou Trader à Wall Street, pour comprendre ce documentaire et également ce qui se passe depuis des siècles dans notre monde. Nous avons qu’ a regarder l’état actuel de l’Afrique. Ce documentaire est à la fois un cours d’économie qui elle, est dirigée par nos élites oligarque, et à la fois un cours de philosophie. Et pourtant la philosophie est utilisée par certaines têtes pensantes pour de mauvaises propagandes. Pour comprendre le monde dans lequel nous vivons il faut comprendre la circulation de l’argent. Comment des gens fabriquant des bombes peuvent ils être plus riche qu’un homme fabriquant des vêtements, ils ne me semble pas qu’on vive tous à poils, sauf dans une partie du monde !! Un documentaire à partager et à diffuser sans modération.Bravo !
Répondre
 ·

Très bon documentaire merci.
Répondre
 ·

C’EST QUI LE GÉNIE QUI A FAIT UN TRUC DE CE NIVEAU????
Répondre
 ·

Un évènement colossal, fruit de SIX MOIS de travail, à diffuser le plus largement possible :
Un film tout nouveau, sorti aujourd’hui même, 21 mars 2014 !
Réalisé par Gabriel Rabhi, ce film va vraiment très très loin, dans la sincérité, la vérité, le progrès de la pensée de tous !
Personne n’avait fait à ce jour une telle synthèse, avec à la fois autant de compétence, de capacité d’analyse et de proposition.
La profondeur et l’étendue à la fois philosophique, historique, logique et économique du message porté par ce film, franchement, c’est du jamais vu.
Il est visible en deux versions, longue et courte, et plusieurs extraits sont visibles sur le site de Gabriel : http://www.inter-agir.fr/
Partagez en masse ! Merci !

AUTRE ACCÈS par  http://www.inter-agir.fr/  AVEC UNE VERSION COURTE  QUE VOICI EN LIEN DIRECT :  https://www.youtube.com/watch?v=JKX76J7j9os&feature=player_embedded

 

Publié dans 100% monnaie, Banques, Débat monétaire, Monétisation, Monnaie commune, SMART | Tagué , , , , , , , | 8 commentaires

285 – Santi : plaidoyer pour la dette

Mardi 11 Mars 2014 sur Marianne: Michel Santi*

 

L’État doit donc mettre l’ensemble de ses ressources et de ses possibilités au service de la nation. À cet effet, les déficits publics ne doivent rencontrer aucun obstacle ni aucune limite, si ce n’est l’accomplissement de la raison même d’exister d’un État, à savoir le rétablissement du plein emploi.

Dans le cadre de la mise en place de l’Union européenne, des quotas stricts en matière de dépense publique furent imposés tout en éloignant des États membres toute possibilité et toute tentation d’exploiter les vertus de la création monétaire. Pour ce faire, une Banque centrale européenne (BCE) fut mise en place selon un modèle en déconnexion totale avec les politiques budgétaires et fiscales des pays membres. Les fondateurs de cette Europe ultralibérale considéraient en effet que l’argent est tellement suspect que son usage doit strictement être surveillé par un organisme sur lequel les États n’auraient aucun droit de regard. L’argent était cette boîte d’allumettes que l’on enlève à l’enfant, non sans le réprimander. Dès sa création, la BCE fut donc autiste ! De même, dès la mise en place de l’euro, la souveraineté monétaire de chaque nation membre fut-elle délibérément piétinée…

Ce contre-exemple européen est particulièrement éloquent car, ce faisant, tous les ingrédients d’une conflagration pire encore que celle de la Grande Dépression furent volontairement mis en place. Alors qu’il est tout à la fois naturel et légitime que l’État use de l’argent comme levier vis-à-vis de l’activité économique, pour subvenir aux besoins de certains groupes sociaux, pour faire payer (ou contribuer) d’autres, ou pour monopoliser des ressources. Cet acte lourd et fondamental de « monétisation » est effectivement omniprésent dans l’expression de l’État. En période de crise, seul l’État peut – et doit ! – nager à contre-courant en affichant plusieurs lignes de défense.

Sa banque centrale peut tout d’abord accorder des prêts sans limite aux établissements financiers subissant une dévalorisation de leurs investissements et des retraits massifs de leurs dépôts. En outre, la banque centrale agit à un autre niveau qui consiste à racheter les actifs à risques et ceux dont plus personne ne veut, jusque-là détenus par les banques et par les entreprises. Le but étant d’éviter le mal absolu qu’est la « déflation par la dette » décrite par Irving Fisher. L’utilisation par la banque centrale de sa monnaie prévient ainsi la vente généralisée des actifs, des titres et autres valeurs de la part d’opérateurs en mal de liquidités. Ventes qui provoqueraient une spirale baissière affectant toute la classe des investissements. La banque centrale peut enfin mettre à disposition du gouvernement les sommes pour assurer la relance de la demande agrégée, avec un impact bénéfique sur la croissance.

Seule cette « danse du dollar », pour reprendre l’expression significative de l’économiste Fisher, est à même d’assurer la reprise économique. Pourtant, les États ont été persuadés par les « experts » qu’ils ne pouvaient strictement plus se permettre de dépenser plus. Pendant que les économies dépérissaient et que les gouvernements européens étaient menottés par leurs déficits, les interventions de la BCE se limitaient donc, en dépit du bon sens, à leur plus stricte expression. Car une banque centrale n’est restreinte par aucune limite dans sa faculté de création d’argent, quand un gouvernement peut au même moment se retrouver à court de fonds sans être en mesure de sauver son économie. Un État qui refuse de faire appel à sa banque centrale ne peut donc invoquer aucun prétexte légitime le prévenant de redresser son activité économique et de rétablir l’emploi. C’est pourquoi il est crucial de comprendre comment ce monopole de création d’argent fonctionne et comment il peut – et doit – être mis au service de l’intérêt général. En l’absence de cette détermination, l’action de l’État est inefficace, ou ne l’est que pour une minorité. Ce qui dégénère en « pauvreté au milieu d’abondance », pour reprendre les termes de Keynes, qui illustrait parfaitement son propos en décrivant un contexte « où les maisons viennent à manquer mais où nul ne peut habiter dans celles qui existent par manque de moyens » !

L’État doit donc mettre l’ensemble de ses ressources et de ses possibilités – y compris monétaires, bien sûr – au service de la nation. À cet effet, les déficits publics ne doivent rencontrer aucun obstacle ni aucune limite, si ce n’est l’accomplissement de la raison même d’exister d’un État, à savoir le rétablissement du plein emploi. Quand les politiques comprendront-ils enfin que les dettes font partie intégrante du fonctionnement et du train de vie d’un État ?

(*) Michel Santi est économiste, auteur de « L’Europe, chronique d’un fiasco politique et économique », « Capitalism without conscience » . Son dernier ouvrage est  «Splendeurs et misères du libéralisme»  (l’Harmattan)

Publié dans Chartalisme, Croissance-Décroissance, Débat monétaire, Dette publique, MMT, Santi | Tagué , , , | 9 commentaires

284 – Dennis Meadows

… nous négligeons complètement le facteur population..

Dennis Meadows est l’un des auteurs de l’étude visionnaire sur « Les limites à la croissance” qui dès 1972 alertait sur le risque d’une crise d’effondrement dans la première moitié du 21ème siècle provoquée par l’épuisement des ressources de la planète.

Voici en exclusivité pour Nœud Gordien la version française de l’interview qu’il accorda à l’occasion des quarante ans de l’étude originelle de 1972.

Le message du septuagénaire n’est pas plus optimiste maintenant qu’à l’époque, et il n’est pas destiné aux petites natures.

Dennis_Meadows-6094f

Dennis Meadows est l’un des auteurs du fameux livre de 1972 « Les limites à la croissance dans un monde fini« . Partant de l’idée de bon sens que la croissance indéfinie est impossible dans un monde fini, les auteurs, un groupe de scientifiques du M.I.T. américain, utilisaient une modélisation des interactions entre ressources, technologie, pollution et population au niveau du monde entier pour tenter de caractériser des « avenirs possibles » du système économique, de la population humaine et de la planète. Leurs résultats les amenèrent à alerter sur le risque qu’en continuant un développement économique sans limite, l’humanité risquait d’épuiser les ressources de la planète et même de dépasser la capacité de la nature à se renouveler elle-même.

L’étude de 1972 a décrit plusieurs scénarios d’évolution possible de l’économie, de la population et des ressources mondiales, chaque scénario correspondant à des choix différents que l’humanité pouvait collectivement faire à partir de 1972. Leur scénario « On continue comme avant« , qui correspond grosso modo à ce qui s’est passé par la suite, prédisait que l’approche des limites de la planète commencerait à exercer un fort impact sur la croissance à partir des environs de l’année 2010, impact qui irait ensuite croissant, finissant par déboucher d’ici 2050 au plus tard sur un effondrement, c’est-à-dire une baisse précipitée du niveau de vie et peut-être de la population mondiale, dans une situation d’épuisement des ressources et de l’environnement naturel.

Il est certes permis de mettre en rapport cette alerte précoce avec l’augmentation d’un facteur 2,5 du prix du pétrole depuis 2005, la tendance au plafonnement de la production de carburants liquides, les tensions alimentaires qui se manifestent depuis 2007 ainsi qu’avec la crise financière initiée en 2008 et toujours en cours.

Voici en exclusivité pour Nœud Gordien la version française d’une récente interview de Dennis Meadows, accordée au magazine autrichien Format à l’occasion des quarante ans de l’étude originelle de 1972.

Le discours de Meadows est d’un pessimisme frappant. Il est tentant – et il serait rassurant – de le rejeter d’emblée comme extrémiste. Attention cependant, car Dennis Meadows est tout sauf un excité apocalyptique ! Avoir été à l’origine de l’étude visionnaire des « Limites à la croissance » dès 1972 lui confère une très forte crédibilité. Il mérite d’être écouté, que son regard sur les prochaines décennies soit trop sombre ou qu’il soit justifié, et les questions qu’il pose sont quoi qu’il en soit judicieuses, bien que fort dérangeantes.

FORMAT : Introduction

FORMAT interviewe Dennis Meadows, l’un des auteurs de l’étude sur « Les limites à la croissance” il y a quarante ans. Les chercheurs américains y démontraient par un ensemble de modélisations, non la date précise d’une crise d’effondrement, mais le fait qu’au milieu de ce siècle, les ressources de la planète Terre seront épuisées.

Ce livre s’est vendu à 30 millions d’exemplaires et Meadows est aujourd’hui le plus connu au monde des « prophètes du crépuscule« . Rainer Himmelfreundpointner de Format a rencontré Meadows lors d’une visite à Vienne pour une interview exclusive. Le message du septuagénaire n’est pas plus optimiste maintenant qu’à l’époque, et il n’est pas destiné aux petites natures.

Dennis Meadows, 70 ans, a ébranlé la croyance en un progrès durable avec son étude, commandée par le Club de Rome, « Les limites à la croissance » il y a 40 ans. Economiste, il a été directeur du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), conférencier et il a enseigné au Dartmouth College et à l’Université du New Hampshire, où il a toujours un cours.

INTERVIEW :

FORMAT : M. Meadows, selon le Club de Rome, nous faisons face aujourd’hui à une crise du chômage, une crise alimentaire, une crise économique et financière mondiale et une crise écologique mondiale. Chacune d’elles est un signal nous avertissant que quelque chose ne va vraiment pas. Quoi au juste ?

Meadows : Ce que nous voulions dire en 1972 dans « Les limites à la croissance«  (1), et qui est toujours vrai, c’est qu’une croissance physique sans fin sur une planète finie est tout simplement impossible. Passé un certain point, la croissance s’arrête. Soit c’est nous qui l’arrêtons… en changeant notre comportement, ou bien c’est la planète qui l’arrêtera. 40 ans plus tard, nous sommes désolés d’avoir à le dire, mais nous n’avons pratiquement rien fait (2)

FORMAT : Dans vos 13 scénarios, la fin de la croissance physique – croissance de la population mondiale, de la production de nourriture, ou de quoi que ce soit d’autre qui se produise ou qui se consomme – commence entre 2010 et 2050 (3). La crise financière est-elle une partie de tout cela ?

Meadows : Vous ne pouvez pas faire ce genre de comparaison avec notre situation actuelle. Imaginez que vous avez le cancer, et que ce cancer cause de la fièvre, des maux de tête et d’autres douleurs. Ce ne sont pas ces maux qui sont le véritable problème, mais le cancer. Pourtant, ce sont les symptômes que nous essayons de traiter. Personne ne peut croire que le cancer est en train d’être vaincu. Des phénomènes comme le changement climatique et la sous-alimentation ne sont que les symptômes d’une maladie de notre Terre, qui mène inévitablement à la fin de la croissance.

FORMAT : Le cancer comme métaphore de la croissance incontrôlée ?

Meadows : Oui. Les cellules saines s’arrêtent de croître à un moment donné. Ce sont les cellules cancéreuses qui croissent jusqu’à tuer l’organisme. La croissance de la population ou la croissance économique, c’est la même chose. Il n’y a que deux manières de réduire la croissance de l’humanité : réduction du taux de natalité ou accroissement du taux de mortalité. Laquelle préféreriez-vous ?

FORMAT : Personne ne veut avoir à décider.

Meadows : Moi non plus. De toutes façons, nous avons perdu la possibilité de choisir. C’est notre planète qui s’en chargera.

FORMAT : Comment ?

Meadows : Continuons à parler du régime alimentaire. Faites le calcul, prenez la nourriture par personne depuis les années 90. La production de nourriture augmente, mais la population croît plus rapidement. Et derrière chaque calorie de nourriture qui arrive dans les assiettes, dix calories de carburants fossiles ou de pétrole sont utilisés pour la production, le transport, le stockage, la préparation et le traitement des déchets. Plus les réserves de pétrole et de carburants fossiles vont diminuer, plus le prix de la nourriture augmentera.

FORMAT : Ce n’est donc pas un simple problème de distribution ?

Meadows : Bien sûr que non. Si nous partagions équitablement, personne n’aurait faim. Mais le fait est qu’il faut des carburants fossiles comme le pétrole, le gaz ou le charbon pour produire de la nourriture. Et ces ressources diminuent. Que les nouvelles réserves de pétrole et gaz de schiste soient exploitées ou non, le pic du pétrole (4) et le pic du gaz (5) sont dépassés. Cela signifie une pression énorme sur le système tout entier.

FORMAT : Suivant vos modèles la population sera en 2050 aux alentours de 9,5 milliards de personnes, même avec une stagnation de la production de nourriture pour les 30 ou 40 ans à venir.

Meadows : Et cela signifie qu’il y aura beaucoup de gens très pauvres. Beaucoup plus que la moitié de l’humanité. Aujourd’hui il y a une grande partie de l’humanité qui n’est pas nourrie correctement. Toutes les ressources que nous connaissons sont sur le déclin. On ne peut que deviner où tout cela nous mènera. Il y a trop de « si » pour l’avenir : si nous sommes plus intelligents, si il n’y a pas de guerre, si nous faisons une percée technologique. Nous en sommes déjà à ce point où nous ne savons plus faire face à nos problèmes, comment le ferions-nous dans 50 ans quand ils seront plus grands ?

FORMAT : C’est notre manière de faire fonctionner notre économie qu’il faut blâmer ?

Meadows : A propos de notre système économique et financier, il y a quelque chose d’important que l’on oublie. C’est un outil que nous avons développé et qui reflète donc nos objectifs et nos valeurs. Or les gens ne se soucient pas de l’avenir, mais seulement de leurs problèmes actuels. C’est bien la raison pour laquelle nous avons une crise de la dette si grave. La dette, c’est l’opposé du souci de l’avenir. Quiconque s’endette dit : je ne m’occupe pas de ce qui arrivera. Et quand pour beaucoup de gens l’avenir ne compte pas, ils créeront un système économique et financier qui détruit l’avenir. Vous pouvez trifouiller ce système autant que vous voulez. Du moment que vous ne changez pas les valeurs dans la tête des gens, ça continuera. Si vous donnez à quelqu’un un marteau et qu’il l’utilise pour tuer son voisin, il ne sert à rien de remplacer le marteau. Même si vous le lui enleviez il resterait un tueur potentiel.

FORMAT : Les systèmes qui organisent la manière de coexister des gens, ça va et ça vient, ça peut changer.

Meadows  : Mais l’homme reste le même. Aux Etats-Unis, nous avons un système dans lequel il est acceptable que quelques-uns soient immensément riches et beaucoup soient fichtrement pauvres, et même qu’ils soient mal nourris. Si nous continuons à trouver cela acceptable, changer le système n’aidera pas. On en reviendra toujours aux mêmes valeurs dominantes. Ces valeurs ont beaucoup de conséquences sur le changement climatique. Et qui s’en soucie ?

FORMAT : L’Europe ?

Meadows : La Chine, la Suède, l’Allemagne, la Russie, les Etats-Unis et tous les autres ont des systèmes sociaux différents, mais dans chaque pays les émissions de CO2 augmentent, parce que les gens en réalité ne s’en inquiètent pas vraiment (6). 2011 était le record. L’année dernière (7) il y a eu plus de dioxyde de carbone produit qu’à aucun autre moment de l’histoire auparavant. En dépit du fait que tous veulent que ça décroisse.

FORMAT : Qu’est-ce qui ne marche pas ?

Meadows : Oublions les détails. La formule de base pour la pollution en CO2 se compose de quatre éléments. Premièrement le nombre de gens sur Terre. Multipliez par le capital par personne, donc combien de voitures, de maisons et de vaches par personne, on arrive au niveau de vie mondial. Ceci à son tour multiplié par un facteur d’utilisation d’énergie par unité de capital, c’est-à-dire combien d’énergie il faut pour produire des voitures, construire des maisons ou pour nourrir les vaches. Et finalement, multipliez cela par la fraction de cette énergie qui vient de sources fossiles.

FORMAT : A peu près 80 à 90 pour cent.

Meadows : A peu près. Si vous voulez que les émissions de CO2 déclinent, le résultat d’ensemble de cette multiplication doit décliner. Mais que faisons-nous ? Nous essayons de réduire la part d’énergie fossile en utilisant davantage de sources alternatives telles l’éolien et le solaire. Puis nous travaillons à rendre notre utilisation de l’énergie plus efficace, à isoler les maisons, à optimiser les moteurs et tout çà. Nous ne travaillons que sur les aspects techniques, mais nous négligeons complètement le facteur population et nous croyons que notre niveau de vie s’améliore, ou du moins reste le même. Nous ignorons la population et les éléments sociaux dans l’équation, et nous nous concentrons totalement sur la seule résolution du problème du point de vue technique. C’est la raison pour laquelle nous échouerons, parce que la croissance de la population et du niveau de vie sont beaucoup plus grandes que ce que nous économisons (8) par l’efficacité énergétique et l’énergie alternative. Donc les émissions de CO2 vont continuer à augmenter. Il n’y a pas de solution au problème du changement climatique aussi longtemps que nous ne nous attaquons pas aux facteurs sociaux qui comptent.

FORMAT : Vous voulez dire que la Terre va prendre les choses en main ?

Meadows : Les désastres sont le moyen de la planète pour résoudre tous les problèmes. Du fait du changement climatique, le niveau des mers s’élèvera parce que les calottes glaciaires fondent. Des espèces nuisibles se répandront dans les zones où elles ne rencontrent pas suffisamment d’ennemis naturels. L’augmentation de la température mène à des vents et tempêtes massives, qui à leur tour affectent les précipitations. Donc, davantage d’inondations et davantage de sécheresses.

FORMAT : Par exemple ?

Meadows : La terre qui aujourd’hui fait pousser 60 pour cent du blé de la Chine deviendra trop sèche pour l’agriculture. En même temps il continuera à pleuvoir, mais ce sera en Sibérie, et le pays deviendra plus fertile là-bas. Il y aura donc une migration massive depuis la Chine vers la Sibérie. Combien de fois ai-je dit cela dans mes conférences en Russie. Les plus vieux étaient inquiets. Mais la jeune élite a seulement dit : « Qu’est-ce que ça peut me faire ? Je veux juste être riche« .

FORMAT : Que faire ?

Meadows : Si seulement je le savais. Nous arrivons à une époque qui nécessite des changements drastiques dans à peu près tous les domaines. Malheureusement on ne peut changer rapidement notre société ni notre système de gouvernement. De toutes façons, le système actuel ne fonctionne pas. Il n’a pas arrêté le changement climatique, ni empêché la crise financière. Les gouvernements tentent de résoudre leurs problèmes en imprimant de l’argent, ce qui entraînera presque certainement quelques années d’inflation très élevée. C’est une phase très dangereuse. Je sais seulement qu’une personne qui vit dans une époque incertaine a le choix entre la liberté et l’ordre, et qu’elle choisit l’ordre. L’ordre n’est pas nécessairement adéquat, ni juste, mais la vie est raisonnablement assurée, et les trains circulent à l’heure.

FORMAT : Craignez-vous la fin de la démocratie ?

Meadows : Je vois deux tendances. D’un côté, la dissociation d’Etats en unités plus petites, comme des régions telle la Catalogne, et de l’autre une superpuissance forte et centralisée. Pas un Etat, mais une combinaison fasciste d’industrie, de police et d’armée. Peut-être y aura-t-il même les deux à l’avenir. La démocratie est en vérité une expérience sociopolitique très récente. Et elle n’existe pas véritablement actuellement. Elle n’a produit que des crises qu’elle ne sait pas résoudre. La démocratie n’apporte en ce moment rien à notre survie. Le système s’effondrera de l’intérieur, non pas à cause d’un ennemi externe.

FORMAT : Vous parlez de la « tragédie des communs » (9)

Meadows : C’est le problème fondamental. Si dans un village tout le monde fait brouter ses vaches sur le pré luxuriant – qu’en Angleterre on appelait «  les communs  » – le bénéfice de court terme va en premier lieu à ceux qui choisissent d’avoir davantage de vaches. Mais si cela continue trop longtemps, toute l’herbe meurt, et toutes les vaches.

FORMAT : Donc il faut un accord sur la meilleure manière d’utiliser le pré. La démocratie dans ses meilleurs jours peut y parvenir.

Meadows : Peut-être. Mais si le système démocratique ne peut résoudre ce problème au niveau mondial, il essaiera probablement une dictature. Après tout, il s’agit de problèmes comme le contrôle de la population mondiale. Nous sommes maintenant depuis 300 000 ans sur cette planète et nous avons gouverné de bien des manières différentes. La plus réussie et la plus efficace a été la tribu ou le clan (10), non les dictatures et les démocraties.

FORMAT : Est-ce qu’une percée technologique pourrait sauver la Terre ?

Meadows : Oui. Mais les technologies ont besoin de lois, de ventes, de formation, de gens qui travaillent avec – je vous reporte à ce que je disais juste avant. De plus, la technologie n’est qu’un outil, comme un marteau, ou un système financier néolibéral. Tant que nos valeurs sont ce qu’elles sont, nous essaierons de développer des technologies qui répondent à ces valeurs.

FORMAT : Le monde entier voit actuellement son salut dans une technologie verte durable.

Meadows : C’est un fantasme. Même si nous arrivons à augmenter drastiquement le rendement de l’utilisation de l’énergie, à utiliser beaucoup plus les énergies renouvelables, et si nous faisons des sacrifices douloureux pour limiter notre consommation, nous n’avons pratiquement aucune chance de prolonger la vie du système actuel. La production de pétrole sera réduite de moitié environ dans les 20 prochaines années (11), même compte tenu de l’exploitation du pétrole de schiste. Tout va simplement trop vite. De plus, le pétrole permet bien davantage de choses que l’énergie alternative. Et on ne peut faire fonctionner aucun avion avec des éoliennes. Le directeur de la Banque Mondiale – qui juste auparavant était responsable pour l’industrie mondiale du transport aérien – m’a expliqué que le problème du pic pétrolier n’est pas discuté dans son institution, c’est tout simplement tabou. De toutes façons quiconque essaie est viré ou muté. Après tout, le pic pétrolier détruit la croyance en la croissance. Il faudrait tout changer.

FORMAT : Dans les dépenses des compagnies aériennes la part des combustibles fossiles est très élevée.

Meadows : Exactement. Et c’est pourquoi l’ère du transport aérien de masse bon marché se terminera bientôt. Cela ne sera accessible que pour les grands empires ou pays. Si vous avez beaucoup d’argent vous pourrez peut-être vous protéger de la pénurie d’énergie et de nourriture. Mais vous ne pourrez pas vous cacher du changement climatique, qui affecte à la fois les pauvres et les riches

FORMAT : Avez-vous des solutions à ces méga malheurs ?

Meadows : Il faudrait changer la nature de l’homme. Nous sommes aujourd’hui programmés de la même manière que nous l’étions il y a 10 000 ans. Si l’un de nos ancêtres était attaqué par un tigre, lui aussi ne se souciait pas de l’avenir, mais de sa survie immédiate. Mon inquiétude est que pour des raisons génétiques nous ne soyons tout simplement pas capables de maîtriser des choses comme le changement climatique de long terme (12) Tant que nous n’apprenons pas à faire cela, il n’y a pas de moyen de résoudre tous ces problèmes. Nous n’y pouvons rien faire. Les gens disent toujours : « Nous devons sauver la planète« . Non. La planète va se sauver toute seule. Elle l’a toujours fait. Parfois il y a fallu des millions d’années, mais c’est arrivé. Nous ne devrions pas nous inquiéter de la planète, mais de l’espèce humaine.

————————

(1) : « Les limites à la croissance » a été republié en 2004 dans une version mise à jour. Le livre est disponible en français, dans toutes les bonnes librairies.

(2) : L’exemple le plus net d’action commune de niveau mondial couronnée de succès pour changer un comportement dommageable pour l’environnement est l’interdiction des CFC (chlorofluorocarbones), qui a abouti à stopper la dégradation de la couche d’ozone et à laisser les processus naturels la reconstituer. Cet exemple – que Dennis Meadows cite d’ailleurs dans la mise à jour de l’étude en 2004 – mis à part, force est de lui donner raison.

(3) : Des études récentes, telles celle de Charles A. S. Hall et John W. Day (2009) et celle de Graham M. Turner (2012) indiquent que l’économie mondiale suit en effet une trajectoire assez similaire à celle que prédisait le modèle initial des « Limites à la croissance » en 1972.

(4) : La production de pétrole brut a en effet à ce jour été maximale en 2006 et il est tout-à-fait possible que cette année demeurera celle de la production la plus élevée. Le total de production de tous les carburants liquides a continué d’augmenter depuis cette date à rythme lent, mais seulement grâce aux apports du gaz naturel liquéfié, des biocarburants et du pétrole de schiste, ce qui ne saurait continuer bien longtemps ces ressources supplémentaires ayant chacune des limites assez étroites.

(5) : La production de gaz continue d’être en augmentation, même lente. Il est possible que Dennis Meadows anticipe quelque peu sur ce point.

(6) : Les émissions de gaz carbonique (CO2) ont en effet continué imperturbablement d’augmenter, quelles que soient les grandes intentions affichées par les uns ou par les autres.

(7) : Il s’agit de l’année 2011. Cependant, l’année 2012 a vu des émissions encore plus élevées, et 2013 a battu le record établi en 2012.

(8) : Dennis Meadows fait probablement ici référence au paradoxe de Jevons, qui a pour conséquence qu’une augmentation de l’efficacité énergétique peut paradoxalement résulter en une augmentation de la consommation totale d’énergie.

(9) : Un classique de l’étude économique : en l’absence d’accord mutuel régulant l’utilisation d’une ressource commune limitée, les personnes les plus dépensières utiliseront sans limite cette ressource, jusqu’à l’épuiser ou la dégrader complètement.

(10) : La plus réussie en terme de simple durée : tribus et clans existent depuis des dizaines de milliers d’années, les nations, cités, royaumes et empires seulement depuis des millénaires. Quant aux autres critères de succès, nous nous garderons de suivre Meadows sur ce point.

(11) : Sur le sujet du pic pétrolier, il est utile de consulter le dossier réuni par Matthieu Auzanneau du blog « Oil Man »

(12) : Ni le respect des limites de la nature, ni la planification de très long terme ne sont hors d’atteinte de l’humanité. A preuve la gestion prudente de leurs ressources par la plupart des communautés paysannes traditionnelles. A preuve la forêt de Tronçais plantée au XVIIème siècle sur ordre de Colbert qui s’inquiétait de ce que l’épuisement des forêts priverait la Marine du Roy de bois pour ses bâtiments vers l’année 1900, soit plus de deux siècles plus tard !

La question posée par Dennis Meadows est cependant troublante et difficile car pour gérer prudemment les ressources et l’environnement naturel mondial sur le long terme, c’est à l’échelle de l’humanité qu’il serait nécessaire d’agir, non à celle d’un groupe de villages ou d’une seule nation. Or la coopération internationale a été pratiquement toujours défaillante sur le sujet, et ceci depuis des décennies.

 _____________________________________

Les notes sont de Nœud Gordien. Toute erreur dans la traduction serait de la seule responsabilité de Nœud Gordien.

La version originale de l’interview est disponible en allemand sur le site de Format.

___________________

Voir également sur ce sujet les articles 38, 121, 182, 183

Publié dans Croissance-Décroissance, Meadows | Tagué , , | 13 commentaires