87 – Qui détient la dette de qui ?

Natixis – 24 mars 2010 – N° 124 – Rédacteurs : Sylvain BROYER Costa BRUNNER

Le document complet peut être téléchargé ici en format pdf

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Qui détient les dettes publiques européennes ?

Nous tentons ici la gageure, d’estimer le montant et la part des titres de dettes publiques européennes qui sont détenus à l’étranger. Nous regardons leur détention par les principales places boursières et, quand cela est possible, par secteurs. A titre d’exemples, relevés parmi les plus fortes participations, on voit que :- Les fonds et assureurs français détiennent 16% des titres publics du Portugal, les banques allemandes en ont 13%.

– Les fonds et assureurs français détiennent 8% des titres grecs, les banques allemandes 7,2% et les banques françaises 6,2%.

– Les banques anglaises détiennent 9,6% des titres de dette publique irlandaise, les assureurs et fonds français 8%.

– Les banques allemandes détiennent 9% des titres de dette espagnole.

– Le Luxembourg détient 6% des titres publics allemands, le Japon 5%.

– 43% des titres des Pays-Bas sont concentrés dans les portefeuilles français, allemands et britanniques.

Les marchés estiment aujourd’hui que la probabilité de défaut sur certaines dettes souveraines européennes n’est pas nulle et les agences menacent d’en abaisser encore la notation crédit

Il se pose donc la question d’identifier les détenteurs des titres de dettes souveraines européennes, qui pourraient accuser des pertes.

Malheureusement, les statistiques nationales ne livrent aucune réponse exhaustive. Les agences nationales d’émission ne publient pas d’informations substantielles sur les acheteurs de titres de dette ; les banques centrales ne renseignent au mieux que sur la détention domestique (ménages, assurances sociales, etc.), jamais en détail sur la détention de la dette publique par les non-résidents. Or, et à l’exclusion du Japon, peu de dettes souveraines sont financées exclusivement par l’épargne domestique. Le rapport d’Eurostat sur les dettes publiques ne va pas au-delà et est très incomplet..

Nous tentons donc ici une estimation de la détention des titres de dette publique par types d’agents non résidents, en mobilisant les statistiques internationales.

Deux étapes statistiques sont nécessaires :

Dans le meilleur des cas, les portefeuilles sont différenciés en six types d’agents (autorités monétaires, banques, compagnies d’assurance, fonds, gouvernement et secteur non financier).

Les résultats de cette investigation doivent donc être utilisés avec prudence. Ils sont donnés dans les deux tableaux suivants (tableaux 3 et 4).

(grande image tableau 3)

et

(grande image tableau 4)

Ces tableaux montrent ainsi, à titre d’exemples , que :

– Les fonds et assureurs français détiennent 16% des titres publics du Portugal, les banques allemandes en ont 13%.

– Les fonds et assureurs français détiennent 8% des titres de dette publique grecque, les banques allemandes 7,2%, les banques françaises 6,2%.

– Les fonds et assureurs français détiennent 8% des titres de dette publique grecque, les banques allemandes 7,2%, les banques françaises 6,2%.

– Les banques anglaises détiennent 9,6% des titres de dette publique irlandaises, les assureurs et fonds français 8%.

– Les banques allemandes détiennent 9% des titres de dette espagnole.

– Le Luxembourg détient 6% des titres publics allemands, le Japon 5%.

– 43% des titres des Pays-Bas sont concentrés dans les portefeuilles français, allemands et britanniques.

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L’article de Natixis faisait le compte de la détention de titres de dettes publiques par les différentes structures des différents pays européens.

En ce qui concerne les dettes totales, AJ Holbecq nous a donné le lien d’un schéma et d’un article (en anglais) de détention des dettes totales (publiques et privées). Il est seulement regrettable que la situation de « la France », en tant que débitrice, ne soit pas incluse…

http://www.nytimes.com/interactive/2010/05/02/weekinreview/02marsh.html?ref=global

Europe’s Web of Debt
Banks and governments in these five shaky economies owe each other many billions of euros — converted here to dollars — and have even larger debts to Britain, France and Germany. Arrow widths are proportional to debt amounts.


La même en plus grand : https://aj-holbecq.fr/wp-content/uploads/2010/04/dette-grand.jpg


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86 – Natixis: Le multiplicateur monétaire (de crédit), hier et aujourd’hui

Extraits du « flash économie Natixis  N° 72 –  23 février  2007 »

Rédacteur : Patrick ARTUS

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Le multiplicateur monétaire (de crédit) est la théorie qui explique quel montant de crédit (de masse monétaire) peut être distribué par les banques à partir de la base monétaire créée par la Banque Centrale. Nous rappelons cette théorie et examinons dans quelle mesure elle était vérifiée dans le passé, dans les économies plus fermées financièrement. Dans le Monde contemporain, la mobilité internationale des capitaux a beaucoup augmenté, ainsi que l’intermédiation des flux de capitaux par les banques centrales. Nous montrons comment ceci a fait apparaître une internationalisation des bases monétaires.

De ce fait, le multiplicateur monétaire n’a plus de sens au niveau national ou régional, ce que montrent d’ailleurs biens les évolutions observées, mais seulement au niveau mondial.

La théorie habituelle (en économie fermée) du multiplicateur monétaire (de crédit) fonctionne comme suit:

–        la Banque Centrale fait une politique monétaire expansionniste, c’est-à-dire achète des titres (des actifs) aux banques et accroît d’un montant identique les comptes de réserves des banques ;

–        les banques commerciales vont alors utiliser ce supplément de réserves à la Banque Centrale pour distribuer un supplément de crédit, qui prend initialement la forme d’un supplément identique des dépôts;

–        mais ce supplément de crédit se heurte à deux limites :

  • les réserves obligatoires des banques s’accroissent avec le crédit et /ou le dépôt, ce qui consomme la hausse initiale des réserves des banques à la Banque Centrale ;
  • une partie du supplément de dépôts lié à la hausse du crédit ne reste pas sous la forme de dépôts bancaires (dans le modèle usuel, une partie devient des billets) ; ceci consomme aussi une partie des réserves des banques.

–    Au total, la hausse du crédit rendue possible par une hausse initiale de la base monétaire (le multiplicateur de crédit, ou le multiplicateur monétaire puisque la hausse de la masse monétaire sous toutes ses formes est égale à celle du crédit) est d’autant plus faible que le taux de réserves obligatoires est élevé et qu’une partie importante des dépôts initialement créés passe sous une autre forme.

Le multiplicateur monétaire (de crédit) dans le passé

« Dans le passé » signifie : avant que l’augmentation des flux de capitaux internationaux ne perturbe la théorie du multiplicateur.

De 1980 à 1995,

le multiplicateur monétaire a valu de 8 à 9 aux États-Unis, 9 environ dans la zone euro, 10 à 15 au Royaume-Uni, 10 à 12 au Japon

Pourquoi la globalisation financière perturbe le multiplicateur monétaire:

La raison de la perturbation du multiplicateur monétaire (de crédit) par la globalisation est simple : le fait que les flux internationaux de capitaux deviennent de grande taille peut « transporter » la base monétaire d’un pays à l’autre.

L’ampleur des flux de capitaux (de portefeuille et à court terme, s’accroît à partir du milieu des années 1990 aux Etats-Unis  du début des années 1990 dans la zone euro et au Royaume-Uni  des années 2000 au Japon .

Pourquoi y-a-t-il « transport » de la base monétaire ?

Dans le passé un pays avec un excès (ex ante) d’épargne, s’il y avait faible mobilité internationale des capitaux, rééquilibrait son économie par une baisse des taux d’intérêt et un supplément d’investissement.

Aujourd’hui, les pays avec un excès d’épargne ex ante comme la Chine, les pays émergents d’Asie, exportateurs de matières premières, (ce que montre la situation de leurs balances courantes exportent ce supplément d’épargne très largement, au travers des Banques Centrales.

Le fait que les banques centrales intermédient largement le placement de l’excès d’épargne de ces pays, par l’accumulation de réserves de change (d’actifs étrangers) explique la création de base monétaire puisqu’elles créent de la monnaie Banque Centrale pour financer l’achat d’actifs étrangers.

Il y a bien alors « transport » de la base monétaire :

–    si les Banques Centrales des pays à excédent d’épargne achètent des actifs liquides (il s’agit essentiellement de dépôts bancaires), ce qui représente 30 % des réserves de change, elles alimentent la liquidité bancaire dans les grands pays de l’OCDE, comme le ferait directement une politique monétaire expansionniste dans ces pays.

–    si les banques centrales des pays à excédent d’épargne achètent des titres (obligations graphique 12) dans les grands pays de l’OCDE en créant leur propre monnaie, elles font ce que feraient les banques centrales de ces pays (acheter des titres contre création monétaire) pour réaliser une politique monétaire expansionniste.

On peut représenter ce transport des bases monétaires comme suit :

Synthèse : la disparition de la notion de multiplicateur monétaire (de crédit) avec la globalisation financière

Dans des économies financièrement assez fermées la notion de multiplicateur monétaire (de crédit) a un sens : une base monétaire choisie par la Banque Centrale permet d’obtenir une quantité de crédit et de masse monétaire déterminée par les caractéristiques du pays : taux de réserves obligatoires, structure des actifs monétaires.

Dans des économies financièrement ouvertes ou, dans les pays à excédent d’épargne, le réinvestissement de cet excédent est effectué par les Banques Centrales. La base monétaire générée par l’accumulation de réserves de change dans les pays à excédent d’épargne se déplace, on l’a vu, d’un pays à l’autre.

De ce fait, le multiplicateur monétaire (de crédit) n’a plus de sens sur une base régionale ou nationale : du crédit dans un pays peut être basé sur de la base monétaire créée dans un autre pays.

Le multiplicateur de crédit augmente fortement aux États-Unis depuis 2004 (contraction de la base monétaire  sans contraction du crédit, ), aussi au Royaume-Uni et au Japon depuis 2006  pour les mêmes raisons. Ceci ne se voit pas dans la zone euro pour laquelle la base monétaire croît encore vite

A l’inverse, les pays qui exportent de la liquidité connaissent une baisse du multiplicateur de crédit: Chine , Monde hors (Etats-Unis + Zone Euro + Royaume Uni + Japon)

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85 – Bilans FED et BCE – Multiplicateurs de crédit

economic-research.bnpparibas.com

Jean-Marc Lucas – 30 octobre 2009 –

États-Unis : bilan de la Réserve fédérale, multiplicateur de crédit

Depuis un an, le bilan de la Réserve fédérale a beaucoup évolué. Sa taille, inférieure à 900 milliards de dollars jusqu’au début de septembre 2008, a rapidement augmenté à partir de cette date pour dépasser 2 200 milliards de dollars en décembre. Au cours de cette période, qui correspond à l’acmé de la crise financière, la Réserve fédérale a développé divers programmes de refinancement alternatifs pour pallier le fonctionnement exceptionnellement erratique des marchés financiers.

Depuis lors, la taille du bilan de la banque centrale a cessé de croître, en dépit du passage à une nouvelle phase de la politique monétaire quantitative, consistant en des achats de titres. Dans le même temps, en effet, les programmes de refinancement à court terme ont vu leur importance décroître, dans un contexte financier moins agité. Les actifs de la Réserve fédérale s’élevaient à 2 54 milliards de dollars la semaine du 28 octobre.

L’importance des programmes de refinancement à court terme a fortement diminué, les dispositifs de soutien temporaires (Term Auction Facility, Commercial Paper Funding Facility, lignes de swaps avec d’autres banques centrales, etc.) voyant leur importance décroître avec l’atténuation de la crise financière.

Ainsi, la politique quantitative de la Réserve fédérale a largement évolué depuis l’automne dernier. Lancée en réponse aux contraintes de financement à court terme des institutions financières, liées aux tensions exceptionnelles sur les marchés monétaires, elle s’est déplacée vers la détention de titres à long terme, afin de poursuivre des objectifs plus macroéconomiques

L’accroissement très prononcé de la taille du bilan de la Réserve fédérale n’a pas eu d’influence spectaculaire sur l’évolution des agrégats monétaires M1 et M2, les banques laissant une grande part de leurs réserves en dépôt à la Réserve fédérale.

Alors que la base monétaire a plus que doublé entre septembre 2008 (environ 900 milliards de dollars) et octobre 2009 (environ 1900 milliards de dollars), les progressions de M1 et M2 au cours de la même période sont sans comparaison (+16% et +7% respectivement). La hausse des agrégats a bien accéléré, mais dans des proportions très modestes en comparaison de la base monétaire.

Ainsi, le ratio de M1 à la base monétaire est passé de 1,6 en septembre 2008 à 0,9 en octobre 2009. De façon similaire, le ratio de M2 à la base monétaire a diminué de 8,7 à 4,5 au cours de la même période.

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Zone euro : bilan de la BCE, multiplicateur de crédit

Depuis le début des tensions sur les marchés financiers en août 2007, la taille du bilan de la BCE s’est considérablement accrue. Ainsi, fin août 2007, la valeur des actifs de la BCE s’élevait à 1 157 MdEUR, tandis que fin octobre 2008, dans le sillage de la faillite de Lehman Brothers, elle atteignait 2 031 MdEUR, soit une augmentation de près de 76 %. Fin octobre 2009, elle s’établit à 1 801 MdEUR, une somme inférieure au niveau record enregistré au cours du dernier trimestre 2008 mais supérieure de 56 % à celui d’août 2007.

L’accroissement de la taille du bilan de la BCE provient principalement des opérations de refinancement à long terme. Depuis octobre 2008, la BCE procède à des injections illimitées de liquidité à taux fixe (le taux de refinancement) par le biais de ses opérations de refinancement. Il s’agit de l’une des mesures mises en œuvre par la banque centrale en réponse à la crise financière

Bien qu’il se résorbe, l’excédent de liquidité (c’est-à-dire la différence entre la liquidité injectée dans le cadre des opérations d’open market et les réserves obligatoires plus les facteurs d’autonomie), reste relativement élevé.

La base monétaire (espèces en circulation + réserves détenues par les contreparties au sein de l’Eurosystème et recours à la facilité de dépôt de la BCE) a fortement augmenté depuis l’intensification de la crise financière. Alors que jusqu’en octobre 2008 elle progressait à un rythme de 8 à 9% en g.a., elle augmentait de 38% en novembre 2008 et affiche encore aujourd’hui une hausse d’environ 20% g.a

L’agrégat monétaire n’affiche cependant pas la même tendance. Alors que M1, l’agrégat le plus liquide, enregistre un taux de croissance soutenu depuis quelques mois, M3 diminue à un rythme rapide. Les multiplicateurs monétaires (définis comme les ratios entre un agrégat monétaire et la base monétaire) ont également diminué

A noter que l’utilisation de la facilité de dépôt de la BCE par les banques commerciales constitue le principal facteur à l’origine de la forte hausse de la base monétaire

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84 – La réforme monétaire de James Robertson (1)

Extraits de  » La réforme monétaire -Bientôt une réalité ! »

de James Robertson et John Bunzl
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UNE PERSPECTIVE HISTORIQUE

Par James Robertson

Ce chapitre décrit, d’un point de vue historique, le contexte mondial entourant la proposition de réforme monétaire générale qui a été avancée par Joseph Huber et moi-même dans Creating New Money
1

En bref, cette proposition suggère que les nouvelles émissions de devises officielles (livres, euros, dollars, etc.) ne soient plus réalisées par les banques commerciales, sous forme de
prêts rémunérés accordés à leurs clients. La création monétaire devrait être réservée aux autorités centrales monétaires (actuellement les banques centrales). Celles-ci les distribueraient à leurs gouvernements respectifs, sous la forme de recettes publiques, afin de les mettre en circulation pour servir des objectifs publics.

La première moitié du 19 siècle a connu une période de bouleversements économiques et politiques profonds en Grande-Bretagne. Le début du 21 siècle est une période comparable. Bien que les changements auxquels nous devons faire face aujourd’hui soient mondiaux, les événements du 19 siècle ayant touché la Grande-Bretagne peuvent nous aider à comprendre quelques enjeux importants à affronter. La réforme monétaire en fait partie.

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83 – Offshore (Alain Deneault)

Le concept réfracté de la souveraineté et les États offshore

Par Alain Deneault – Université de Montréal

Résumé

Si on reconnaît le souverain par sa faculté à trancher de façon décisive dans les situations historiques exceptionnelles, force est d’admettre aujourd’hui que ce souverain ne procède pas toujours selon les dispositions des États de droit. Sont également souverains, et rivalisent avec les « démocraties », quand ils n’en sont pas ses complices, les tenants d’une souveraineté offshore. La moitié du stock mondial d’argent transite par les paradis judiciaires et fiscaux, ports francs ou zones franches où financiers, avocats, gestionnaires brassent des sommes d’argent inouïes au carrefour de la gestion d’activités industrielles, financières, mafieuses et criminogènes. Là, la finance la moins imputable est en effet souveraine. Avec ses propres entités « offshore », dont certaines font partie de l’Union des 25 (le Luxembourg, Chypre et Malte), l’Europe incarne par moment ce problème majeur. Entre les États, les tricheurs, les criminels et le peuple, le concept de « souveraineté » se trouve hors foyer.

La suite, cause copyright, sur « Érudit  »

Néanmoins

La souveraineté offshore consiste principalement en sept atouts :

  1. Un encadrement étatique sur mesure en ces États pervers que sont les paradis fiscaux et judiciaires
  2. Un réseau d’institutions financières protégées par le secret bancaire, si souple qu’il permet aussi la création de banques virtuelles
  3. Un système de compensation (clearing) qui agit à titre de notaire informatique privé et qui encode dans un langage que ne saurait comprendre quelque juge d’instruction que ce soit, les transactions financières et mobilières mondiales
  4. La présence des entreprises transnationales, qui ont pour la grande majorité des filiales dans ces paradis fiscaux
  5. Les zones franches et ports francs qui permettent d’exploiter la main d’oeuvre sans égard pour quelque code du travail vraiment digne de ce nom et de produire selon des modes indifférents à la protection environnementale
  6. Les marchands d’armes et les mercenaires, véritables armées privées nécessaires aux interventions musclées afin de s’approprier les ressources naturelles au Sud

Les services de transport, notamment les bateaux battant pavillon de complaisance

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82 – Trésor public et création monétaire

Exemple donné dans «Économie monétaire et financière » (pages 81 à 84)

Le Trésor public est le « bras financier » de l’État. Il a en effet pour rôle de percevoir les recettes publiques (les impôts) et d’exécuter les dépenses, mais aussi d’assurer le financement du déficit budgétaire.

On supposera ainsi qu’au cours d’une année donnée, le Trésor est chargé :

–     de régler les fonctionnaires et les fournisseurs de l’État (tous clients de banques commerciales) pour un montant de 320 milliards d’euros;

–     d’encaisser les impôts réglés par les habitants par chèque bancaire pour un montant de 300 mil­liards d’euros;

–     de financer le déficit budgétaire en recourant à une avance de la banque centrale.

1. Le Trésor public (TP) demande à sa banque – la banque centrale (BC) – de virer 320 milliards en faveur des banques gestionnaires des comptes des fonctionnaires et de ses fournisseurs. Paral­lèlement, il remet à la banque centrale les chèques des banques commerciales correspondant au règlement de l’impôt.

Après compensation, la banque centrale crédite les comptes des banques et débite celui du Trésor du solde, soit 20 :

* Le déficit budgétaire correspond à une créance fictive du Trésor sur l’État.

Le Trésor public, débiteur de 20 à la banque centrale, doit alors apurer sa situation soit en vendant une partie du patrimoine de l’État (par exemple par revente d’entreprises publiques), soit en demandant un financement à la banque centrale. Dans ce dernier cas, la banque centrale lui accorde un crédit qualifié d’avances :

Le financement du déficit budgétaire par la banque centrale se traduit par une création monétaire directe de 20 milliards d’euros : la monnaie détenue par les Agents Non Financiers sur leurs comptes courants ban­caires augmente de 20. (De plus les avoirs en monnaie centrale des banques commerciales s’ac­croissent également de 20. Cette amélioration de la liquidité bancaire va engendrer à son tour, via le multiplicateur de crédits, de nouvelles vagues de création monétaire),

2. Jusqu’à la loi du 4 août 1993, le Trésor public français pouvait recourir à un financement direct du déficit auprès de la Banque de France (les avances étaient cependant plafonnées à 40 milliards de francs, soit environ 6 milliards d’euros). Depuis, la Banque de France – mais c’est également le cas de toutes les banques centrales nationales de la zone euro – ne peut plus accorder de finan­cement au Trésor public.

Le Trésor doit donc faire appel à d’autres agents économiques.

Premier cas : Le Trésor sollicite le système bancaire qui dispose de 20 de trésorerie à la banque centrale. L’acquisition de titres de la dette publique par les banques se fait en monnaie centrale et se traduit par un virement des comptes des banques au compte du Trésor de 20. Le Trésor et les banques commerciales voient donc leurs comptes respectifs à la banque centrale ramenés à zéro :

La couverture du déficit par appel aux banques laisse donc intacte la création monétaire de 20 mil­liards de la situation 1 : les ANF disposent toujours de 20 milliards de capacité nouvelle de dépense sur leurs comptes courants bancaires.

Deuxième cas ; Le Trésor sollicite la clientèle du système bancaire qui dispose elle aussi de 20 milliards de liquidité. Ces agents non financiers (ANF) acquièrent les titres publics par chèque ou virement à l’ordre du Trésor public, ce qui se traduit par le débit de 20 de leurs comptes et des comptes des banques auprès de la banque centrale, et un crédit de 20 au compte du Trésor :

Mais ici en soldant sa position débitrice, le Trésor ponctionne la monnaie précédemment injectée dans le circuit. Il n’y a plus de création monétaire, le solde des comptes courants des clients des banques est de 0. (NB : si les titres de dettes sont des bons du Trésor à échéance inférieure ou égale à deux ans, il y a cependant augmentation de la masse monétaire car ils sont inclus dans M3-M2 en tant que titres de créances négociables, cf. exercice 2.7.)

Troisième cas : La revente par les particuliers de leurs titres publics aux banques (en échange de monnaie) fait revenir à la situation 2b. 11 y a donc création monétaire lorsque les banques achètent des titres du Trésor aux agents non financiers, puisque ceux-ci voient leurs disponibilités s’ac­croître. Inversement lorsqu’une banque revend des titres publics à des particuliers, il y a destruc­tion monétaire (sauf s’il s’agit de bons du Trésor à moins de 2 ans; en ce cas il y a simplement une baisse de Ml compensée par une hausse de M3-M2.)

Quatrième cas : Le Trésor sollicite les non-résidents. Leurs achats de titres publics nationaux se traduisent par une entrée de devises qui permet de solder le déficit du compte du Trésor :

Le financement extérieur du déficit laisse là encore inchangée la création monétaire de 20 mil­liards. (Par contre à l’étranger il y a destruction monétaire pour un montant équivalent.) Au final, le seul cas où un déficit budgétaire ne donne pas lieu à création monétaire pour un mon­tant correspondant, c’est lorsque son financement se fait par placement de titres (à échéance de plus de 2 ans) auprès de particuliers, Le. par appel à l’épargne des agents non financiers. On parle alors de « financement non monétaire » du déficit. Ce cas est néanmoins marginal car les Bons du Trésor détenus par les particuliers ne représentent qu’environ 4 % de la dette de l’État.

3. Les habitants paient maintenant 80 % de leurs impôts (soit 240) en utilisant des chèques ban­caires et 20 % (soit 60) en utilisant des chèques postaux. Le Trésor effectue 80 % de ses dépenses (soit 256) par virement à des comptes bancaires et pour les 20 % restants (soit 64) par virement à des détenteurs de CCP. Après compensation, on a donc :

Le besoin de financement du Trésor n’est plus que de 16, financement qu’il pourra réaliser selon les procédures décrites dans la question précédente. On aura toujours dans les cas a, b et d une création monétaire au final de 20, mais partagée en 4 de création monétaire directe par le Trésor (les 4 de dépôts aux CCP), et 16 de création monétaire induite. Seule la situation c est ici quelque peu différente car la destruction monétaire consécutive aux achats de titres par les particuliers n’est que de 16, et il demeure donc une création monétaire nette de 4.

Les paiements opérés par le Trésor sur les CCP correspondent à une création monétaire qui s’ef­fectue directement à son profit. Il s’agit donc d’une solution particulièrement commode. Cepen­dant il ne faut pas oublier que comme pour les banques le réseau Trésor-CCP est confronté à des fuites. Les dépôts à vue aux CCP et au Trésor représentent seulement environ 20 % de M1. Cela signifie que 80 % des sommes versées sur les CCP seront converties en une autre monnaie. Comme les banques, limitées dans leur création monétaire par la contrainte de refinancement, le Trésor devra lui aussi se procurer de la monnaie centrale pour une part importante de la monnaie qu’il crée.

4. Le Trésor dispose maintenant d’un solde créditeur de 20 à la banque centrale dont la contre­partie est le solde débiteur du système bancaire :

* L’excédent budgétaire correspond à une créance fictive de l’État sur le Trésor.

Il y a donc une destruction monétaire pour un montant de 20, le solde des dépôts à vue des parti­culiers diminuant de 20. De plus, si les banques commerciales ne disposent pas de réserves préa­lables auprès de la banque centrale, elles devront se refinancer auprès d’elle.

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81 – Billet invité: A-J Holbecq « Retour en CM1 »

Le commentaire de  johannes finckh sur le blog de Jorion (le 13 avril 2010 à 08:56 ) porte évidemment à rire, je dirais plus, à éclater de rire.

Pour que les lecteurs de « Plus loin que Jorion » puissent se payer cette tranche de rire, je recopie ici son billet, en noir,  mais pour qu’il soit également utile dans la compréhension des erreurs basiques que font certains, j’y intègre, en rouge, quelques commentaires ( je dis bien « quelques », car il est quand même inutile de perdre trop de temps…

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Si « Oppossum » s’accroche au créationnisme, cela veut simplement dire qu’il est inaccessible à des raisonnements cohérents et qu’il a besoin de l’autorité de l’ »officiel »! Le « credo quia absurdum » = la croyance parce qu’absurde!
C’est bien cela, « aller à la soupe!
Pour faire court, voici 5 arguments anticréationnistes irréfutables!

« Irréfutables » … bigre, quelle prétention! Voyons voir

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80 – Suite du 79: Questions, objections, et réponses


Quelles limites à cette création monétaire annuelle nette ?

Les limites pourraient être définies à partir des limites de ressources naturelles (écologie) et de main d’œuvre (lorsque le chômage aura disparu), et du niveau de production socialement souhaitable.

Vos propositions ne consistent-elles pas à faire fonctionner « la planche à billet » ?

Il faut noter que les intérêts ne devant plus être payés sur la dette existante et sur les dettes futures c’est globalement moins d’émission monétaire supplémentaire auquel les banques commerciales auront à procéder.

Néanmoins, s’il importe à la banque centrale de garder le taux annuel d’augmentation totale de la masse monétaire qu’elle estime raisonnable, il lui suffira de limiter en conséquence

Il faut noter que la banque Centrale dispose de moyens pour limiter la création monétaire (expansion du crédit), et en particulier celui  de pouvoir imposer aux banques commerciales un certain pourcentage de réserves par les banques commerciales.

Il ne faut pas nier le risque d’inflation (dont la cause n’est évidemment pas seulement l’augmentation de la masse monétaire), mais disposant d’un moyen de régulation monétaire, la banque Centrale dispose d’un moyen de régulation de l’inflation. Celle-ci ne doit pas être brandie comme un épouvantail.

Quelles utilisations souhaitables  des fonds ainsi utilisables (financement à long terme ou à court terme)?

Il nous semble que c’est aux différentes associations citoyennes de faire localement ou nationalement les propositions qui seront ensuite débattues par les ministères et votées par le Parlement

La réduction des inégalités n’étant pas une conséquence automatique, ni surtout rapide, d’un programme d’investissement dans des secteurs d’utilité publique, une redistribution des richesses par un autre moyen, par exemple fiscal, est indispensable pour restaurer un fonctionnement harmonieux de l’économie.

Quelles seraient les attitudes possibles vis-à-vis des partenaires de l’U.E. qui brandiraient l’article 123 de Lisbonne (ex article 104 de Maastricht) si notre Banque de France acceptait de monétiser les nouvelles émissions de titres de dette ?

– Commencer par la « désobéissance civile » (voir en annexe l’article « dépolitisé »  du M’PEP)

– Poursuivre par la menace de quitter la zone euro par application de l’article 50 de Lisbonne ou, plus rapide, de l’article 62 du Traité de Vienne par l’argument du « changement fondamental de circonstances » (voir annexes)

Qu’est-ce que ça change par rapport à aujourd’hui ?

En ne considérant que les besoins collectifs (*), ceux-ci sont aujourd’hui couverts par l’endettement  de la collectivité nationale auprès des banques à un taux actuel  de l’ordre de 3 à 4 %.  Ces banques se « refinancent », c’est à dire empruntent à leur tour une fraction de ce prêt à la BCE mais au taux réduit  de 1 %  environ. Si on peut considérer que les intérêts versés à la BCE reviennent à la collectivité, ce n’est donc  qu’une petite fraction de ceux  qui sont payés qui lui reviennent, la plus grande part contribuant à la rémunération outrageusement  bénéficiaire du système bancaire.

Cette situation est due à l’interdiction qui a été faite aux États, depuis 1973 en France et ensuite en Europe (Maastricht, Lisbonne), d’emprunter directement à leur Banque Centrale  ce qui se faisait régulièrement au cours des années d’après guerre et très précisément  en France  jusqu’à la loi Pompidou-Giscard d’Estaing de janvier 1973.

Il s’agir donc de restaurer une pratique totalement justifiée et qui a fait ses preuves, la pratique contraire coïncidant exactement avec le début de la montée du chômage en France, montée qui a été un peu vite et  très  légèrement attribuée au premier choc pétrolier.

(*). Les besoins de l’ensemble de l’économie sont également financés sur le même mode. Les banques non seulement en tirent de larges bénéfices mais aussi  sélectionnent et orientent les investissements, comme le font légitimement toutes les entreprises,  en fonction de leurs intérêts propres et non pas de ceux de la collectivité.

Objections monétaristes bien connues

– L’obligation faite aux États en déficit d’emprunter sur le marché public et donc de payer des intérêts est issu d’une volonté commune d’éviter que ceux-ci n’acceptent des dépenses trop élevées.

Nous avons du mal à croire que l’obligation de payer des intérêts limite les gouvernements dans leurs choix budgétaires de dépenses. Nous voyons bien qu’actuellement il n’en est rien et que même le montant brut de la dette (qui paraît faramineux mais il faut être naïf pour penser qu’elle puisse être « naturellement » remboursée) n’a aucun effet sur les décisions de dépenses, si ce n’est peut être au détriment des moins favorisés.

– Une importante question est de savoir qui va contrôler et donc interpréter « la liste  préalablement définie » pour obtenir le refinancement de la banque centrale ?

a) si c’est la Banque centrale elle-même, c’est alors la solution monétariste qui l’emporte puisqu’elle a toujours comme mission principale de lutter contre l’inflation, et qu’à ce titre elle pourrait toujours refuser de tels financements en adoptant par exemple une vision très restrictive des critères d’éligibilité.

b) si la Banque centrale est tenue d’obtempérer, il faudra admettre qu’elle perd alors le contrôle intégral de la politique monétaire au bénéfice de l’autorité politique démocratiquement élue dans chaque pays.

Si nous étions dans un monde « raisonnable » (et sans Traités injustes)  nous suggèrerions que la Banque de France puisse financer (par prêt direct à l’État) tous les besoins d’investissements collectifs décidés par un processus démocratique défini  à cet effet, mais que le montant des amortissements comptables annuels des biens financés par ce circuit soit remboursé par prélèvement sur les recettes fiscales au compte du Trésor à la banque de France, et donc déduit de la dette. Ce serait peut être un des freins opposable aux monétaristes. Et dans tous les cas, à charge pour les recettes fiscales de financer le fonctionnement.

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79 – Billet invité: A-J Holbecq « Sortir de la spirale de la dette »

Pour que l’argent nous serve au lieu de nous asservir

1 – Le constat

Par notre participation directe ou indirecte aux recettes de l’État, nous devons collectivement payer un intérêt à ceux qui ont la possibilité de prêter aux administrations publiques, lorsque celles ci ont des besoins de trésorerie (investissement ou fonctionnement) supérieurs à leurs recettes. Ces créanciers détiennent ainsi des « titres de dette », tels que Bons du Trésor (BTF ou BTAN) et les Obligations (OAT). Au fil des années, cet argent distribué aux plus riches s’accumule et les intérêts qu’il faut payer plombent les finances publiques. Qui plus est, leur montant est tel, qu’ils nécessitent l’émission permanente de nouveaux titres de dette souvent proches d’ailleurs montant des intérêts des emprunts antérieurs,  et impose de couvrir, par de nouveaux emprunts, le besoin de trésorerie des  administrations publiques.

Les intérêts payés entre 1980 et 2008 représentent 1306 milliards d’euros, et la dette brute sur la même période est passée de 239 à 1327 milliards d’euros, soit une multiplication par 5,5 (37 000 € par foyer fiscal). Elle atteint, en 2010 les 1500 milliards d’euros.

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78 – La dette: l’éternel refrain!

Ce qui suit est extrait de commentaires par « Hadrien » sur le blog d’Etienne Chouard

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2009/11/30/102-largent-mode-demploi-un-commentaire-par-andre-jacques-holbecq#c4091

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L’ÉTERNEL REFRAIN DE JEAN PEYRELEVADE : LA DETTE !

Le commentateur krimo nous rappelait dans http://peyrelevade.blog.lemonde.fr/2010/02/26/actualite-7/#comments la propagande effrénée de notre cher banquier tout au long de ses billets:
– Demain la rigueur !
– Le pêché originel
– L’illusion collectiviste
– Au secours l’industrie!
– La rigueur est incontournable…

La logique est toujours la même : prendre argument de la dette pour interdire le déficit public. Et c’est ainsi tout le secteur public et les prestations sociales qui trinqueront… réservant aux grands patrons et aux banquiers de généreuses marges et de mirifiques bonus! Car la dette publique et la compétitivité sont les pierres angulaires de cet édifice argumentaire patiemment construit par notre banquier, invitant le bas peuple à se serrer la ceinture pendant qu’il évolue sur les pistes de ski comme il nous l’a fait joyeusement savoir au retour de ses vacances d’hiver…(nous sommes contents pour lui!).

On a déjà indiqué sur son blog ce qu’il fallait penser (et ce que Maurice Allais pensait) en matière de compétitivité dans le contexte actuel de l’Europe et de la Mondialisation telles que mises en place par son vénéré collègue et banquier Pascal Lamy, d’abord à la tête du commerce international au sein de la Commission Européenne, puis à la tête de l’OMC plus récemment.

Concernant la dette, je n’ai encore que partiellement rapporté ce que révèle au grand jour le petit livre d’André-Jacques Holbecq “Argent, dettes et banques” qui vient de sortir.

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77 – A la demande de F.J.

(1) Vu la longueur du document n°75
(2) Vu l’effet du reformatage sur ce spécifique n°75
(3) Vu l’intérêt de poursuivre le thème du billet

si on revenait aux questions posées par les eurodevises (€$, €€, €Y, €£), le Systeme Monetaire NonInterNations, les monnaies domestiques ( $, €, Y, £), les transactions de la Finance Furtive (35 fois plus importantes que celles de l’Economie Réelle) et, enfin, en bout ce chaîne, les bien secoués tableaux « Sources & Emplois de Fonds » de l’Economie Réelle (celle du chômage incontrôlable, des dettes toujours toujours croissantes, de l’inflation en aguet, de la déflation active)

(4) Vu la bien meilleure ergonomie du blog avec 2 niveaux au lieu de 3, 4 ou 5
il serait souhaitable d’ouvrir un billet n°77
dans la continuité de celui-ci, par exemple avec le « blockquote » ci-dessus.
Les participants du présent billet n’ont j’imagine, aucune diffisulté, s’il y a lieu à assurer un hyperlien à l’une des contributions ci-dessus.
Méthode:
Cliquer sur date+heure et prélever l’URL
Par exemple
<a href= »https://postjorion.wordpress.com/2010/04/01/75-sujets-divers-4/#comment-2610 » rel= »nofollow »>LeClownBlanc &amp; Auguste 3 avril 23:33</a>
qui se termine par

Ma question ci-après porte sur l’ensemble de l’effectif professoral d’HEC, toutes disciplines confondues.
Pourriez-vous me procurer
(1) la liste des cours sur les eurodevises avec les noms des professeurs, la spécialité, les thèmes abordés et le nombre d’heures approximatif
(2) la liste des &laquo;&nbsp;business cases&nbsp;&raquo; avec, en qq lignes, la finalité première de chacun, notamment les concepts à faire saisir aux élèves
(3) la liste des professeurs ayant abordé les formes statutaires impliquées dans ces opérations et les cadres juridiques des engagements dont les normes de régulation y compris d’expertise comptable prises en compte.
Merci à l’avance.

suivi, maintenant beaucoup plus bas par
<a href= »https://postjorion.wordpress.com/2010/04/01/75-sujets-divers-4/#comment-2646 » rel= »nofollow »>Bruno Lemaire 4 avril à 18:31</a>
Bon billet !
F. Jéru

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76 – Sujets divers 5 … (pour Catherine)

A TOUS..

Sans doute du à une mauvaise manipulation, les  commentaires se sont « emmêlés » au niveaux des dates. Mea culpa …

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Catherine, comment ne pas satisfaire vos souhaits?

J’ouvre donc aussi ce « sujets divers 5 » à la suite de la demande de Catherinequi écrit

Catherine dit :
1 avril 2010 à 21:35 | Répondre modifierPost Jorion, la monnaie qui est crée à partir de rien, n’est-on pas en pleine science fiction?

Faire prendre le faux pour le vrai,n’est-ce pas un au-delà de la physique, de la matérialité, donc d’une certaine façon une méta-physique?

Sauf que là, on ne va pas percuter les normes ontologiques, c’est complétement inversé, là, c’est la percussion des normes d’un groupuscule qui absolutise les rapports humains via les numéraires trafiqués, donc de la méta-physique relookée au profit de certains, nous sommes en pleine plaie d’Egypte!

Mais bon, je comprends votre impatience, et j’essaierai de respecter votre mot d’ordre, monnaie en avant toute sur ce sujet 75, aussi, ne pourriez-vous pas, Cher et amical Post-Jorion ouvrir un vrai divers qui ferait de la pseudo-divers-ion 5, pseudo car vous savez bien ce que je pense de tout ce qu’on dit être « à côté » et qui est souvent dans le mille justement, mais décidément les apparences ont la peau dure

Merci à vous, déjà, bien sincérement.

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75 – Sujets divers 4…

Là, le « sujets divers 3 » va faire exploser le blog, il fallait stopper les commentaires  … Tous vos débats sont intéressants, mais si on revenait à l’économie et à la monnaie.

Bruno, RST, AJH (et les autres), n’auriez vous pas des sujets à nous proposer?

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74 – sujets divers 3 : à l’usage, plus proche de la métaphysique que de la monnaie…

Puisque le « sujets divers 2… » commence à être surchargé 😉 …

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73 – Billet invité: A-J Holbecq « développement équilibré »

Pour quelle(s) raison(s) considère t-on qu’au plus sa part de marché des dépôts est importante, au plus un réseau bancaire peut octroyer des crédits sans faire appel au refinancement interbancaire (qui représente un coût à déduire des bénéfices réalisés sur les crédits) ?

Essayons d’expliquer ceci

Imaginons un système monétaire composé de deux réseaux de banques commerciales A et B dont les bilans initiaux sont les suivants (vous me pardonnerez de mettre les « actifs – passif » en ligne et non sous forme de tableaux). C’est donc que le réseau A a une part de marché de 10% des dépôts et le réseau B de 90% :

Bilan initial du réseau bancaire A Bilan initial du réseau bancaire B
Actif Passif Actif Passif
Crédits = 1000 Dépôts à vue = 1000 Crédits = 9000 Dépôts à vue = 9000

1 – Les banques A et B accordent chacune 100 de crédits nouveaux (total de 200).

Lorsque A accorde un crédit de 100 à ses clients, ceux-ci l’utilisent dans une proportion de 10% pour des paiements à des détenteurs de comptes auprès de A et pour 90% pour des paiements à des clients de B.

Suite à la dépense du crédit de 100 accordé par A, 10 (10 % de 100) retourne sous forme de dépôts dans A et 90 se retrouvent en B.

L’utilisation du crédit de 100 par les clients B se traduit de la même manière par un retour de dépôts dans B pour 90 (90 %) et 10 se retrouvent en A. On a donc les bilans intermédiaires suivants :

Bilan du réseau bancaire A Bilan du réseau bancaire B
Actif Passif Actif Passif
Crédits = 1100

*Créance sur B = 10

Dépôts à vue =

1000  + 10 + 10

Dette envers B = 90

Crédits = 9100

Créance sur A = 90

Dépôts à vue =

9000 + 90 + 90

*Dette envers A = 10

Les banques procèdent ensuite à une compensation partielle pour un montant de 10 (marqués par un astérisque). Il reste une dette nette de A envers B de 80, que A va devoir refinancer auprès de la banque centrale ou du marché interbancaire

2 – Reprenons un nouvel  exemple avec des réseaux bancaires A et B ayant chacun une part de marché équilibrée (50/50) de 1000 initialement et faisant chacun un crédit de 100

Bilan du réseau bancaire A

Bilan du réseau bancaire B

Actif Passif Actif Passif
Crédits = 1000 + 100 Dépôts à vue =

1000  + 100

Crédits = 1000 + 100 Dépôts à vue =

1000 + 100

Lorsque A accorde un crédit de 100 à ses clients, ceux-ci l’utilisent dans une proportion de 50%  pour des paiements à des détenteurs de comptes auprès de A et pour 50% pour des paiements à des clients de B.

Suite à la dépense du crédit de 100 accordé par A, 50 (50 % de 100) retournent sous forme de dépôts dans A et 50 se retrouvent en B. L’utilisation du crédit de B se traduit par un retour de dépôts dans B pour 50 (50 %) et 50 se retrouvent en A. On a donc les bilans intermédiaires suivants :

Bilan du réseau bancaire A Bilan du réseau bancaire B
Actif Passif Actif Passif
Crédits = 1100

Créance sur B = 50

Dépôts à vue = 1100

Dette envers B = 50

Crédits = 1100

Créance sur A = 50

Dépôts à vue = 1100

Dette envers A = 50

Les banques procèdent ensuite à des compensations pour un montant de 50 chacune. Aucune dette résiduelle n’existe, donc aucun besoin de refinancement, et le bilan redevient ce qu’il était, c’est  à dire 1100 à l’actif et au passif, chacune

3 – Toujours avec un total de crédits nouveaux de 200 : si A se contente de faire un crédit de 20 correspondant à sa part de marché, et B de 180 (correspondant également à sa part de marché), nous aurons :

Le bilan initial est sans changement avec les cas précédents.

Ensuite, lorsque A accorde un crédit de 20 à ses clients, ceux-ci l’utilisent dans une proportion de 10% pour des paiements à des détenteurs de comptes auprès de A et pour 90% pour des paiements à des clients de B

Donc sur la dépense du crédit de 20 accordé par A, 2 (10 % de 20) retourne sous forme de dépôts dans A et 18 se retrouvent en B.

De même, l’utilisation du crédit de 180 fait par B se traduit par un retour de dépôts dans B pour 162 (90 %) et 18 se retrouvent en A. On a donc les bilans équilibrés suivants :

Bilan du réseau bancaire A Bilan du réseau bancaire B
actif passif actif passif
Crédits = 1000 + 20 = 1020 Dépôts à vue = 1000 + 2 +18 =1020 Crédits = 9000 + 180 = 9180 Dépôts à vue = 9000 + 18 + 162 = 9180

Le montant des fuites hors de A est de 90% des  crédits de A = 18 = 0,9  x crédits de A

Le montant des fuites hors de B est de 10% des  crédits de B = 18 =  0,1 x crédits de B

Dis autrement : pour que qu’il y ait compensation intégrale il faut donc que 90% des crédits de A = 10% des crédits de B, c’est-à-dire que Crédits de A (Ca) divisé par Crédits de B (Cb) = Part de marché sur les dépôts de A (Da) divisé par part  de marché sur les dépôts de B (Db)

Ca/Cb=Da/Db (= 1/9 dans notre exemple)

Cette condition dite de développement équilibré indique que les fuites hors de chaque réseau bancaire se compensent parfaitement si le rapport des crédits nouveaux est égal au rapport des parts de marché de dépôts. Nulle opération de refinancement n’est nécessaire («Toutes les banques marchent du même pas», dit Keynes).

Il est donc stratégique pour une banque de chercher à conquérir (ou à défendre) des parts de marché sur les dépôts.

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